Les restes humains anté né andertaliens Apidima 1 et Apidima 2, Aré opolis, Laconie, Pé ninsule du Mani, Pé loponnè se, Grè ce, M.-A. de Lumley (Ed.), CNRS é ditions, Paris (2019). Une sé rie de dispositions rituelles, explicites et...
moreLes restes humains anté né andertaliens Apidima 1 et Apidima 2, Aré opolis, Laconie, Pé ninsule du Mani, Pé loponnè se, Grè ce, M.-A. de Lumley (Ed.), CNRS é ditions, Paris (2019). Une sé rie de dispositions rituelles, explicites et incontestables, é clairent une fois de plus les conceptions religieuses du Palé olithique ancien. Ces deux crânes humains avaient é té dé posé s isolé ment dans une anfractuosité rocheuse en bord de mer plé istocè ne, dans l'extré mité mé ridionale du Pé loponnè se. L'absence de tout autre reste de corps humains té moigne des pratiques inten-tionnellement orienté es vers le traitement et la pré servation de seuls crânes, par cette civilisation daté e de 160 000 ans sur les dé rivé s d'Uranium. Les deux vestiges trouvé s cô te à côte (un homme et une femme) ont fait l'objet de pré parations soigné es, outre la sé paration de leur corps : les mandibules en ont é té extraites et les é tats des vestiges conservé s dé montrent une mise en forme sur le modè le de trophé es. Sur l'un des vestiges, la face a é té soigneusement pré servé e et dé coupé e sur sa base, comme sur le reste des ossements. L'autre n'est repré senté que par l'arriè re du crâne, lui aussi soigneusement dé coupé et conservé. De toute é vidence, l'intention de mettre en valeur ces deux é lé ments sé paré ment du corps et en l'absence des autres vestiges habituels en habitats (ossements d'animaux, outillage), illustre des pratiques rituelles é laboré es et constantes à cette phase de l'histoire humaine, mais aussi sous une forme quasi universelle, comme toutes les traditions religieuses l'attestent avec constance (Larson, 2019 ; Wernert, 1936 ; Eliade, 1976 ; Turner, 1990). Le crâne possè de en effet la personnification du dé funt, il contient le centre de sa pensé e : sa pré servation é quivaut à une sacralisation de la personne ainsi perpé tué e dans sa partie la plus sacré e. En outre, leur intime association dé montre l'intention de perpé tuer des liens affectifs, ressentis par les vivants, mais aussi respecté s par leurs proches aprè s leur dé cè s. Anatomie, rituels, et lien sociaux se trouvent intimement lié s dans une situation funé raire emplie de té moins combiné s et incontestables. Il nous parait é galement que le terrain enrobant ces trophé es é tait spé cialement chargé en oxyde de fer, dont la couleur rouge violente constitue un universel symbolique de tout ce qui concerne la vitalisation. Si on veut bien comparer avec ce que l'on sait des comportements religieux à cette é poque, les exemples abondent, et tous convergent, même s'ils n'atteignent pas toujours le degré de pertinence lumineuse reconnu à Apidima. En outre, les variations morphologiques, intermé diaires entre Erectus et Né andertaliens, de ces deux crânes parfaitement associé s maté riellement, dé montrent une fois de plus la variabilité des populations humaines contemporaines, comme cela fut si brillement dé montré à Dmanissi dè s 1,8 million d'anné es (Spoor, 2013). L'un des deux est encore au stade des Homo erectus, le second est en voie de « né andertalisation » ré gionale propre à l'Europe mé ridionale (voir aussi : Brä eur, 2019) Le crane du Mont Circé au sud de Rome, sé paré du corps et disposé dans un cercle de pierre, aprè s é largissement du trou occipital en est un des plus brillants exemples. Mais nous retrouvons son expression inversé e sous une forme tout aussi explicite à Ké bara (Israë l) dans une sé pulture dont le crâne a é té retiré , comme à Apidima, aprè s la perte de la mandibule (Otte, 2015). Le Lazaret, (France) de la même é poque possè de aussi des traces de ces rituels porté s sur les seuls restes de tête amé nagé e L'anthropologie 124 (2020) 102729