RESUMÉ Tombes aristocratiques des 4e/5e siècles av. J.C. et lieu de culte (?) de l'époque romaine a Wijshagen (comm. de Meeuwen-Gruitrode, prov. du Limbourg). En 1984 l'essartage des bois sur Ie site d'une nécropole protohistorique nous...
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Tombes aristocratiques des 4e/5e siècles av. J.C. et lieu de culte (?) de l'époque romaine a Wijshagen (comm. de Meeuwen-Gruitrode, prov. du Limbourg).
En 1984 l'essartage des bois sur Ie site d'une nécropole protohistorique nous incita a procéder la fouille de sauvetage avant même que
les travaux préparatoires a la replantation ne détruisent les tombelles. Une première tombelle G, située au nord, avait déja été fouillée par
un groupe d'amateurs avant d'etre nivelée pour faire place a une habitation.
Les fouilles furent organisées de septembre à décembre 1984 et de juin à décembre 1985.
La discontinuité des contrats de travail accordés aux fouilleurs provoqua l'arrêt temporaire des recherches. Ainsi une tranchée de sondage
fut laissée inachevée et en juillet 1986, dans un coin de celle-ci, un amateur travaillant au detecteur à métaux trouva une tombe à ciste en
bronze (H). Enfin, les fouilles furent reprises de mars à novembre 1987.
Les tombes protohistoriques.
Les 'tertres' A et B, deux monticules supposés être des tombelles et examines tout au début de la fouille, se révélèrent comme étant Ie résultat d'une activité éolienne.
D'un diamètre de ca. 20 m, la tombelle C recouvrait une tombe à incinération. Une grande situle en bronze y abritait les ossements calcines et quelques restes refondus de parures en
bronze et en fer.
Les tombelles D et F ne recouvraient que des tombes a incineration simples, c.a.d. des fosses dans lesquelles les ossements calcines
avaient été éparpillés sur Ie fond, sans aucune trace de mobilier.
La tombelle E, conservée jusqu'a 1 m au-dessus du niveau protohistorique, avait un diamètre de 14 m. Le tertre recouvrait les restes du bücher. Après l'extinction de ce bücher, les cendres furent triées pour en retirer les ossements incinérés et les restes de parures
refondus. Au centre de la tache du bücher fut aménagée la tombe: celle-ci ne contenait qu'une situle en bronze abritant les ossements et les
quelques fragments de bronze refondus. Dans les restes du bücher furent récupérées deux billes creuses en bronze, pourvues chacune de
deux douilles, et identiques a la série de billes creuses trouvées dans la tombe a eiste H. Avant l'enfouissement de la situle funeraire remplacement du bücher fut nettoyé et les cendres mis
de cóté. Ensuite on y installa une structure carrée
ouverte vers le sud, sous forme d'un modeste rempart de sable. Enfin, après l'enfouissement de la situle, on recouvrit la tombe avec
les cendres. Le tertre de la tombelle G, d'un diamètre de ca. 18 m, recouvrait des taches de terre brulée (?), des charbons de bois, quelques petites concentrations d'ossements incinérés et de menu
fragments de bronze refondus dans le feu du bücher.
La tombe centrale ne fut pas repérée. Les données fournies par les inventeurs laissent supposer une situation identique a celle constatée
sous la tombelle E (bücher sous tombelle).
La ciste en bronze de la tombe H, contenant les ossements incinérés du défunt, était déposée dans une petite fosse. Autour de la ciste se
trouvaient une des anses en bronze, les restes de la deuxième anse (?) en fer, 4 douilles trilobées en bronze, 6 phalères en bronze et 8 billes
sphériques creuses, chacune pourvue de 2 petites douilles.
Aucune trace ne subsitait de la tombelle même: elle est supposée avoir été nivelée dès l'époque romaine.
La zone à l'est de la tombe a eiste (H) livra 44 tombes a incineration simples, dont 25 depots d'ossements sans aucun mobilier. Aucune
tombe ne renfermait une urne. Les tombes "à mobilier" contenaient soit quelques tessons de céramique, soit des fragments d'un ou de plusieurs
vases, brisés intentionellement avant l'enfouissement. Ces tombes semblent appartenir à une nécropole d'une époque plus récente
que celle des grandes tombelles. Quelques céramiques insinueraient une appartenance au La Tène moyen, voir même final. Quelques
dates 14C confirmeraient cette datation.
Les deux situles C et E sont du type "rhénan" (d'après W. Kimmig) et trouvent leurs comparaisons dans la region de la Rheinische
Gebifge et en France. La ciste à cordons rentre dans la série II (d'après B. Stjernquist) et ne peut se comparer qu'a quelques pieces trouvées
en Europe meridionale, en France et en Allemagne.
Les associations et les comparaisons définies pour les autres objets, comme les phalères avec le depot de Sefferweich (AU.), les
douilles trilobées avec les tombes du type "Berru" (E), permettent de dater la tombe à ciste vers la fin du 5e et la première moitié du
4e siècle av. J.C., c.à.d. de la phase HEK IIA (d'après A. Haffner). Cette datation est appuyée par deux dates 14C pour la tombelle E,
donnant, après calibration, une plus grande probabilité pour la fin du 5e et la première moitié du 4e siècle. Signalons enfin que, pour
les billes creuses, les comparaisons nous manquent et que leur fonction reste indéterminée. La raison de la présence de ces quelques
tombes dites "aristocratiques" en bordure nord de la Campine beige - region de sables de couverture et sans richesse naturelle connue a
l'époque - n'est pas expliquée. De même leurs contextes social et politique restent inconnus.
Que les propriétaires de cette vaisselle en bronze, ces "nouveaux riches" de l'époque, aient joué un róle dans le commerce entre les regions rhénano-mosanes d'une part et la plaine flamande et la region cótière d'autre part n'est qu'une hypothese a verifier.
Structures et trouvailles d'époque romaine
Autour de l'emplacement de la tombe à ciste furent mis au jour des trous de pieux appartenant à plusieurs rangées doubles, formant une
structure quadrangulaire (ouverte vers le nordouest?).
Dans cette même zone, couvrant à peine un quart d'hectare, furent découverts quelques centaines d'objets en bronze, tous éparpillés.
Parmi ceux-ci on compte 149 monnaies, datant de l'époque républicaine jusqu'a la fin du 2e siècle, plus de 200 fibules en bronze (surtout du Ier siècle) et une centaine de bracelets en bronze. Signalons aussi une bouterolle en bronze appartenant au fourreau d'une épée (gladius)
et une bague en fer avec intaille à l'effigie de Minerve. La céramique, dont principalement la terre sigillée, indiquerait une occupation jusque
dans le 3e siècle.
Sur base de comparaisons avec d'autres sites de ce genre dans le nord de la Belgique et le sud des Pays-Bas et en tenant compte et des similitudes des structures fouillées et de l'association bizarre des trouvailles, on pourrait interpreter ce site comme lieu de culte.