AUTOUR DE LA CARTE DE LA MOLDAVIE
PAR DÉMÈTRE CANTEMIR
VLAD ALEXANDRESCU
(Université de Bucarest)
Two engraved copies of the map of Moldavia, recently discovered in Paris and Berlin, and a
manuscript copy found in Dresden serve to the author to explore the vast bibliography
of the subject. He is also attempting to trace the odyssey of the Cantemiriana through
Western libraries and collections.
Key words: Cantemir, cartes, éditions occidentales des oeuvres de Cantemir.
En janvier 1732, le jeune prince Antiochus Cantemir quitta Moscou afin de
gagner Londres, où il devait rester pendant les six années à venir comme résident et
ministre plénipotentiaire de la Tsarine Anna Ioannovna auprès du Roi George II.
Après avoir fait halte à Berlin, il s’arrêta en chemin à La Haye, où il fut accueilli
par le comte Alexandre Gavrilovitch Golovkine, envoyé diplomatique de la Russie
aux Pays-Bas1. Golovkine venait de s’y installer, après un poste diplomatique de
trois ans à Paris ; il allait y demeurer trente ans2. Outre l’achat d’un “bon choix de
livres”, Antiochus profita de cet arrêt pour charger un libraire de La Haye
d’imprimer la Description historique et geographique de la Moldavie3. C’était
précisément le manuscrit de son père qu’il avait emporté de Russie, car celui des
Incrementorum et decrementorum Aulae Othomanicae ne lui parviendrait que plus
1
В. Я. Стоюнин, “Князь Антиох Кантемир в Лондоне”, in Вестник Европы, 1867, 2, p.
101. Ce fut à l’occasion de ce séjour qu’il fit connaissance avec un certain Kurbatov, “gentilhomme
d’Ambassade”, par l’intermédiaire duquel il acheta de nombreux ouvrages jusqu’en décembre 1734.
Pour la liste de ces ouvrages, voir Helmut Grasshoff, Antioch Dmitrievič Kantemir und Westeuropa.
Ein russischer Schriftsteller des 18. Jahrhunderts und seine Beziehungen zur westeuropäischen Literatur
und Kunst, Berlin, Akademie-Verlag, 1966, p. 93–95.
2
Fr. Hausmann (hg.), Repertorium der diplomatischen Vertreter aller Länder seit dem
Westfälischen Frieden, II. Band (1716–1763), Zürich, 1950, p. 319, p. 323.
3
“1 yanvarya 1732 g. Kantemyr viekhal iz Moskvi k prousskoy granice, projil neskol’ko dney
v Berline ou rousskago posla grafa Yagujinskago i zatem otpravilsia v gagu; tam emou noujno bilo
ouslovitsia s opitnim poslom grafom Golovkinim, kotoriy svoimi sovetami mog emu bit’ otchen’
polezen. Zdes’ je on pozabotilsia sdelat’ khorochiy vibor knig i v toje vremia preporoutchil
knigoprodavcou Gaye napetchatat’ knigou ego otca «Istoritcheskoe i geografitcheskoe opisanie
Moldavii»”, Антиох Дмитриевич Кантемир, Сочинения, письма и избранные переводы, Том 1,
1867, p. LXXXI. Il est difficile de reconstituer, à partir du texte russe, le nom du libraire néerlandais.
Cela pourrait être Gaillet, ou bien, avec le passage du “H” à “G”, Haillet, etc.
La correspondance avec Kurbatov, gardée au Département des manuscrits de la Bibliothèque
d’État de Russie, à Moscou, est excerptée dans Grasshof, p. 93–95.
Rev. Études Sud-Est Europ., XLIX, 1–4, p. 139–188, Bucarest, 2011
140 Vlad Alexandrescu 2
tard4. Le très jeune diplomate n’avait pas à sa disposition beaucoup de temps pour
faire avancer le projet de publication des manuscrits de son père, mais il en jeta les
bases, approchant le cercle de libraires français protestants qui y florissaient. Après
Amsterdam, La Haye était à l’époque le deuxième centre parmi les centres
typographiques des Provinces-Unies. La ville était dominée par les libraires A.
Moetjens père et fils, A. Leers, H. van Bulderen, H. du Sauzet, H. Scheurleer, P.
De Hondt, P. Gosse et J. Neaulme5. Suite à la révocation de l’Édit de Nantes, le
marché hollandais de l’imprimerie avait été littéralement colonisé par des Français.
Ces derniers s’étaient établis à peu près dans toutes les villes importantes6 des
Provinces-Unies. En vertu d’une solidarité entre Protestants, les Français d’Amsterdam
et de La Haye avaient noué des réseaux avec des co-religionnaires d’ailleurs pour
les aider à imprimer et à diffuser des livres7.
François Changuion, éditeur et libraire à Amsterdam, avait l’habitude de
s’atteler à de grands projets typographiques. Non pas seul, mais avec ses confrères
de La Haye, Pierre Gosse, R. C. Alberts, Pierre de Hondt et son ami Herman
Uytwerf d’Amsterdam. En 1726, il avait commencé, avec ces mêmes associés
auxquels se joignait un libraire de Rotterdam, l’impression du Grand dictionnaire
géographique et critique de Bruzen de La Martinière, qui allait l’occuper jusqu’en
1737. La même année, il avait mené à bonne fin avec trois autres éditeurs un grand
projet éditorial central-européen, en faisant sortir le Danubius Pannonico-mysicus
du comte Luigi Ferdinando Marsigli, en six tomes – une somme d’observations
astronomiques, géographiques, archéologiques, zoologiques, etc., accompagnée de
4
L’anglais Dingly le récupère chez Ilinski en 1732, afin de le transmettre à Antiochus à
Londres : Иван Иванович Шимко, Новые данные к биографии князя Антиоха Дмитриевича
Кантемира и его ближайших родственников, Sankt Petersburg, 1891, p. 39, apud Esanu, p. 561,
note. Ce Dingly, qu’Antiochus utilisait comme agent financier et qu’il mentionne plusieurs fois dans
sa correspondance (voir Л. Н. Mайков, Материалы для биографии кн. А. Д. Кантемира, Sankt
Peterburg, 1903, p. 90, et Helmut Grasshoff, Antioch Dmitrievič Kantemir und Westeuropa. Ein
russischer Schriftsteller des 18. Jahrhunderts und seine Beziehungen zur westeuropäischen Literatur
und Kunst, Berlin, Akademie-Verlag, 1966, p. 310, 313), est certainement Robert Dingley, marchand
anglais en Russie, membre de la Royal Society à partir de 1748, ou bien le frère de celui-ci, Charles
Dingley. Voir, sur le premier, John H. Appleby, “Robert Dingley, F.R.S. (1710–1781), Merchant,
Architect and Pioneering Philanthropist”, in Notes and Records of the Royal Society of London, Vol.
45, No. 2 (Jul., 1991), p. 139–154.
5
Hans Bots, “Le rôle des périodiques néerlandais pour la diffusion du livre (1684–1747)”, in
C. Berkvens-Stevelinck, H. Bots, P.G. Hoftijzer and O.S. Lankhorst (éds.), Le Magasin de l’Univers.
The Dutch Republic as the Centre of the European Book Trade, Leiden, Brill, 1992, p. 59–60.
6
Citons ici Pierre I Mortier, Henry Desbordes, Pierre Savouret, dès 1687, George Thomasin,
Pierre Brunel, Paul Marret, Abraham Troyel, Abraham Acher, David Mortier, en 1714, François
l’Honoré, Zacharie Chatelain, Pierre Husson, Jean Neaulme dès 1721, Pierre Humbert, Nicolas-
Etienne Lucas, François Changuion et Pierre Gosse, en 1729, Henri du Sauzet et Pierre II Mortier en
1730, apud Jean-Daniel Candaux, “Le Psautier huguenot chez les imprimeurs néerlendais:
concurrence ou spécialisation?”, in Le Magasin de l’Univers, éd. cit., p. 76.
7
Voir, par exemple, les études de S. Corsini sur les relations des libraires suisses et des
libraires néerlandais, “Quand Amsterdam rime avec Lausanne: impressions lausannoises datées des
Pays-Bas”, et de M. Schlup, “Un commerce de librairie entre Neuchâtel et La Haye”, in Le Magasin
de l’Univers, éd. cit., p. 95–119, 237–250.
3 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 141
quelques dizaines de cartes8. Marsigli était un personnage fascinant. Il avait été,
comme militaire, aux ordres de la République de Venise et avait été envoyé en
1679 à Constantinople. Il y avait observé les forces de l’armée ottomane, tout en
surveillant les alentours du Bosphore de Thrace. En 1680, lorsque les Turcs
menaçaient une nouvelle fois d’envahir la Hongrie, il se mit sous l’autorité de
l’Empereur Léopold I et combattit les Ottomans jusqu’à ce qu’il fût blessé et réduit
en captivité en 1683. Esclave, il fut racheté en 1684 et continua de combattre. La
guerre finie, il participa au traité de Karlowitz en 1699, négociant les nouvelles
frontières entre la République de Venise, l’Empire Ottoman et l’Empire des
Habsbourg.
Cette année-là, 1732, Changuion publiait, avec ses confrères de La Haye,
l’autre grand ouvrage du comte Marsigli, L’État Militaire de l’Empire Ottoman,
ses progrès et sa décadence9. Si, au cours de son séjour à La Haye, Antiochus eut
cet ouvrage entre les mains, il est impossible qu’il n’eût pensé à une publication
dans les mêmes conditions de l’Histoire de l’Empire Ottoman de son père, dont il
envisageait de faire venir le manuscrit. En plus d’une publication luxueuse, qui
alliait planches, cartes, portraits, vignettes, mettant en œuvre tout le savoir-faire
qu’avaient accumulé les éditeurs néerlandais au début du XVIIIe siècle, ce dernier
projet exigeait aussi une traduction, qui devait être le fruit d’âpres mois de labeur.
LA GRAVURE SUR CUIVRE DU PORTRAIT
DE DÉMÈTRE CANTEMIR
Nous savons, en efet, qu’Antiochus s’est préoccupé bien avant son départ en
Grande Bretagne de réaliser l’illustration pour la future édition de l’Histoire de
l’Empire Ottoman. Ainsi, Cristian F. Groß, ancien professeur d’Antiochus
Cantemir, écrivait de Moscou dès 1730 à Gottlob Bayer, à Saint-Pétersbourg, en le
priant de la part de son ancien élève d’obtenir d’Ivan Ilinski le portrait de Démètre
Cantemir. Il s’agit sans nul doute du portrait peint à l’huile que Grigore Tocilescu a
retrouvé, en 1877, aux archives du Ministère des Affaires Etrangères de Moscou et
8
Danubius Pannonico-Mysicus, observationibus geographicis, astronomicis, hydrographicis,
historicis, physicis, perlustratus, et in VI Tomos digestus ab Aloisio Ferdinando Comite Marsili ed.,
Hagae Comitum, apud P. Grosse, R. Chr. Alberts, P. de Hondt, Amstelodami, apud Herm. Uytwerf &
Franç. Changuion, 1726.
9
Stato militare dell’Imperio Ottomanno, incremento e decremento del medesimo, del signore
conte di Marsigli dell’Academia reale delle scienze di Parigi, e di Monpelieri, e della Societa reale di
Londra, e fondatore dell’Instituto di Bologna/ L’Etat militaire de l’Empire Ottoman, ses progrès, sa
décadence par Mr. le Comte de Marsigli, deux tomes en un volume in folio, bilingue italien/français
en 2 colonnes, prologue et tables; XVI p., première partie: 151 p., deuxième partie: 199 p., 2 cartes repliées
en couleurs, 44 planches gravées (I à XLIV) dont certaines repliées, 3 tables repliées, nombreuses
vignettes, 4 frontispices en rouge et noir, à La Haye, chez Pierre Gosse & Jean Neaulme, Pierre De
Hondt et Adrien Moetjens; à Amsterdam chez Hermann Uytwerf et François Changuion, 1732.
142 Vlad Alexandrescu 4
dont il avait rapporté une photo à Bucarest, à l’Académie Roumaine10. Par
l’intermédiaire de Groß, Antiochus demandait à Bayer « etwan in Kupfer stechen
lassen, um der Türckischen Geschichte vorzusetzen ». Antiochus souhaitait aussi
qu’Ilinski cédât à l’Académie des Sciences les vingt plaques de cuivre sur lesquelles
avaient été gravés les portraits des sultans turcs, par les soins de son père11. La
lettre mentionne également la plaque de cuivre, cédée à l’Académie par l’imprimerie
synodale, sur laquelle était gravé, d’après une esquisse de Cantemir, le plan de
Constantinople. Ainsi, en 1730, une partie du travail avait déjà été accompli : les
portraits des sultans et le plan de Constantinople étaient déjà gravés sur cuivre12.
Une autre lettre de Groß à Bayer, nous apprend que ce dernier n’était pas en
mesure de se charger de l’exécution d’une copie du portrait de Démètre Cantemir
et que Antiochus s’engageait de le faire lui-même à Moscou et de rapporter la
copie à Saint-Pétersbourg quelques mois plus tard.13 Une année après, Groß
communiquait à Bayer que :
« Prinz Cantemir hat mir erst gestern wegen der LandCarte von der
Moldau auffs neue versichert, daß er in kurzem selbige Ew. HochEdlg.
samt dem Portrait seines Herrn Vaters überbringen wolle, indem es
nun endlich mit seiner Reiße nach Frankreich ernst werden und er über
Petersb. gehen will »14.
Bayer aura bien envoyé à Antiochus dans l’intervalle le portrait du Prince et
le dessin manuscrit de la carte de Moldavie. Il n’y a pas de preuve qu’Antiochus ait
réussi à faire faire une copie du portrait en Russie, comme il l’avait promis à
10
“Rapportulu generalu allu D-lui Gr. Tocilescu, despre misiunea sa în Rusia”, in Societatea
Academica Româna, Anale, 1878/1879, série I, tome 2, p. 70–71. Cette photo est publiée en frontispice de
l’édition des Oeuvres de Cantemir, publiée par les soins de l’Académie Roumaine, vol. VIII, 1901.
Une reproduction, chez G. Ciorănesco, “Le Hospodar de Valachie”, p. 89; et chez Valerian L. Ciofu,
„Iconografia lui Dimitrie Cantemir în artele secolelor XVIII–XIX”, in Muzeul de istorie a Moldovei.
Cercetări istorice, s.n., IX–X, 1978–1979, p. 333. Ce dernier auteur tombe malheureusement dans le
piège d’un montage photographique réalisé en 1901: le portrait à l’huile de Cantemir ne porte
certainement pas de titre en-dessous; la photo publiée en frontispice du volume de 1901 combinait
plusieurs éléments, dont les deux signatures manuscrites du Prince à la fin de l’Encomium authoris
des Excerpta de van Helmont et les armoiries de la gravure publiée à Londres.
11
Tâche que Démètre Cantemir était sceptique de pouvoir accomplir en Russie: “Historiae
Turcicae Synopsin, occasionem nactus, continuo. Breui spero, Deo concedente, finiri: Verumtamen,
optarem Te consulere, vtrum placebit, antequam synopsis finiatur, vt Sultanorum effigies
praemittamus, quae prius in aere sculpantur (Moscuae n. tales sculptores deesse bene novisti) &
tandem misso Synopseos exemplare in historiae serie adaptentur, an incongrue videbitur, hisce
bagatellis societatem inquietare”, Lettre de Démètre Cantemir à Heinrich von Huyssen (?), 1714, in
Neuer Bücher-Saal der gelehrten Welt, Leipzig, 4, 1714, p. 377.
12
Il est cependant peu vraisemblable que les éditeurs J. J. et P. Knapton aient utilisé ces
plaques à Londres en 1735 pour en illustrer la traduction anglaise. Les portraits gravés des sultans
sont signés par Claude du Bosc.
13
Lettre de Groß à Bayer, 16 mars 1730, ibidem, p. 271.
14
Lettre de Groß à Bayer, 25 janvier 1731, ibidem, p. 274.
5 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 143
Bayer15. Si cela a bien été le cas et que la plaque de cuivre utilisée pour le tirage du
portrait du Prince publié en frontispice à l’édition anglaise de l’Histoire de
l’Empire Ottoman (planche 1) ait été réalisée en Russie, quelques faits s’expliqueraient
aisément. D’abord, un certain dramatisme de l’expression du visage, que la gravure
accentue par raport au tableau, et qui semble obéir au goût russe de l’époque.
Ensuite, le fait qu’elle ne soit pas signée, comme l’étaient déjà, en Occident, la
plupart des portraits de l’époque, par des formules de type « X fecit», ou « X
sculpsit ». Le caractère anonyme de la gravure donne à penser qu’elle n’a pas été
exécutée par le maître d’un atelier occidental. Enfin, si la gravure avait été
exécutée à Londres, on voit mal pourquoi la légende n’aurait pas été écrite en
anglais, comme le texte du livre à paraître.
Il convient cependant d’examiner aussi la partie inférieure de la gravure, qui
porte la titulature complète du prince ainsi que ses armoiries très attentivement
rendues, qui témoignent d’une parfaite mise au point et d’un souci du détail très
scrupuleux. Leur exécution n’aurait-elle été possible qu’en Russie, là où Antiochus
bénéficiait de tous les moyens pour faire valoir le legs familial et intellectuel de
son père ? En examinant les différentes représentations armoriales des Cantemir, I.
N. Mănescu affirmait que, sur cette gravure, la couronne de prince est d’interprétation
anglaise16 et que la suppression du manteau et l’adjonction des supports est une
“adaptation aux coutumes héraldiques de l’Angleterre, courtoisement opérée par le
prince Antiochus, pendant son séjour à Londres”17. Remarquons au passage que la
gravure représente les armoiries officielles de prince russe des Cantemir dans la
version la plus ancienne de toutes celles qui sont connues18. Il serait tentant de
supposer que le quartier de la « foi » fût ajouté par Antiochus à Londres, dans un
milieu où les francs-maçons étaient déjà à la mode. Cependant, l’examen des armes
privées du Prince, telles qu’elles se sont conservées sur des supralibros et des
sceaux sur la fabrication desquels il a certainement veillé lui-même, permet de
remarquer la présence des lions affrontés comme supports de l’écu dès le
supralibros imprégné sur la couverture en cuir du manuscrit des Loca obscura in
Catechisi (cca 1720), sur un sceau de 1722 et aussi sur une marque en frontispice
15
G. Cioranesco l’avait bien vu: “Lorsqu’il entra en possession du portrait de son père,
Antioche ne promit pas l’original, mais seulement une copie de cette toile”, « Le “Hospodar de
Valachie” », p. 92.
16
Ioan N. Mănescu, “Stemele lui Dimitrie Cantemir şi locul lor în heraldica Ţărilor Române”,
Revista arhivelor, 1973, 35, 3, p. 467, note 11.
17
I. N. Mănescu, „Éléments d’héraldique roumaine dans l’armorial russe”, in Comunicaciones
al XV Congreso Internacional de las Ciencias Genealogica y Heraldica, Madrid, 1983, tome 3, p. 6,
note 3.
18
La couronne qui surplombe l’écu est une couronne de prince russe, au bonnet de sinople.
L’émail du bonnet varie avec les représentations. Sur le portrait d’Antiochus, fait par J. Wagner, le
bonnet est de pourpre, et sur la variante de C. Fritzsch, de 1745, elle est de gueules. La foi se
maintiendra non seulement dans les représentations occidentales, mais aussi sur celles qui orneront
les ... de la famille en Russie, tels que les armes de Catherine Golytsine, née Cantemir, et celles que
l’on trouve dans l’édition latino-russe de la Vie de Constantin Cantemir, parue à Moscou en 1783.
144 Vlad Alexandrescu 6
du manuscrit de la Chronique des Roumano-Moldo-Vlaques qui date environ de la
même époque. Toutes ces trois représentations contiennent aussi l’élément de la
« foi ». Aucune ne fait de place particulière au manteau, qui semble n’apparaître,
dans l’armorial russe, que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle19. D’autre part,
la couronne qui, sur la gravure, surplombe l’écu a la forme précise d’une couronne
de prince russe. Ainsi, d’après notre recherche comparative, la forme des armes de
Cantemir, telle qu’elle apparaît sur la gravure de 1734, semble avoir été composée
en Russie, où la famille en général, et Antiochus en particulier, devaient disposer
de toutes les représentations nécessaires pour lui donner une forme canonique.
Sur la question de l’atelier où fut taillée la gravure publiée à Londres, il est
assez difficile de trancher. Mais, si nous admettons qu’Antiochus avait apporté de
Moscou la plaque de cuivre sur laquelle était gravé le portrait de son père, il n’est
plus nécessaire de supposer qu’il eût transporté également le portrait à l’huile20 et
tous les éléments héraldiques pour recréer le blason de sa famille en Angleterre.
Dans a cas le portrait qu’il attendait en 1736 d’Amsterdam ne serait pas la peinture
à l’huile faite en Russie :
« ... je vous suis infiniment obligé de la peine que vous vous avez
donné dans la vente de mon carosse, et l’expédition du Portrait de mon
père avec les deux estampes. Je ne les ai pas encore reçues, et peut-être
tarderont-ils comme le livre de la Moldavie, si on se doit reposer sur le
libraire Changuion. Je vous prie de le presser autant qu’il vous sera
possible et ressouvenés le lui livre aussi. »21
UNE VIEILLE ATTENTE: LE MANUSCRIT
DE LA DESCRIPTION DE LA MOLDAVIE ET SA CARTE
Il est remarquable qu’Antiochus ait réussi en moins de trois ans à faire
publier la « Türckische Geschichte » à Londres. La Descriptio Moldaviae, en
revanche, était un manuscrit qui n’était pas aussi vaste que l’Histoire de l’Empire
Ottoman. En plus, Antiochus avait en 1732 par devers lui la carte de Moldavie
manuscrite dressée par son père. Rien ne s’opposait donc à sa publication.
Les érudits de Berlin, groupés autour de Leibniz et des frères Jablonski,
essayaient depuis de nombreuses années d’obtenir cette carte, ainsi que le manuscrit de
19
Par exemple, dans l’Armorial général de la noblesse de l’Empire russe (1798 sq).
20
Comme le pensent G. Cioranescu, “Le Hospodar de Valachie”, p. 92–93, et V. Ciofu,
op. cit., p. 338.
21
Antiochus Cantemir à un inconnu, à Amsterdam, début juillet 1736, in Helmut Grasshof,
1966, p. 282. Compte tenu des contacts réguliers qu’Antiochus continuait d’avoir avec le comte
Golovkine à La Haye (voir Grasshof, lettres 27, 29 30, 35, des années 1736–1738), cet inconnu
pourrait bien être Berendes, secrétaire [d’ambassade ?], dont il fit la connaissance en 1732, lors de
son passage par La Haye, et avec lequel il était convenu de s’écrire seulement en latin, engagement
brisé dès la première lettre du Prince, sous le prétexte de sa maladie des yeux et du fait qu’il n’était
pas “assés fort en cette langue, pour pouvoir dicter une lettre” (Grasshof, p. 93–94).
7 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 145
la Description de la Moldavie. Cette carte, en particulier, ainsi que la monographie
qui l’accompagnait, avait été une commande que la Königlich-Preußische Societät
der Wissenschaften de Berlin avait faite au Prince Cantemir, en 1714, au moment
de l’élection de celui-ci comme membre de cette Société savante.
“Vous nous permettez encore de profiter de l’offre que vous nous faites, et
de vous prier, de vouloir bien nous procurer une information nette et
distincte de la véritable situation des deux provinces de la Moldavie et
de la Valachie, de leurs limites tant entre elles qu’à l’égard des pays
circonvoisins, et de leurs propres capitales et autres villes considérables
qu’elles renferment. C’est une chose pitoyable de voir, combien les cartes
aussi bien que les autres qui traitent de la géographie sont différents là-
dessus, les uns mettant la Moldavie vers le Dniester et la Valachie vers
la Danube, et les autres tout au contraire. Ainsi vous obligerez le public
aussi bien que nous en particulier, de nous fournir des éclaircissements
là-dessus.”22
A lire entre les lignes la correspondance que Huyssen et les frères Jablonski
avaient échangée après la mort de l’auteur de la Description de la Moldavie, l’on
ne peut que déduire que les Princes Cantemir s’étaient systématiquement opposés à
ce projet :
« La lettre de la Société a été fort bien reçue par les Pr[inces] Cantemir.
Mais comme le secrétaire du défunt a été envoyé à S[aint] P[eters]b[ourg]
dépositaire des papiers et autres affaires, ils se trouvent obligés de différer
jusqu’à son retour la réponse, et l’extradition du MS. de Dacia. »23
Il n’est pas dans notre propos de distinguer ici entre les quelques manuscrits à
sujet roumain que Démètre Cantemir avait laissés à sa mort. Disons, pour faire vite,
que nous partageons l’avis de G. Cioranesco, pour lequel la Dacia de la
correspondance avec l’Académie de Berlin est le titre synthétique donné aux
ouvrages à sujet roumain, promis par Cantemir à l’Académie de Berlin24, titre
d’inspiration toujours géographique qui apparaît aussi sous la variante Dacia vetus
et nova, que se rappellera certainement Jean-Baptiste Bourguignon d’Anville,
lorsqu’il rêvera d’une carte composée des « pays de Transilvanie, de Valakie, de
Moldavie » :
« Il en résulteroit un morceau précieux pour la Géographie: et en
représentant dans un coin de la carte les mêmes contrées réduites à ce
22
Johann Theodor Jablonski à Heinrich von Huyssen, Berlin, 5 Juin 1714, in E. Winter, “Die
Brüder Daniel Ernst und Johann Theodor Jablonsky und Russland”, p. 127.
23
Huyssen à Jablonski, Moscou, 10 Février 1724, ibidem, p. 132.
24
G. Cioranesco, La carte de la Moldavie, p. 110–111.
146 Vlad Alexandrescu 8
qu’on connoît de positions dans l’antiquité, cette carte pourroit être
intitulée Dacia vetus et nova »25.
Malgré les rappels successifs de Jablonsky26, les Princes Cantemir n’envoyèrent
à Berlin ni le manuscrit ni la carte. Le docteur Michael Schendo van der Beck, en
revanche, ancien médecin de Nicolas Mavrocordat, médecin à l’époque à l’hôpital
de Saint-Pétersbourg, essaya de s’emparer du manuscrit de Cantemir, en vue,
semble-t-il, de le mettre à jour.
“Come il a fait de bonnes observations en ce pays là [en Valachie], j’ai
cru qu’il serait en état d’augmenter Daciam Cantemiry, et en cette vue
je lui ai conseillé, qu’ayant servi comme médecin les Pr[inces] de
Cantemir ici, il prit chez lui, comme il a fait, le MS. du prince défunt
sur Dacia vetus et nova. Il promet de l’envoyer ensuite à la Société
augmentée de ses notes et additions suivant son P.S. et suivant la
disposition de son auteur défunt, fut-ce malgré les héritiers; qui ont
toujours promis vouloir les apporter eux mêmes, quand ils commenceraient
leurs voyages en Allemagne qui sont toujours différés.”27
Cette tentative d’espionnage valut à Schendo van der Beck l’élection comme
membre de l’Académie de Berlin, le 7 juillet 1726, et une exhortation supplémentaire à
achever son projet :
« J’ai bien du plaisir d’en avoir fait à M. van der Beck, en lui expédiant
son brevet de réception dans notre Société. [...] Surtout on est désireux,
si le dessein de copier secrètement la Dacia vetus et nova dont vous
avez fait mention autrefois, lui a réussi, et si nous devons nous flatter
de la voir ici.”28
Toutefois, même si van der Beck envoya des dissertations de son cru29,
presque rien de Cantemir ne parvint à Berlin, malgré les injonctions de Jablonsky30.
A un certain moment, Huyssen commença à parler d’un paquet qui se serait égaré
25
M. d’Anville, Mémoire sur les peuples qui habitent aujourd’hui la Dace de Trajan, lu le 2
mars 1759, in Mémoires de littérature tirés des registres de l’Académie Royale des Inscriptions et
Belles-Lettres, tome 30, Paris, Imprimerie Royale, 1764, p. 264.
26
Lettres de Jablonski à Huyssen du 10 Mai 1724, p. 134, 6 Août 1724, p. 135, 4 Mai 1725, p. 137.
27
Huyssen à Jablonski, Saint Pétersbourg, 3 Juin 1726, ibidem, p. 141.
28
Jablonski à Huyssen, Berlin, 20 Décembre 1726, ibidem, p. 152.
29
Une dissertation intitulée Obscura exilii Ovidiani sedes, rédigée, semble-t-il, à partir
d’informations de la Dacie, Călători străini despre Ţările Române, vol. IX, Bucureşti, 1997, p. 80 et
Lettre sans date de Jablonski à Huyssen du printemps 1727, in E. Winter, op. cit., p. 155.
30
Lettre sans date de Jablonski à Huyssen du printemps 1727, p. 155: “Je souhaite ardemment
que ce que nous attendons encore, et qui selon l’avis de votre dernière lettre doit être en chemin, ait le
même bonheur de bien parvenir”; Lettre du 19 Juin 1727, ibidem, p. 156.
9 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 147
en route, ce que Jablonski trouva « étrange »31. La même version d’un paquet perdu
fut véhiculée à propos d’un manuscrit de Cantemir désigné comme « de rebus Turcicis »
ou « de religione Turcarum »32, histoire à laquelle Jablonsky ne semble pas ajouter
de foi non plus. Nous savons qu’il s’agissait du Système ou l’état actuel de la religion
mahométane, publié en russe du vivant de l’auteur33, dont quelque sept pages furent,
semble-t-il, traduites à un certain moment en allemand et envoyées à Berlin34.
Ces différentes allégations mènent à penser que les Princes Cantemir
refusaient de se dessaisir des manuscrits de leur père et qu’ils envisageaient d’en
surveiller eux-mêmes la publication. L’allusion faite dans la lettre de Huyssen de
1726 à un voyage en Allemagne, toujours différé, est assez parlante. Elle corrobore
l’indication de Groß dans sa lettre à Bayer de janvier 1731, « indem es nun endlich
mit seiner Reiße nach Frankreich ernst werden ». Ainsi, plutôt que la nécessité de
réécrire les manuscrits du Prince35, ils y voyaient plutôt des objections pratiques
liées aux circonstances de leur publication.
Le seul document cartographique que les frères Jablonsky aient reçu,
probablement le 20 juin 1724, ce fut une « petite carte DACYARUM et
MOESYARUM »36 que l’historiographie roumaine a longtemps cru être une carte
dessinée par Cantemir37. En réalité, c’était très probablement l’un des nombreux
exemplaires d’une ancienne carte de Philipp Cluverius, Daciarum Moesiarum et
Thraciae Vetus et Nova Descriptio, ou bien une copie manuscrite de celle-ci38.
Cette carte est en effet petite. Les dimensions en sont de 20,4 × 24 cm. Jablonski
aurait pu recevoir aussi une carte d’Ortelius, gravée par Petrus Kaerius, intitulée
Vetus Descriptio Daciarum Nec non Moesiarum, faisant partie du Novum Atlas de
Johannes Janssonius39, qui reprenait une carte trouvée dans le Parergon de
31
Jablonski à Huyssen, Berkin, 5 Août 1727, ibidem, p. 158: “Comme ces paquets sont parvenus
heureusement, quoique portés par des mains différentes, il est étrange que celui que M. van der Beck
m’a adressé, se soit égaré. Je regarde cette perte comme considérable, à cause des pièces curieuses [il
s’agit certainement du manuscrit de Cantemir] que vous avez eu la bonté de nous indiquer d’avance,
qui devaient être renfermées dans ce paquet...”
32
Jablonski à Huyssen, 7 Février 1728, p. 161; 17 Novembre 1728, p. 164.
33
D. Kantemir, Kniga Sistema ili sostojanie muhammedanskoj religii, Saint Pétersbourg, 1722.
34
Elles se trouvent dans les archives de la Brandenburgische Akademie der Wissenschaften,
fonds Cantemir, in-folio, I:V, n° 5, cf. Emil Pop, “Dimitrie Cantemir și Academia din Berlin”, p. 832.
35
Maria Holban, Introduction à l’édition latine et roumaine de Descriptio Moldaviae, Editura
Academiei, 1973, p. 12; G. Cioranesco, “La carte de la Moldavie par D. Cantemir. Sa genèse et son
destin”, Revue des Etudes Roumaines, Paris, XIII–XIV, 1974, p. 110.
36
Jablonski à Huyssen, Berlin, 4 Mai 1725, ibidem, p. 137.
37
G. Cioranesco, “La carte de la Moldavie...”, p. 108–110; Andrei Eșanu, Valentina Eșanu,
“Activitatea cartografică a lui Dimitire Cantemir”, in Dinastia Cantemireștilor, p. 309–310. Voir,
contra, Maria Holban, ibidem, p. 11.
38
Carte publiée dans un atlas qui a connu maintes éditions, par exemple chez Louis et Daniel
Elzevir, Philippi Cluveri Introductionis in universam geographiam tam veterem quam novam Libri
VI, tabulis aeneis illustrati, accessit P. Bertii, Breviarum orbis terrarum, Amstelodami, ex Officina
Elzeviriana, 1661.
39
Joannis Janssonii Novus Atlas, sive Theatrum Orbis Terrarum, in quo Orbis Antiquus, seu
Geographia Vetus, Sacra & Profana exhibetur, Tomus Sextus, Amstelodami, apud Ioannem
Ianssonium, 1658.
148 Vlad Alexandrescu 10
Ortelius40 et dans Hornius41. Mais l’on ne saurait désigner cette carte comme petite:
elle fait 35,5 × 47 cm, soit à peu près les dimensions de la carte imprimée de
Cantemir. Il est très probable donc que la carte envoyée par Huyssen était une
copie manuscrite de la carte de Cluver qui avait servi à Cantemir dans la rédaction
de la Descriptio Moldaviae (1716) et surtout dans celle de Historia moldo-vlachica
(1717)42, et, comme Jablonski n’en fit pas beaucoup d’état dans la suite de sa
correspondance, on en peut déduire que c’était une carte qu’il connaissait déjà et
qui ne lui apportait rien de nouveau.
LA CARTE GRAVÉE À AMSTERDAM
Ce fut finalement François Changuion qui publia à Amsterdam la carte de la
Moldavie par Cantemir. Aujourd’hui, six exemplaires43 de cette carte sont connus
dans le monde entier. Le premier a été découvert en 1924 par G. Vâlsan à Paris, à
la Bibliothèque Nationale44. Il faisait partie de la collection de l’orientaliste
allemand Heinrich Julius Klaproth (1783–1835)45 et porte le n° 953. Il n’a pas
d’autre cote. Le nom de l’éditeur et l’année de la publication en sont effacés, mais
la disposition des caractères, dont on aperçoit encore quelques traces, laisse deviner
les mêmes indications que sur l’exemplaire, complet, de Londres. C’est l’exemplaire
de la carte de Cantemir le plus souvent reproduit. Il est facile à reconnaître, car il
porte le tampon de la Bibliothèque Nationale de France sur le cadre à droite en bas
et, au-dessus de la cartouche enveloppant l’échelle, la marque “Kl. 953”. Les
dimensions du cadre sont de 50,4 × 38,1 cm et celles de la feuille, de 51,4 × 39,3
cm. Le papier à vergeures horizontales, présente des pontuseaux verticaux à 3 cm
de distance l’un de l’autre; on en distingue au total 17 sur la feuille. Il n’y a pas de
40
Abrahami Ortelii Theatri Orbis Terrarvm Parergon, sive Veteris Geographiae Tabvlae,
Commentarijs Geographicis et Historicis illustratae. Editio Novissima, Tabulis aliquot aucta, et varie
emendata atq innouata, cura et studio Balthasaris Moreti. Antverpiae, ex officina Plantiniana, 1624,
carte 24.
41
Accuratissima orbis antiqui delineatio, sive geographia vetus, sacra & profana, authore
Georgio Hornio, Amstelodami, apud Ioannem Ianssonium, 1652, deuxième édition 1653, carte 38.
Pour la composition du Novus Atlas de Janssonius, voir Johannes Keuning, “The Novus Atlas of
Johannes Janssonius”, in Imago Mundi, 8, (1951), p. 71–98 .
42
A l’intérieur de ce dernier ouvrage, Cantemir renvoie à plusieurs reprises au chapitre sur la
Dacie de la Géographie de Cluver.
43
G. Cioranescu n’en connaissait que trois, cf. “La carte de la Moldavie...”, p. 110.
44
G. Vâlsan, “Harta Moldovei de Dimitrie Cantemir”, in Academia Română, Memoriile Secțiunii
Istorice, série III, tome VI, 1926, p. 193–211 et 2 planches. Appelons-le l’exemplaire Klaproth. Il entra à la
BN en 1832. A. et V. Eșanu pensent, sans raison apparente, que cet exemplaire avait appartenu à J. N.
Delisle (2008, p. 319). Cette confusion remonte peut-être à G. Cioranescu, ibidem, p. 112.
45
Klaproth fut appelé très jeune, en 1804, à fonctionner auprès de l’Académie pour les langues
asiatiques de Saint-Pétersbourg et y resta, prenant après 1805 des fonctions au sein de l’Académie des
Sciences de la même ville jusqu’en 1812. Il s’établit à Paris en 1815, où il enseigna les langues
asiatiques jusqu’à sa mort. L’exemplaire qu’il possédait dans sa collection aurait très bien pu être
acheté en Russie.
11 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 149
filigrane apparent. Sur cet exemplaire, quelqu’un a renforcé de couleur jaune la
limite des districts et a coloré de rose le trajet de la Via Traiani. Les traits
représentant les méridiens et les parallèles ont été rajoutés au crayon, par quelqu’un
qui a relié les degrés de latitude et de longitude inscrits sur le cadre.
L’Académie Roumaine apprit en 1935 l’existence d’un second exemplaire de
la carte au British Museum46, qui garde intacts le nom de François Changuion et
l’an 1737. En m’adressant à la British Library, j’ai pu avoir communication d’une
copie digitale en haute résolution de cet exemplaire (planche 2), catalogué sous la
cote “Maps K.Top.113.64”47. C’est en effet un exemplaire complet, qui porte, à
gauche de la cartouche de l’échelle, le cachet de la collection royale de George III
avec les armoiries et la devise de celui-ci “Dieu et mon droit”. Il faisait partie de la
collection géographique et topographique de ce souverain et fut donnée au British
Museum par George IV. Il était déjà répertorié par le catalogue de cette collection
de 182948. On peut penser que c’est l’exemplare même dont Antiochus fit présent à
George III, au moment de la parution de la carte, en 1737. Cet exemplaire porte sur
le bord gauche, en haut, à l’extérieur du cadre, au crayon, la cote CXIII/64. Comme
George III était collectionneur de cartes, ce fut peut-être à la même occasion
qu’Antiochus lui fit don d’un exemplaire de la gravure du Plan de Constantinople,
que j’ai retrouvé dans le même fonds, cote Maps K.Top. 113.72.
Dans une note de 1957, E. D. Tappe publia un autre exemplaire de la carte de
Moldavie provenant de la collection réunie aux Pays-Bas au XVIIIe siècle par le
Greffier Hendrik Fagel et conservée dans la bibliothèque du Trinity College de
Dublin49. Cet exemplaire, imprimé sur du papier à vergeures horizontales, est
martelé au même endroit que l’exemplaire Klaproth de Paris. Je me suis mis en
communication avec M. Paul Ferguson, conservateur de cette Bibliothèque, qui
m’a confirmé que la la carte faisait partie d’une collection de cartes anciennes
intitulée “Fagel portfolio 17.024”, sous le n° 1174. M. Ferguson a eu l’obligeance
d’ajouter que les ouvrages et les cartes de la collection Fagel furent réunies durant
une période d’un siècle et demi par plusieurs générations de la famille Fagel, dont
la plupart ont occupé de hautes fonctions publiques aux Pays-Bas, dans la province
de Hollande. En 1802, Hendrik Fagel, exilé à Londres, fut contraint de vendre toute
la collection. Aux enchères organisées par la maison Christie’s, le Trinity College
de Dublin acquit l’intégralité du lot.
46
Mentionné, sans être reproduit, par C.C. Giurescu, in Principatele române la începutul
secolului al XIX-lea, București, 1957, p. 7, 77.
47
Inventorié, sous cette cote, dans British Museum, Catalogue of printed maps, charts and
plans, London, 1967, vol. 3, p. 2. Je remercie M. Luc Deitz, conservateur de la Réserve précieuse de
la Bibliothèque Nationale de Luxembourg, pour son appui.
48
Sans indication de cote, dans British Museum, Catalogue of Maps, Prints, Drawings, etc.,
forming the geographical and topographical collection attached to the Library of his late Majesty
King George the third, and presented by his Majesty King George the fourth to the British Museum,
London, 1829, vol. 2, p. 48.
49
E. D. Tappe, “Another specimen of Dimitrie Cantemir’s map of Moldavia”, Revue des
Etudes roumaines, Paris, 3–4, 1957, p. 220 et 1 planche.
150 Vlad Alexandrescu 12
Selon M. Ferguson, les dimensions de la carte sont de 72,3 × 51 cm et celles
de la zone imprimée, entre les lignes du cadre, de 50,5 × 38,2 cm. Le nom de
l’éditeur et la date ont été enlevés de la carte, de sorte qu’à cet endroit-là le papier
de la carte est presque déchiré. Il y a deux filigranes dans le papier, difficilement
identifiables: l’un semble être une lettre et l’autre pourrait être une Fleur de Lis. Il
y a aussi des pontuseaux, à 3 cm d’intervalle, au total 24 tout au long de la feuille50.
La Bibliothèque Nationale de France possède aussi un second exemplaire de
la même carte, qui fut donné par le comte de Thoms à la Bibliothèque du Roi en
1744, selon une mention manuscrite apposée au dos de la carte. Cet exemplaire est
passé inaperçu jusqu’à présent dans l’historiographie roumaine51. Il porte le
tampon de la “Bibliothèque du Roi”, aux trois fleurs de lys surmontées d’une
couronne royale, dans l’écu des armoiries princières qui décorent la cartouche du
titre de la carte. C’est aussi un exemplaire où le nom de l’éditeur et l’année ont été
effacés. Les dimensions du cadre sont de 50,4 × 38,1 cm et celles de la feuille de
71 × 48 cm. Sur le verso, la mention manuscrite: “Carte de Moldavie donnée à la
Bibliothèque du Roy en 1744 par M. le Comte de Thoms qui l’a fait graver en
Hollande”. Elle porte la cote Ge AF PF 41 (134). Le papier, à vergeures horizontales,
présente des pontuseaux verticaux à distance de 3 cm l’un de l’autre, au total 24.
Le papier a un filigrane, qui est un texte de 3 mots, réparti en trois lignes, dont j’en
suis arrivé à distinguer “...ON ...IN ANGOVMOIS”. C’est par conséquent du papier de
provenance française.
J’ai remarqué, sur cet exemplaire, un fin carroyage au crayon, par carrés aux
côtés de 0,5 cm. Ce carroyage est constitué de plusieurs régions, légèrement obliques.
Il a certainement servi à copier la carte.
UN CINQUIÈME EXEMPLAIRE À BERLIN
Un cinquième exemplaire de la carte imprimée à Amsterdam se trouve dans
le local de la Potsdamer Straße de la Staatsbibliothek zu Berlin, sous la cote Kart.
20835 R. C’est un exemplaire semblable à celui de la British Library, c’est-à-dire
un exemplaire complet, où le nom de l’éditeur et la date n’ont pas été grattés. Selon
l’image que j’ai pu consulter, le papier présente des pontuseaux parallèles au bord
le plus petit, traversant la carte du Nord au Sud, et des vergeures perpendiculaires
aux pontuseaux. La carte a été pliée en deux, selon un axe médian allant du N au S,
et peut-être recollée, ce qui lui a valu deux-trois milimètres perdus dans la moitié
supérieure de cet axe. Elle porte sur le cadre inférieur, au milieu, un tampon avec
l’inscription en rouge : « Staatsbibliothek Berlin - Preussischer Kulturbesitz ». La
cote est inscrite au crayon en bas à gauche, sous le cadre.
50
Courriers électroniques du 8 et du 22 février 2010.
51
M. Ovidiu Sandor a attiré mon attention sur le fait qu’il y a deux exemplaires de la carte de
Cantemir à la BNF. Lui-même avait demandé une copie digitalisée de ce qu’il croyait être l’exemplaire
Klaproth et en a reçu une d’après le second.
13 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 151
M. Holger Scheerschmidt, ingénieur cartographe au service de la Bibliothèque, a
eu l’obligeance de me préciser quelques détails. L’exemplaire a été acquis par la
Bibliothèque en 1985, d’un collectionneur privé. Les dimensions exactes du cadre
de la carte sont de 49,6 × 37,8 cm. Les dimensions de la feuille sont de 60,5 × 51 cm. Il
y a au total 22 pontuseaux, à intervalle de 28 mm. Le papier, épais, présente un
filigrane sous la forme des lettres W M, dont les dimensions sont de 5,0 × 1,7 cm.
En bas à droite, sous le cadre, il y avait une inscription au crayon, mais elle a été
radiée. C’était peut-être une notice d’un ancien possesseur de la carte52.
Comme traces de l’utilisation ultérieure, l’on remarque que les noms de
certaines villes ont été soulignés d’un trait à l’encre rouge. Il s’agit des localités
suivantes (du N au S) : Colomia, Suczava, Stephanestii, Soroca, Hirlau, Niamcz,
Iassi, Husz, Barlad, Falcii, Renii.
COMMENT EST-CE QUE L’ON GRAVAIT UNE CARTE ?
Afin de mieux éclairer les documents qui retiennent notre attention, il
convient d’expliquer le processus de fabrication d’une carte au XVIIIe siècle. La
gravure géographique et topographique, comme l’appelle l’auteur d’un mémoire de
référence53 publié en 1803, était un art qui avait évolué avec les progrès de la
gravure en général, mais qui, néanmoins, conservait ses exigences propres. Selon
Bacler-d’Albe, général de Napoléon et l’un des meilleurs cartographes de son
époque, le grand essor des cartes gravées sur cuivre n’apparut qu’à la fin du XVIIe
siècle, lorsque la technique du burin, utilisée depuis 1640, s’associa à l’usage
fréquent de l’eau-forte et de la pointe sèche. Barcler d’Albe décrit le processus de
gravure des cartes géographiques, en y identifiant cinq opérations principales, que
l’on retrouve dans la plupart des ouvrages modernes traitant de cette question :
1. Le trait. L’on commence par « calquer, avec une pointe légèrement émoussée,
toutes les lignes et points du dessin sur une feuille de papier verni et transparent ; la
pointe laisse sur le vernis un trait blanc : il faut avoir soin de ne pas entamer le
papier ». Ensuite, « il faut reporter ce calque sur la planche de cuivre destinée à la
gravure, et qui a été préalablement dressée, polie et brunie ». « Avant tout, il faut
commencer par tracer légèrement sur le cuivre, avec une pointe d’acier, les
méridiens et les parallèles, après quoi la planche ayant été nettoyée avec du blanc
d’Espagne, elle doit être couverte de vernis à graver à l’eau-forte ». Après avoir
verni la planche de cuivre, on va « décalquer le trait, en renversant sur la planche
vernie le calque ». Par l’opération de décalquer, « au moyen d’une pointe que l’on
promène an appuyant légèrement sur tous les traits du calque », l’on imprime sur le
vernis « un trait grisâtre ephémère ». C’est après ces phases préliminaires, que le
52
Courriers électroniques du 26 février, 5 et 9 mars 2010.
53
L. A. G. Bacler-d’Albe, ingénieur-géographe, “Notice sur la Gravure topographique et
géographique”, in Mémorial topographique et militaire, 11, 1803, 5, p. 65–90. Je remercie M. Ovidiu
Sandor de m’avoir signalé l’existence de ce mémoire.
152 Vlad Alexandrescu 14
graveur « exécute le trait géographique, dont il trace tous les contours sur le vernis,
avec des pointes d’acier de différentes grosseurs ; il découvre ainsi le cuivre aux
endroits où doit mordre l’eau-forte ». On peut faire le trait des cartes géographiques
soit à l’eau-forte, soit au burin.
2. L’écriture. Une fois le trait terminé, la planche est confiée au graveur de
lettres. Celui-ci ébauche le corps des lettres avec l’échoppe, ou burin quadrangulaire,
taillé en biseau. La lettre terminée, « il faut tirer une épreuve à l’imprimerie, pour
vérifier et faire corriger les fautes ». Pour ce qui est des gages du graveur, « tout
mot écrit en romain, ainsi qu’en capitale droite ou penchée, en ronde ou en anglaise,
compte pour quatre mots italiques, quelque grand ou quelque petit que soit le corps
de la lettre ».
3. L’eau-forte des montagnes demande beaucoup de talent de la part du graveur,
afin de « rendre les effets d’ombre et de lumière, au moyen d’un arrrangement bien
raisonné de tailles et de points ». Le graveur des montagnes est aussi chargé de
graver les bois.
4. Le filage des eaux désigne deux techniques de graver les eaux de la mer,
des lacs et des cours d’eau. La première utilise le burin : « on appelle filer les eaux,
lorsqu’on trace avec le burin une certaine quantité de traits parallèles et légèrement
ondulés, qui suivent exactement les contours des rivages de la mer, des lacs et des
cours d’eau ». La seconde s’exécute à la pointe sèche : « on appelle couper l’eau à
la pointe sèche, lorsqu’avec une forte pointe d’acier on trace sur le cuivre, pour
exprimer l’eau de la mer et des lacs, une quantité de traits droits, parallèles à
l’équateur ; ils partent tous du rivage et vont s’adoucir à quelques distances. Le
graveur glisse souvent un autre trait plus fin entre les premiers, près du rivage ; on
l’appelle entre-taille ».
5. Le fini. Le pointillé des sables et des campagnes, les hachures des plans, se
font au burin et à la pointe sèche.
REMARQUES GENERALES SUR LA CARTE D’AMSTERDAM
Ayant à notre disposition des reproductions digitales de tous les exemplaires
décrits ci-dessus de la carte publiée à Amsterdam, nous pouvons risquer quelques
remarques.
Tout d’abord, il faut abandonner l’idée qu’il y ait eu deux ou plusieurs tirages
de la même carte54. Il n’y a pas de différences entre les exemplaires dont nous
avons pu voir des reproductions, si ce n’est peut-être pour ce qui est des dimensions
des feuilles de papier ayant servi à l’impression. La feuille la plus petite este celle
de la carte de Londres, qui a visiblement été découpée à la hauteur de la cuvette
(empreinte de la forme de la plaque de cuivre sur le papier). La feuille la plus
grande est celle de l’exemplaire Thoms de Paris. Les dimensions du cadre restent
54
A. et V. Eșanu, Dinastia Cantemireștilor, p. 320. En examinant tous les exemplaires connus
de la carte, je ne constate aucune différence entre leurs titres.
15 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 153
cependant les mêmes et il est facile de supposer que l’imprimeur a utilisé du papier
différent pour la même plaque de cuivre.
La carte ne porte pas de traits représentant les méridiens et les parallèles. Il
n’y a que l’exemplaire Klaproth de la Bibliothèque Nationale de France, où ces
traits ont été rajoutés au crayon55.
Pour le filage des eaux, le graveur a utilisé la technique à la pointe sèche pour
le littoral de la mer Noire et les quelques lacs représentés et la technique au burin
pour filer les cours des rivières. Les symboles géographiques proviennent de cartes
anciennes de géographie détaillée, clochers, croix, châteaux, groupes de maisons,
diversement agencés pour différencier et classer les centres administratifs et
religieux56. La carte n’a aucun tracé en couleurs57.
Tous les exemplaires de la carte ont été pliés en deux, selon une ligne médiane
verticale.
DESCRIPTION DES CARTOUCHES
Au XVIIIe siècle, les graveurs de cartes commencent à accorder une
importance particulière aux cartouches.
“La partie ornementale, et notamment le cartouche, écrit G. Alinhac,
mérite une mention particulière. D’origine italienne, le cartouche gagna les
Pays-Bas, où se trouvaient les gros producteurs de cartes, successeurs
d’Ortelius et Mercator, et de là se répandit dans toute l’Europe. Le titre
de la carte, le nom des auteurs, sont présentés dans des draperies, des
guirlandes de rubans, de fleurs, de fruits, de légumes, de treille, de
palmes, des feuilles d’acanthe, des cornes d’abondance, des masques,
des allégories, des amours joufflus, des animaux sont diversement
disposés dans le cadre et dans les vides, qu’on cherche autant que
possible à combler”58
Le titre de la carte de Moldavie, le nom de son auteur et le nom du libraire
sont présentés à l’intérieur d’une cartouche d’une belle composition. Elle figure un
autel sur lequel est fixé une plaque de marbre, où est gravé le texte. La plaque est
encadrée de deux guirlandes verticales composées de fleurs ou, peut-être, de
bouterolles.
55
Comme G. Vâlsan l’avait d’ailleurs bien remarqué, art. cit., p. 198, n. 2.
56
G. Alinhac, Historique de la cartographie, p. 79.
57
G. Cioranesco, A. et V. Eșanu, notant que la Via Traiani et la localité de Stănilești sont
marquées de rouge clair, reprennent une information de G. Vâlsan, qui n’avait vu que l’exemplaire
Klaproth.
58
Ibidem, p. 79–80.
154 Vlad Alexandrescu 16
Au-dessus de la cheminée un écu ovale et vide59, flanqué de deux anges en
supports, chacun tenant une palme à la main, et surmonté d’une couronne princière
fermée, constituée de quatre fleurons intercalés entre quatre perles, surmontée
d’une sphère, ou “monde”, rehaussée d’une croix.
A gauche de la cheminée, une Reine couronnée, vêtue d’une stola plissée,
serrée à la taille et d’un manteau d’hermine, pieds nus, la tête légèrement inclinée,
ayant à la main un sceptre. Derrière elle, un Mercure caducifère, vêtu d’une
tunique aux manches courtes, portant un casque ailé, tenant un étendard. A côté,
sur une colonne coupée, un coeur enflammé.
L’échelle de la carte est dressée en heures turques et miles italiennes, ce que
le texte de la Descriptio Moldaviae annonçait clairement60, mais ce que la carte
gravée à Amsterdam ne spécifiait pas. Le degré de latitude (vertical sur le cadre)
mesure 8,3 cm. Le degré de longitude (horizontal sur le cadre) mesure 7,5 cm.
L’échelle est inscrite à l’intérieur d’une architrave entourée d’une guirlande
de feuilles et de fruits. Les supports de l’architrave sont deux visages opposés
soutenus par des volutes. Sur l’architrave est posée la double tête d’une femme, au
visage jeune tourné vers la droite et au visage vieux vers la gauche. Au-delà du
motif “tempus fugit” inscrit dans cette représentation, il est légitime de se
demander si le graveur ne pensait pas à l’un des titres sous lesquels la Descriptio
Moldaviae était connue en Occident, à savoir Dacia vetus et nova.
MAIS QUI ÉTAIT FRANÇOIS CHANGUION?
C’est G. Cioranesco qui découvrit les origines de François Changuion dans
une famille de huguenots français, venant de Champagne-en-Barrois, réfugiée aux
Pays-Bas après la révocation de l’Edit de Nantes. Les Changuion furent actifs à
Amsterdam, Utrecht et Leyde dans l’administration et le commerce. François Changuion
ouvrit une imprimerie située à Amsterdam, rue Kalver, de 1724 à 1725. Cioranesco
remarquait aussi que cette maison n’était pas des plus importantes61.
Prolongeant ses recherches, nous avons tenté de retrouver plus d’informations
sur ce personnage. D’après Emile Haag62, François Changuion était né à Berlin en
59
G. Vâlsan et G. Cioranesco ont interprété cela comme un signe de deuil après la Moldavie
perdue (“Harta Moldovei...”, p. 201; “La carte de la Moldavie...”, p. 119). Je crois qu’il ne faut pas
aller si loin. Antiochus avait bien de quoi remplir l’écu de son père, ainsi qu’il le fit pour nombre de
portraits de celui-ci gravés à l’étranger. Si l’écu est resté vide c’est sans doute en raison de problèmes
de communications entre Antiochus et le graveur des Pays-Bas.
60
“His limitibus circumscripta, Moldavia ambitu 237 horarum itineris, vel 711 milliariorum
Italicorum continetur – quem computum facile inire poterit, cuicunque adiectam huic tractationi
Mappam Geographicam consulere libuerit”, I, II, in Descriptio Moldaviae, 2006, p. 36.
61
G. Cioranesco, “La carte de la Moldavie par D. Cantemir. Sa genèse et son destin”, p. 114–115.
62
Eugène et Emile Haag, La France protestante: ou vies des protestants français qui se sont
fait un nom dans l’histoire..., ouvrage précédé d’une notice historique sur le protestantisme en France
: et suivi de pièces justificatives, Paris, 1846–1859 (reprint, Genève, Slatkine, 1966), 10 vol., tome 4,
lettre C.
17 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 155
1695, d’une branche de la famille qui s’y était réfugiée. Il fonda à Amsterdam une
maison d’édition et de diffusion en 1718. Il y publia des livres jusqu’en 1766. A sa
mort, en 1777, il laissa une maison connue. Sa femme, Jeanne Soyer, lui avait
donné neuf enfants, dont le plus jeune, Daniel Jean, continua la maison d’édition.
Son nom apparaît d’abord, dans les années 1718–1719, associé avec Du
Villard, avec lequel il publia conjointement des ouvrages de Pierre-Daniel Huet63,
l’abbé de Saint-Pierre64, Richard Steele65, etc. Il commença à éditer, toujours avec
du Villard, une compilation d’auteurs grecs et latins de J. R. de Serviez, intitulée
Les femmes des Douze Césars, qu’il reprit à son seul nom66, puis les Oeuvres
diverses de J.R. Segrais67, puis une édition latine des Oeuvres d’Ovide. A partir de
1731, il réussit à vendre, à son nom d’éditeur, quelques tomes de l’Histoire de
l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres68. La même année, il diffusait,
sans le nom de l’auteur, La Vie de Mahomed de Henri de Bougainvilliers69. En
1734, il donna une édition des Oeuvres diverses du poète et dramaturge français
J.B. Rousseau70, et l’année suivante une édition des Oeuvres de Boileau71. 1737,
63
Huet, Pierre-Daniel, Mémoires sur le commerce des Hollandois, dans tous les Etats et
empires du monde, ou l’on montre quelle est leur manière de le faire, son origine, leur grand
progrès, leurs possessions & gouvernement dans les Indes : comment ils se sont rendus maîtres de
tout le commerce de l’Europe, Chez Du Villard & Changuion, Amsterdam, 1718.
64
Charles Irénée Castel de Saint-Pierre, Discours sur la polysynodie, où l’on démontre que la
polysynodie, ou pluralité des conseils, est la forme de ministère la plus avantageuse pour un roi, &
pour son royaume, A Amsterdam, Chez Du Villard & Changuion, M.DCCXIX. [1719]
65
Bibliothèque des dames, contenant des règles générales pour leur conduite dans toutes les
circonstances de la vie, écrite par une dame, et publiée par Mr. le chevalier R. Steele, 2e édition,
Amsterdam, Du Villard et Changuion, 1719.
66
Servies (M. de) – Les femmes des douze Cesars, contenant la vie et les intrigues secrètes des
Impératrices et femmes des premier Empereurs Romains, Amsterdam, chez Du Villard & Changuion,
1721, reprise en 1723, Amsterdam, chez François Changuion, 4e édition corrigée et augmentée,
2 volumes, in-12°, 584p + table des matieres.
67
Segrais, Oeuvres Diverses. Tome I qui contient ses Mémoires Anecdotes, où l’on trouve
quantité de particularitez remarquables touchant les personnes de la Cour, & les gens de Lettres de
son tems. Tomme II qui contient ses Églogues; l’Amour guéri par le Tems, Opera; l’Histoire de la
Princesse de Paphlagonie, & l’Histoire de l’Isle Imaginaire. 2 tomes, Amsterdam, François Changuion,
1723. in-8°; XXIV, 246 p. avec un portrait de l’auteur en frontispice et 18 p. Table de matière.
68
Histoire de l’Academie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres..., tome premier, 1743, A
Amsterdam, Chez François Changuion; tome troisième, 1731; tome cinquième, 1741; tome sixième,
1743. A mentionner que d’autres tomes avaient été édités par Pierre Gosse: tome second, à La Haye,
chez Pierre Gosse, 1724, in-12°, frontispice de A. Coypel, gravé par B. Picart, 568 p., 10 planches
dépliantes.
69
La Vie de Mahomed, avec des réflexions sur la religion mahométane, & les coutumes des
musulmans, London, et se trouve à Amsterdam chez P. Humbert, 1730, Amsterdam, Francois
Changuion, 1731.
70
Oeuvres diverses de Mr. Rousseau, tome premier [-troisième], nouvelle edition, revue,
corrigée & considerablement augmentée par lui-même, à Amsterdam, chez François Changuion,
1734, 3 volumes, in-12°.
71
Nicolas Boileau-Despréaux, Oeuvres avec des éclaircissements historiques donnez par lui-
même, nouvelle édition revüe, corrigée & augmentée d’un grand nombre de remarques historiques &
critiques, enrichie de figures gravées par Bernard Picart le Romain, Amsterdam, chez François
Changuion, 1735, 4 vol. in 12°.
156 Vlad Alexandrescu 18
l’année où il fit paraître la carte de Cantemir, fut une année extrêmement riche pour
son imprimerie. Il republia les Mémoires de K.L. von Pöllnitz72, qui avaient paru
d’abord à Liège, en 1734, et à Londres en 1735. Il publia l’Essai philosophique sur
l’âme des bêtes de D.R. Boullier73, un ministre protestant d’Amsterdam, une Histoire
de la philosophie en dix livres, par le philosophe mondain André-François Boureau-
Deslandes74, ainsi qu’une traduction nouvelle de Pétrone par Jean Bouhier75.
Après 1737, il continua son activité de maison d’édition et de diffusion,
publiant, parmi d’autres, une édition des Caractères de La Bruyère76, un ouvrage
du marquis d’Argens77, une édition de la Théodicée de Leibniz78, une traduction de
Diodore de Sicile79. Il va de soi que la liste d’ouvrages donnée ici n’est pas
exhaustive. Elle montre un éditeur très introduit dans la République des Lettres,
réceptif aux courants intellectuels de son époque, attentif aussi à la voix des
Protestants.
Ce qui est remarquable cependant, c’est que François Changuion n’a publié
aucune carte. Son nom n’est nullement associé à l’essor spectaculaire de la
cartographie néerlandaise au XVIIIe siècle. Il n’apparaît pas dans les catalogues des
cartographes ou des éditeurs de cartes80. Il n’est pas connu non plus pour avoir
imprimé des tirages de gravures de l’époque.
Si l’on retrouve quelquefois des cartes dans les ouvrages qu’il a édités, c’est
uniquement dans ceux qui ont paru avec l’aide d’autres éditeurs, tels le Danubius
Pannonico-mysicus du comte Luigi Ferdinando Marsigli, déjà signalé ci-dessus,
accompagné de quelques dizaines de cartes. Dans cette entreprise de 1726 il avait
été associé à d’autres libraires bien connus: Pierre Gosse, R. Chr. Alberts, Pieter de
72
Mémoires du baron de Pöllnitz, contenant les Observations qu’il a faites dans ses Voyages,
et le Caractère des Personnes qui composent les principales Cours de l’Europe, troisieme edition,
augmentée de deux volumes, et d’une Table des Matières, tome premier, à Amsterdam, chez François
Changuion, 1737.
73
Essai philosophique sur l’âme des bêtes, où l’on trouve diverses réflexions sur la nature de
la liberté, sur celle de nos sensations, sur l’union de l’âme et du corps, sur l’Immortalité de l’âme,
seconde edition revue et augmentée, à laquelle on a joint un Traité des vrais Principes, etc., tome
premier, à Amsterdam, chez François Changuion, 1737.
74
Histoire critique de la philosophie où l’on traite de son origine, de ses progrès, & des
diverses révolutions qui lui sont arrivées jusqu’à notre tems. Par Mr. D***, à Amsterdam, chez
François Changuion, 1737.
75
Poème de Pétrone sur la Guerre civile entre César et Pompée, avec deux épîtres d’Ovide, le
tout traduit en vers françois avec des remarques, Amsterdam, François Changuion, 1737, in-4°.
76
La Bruyère, Les Caractères de Théophraste avec les caractères ou les moeurs de ce siècle,
nouvelle édition augmentée de quelques notes sur ces deux ouvrqges, & de la défense de La Bruyère
& de ses caractère par M. Coste, Amsterdam, chez François Changuion, 1743, 2 vol. in 12°.
77
Réflexions historiques et critiques sur le goût et sur les ouvrages des principaux auteurs
anciens et modernes, A Amsterdam, Chez François Changuion, 1743.
78
Leibniz, Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, 1747, Amsterdam.
79
Diodore de Sicile, Histoire universelle, Amsterdam, Chez François Changuion, 1743, in 12°.
80
Voir, par exemple, R.V. Tooley, Tooley’s dictionary of mapmakers, New York, Amsterdam,
A.R. Liss, Meridian Publishing Company, 1979.
19 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 157
Hondt de La Haye et Herman Uytwerf d’Amsterdam. C’est à peu près dans la
même compagnie qu’il avait publié aussi, en 1732, L’Etat Militaire de l’Empire
Ottoman, ses progrès et sa décadence, du comte Marsigli, en deux volumes avec
de nombreuses gravures.
LES CONFRÈRES DE FRANÇOIS CHANGUION
Tous ces éditeurs étaient connus pour avoir gravé et imprimé des cartes.
Pierre Gosse (1676–1755), l’un des éditeurs les plus importants de La
Haye81, avait publié avec Jean Neaulme une édition du Cours82 et du Dictionnaire
d’architecture83 d’A.C. d’Aviler, le traité d’Architecture84 de Palladio, des
Mémoires85 de l’Académie des sciences de Paris, tous ces ouvrages contenant de
belles planches gravées, ainsi que les planches en taille-douce de Jan van
Huchtenburgh ornant l’ouvrage de Jean Dumont sur les batailles d’Eugène de
Savoie86. En outre, Pierre Gosse avait édité, toujours en association avec d’autres
éditeurs, plusieurs ouvrages de belles-lettres, embellis des gravures de B. Picart,
dont je citerai ici Fontenelle87 et Boileau88.
81
Voir sur sa vie et son activité la notice de E.F. Kossmann, De Boekhandel te ‘s-Gravenhage
tot het eind van de 18de Eeuw. Biographisch Woordenboek van Boekverkoopers, Uitgevers, Boekdrukkers,
Boekbinders enz. Met vermelding van hun uitgaven en de veilingen door hen gehouden,
‘s-Gravenhage, Martinus Nijhoff, 1937, p. 144–150.
82
Cours d’architecture qui comprend les ordres de Vignole avec des commentaires, les figures
et les descriptions de ses plus beaux bâtimens et de ceux de Michel-Ange ... par A.C. Daviler, A La
Haye, Chez Pierre Gosse & Jean Neaulme, 1730, 2 vol. ill., nouvelle & troisième édition, (une édition
que J.W. Goethe possédait dans sa bibliothèque, cf. Hans Ruppert, Goethes Bibliothek- Katalog,
Weimar, Arion 1958).
83
Dictionnaire d’architecture, ou Explication de tous les termes, dont on se sert dans
l’architecture, les mathématiques, la géométrie..., à La Haye, chez Pierre Gosse & Jean Neaulme, 1730.
84
Architecture de Palladio, divisée en quatre livres, La Haye, Pierre Gosse, 1726, 4 livres
reliés en un volume in-folio. Frontispice allégorique gravé par B. Picart d’après S. Riccio, un portrait
de Palladio gravé par Picart d’après P. Caliari et 230 figures gravées, certaines dans le texte, d’autres
à pleine page et 15 dépliantes.
85
Mémoires de l’Academie royale des sciences, contenant les ouvrages adoptez par cette
Academie avant son renouvellement en 1699, 5 tomes, à La Haye, chez P. Gosse & J. Neaulme, 1731;
voir notamment tome cinquième, Divers ouvrages d’astronomie, par M. Cassini, 548 p. , il., in-4º.
86
Batailles gagnées par le Prince Eugène de Savoie, Généralissime des troupes de l’Empereur, sur
les ennemis de la foi, et sur ceux de l’empereur et l’Empire, en Hongrie, en Italie, en Allemagne et
aux Pays-Bas, dépeintes et gravées par Jean Huchtenburg, avec des explications historiques par
J. Dumont, La Haye, Gosse, 1725, 3 vol. in-folio.
87
Œuvres diverses de Fontenelle, nouvelle édition augmentée et enrichie de figures gravées
par Bernard Picart le Romain, La Haye, Gosse et Neaulme, 1728–1729, 3 vol. in-folio, 6 grandes
planches dont une avec le portrait de Fontenelle gravé par B. Picart d’après Rigaud, 3 fleurons de
titres et 174 vignettes et culs-de-lampe par Picart le Romain.
88
Nicolas Boileau, Œuvres, avec des éclaircissements historiques donnez par lui-même,
nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée de diverses remarques enrichies de figures gravées par
Bernard Picart le Romain, La Haye, Gosse et Hondts, 1729, 2 vol.
158 Vlad Alexandrescu 20
Jean Neaulme (1694–1780) provenait d’une famille de huguenots français
réfugiée aux Pays-Bas en 168589. S’associant en 1726 pour quelques années avec
son collègue plus âgé Pierre Gosse, il fit paraître certains de ses ouvrages dans ce
partenariat. Néanmoins, il l’élargit souvent à d’autres libraires pour certaines
parutions, comme le monumental ouvrage de numismatique de Gérard van Loon90,
incontournable pour l’étude des médailles frappées aux Pays-Bas à partir de la
seconde moitié du XVIe siècle.
Pierre de Hondt (1696–1764) était un éditeur et libraire important à La Haye,
connu pour la haute qualité typographique dont bénéficiaient les livres qu’il faisait
imprimer91. Il était également connu pour avoir édité de belles gravures. Ainsi le
magnifique recueil in-folio intitulé Figures de la Bible, paru à La Haye, en 1728,
comprenait un frontispice gravé par Bernard Picart en 1719 et 242 planches, dont
plusieurs doubles, gravées en taille-douce d’après les compositions de Gérard Hoet
(1648–1733) par Quirin Fonbonne, Pool, Buisen, Blois, Bernaerds, Gouwen, Pigné,
Mulder, Surugue, Broen, Beauvais, Thomassin, Bleyswik et Folkéma. Chaque figure
contenait une légende, en six langues, alternant l’hébreu, le grec, le latin,
l’allemand, le hollandais, l’anglais et le français. Il était l’éditeur de plusieurs atlas
géographiques, de plans de batailles notamment durant la guerre de Sept Ans, et
d’une carte du monde par J.N. Bellin en 1750. Pierre de Hondt était aussi l’éditeur
de l’ouvrage monumental en 25 volumes de l’abbé Prévost intitulé L’Histoire
Générale des Voyages, contenant plusieurs planches dont des cartes pour chacun
des 18 premiers volumes qu’il a pris en charge de 1747 à 1770, ainsi que de
l’Histoire des souverains néerlandais, magnifique ouvrage illustré par Franz van
Mieris92.
Herman Uytwerf, libraire à Amsterdam, avait publié plusieurs éditions de
L’éducation des enfants de John Locke93, une édition, enrichie de plans et de
89
Une notice sur sa biographie et son activité d’éditeur dans E.F. Kossmann, De Boekhandel
te ‘s-Gravenhage..., p. 286–293.
90
Gérard Van Loon, Histoire métallique des XVII provinces des Pays-Bas depuis l’abdication
de Charles-Quint, jusqu’à la paix de Bade en MDCCXVI, La Haye, P. Gosse, J. Neaulme, P. De Hondt,
5 volumes, La Haye, 1732–1737, plus de 3.000 médailles, pour la plupart illustrées par une gravure
de chaque pièce.
91
Voir la notice sur sa biographie et son activité d’éditeur, dans E.F. Kossmann, op. cit.,
p. 191–196.
92
Franz van Mieris, Historie der Nederlandsche Vorsten, uit de Huizen van Beijere, Borgonje,
en Oostenryk: Welken, Sedert de Regeering van Albert, Graaf van Holland, tot den Dood van Keizer
Karel den Vyfden, het Booggezag Aldaar Gevoerd Hebben: Niet Alleen uit de Geloofwaardigste
Schryveren en Egtste Bewysstukken Dier Tyden Samengesteld, Maar ook met Meer dan Duizend
Historipenningen, La Haye, Pieter de Hondt, 3 vol., 1732–1735.
93
De l’éducation des enfans, traduit de l’anglois de M. Locke par M. Coste, sur l’édition
angloise publiée après la mort de l’auteur, qui l’avoit revûë, corrigée, & augmentée de plus d’un tiers,
A Amsterdam, chez Steenhouwer & Uytwerf, 1721, avec un portrait gravé en frontispice “G. Knelle
Eques pinxit 1697, B. Picart sculp. 1721; quatrième édition, chez Herman Uytwerf, 1733, 2 vols;
cinquième édition 1737, 2 vol., etc.
21 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 159
cartes, de l’Histoire de l’Empire du Japon par Engelbert Kaempfer94. Il était connu
également pour avoir donné une édition des Pensées sur la comète de Bayle95 et du
Voyage de Claude le Beau au Canada96.
Enfin, Rutger Christoffel Alberts (1691–1732), actif à La Haye à partir de
171497, était connu pour avoir publié la première traduction française du De
Occulta philosophia d’Agrippa98, ainsi qu’une nouvelle édition de l’atlas des villes
de l’Italie99 de Joan Blaeu. Il avait édité aussi un splendide album sur les jardins de
Versailles100.
C’est parmi ces éditeurs expérimentés dans la production de cartes que l’on
doit peut-être chercher l’atelier qui a donné à l’Europe la carte de la Moldavie de
Démètre Cantemir.
94
Histoire naturelle, civile, et écclesiastique de l’Empire du Japon, composée en allemand par
Engelbert Kaempfer, Docteur en Médecine à Lemgow, et traduite en françois sur la version angloise
de Jean-Gaspar Scheuchzer, Membre de la Société Royale, & du Collège des Médecins, à Londres,
ouvrage enrichi des Plans & des Cartes nécessaires, in-8°, A Amsterdam, chez Herman Uytwerf, 3 vol.
95
Pensées diverses, écrites à un Docteur de Sorbonne, à l’occasion de la comète qui parut au
mois de Decembre, 1680, par Mr. Bayle, cinquième édition, Amsterdam, H. Uytwerf, 1722.
96
Avantures du Sr. C. Le Beau, avocat en parlement, ou Voyage curieux et nouveau parmi les
sauvages de l’Amérique septentrionale, dans le quel on trouvera une description du Canada, avec
une relation très particulière des anciennes coutumes, moeurs & façons de vivre des barbares qui
l’habitent & de la manière dont ils se comportent aujourd’hui, à Amsterdam, chez Herman Uytwerf,
1738, 2 vol. in-12°, 6 planches hors texte gravées et une carte dépliante du Canada.
97
Voir sur la notice de E.F. Kossmann, De Boekhandel te ‘s-Gravenhage, p. 5–7.
98
La Magie ou la philosophe occulte de Henri Cornélius Agrippa, conseiller et historiographe
de l’empereur Charles V, divisée en trois livres et traduite du latin [par A. Levasseur], à la Haye,
chez R. Chr. Alberts, 1727, 2 vol., in-8°, 11ff–427p. et 1f–317p., portrait d’Agrippa par Rembrandt,
23 gravures sur cuivre (dont 13 sur planches gravées hors texte, certaines se dépliant) et 15 vignettes
in texte.
99
Nouveau theatre d’Italie, ou Description exacte de ses villes, palais, églises, principaux
édifices &c., tome premier : contenant la Lombardie, sçavoir la republique de Gênes, le Montferrat,
les duchés de Milan, Mirandole, Parme, Modène, & Mantoue, la principauté de Trente, les
républiques de Venise, de Lucques, et le grand duché de Toscane : sur les desseins de feu monsieur
Jean Bleau, echevin & sénateur de la ville d’Amsterdam, si célèbre par les grands atlas et théâtres
des villes qu’il a donnés au public, le tout sur les plans tirés sur les lieux, & avec les planches qu’il a
fait graver de son vivant, & dont plusieurs ont été faites à Rome, pour être plus exactes, la plupart
retouchées par l’éditeur, à quoi on a ajouté plusieurs villes, ports, églises, & autres édifices, sur les
originaux de Rome, &c. : le tout mis en ordre ..., à La Haye, chez Rutgert Christophle Alberts, 1724,
[6] p., [1] f. de carte, XL, [2], 20 p., LXXVIII f. de cartes, plans et vues : frontispice, illustrations,
cartes, armoiries.
100
Simon Thomassin, Recueil des statues, groupes, fontaines, termes, vases, et autres magnifiques
ornements du chateau & parc de Versailles. Avec les explications en François, Latin, Italien &
Hollandois, La Haye, Rutgers Alberts, 1724, in-quarto, frontispice gravé par Jan van Vianen, plan plié
de la ville et du palais de Versailles et 218 planches de P. le Gros, Garnier, J.J. Clérion, N. Coustous,
Cornu, etc. d’après les dessins de Thomassin, illustrant les sculptures des jardins de Versailles.
160 Vlad Alexandrescu 22
FRANÇOIS MORELLON DE LA CAVE
Cependant, un détail a retenu mon attention. A la même époque où il
s’occupait de la publication de la carte de Cantemir, François Changuion continuait
à éditer, en association avec ses confrères d’Amsterdam, de La Haye et de
Rotterdam, le Grand Dictionnaire géographique et critique, de Bruzen de la
Martinière. Or, dans quelques-uns des volumes de cet ouvrage, les planches sont
gravées par François Morellon la Cave101. Morellon La Cave était un peintre et
graveur huguenot d’origine française né à Amsterdam et probablement élève de
Bernard Picart, un important graveur français, fixé lui-même à Amsterdam à partir
de 1710. Il a en effet contribué en 1736 au grand ouvrage de ce dernier, Cérémonies et
coutumes religieuses de tous les Peuples du Monde102, en y gravant deux planches
illustrant des Assemblées nocturnes des Adamites et une Procession des flagellants.
Il a illustré aussi d’autres ouvrages, notamment une édition hollandaise de La
Henriade et des Tragédies de Voltaire et une édition parisienne de l’Histoire des
Yncas, rois du Pérou (1731). On lui doit aussi des gravures d’après des œuvres de
William Hogarth et Antoine Coypel. Son œuvre la plus célèbre est le Portrait d’un
violoniste vénitien du XVIIIe siècle (1723), généralement considéré comme étant
celui de Vivaldi. Morellon la Cave a gravé les portrait d’autres personnages importants,
tels Charles XII de Suède103, John Locke104, et... Démétrius Cantemir105.
101
Bruzen de La Martinière (M.), Le grand dictionnaire géographique et critique, à La Haye,
chez Pierre Gosse, R. C. Alberts, P. de Hondt, à Amsterdam, chez Herm. Uytwerf & Franç.
Changuion, à Rotterdam, chez Jean Daniel Beman, 1726, 1730, 1730, 1726, 1732, 1735, 1736, 1737,
8 volumes in-folio. 7 pages de titre imprimées noir & rouge avec vignette. Tome 1 (A) : 1 feuillet
blanc-(2)-28-850p-1fb.1 gravure-frontispice (L. F. du Bourg inv., F. Morellon la Cave sculpsit 1734)
& 1 grand bandeau signé F. M. la Cave. Tome II (B) : 1fb-(2)-8-549p-1fb. 1 gravure-frontispice
(signée L. F. D. B. del. 1734 P. Lanjé sculp. 1739). & 1 bandeau signé F. M. la Cave sculp. 1733.
Tome III (C) : (sur page de titre nommé tome second seconde partie) : 1fb-(2)-878p-1fb. Tome IV
(D.E.F.) : 1fb-(2)-394-203-1fb. Tome V (G.H.I.) : 1fb-(6)-406-224-310p-1fb. Tome VI (K. L. M.) :
1fb-(6)-384-630p-1fb. 1 grand bandeau (L. F. D. B. inv. F. Morellon la Cave sculp. 1734). Tome VII
(N. O. P.) : 1fb-(2)-210-174-554p-1fb. Tome VIII (Q. R. S.) : 1fb-(6)-42-254-632-1fb. 1 bandeau
(H.F. Diamaer fecit 1726). Tome IX & dernier.
102
Paru en 8 tomes entre 1723 et 1737, chez un autre éditeur français protestant, Jean-Frédéric
Bernard, à Amsterdam. Picart et son atelier y ont réalisé plus de 255 gravures. Les descriptions des
coutumes religieuses de tous les peuples du monde y sont rédigées par J.-F. Bernard avec Bruzen de
la Martinière.
103
Charles XII King of Sweden. Engraving by François Morellon La Cave, after [David von]
Krafft, [1740] 17 x 10 cm. Portrait of Charles XII, King of Sweden (1682–1718). 1/2-length portrait,
oval frame.
104
Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain, Amsterdam, Pierre Mortier,
1742. In-4, Quatrième édition de la traduction de M. Coste, augmentée de quelques remarques
inédites. Elle est ornée d’un portrait de l’auteur en frontispice gravé par F. Morellon La Cave d’après
une peinture de Kneller.
105
“Demetrius Cantemir, Prince de Moldavie et fait Prince du St Empire Russien, Sénateur &
Conseiller Privé de Sa Majesté l’Empereur Pierre le Grand”, F. Morellon la Cave sculp(sit) Amsterdam
1735”, un exemplaire au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque de l’Académie Roumaine, inv. G 825.
23 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 161
LE PORTRAIT DE CANTEMIR PAR MORELLON LA CAVE
Quelques historiens ont avancé l’hypothèse que le portrait gravé par
Morellon La Cave en 1735 (planche 3) était en rapport avec le projet de publier la
Descriptio Moldaviae à Amsterdam en latin106. Ce projet est mentionné déjà dans
la version manuscrite de la biographie du Prince Démètre Cantemir qui accompagne le
manuscrit latin des Incrementorum107.
Au sujet du portrait de La Cave, l’historiographie roumaine a hésité. Inconnu
par certains historiens, le portrait revêt pour d’autres un intérêt considérable. G.
Cioranesco le considère comme le portrait de Cantemir “le plus connu”, “l’un des
plus réussis” et pense qu’il a “servi de modèle à plusieurs artistes”, dont Christian
Fritzsch, qui a illustré en 1745 l’édition allemande de Geschichte des Osmanischen
Reichs nach seinem Anwachse und Abnehmen108.
Pour autant que l’on peut en juger d’après la photo du portrait russe, publiée
en 1901, aucun détail de la gravure française n’indique que La Cave ait copié la
toile russe plutôt que la gravure publiée en frontispice de l’édition anglaise de The
history of the growth and decay of the Ottoman Empire.
Au contraire, un détail plaiderait en faveur de l’hypothèse inverse : ce sont
les boutons qui ferment le bras de l’armure que l’on retrouve dans les deux
gravures et non dans le portrait à l’huile. Iconographiquement, la variante de
Morellon La Cave reprend un à un les éléments de la version publiée à Londres,
excepté l’attribut des livres, important pour Cantemir, qui est éliminé du fait d’un
recadrage plus serré du portrait dans un médaillon ovale. Le visage du Prince
reçoit, chez le graveur français, des traits plus âpres, qui le font paraître plus âgé.
Le regard sévère, presque méprisant, les joues longues, le coin des lèvres abaissé
donnent au prince un air hautain qu’il n’avait ni dans le portrait à l’huile, ni dans la
gravure “anglaise”. Le sceptre ou “bâton de maréchal”109 ou “bâton de
commandement”110 ou bien le “rouleau [...], sans doute le diplôme de l’Académie
de Berlin”111, qu’il tient de sa main droite, de par sa position bien plus verticale que
dans les autres variantes connues, accentue la distance, presque le mépris que le
modèle semble éprouver par rapport au spectateur. Dans sa mise, la perruque
106
V. et A. Eșanu, „Studiu introductiv” à l’édition roumaine de Descrierea stării de odinioară
și de astăzi a Moldovei, București, Insitutul Cultural Român, 2007, p. 93. G. Cioranesco pense qu’il
est en rapport avec une traduction française des Incrementorum, de Rousset de Missy, qui était
destinée à être publiée aux Pays-Bas et qui n’a pas abouti, selon la lettre d’Antiochus à la marquise de
Monconseil, “Contribution à l’iconographie cantémirienne”, p. 223.
107
En faisant référence au manuscrit de l’État présent de la Moldavie, Antiochus note :
“s’imprime en Hollande, in quarto”, cf. V. Cândea “La Vie du Prince Démètre Cantemir écrite par
son fils Antioh. Texte intégral d’après le manuscrit original de la Houghton Library”, in Revue des
Études Sud-Est Européennes, XXIII, 3, 1985, p. 221.
108
G. Cioranesco, “Contribution à l’iconographie cantémirienne”, p. 223, 224; “Le Hospodar
de Valachie”, p. 92
109
M.A. Musicescu, p. 633.
110
G. Cioranesco, “Contribution à l’iconographie cantémirienne”, 1977, p. 223.
111
St. Lemny, Les Cantemir, p. 128.
162 Vlad Alexandrescu 24
blanche, la cape d’hermine, le jabot et les manches en dentelle, différemment
tournés chez l’artiste français, adoucissent à peine les reflets métalliques de
l’armure, qui font du personnage représenté un militaire plutôt qu’un courtisan. Cet
“être très vivant, au noble visage orgueilleux et fermé, au fier regard inquiet”, que
voyait Maria-Ana Musicescu dans un article très inspiré112, en contemplant le
frontispice de l’édition anglaise, cède la place à un général indifférent, soucieux
d’affirmer plutôt son rang et sa valeur. L’ovale expressif des paupières, les yeux
glauques au globe saillant, les sourcils fortement arqués annonçaient dans le
portrait anglais un drame intérieur, que le nez fort et charnu, les pommettes
accentuées et les lèvres énergiques et nettement dessinées arrivaient à maîtriser
parfaitement. Chez Morellon La Cave, le visage se lisse, sans doute sous l’effet de
l’âge, mais aussi d’une indifférence du pouvoir qui n’était certainement pas celle
du vrai Cantemir.
Ces éléments nous font croire que La Cave a travaillé, comme le fera
Christian Fritzch dix ans plus tard, à partir de la seule gravure publiée à Londres113.
GÉRARD KONDET
Comme le texte accompagnant la gravure de Morellon La Cave l’indique, ce
dernier portrait fut gravé à Amsterdam en 1735. Deux ans plus tard, en 1737,
Morellon la Cave participe, comme graveur ou bien comme décorateur, en ayant
composé les cartouches et les riches éléments décoratifs, aux côtés de Claas Kondet
et de Gérard Kondet, à la publication d’un Atlas de la Chine, paru à La Haye, chez
H. Scheurleer, les trois graveurs y gravant les 42 cartes de l’atlas dessinées par
Jean-Baptiste Bourguignon d’Anville114. Certaines de ces cartes, gravées par Gérard
Kondet, présentent des similarités frappantes avec la carte gravée de Cantemir en
1737, pour Changuion.
112
p. 633.
113
G. Cioranescu commet, dans son article de 1977, une erreur lourde de conséquence: il croit
que le portrait de Cantemir est ajouté en frontispice à la seconde édition, de 1754, de la traduction
anglaise de l’Histoire de l’Empire Ottoman, et par conséquent, il l’attribue au graveur irlandais James
McArdell (1728–1765). En réalité, l’estampe est bien là dès la première édition de 1735 et, de fait, il
n’y a jamais eu de seconde édition, comme l’a bien montré Hugh Trevor-Roper, mais seulement une
revente de la première édition, “Dimitrie Cantemir’s Ottoman History and its Reception in England”,
in Revue Roumaine d’Histoire, XXIV (1985), 1–2, p. 51–66.
114
Nouvel atlas de la Chine, de la Tartarie chinoise et du Thibet ; contenant les cartes
générales & particulieres de ces pays, ainsi que la carte du royaume de Corée ; la plupart levées sur
les lieux par ordre de l’empereur Cang-Hi avec toute l’exactitude imaginable, soit par les PP. Jésuites
missionaires à la Chine, soit par les mêmes peres: rédigées par M. d’Anville... Précedé d’une
description de la Boucharie par un officier suedois qui a fait quelque sejour dans ce pays... La Haye,
H. Scheurleer, 1737, atlas, 12 p. texte, 42 cartes gravées par Claas Kondet, Gerard Kondet et F.M. La Cave.
L’atlas accompagnait, comme supplément, la Description géographique, historique, chronologique,
politique, et physique de l’Empire de la Chine et de la Tartarie chinoise, par le P. J.B. du Halde, de la
Compagnie de Jésus, A la Haye, Chez Henri Scheurleer, 4 tomes, 1736. Sur l’activité d’Henri
Scheurleer (1686–1769), voir la notice de E.F. Kossmann, De Boekhandel te ‘s-Gravenhage, p. 349–352.
25 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 163
Sur la carte de la Province de Chen-Si, de l’atlas de d’Anville, constatons
l’identité de la flèche indiquant le Nord, le pointillé séparant les régions, les petits
cercles symbolisant les petites localités, les différents formats des caractères
utilisés pour les toponymes, la façon de dessiner les rivières et leurs confluences,
les lacs. Le symbolisme utilisé pour marquer les différents types de localités plus
importantes est aussi étonnamment semblable, même si sur la carte chinoise,
certains éléments sont faits pour suggérer le caractère oriental.
Remarquons aussi des similarités frappantes avec une carte à grande échelle,
comme c’est la Carte générale de Tartarie chinoise, pour ce qui est des contours
des mers, de l’allure générale du dessin des rivières, de l’ordonnancement des
localités et de leurs noms. A parcourir l’album, d’autres ressemblances s’imposent
à l’observateur. La disposition et la forme des arbres de la VIe Feuille particulière
de la Tartarie chinoise sont très semblables à celles de la carte de la Moldavie. De
même, la forme de la flèche indiquant le Nord de la plupart des Feuilles comprises
dans la carte générale du Thibet. Signalons ici notamment la IIe, mais aussi la Ve,
la IXe. La carte de Moldavie a probablement été gravée par la même main, ou alors
par quelqu’un qui travaillait dans le même atelier.
Même si le Nouvel Atlas de la Chine, de la Tartarie chinoise et du Thibet
paraît en 1737, chez Henri Scheurleer, certaines des cartes qui le composent sont
plus anciennes. Ainsi, la Carte la plus générale et qui comprend la Chine, la
Tartarie chinoise et le Thibet, gravée et écrite par G. Kondet, est datée, dans la
cartouche du titre, de 1734115.
Cependant, G. Kondet travaillait également pour d’autres éditeurs. Pour Jean
Neaulme, de La Haye, il avait gravé, en 1736, les 8 plans de batailles de l’Histoire
du Vicomte de Turenne par Ramsay. Pour Jean Covens et Corneille Mortier,
d’Amsterdam, il allait graver, en 1738, avec C. Kondet, une carte du Théâtre de la
guerre sur les rivières de Dnieper, Tira et Danube, qui reprenait une carte parue, la
même année, à Saint Péterbourg, à l’Académie des Sciences. La carte, montrait la
région intéressant la guerre russo-turque, entre la Crimée, Théssalonique, le lac
Balaton, Camenicza, avec la ville de Sibiu (Hermannstadt) au centre.
G. Kondet travaillait, par conséquent, pour divers libraires, précisément à
l’époque où Changuion pensait faire graver la carte de Cantemir. C’est peut-être à
la même époque qu’il a eu entre les mains la carte manuscrite de Cantemir et l’a
traitée de la façon qu’il le faisait pour les magnifiques cartes de d’Anville.
QUI ÉTAIT THOMS?
Même si Virgil Cândea a attiré l’attention du public sur le rôle de Friedrich
von Thoms dans la publication de l’Histoire de l’Empire Ottoman en Angleterre116,
115
Il en existe un exemplaire indépendant au Département des Cartes et des Plans à la BnF,
sous la cote Ge C 8816.
116
V. Cândea, “Life Story of a Manuscript: Dimitrie Cantemir’s History of the Othman
Empire”, in Revue des Études Sud-Est Européennes, XXIII, 4, 1985, p. 297–312.
164 Vlad Alexandrescu 26
l’importance de ce dernier dans la circulation des ouvrages de Cantemir dans la
République des Lettres reste sous-estimée.
Thoms était conseiller privé de Prusse, résident et puis envoyé extraordinaire
du duc de Brunswick-Wolfenbuttel à la cour de George Ier et de George II de Grande
Bretagne, du 17 décembre 1725 au 8 mai 1731, ensuite envoyé extraordinaire du duc
de Saxe-Gotha-Altenburg auprès de George II, du 2 mai 1732 au 18 juin 1736, et enfin
comme envoyé du roi de Prusse à Venise du 15 décembre 1736 au 2 mars 1737117.
Né en 1669, à Giessen, comme fils du propriétaire de l’auberge locale “Zum
wilden Mann”, il perdit sa mère à l’âge de trois ans. Ce fut son grand-père, le
professeur F. Nitzsch, qui s’occupa de son éducation et lui assura une place à
l’Université. Tout en s’inventant une généalogie imaginaire française (famille de
Thomas), il termina ses études d’histoire, de politique et de droit à Giessen, par une
thèse de doctorat. Le jeune homme particulièrement brillant, commença à faire des
voyages à Vienne, Budapest, Regensburg et Londres, où il rencontra le roi George
Ier, dont il devint le secrétaire en 1719. Il acquit en Grande Bretagne une fortune
considérable, par des spéculations financières et par le jeu118.
Il fut élu membre de la Royal Society, le 6 novembre 1729, sur proposition
de Sir Hans Sloane et de George Lewis Teissier, sous le nom de Frederic de Thom.
A titre de membre de la Royal Society, il a proposé à son tour l’élection d’autres
membres, à savoir Paolo Antonio Rolli (1687–1767), poète et traducteur italien,
librettiste de Händel et ami d’Antiochus Cantemir, élu en 1729, Lorenz Heister
(1683–1758), médecin allemand, élu en 1730, Christian-Ludwig Gersten (1701–
1762), mathématicien et physicien allemand, élu en 1733119.
Il semble que Thoms ait été également un franc-maçon assez actif. Initié le 6
novembre 1729, à Londres, dans la Grande Loge de Londres et Westminster, il
aurait incarné certains espoirs des francs-maçons anglais pour la diffusion de
l’ordre en Allemagne, de sorte qu’il fut nommé Grand maître provincial de Basse-
Saxe par Thomas Howard, duc de Norfolk, grand maître de la Loge en 1729. Il
semble qu’il ait joué un certain rôle dans la création de la Loge Saint-Georges de
Hambourg, en 1737120.
117
Fr. Hausmann (hg.), Repertorium der diplomatischen Vertreter..., p. 21, 308 et 348.
118
R.B. Halbertsma, “Adventures and Antiquities: Frederic Count de Thoms”, in Scholars,
Travellers and Trade. The pioneer years of the National Museum of Antiquities in Leiden, 1818–
1840, London, Routledge, 2003, p. 11–14.
119
Catalogue des membres de la Royal Society, accessible en ligne via: http://royalsociety.org/. En
1731, parmi les Transactions philosophiques de la Société Royale de Londres, nous trouvons une
Lettre de M. Laurent Heister, Docteur en Médecine, Professeur de Botanique dans l’Université de Helmstadt,
et de la Société Royale, à M. Frederic de Thom, Conseiller du Duc de Brunswick et de Lunebourg, et son
Envoyé auprès du roi d’Angleterre, de la société Royale, contenant l’Histoire d’une pierre qui s’est brisée
d’elle-même dans la vessie, et qui est sortie heureusement par l’urethre (Tables des Mémoires imprimés
dans les Transactions philosophiques de la société Royale de Londres, Paris, 1739, vol. 9, p. 227).
120
Rolf Appel, Die Kaiserhof-Loge (Festschrift der Loge St. Georg zum 250. Stiftungsfest), Hamburg/
Barsbüttel, 1993. Cf. aussi: “The next reference to Hamburg occurs under the administration of the Duke
of Norfolk, when a Monsieur Thuanus (Constitutions 1756, p. 333. By many writers called Du Thom)
was appointed in 1729 Prov. G.M. for the circle of Lower Saxony. p. 31”, R.F. Gould et al., “The Grand
Lodge of Hamburg”, A Library of Freemasonry, vol. IV, London, Philadelphia, Montreal, 1906.
27 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 165
A la fin de 1736 il arriva à Venise, comme envoyé extraordinaire de Frédéric-
Guillaume Ier, roi de Prusse, et il y fit connaissance du mathématicien italien
Giovanni Poleni. Ce fut l’année suivante qu’il reçut le blason de comte, conféré par
Charles de Bourbon, roi des Deux-Siciles, au service duquel il était entré, comme
maréchal de la Cour121. Il s’établira à Leyde, où il épousera en 1741 Johanna Maria
Boerhaave, la fille de Hermann Boerhaave (1668–1738), fondateur de l’Ecole de
médecine de l’Université de Leyde, qui avait perdu son père trois ans plus tôt,
devenant une riche héritière. Durant ses voyages, et notamment en Italie, Thoms
avait acquis une collection importante d’antiquités, qui comprenait des reliefs, des
monnaies, des gemmes et de la céramique. Il en donna lui-même un aperçu, dans
un ouvrage devenu extrêmement rare: Les antiquités de M. le comte de Thoms
(1745)122. Cette collection se trouvait en partie dans la maison de Leide, Rapenburg
31, et en partie dans le château Oud Poelgeest des Boerhaave, à quatre kilomètres
du centre de la ville, lorsque Thoms mourut, le 4 septembre 1746123. Ses antiquités
furent vendues pour la somme de 30.000 florins au stathouder Prince Wilhelm IV
et restèrent dans la famille d’Orange jusqu’en 1795124.
Parallèllement à son cabinet d’antiques, Thoms fut aussi un collectionneur de
livres et de manuscrits. Le catalogue de sa bibliothèque, dressé après sa mort pour
la vente aux enchères, est impressionnant. En le parcourant, V. Cândea a remarqué
le premier que Thoms possédait aussi dans sa collection le manuscrit autographe de
la Descriptio Moldaviae, aujourd’hui perdu125. Pour ma part, J’ai consulté l’un des
rares exemplaires du catalogue imprimé, conservé aujourd’hui au Musée Meermanno
Westreenianum, à la Haye, qui a la particularité d’avoir, porté en marge de chaque
titre, à la main, le prix de vente de chaque ouvrage126. Au numéro 513 du
catalogue, l’on peut lire : Demetrii Cantemiri, Principis Moldaviae, Incrementa et
decrementa Imperii Ottomannicii. Opus absolutissimum ab Auctore ex Manuscriptis
121
Gian Antonio Salandin, “Leida e Padova: una collaborazione tecnico-scientifica nel secolo
XVIII”, Padova e il suo territorio, XI, 61, 1996, p. 10.
122
Un exemplaire se trouve dans la Bibliothèque de l’Institut de France.
123
Gysbert Huyssen a recopié, le 20 juillet 1751, un extrait du catalogue de sa collection,
rédigé après sa mort, le 10 octobre 1746, à la requête de sa veuve. Cet extrait manuscrit se trouve au
Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de France, sous la cote Rés. ms. 40009 THO F° :
“Inventaire des biens meubles et immeubles, actes et pièces, sans en excepter aucuns, qui ont formé la
possession du comte de Thoms, marié à Johanna-Maria Boerhave, selon le contrat de mariage qu’ils
ont possédé sous communautés de biens, par M. le comte de thoms, décédé le 4 Septembre 1746 à
Leyden”, texte néerlandais, traduction française jointe, Leyde, 29 juillet 1751, 25 ff. L’extrait détaille
un seul item: “Un cabinet ou collection d’Antiquités, formé de gemmes, médailles en or, argent et
cuivre, monnaies modernes, bustes antiques, antiquités en marbre, inscriptions, vases, urnaes, lampes
funèbres, vasa hetruscae, statuae, idola et d’autres curiosités précieuses”.
124
R.B. Halbertsma, ibidem.
125
V. Cândea, 1985, p. 307.
126
Sous la cote 141 E 008: Bibliotheca exquisitissima Thomsiana, continens libros excellentissimos,
rarissimos et nitidissime compactos, praecipue theologicos, juridicos, etc.: quos magno labore et
studio collegit vir nobilissimus et excellentissimus Fredericus Comes de Thoms. Quorum auctio fiet in
officina Luchtmanniana, Die Lunae 27 Octobris et diebus seq. 1749, Lugduni Batavorum, apud Samuelem
Luchtmans et filium, 1749.
166 Vlad Alexandrescu 28
Magni Sultani bibliothecae, quae in Seraglia servatur, excerptum et a Cantemiro
suo Secretario dictatum, manu Principis correctum, qui et ipse marginalia
adscripsit. Opus in lingua latina, in qua auctor scripsit, nondum publicatum. Le
prix de vente porté en marge, à la main, est de 9 [florins hollandais]. Au numéro
816 : Historiae Moldavicae partes tres auctore Demetrio Cantemir Hospodar
Moldaviae, en veau ; à la place du prix de vente, habituellement porté en marge à
la main, il y a un trait, ce qui pourrait indiquer que le manuscrit n’a pas été vendu.
Une partie de la bibliothèque fut acquise dans cette vente aux enchères par la
Bibliothèque des ducs de Saxe à Gotha127.
LE RÔLE DE THOMS
DANS LA DIFFUSION DES CANTEMIRIANA
En 1984, Grigore Ploeșteanu avait attiré l’attention sur une chronique parue
dans une revue savante de Göttingen en 1744 :
“Utrecht. So bekannt die Geschichte des Türkischen Reichs sind, welche
der Fürst Demetrius Cantemir verfertiget hat, so wenig Nachricht findet
man von den eigentlichen Umständen dieses Werks. Wir wollen daher
folgendes melden: Der Fürst Antiochus Cantemir liess im Jahr 1732 das
Msc. nach London bringen, und trat dasselbe an den Herrn Grafen von
Thoms ab; welcher auf Befehl der Hochseligen Königin Caroline,
davon eine Englische Uebersetzung machen liess; und eben diese
Englische Verdollmetschung wurde im vorigen Jahr in die Französische
Sprache eingekleidet, und zu Paris gedruckt. Das Original jenes schönen
Werks betreffend, so hat es der Prinz Cantemir in einer zierlichen
Lateinischen Mundart aufgesetzt, wie man denn seine eigene sehr
sauber gerathene Handschrift, zu Leiden, in der kostbaren Bibliotheck
des Herrn Grafen von Thoms antrift. Dieser Hr. Graf hat auch das
Original Msc. der Moldavischen Historie, welche von dem Fürsten
Demetrio Cantemir, Hospodar von der Moldau, aufgesetzt ist, käuflich
an sich gebracht. Man findet darinn grosse Landcarten und alle Arten
des Fleisses jenes Fürsten, so dass wir billig wünschen, von beiden
treflichen Werken einen würdigen Abdruck zu sehen; zumal da der
Herr Graf von Thoms über 30 saubere Kupferplatten besitzet, auf
welchen die Bildnisse der Türckischen Kaiser, deren Leben darinn
beschrieben ist, nicht weniger einen genauen Abriss von der Stadt
Konstantinopel und den umliegenden Oertern, wie auch ein überaus
127
Friedrich Jacobs, Friedrich August Ukert, Beiträge zur älteren Litteratur oder Merkwürdigkeiten
der Herzoglichen öffentlichen Bibliothek zu Gotha, Bd. 1–3, Leipzig, 1835–1838, vol. I, p. 37 : “...auch
wurden einige Handschriften, unter anderen Geishirts Historia Smalcadica (Chart. A, no. 360. 361),
und eine Anzahl meist philologischer Werke aus der Thomsischen Auction in Leiden, acquirirt”.
29 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 167
ähnliches Bildniss, von dem Fürsten Cantemir, in Händen hat; welche
Stücke insgesamt einem Verleger sehr vortheilhaft seyn könten.”128
Même si les historiens roumains continuent de ne pas accorder trop de crédit
à l’influence de Thoms à la Cour d’Angleterre, quelques faits qualifient l’aventurier
allemand pour avoir joué un grand rôle dans la publication du seul ouvrage de
Démètre Cantemir paru en anglais. A l’arrivée d’Antiochus à Londres, Thoms était
l’agent diplomatique de Friedrich III. de Saxe-Gotha-Altenburg. Il jouissait d’un
prestige certain à Londres, que ses opérations financières et sa familiarité avec feu
George Ier avaient consolidé. L’une des explications que V. Cândea a avancées
pour expliquer les rapports d’Antiochus et de Thoms était les relations de famille
qui se tisseront entre la Russie et le Brunswick en 1740, lorsque Ivan, fils en âge de
quelques mois de la grande-duchesse Anna Leopoldovna de Russie, fille de
Charles-Léopold de Mecklembourg-Schwerin, et d’Antoine Ulrich de Brunswick,
fut proclamé tsar de Russie, et la grande-duchesse devint régente pour quelques
mois129. Mais Anna Leopoldovna ne se convertit à la foi orthodoxe qu’en 1733 et
ne se maria dans la maison de Brunswick qu’en 1739; il est donc prématuré de
chercher des rapports privilégiés entre les Romanov et les Brunswick-Wolfenbuttel
en 1732, lorsque Antiochus cherche à faire publier aux Pays-Bas les ouvrages de
son père.
Il est en revanche certain que Louis Rodolphe de Brunswick-Wolfenbuttel,
qui avait fait de Thoms son résident à Londres, était le cousin de George Ier, héritier
de la maison de Brunswick-Lunebourg. Ceci suffit pour expliquer le poids que le
résident de Wolfenbuttel pouvait avoir à la Cour, et si l’on ajoute les fonctions
antérieures de celui-ci comme secrétaire de George Ier, les bons offices qu’il rendait
à la maison de Hanovre et à la principauté de Calenberg dont le roi était issu, cela
suffit pour penser que ce fut l’homme qui a guidé les premiers pas du jeune
Antiochus à Londres, afin d’obtenir pour l’Histoire de l’Empire Ottoman le haut
patronage de la reine Caroline et de rassembler le soutien nécessaire à sa
publication. Thoms figure d’ailleurs lui-même dans la liste des 250 souscripteurs,
sans lesquels la traduction et la publication de cet ouvrage de luxe n’aurait pu avoir
lieu. C’est sans aucun doute grâce à lui qu’Antiochus a réussi en moins de trois ans
à publier la version anglaise de l’Histoire Turque à Londres. Sans l’appui de
128
Gr. Ploeșteanu, « Noi mărturii privind ecoul operei lui Dimitrie Cantemir », in Vatra, XIV
(1984), 12. Nous citons directement d’après les Göttingenische Zeitung von gelehrten Sachen, 1744,
p. 396–397. Cândea, 1985, p. 305, qui traduit le texte d’après une traduction roumaine, retient :
“Prince Antioh Cantemir sent the manuscript to London...” et corrige par “brought along”. La
correction n’est pas nécessaire, parce que la traduction est infidèle: “Der Fürst Antiochus Cantemir
liess im Jahr 1732 das Msc. nach London bringen” correspond exactement à ce qui s’était passé, à
savoir que Antiochus, arrivé déjà à Londres, avait demandé à Ilinski, par l’intermédiaire de sa soeur
Maria, de lui envoyer deux ouvrages de son père, cf. Шимко И. И., Новыя данныя къ бuографuu
кн. Антuоха Дмитрuевича Кантемира и его ближайшихъ родственниковъ. С.-Пб., 1891 г., apud
V. et A. Eșanu, p. 560–561.
129
V. Cândea, 1985, p. 306.
168 Vlad Alexandrescu 30
Thoms à la Cour et dans la haute société britannique, l’immense travail de
traduction et d’édition de ce bel ouvrage n’aurait pas été possible.
C’est la raison pour laquelle nous inclinons à accorder du crédit à la version
du chroniqueur des Göttingenische Zeitungen, pour lequel Antiochus, après avoir
fait venir le manuscrit de son père de Saint-Pétersbourg, l’a cédé à Thoms pour le
faire traduire. Qui était le chroniqueur des Göttingenische Zeitungen? V. Cândea
pensait que c’était Johann L. Schmidt, le traducteur de l’Histoire de l’Empire Ottoman
en allemand, qui paraîtra à Hamburg en 1745. Nous ne saurions l’affirmer. S’il en
avait été ainsi, les relations de celui-ci avec Thoms lui auraient permis d’avoir
accès à l’original latin. Le chroniqueur anonyme d’Utrecht note:
“Das Original jenes schönen Werks betreffend, so hat es der Prinz
Cantemir in einer zierlichen Lateinischen Mundart aufgesetzt, wie man
denn seine eigene sehr sauber gerathene Handschrift, zu Leiden, in der
kostbaren Bibliotheck des Herrn Grafen von Thoms antrift”.
Or Schmidt traduisit Cantemir d’après la version anglaise, en reprochant à la
traduction française de Joncquières, parue à Paris en 1643, de s’en être éloignée130.
En 1744, Thoms était installé à Leyde depuis au moins trois ans. En sa
qualité d’amateur d’antiquités et de collectionneur de livres, il avait certainement
des projets de faire valoir dans la République des Lettres les manuscrits qu’il
possédait dans sa collection. Se fondant sur le fait que J. L. Schmidt avait vécu un
certain temps à Wolfenbuttel, capitale du duché de Brunswick, V. Cândea suggère
que Thoms aurait commandé à ce dernier la traduction allemande de l’Histoire
Turque de Cantemir. Schmidt avait publié, en 1735, le premier tome de la “Bible
de Wertheim”, une nouvelle traduction de la Bible avec des commentaires
rationalistes, inspirés de la philosophie de Christian Wolff. Le projet entier respirait
une ambiance déiste, dont les théologiens luthériens se méfièrent tout de suite en
prévenant les autorités du Duché électoral de Saxe et celles du royaume de Prusse.
Finalement, un édit de l’empereur Charles VI ordonna que les exemplaires de la
Bible de Wertheim soient confisqués et que l’auteur de l’ouvrage, “un certain
Schmidt”, soit appréhendé et enquêté. Bénéficiant de l’appui des jeunes comtes de
Wertheim, auquel il avait servi de tuteur, Schmidt put y résister seulement jusqu’en
1738, lorsqu’il trouva refuge à Hambourg.
C’est là qu’il traduisit l’ouvrage de Cantemir, paru en 1745, qu’il dédia à
l’Impératrice Marie-Thèrèse d’Autriche, en espérant trouver un emploi à la Cour
de Vienne. Mais ce ne fut que deux ans plus tard qu’il trouva un emploi de tuteur
de mathématiques à la cour du duc Charles Ier de Brunswick-Wolffenbuttel, où il
resta jusqu’à sa mort subite en 1749, lorsque tous ses manuscrits furent confisqués
et la plupart déposés à la bibliothèque de Wolfenbuttel131. Là il est plus difficile de
130
Voir aussi un portrait de Schmidt chez Stefan Lemny, Les Cantemir, p. 309–310.
131
Paul Spalding, “Noble Patrons and Religious Innovators in 18th-Century Germany: The
Case of Johann Lorenz Schmidt”, in Church History, Vol. 65, No. 3 (Sep., 1996), p. 376–388.
31 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 169
suivre l’hypothèse de V. Cândea : les rapports de Schmidt avec les Brunswick-
Wolffenbuttel sont plus tardifs ; en revanche, l’admiration de celui-ci pour Matthew
Tindal, l’oncle du traducteur de l’ouvrage de Cantemir en anglais, s’est matérialisée
dans la traduction de l’ouvrage de celui-ci en allemand132. La traduction de la
« Bible des déistes », avec tous les risques qu’une telle entreprise comportait pour
Schmidt de la part des cercles protestants et piétistes, fit de ce dernier un champion
du rationalisme wolffien sur le terrain théologique allemand. La traduction, du latin
cette fois-ci, de l’Ethique de Spinoza, premier ouvrage du philosophe juif néerlandais
à être rendu en allemand, confirme le portrait de J.L. Schmidt, comme un homme
de caractère, fidèle à ses convictions. Dans cette carrière, l’étape Cantemir paraît
issue plutôt de ses rapports avec Nicolas Tindal, qui était devenu l’unique héritier
de son oncle et avec lequel il a certainement dû échanger des lettres au sujet de la
traduction de l’ouvrage mentionné.
Ce fut probablement toujours Friedrich von Thoms qui joua un certain rôle
dans l’impression de la carte de la Moldavie à Amsterdam. En effet, nous avons vu
qu’il avait fait don de son propre exemplaire de cette carte à la Bibliothèque du Roi
en 1744, c’est-à-dire précisément l’année de la mort d’Antiochus (survenue le 11
avril 1744). Il semble assez naturel de conjecturer que Thoms aura acheté cette
carte à la mort d’Antiochus133, de même peut-être que le manuscrit de l’Histoire
Moldave de Démètre Cantemir qu’il a conservé dans sa propre bibliothèque jusqu’à
sa mort134. Pour quelle raison il a fait don à la Bibliothèque du Roi de la carte et
non des deux autres manuscrits? Certainement parce qu’il en possédait un autre
exemplaire, ainsi que nous le confirme l’intéressante notice publiée cette même
année 1744 par la Göttingenische Zeitung von Gelehrten Sachen, citée ci-dessus.
Selon le chroniqueur de Göttingen, visiblement inspiré par Thoms lui-même,
Antiochus, après avoir fait venir le manuscrit latin de l’Histoire de l’Empire
Othoman de Moscou, l’aurait cédé à Thoms, qui se serait occupé d’en faire paraître
la version anglaise, et le comte aurait acquis par la suite le manuscrit de la
Descriptio Moldaviae, y compris les « grandes cartes géographiques » de celui-ci.
Il est intéresssant de voir que la notice fait mention aussi de l’illustration de la
traduction anglaise de l’Histoire de l’Empire Ottoman, à savoir des 30 (sic !)
portraits des Sultans turcs, du plan de la ville de Constantinople, et aussi du portrait
132
Matthew Tindal, Christianity as Old as the Creation, London, 1730 ; Beweis, daß das
Christenthum so alt wie die Welt sey, Frankfurt am Main, 1741.
133
Mais non dans la vente aux enchères de la bibliothèque d’Antiochus, qui n’a eu lieu qu’un
an plus tard: Catalogue de la Bibliothèque de feu Monsieur le Prince Cantemir, Ambassadeur de
S.M.I. Russie, dont la vente se fera en détail rue Saint Dominique, à l’Hôtel d’Auvergne, le ... Mai
1745, A Paris, MDCCXLV. Que Thoms se soit précipité afin de sauver les manuscrits autographes de
Démètre Cantemir de la débâcle ayant suivi la mort de l’Ambassadeur, cela expliquerait aussi
l’absence, dans ce catalogue, de tout titre de Démètre Cantemir.
134
Rappelons que, selon nous, Thoms possédait déjà avant la mort d’Antiochus le manuscrit
des Incrementorum atque decrementorum Aulae Othmanicae. Contra, G. Mihăilă, 1999. V. Cândea,
1999, pensait, quant à lui, qu’Antiochus avait donné les deux manuscrits à N. Tindal, traducteur de
l’Histoire de l’Empire Othoman en anglais en guise de dédommagement de son labeur et que le
comte de Thoms les lui racheta plus tard.
170 Vlad Alexandrescu 32
de Démètre Cantemir lui-même. Comme cette relation date aussi de 1744, l’on
pourrait penser que l’acquisition du manuscrit de la Descriptio Moldaviae était très
récente, peut-être même de cette année précisément. Ce manuscrit aurait-il
renfermé aussi l’original de la carte gravée à Amsterdam ? Ou bien uniquement un
exemplaire de ce tirage ?
Est-ce que la carte était destinée dès le début à paraître chez François
Changuion ? Rien n’est moins sûr. Quel aurait pu être le premier éditeur envisagé à
La Haye? Etait-ce Henri Scheurleer? C’est peut-être lui qui a formé le projet de
publier l’Histoire Moldave de Cantemir et a commencé par faire graver la carte, qui
demandait beaucoup de travail. Par le comte Golovkine, avec lequel nous avons vu
qu’il continuait d’avoir des contacts réguliers, Antiochus pouvait avoir un oeil sur
l’ouvrage. Scheurleer l’aura entrepris avec les gens sur lesquels il pouvait compter
et avec lesquels il travaillait déjà pour d’autres projets importants, tel Gérard
Kondet. Une fois la carte terminée, il fallait penser aussi à un portrait qui orne le
volume en frontispice. Scheurleer aura demandé de le faire à François Morellon La
Cave, son autre collaborateur pour le Nouvel Atlas de la Chine. C’est ainsi qu’est
née l’estampe de 1735, que La Cave réalisa à Amsterdam, lieu de sa demeure.
Cependant, l’argent dont l’éditeur avait besoin pour publier le volume de Cantemir
manquait. Ce qui avait bien réussi en Grande-Bretagne a échoué aux Pays-Bas.
Antiochus avait réussi à publier l’Histoire Turque à Londres, dans une édition
somptueuse, mais c’était uniquement grâce à la souscription publique que lui avait
procurée son ami Thoms, grâce au soutien du lobby de Brunswick. La liste de
souscription ouverte par la reine Caroline d’Angleterre rassembla 250 personnes, ce
qui permit de réunir largement les sommes nécessaires à la fois pour payer la
traduction et une édition de luxe135. Le projet des Pays-Bas était moins fortuné, car
il était condamné à voler de ses propres ailes. Ce fut peut-être à ce moment précis
que le prince entra en pourparlers avec Changuion, en lui demandant d’éditer une
version française du volume anglais. Il aura compté sur la traduction de Jean Rousset
de Missy. Changuion, emballé par le succès qu’aurait apporté la collaboration de ce
dernier, aura racheté chez Scheurleer, la plaque en cuivre de la carte de Moldavie, qui
gisait dans les placards de ce dernier, avec l’intention de continuer le projet qu’avait
abandonné son confrère de La Haye. Il n’est pas exclu que là-aussi, Thoms ait eu
une influence décisive. Soit qu’il eût réussi à envoyer de l’argent à l’éditeur
d’Amsterdam, soit qu’il eût pu le circonvenir par le réseau de ses connaissances, il
est difficile d’imaginer qu’un homme qui avait joué un si grand rôle dans la
publication de Growth and Decay of the Ottoman Empire fût laissé de côté, lorsqu’il
était question de tracer une destinée de cet ouvrage en France. François Changuion
aura donc été désigné par Antiochus et par Thoms, et c’est la raison pour laquelle,
l’année de la mort du premier, le second fit don d’un exemplaire de la carte à la
Bibliothèque du Roy, avec la mention qu’il “l’avait fait graver en Hollande”.
135
Aussi n’est-il pas nécessaire de postuler que Nicolas Tindal ait été payé par le don du
manuscrit de Cantemir (Cândea, 198?, 199?). Le travail du traducteur a certainement pu être financé
par la souscription publique. Une fois le travail terminé, Thoms a pu récupérer le manuscrit qui lui
avait été cédé par Antiochus.
33 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 171
CHANGUION ET L’HISTOIRE TURQUE
Toujours est-il qu’en 1736, l’Histoire Moldave se trouvait chez François
Changuion, à Amsterdam :
« ... je vous suis infiniment obligé de la peine que vous vous avez
donné dans la vente de mon carosse, et l’expédition du Portrait de mon
père avec les deux estampes. Je ne les ai pas encore reçues, et peut-être,
tarderont-ils comme le livre de la Moldavie, si on se doit reposer sur le
libraire Changuion. Je vous prie de le presser autant qu’il vous sera
possible et ressouvenés le lui livre aussi. »136
Quel est le portrait, dont il est question dans cette lettre ? Si l’on pense
qu’Antiochus n’avait pas apporté avec lui de Russie le portrait à l’huile de son
père, il faut que ce soit un portrait gravé. Comme l’édition anglaise de l’Histoire
Turque avait paru l’année précédente, c’est sans doute une gravure qui prend comme
modèle le frontispice de cette première, à savoir le portrait gravé par François
Morellon La Cave. Même si la gravure a été faite en 1735, Antiochus n’avait peut-
être pas encore eu l’occasion de la voir. Mais quelles sont les deux estampes ? Il
serait tentant de dire que c’était la carte de Moldavie, mais l’hypothèse me paraît
risquée. En effet, sur les cinq exemplaires connnus de la carte gravée, deux
conservent le nom de l’éditeur François Changuion et l’année 1737 et, sur les trois
autres, l’effacement de ceux-ci a laissé des traces. Jusqu’à preuve du contraire, on
doit donc penser que tous les exemplaires portaient ces éléments. Pourquoi donc
Changuion aurait-il édité la carte en 1736 et l’aurait-il datée d’un an après ? On
n’en voit pas la logique.
Les deux estampes ne sont pas non plus les portraits gravés des deux derniers
sultans, qui manquaient dans l’édition anglaise de l’Histoire Turque. A cette date,
Antiochus les demandait à Constantinople, très vraisemblablement à A. A. Vešnjakov,
résident de Russie en Turquie137. Il ne les recevra qu’un an après, comme il le
précise dans une lettre adressée à la marquise de Monconseil, le 1er août 1737 :
“Je n’ai pas encore de nouvelles de M. Rousset; ainsi je ne sais pas
combien il est avancé dans la traduction de l’histoire turque, mais je
m’imagine qu’il sera bien près de la fin, car il y a plus de 6 mois qu’il
l’a entreprise. Avec tout cela, si quelqu’un autre à Paris en vouloit faire
136
Antiochus Cantemir à un inconnu, à Amsterdam, début juillet 1736, in Helmut Grasshof,
1966, p. 282. Compte tenu des contacts réguliers qu’Antiochus continuait d’avoir avec le comte
Golovkine à La Haye (voir Grasshof, lettres 27, 29 30, 35, des années 1736–1738), cet inconnu
pourrait bien être Berendes, dont il fait la connaissance en 1732, lors de son passage par La Haye. Ils
s’étaient promis de s’écrire en latin, mais, dès sa première letter, le Prince n’avait pas tenu parole sous
le prétexte de sa maladie des yeux et du fait qu’il n’était pas “assés fort en cette langue, pour pouvoir
dicter une lettre.” (Grasshof, p. 93–94).
137
Dans une lettre du 6 juillet 1736, voir Grasshof, p. 282.
172 Vlad Alexandrescu 34
une autre traduction, cela ne pourra pas préjudicier l’édition de Hollande;
au moins j’ai remarqué que presque tous les ouvrages, qui sortent à
Paris, sont d’abord réimprimés en Hollande. Je viens de recevoir de
Constantinople les portraits de deux derniers grands seigneurs, qui
manquent dans l’ouvrage, que je ne ferai pas imprimer, si vous m’écrivez,
que quelqu’un ait entrepris la traduction de l’histoire chez vous, pour
pouvoir embellir son édition avec ces deux estampes nouvelles. J’aurois
souhaité lui pouvoir envoyer l’original latin, mais il n’est plus entre
mes mains, puisque je l’ai cédé à M. Tindal, qui a fait la traduction
anglaise.”138
Ce projet d’une édition française de l’Histoire de l’Empire Ottoman a
certainement surgi lors du voyage d’Antiochus à Paris, l’année précédente. Ce
n’est cependant qu’au début de 1737 que celui-ci envoyait la History of the Growth
and Decay of the Ottoman Empire à la marquise de Monconseil139. C’est par le
biais de celle-ci que Rousset de Missy reçut le texte qu’il devait traduire, puisqu’en
août Antiochus comptait six mois depuis que ce dernier aurait commencé à le faire.
Le 5 septembre 1736, Antiochus était rentré à Londres, après son voyage
parisien140. Au retour il avait eu quelques ennuis de douane, puisque on lui avait
saisi à la frontière britannique des toiles ou des dessins141. Il est fort possible que ce
fussent des portraits peints ou gravés. L’on pense naturellement au portrait
d’Antiochus lui-même, peint par son ami Amiconi.
Quelques jours plus tard, il profite de la franchise diplomatique de son ami
Giambattista Gastaldi, chargé d’affaires de la République de Gênes à Londres, pour
importer deux paquets de Paris142.
Plus tard dans l’année, il découvre qu’en Grande Bretagne seule « la première
entrée [d’un diplomate, chef de mission] est franche », en recevant « quelques
petits tableaux » qu’il avait fait venir d’Italie et pour lesquels il fut obligé de payer
les droits douaniers143. Il est malaisé d’identifier tous ces tableaux, mais force est
de constater qu’Antiochus utilisait bien ses contacts de la République des Lettres
pour faire avancer ses projets.
138
Antiochus Cantemir à la marquise de Monconseil, de Londres, le 1er août 1737, Maikov,
1903, p. 88.
139
Lettres d’Antiochus Cantemir à la marquise de Monconseil du 19 février et du 17 mars
1737, in Maikov, p. 75, 78.
140
Antiochus Cantemir au médecin Gendron, 23 septembre 1736, in Maikov, p. 54.
141
“Sept. 9. Whitehall, Treasury Chamber : The Customs Commissioners to deliver Prince
Cantimir’s pictures seized at Dover, which he represents to be his own drawings.”, ‘in “Treasury
Books and Papers: September 1736”, Calendar of Treasury Books and Papers, Volume 3: 1735–
1738 (1900), p. 184–189 ; Treasury Minute Book XXVII, p. 404; Letter Book XIX, p. 418–9.
142
Antiochus Cantemir à Giambattista Sorba, chargé d’affaires de la République de Gênes à
Paris, le 23 septembrie 1736 : “J’ai reçu par le Canal de Mr. Gastaldi les deux paquets, que j’attendois
de Paris. Ainsi, Mr., je vous prie, de ne vous donner plus la peine d’en faire des recherches”, in
Grasshof, p. 284.
143
Antiochus Cantemir à Du Verger, à Calais, le 23 nov./4 décembre 1736, médecin Gendron
35 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 173
L’INTÉRÊT DE D’ANVILLE
P. P. Panaitescu découvrit, en 1927, à la Bibliothèque Nationale de France, la
copie de la carte de Cantemir, faite par d’Anville, dont Vâlsan avait appris
l’existence mais qu’il n’avait pas identifiée lui-même144. Cette copie fait partie de
la collection de d’Anville (n° 5947) et elle est rangée aujourd’hui au Département des
Cartes et des Plans sous la cote Ge DD 2987 (5947B). C’est une carte manuscrite,
dessinée à l’encre noire. Les dimensions du cadre sont de 66,6 × 51,7 cm.
P. P. Panaitescu a comparé minutieusement la carte gravée d’Amsterdam et
la copie de l’original ; les différences qu’il signale sont tout à fait exactes. Par
ailleurs, il en est arrivé à la conclusion que tous les toponymes de la carte
d’Amsterdam se retrouvent sur la copie de d’Anville145.
D’Anville a rendu l’échelle par un texte, spécifiant : « scala constat Milliariis
LX in uno Gradu, et Leucis XX », traduisant les heures turques par des lieues146.
Les degrés de longitude manquent. Le nom de la rivière de Șomuz (Szoimusz) est
rajouté à l’encre brune. Il n’était pas sur la carte d’Amsterdam.
Au sujet de la date de cette copie, il faut bien évidemment céder la parole à
d’Anville lui-même :
« On ne me saura point mauvais gré d’avertir en terminant ce Mémoire,
que ces pays de Transilvanie, de Valakie, de Moldavie, sont représentés
d’une manière très-imparfaite dans les cartes qui peuvent être entre les
mains de tout le monde. Les morceaux particuliers de Géographie que
j’ai eu le bonheur de rassembler sur ces objets ont dû me convaincre de
ce que j’avance. Une grande carte manuscrite de Transilvanie, dressée
dans le pays, m’ayant été communiquée, j’ai eu le loisir d’en faire une
réduction, qui renferme ce que l’original contenoit d’essentiel, & de
plus intéressant pour notre curiosité. J’ai connu par ce moyen, que dans
la grande carte de Hongrie par Muller, il y avoit beaucoup à redire sur
la Transilvanie. Il existe une carte particulière de la Valakie, dont
l’auteur porte le nom de Cantacuzène, & qui est dédiée à un Comnène,
archevêque de Dristra. Enfin, il m’a été permis par le prince Antiochus
Cantémir, ambassadeur de Russie auprès du Roi, de copier en entier la
carte de Moldavie dressée par Démétrius Cantémir son père, dans le
temps qu’il gouvernoit cette province en qualité de Hospodar ou de
Voïvode. Comme ces morceaux ainsi que beaucoup d’autres ne sont
pas assujétis à une rigueur géométrique ; j’ai senti qu’on ne pouvoit les
allier, pour en composer un tout assez régulier, sans y employer du
travail et de l’intelligence. Il en résulteroit un morceau précieux pour la
144
P.P. Panaitescu, « Contribuții la opera geografică a lui D. Cantemir », in Analele Academiei
Române, Memoriile Secțiunii Istorice, série 3, mémoire 8, 1927–1928, p. 11.
145
P. P. Panaitescu, ibidem, p. 184.
146
Ainsi que le remarque P. P. Panaitescu, ibidem, p. 183.
174 Vlad Alexandrescu 36
Géographie: & en représentant dans un coin de la carte les mêmes
contrées réduites à ce qu’on connoît de positions dans l’antiquité, cette
carte pourroit être intitulée Dacia vetus & nova »147.
Antiochus Cantémir avait commencé sa mission diplomatique à Paris en
1738. D’après les déclarations de d’Anville, la copie de la carte date donc de la
période allant de cette année à 1744, année où Antiochus meurt en poste à Paris.
Néanmoins, à considérer l’intérêt de d’Anville pour les Principautés roumaines,
dont il préfigure, dans ce texte visionnaire, l’unité, on a intérêt à pousser davantage
l’enquête. En effet, d’Anville n’a consacré rien moins que trois mémoires à
différentes questions relatives à l’histoire et la géographie antiques de cette région
de l’Europe.
Le plus ancien en date, de 1754, porte sur les Gètes et sur Zalmoxis et tente, à
partir des sources littéraires anciennes et des éléments qu’il avait pu réunir sur la
géographie moderne des Principautés, de retrouver l’emplacement de la retraite du
dieu des Gètes.
“L’auteur que je viens de citer (Strabon) nous indique le lieu que
Zalmoxis avait choisi pour sa retraite. C’était un antre de difficile
accès. Les Gètes regardaient comme sacrée la montagne qui renfermait
cet antre: kai to oros hupelephte hieron. Strabon a connu le nom de
cette montagne, et dans son texte on lit Kôgaion. Il y joint cette
circonstance, très-propre à seconder nos recherches, qu’une rivière qui
passe au pied porte le même nom. La curiosité de faire la découverte
d’un lieu remarquable, par ce qu’il a d’intéressant pour un point
d’histoire, singulier dans son espèce, me l’a fait trouver. La Moldavie,
que les Gètes ont habitée, et qu’ils ont dû même habiter avant la
Thrace, ou tout autre canton plus enfoncé dans l’Europe, comme étant
antérieur, eu égard à leur migration de la Scythie Asiatique, est séparée
de la Transilvanie par une chaîne de montagne, qui fait partie des Alpes
Bastarniques, selon la dénomination que donne la Table Théodosienne.
Un des sommets, qui a son penchant également sur la Transilvanie et
sur la Moldavie, se nomme Kaszon ou Kaszin; et il en descend, du côté
de la Moldavie, une petite rivière qui tire de la montagne le nom qu’on
lui donne. Les eaux de cette rivière, en passant successivement par le
canal de deux autres rivières, sont portées dans celle de Siret, qui
rencontre le Danube aux frontières de la Moldavie et de ce qu’on appelle
147
M. d’Anville, Mémoire sur les peuples qui habitent aujourd’hui la Dace de Trajan, lu le 2
mars 1759, in Mémoires de littérature tirés des registres de l’Académie Royale des Inscriptions et
Belles-Lettres depuis l’année 1758, jusques & compris l’année 1760, tome 30, Paris, Imprimerie
Royale, 1764, p. 261. Une note, rajoutée à la fin, précise: “L’auteur de ce Mémoire a fait usage des
morceaux de Géographie dont il est parlé ci-dessus, en dressant la troisième partie de sa carte de
l’Europe, publiée en 1761”.
37 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 175
Valakie. Je suis instruit de ces circonstances par une carte manuscrite
de Moldavie, que je tiens du prince Antiochus Cantémir, qui a été
Ambassadeur de Russie auprès du Roi : cette carte est l’ouvrage de
Démétrius Cantémir son père, dans le temps qu’il gouvernait la
Moldavie en qualité de Hospodar” (n.s.)148.
La carte gravée à Amsterdam représente effectivement la rivière et le village
de Cașin, qu’elle note par Caszin et dont d’Anville recopie fidèlement le nom dans
sa carte manuscrite.
Continuant ses efforts d’identifier sur la carte de Moldavie, grâce à leurs
noms en roumain, les villes antiques dont le nom est transmis par les sources
textuelles, d’Anville consacre l’année suivante un mémoire à la Description de la
Dace conquise par Trajan, où l’on peut lire:
“Voilà ce que m’a fait connaître l’application à rechercher des positions
jusqu’à présent indéterminées dans l’ancienne Géographie. Nous serions
instruits d’un plus grand nombre de lieux, et ces lieux nous conduiraient
plus avant, si dans la table Théodosienne149 les voies militaires qui
s’étendaient jusqu’aux extrémités les plus reculées de la Dace Romaine
étaient décrites. Mais, au défaut de ce moyen, nous pouvons du moins
retrouver plusieurs lieux dont Ptolémée fait mention dans la Dace, en
remarquant la correspondance qu’ils ont avec les dénominations que
l’on connaît aujourd’hui en Moldavie. Je me sers pour cela d’une carte
particulière, dressée par Demetrius Cantemir, pendant qu’il gouvernait
la Moldavie en qualité de Hospodar, et qui m’a été communiquée par le
prince Antiochus son fils, lorsqu’il était ici en qualité d’Ambassadeur
de Russie.” (n.s.)150.
D’Anville en arrive à identifier des villes telles que Iași (Iassiorum), Roman
(Praetoria Augusta), Piatra (Petrodava), Suceava (Zuzidava), Sniatin (Netindava),
Rădăuți (Rhatacensii), Bârlad (Paloda), Orchei (Zargidava), etc. C’est toujours
dans ce mémoire qu’il consacre une discussion à la voie romaine dont le Prince
avait tracé le trajet sur sa carte.
148
J. B. B. d’Anville, Mémoire sur la nation des Gètes et sur le Pontife adoré chez cette nation,
mémoire lu dans l’assemblée publique d’après la St. Martin, 1754, in Histoire de l’Académie Royale
des Inscriptions et Belles-Lettres, avec les Mémoires de Littérature tirés des Registres de cette
Académie, tome 25, Paris, Imprimerie Royale, 1759, p. 40–41.
149
ou Table de Peutinger, copie datant du XIIIe siècle, d’une ancienne carte romaine qui
figurait les routes et les villes principales de l’Empire romain.
150
M. d’Anville, “Description de la Dace conquise par Trajan”, mémoire lu le 24 juillet 1755,
in Mémoires de littérature tirés des registres de l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres,
tome 28, Paris, L’Imprimerie Royale, 1761, p. 444–462. + une carte (p. 458–459). La carte dessinée
par d’Anville se trouve à la BnF, au Cabinet des cartes et plans, dans la collection d’Anville, n° 9987,
sous la cote Ge DD 2987. On peut en avoir un aperçu sur le lien: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/
btv1b59639485.r=.langEN.
176 Vlad Alexandrescu 38
En 1759, dans le troisième mémoire, consacré aux peuples qui habitent
aujourd’hui la Dace de Trajan, d’Anville essaie de retracer dans quelques pages
l’histoire des Petchenègues (Patzinaces). A cette occasion, il convoque un
toponyme qu’il retrouve sur la carte de Cantemir :
“Les Peucini, selon Strabon, avoient pris leur nom de l’isle Peuce,
renfermée entre les bouches de l’Ister ou du Danube. On sait que la
contrée étoit nommée Scythia : & le nom de Piczina, que conserve la
même isle, comme la carte manuscrite de Moldavie, dressée par le prince
Demetrius Cantemir, me l’apprend [n.s.], est autant conforme qu’on
peut le désirer aun nom de Piczinigi, en sorte que ce nom paraisse
dérivé de Piczina.”151
Ce qui est remarquable, c’est que le nom de l’île Piczina n’est ni sur la carte
gravée à Amsterdam, ni sur la copie qu’en a tiré d’Anville. Sur sa propre carte qu’il
publie en annexe à ce dernier mémoire, d’Anville, fidèle à ce qu’il avance dans le
texte, place Peuce entre les bouches du Danube. Il en fera de même sur la carte de
Hongrie et des pays adjacents, sous le nom de Piczina. Est-ce qu’il tient son
information de Cantemir, ainsi qu’il l’affirme? Tous les chercheurs sont d’accord
pour dire que d’Anville était un savant extrêmement scrupuleux dans l’utilisation
de ses sources. Y aurait-il eu ce toponyme sur la carte manuscrite de Cantemir que
d’Anville a pu voir grâce à Antiochus? Mais alors pourquoi ne le retrouve-t-on pas
sur la copie?152
Depuis G. Vâlsan, l’on s’est toujours tenu aux déclarations de d’Anville,
selon lesquelles sa copie reproduisait l’original manuscrit de Démètre Cantemir.
Même si les preuves tirées de la comparaison des deux cartes restent assez
minces153, je crois qu’il n’y a pas de raison d’abandonner cette conviction. D’après
les mesures que j’ai prises des deux cartes et les calculs que j’ai faits, il y a, entre le
dessin de d’Anville et la carte d’Amsterdam, un rapport de 150%. Cela veut dire
probablement que l’original de Cantemir a été réduit d’un tiers à Amsterdam154, et
que, en recopiant le premier, d’Anville a conservé l’échelle d’origine.
151
M. d’Anville, Mémoire sur les peuples qui habitent aujourd’hui la Dace de Trajan, lu le 2
mars 1759, in Mémoires de littérature tirés des registres de l’Académie Royale des Inscriptions et
Belles-Lettres, tome 30, Paris, Imprimerie Royale, 1764, p. 250. G. Vâlsan date malheureusement ce
mémoire de 1771, d’après une édition plus tardive, ce qui fausse certaines de ses conclusions, cf.
“Harta Moldovei...”, p. 196, note 3, et p. 208.
152
Il est piquant d’observer que, dans aucun de ces trois derniers textes, d’Anville ne parle
d’une copie de la carte de Cantemir, mais de l’original même. Après l’avoir recopié, l’aurait-il
conservé dans sa collection ?
153
P.P. Panaitescu, “Opera geografica...”
154
Ce que confirmait bien J. N. Delisle, lorsqu’il écrivait: “Depuis ce tems là j’ay reçu
d’Hollande une réproduction gravée de la carte de Moldavie du prince Cantemir”, G. Vâlsan, “Harta
Moldovei...”, p. 207.
39 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 177
L’UTILISATION CARTOGRAPHIQUE
PAR D’ANVILLE DE LA CARTE DE CANTEMIR
Cependant, d’Anville ne s’est pas contenté d’utiliser la carte de Cantemir
dans ses mémoires historiques et géographiques des années 1754–1759. Il l’a
utilisée aussi pour dresser sa belle carte de Hongrie et des pays avoisinants, dont
seule la feuille orientale a été gravée, puis abandonnée. En effet, le catalogue des
ouvrages de d’Anville porte:
“Hongrie et Pays adjacens entre le Golfe de Venise et la Mer Noire, [s. a.]
2 po. 9 l. au d. – 2 f. formant 22 po. sur 31. Cette carte, qui comprend la
Hongrie, la Transylvanie, l’Esclavonie, la Croatie, la Dalmatie, la Bosnie,
la Moldavie et la Valaquie avec la route de Belgrade à Constantinople,
et toute la Mer de Marmara, n’a été gravée qu’en partie. M. d’Anville
ayant appris que l’on alloit publier à Nuremberg une Carte de Hongrie
en quatre feuilles, et craignant qu’elle ne fût supérieure à la sienne, il
supprima celle-ci et en arrêta la gravure. La feuille oreintale est
entièrement terminée, mais l’occidentale, qui renfermoit le cartouche,
est restée au trait, avec quelques lettres.”155
Cette carte n’est pas datée, mais elle semble avoir été dessinée avant 1779,
date de la cinquième et dernière édition de la troisième partie de la carte d’Europe
publiée par d’Anville156. En effet, dans les premières éditions, pour la Moldavie, il
utilisait la carte de Cantemir, alors que pour la dernière, il se rapporte à la carte
dessinée en Russie par I. F. Schmidius157.
Dans la collection d’Anville il subsiste aussi bien la carte manuscrite que la
gravure, incomplète comme nous l’avons vu, portant des annotations autographes158.
Les deux feuilles manuscrites de la carte de Hongrie sont des chefs d’oeuvre.
Elles mesurent 42,5 × 60,2 cm (la feuille occidentale) et 42,4 × 60 cm (la feuille
orientale). Le degré de latitude (vertical sur le cadre) mesure 7,5 cm. Le degré de
longitude (horizontal sur le cadre) mesure 5,4 cm.
Les deux feuilles gravées reprennent à l’échelle 1:1 le dessin manuscrit. La
partie orientale (seconde feuille) est achevée. Les dimensions du cadre sont : 45 x
59,4 cm. Quant à la partie occidentale, dont les dimensions sont de 42,2 x 59,7 cm,
elle se conserve dans un état de la gravure, où seul le trait géographique a été
réalisé. Il n’y a que quelques toponymes, la plupart des villages n’ayant été
représentés que par un petit cercle. Le titre de la carte est porté au crayon.
155
L.-Ch.J. de Manne, Notice des ouvrages de M. d’Anville, précédée de son éloge, Paris,
1802, p. 77–78.
156
Les différentes éditions sont décrites chez de Manne, ibidem, p. 70–71 : “en 1779, toute la
Moldavie et la Valakie presqu’entière ont été retracées d’après une carte de Schmidius”.
157
G. Vâlsan, ibidem, p. 208–210.
158
J.B.B. d’Anville, “Hongrie et pays adjacents entre le golfe de Venise et la Mer Noire,
publiée sous les auspices de mgr le d. d’Orléans par le S. d’Anville”, 2 cartes, 60 × 42,5 cm, Ge DD
2987 (3228, 1–2) et manuscrits Ge DD 2987 (3227,1–2).
178 Vlad Alexandrescu 40
A voir la feuille orientale, on ne peut s’empêcher de penser que d’Anville y a
réalisé en partie le projet qu’il avait imaginé en 1759, lorsqu’il écrivait le Mémoire
qur les peuples qui habitent la Dacie, et a réuni les trois Principautés roumaines sur
une même carte, à partir de cartes différentes de chacun de ces pays.
Assurément, pour dessiner cette carte, d’Anville a utilisé la carte de Cantemir
pour la plupart du territoire de la Moldavie. Comme cependant l’échelle de sa
propre carte était bien plus proche de la réduction gravée à Amsterdam que de
l’original de Cantemir dont il avait lui-même pris copie, je ne peux m’empêcher de
croire qu’il a en réalité utilisé la carte gravée à Amsterdam. De surcroît, je crois
qu’il a utilisé l’exemplaire Thoms, que le riche collectionneur avait déposé à la
Bibliothèque du Roi dès 1744. D’Anville était géographe du Roi depuis 1718 et y
travaillait quotidiennement. En effet, si l’on regarde attentivement l’exemplaire
Thoms, on remarque le fait qu’il est recouvert d’un fin carroyage au crayon, par
carrés aux côtés de 0,5 cm. Ce carroyage n’est pas uniforme, mais composé de
plusieurs régions, dont quelques-unes sont légèrement obliques.
Si, sur l’exemplaire Thoms, il n’y a pas de carroyage sur le NO de la
Moldavie (au N de Dorna, Bistriza, Secul et à l’O de Suczava et Siret) et sur la
Bukovine (au N de Siret, Vorniceny, Tataraszeny, Bogdanesty, Soroca), c’est que,
pour ces régions, d’Anville a utilisé, de toute évidence, une autre carte. En effet,
pour le district de Soroca, Cantemir ne donnait pas beaucoup de données ; la carte
de d’Anville note les localités sur le Dniestr, entre Soroca et Ladova, où Cantemir
avait noté “Campi deserti” en rallongeant trop le Dniestr sur cette portion. Pour les
districts du Chotin et de Czernauci, d’Anville a choisi de copier une autre carte,
infléchissant le cours du Dniestr vers le S, par rapport au tracé de Cantemir.
Signalons aussi que le Département des Cartes et Plans de la Bibliothèque
nationale de France conserve deux autres traces de ce projet. Il s’agit de deux
esquisses préparatoires159. La première est égarée à ce jour. La seconde, qui porte
comme indication manuscrite de la main de d’Anville, “Valachie, Transylvanie”,
est une étude au crayon pour le S de la Transylvanie et la chaîne des Carpates qui
la séparent de la Valachie. En marge, d’Anville a inscrit une notation difficilement
lisible : “il faudra pousser la Valaquie de ce qu’il y a d’espace entre les deux
boutons? du ... Ostrow... suivre ... Ziul. Nicopole restera.” Il s’agit sans doute de
notations sur l’agencement assez délicat de travaux disparates, ayant des sources et
des échelles différentes, destinés à tenir sur la même carte. C’étaient des difficultés
que d’Anville, l’on se rappelle, avait bien prévues: « j’ai senti qu’on ne pouvoit les
allier, pour en composer un tout assez régulier, sans y employer du travail et de
l’intelligence ».
159
Ge D 10520 et 10521. Je remercie Mme Lucile Haguet de me les avoir signalées.
41 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 179
LA CARTE MANUSCRITE DE DRESDE
En étudiant un ancien catalogue du Fonds cartographique de la Bibliothèque
de Dresde160, j’ai remarqué le nom de Démètre Cantemir à propos d’une carte qui y
était répertoriée et qui semblait être un exemplaire de la carte gravée et imprimée à
Amsterdam. La notice, insérée sous le n° 587, faisait mention de :
Principatus Moldaviae nova et accurata descriptio Delineante Principe
Demetrio Cantemirio. (*Turc. 1110.)
1Bl. 366 × 490, kol[orierte] Zeichnung.
En faisant des recherches, j’appris que l’ancienne collection de cartes de la
Bibliothèque de Dresde faisait partie actuellement de la Sächsische Landesbibliothek –
Staats- und Universitätsbibliothek Dresden. Je me tournai donc vers cette institution,
en me mettant en correspondance avec le Dr. Georg Zimmermann, directeur de la
collection des cartes. Celui-ci me répondit avec célérité, en me confirmant que la
carte que j’avais vue sur le catalogue de 1904 se trouvait toujours dans les fonds du
Cabinet qu’il dirigeait. Elle avait été fortement détériorée pendant la guerre, mais
elle avait fait l’objet d’une restauration en 1988. Il me proposa enfin de me faire
établir une reproduction digitale ce que j’acceptai avec reconnaissance161.
A ma grande surprise, quelque temps après, je reçus une reproduction qui
ressemblait à beaucoup d’égards aux exemplaires connus de la carte gravée de
Cantemir, mais n’y était pas identique (planche 4). D’après le catalogue moderne
de la Bibliothèque, il s’agit d’un dessin à la plume, dont le format est de 49 x 37 cm.
L’examen de la reproduction permet de voir en effet que la feuille a souffert
quelques déchirures dans le quart inférieur, qui ont été recollées non sans perdre
quelques éléments de la carte. Ces pertes restent cependant très isolées et
n’empêchent pas que l’on ait devant les yeux un très beau dessin du XVIIIe siècle,
où l’on retrouve presque à l’identique le magnifique dessin géographique de la
carte de Cantemir et presque la totalité des toponymes qui y étaient associés.
D’après le catalogue de 1904, la carte aurait 490 x 366 mm mesurés à partir
d’un bord à l’autre du cadre dessiné162. Elle est tracée à la plume sur une feuille de
papier extrêmement fine. Le papier n’a pas de filigrane, mais, comme la plupart
des feuilles de cette époque, il présente des pontuseaux dans sa composition163.
160
Viktor Hantzsch, “Die Landkartenbestände der Königlichen öffentlichen Bibliothek zu Dresden,
nebst Bemerkungen über Eintrichtung und Verwaltung von Kartensammlung”, XXVIII. Beiheft zum
Zentralblatt für Bibliothekswesen, Leipzig, Otto Harrassowitz, 1904.
161
Courrier électronique du 21.12. 2009.
162
V. Hantzsch, op. cit., p. 31: “Bei der Ermittlung der Höhe und Breite der Karte in mm
wurden nicht wie bei der Angabe des Formats die Dimensionen der ganzen Kartenblattes, sondern nur
die der eigentlichen Kartenfläche ausfmessen, welche von der inneren Grenze der Randleiste
eingeschlossen ist”.
163
Communication du Dr. Georg Zimmermann, du 14.01.2010: “Das Papier ist außergewöhnlich
dünn und so sehr sehr selten in unserer Kartensammlung vertreten. Leider konnte ich keine
180 Vlad Alexandrescu 42
Selon l’image que j’ai pu consulter, les pontuseaux sont parallèles au bord le plus
petit, traversant la carte du Nord au Sud. Le papier présente des vergeures
perpendiculaires aux pontuseaux.
Le dessin géographique de la carte manuscrite reprend à l’identique le dessin
de la carte gravée et imprimée en 1737 à Amsterdam par François Changuion. J’ai
eu beau examiner longuement les deux cartes, je n’y ai trouvé aucune différence
dans le tracé du dessin.
En ce qui concerne les toponymes, même si les différences ne sont pas
grandes entre les deux cartes, l’on doit noter tout de même quelques variantes. Tout
d’abord, certains toponymes manquent, même si l’emplacement en est précisé sur
la carte. C’est le cas du village de Babin, au nord de la Bucovine, se trouvant
aujourd’hui dans le district de Zastavna, région de Cernăuţi, en Ukraine, que la
carte de Changuion note par « Babinul » et la carte de Dresde ne représente que par
un petit cercle, sans indication de nom. Il en est de même pour le village de
Laşchiuca, se trouvant aujourd’hui dans le district de Cozmeni, région de Cernăuţi,
en Ukraine, le même, semble-t-il, que la carte publiée par Changuion désigne
comme “Lazeni”. Pour les villages de Stiteni, dans le district d’Orhei, au NO de la
forteresse d’Orhei, et de Mircești (Mirczesty), sur le Siret, au N de Roman, la carte
de Dresde n’en donne ni le nom ni l’emplacement.
Certains des toponymes de la carte manuscrite sont légèrement différents par
rapport à la carte imprimée. Ainsi, le nom de la forteresse de Căuşeni, district de
Căuşeni, aujourd’hui en République de Moldavie (au S de Tighina), orthographié
Causzeny sur la carte Changuion, devient Causzony sur la carte manuscrite. La
ville de Cameniţa, aujourd’hui en Ukraine, orthographiée Camenicza par la carte
Changuion, est Camenieza sur la carte allemande. Tatarbunar, au NE de Cetatea
Alba, aujourd’hui dans la région d’Odessa, en Ukraine, noté Tatarpunar164 par
Changuion, devient Tanarpunar sur la carte manuscrite. Tecuci, noté Tecuczi sur la
carte de Changuion est noté Tecuezi sur la carte allemande. Fălciu, noté Falcii sur
la carte imprimée, est Faleii sur la carte manuscrite. La ville de Rădăuţi, marquée
Episc[opia] Radauz par Changuion, devient Epise Radauz. Ces faits montrent bien
que celui qui inscrivit les noms sur la carte manuscrite ne connaissait ni le roumain
ni la géographie détaillée de la Moldavie.
Concernant les toponymes, remarquons aussi l’absence du nom du Prut, à la
hauteur de la ville de Iași, alors qu’il y est noté sur la carte imprimée. Certaines
rivières sont abréviées par “Fl”, de flumen, avec majuscule, au lieu de la minuscule
utilisée par le graveur (ainsi Sarata Fl. ou Cahul Fl.). Signalons aussi une erreur
dans le titre de la carte: aceurata Descriptio, au lieu de accurata Descriptio.
Wasserzeichen auf der Karte feststellen. Vorhanden sind 18 Stege im Abstand von 2,8 bis 2,9 cm auf
denenen das Papier lag.”
164
Tatarbunary signifie “fontaines des Tatars” dans les langues sud-slaves, ayant une
étymologie turque (du mot slave bunar emprunté au turc pınar, “fontaine”).
43 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 181
Les caractères utilisés pour écrire les toponymes sont rigoureusement les
mêmes que ceux de la carte gravée. Les villages et bourgades (e.g.: Stanilesty,
Odobeszty, Moldovitza, etc.) sont indiqués en italiques. Les villes et les forteresses
(e.g.: Soroca, Bender, Hirlau, Lapusna, Kilia, etc.) sont indiquées en caractères
romains, à propos desquels Bacler d’Albe notait qu’ils coûtaient quatre fois plus
cher que les caractères italiques165. Il en est de même pour le Danube et le Dniestr,
mais non des autres rivières (y compris le Prout et le Siret), notées en italiques.
Enfin, le dessinateur a utilisé les capitales droites pour noter les noms des districts,
des régions. Un chercheur a remarqué le statut spécial du monastère de Mira,
fondation de Cantemir, don’t le nom est noté en caractères romains. Il en est de
même du monastère d’Adam (à l’Est de Tecuci).
La carte manuscrite présente aussi des différences notables en ce qui
concerne la finition. Le filage des eaux n’est pas terminé. Les cours de rivières et
les lacs ne sont pas filés. L’eau de la mer Noire n’est pas coupée de traits parallèles
perpendiculaires au litoral, comme sur la carte imprimée.
Les montagnes sont représentées de la même façon que sur la carte imprimée
et l’examen attentif des deux cartes permet de dire que le nombre de monticules
dessinés dans un périmètre donné est rigoureusement identique. En plus, sur les
deux cartes les montagnes sont ombrés du côté Est, ce qui signifie ... (les effets
d’ombre et de lumière?). Contrairement cependant à la carte imprimée, la carte
manuscrite ne représente pas les bois et les forêts de Moldavie.
Sur la carte manuscrite, à l’intérieur du cadre, les chiffres indiquant les
degrés de latitude et de longitude semblent avoir été ajoutés par après, peut-être par
une autre main. L’ échelle y est la même.
La carte manuscrite ne comporte pas d’éléments de décor et d’ornement, tels
des cartouches ou représentations allégoriques, comme sur la gravure imprimée.
De la rose des vents à 16 directions gravée sur la carte imprimée, il ne subsiste
plus, au même endroit, qu’une flèche indiquant le Nord. Notons aussi que la carte
manuscrite reprend fidèlement les symboles que la carte gravée assigne aux
différents lieux géographiques. Les villages sont marqués d’un petit cercle vide.
Les villes sont rendues par une tour surmontée d’un drapeau ou d’une simple
flèche, flanquée d’une ou de deux tours plus petites, surmontées ou non de
drapeaux ou de simples flèches. Les forteresses les plus importantes ont, en guise
de tour centrale, une entrée de forteresse avec un toit pointu, les trois tours étant
surmontées de drapeaux: Orhei, Fălciu (Faleii), Bîrlădeni, Piscu (Pisco). Les
forteresses occupées par les Ottomans ont au lieu des drapeaux des croissants de
lune: Cetatea Alba (Czetate Alba), Vozia, Brăila, Isaccea (Saczal), Tulcea (Tulze),
Oblucița (Obliciza), Chilia (Kilia, olim Lycostomon), Reni (Renii), Cartal, Ismail.
D’autres villes sont signalées par une tour surmontée d’un drapeau, flanquée de
deux tours plus petites, surmontées de drapeaux: Huși (Husz), Lăpușna, Raşcov
(Rascou). D’autres villes ottomanes n’ont pas un toit central pointu, mais
simplement trois tours avec un croissant sur chaque tour: Căuşeni (Causzony).
165
Bacler d’Albe, art. cit., p. 80.
182 Vlad Alexandrescu 44
Parfois, seule la tour centrale est surmontée d’un drapeau et les tours latérales, de
simples flèches: Cernăuți (Cernaucii), Sniatin (Sniatyn), Botoșani (Botachanii).
Des villes plus petites ottomanes sont signalées par une tour à croissant, flanquée
d’une simple maison: Tobak. Une ville rendue par une entrée de forteresse surplombée
d’un toit pointu, sans autres tours: Ocna (dép. de Bacau). Des villes plus petites
portent troit tours, mais sans drapeaux, avec de simples flèches: Soroca, Mogilow,
Podul Sipcalinor, Colomia (Colomeea), Dobrovez (au N de Vaslui), Barlad, Bucow,
Roman, Slatina, Kympullung, Piatra [Neamț].
Enfin, la carte manuscrite conserve quelques traces de son utilisation. Notons
à ce titre que les emplacements de certains villages ainsi que ceux de quelques
forteresses ou églises sont colorés en rouge. Il en est ainsi de tout une série de
localités à la frontière Est de la Moldavie, sur le Dniestr, telles que: Purcary,
Bender, Bulboca, Buruczeny, Solonec, Pestere, Zabla, Virticeny, Tritaucy, Soroca,
Rascou, Cosnisa, Cicanouca, Mogilow, Usziza, Neporotovd, Pestere, Camarov,
Leicaucy, Chotin, Camenieza, Zuaneze, Vasilcou, Zuinicze, Pilipcze, Borovou,
Serafinez, Horodenza. De même, vers le Nord, sur le Prout, toutes les localités
comprises entre Podul Sipcalinor [Lipcanilor, aujourd’hui Lipcani, district de Briceni,
Rép. de Moldavie] et Sniatin. Aussi quelques villages du district de Dorohoi, tels
que Filibesty, Cokiucza, Gireny, Sinehau, Pomarta, Folegara, Iubanesty. Quelques
localités du district de Cernauti, telles, sur les bords de la rivière du Cirimusch:
Guraputilcy, Lopuschna, Viszniza, Ispasul, Milia, Banila, Vascamzy, Czortoria,
mais aussi: Cernaucii, Carapiziul, Calineschty, Barbesty, Suretta, Michulczul,
Baszeul, Staceny, Zastauna, Cozmani. L’utilisateur de la carte était donc intéressé à
des détails concernant la géographie de la Bessarabie et de la Bukovine.
UN SIXIÈME EXEMPLAIRE A HARVARD
Un catalogue de 1831 de la Bibliothèque de l’Université de Harvard signale
un exemplaire de la carte de Cantemir, avec la mention “ill. parerg.”, qui, selon la
table des abréviations du volume, signifie que “les figures dans les coins ou sur les
bords des cartes sont coloriées”166. La notice qui précède le catalogue explique que
la quasi-totalité des cartes qui composent le fonds proviennent de la collection du
Professeur Ebeling de Hamburg, ayant été données à la Bibliothèque par Israel
Thorndike, riche commerçant et marin américain dont un agent l’avait acheté en
Allemagne peu de temps après la mort de Ebeling. Le catalogue manuscrit
accompagnant la collection fait voir que c’est G. F. Brandes (1709–1791), savant
ministre du royaume de Hanovre, qui avait commencé à rassembler cette collection
et qu’elle fut continuée après sa mort par Ebeling167. Brandes avait été un grand
166
Catalogue of the Maps and Charts in the Library of the Harvard University in Cambridge,
Massachusetts, Cambridge, Metcalf & Co, 1831, p. 159. Table des abréviations, p. V.
167
Catalogus Mapparum Geographicarum, separatim collectarum a Dre G. F. Brandes, Regi
M. Britanniae et Electori Brunsvicensi a Consiliis Aulicis, Hannoverae anno 1792 defuncto. Collectionem
continuavit, supplevit, auxit C. D. Ebeling, Professor Hamburg. (p. IV)
45 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 183
collectionneur. Sa bibliothèque d’environ 22.000 volumes fut achetée en totalité en
1790 par le duc d’Oldenburg et sa collection de gravures sur cuivre fut vendue aux
enchères à Leipzig en 1796. Christoph Daniel Ebeling (1741–1817), professeur
d’histoire et de langue grecque à Hambourg, fut également, de 1799 à sa mort,
directeur de la Bibliothèque de la ville de Hambourg. Il est difficile de dire à quel
moment la carte de Cantemir rejoignit la collection Brandes-Ebeling.
Toujours est-il qu’elle se trouve encore dans la collection de cartes de la
Bibliothèque de l’Université de Harvard, cote 1890.1710.2, comme j’ai pu le
constater en m’en procurant une copie. C’est un exemplaire sans nom d’éditeur et
sans endroit de publication, analogue à l’exemplaire Klaproth. Il porte à droite et
en bas du cadre de la carte un tampon bleu du Harvard Library College avec
l’inscription à l’encre noire: « 1890/14 ». La cote actuelle est inscrite au crayon,
sous le tampon. Les cartouches de la carte et la rose des vents sont coloriés à
l’aquarelle. De même, les frontières de la Moldavie, et les frontières de chaque
district. Les couleurs variées donnent à cet exemplaire un aspect très agréable, en
en faisant l’exemplaire le plus décoratif de tous les six.
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George Vâlsan, “Harta Moldovei de Dimitrie Cantemir”, in Academia Română, Memoriile Secțiunii
Istorice, série III, tome VI, 1926, p. 193–211 et 2 planches
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Comeniana, Prague, XXIII, 1965, p. 122–175.
Krista Zach, « Die Moldaukarte zur Descriptio Moldaviae von Dimitrie Cantemir – eine rumänische
‘Chorographie’ im Zeitalter der Aufklärung »
47 La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir 185
Planche 1. Portrait de Démètre Cantemir, publié en frontispice, à l’édition anglaise de History of
Growth and Decay of the Ottoman empire, Londres, 1745, exemplaire à la HoughtonLibrary,
Harvard University, EC7.T4922.734c (A)
186 Vlad Alexandrescu 48
Planche 2. Principatus Moldaviae nova & accurata Descriptio. Delineante Demetrio Cantemirio,
A Amsterdam, Chez François Changuion, 1737. Exemplaire de la British Library. © The British
Library Board. Maps K.Top.113.64.
49
La carte de la Moldavie par Démètre Cantemir
Planche 3. Portrait de Démètre Cantemir gravé par François Morellon La Cave, Amsterdam, 1735. Exemplaire du
Cabinet des Estampes de la Bibliothèque de l’Académie Roumaine, GF 18 I, inv. 825.
187
188
Vlad Alexandrescu
Planche 4. Carte manuscrite, intitulée Principatus Moldaviae nova & aceurata (sic !) Descriptio Delineante Principe Demetrio
Cantemirio, Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Univesitätsbibliothek Dresden, Kartensammlung Inv.-Nr. A18623.
50