CHRONIQUE
D’ÉGYPTE
XCIV (2019)
Fasc. 187
A S S O C I AT I O N É G Y P T O L O G I Q U E R E I N E É L I S A B E T H
EGYPTOLOGISCH GENOOTSCHAP KONINGIN ELISABETH
BRUXELLES BRUSSEL
ASSOCIATION ÉGYPTOLOGIQUE REINE ÉLISABETH
EGYPTOLOGISCH GENOOTSCHAP
KONINGIN ELISABETH
Conseil d’Administration – Beheerraad
Président – Voorzitter: Comte A. d’Arschot Schoonhoven
Membres – Leden: L. Bavay, W. Clarysse, A. Delattre, M. Depauw, E. Gubel,
D. Homès, Fr. Labrique, L. Limme, M.-H. Marganne, K. Vandorpe,
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Bureau – Dagelijks Bestuur
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Chronique d’Égypte
Rédacteur en chef – Hoofdredacteur: A. Martin
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Égypte pharaonique – Faraonisch Egypte: L. Limme
(Rédacteurs adjoints – Adjunct-redacteuren: L. Delvaux, Fr. Labrique)
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M.-H. Marganne, H. Willems, J. Winand, ainsi que – alsook: P. Der Manuelian,
D. Devauchelle, M. Parca, S. Quirke, F. Reiter, S. Russo, M. Schentuleit,
G. van Loon
Bibliographie Papyrologique – Papyrologische Bibliografie
Directeur – Directeur: A. Martin
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* * *
3
ASSOCIATION ÉGYPTOLOGIQUE REINE ÉLISABETH
Nouveaux membres – Nieuwe leden
M. Jean-Paul DECROUPET
Dhr. Eddy LANCIERS
Mme Élodie MAZY
Donateurs (2018)
Comtesse Anne-Marie D’ARSCHOT SCHOONHOVEN
Comte Arnoul D’ARSCHOT SCHOONHOVEN
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M. Jean A. STRAUS
M. Martin WITTEK
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BENJAMIN DURAND
Un lot de stèles dédiées aux animaux sacrés d’Amon
dans le secteur du temple de Ptah à Karnak
INTRODUCTION
La fouille de l’occupation byzantine du secteur du temple de Ptah à Karnak (1)
a permis la mise au jour de huit stèles, parmi lesquelles cinq complètes, deux
fragmentaires, et une complète mais à l’état d’ébauche. Figurant bélier ou oie,
ces stèles s’inscrivent, par leur module et leur thème décoratif, dans la tradition
des stèles votives privées consacrées au dieu Amon-Ré (2). Ces marques de
piété populaire reflètent l’existence de cultes rendus autour des grands centres
religieux (3), expression d’une religiosité que P. Vernus différencie de la piété
personnelle (4), dont l’enjeu et les modalités divergent selon lui.
(1) L’étude archéologique du temple de Ptah bénéficie du soutien de nombreuses personnalités
et institutions internationales, en particulier le Ministère des Antiquités d’Égypte, le CNRS, le
Ministère des Affaires étrangères et du développement international (MAEDI) et le LabEx Archi-
mede de l’université de Montpellier dans le cadre du programme « investissement d’avenir »
ANR-11-LABX-0032-01 (programme Expressions du pouvoir royal à Karnak. Entre édification de
l’espace sacré et construction du territoire urbain, le temple de Ptah à l’étude ; dir. G. Charloux
et Chr. Thiers). La restauration des stèles a été effectuée par L. Antoine (VI, MEAE), assistée
de Manon Lefèvre et Marie Schneider. Il m’est agréable de remercier Badri Abd al-Sattar et
Christophe Thiers, co-directeurs du Centre Franco-Égyptien d’Étude des Temples de Karnak
(MAE/USR 3172 du CNRS), Mostafa es-Saghir, directeur général des temples de Karnak, ainsi
que Mohamed Abdel Aziz, directeur général des antiquités de Haute Égypte.
(2) L. GABOLDE, Karnak, Amon-Rê. La genèse d’un temple, la naissance d’un dieu, BdE 167,
Le Caire, 2018, p. 561-564.
(3) W. GUGLIELMI, « Die Funktion von Tempeleingang und Gegentempel als Gebetsort. Zur
Deutung einiger Widder und Gansstelen des Amun », in R. Gundlach, M. Rochholz (éd.), Ägyptische
Tempel, Struktur, Funktion und Programm, HÄB 37, Hildesheim, 1994, p. 55-68.
(4) P. VERNUS, « La piété personnelle à Deir el-Medineh. La construction de l’idée de pardon »,
dans G. Andreu (éd.), Les artistes de Pharaon, Deir el-Medineh et la Vallée de Rois, Catalogue
d’exposition, Paris, Musée du Louvre, Paris, 2002, p. 309. Pour plus de clarté et d’homogénéité
sémantique, nous utiliserons l’expression généralement admise de « piété personnelle » pour
évoquer la nature du culte associé à l’utilisation des stèles ici décrites. Concernant les marques
de piété associées à un culte domestique, on se réfèrera essentiellement au site de Deir el Medineh.
Entre autres exemples de publications de stèles découvertes dans le Village des ouvriers, cf.
G. ANDREU-LANOË, « L’oie d’Amon à Deir el Medina », Cahiers de Karnak 16, 2017, p. 23-37 ;
M. TOSI, A. ROCCATI, Stele ed altre epigrafi di Deir el Medina. CGT 50001-50262, Turin, 1972,
p. 33, 34 ; M. TOSI, « Les cultes populaires de Deir el Medineh », dans A.M. Donadoni Roveri
(éd.), Musée égyptien de Turin. Civilisation des Égyptiens. Les croyances religieuses, Turin, 1988,
p. 167, fig. 228.
Chronique d’Égypte XCIV (2019), fasc. 187 – doi: 10.1484/J.CDE.5.119056
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ÉGYPTE PHARAONIQUE
Si le cadre de ces religiosités se distingue, aucune règle ne peut véritable-
ment être établie, chacune pouvant par exemple trouver les moyens de son
expression autour des temples. À l’inverse, le cadre domestique est générale-
ment le lieu d’expression de la piété personnelle. Néanmoins, si les stèles
présentées ici ont été découvertes en contexte domestique, et pourraient à ce
titre être considérées comme des marqueurs de piété personnelle, il s’agit de
contextes secondaires, les unités d’habitation en question ayant été datées entre
la fin du IVe et le début du Ve s. apr. J.-C. Aussi intéressante que puisse être
la présence de ces stèles dans des contextes byzantins – trahissant par-là le
possible maintien de croyances, ou tout du moins d’une culture païenne, au
moins jusqu’à la fin du IVe s. ap. J.-C. (5) – c’est au contexte d’origine que nous
allons ici nous intéresser.
Les caractéristiques iconographiques, stylistiques et techniques de ces stèles
amènent en effet à faire le parallèle avec celles découvertes à Karnak-Nord dans
le Trésor de Thoutmosis Ier (6). L’observation des lieux de découverte, à moins
de 150 m l’un de l’autre, invite à conclure à une origine commune. C’est dans
cette perspective que les stèles du secteur du temple de Ptah prennent toute leur
valeur et leur intérêt, l’importance numérique du lot et son rattachement à un
groupe à peu près contextualisé permettant de dépasser la simple description
factuelle pour le placer en perspective avec des problématiques plus larges.
Le parallèle établi, il convient de préciser le contexte archéologique du lot
provenant de Karnak-Nord afin d’exploiter au mieux ces découvertes. Ce lot de
stèles a été mis au jour dans la moitié sud du Trésor. Les archéologues ont ainsi
proposé de reconnaître dans ce secteur la présence d’un probable culte populaire
rendu aux animaux sacrés d’Amon. Si cette interprétation se trouve justifiée par
l’énumération des éléments en présence, l’étude du matériel archéologique
retrouvé au sein des couches de fonctionnement du Trésor – et plus spécifique-
ment dans celles des magasins situés à l’est – permet d’avancer une hypothèse
supplémentaire, non contradictoire avec celle des archéologues. Ces couches de
fonctionnement ont fourni des marteaux, des silex, des grattoirs, des polissoirs,
des colorants, et surtout des fragments et des ébauches de stèles ainsi que des
plaques de calcaire quadrillées (7). Le recensement, même non exhaustif, de ce
(5) Nous pouvons citer à titre d’exemple le temple de Philae dont les derniers cultes sont datés
du VIe s. apr. J.-C. ; cf. J. H.F. DIJKSTRA, Philae and the End of the Ancient Egyptian Religion,
OLA 173, 2008.
(6) H. JACQUET-GORDON, Le Trésor de Thoutmosis Ier, statues, stèles et blocs réutilisés, FIFAO
39, 1999, p. 259-271, fig. 183-191.
(7) H. JACQUET-GORDON, Karnak-Nord V, Le Trésor de Thoutmosis Ier, étude architecturale,
fasc. 1, FIFAO 30, 1983, p. 84-90. Aux ébauches ici évoquées, il convient de rajouter les 7 exem-
plaires mentionnés dans le volume VIII de Karnak-Nord : H. JACQUET-GORDON, Karnak-Nord VIII,
Le Trésor de Thoutmosis Ier, statues, stèles et blocs réutilisés, FIFAO 39, 1999, p. 15-16, no inv.
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UN LOT DE STÈLES DÉDIÉES AUX ANIMAUX SACRÉS D’AMON
riche matériel, amène tout naturellement à le mettre en perspective avec la pré-
sence d’un atelier de production de stèles votives, production visiblement centrée
sur le culte des animaux sacrés d’Amon. Nous allons maintenant voir quelles
sont les principales caractéristiques de ces stèles.
1. DESCRIPTION DES STÈLES
1.1. Les stèles dédiées à l’oie
Doc. 1 (FIG. 1)
N° d’inventaire : 179-8426-01
Matériau : Calcaire
Technique : Relief levé
Dimensions : 16,3 × 12 x 3,5 cm
Contexte de découverte : Cette stèle a été découverte au fond d’une structure
destinée à accueillir des jarres à eau au sein d’une unité domestique ayant par
ailleurs livré une autre stèle plus tardive, datée de la période romaine.
Description : La partie supérieure est cintrée. Le décor se développe sur un seul
registre. L’oie y figure au centre, tournée vers la droite, occupant une grande
partie de l’espace. Elle protège un lot de cinq œufs posés devant elle, alors
qu’un éventail la surplombe au second plan. La scène est entourée d’un ban-
deau d’encadrement, la partie inférieure étant occupée par un méplat de 2,7 cm
de largeur.
Doc. 2 (FIG. 2)
N° d’inventaire : 179-8900-12
Matériau : Calcaire
Technique : Relief levé
Dimensions : 10 × 14,8 × 4,5 cm.
Contexte de découverte : Le contexte dans lequel a été retrouvée cette stèle a
également amené à la découverte des documents 3, 5, 6, 7 et 8. Posées à même
le sol et recouvertes par une couche d’effondrement, elles reposaient dans
l’angle d’une pièce faisant partie d’une unité domestique différente de celle
du document 1. Dans cette même pièce a été mis au jour un triple support de
172-178. Ces stèles, retrouvées dans les remblais datés de la XVIIIe dynastie, sous la boulangerie
ramesside, ont ceci de particulier de ne présenter aucune décoration. Seule la forme générale,
souvent cintrée, permet d’affirmer qu’il s’agit bien d’ébauches de stèles. De plus, certaines d’entre
elles portent encore les traces préparatoires, antérieures à la réalisation de la décoration. L’en-
semble du matériel découvert dans les magasins du Trésor est en cours d’étude par Nadia Licitra.
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ÉGYPTE PHARAONIQUE
jarre en terre cuite dont la décoration, caractérisée notamment par la présence
de quatre disques solaires entourés d’uraei, entre en résonance avec la pré-
sence de ces stèles (8).
Description : Bien que très partiellement conservée, cette stèle révèle une grande
partie de sa décoration, la présence de l’angle inférieur gauche permettant de
constater que ce registre est presque complet. Ainsi, une oie, tournée vers la
droite, se tient au centre. Devant elle est figuré un lotus en guise de table
d’offrande. Y est déposé un bouquet dont les tiges descendent le long de
l’encadrement. Enfin, entre le lotus et l’oie s’intercale un bouton de lotus dont
la tige n’est pas conservée. La bande limitant le registre dans sa partie supé-
rieure est uniquement attestée sur cette stèle. Un registre supérieur venait donc
compléter l’ensemble, mais les seuls vestiges de la décoration ne permettent
pas d’en proposer une restitution.
Doc. 3 (FIG. 3)
N° d’inventaire : 179-8900-14
Matériau : Calcaire
Technique : Relief levé
Dimensions : 11,6 × 8 × 3,7 cm
Contexte de découverte : Cette stèle a été retrouvée dans le même contexte que
les documents 2, 5, 6, 7, 8.
Description : Sa forme générale peut être restituée grâce aux quelques éléments
qui subsistent. La base du registre, correspondant ici à celle de la stèle, est
soulignée par un encadrement qui se prolonge sur le côté droit et dessine le
contour du cintre. C’est donc une forme tout à fait originale, le cintre occu-
pant in fine plus de la moitié de la hauteur totale de la stèle. De la décoration
qui subsiste peut être reconnue une oie tournée vers la droite et dont seuls le
buste et l’extrémité du bec ont été conservés. Devant elle est figurée une
fleur de lotus surmontée d’un bouquet, tournée vers l’oie. À signaler la pré-
sence de pigments rouges conservés sur le plumage de l’oie et sur la tige du
lotus.
(8) Pour une présentation de ce support de jarre, ainsi que des autres supports découverts dans
les contextes byzantins du secteur de Ptah, cf. B. DURAND, « Deux supports de jarres byzantins
découverts dans le secteur du temple de Ptah à Karnak », BCE 29, 2019 (sous presse) et B. DURAND,
« Material evidence of the early Christian occupation in the Great temple of Amun-Ra at Karnak »,
NEA 82.4, 2019 (sous presse).
62
UN LOT DE STÈLES DÉDIÉES AUX ANIMAUX SACRÉS D’AMON
Doc. 4 (FIG. 4)
N° d’inventaire : 179-8704-02
Matériau : Calcaire
Technique : Relief levé
Dimensions : 18,6 × 14 × 3,2 cm
Contexte de découverte : cette stèle a été retrouvée isolée au sein d’une unité
domestique, posée sur le sol, et recouverte par une couche de démolition.
Description : Le bélier d’Amon est installé sur un socle, il est tourné vers la
droite, un bouquet et un bouton de lotus lui sont présentés sur un guéridon. Sa
tête est surmontée d’un uraeus. Un éventail complète la scène au deuxième
plan, derrière le bélier. Le nom d’Amon a été gravé au-dessus des offrandes.
L’ensemble de la scène est surmonté par un disque ailé occupant le cintre
de la stèle. Un encadrement délimite le tout, un méplat occupant la base de la
stèle sur une largeur de 2,5 cm.
Doc. 5 (FIG. 5)
N° d’inventaire : 179-8900-11
Matériau : Calcaire
Dimensions : 18 × 12 × 3,5 cm
Technique : Relief levé
Contexte de découverte : Cette stèle est issue du même contexte que les docu-
ments 2, 3, 6, 7, 8.
Description : Le bélier figure au centre, la tête surmontée d’un uraeus couronné
et disqué, dont la queue descend le long du dos du bovidé. Il est tourné vers
la droite, et fait face à un guéridon chargé d’un bouquet de fleurs dont les
tiges retombent jusqu’au sol. Le bélier est protégé par un éventail qui apparaît
derrière lui au second plan. La scène est dominée par un disque ailé auquel
sont rattachés des uraei supportant eux-mêmes des croix-ankh. Un encadre-
ment marque le pourtour de la stèle, et délimite en bas une bande de 2 cm
sans décoration.
Doc. 6 (FIG. 6)
N° d’inventaire : 179-8900-15
Matériaux : Calcaire
Technique : Relief levé
Dimensions : 14,5 × 10,3 × 5,3 cm
Contexte de découverte : Cette stèle est issue du même contexte que les docu-
ments 2, 3, 5, 7, 8.
Description : Troisième stèle en calcaire dédiée à Amon sous sa forme bélier,
cet exemplaire offre une qualité d’exécution moindre, comme permet de le
63
ÉGYPTE PHARAONIQUE
constater la pauvreté des détails du lotus. On notera en effet que si le reste de
la décoration est en relief, les détails du lotus sont seulement incisés. Le
bélier, tourné vers la droite (9), est l’élément central devant lequel est présen-
tée une fleur de lotus ouverte. Le cintre est occupé par un disque solaire ailé.
Doc. 7 (FIG. 7)
N° d’inventaire : 179-8900-16
Matériau : Grès
Technique : pigments
Dimensions : 17 × 13 × 3,5 cm
Contexte de découverte : Cette stèle est issue du même contexte que les docu-
ments 2, 3, 5, 7, 8.
Description : Le matériau employé ainsi que l’utilisation de pigments, et non de
la gravure, pour figurer la décoration, distingue cette stèle du reste du corpus.
La composition iconographique et sa disposition diffèrent également. Deux
paires de béliers s’affrontent sur deux registres. Chaque couple avance vers
un lotus central. Le cintre est occupé par les couronnes d’Amon fichées sur
les têtes des béliers du registre supérieur.
1.2. Stèle à l’état d’ébauche
Doc. 8 (FIG. 8)
N° d’inventaire : 179-8900-13
Matériau : Grès
Technique : Relief levé
Dimensions : 16,8 × 12 × 4,8 cm
Contexte de découverte : Cette stèle est issue du même contexte que les docu-
ments 2, 3, 5, 7, 8 (10).
Description : La surface est parfaitement polie, aucune trace de décoration gra-
vée ou peinte n’étant décelable.
(9) La description des stèles observées jusqu’à présent amène à constater la similarité de
l’orientation des incarnations d’Amon, toujours tournées vers la droite. Sur cette problématique :
H.G. FISCHER, The Orientation of Hieroglyphs, part I : Reversals, Egyptian Studies II, New York,
1977, p. 6.
(10) Unité bâtie 8804, espace 8842, couche 8900.
64
UN LOT DE STÈLES DÉDIÉES AUX ANIMAUX SACRÉS D’AMON
2. SYNTHÈSES
Le thème de la piété personnelle a récemment fait l’objet d’une publication
rassemblant des études portant sur une période courant de l’Ancien Empire à la
période gréco-romaine. Mise à part la diversité de ses modes d’expressions, ce
qui apparaît à la lecture de ces articles est l’absence de consensus, notamment
sur son apparition, son évolution et son développement (11). Si ces lignes n’ont
pas vocation à développer ce thème, au moins peuvent-elles souligner l’intérêt
de la documentation présentée, celle-ci nourrissant un débat ouvert depuis plus
d’un siècle (12). À ce titre, on observe paradoxalement que, dans une discussion
portant notamment sur l’apparition de la piété personnelle au Nouvel Empire –
que certains chercheurs placent après la période amarnienne – il n’est jamais fait
mention du lot de stèles découvert dans le Trésor de Thoutmosis Ier, pourtant
daté stratigraphiquement de la XVIIIe dynastie. S’il est vrai que le commanditaire
n’est qu’en de rares cas mentionné, et jamais représenté (13), et que l’absence de
texte ne permet pas de définir les modalités du culte auquel ces stèles se rat-
tachent, on pourra objecter que les manifestations de la piété personnelle sont
multiples et ne doivent pas être cantonnées aux formes d’expression les plus évi-
dentes (14). La dimension populaire de ces supports religieux est également ren-
forcée par l’utilisation de l’oie comme objet de vénération. En effet, cet animal,
au même titre que le bélier, n’a pas valeur d’incarnation d’Amon, tels les tau-
reaux Boukhis, Mnevis ou Apis, ou le bouc de Mendès, même si la confusion est
courante dans la littérature et que ces derniers sont souvent décrits comme autant
de manifestations de leur dieu respectif. Il n’en est qu’une des manifestations (15).
Pour cette raison, l’anatidé n’apparaît jamais sur les parois des temples (16),
(11) A. PILLON, « Prière, causalité divine et éthique. Remarques liminaires à l’étude de la piété
des particuliers au IIIème millénaire », dans Chr. Zivie-Coche, Y. Gourdon (éd.), L’individu dans
la religion égyptienne, CENiM 16, 2017, p. 137-173.
(12) Il est généralement admis que le premier à aborder ce thème est J. BREASTED (Develop-
ment of Religion and Thought in Ancient Egypt [New York, 1912]). Comme tout premier apport,
les thèses développées par celui-ci ont depuis été largement remises en question (cf. G. POSENER,
« La piété personnelle avant l’âge amarnien », RdE 27, 1975, p. 195-210 ; P. VERNUS, « Études de
philologie et de linguistique (II), RdE 34, 1982-1983, p. 115-128 ; et pour une vision d’ensemble
de ce débat, cf. M.M. LUISELLI, « Personal Piety (modern Theories Related to) », dans W. Wendrich
(éd.), UCLA Encyclopedia of Egyptology (=http://scholarship.org/uc/item/49q0397q).
(13) On notera à ce propos la différence entre les stèles découvertes à Deir el-Medineh et celles
provenant de Karnak-Nord et du secteur du temple de Ptah, les stèles provenant du village des
ouvriers étant non seulement de bien meilleure qualité, mais proposant de plus une représentation
du commanditaire accompagnée d’un texte dédicatoire développé sur plusieurs lignes.
(14) A. PILLON, op. cit., p. 171-172.
(15) Sur la distinction entre « manifestation » et « incarnation » : L. GABOLDE, Karnak, Amon-
Rê. La genèse d’un temple, la naissance d’un dieu, BdE 167, Le Caire, 2018, p. 561-562.
(16) A. CABROL, « Les mouflons du dieu Amon-Rê », dans W. Clarysse et al. (éd.), Egyptian
Religion. The Last Thousand Years, Mél. Quaegebeur, OLA 84, 1998, p. 529-538.
65
ÉGYPTE PHARAONIQUE
et aucun culte officiel ne lui est rendu. Par conséquent, comme le précise
G. Andreu-Lanoë, « les témoignages du culte de l’oie d’Amon sont ainsi limités
à quelques éléments de piété personnelle » (17).
Le lot découvert dans le temple de Ptah est d’autant plus important que ce
type de stèle n’est finalement pas si bien référencé dans la littérature. Les
exemples contextualisés et datés le sont encore moins. Les travaux de déblaie-
ment de G. Legrain à Karnak offrent ainsi quelques références utiles, la descrip-
tion du contexte de découverte étant fournie pour deux d’entre elles (18). Ces
deux stèles sont néanmoins l’exception qui confirme la règle. Nous citerons à
titre d’exemple deux autres stèles conservées au Musée du Caire (19), et une
autre au musée Calvet d’Avignon (20), et pour lesquelles nous ne savons presque
rien. L’évocation de ces stèles met en lumière l’importance des découvertes
faites à Karnak-Nord dans le Trésor de Thoutmosis Ier et dans le secteur du
temple de Ptah. Pour la première fois peut en effet être mis en relation un
ensemble de 15 stèles avec un atelier de production, et, si l’on suit les conclu-
sions des archéologues, avec un possible lieu de culte populaire (21).
Concernant plus spécifiquement la forme que pouvait prendre ce culte dans
le secteur du trésor de Thoutmosis Ier, l’indigence des vestiges archéologiques
ne permet pas d’en déceler l’emplacement. Déjà évoquée, la répartition des
découvertes a amené les archéologues à proposer un lieu de culte au sud-ouest
du complexe. Cette concentration pourrait ainsi se justifier par la présence,
dans l’enceinte du Trésor ou à proximité, d’un élevage. Leur existence, à
Thèbes et ailleurs dans la région, semble en tous cas attestée par la mention de
(17) G. ANDREU-LANOË, Cahiers de Karnak 16, 2017, p. 37.
(18) G. LEGRAIN, « Rapport sur les travaux exécutés à Karnak du 31 octobre 1902 au 15 mai
1903 », ASAE 5 (1904), p. 15-16. Le contexte décrit se situe sur la face sud du VIIe pylône :
« C’est à cette circonstance, croyons-nous, que nous devons la découverte de cinq petites stèles qui
avaient été déposées dans l’angle nord-ouest de la rainure à mât derrière le gros tronc d’arbre ». La
première de ces stèles est ainsi décrite : « La première était tournée la face au mur. […] Le bélier
marche vers la droite. La face de l’animal sacré est recouverte d’une feuille d’or. La stèle est en
pierre à chaux » (ibid., p. 15). La deuxième est plus précisément décrite : « dans le cintre, le
disque solaire étend ses ailes. Au-dessous, deux belles oies se regardent bec à bec. Une plante de
lotus est entre les animaux sacrés d’Amon. Deux douzaines d’œufs sont rangés sous les oies, en
deux files, douze pour chaque oie » (ibid., p. 16). Ces deux stèles sont conservées au Musée du
Caire et figurent dans le catalogue général, cf. P. LACAU, Catalogue général, no 34065-34186,
Stèles du Nouvel Empire, T. 1, fasc. 2, 1926, pl. LX, no 34154 et no 34154 (respectivement).
(19) Ibid., pl. LX, nos 34152, 34153.
(20) W. GUGLIELMI, « Anrufungen der persönlichen Frömmigkeit auf Gans- und Widder-Dar-
stellungen des Amun », in I. Gamer-Wallert, W. Helck (éd.), Gegengabe. Festschrift für Emma
Brunner-Traut, Tübingen, 1992, p. 129, fig. 2.
(21) À ce total peut être rajoutée la stèle mentionnée dans les cahiers de fouilles de Legrain
(conservés au département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre), lequel précise avoir
découvert une stèle dédiée à un bélier lors du dégagement de la porte de Ptolémée III, c’est-à-dire
la porte C’ du secteur 8.
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UN LOT DE STÈLES DÉDIÉES AUX ANIMAUX SACRÉS D’AMON
volailleurs (22). Il y aurait donc ici rassemblés à la fois l’objet d’un culte – les
animaux sacrés d’Amon – l’expression populaire de ce culte – les stèles votives
– et la mise à disposition des moyens de son expression – un point de vente
alimenté par un atelier de production situé dans le Trésor. Cette hypothèse, si
fragile soit-elle, a au moins le mérite de proposer une ébauche de réponse à la
question des modalités de l’organisation matérielle d’un culte populaire. En
effet, les études portant sur la piété personnelle, que l’on nommera piété popu-
laire selon ses sensibilités, ne s’attarde pour ainsi dire jamais sur son organisa-
tion et les conditions de son expression. Il faut néanmoins reconnaître que,
d’une part, la documentation est souvent découverte hors contexte, d’autre part,
que les lieux d’expression ont généralement disparu avec la destruction des
contextes archéologiques. Dans ces circonstances, on ne peut que souligner la
singularité et donc l’importance des découvertes faites à Karnak-Nord, impor-
tance qui justifie à nos yeux l’exploitation optimale de cette documentation dans
le but d’en proposer une lecture allant au-delà du simple fait archéologique.
Ingénieur de Recherche contractuel Benjamin DURAND
CNRS – USR 3172 – CFEETK
(22) P. VERNUS, J. YOYOTTE, Bestiaire des pharaons, Paris, 2005, p. 403. Sur les attestations
parfois évoquées d’un culte rendu à un animal sacré d’Amon : L. GABOLDE, op. cit,. p. 562, n. 395,
396.
67
ÉGYPTE PHARAONIQUE
68
FIG. 1. — Doc. 1: inv. 179-8426-01 (n° archéogrid 184802) FIG. 2. — Doc. 2: inv. 179-8900-12 (n° archéogrid 193638)
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UN LOT DE STÈLES DÉDIÉES AUX ANIMAUX SACRÉS D’AMON
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FIG. 3. — Doc. 3: inv. 179-8900-14 (n° archéogrid 193636) FIG. 4. — Doc. 4: inv. 179-8704-02 (n° archéogrid 193639)
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ÉGYPTE PHARAONIQUE
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FIG. 5. — Doc. 5: inv. 179-8900-11 (n° archéogrid 193429) FIG. 6. — Doc. 6: inv. 179-8900-15 (n° archéogrid 193635)
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UN LOT DE STÈLES DÉDIÉES AUX ANIMAUX SACRÉS D’AMON
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FIG. 7. — Doc. 7: inv. 179-8900-16 (n° archéogrid 193428) FIG. 8. — Doc. 8: inv. 179-8900-13 (n° archéogrid 193426)
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