Au-delà du toponyme
Une approche territoriale
Égypte & Méditerranée antiques
Au-delà du toponyme
Le volume Au-delà du toponyme rassemble huit contributions de divers La collection Textes et documents de
l’ENiM (TDENiM) propose de brèves
spécialistes : égyptologues, hellénistes, romanistes et géographes ; en monographies, richement illustrées,
traitant de thèmes variés à travers
celà, il reflète une claire volonté d’interdisciplinarité. Que ce soit sous une documentation à la fois tex-
l’angle de considérations méthodologiques et/ou d’études de cas,
AU-DELÀ DU TOPONYME
tuelle et iconographique : histoire de
l’Égypte ancienne, histoire de l’égyp-
chacun à leur manière problématise la territorialité antique à l’aune tologie, monument, site, chantier
de notions développées par la géographie culturelle. archéologique, texte, collection d’ob-
jets… Elle propose aussi, occasion-
nellement, des actes de rencontres UNE APPROCHE TERRITORIALE
scientifiques interdisciplinaires.
Titre à paraître : Égypte & Méditerranée antiques
2. Mémoire d’archives. Morceaux choisis
d’une égyptologie montpelliéraine.
sous la direction de
Jérôme Gonzalez et Stéphane Pasquali
J. Gonzalez, St. Pasquali (dir.)
Mots clés
archéologie ; égyptologie ; histoire ; géographie ; territoire ;
territorialisation ; imaginaire ; Égypte ancienne ;
Colloque
Antiquité grecque ; Antiquité romaine
ISBN 978-29-570-4500-6
Au-delà du toponyme
Une approche territoriale
Égypte & Méditerranée antiques
Au-delà du toponyme
Le volume Au-delà du toponyme rassemble huit contributions de divers La collection Textes et documents de
l’ENiM (TDENiM) propose de brèves
spécialistes : égyptologues, hellénistes, romanistes et géographes ; en monographies, richement illustrées,
traitant de thèmes variés à travers
celà, il reflète une claire volonté d’interdisciplinarité. Que ce soit sous une documentation à la fois tex-
l’angle de considérations méthodologiques et/ou d’études de cas,
AU-DELÀ DU TOPONYME
tuelle et iconographique : histoire de
l’Égypte ancienne, histoire de l’égyp-
chacun à leur manière problématise la territorialité antique à l’aune tologie, monument, site, chantier
de notions développées par la géographie culturelle. archéologique, texte, collection d’ob-
jets… Elle propose aussi, occasion-
nellement, des actes de rencontres UNE APPROCHE TERRITORIALE
scientifiques interdisciplinaires.
Titre à paraître : Égypte & Méditerranée antiques
2. Mémoire d’archives. Morceaux choisis
d’une égyptologie montpelliéraine.
sous la direction de
Jérôme Gonzalez et Stéphane Pasquali
J. Gonzalez, St. Pasquali (dir.)
Mots clés
archéologie ; égyptologie ; histoire ; géographie ; territoire ;
territorialisation ; imaginaire ; Égypte ancienne ;
Colloque
Antiquité grecque ; Antiquité romaine
ISBN 978-29-570-4500-6
AU-DELÀ DU TOPONYME
Collection dirigée par
Jérôme Gonzalez et Stéphane Pasquali
Volume 1
2019
E N i M | Montpellier
AU-DELÀ DU TOPONYME
UNE APPROCHE TERRITORIALE
ÉGYPTE & MÉDITERRANÉE ANTIQUES
Actes du colloque tenu à Montpellier
Université Paul-Valéry Montpellier 3
les 27-28 octobre 2015
sous la direction de
Jérôme GONZALEZ et Stéphane PASQUALI
2019
E N i M | Montpellier
ISBN 978-2-9570450-0-6
ISSN en cours
© 2016, les auteurs
© 2019, Équipe Égypte Nilotique et Méditerranéenne,
UMR 5140 ASM, CNRS, université Paul-Valéry
Montpellier 3
Tous droits réservés, inclus les droits de traduc-
tion, de reproduction et de stockage électronique
de cet ouvrage ou d’une partie de celui-ci, par
quelque procédé que ce soit.
Impression et montage : Imprimerie de
l’université Paul-Valéry Montpellier 3
Imprimé en France
REMERCIEMENTS
Le colloque Au-delà du toponyme a pu être organisé grâce au soutien financier du
LabEx ARCHIMEDE
au titre du programme « Investissement d’Avenir » ANR-11-LABX-0032-01
et au soutien logistique de l’université Paul-Valéry Montpellier 3
que ces organismes en soient ici pleinement remerciés.
Nous tenons tout particulièrement à exprimer nos chaleureux remerciements
aux participants du colloque et aux contributeurs à ce volume.
Jérôme Gonzalez, Stéphane Pasquali
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION
Entre réel et imaginaire : une approche territoriale ................. p. vii-xvii
Frédéric G IRAUT , Myriam H OUSSAY -H OLZSCHUCH
Au-delà du toponyme : la dimension politique
de la territorialisation par la nomination ........................................... p. 1-6
Jean-Yves C ARREZ -M ARATRAY
La toponymie grecque des pourtours du Delta égyptien.
Dénomination, héroïsation, appropriation ...................................... p. 7-22
Gabriella D EM BITZ
La « liste géographique » de Pinedjem Ier à Karnak.
Premier essai de reconstitution d’une géographie religieuse de
l’Égypte sous la XXIe dynastie ........................................................... p. 23-40
Jérôme G ONZALEZ
Au-delà du « mythe ». Imaginaire religieux et territorialisation
dans le rite « renverser Seth et ses acolytes » ............................... p. 41-78
Ivan G UERMEUR
Une conception religieuse du territoire : la Basse Égypte
d’après la procession des dieux du soubassement nord
du temple d’Arensnouphis à Philae ............................................... p. 79-130
Stéphane L EBRETON
« L’endroit s’appelle Irasa ». Rôles et fonctions
des toponymes dans la façon de penser l’espace
et d’administrer le territoire ........................................................ p. 131-174
Bernard M EZZADRI
De quoi Kuzikos est-il le nom ? Essai d’approche structurale
d’une presqu’île ............................................................................... p. 175-204
Stéphane P ASQUALI
Textualité et matérialité des grandes stèles égyptiennes
de Giza. Comment des actes de mémoire (re)configurent
un territoire et ses lieux ................................................................ p. 205-238
RÉSUMÉS / ABSTRACTS ........................................................................... p. 241-250
INDEX DES AUTEURS COMMENTÉS .......................................................... p. 253-254
vi
La « liste géographique » de Pinedjem Ier à Karnak
Premier essai de reconstitution d’une géographie religieuse
de l’Égypte sous la XXIe dynastie1
Gabriella DEMBITZ
(LabEx ARCHIMEDE, CNRS, USR 3172, CFEETK)
Parmi les rares documents attribués avec certitude à la XXIe dynastie
(env. 1070-945 av. J.-C.), on compte les inscriptions du grand prêtre
d’Amon-Rê Pinedjem Ier, gravées sur les socles et les bases des sphinx à tête
de bélier (sphinx criocéphales ou criosphinx) ornant le dromos du temple
de Karnak (Haute Égypte)2. La majorité d’entre elles est encore inédite
malgré l’intérêt témoigné par Pierre Lacau3, Claude Traunecker ou Agnès
Cabrol4 qui ont travaillé précédemment sur ces monuments5. Si une partie
1
Il m’est agréable de remercier MM. Mohamed Abdel Aziz et Christophe Thiers, co-
directeurs du Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak (Ministère des
Antiquités d’Égypte, CNRS, USR 3172), ainsi que MM. Amin Ammar, directeur général
des temples de Karnak (MAÉ), et Sébastien Biston-Moulin (CNRS, USR 3172), responsable
du projet Karnak, pour les facilités de travail qu’ils m’ont accordées. Ce travail a
bénéficié du soutien du LabEx ARCHIMEDE au titre du programme « Investissements
d’avenir » ANR-11-LABX-0032-01.
2
Bertha Porter, Rosalind L.B. Moss, Topographical Bibliography of Ancient Egyptian
Hieroglyphic Texts, Reliefs, and Paintings. 2. Theban Temples, Oxford, Clarendon, 1972, p. 22
et 24 (cité par la suite PM 2) ; PAR.DO.sp1-20.n et PAR.DO.sp1-20.s ; GCR.SN.sp1-20 et
GCR.SS.sp1-33 ; KIU212. La nomenclature topographique suit celle de Michel Azim et al.,
Karnak et sa topographie. 1, CRA-Monographie, 19, Paris, CNRS, 1998. La référence aux
documents de Karnak est donnée avec leurs numéros KIU « Karnak Identifiant Unique »
qui permet d’accéder aux notices complètes de ces documents (textes hiéroglyphiques,
photographies, bibliographie, etc.) dans le projet Karnak à l’adresse http://www.cfeetk.
cnrs.fr/karnak/.
3
Archives Lacau Mss. A I.
4
Agnès Cabrol, « Les criosphinx de Karnak : un nouveau dromos d’Amenhotep III »,
Cahiers de Karnak, 10, 1995, p. 1-32 ; Agnès Cabrol, Les voies processionnelles de Thèbes,
Orientalia Lovaniensia Analecta, 97, Louvain, Peeters, 2001, p. 189-211 et n. 69.
5
Les inscriptions de Pinedjem Ier sont en cours d’étude dans le cadre du projet Les sphinx
de Pinedjem Ier du CFEETK, associé au projet Karnak. Les résultats seront prochainement
publiés (Gabriella Dembitz, Les inscriptions de Pinedjem Ier sur l’allée des sphinx de Karnak-
ouest, Travaux du CFEETK, Institut français d’archéologie orientale).
Gabriella DEMBITZ
des inscriptions stéréotypées faisant l’éloge de l’œuvre de Pinedjem Ier
dans Karnak est connue depuis 18936, d’autres plus originales, localisées à
l’avant des bases des sphinx, ont été partiellement publiées par Paul
Barguet7 ; y sont cités des divinités et des lieux de culte.
Description des sphinx
Malgré leur mauvais état de conservation, Agnès Cabrol a pu
reconstituer l’état premier et les caractéristiques principales des
criosphinx datant vraisemblablement du règne de Thoutmosis IV ou
d’Amenhotep III (fig. 1 et 2)8. Un uraeus était dressé sur la tête, dont seule
la queue retombant sur l’arrière de la perruque est aujourd’hui préservée.
Une statuette royale en posture d’Osiris, coiffée du nemes et tenant des
signes ânkh, est placée sous la gueule, entre les pattes, contre le poitrail de
l’animal (fig. 3)9. Leur apparence à l’époque de Pinedjem est toutefois
difficile à établir avec certitude en raison de nombreuses reprises
ultérieures.
Même si le cartouche de Ramsès II est le seul à être conservé sur le
corps de certaines statuettes de poitrail, le souverain ramesside n’a fait
que réutiliser des monuments plus anciens10. Les inscriptions de Pine-
djem Ier ne sont pas des usurpations, mais bien des textes originaux gravés
sur d’anciennes inscriptions effacées au préalable. Les socles actuels
anépigraphes sont des réfections, probablement d’époque romaine,
6
Georges Daressy, « Notes et remarques », Recueil de travaux relatifs à la philologie et à
l’archéologie égyptiennes et assyriennes, 14, 1893, p. 30 (XLVIII). Voir aussi Malte Römer,
Gottes- und Priesterherrschaft in Ägypten am Ende des Neuen Reiches, Ägypten und Altes
Testaments, 21, Wiesbaden, Harrassowitz, 1994, p. 51 (KA.a) et p. 537 (1) ; Karl Jansen-
Winkeln, Inschriften der Spätzeit. 1. Die 21. Dynastie, Wiesbaden, Harrassowitz, 2007, p. 5
(3.1).
7
Paul Barguet, Le temple d’Amon-Rê à Karnak. Essai d’exégèse, Recherches d’archéologie, de
philologie et d’histoire, 21, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 1962, p. 42
et p. 49-50 ; selon les données de PM 2, p. 22, l’avant des socles du dromos ont été copiés
par Charles Nims pour Alan Gardiner (Gardiner Mss. AHG/29.50).
8
Agnès Cabrol, « Les criosphinx de Karnak : un nouveau dromos d’Amenhotep III », art.
cit., p. 10-15 ; Agnès Cabrol, Les voies processionnelles de Thèbes, op. cit., p. 196-201 et
pl. 24a.
9
Agnès Cabrol, art. cit., p. 7-9 ; Agnès Cabrol, Les voies processionnelles de Thèbes, op. cit.,
p. 196-197.
10
Charles Fr. Nims, « Places about Thebes », Journal of Near Eastern Studies, 14, 1955, p. 112 ;
Agnès Cabrol, art. cit., p. 18-20.
24
La « liste géographique » de Pinedjem Ier à Karnak
comme les fondations qui les supportent11. Plusieurs fragments des socles
d’origine ont été découverts dans la grande cour du temple et le dromos.
Ces derniers, arrondis à l’arrière, sont décorés d’une corniche à gorge sous
laquelle est gravée une dédicace, elle-même surmontant une frise de
signes prophylactiques ʿnḫ ḏd wȝs nb. Sur la partie avant figure une double
scène d’offrande montrant Pinedjem agenouillé devant le nom et les
épithètes d’Amon-Rê (fig. 4). Sur les exemplaires aujourd’hui connus, il est
représenté en train d’offrir du vin (à trois reprises), de porter un plateau
d’offrandes, de donner l’offrande divine, de présenter des vases allongés12
et des tissus13.
Une autre dédicace soulignant les bienfaits et les actions du grand
prêtre en faveur d’Amon-Rê a été gravée sur la base du sphinx, entre le
socle et l’animal. Ce texte est identique sur chaque statue excepté
quelques variantes graphiques notables14. Les inscriptions à l’avant des
bases, en revanche, varient d’un sphinx à l’autre ; leur contenu de nature
géographique est l’objet du commentaire à suivre.
La liste géographique
Ces textes à l’avant des bases qui mentionnent systématiquement une
divinité et son lieu de culte offrant divers bienfaits à Pinedjem Ier,
permettent d’établir une liste géographique, c’est là l’intérêt premier des
criosphinx (fig. 5)15. Le mauvais état de conservation de la pierre rend long
et difficile le travail d’identification des signes. À ce jour, 43 divinités et
leur toponyme associé ont été reconnus avec certitude. D’autres
inscriptions provenant des socles fragmentaires permettent de compléter
cette liste.
Bien que l’étude de ces inscriptions soit dans sa phase initiale, on peut
déjà avancer quelques propositions. Actuellement, 93 criosphinx bordent
l’allée processionnelle menant à l’entrée principale du temple, alors qu’à
11
Jean Lauffray, « Abords occidentaux du premier pylône de Karnak. Le dromos, la tribune
et les aménagements portuaires », Kêmi, 21, 1971, p. 107-108 et n. 48, 110.
12
Ce bloc est un remploi visible dans la deuxième encoche de mât du môle sud du 1er
pylône. PM 2, p. 24.
13
Ce fragment est conservé au magasin Cheikh Labib sous le numéro d’inventaire
86CL324.
14
Paul Barguet, Le temple d’Amon-Rê à Karnak, op. cit., p. 42 ; voir aussi n. 7.
15
Agnès Cabrol, Les voies processionnelles de Thèbes, op. cit., p. 203.
25
Gabriella DEMBITZ
l’origine, il y en avait au moins une centaine allant du 2e pylône à la
tribune du quai (fig. 6)16.
L’allée processionnelle ouest se compose aujourd’hui de 40 sphinx, à
l’avant du 1er pylône, un ajout bien plus récent datant de la XXXe
dynastie17. Les sphinx conservés formaient un dromos menant sur l’axe
principal du temple sous la XXIe dynastie mais leur répartition actuelle
n’est pas celle de l’époque de Pinedjem18. Les rangées nord et sud ont été
coupées en deux par le 1er pylône et les sphinx déplacés sur les côtés de la
grande cour, située à l’arrière du pylône. La rangée sud du dromos se
compose aujourd’hui de 53 sphinx : 20 sur le dromos et 33 dans la cour. La
rangée nord, quant à elle, est constituée de 40 sphinx : 20 sur le dromos et
20 dans la cour.
Il est très probable que les premiers sphinx de l’allée sud débutaient
avec l’énumération des localités nubiennes et continuaient avec les villes
de Haute Égypte. Les deux premiers sont inachevés alors que le troisième
(PAR.DO.sp3.s) livre l’épithète d’un dieu dont le nom a disparu, mais qui
est qualifié de « celui qui est en Nubie »19. Le quatrième (PAR.DO.sp4.s) est
probablement consacré à Amon de la région de la Cataracte20. Les choses se
compliquent ensuite car les sphinx qui suivent sont trop abîmés pour
permettre l’identification du toponyme. Ajoutons que certains d’entre eux,
appartenant à l’origine à la rangée nord, ont été utilisés par Georges
Legrain en 1900 pour remplacer les exemplaires manquants du sud21. Les
16
Agnès Cabrol, Les voies processionnelles de Thèbes, op. cit., p. 193.
17
Paul Barguet, Le temple d’Amon-Rê à Karnak, op. cit., p. 46-47 ; Jean-Claude Golvin, « Du
projet bubastite au chantier de Nectanébo Ier. Réflexion relative au secteur du premier
pylône de Karnak », Cahiers de Karnak, 16, 2017, p. 211-225.
18
Les sphinx menant primitivement à la porte du 2e pylône ont été déplacés sur les côtés,
soit sous Chechonq Ier à l’occasion de la construction de la colonnade boubastite, soit
sous Taharqa quand un kiosque a été érigé dans la partie centrale de la cour. Des
fragments épars de bases des sphinx de Pinedjem Ier réutilisés par Chechonq Ier ont été
récemment retrouvés, voir Gabriella Dembitz, Les inscriptions de Pinedjem Ier, op. cit. Il est
probable que l’espace rituel localisé devant le 2e pylône ait été modifié sous Taharqa. Un
fragment de base de sphinx a été remployé dans le kiosque de Taharqa : Ramadan Saʿad,
Claude Traunecker, « Textes et reliefs mis au jour dans la grande cour du Temple de
Karnak (1969) », Kêmi, 20, 1970, p. 179-180.
19
KIU 2108.
20
KIU 2109.
21
Michel Azim, Gérard Réveillac, Karnak dans l’objectif de Georges Legrain. Catalogue raisonné
des archives photographiques du premier directeur des travaux de Karnak de 1895 à 1917, Paris,
CNRS, 2004, p. 95-96. À la suite du relevé épigraphique effectué en avril 2016, on peut
affirmer avec certitude que les sphinx PAR.DO.sp8.s à sp13.s sont ceux qui ont été
déplacés. Voir aussi les KIU 2113-2118.
26
La « liste géographique » de Pinedjem Ier à Karnak
toponymes sont à nouveau lisibles sur les 19e et 20e sphinx correspondant
à Elkab et Hiérakonpolis22.
L’énumération continue dans la cour, mais là encore l’ordre
géographique n’est plus respecté, puisque les sphinx ont été déplacés. À
l’origine, elle devait se poursuivre avec Ânouqis de Per-Merou dont
l’inscription a été partiellement publiée par P. Barguet23. Cette inscription
n’a cependant pas pu être vérifiée dans la mesure où le socle du sphinx est
aujourd’hui sous terre. Néanmoins, une grande partie de l’inscription est
lisible grâce à une empreinte latex réalisée par Claude Traunecker en
197224. D’autres toponymes de Haute Égypte sont à leur place, comme Esna
et Ermant. Suivant cette logique, on attendrait entre ces deux dernières
mentions la ville de Mo’alla, mais celle-ci figure sur un sphinx de l’allée
nord (GCR.SN.sp1)25. La dernière ville citée dans la rangée sud est Coptos
(GCR.SS.sp32-33)26.
D’après l’ordre des toponymes, l’agencement actuel de la rangée nord
de la cour respecte mieux l’emplacement original supposé des sphinx.
L’énumération continue avec des localités de Haute Égypte, comme
Akhmim ou Iteb. La liste se poursuit avec les villes de Chashotep, Hou et
probablement Assiout citées sur les sphinx déplacés par Georges Legrain.
Actuellement, la ville située la plus au nord parmi celles mentionnées sur
les sphinx de la cour est Naret, un lieu de culte proche de Šnʿ-ẖn (21e
province de Haute Égypte). Cependant, d’après une autre empreinte latex
également réalisée en 1972, un sphinx situé près du môle sud du 1er pylône
(GCR.SS.sp3 selon la copie de Charles Fr. Nims)27, dont le socle est au-
jourd’hui sous terre, évoque Hathor d’Atfih de la 22e province, une ville
située plus au nord28.
À ce jour, les seuls sphinx mentionnant des villes de Basse Égypte
appartiennent à la rangée nord du dromos. La première ville est Khenou(y)
qui désignait le palais royal de Memphis selon Kenneth A. Kitchen29.
22
KIU 2124 et 2125.
23
GCR.SS.sp6 ; KIU 2002. Paul Barguet, Le temple d’Amon-Rê à Karnak, op. cit., p. 50.
L’inscription a été également copiée par Charles Fr. Nims (Gardiner MSS AHG/29.50 [4]).
24
Voir aussi la photographie CNRS-CFEETK 7118 des archives du CFEETK. L’inscription a
également été copiée par Charles Fr. Nims (Gardiner MSS AHG/29.50 [4]).
25
KIU 1869.
26
KIU 2059 et 2060.
27
KIU 1998.
28
Photographie CNRS-CFEETK 7127 des archives du CFEETK.
29
Kenneth A. Kitchen, Ramesside Inscriptions, Translated & Annotated: Notes and Comments. 2.
Ramesses II, Royal Inscriptions, Oxford, Blackwell, 1999, p. 421.
27
Gabriella DEMBITZ
Viennent ensuite Héliopolis, que l’on suppose grâce au nom de la déesse
Iousâas inscrite sur le socle du treizième sphinx, et Sakhebou30. La ville la
plus septentrionale est Bousiris.
Comme cela a déjà été remarqué par Agnès Cabrol31, une comparaison
peut être faite avec d’autres listes géographiques connues, telles que celles
de Ramsès III et de Ramsès VI au temple de Medinet Habou32, bien que ces
deux dernières se composent de scènes d’offrandes montrant le roi face à
différents dieux dont le lieu de culte est mentionnés33.
Quelques éléments nouveaux montrent toutefois que la liste de
Karnak a été réactualisée afin de représenter au mieux la géographie du
pays sous la XXIe dynastie. Par exemple, on y trouve la ville de P(ȝ)-n(y)-pȝ-
jhw (GCR.SS.sp27)34, probablement la forteresse de el-Ahaiwah située à
proximité de Girgeh35. Cette localité apparaît pour la première fois sous
Herihor dans la cour du temple de Khonsou à Karnak : un tableau montre
le roi offrant à Horus de P(ȝ)-n(y)-pȝ-jhw au sein d’une série de scènes
constituant une liste géographique abrégée36.
Bien que notre connaissance de la XXIe dynastie soit assez limitée par
rapport à la période précédente, on peut supposer que cette énumération
de villes n’est pas que la reconstitution fictive d’une géographie religieuse
idéale. Des documents montrent en effet que les cultes dans les localités
30
Janine Monnet, « Nouveaux documents relatifs à l’Horus-Rê de Sakhebou », Kêmi, 13,
1954, p. 32 ; Paul Barguet, Le temple d’Amon-Rê à Karnak, op. cit., p. 42. Voir les KIU 2090 et
2063.
31
Agnès Cabrol, Les voies processionnelles de Thèbes, op. cit., p. 204, n. 70.
32
Ibid., p. 203-204.
33
Epigraphic Survey, Medinet Habu. 7. Plates 483-590. The Temple Proper. Part III. The Third
Hypostyle Hall and All Rooms Accessible from it with Friezes of Scenes from the Roof Terraces and
Exterior Walls of the Temple, Oriental Institute Publications, 93, Chicago, University of
Chicago, 1964 ; Charles Fr. Nims, « Another Geographical List from Medīnet Habu »,
Journal of Egyptian Archaeology, 38, 1952, p. 34-45.
34
KIU 2049.
35
Matthias Müller, « The “el-Hibeh”-Archive: Introduction and Preliminary
Information », in Gerard P.F. Broekman, Robert J. Demarée, Olaf E. Kaper (ed.), The
Libyan Period in Egypt. Historical and Cultural Studies into the 21st-24th Dynasties: Proceedings of
a Conference at Leiden University, 25-27 October 2007, Egyptologische Uitgaven, 23, Louvain,
Peeters, 2007, p. 251-264. L’inscription du sphinx voisin (GCR.SS.sp26) mentionne
Hathor de Hou, une localité située à 50 km au sud de Girgeh (KIU 2048) ; voir Gabriella
Dembitz, Les inscriptions de Pinedjem Ier, op. cit.
36
Epigraphic Survey, Temple of Khonsu. 1. Plates 1-110. Scenes of King Herihor in the Court. With
Translations of Texts, Oriental Institute Publications, 100, Chicago, University of Chicago,
1979, pl. 14.
28
La « liste géographique » de Pinedjem Ier à Karnak
mentionnées étaient toujours en activité et correspondent alors à une
réalité. Par exemple, une stèle de Pinedjem Ier provenant probablement de
Coptos le représente en compagnie de son épouse Henouttaoui (A) en train
d’accomplir une libation et un encensement à l’Osiris coptite37. Sur une
statue du grand prêtre d’Amon Chechonq, fils d’Osorkon Ier, sa mère,
Maâtkarê (B), fille de Psousennes II, porte les titres ḥmt-nṯr d’Hathor de
Dendera et mwt-nṯr d’Harsomtous, ce qui atteste du maintien de l’activité
liturgique dans cette ville38. Même chose à Hou : du personnel chargé des
rites et un clergé féminin d’Hathor sont connus pour la XXIe dynastie39. Le
sarcophage Caire CG 61030 d’Isetemkheb (D), usurpé par Nesikhonsou (A),
toutes deux épouses de Pinedjem II, atteste qu’elles occupaient des
fonctions sacerdotales à Thèbes, mais aussi en dehors de cette ville40. Elles
étaient prêtresses de Min de Coptos, d’Horus et d’Isis d’Akhmim, d’Horus
de Djoufy et d’Amon-Rê de Ioured41, des localités également mentionnées
sur les sphinx.
De nombreuses similitudes avec les sphinx de Karnak-ouest sont
également observables dans d’autres dromos d’Égypte. Plusieurs exemples
montrent que les socles de sphinx érigés dans les allées processionnelles
des temples divins ont reçu un décor plus ou moins identique42. L’avant,
placé bien en vu, est décoré d’une scène montrant deux fois le même roi
en vis-à-vis faisant une offrande. Les longs côtés portent souvent le
protocole royal et une frise décorative composée de signes
prophylactiques. Le lit des sphinx présente généralement des textes
composés, soit de la titulature royale, soit d’une inscription qui souligne
les actions et les bienfaits du roi, ou encore les deux43.
37
Karl Jansen-Winkeln, Inschriften der Spätzeit. 1, op. cit., p. 25 (3.41).
38
Georges Legrain, Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire. Nos 42192-
42250. Statues et Statuettes de rois et de particuliers. 3, Le Caire, Institut français
d’archéologie orientale, 1914, p. 3-4 ; Kenneth A. Kitchen, The Third Intermediate Period in
Egypt (1100-650 B.C.), Warminster, Aris & Phillips, [1973] 1996, p. 60.
39
Philippe Collombert, « Hout-sekhem et le septième nome de Haute Égypte III : les cultes
de Hout-sekhem à la XVIIIe dynastie », in Christiane Zivie-Coche, Ivan Guermeur (ed.),
« Parcourir l’éternité ». Hommages à Jean Yoyotte. 1, Bibliothèque de l’École des hautes
études. Sciences religieuses, 156, Turnhout, Brepols, 2012, p. 354.
40
Andrzej Niwiński, 21st Dynasty Coffins from Thebes. Chronological and Typological Studies,
Theben, 5, Mayence, Von Zabern, 1988, p. 115.
41
Andrzej Niwiński, « Some remarks on rank and title of women in the Twenty-first
Dynasty Theban “State of Amun” », Discussions in Egyptology, 14, 1989, p. 86-89.
42
Agnès Cabrol, Les voies processionnelles de Thèbes, op. cit., p. 330-331.
43
Ibid., p. 333-335.
29
Gabriella DEMBITZ
Malgré les éléments phraséologiques et iconographiques
conventionnels utilisés par Pinedjem Ier sur les socles et les bases des
sphinx, la formule gravée à l’avant du lit est, quant à elle, originale. Ici,
Pinedjem est dit « aimé » d’un dieu ou d’une déesse associé(e) à une ville
d’Égypte lui accordant des bienfaits en retour de ses actions. On peut dès
lors s’interroger sur le choix de cet affichage et la relation du grand prêtre
avec les divinités de toute l’Égypte sur son allée processionnelle.
Tout d’abord, il faut souligner que l’installation de sphinx dans les
temples divins est normalement un privilège royal. Or, Pinedjem Ier
n’utilise pas de cartouche pour inscrire son nom sur les sphinx de l’allée
processionnelle de Karnak, ni sur ceux du temple de Khonsou44, en re-
vanche il y mentionne son titre de grand prêtre. En même temps, comme
nous l’avons vu, il n’hésite pas à utiliser les mêmes formules employées
traditionnellement par les pharaons sur ce type de monument. L’emploi
d’une iconographie et d’une phraséologie royales associées au titre de
grand prêtre d’Amon et à des éléments non royaux est unique et
caractérise les monuments de Pinedjem Ier érigés dans les temples d’Amon
et de Khonsou à Karnak45.
Pour comprendre l’importance de l’allée des sphinx dans l’activité
architecturale de Pinedjem Ier, il est nécessaire de la restituer dans le
contexte politique de l’époque. La XXIe dynastie est marquée par la dualité
politique entre deux centres du pouvoir, l’un à Tanis, l’autre à Thèbes.
Alors qu’au nord régnaient à Tanis des souverains dotés d’une titulature
royale, la Haute Égypte était contrôlée par les généraux en chef (jmy-rȝ mšʿ
wr) et les grands prêtres (ḥm-nṯr tpy) d’Amon. Les rois de Tanis, qui
portaient également le titre de grand prêtre d’Amon, étaient unis par des
relations familiales aux grands prêtres de Thèbes, aucune trace d’un
quelconque malentendu n’est connu entre ces deux pôles du pouvoir46.
Au vu de cette situation, on peut considérer que l’ambition de
Pinedjem Ier traduite par l’allée des sphinx est double : d’une part il s’agit
pour lui d’associer son nom aux cultes de Haute et Basse Égypte et, d’autre
part, de s’inscrire dans la tradition pharaonique en bâtissant des
monuments pour Amon afin d’asseoir sa position de souverain légitimé
44
Concernant l’allée processionnelle du temple de Khonsou à Karnak, voir Agnès Cabrol,
Les voies processionnelles de Thèbes, op. cit., p. 239-255.
45
Gabriella Dembitz, Recreating Imperial Thebes. Monumental Inscriptions, Building and Political
Activity of the High Priests of Amun at Karnak from Herihor to Menkheperre, thèse de
l’Université Eötvös Loránd de Budapest, Budapest, 2014, p. 86-188.
46
Kenneth A. Kitchen, The Third Intermediate Period in Egypt, op. cit., p. 255-261.
30
La « liste géographique » de Pinedjem Ier à Karnak
par les dieux. Par ailleurs, le fait de bâtir une allée processionnelle n’est
sans doute pas étranger à l’importance qu’avait ce type d’espace pour
l’activité cultuelle. En effet, depuis le Nouvel Empire, la volonté du dieu
s’exprimait par des oracles lors des fêtes religieuses, lorsque la barque
d’Amon-Rê sortait de son temple pour visiter les autres sanctuaires de
Thèbes47. Or ces oracles d’une portée politique considérable pouvaient
prendre place au niveau des allées processionnelles, lieux où la foule était
autorisée à se rassembler.
Conclusion
En tant que gouverneur de Haute Égypte et grand prêtre d’Amon,
Pinedjem Ier a été responsable des projets de construction et de
restauration à Thèbes après la fin mouvementée de la XXe dynastie. La
stèle de Smendès des carrières de Dababiya nous informe d’une inondation
sévère ayant endommagé le canal en bordure du temple de Louqsor qui,
nécessairement, dut être restauré48. Il est fort probable que cette inon-
dation endommagea le quai et le dromos devant le 2e pylône du temple
d’Amon-Rê à Karnak49. Je pense ainsi que Pinedjem Ier pourrait être à
l’origine de la restauration de cette partie du temple50. Au cours de ces
travaux, il aurait réorganisé le dromos et usurpé l’allée de sphinx de
Ramsès II en modifiant ses inscriptions, comme il usurpa la statue
colossale du même Ramsès II en guise de point final à l’allée
processionnelle aboutissant à l’entrée du 2e pylône.
47
Jaroslav Černý, « Egyptian Oracles », in Richard A. Parker, A Saite Oracle Papyrus from
Thebes in the Brooklyn Museum (Papyrus Brooklyn 47.218.3), Providence, Brown University,
1962, p. 35-48.
48
Karl Jansen-Winkeln, Inschriften der Spätzeit. 1, op. cit., p. 2 (1.3) ; Robert K. Ritner, The
Libyan Anarchy: Inscriptions from Egypt’s Third Intermediate Period, Writings from the
Ancient World, 21, Atlanta, Society of Biblical Literature, 2009, p. 103.
49
Voir aussi Jean Lauffray, « Abords occidentaux du premier pylône de Karnak. Le
dromos, la tribune et les aménagements portuaires », art. cit., p. 95-100. Le quai et le
débarcadère actuel du temple n’ont probablement pas été construits avant la XXIIe
dynastie. Néanmoins, les travaux archéologiques récents suggèrent que pendant cette
époque le quai était situé directement au bord du Nil, protégé des inondations violentes
par un mur massif : Mansour Boraik, « Excavations of the Quays and the Embankment in
front of Karnak Temples. Preliminary Report », Cahiers de Karnak, 13, 2010, p. 65-78.
50
Gabriella Dembitz, « Une scène d’offrande de Maât au nom de Pinedjem Ier sur la statue
colossale dite de Ramsès II à Karnak. Karnak Varia (§3) », Cahiers de Karnak, 15, 2016,
p. 176-177.
31
Gabriella DEMBITZ
Ces travaux s’intègrent bien aux autres activités de Pinedjem Ier à
Thèbes, activités consacrées au rétablissement des fêtes processionnelles,
à l’instar du culte décadaire réalisé dans le petit temple de Medinet
Habou51, ou encore, à Karnak-nord, des cultes populaires d’Amenhotep Ier
et Ahmes Nefertari divinisés52. Il est également possible que les allées
processionnelles de Karnak aient été utilisées à l’occasion de la fête
d’Opet53, ce qui expliquerait l’intervention de Pinedjem sur l’allée bordée
de criosphinx du 2e pylône et celles des temples de Khonsou et de Mout.
Les monuments inscrits du grand prêtre placés devant le 2e pylône du
temple d’Amon-Rê et les inscriptions gravées sur le pylône du temple de
Khonsou mettent l’accent sur ses bienfaits envers les dieux et soulignent
ses activités de construction à Karnak, tout cela dans le but de magnifier ce
temple en particulier et Thèbes en général.
L’activité architecturale de Pinedjem Ier montre que le grand prêtre, à
l’instar d’un nouveau roi, a restauré l’ordre après une période de chaos et
réorganisé la sphère religieuse autour de son père Amon. Néanmoins, les
inscriptions de Thèbes montrent que Pinedjem Ier, bien qu’utilisant des
textes à l’origine royaux sur les monuments qu’il fait modifier, garde en
revanche son titre de grand prêtre en raison d’un statut royal auquel il n’a
pas encore accédé. Comme Herihor avant lui, quand Pinedjem sera figuré
doté des attributs royaux, les monuments antérieurs ne seront pas
modifiés.
Bien que ce travail engagé sur l’allée des sphinx de Pinedjem à Karnak
soit toujours en cours – pour la première édition de cette documentation
51
Gabriella Dembitz, « Inscriptions of the high priest Pinudjem I on the walls of the
Eighteenth Dynasty Temple at Medinet Habu », in Eszter Bechtold, András Gulyás,
Andrea Hasznos (ed.), From Illahun to Djeme. Papers Presented in Honour of Ulrich Luft, BAR
International Series, 2311, Oxford, Archaeopress, 2011, p. 31-41.
52
Helen Jacquet-Gordon, Karnak-Nord 8. Trésor de Thoutmosis Ier. Statues, stèles et blocs
réutilisés, Fouilles de l’Institut français d’archéologie orientale, 39, Le Caire, Institut
français d’archéologie orientale, 1999, p. 442-448 ; Helen Jacquet-Gordon, « The Festival
on which Amun went out to the Treasury », in Peter Brand, Louise Cooper (ed.), Causing
His Name to Live. Studies in Egyptian Epigraphy and History in Memory of William J. Murnane,
Culture and History of the Ancient Near East, 37, Leyde, Brill, 2009, p. 121-123.
53
Herihor et sa famille sont représentés participant à la fête d’Opet dans la cour du temple
de Khonsou : Epigraphic Survey, Temple of Khonsu. 1, op. cit., pl. 19-23. La fête est
également mentionnée dans la grande inscription de Djehoutymose gravée sur la face
extérieure du mur est de la cour du 10e pylône (KIU 222) datée de la seconde moitié de la
XXIe dynastie. Cette fête semble perdurer jusqu’à la période romaine, voir John
C. Darnell, « Opet Festival », in Jacco Dieleman, Willeke Wendrich (ed.), UCLA
Encyclopedia of Egyptology, Los Angeles, 2010 (en ligne : http://digital2.library.
ucla.edu/viewItem. do?ark=21198/zz0025n765).
32
La « liste géographique » de Pinedjem Ier à Karnak
singulière –, il enrichit d’ores et déjà notre connaissance des centres
religieux de la XXIe dynastie et permettra de reconstituer une géographie
religieuse de l’Égypte à cette période (fig. 7).
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33
Gabriella DEMBITZ
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35
Gabriella DEMBITZ
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186.
Figure 1
Morphologie d’un criosphinx
(d’après Agnès Cabrol, « Les criosphinx de Karnak : un nouveau dromos
d’Amenhotep III », Cahiers de Karnak, 10, 1995, p. 7, fig. 2)
36
La « liste géographique » de Pinedjem Ier à Karnak
Figure 2
Criosphinx PAR.DO.sp20n vu depuis l’est
(© CNRS-CFEETK / G. Dembitz)
Figure 3
Criosphinx PAR.DO.sp20n vu depuis le sud
(© CNRS-CFEETK / G. Dembitz)
37
Gabriella DEMBITZ
Figure 4
Bloc inv. 3681 actuellement stocké dans la grande cour
(©CNRS-CFEETK / G. Dembitz)
Figure 5
mr(y) Ḥr-Ḥmn nb Ḥfȝt nṯr ʿȝ d⸗f ʿḥʿw qȝ ḥr mȝȝ Jp[t-swt]
« Aimé de Horus-Hemen, le seigneur de Moʿalla, le grand dieu qui lui (= Pinedjem) donne
une durée de vie élevée en voyant Kar[nak] »
a. Inscription gravée sur la partie avant du lit de GCR.SN.sp1
(©CNRS-CFEETK / G. Dembitz)
38
La « liste géographique » de Pinedjem Ier à Karnak
(mry) Ḥr-Rʿ nb S(ȝ)ẖbw Bḥdty nb Msn nṯr ʿȝ d⸗f tȝ nb m hjms
« (Aimé de) Horus-Rê, le seigneur de Sakhebou, Behedety, le seigneur de Mesen, le grand
dieu qui lui (= Pinedjem) donne tous les pays (rendus) humbles »
b. Inscription gravée sur la partie avant du lit de PAR.DO.sp2.n
(©CNRS-CFEETK / G. Dembitz)
Figure 6
Plan général du parvis et de la grande cour de Karnak-ouest
avec l’emplacement originel de l’allée des sphinx
(d’après Michel Azim et al., Karnak et sa topographie. 1. Les relevés modernes du temple
d’Amon-Rê 1967-1984, CRA-Monographie, 19, Paris, CNRS, 1998, fig. 16 et 18)
39
Gabriella DEMBITZ
Figure 7
Divinités et lieux de culte attestés dans la liste géographique de Pinedjem Ier
© CNRS-CFEETK / G. Dembitz
40
RÉSUMÉS
ABSTRACTS
Au-delà du toponyme :
la dimension politique de la territorialisation par la nomination
Frédéric GIRAUT, Myriam HOUSSAY-HOLZSCHUCH
frederic.giraut@unige.ch, myriam.houssay@univ-grenoble-alpes.fr
Aux côtés de la toponymie étymologique qui contribue à l’histoire de
l’occupation humaine des milieux, se développe une toponymie politique
ou critical toponymy. Celle-ci porte davantage sur les processus de
nomination que sur les toponymes proprement dits. Elle identifie les
enjeux géopolitiques de la territorialisation par la nomination et ses
moyens ou techniques. Autant d’éléments qui doivent être contextualisés
dans le temps et dans l’espace, mais qui peuvent faire l’objet d’une
certaine modélisation en ayant recours aux approches foucaldiennes et
raffestiniennes portant respectivement sur les technologies de pouvoir et
sur la territorialisation. Il sera ainsi présenté une grille de lecture des
processus politiques de nomination des lieux. Elle considère ceux-ci
comme des nexus combinant : une situation géopolitique et historique
propice à la nomination ou à la renomination ; des technologies mobilisées
par des acteurs selon leurs motivations et la nature de leur pouvoir ; enfin
la nature des lieux intervient pour leur conférer un statut qui va du haut
lieux symbolisant un régime au lieu ordinaire qui contribue à façonner les
référentiels culturels et politiques au quotidien.
Beyond the toponym:
the political dimension of territorialization by naming
Alongside the etymological toponymy that sheds light on the history of human
occupation of an environment, a political or critical toponymy also comes into
being. Rather than the toponyms themselves, this concerns the process of naming.
It highlights, by naming and the means or techniques employed for this, the
geopolitical issues involved in territorialization. All these elements have to be
contextualized in time and space, but can also be modelled to a certain degree
thanks to approaches based on the work of Foucault and Raffestin, concerning
respectively the technologies of power and territoriality. This article thus presents
a grid for the interpretation of the political processes of naming places. It considers
each process as a nexus combining a geopolitical and historic situation conducive
to naming or re-naming, the technologies employed by actors according to their
motives and the nature of their powers, and finally the nature of the places, which
gives them status ranging from sites of prestige symbolic of a regime to ordinary
places that help to shape people’s everyday cultural and political frames of
reference.
__________________
La toponymie grecque des pourtours du Delta égyptien.
Dénomination, héroïsation, appropriation
Jean-Yves CARREZ-MARATRAY
jycarrez@noos.fr
Les plus de mille ans de présence « grecque » en Égypte (d’environ 600
avant à environ 600 après J.-C.) ont généré une toponymie pléthorique qui
défie la synthèse : noms égyptiens transcrits plus ou moins fidèlement
(Bouto, Memphis, Sébennytos…), réinterprétés (Naucratis, Abydos,
Koptos…), réinventés par interpretatio graeca (Hermopolis, Hérakléopolis…),
quasi poétisés (Éléphantine, Thèbes…), parfois incompréhensibles… Faute
de réaliser cette impossible synthèse, nous nous proposons d’étudier une
catégorie particulière, celle des toponymes « purement grecs » du Delta.
Nous entendons par là des noms de lieu dont l’origine grecque ne faisait
pas de doute dans l’esprit des locuteurs hellénisants : Bolbitinè (« le
poulpe » ou « le fumier »), Boukolikon stoma (« l’embouchure des
vaches »), Pèlousion (« le palus »), dont on appréciera la « saveur »
indélicate, mais aussi, plus intéressants, certains noms à forte connotation
symbolique : le lieu-dit « Delta », « Neïlos » ou « Neiloupolis » (Babylone
d’Égypte), Gynaïkônpolis (la « ville des femmes ») qui deviendra
Andrônpolis (la « ville des hommes »), et surtout Hérôônpolis, la « ville des
héros » (et non pas la ville du dieu Herôn). Nous tenterons de montrer
comment cette toponymie grecque est bien d’essence religieuse, ou plutôt
sacrée : elle balise, selon la pratique grecque des sanctuaires de confins,
une appropriation culturelle fondée sur les cultes héroïques : le « don du
Nil » est bien cette terre dont le fleuve, qui est dieu, fait cadeau aux
hommes de mérite car respectueux de la tradition des ancêtres,
notamment homériques.
242
Greek toponymy in the vicinity of the Egyptian Delta.
Naming, heroization, appropriation
“Greek” presence in Egypt, lasting over a thousand years (from about 600 BC
to 600 AD) generated a wealth of toponyms that defies summary: Egyptian names
more or less accurately transcribed (Buto, Memphis, Sebennytos, etc.),
reinterpreted (Naukratis, Abydos, Koptos, etc.), reinvented by interpretatio
graeca (Hermopolis, Herakleopolis, etc.), quasi-poetic (Elephantine, Thebes, etc.),
and sometimes simply incomprehensible. Since a synthetic summary is impossible
I propose to study a specific category: that of the “purely Greek” toponyms of the
Delta. By this I mean place-names for which there was no doubt in the minds of
Greek speakers about their Greek origin: Bolbitine (“octopus” or “manure”),
Bukolikon stoma (“the estuary of cattle”), Pelusion (“marsh”), the indelicate flavor
of which can be appreciated, but also, more interestingly, some names with strong
symbolic connotations: the locality called “Delta”, “Neilos” or “Neilupolis” (the
Egyptian Babylon), Gynaikonpolis (the “city of women”) which became
Andronpolis (the “city of men”), and above all Heroonpolis, the “city of heroes”
(and not the city of the god Heron). I shall try to show how these Greek toponyms
are essentially religious, or rather sacred, in nature: they are the landmarks,
according to the Greek practice of frontier sanctuaries, of cultural appropriation
founded on the cult of heroes: the “gift of the Nile” is indeed this land given by the
river, a god, to men who are deserving because they respect the traditions of their
ancestors, and particularly their Homeric forebears.
__________________
La « liste géographique » de Pinedjem Ier à Karnak.
Premier essai de reconstitution d’une géographie religieuse de l’Égypte
sous la XXIe dynastie
Gabriella DEMBITZ
dembitzg@yahoo.com
Cet article présente les résultats des travaux entrepris sur l’allée des
sphinx criocéphales de Karnak-Ouest qui ont débuté en 2014 dans le cadre
du projet « Les sphinx de Pinedjem Ier » du Centre Franco-Égyptien d’Étude
des Temples de Karnak (CFEETK – USR 3172 du CNRS), associé au projet
Karnak.
Le plus grand intérêt des inscriptions de Pinedjem Ier gravées sur les
sphinx réside dans une liste géographique qu’elles permettent d’établir,
243
celles-ci mentionnant systématiquement sur chaque socle une divinité et
son lieu de culte.
Même si le relevé épigraphique n’est pas complétement achevé, des
observations préliminaires peuvent déjà être proposées.
The geographical list of Pinudjem I at Karnak.
First steps towards a reconstituted religious geography of Egypt
under the 21st Dynasty
This article presents the results of work undertaken by the Centre Franco-
Égyptien des Études des Temples de Karnak (CFEETK – USR 3172 of the CNRS),
a partner in the Karnak project, on the criosphinx alley in Karnak West. This work
began in 2014 in the framework of a project entitled “The sphinxes of Pinudjem I”.
The main feature of interest in Pinudjem I’s inscriptions carved on the
sphinxes lies in the geographical list that can be derived from them, as they
mention systematically, on each plinth, a divinity and his place of worship.
Although the epigraphic survey is not yet complete some preliminary
observations can already be made.
__________________
Au-delà du « mythe ».
Imaginaire religieux et territorialisation
dans le rite « renverser Seth et ses acolytes »
Jérôme GONZALEZ
jerome.gonzalez@univ-montp3.fr
Dans la masse documentaire fournissant l’égyptologue en matériaux
« mythologiques », le corpus des Urkunden mythologischen Inhalts, ou
Urkunden VI, occupe une place privilégiée. À travers plus d’une
quarantaine de lieux, dont une part importante de lieux de culte, sont
présentés des événements que la discipline égyptologique qualifie
volontiers de « mythèmes ». Le rite « renverser Seth et ses acolytes »,
extrait des Urkunden VI, permettra d’éprouver la terminologie
habituellement employée lors de l’analyse de ce type de texte
(« mythologie », « mythe », « narration », etc.) ; une terminologie qui
détermine de façon prégnante leur analyse et brouille quelque peu notre
perception de la manifestation discursive intrinsèque ou une certaine
pragmatique de ces énoncés. Il y a là matière à exploiter avantageusement
244
la notion de territoire comme lieu du rite – produit d’une poiesis – ou
support des « géosymboles » chers au géographe Joël Bonnemaison.
Beyond the “myth”.
Religious imagery and territorialization
in the ritual “to overthrow Seth and his gang”
In the mass of documentation providing the Egyptologist with “mythological”
material the corpus of the Urkunden mythologischen Inhalts, or Urkunden VI
has a special place. Through a long list of places of worship it presents events that
are often referred to in Egyptological studies as “mythemes”. The rituals described
in Urkunden VI, including the ritual “to overthrow Seth and his gang” make it
possible to test the terminology habitually used in the analysis of this type of text
(“ritual”, “mythology”, “myth”, etc.); a terminology that powerfully determines
their analysis and tends to blur our perception of the intrinsic discursive
manifestation or a degree of pragmatism in these utterances. Here the notion of
territory as the place of ritual – produced by a poiesis – or as a support for the
“geosymbols” dear to the heart of the geographer Joël Bonnemaison, could usefully
be exploited.
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Une conception religieuse du territoire :
la Basse Égypte d’après la procession des dieux du soubassement nord
du temple d’Arensnouphis à Philae
Ivan GUERMEUR
ivan.guermeur@ephe.psl.eu
La procession inédite des dieux de Basse Égypte gravée au
soubassement du mur nord du petit temple consacré à Arensnouphis (Ỉrj-
ḥms-nfr) sur l’île de Philae, datant de l’époque romaine (règne de Tibère),
présente une organisation « géographique » religieuse originale ; elle se
distingue des traditions connues ailleurs (essentiellement Edfou, Dendara
et Kom Ombo) tant par le nombre des figures représentées que par leur
succession qui n’est pas classique. En effet, au-delà des 20 provinces
canoniques de Basse Égypte, on a reproduit 27 autres divinités, chacune
figurant ce que l’on a pris l’habitude de qualifier de « districts
supplémentaires ». Cette procession originale pourrait donc constituer
une sorte de carte « actualisée » des principales métropoles religieuses de
Basse Égypte.
245
A religious view of territory:
Lower Egypt according to the gods’ procession
on the north soubassement of the temple of Arensnuphis at Philae
The unique procession of the gods of Lower Egypt that features on the
foundation of the north wall of the little temple of Arensnuphis (Ỉrj-ḥms-nfr) on
the island of Philae, dating from the Roman period (reign of Tiberius) presents an
original “geographical” religious organization that differs from the traditions
noted elsewhere (essentially at Edfu, Dendara and Kom Ombo) both in terms of the
number of figures represented and their order, which is not the classical one. As
well as the usual 20 nomes of Lower Egypt, 27 other divinities are portrayed, each
one representing what are habitually referred to as “additional districts”. This
unique procession could therefore constitute a sort of “updated” map of the main
religious metropoles of Lower Egypt.
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« L’endroit s’appelle Irasa ».
Rôles et fonctions des toponymes dans la façon de penser l’espace
et d’administrer le territoire
Stéphane LEBRETON
stephane.lebreton@univ-artois.fr
Depuis 20 à 30 ans, les historiens ont porté leur attention sur la
question des perceptions spatiales dans l’Antiquité. Leur approche a
permis de changer la compréhension de la géographie. Au lieu de
considérer que l’homme de ces périodes reculées pensait et restituait un
espace sur le modèle des Modernes, ils ont plutôt réfléchi aux singularités
en s’aidant des avancés de l’anthropologie. On peut d’ailleurs considérer
que l’ouvrage édité par K.A. Raaflaub et J.A. Talbert (Geography and
Ethnography. Perceptions of the World in Pre-Modern Societies), cherchant à
comparer les conceptions spatiales de différentes sociétés éloignées dans
le temps et dans l’espace, est à la fois une illustration intéressante de cette
démarche et peut-être un aboutissement. Dès la fin des années 1980-début
des années 1990, des auteurs comme P. Janni, Fr. Prontera, Chr. Jacob ou
P. Arnaud, par exemple, ont élargi le champs de la réflexion en
s’interrogeant notamment sur l’utilité et la fréquence de la carte, sur la
pensée hodologique, sur le développement et la diffusion de la culture
géographique. Ils ont ainsi permis d’enrichir et de développer le sujet. Les
études actuellement conduites par Kl. Geus et M. Thiering affinent
246
davantage encore la problématique en proposant de réfléchir non plus
seulement sur la géographie érudite telle qu’elle apparaît le plus souvent
dans la littérature, mais à la culture géographique populaire de l’homme
de la rue (« common sense geography »).
Parallèlement, les modalités de contrôle et d’administration d’un
territoire ont donné lieu à nombre d’études, au moins pour les périodes
hellénistique et romaine. De fait, il restait à étudier les relations entre les
deux domaines de recherche. À partir de quels acquis intellectuels, de
quelles connaissances géographiques, de quels apprentissages, de quels
outils ou supports les personnes en charge de l’administration d’un
territoire ont-il travaillé ? Certes, le sujet a pu être abordé par Cl. Nicolet
dans L’inventaire du monde. Il était au cœur du sujet des deux ouvrages de
G. Cruz Andreotti, P. Le Roux et P. Moret : La invención de una geografía de la
Península Ibérica. N. Purcell a pu proposer des analyses pertinentes. Il nous
semble cependant que bien des interrogations demeurent. Peut-être
convient-il alors de s’intéresser davantage à la question du rôle et des
fonctions des toponymes, en particulier dans les apprentissages
géographiques ?
“The place is called Irasa”.
Roles and functions of toponyms in the conception of space
and in territorial administration
Over the last 20 or 30 years historians have turned their attention to the issue
of how space was conceived in ancient times. Their approach has led to a change in
our understanding of geography. Instead of considering that man in the distant
past conceived and recreated space as modern man does, they have preferred to
study the differences, with the help of progress in anthropology. The work edited
by K.A. Raaflaub and J.A. Talbert (Geography and Ethnography. Perceptions
of the World in Pre-Modern Societies), which seeks to compare the spatial
conceptions of different societies distant from one another in time and space, can
be considered both as an interesting illustration of this approach and perhaps as a
conclusion. From the end of the 1980s and the beginning of the 1990s onwards
authors such as P. Janni, F. Prontera, C. Jacob or P. Arnaud, for example, have
broadened the scope of thinking in this field by looking in particular at the utility
and frequency of maps, hodology, and the development and dissemination of a
geographical culture. They have thus enriched and developed the subject. The
studies currently undertaken by K. Geus and M. Thiering bring the issues into
tighter focus by directing attention not only to learned geography as it appears
most often in the literature but also to the popular geography of the man in the
street (“common-sense geography”).
247
At the same time numerous studies have been devoted to the modes of control
and administration of a territory, at least for the Hellenistic and Roman periods.
The relationship between these two fields of research, however, remained
unstudied. On the basis of what intellectual background, what geographical
knowledge, what learning, what tools or supports, did the administrators of a
particular territory work? The topic was of course touched on by C. Nicolet in
L’inventaire du monde. It was at the heart of the two works by G. Cruz Andreotti,
P. Le Roux and P. Moret: La invención de una geografía de la Península
Ibérica. N. Purcell has offered some pertinent analyses. It seems however that
many questions remain unanswered. Might it perhaps be useful to pay closer
attention to the role and function of toponyms, particularly for the learning of
geography?
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De quoi Kuzikos est-il le nom ?
Essai d’approche structurale d’une presqu’île
Bernard MEZZADRI
bernard.mezzadri@univ-avignon.fr
L’étape des conquérants de la toison d’or sur la presqu’île de Cyzique,
telle que la met en scène Apollonios de Rhodes dans son épopée des
Argonautiques, permet d’observer une utilisation originale des
caractéristiques morphologiques d’un territoire. Il ne s’agit pas tant,
comme souvent, d’enserrer les lieux dans un discours généalogique ou
légendaire afin de justifier une mainmise, symbolique ou plus concrète.
Bien plutôt les singularités de la topologie sont-elles utilisées pour
construire un opérateur intellectuel, au service de ce que Claude Lévi-
Strauss nommait une logique du concret. On suit en détail la manière dont
la forme de la péninsule se reflète dans la nature de son peuplement et
dans la structure du récit. Au bout du compte, les dessins contingents de la
géographie physique s’intègrent à une réflexion sur les rapports avec
l’étranger, entre guerre et hospitalité, où les contours de la côte font écho
à ceux des fragments de la tessère d’hospitalité (sumbolon) pour en
inverser le sens. C’est d’être la victime de ce mécanisme « anti-
symbolique » qui vaut au roi des Dolions, Kuzikos, de devenir l’éponyme de
la région.
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What is Cyzicus the name of?
A structural approach to a peninsula
The visit of the conquerors of the golden fleece to the peninsula of Cyzicus, as
recounted by Apollonius Rhodius in his epic poem, the Argonautica, enables us to
observe an unusual use of the morphological characteristics of a territory. The
issue here is not, as often elsewhere, to encapsulate places in a genealogical or
mythological discourse so as to justify a symbolical or more concrete takeover.
Rather, the original features of the topology are used to construct an intellectual
operator, to serve what Claude Lévi-Strauss called the science of the concrete. We
follow in detail the way in which the shape of the peninsula is reflected in the
nature of its habitation and in the structure of the narrative. Finally the
contingent forms of physical geography are integrated into thinking about the
relationship with the stranger, between war and hospitality, where the shape of
the coastline echoes that of the fragments of the tessera hospitalis or sumbolon,
but with inversion of its meaning. It is because he is the victim of this “anti-
symbolic” mechanism that Cyzicus, King of the Doliones, gives his name to the
region.
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Textualité et matérialité des grandes stèles égyptiennes de Giza.
Comment des actes de mémoire (re)configurent un territoire et ses lieux
Stéphane PASQUALI
stephane.pasquali@univ-montp3.fr
Cet article propose d’étudier les deux « grandes » stèles de Giza des
pharaons Amenhotep II et Thoutmosis IV comme médias de configuration
symbolique d’un territoire déjà fortement marqué, cela à travers une
interprétation pragmatique.
Pour ce faire, les stèles sont appréhendées non seulement en tant que
textes (leurs fameux récits « historiques »), mais en tant qu’objets inscrits
spatialisés. L’approche développée est ainsi particulièrement sensible à
leur matérialité, à leur situation originelle (leur « visualité »), à leur
agentivité rituelle et aux procédures de mise en récit. Y sont notamment
posées les questions des pratiques ritualisées dont les stèles étaient les
objets, et des groupes sociaux concernés par ces pratiques.
Le positionnement épistémologique revendiqué relève à la fois de
l’archéologie, et de l’anthropologie et de la géographie dans leur
composante culturelle.
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Textuality and materiality of the great Egyptian stelae of Giza.
How do acts of memory (re)shape a territory and its sites
The aim of this article is to study, by way of a pragmatic interpretation, the
two great stelae of Amenhotep II and Thutmose IV at Giza as the media for the
symbolic configuration of a territory that was already strongly marked.
To this end the stelae are considered not only as texts (with their famous
“historic” narratives) but as objects inscribed in space. The approach adopted is
thus particularly sensitive to their physical nature, their original situation (their
“visuality”), their ritual agency, and the procedures of story-telling. In particular,
the questions of the ritualistic practices relating to the stelae, and the social groups
involved in these practices, will be raised.
The epistemological standpoint adopted is rooted in the cultural aspects of, at
one and the same time, archaeology, anthropology and geography.
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