Nov e mbr e 2 018 - Ja nv ie r 2 019 | n o 2 0 0
no 200 Novembre 2018-Janvier 2019
Le Bulletin de la Société française d’égyptologie, qui paraît depuis 1949,
fait le compte rendu des réunions organisées régulièrement par cette
association, et livre le texte complet des communications qui y sont faites
par des chercheurs spécialisés dans les différentes facettes de la recherche
en égyptologie.
Il s’adresse aux personnes qui s’intéressent à l’étude de l’Égypte, de
ses origines à la période copto-byzantine, et les informe sur les derniers
développements des travaux en cours, notamment sur le terrain.
Il permet de mettre en relation des professionnels avec un public féru
d’égyptologie, tant en France qu’à l’étranger. b u l l e t i n d e l a s o c i é t é f r a n ç a i s e d ’é g y p t o l o g i e
no 200 15,00 €
ISSN : 0037-9379
0 020 0
9 770 037 937907
SFE (Société française d’égyptologie)
Collège de France
Place Marcelin Berthelot - 75231 Paris Cedex 05
président M. Laurent Coulon
vice - présidents M. Olivier Perdu
M. Pierre Tallet
secrétaire générale Mme Nathalie Favry
trésorier M. Gérard Bizien
responsables des publications
Revue d’égyptologie
n M. Olivier Perdu
LES PAPYRUS MAGIQUES DU RAMESSEUM
(RdE) Recherches sur une bibliothèque privée de la fin du Moyen Empire
Bulletin de la Société française
n Mme Laetitia Gallet Pierre Meyrat
d’égyptologie (BSFE)
éditions Ifao
comptes bancaires
Rédigés à la fin du Moyen Empire et découverts dans un coffret de bois au fond d’un puits funéraire
titulaire du compte lors de fouilles anglaises menées en 1895-1896 sur la rive ouest de Thèbes, les papyrus du
Société française d’égyptologie ass. crédit agricole Ramesseum constituent pour la moitié d’entre eux – à savoir un texte en hiéroglyphes cursifs et
Agence Paris-Mutualité douze textes en hiératique – la plus ancienne collection de papyrus magiques connue à ce jour.
14 rue Monge, 75005 Paris Souvent comparés aux deux autres bibliothèques magiques connues (les papyrus Chester-Beatty
IBAN : FR76 1820 6002 0607 0972 5200 145 pour le Nouvel Empire et les papyrus Wilbour pour la Basse Époque), les papyrus magiques du
BIC : AGRIFRPP882 Ramesseum, aujourd’hui conservés au British Museum, ont été publiés sous forme de planches
par Sir Alan H. Gardiner en 1955, et font ici pour la première fois l’objet d’une étude systématique.
contacts En raison de leur état très fragmentaire, le déchiffrement de ces documents relève parfois de
la gageure. Si la plupart des formules présentées ici ne sont pas connues par ailleurs, plusieurs
adresse Place Marcelin Berthelot 75231 Paris Cedex 05 parallèles ont pu être identifiés dans d’autres sources plus anciennes ou plus tardives. De
tél secrétariat 06 28 48 73 90 nouvelles hypothèses sont également proposées sur l’utilisateur de ces documents et sur leur
courriel secrétariat contact@sfe-egyptologie.fr origine géographique.
site internet www.sfe-egyptologie.fr
conception & expédition du BSFE éditions Khéops – Paris 5e
contact@kheops-egyptologie.fr
www.kheops-egyptologie.fr 2 volumes, 448 pages, IF1181, ISBN 9782724707373, Ifao, 2019, 62,00 €
Les articles publiés dans le Bulletin n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs.
© Société française d’égyptologie – ISSN 0037-9379 – Dépôt légal : 2e trimestre 2019
Bulletin de la Société française d’égyptologie
novembre 2018-janvier 2019 no 200
Avant-propos 2
i – compte rendu de la réunion du 30 novembre 2018 3
ii – présentation de la séance exceptionnelle
du 11 janvier 2019 5
iii – nos membres 6
iv – communications 9
Séance du 30 novembre 2018
– Patrice Le Guilloux – EPHE, EA 4519 Égypte ancienne et UCL (INCAL), Louvain
Jean-Louis Fougerousse (1879-1953), architecte et portraitiste de la Mission
Montet à Tanis. À propos d’archives récemment retrouvées 10
– Sylvie Guichard – Musée du Louvre, Paris
De Numeris 23
– Emmanuel L aroze – UMR 8167 Orient et Méditerranée, Paris
Le système de construction par assises régulières : analyse et interprétations
de l’appareil du temple d’Opet à Karnak 31
Séance du 11 janvier 2019
– Aurélia M asson – British Museum, Londres
Sur les rives du lac : l’art de vivre des serviteurs des dieux de Karnak 54
– Giuseppina Lenzo – Université de Lausanne
Les papyrus funéraires du clergé thébain à la XXIIe dynastie :
continuités et ruptures dans les textes de l’au-delà 72
v – chronique
Antonio Beato à Karnak, le 15 janvier 1889, par Alain A rnaudiès 99
En couverture : Vignette du Livre des Morts du grand prêtre d’Amon Pinedjem II,
P. BM EA 10473 (© The Trustees of the British Museum) ;
Aquarelle de Fougerousse en 1938 (© Archives Marie Paule Fougerousse)
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Sur les rives du lac :
l’art de vivre des serviteurs des dieux de Karnak
Aurélia Masson-Berghoff
British Museum
Un groupe de maisons appelé « quartier des prêtres » et situé au sein du
sanctuaire d’Amon à Karnak, à l’est du lac Sacré, a connu de nombreuses
modifications au cours du Ier millénaire avant notre ère. Cet article résume ce
que nous connaissons des phases les plus anciennes de ce quartier, de l’iden-
tité et de la vie quotidienne de ses habitants, ainsi que des relations que ce
secteur entretenait avec des annexes du temple érigées sur la rive sud du lac.
La découverte des maisons des prêtres
L’existence de ce quartier a été révélée pendant des fouilles de sauvetage dans
les années soixante-dix, avant que ne soit construite une tribune pour un
spectacle « Son et Lumières » sur la hauteur orientale dominant le lac Sacré 1.
Menées par le Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak (cfeetk),
alors dirigé par Jean Lauffray, ces fouilles révélèrent une occupation dense du
secteur au cours des deuxième et premier millénaires avant notre ère et même
au-delà (fig. 1, surface de fouille entourée en rouge). Le quartier des prêtres
et sa reconstruction tardive appelée « quartier ptolémaïque » ont été érigés à
l’intérieur d’un épais rempart et suivaient son orientation. Ce rempart fortifié
de bastions constituait le mur d’enceinte délimitant le sanctuaire d’Amon,
près de mille ans avant la construction de l’enceinte de Nectanébo 2.
Le quartier des prêtres fut dégagé pendant l’été 1970 par P. Anus et
R. Sa’ad (fig. 2) 3. La fouille révéla d’une part six maisons, d’autre part un
secteur entouré d’un mur épais (dont seul l’angle nord-est fut découvert) et
1. J. Lauffray – R. Sa’ad – S. Sauneron, « Rapport sur les travaux de Karnak, Activités du Centre fran-
co-égyptien », Kêmi XXI (1971), p. 71.
2. Ce mur d’enceinte connut une réfection sous le règne de Ramsès III, bien documentée par des stèles
dont l’une découverte lors des fouilles récentes à l’est du lac Sacré : M.-D. Martellière, « Une nouvelle
stèle de Ramsès III découverte à Karnak », CahKarn 12 (2007), p. 391-399.
3. P. Anus – R. Sa’ad, « Habitations de prêtres dans le temple d’Amon de Karnak », Kêmi XXI (1971),
p. 217-238.
Sur les rives du lac : l’art de vivre des serviteurs des dieux de Karnak | 55
qui contenait des jambages inscrits au nom d’Amasis. À l’époque, la fonction
de ce secteur ne fut pas déterminée. Des éléments de porte et des stèles men-
tionnant des titres de prêtres furent découverts dans les maisons. Comme
Claude Traunecker l’avait remarqué 4, ces inscriptions remontent surtout au
début de la Troisième Période intermédiaire (TPI), période durant laquelle
le clergé thébain était puissant. Parmi les habitants remarquables de ce sec-
teur figuraient Ioupout, grand prêtre d’Amon et fils du fondateur de la xxiie
dynastie Chéchanq Ier 5 et peut-être un autre grand prêtre d’Amon de la période
libyenne, Nimlot fils d’Osorkon II 6. Cependant, aucune des céramiques
publiées provenant des maisons ne remonte à cette période 7. Elles sont plus
typiques des XXVIe-début XXVIIe dynasties, ce qui pourrait témoigner de la
longévité de l’occupation du quartier.
Les nouvelles recherches
Un nouveau programme de recherche sur le quartier des prêtres fut initié en
2001 par le cfeetk. Il devait examiner l’histoire et l’évolution de ce secteur, ainsi
que l’identité et la culture matérielle de ses habitants. Il était également crucial
de comprendre le lien entre ce secteur et l’environnement religieux et archi-
tectural direct, particulièrement avec la rive sud du lac, une zone encore peu
explorée du sanctuaire. Une surface d’environ 500 m2 a été fouillée pendant
les campagnes qui se sont déroulées de 2001 à 2007 (fig. 1, Zone 7 en bleu),
révélant de nouvelles maisons et d’autres ensembles architecturaux 8. L’étude
des vestiges antérieurs au Nouvel Empire, menée concomitamment et confiée
à Marie Millet, fut abordée avec un secteur de fouille situé à l’est du rempart
(fig. 1, Zone 8 en vert).
La presque totalité du sédiment archéologique a été tamisée, ce qui a
permis de réunir un corpus conséquent de cinq cent vingt-huit empreintes de
sceaux pour le secteur de fouille à l’ouest du rempart, ainsi que de nombreux
4. Cl. Traunecker, « Les résidents des rives du Lac Sacré : le cas d’Ankhefenkhonsou », CRIPEL 15 (1993),
p. 83-93.
5. P. Anus – R. Sa’ad, op. cit., p. 237.
6. Fr. Payraudeau, « Nouvelles inscriptions de la Troisième Période Intermédiaire à Karnak (I) »,
CahKarn 13 (2010), p. 367-368, fig. 7.
7. D.A. Aston, Egyptian Pottery of the Late New Kingdom and Third Intermediate Period (Twelfth - Seventh
Centuries B.C.) – Tentative Footsteps in a Forbidding Terrain (SAGA 13), 1996, p. 56.
8. Un grand merci aux directeurs et à l’équipe du CFEETK pour leur soutien continu, ainsi qu’aux
archéologues qui ont participé aux fouilles : ma collègue pendant toutes ces années Marie Millet,
mais aussi Élise Allaoua, Ophélie De Peretti, Jean-François Jet, Grégory Marouard, Marie-Delphine
Martellière, Laurent Vallières et Isabelle Venturini. Je tiens à exprimer ma reconnaissance à Mansour
Boraïk, alors directeur général de Louqsor et de la Haute-Égypte, au bureau de l’Inspectorat dirigé à
l’époque par Ibrahim Soliman et aux ouvriers de Karnak.
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Fig. 1 Plan général du temple d’Amon à Karnak (© CNRS-CFEETK)
Sur les rives du lac : l’art de vivre des serviteurs des dieux de Karnak | 57
Fig. 2 Vue générale du quartier des prêtres en 1970, depuis le nord (© cnrs-cfeetk / A. Bellod)
restes alimentaires. Ces fouilles ont été suivies de missions d’étude du maté-
riel jusqu’en 2012. Les données et le matériel des fouilles anciennes, souvent
inédits, ont été réévalués à la lumière des récentes investigations archéo-
logiques 9. Grâce à ces nouvelles recherches à l’est du lac Sacré, il a été possible
d’établir quinze phases architecturales, dont trois concernent le quartier.
La troisième phase du quartier (phase 14 du secteur) correspond au quartier
ptolémaïque, exclu de cette présentation.
La phase ancienne du quartier
La première phase du quartier (phase 12 du secteur) remonte au moins au
début de la TPI et n’est conservée qu’en fondation. Durant cette phase, les
maisons se sont adaptées à l’espace laissé entre le rempart et des complexes
érigés au sud du lac. Elles étaient probablement desservies par une voie de
circulation aménagée entre le rempart et les habitations.
9. Un ouvrage reprenant en détail les fouilles récentes et anciennes, comportant diverses contribu-
tions par les experts Louis Chaix (archéozoologue), Claire Newton (archéobotaniste), Samuel Guérin
(étude du matériel lithique) ,Didier Devauchelle et Ghislaine Widmer (étude des ostraca) sera prochai-
nement publié dans la série des Orientalia Lovaniensa Analecta.
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La première phase fut arasée et coupée par de nombreuses fosses au
comblement cendreux. Ces fosses ont par la suite été scellées par le premier
niveau de la rue fonctionnant avec la deuxième phase du quartier. Le matériel
riche de leur comblement est datable de la fin de la XXVe et du début de la
XXVIe dynastie, fournissant un terminus pour dater la fin de la première phase
du quartier ainsi que sa reconstruction. Des empreintes de sceaux portant des
titres de prêtres font leur apparition dans ces niveaux de dépotoir.
À propos des scellés des prêtres
Les scellés mentionnant des titres sacerdotaux deviennent bien plus communs
pendant les deuxième et troisième phases du quartier (phases 13 et 14 du
secteur). Ils forment autant de témoins de la continuité de l’usage du quartier
par les prêtres après la TPI. Le personnel féminin semble absent alors que
les prophètes et père divins – titres élevés dans la hiérarchie sacerdotale –
abondent dans la documentation sigillaire. Sans surprise, les prêtres dévoués
à Amon dominent, mais on trouve de nombreuses occurrences de prêtres
de Montou durant toutes les phases. Plus rares sont les mentions d’autres
divinités, telles Osiris et Ptah. Tous ces dieux bénéficiaient d’un temple ou
de chapelles à Karnak. Un des scellés évoque la quatrième phylé (fig. 3) :
rappelons que le clergé était organisé en quatre phylé permettant un roule-
ment mensuel des serviteurs du culte 10, et
qu’ainsi le service cultuel de la plupart des
prêtres n’excédait pas un mois trois fois par
an. Quelques contextes fermés au sein des
maisons VII et VIII nouvellement dégagées
contenaient des scellés mentionnant divers
prêtres, ce qui signifie peut-être que ces
maisons de service changeaient de proprié-
taires régulièrement.
L’analyse des revers des scellés révèle
que 66 % étaient apposés sur une porte ou
Fig. 3 Scellé mentionnant un coffre. Dans 68 % de ces cas, des titres
la quatrième phylé et le nom
de wȝḥ-jb-rʿ (pharaon Psammétique Ier
de prêtres sont mentionnés. On appliquait
ou Apriès) (© cnrs-cfeetk / G. Pollin) sans doute ces scellés soit directement sur
la porte d’entrée de la maison, soit sur des
10. L’organisation du culte en quatre phylé fut changée en 237 av. J.-C. lorsque Ptolémée III Évergète
décida la création d’une cinquième phylé (décret de Canope) : A.M. Roth, Egyptian phyles in the Old
Kingdom. The Evolution of a System of Social Organization, 1991, p. 2-3 et p. 214. Seuls les prêtres d’un grade
peu important étaient semble-t-il organisés en phylé.
Fig. 4 Plan du quartier des prêtres et des magasins d’offrandes sur les rives est et sud du lac Sacré (© cnrs-cfeetk / A. Masson-Berghoff)
Sur les rives du lac : l’art de vivre des serviteurs des dieux de Karnak | 59
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coffres rangés à l’intérieur de l’habitation et contenant peut-être des affaires
personnelles du prêtre. 23 % des scellés ont été appliqués sur des rouleaux
de papyrus et 61 % d’entre eux ont livré des titres de prêtres. Un exemplaire
unique au nom du vizir Psamétik-méry-Neith qui vécut sous Amasis et dont le
pouvoir politique était limité à la Basse-Égypte 11, témoigne de la correspon-
dance entre les prêtres de Karnak et un membre éminent de la cour royale
qui vivait au nord du pays. Plus rares étaient les scellés appliqués sur des sacs
en tissu ou sur des conteneurs.
Le quartier à la Basse Époque : de la construction à l’abandon
Les vestiges du quartier à la Basse Époque sont suffisamment bien préservés
pour que nous puissions discuter de son organisation et de l’architecture
des bâtiments (fig. 4 et 5). Les maisons I à IX sont toutes construites perpen-
diculairement au rempart, bien qu’elles ne soient pas établies directement
contre lui : un petit couloir les en séparait, transformé plus tard en cuisine
ou en réserve. Même si elles sont construites les unes contre les autres, ce ne
sont pas des maisons mitoyennes, partageant des murs communs. Chacune
présente son propre plan et leur taille varie largement, de 58 m2 pour la
maison VIII à 176 m2 pour la maison III. Ces habitations s’adaptent à l’espace
laissé entre le rempart et le mur d’enceinte entourant un complexe à l’ouest.
Les maisons ont été bâties en briques crues et portent encore des traces
d’enduit blanc sur quelques murs. Les montants des portes étaient très souvent
en grès et généralement anépigraphes. Lorsque le quartier fut reconstruit à
la fin de la XXVe-début de la XXVIe dynastie, les maisons I et II conservèrent
ou remployèrent des éléments de porte inscrits des XXIe et XXIIe dynasties
qui appartenaient à la première phase du quartier. Ces deux maisons, plutôt
spacieuses, possédaient aussi un portique soutenu par une ou deux colonnes
en grès. Chaque habitation comportait un escalier en brique crue et en bois, ou
en grès, qui conduisait à une terrasse ou, peut-être, à un étage : les fondations
des maisons étaient suffisamment solides pour supporter ce dernier, mais rien
dans les fouilles ne permet de confirmer son existence.
La stratigraphie des maisons est assez complexe durant cette phase du
quartier 12. La fouille a révélé des niveaux d’occupation surtout datés de la
XXVIe dynastie. Mais il est vite devenu évident que les maisons n’avaient pas
toutes connu la même durée d’occupation. Le corps du logis de la maison VII,
11. A. Masson, « Scellé de la réserve incendiée du quartier des prêtres de Karnak : le vizir Psamétik-
Méry-Neith », CahKarn 12 (2007), p. 657-658.
12. A. Masson, « Le quartier des prêtres du temple de Karnak : rapport préliminaire de la fouille de la
maison VII, 2001-2003 », CahKarn 12 (2007), p. 593-655.
Sur les rives du lac : l’art de vivre des serviteurs des dieux de Karnak | 61
Fig. 5 Vue des nouvelles fouilles du quartier des prêtres (Zone 7), depuis l’ouest (© cnrs-cfeetk / A. Chéné)
par exemple, a été abandonné et transformé en dépotoir alors que son espace
arrière fut transformé en réserve et utilisé par l’occupant de la maison VI.
Puis un incendie détruisit les dernières maisons occupées et le quartier des
prêtres semble totalement abandonné pendant une longue période avant
que le secteur ne soit reconstruit. L’analyse de l’abondant matériel recueilli
permet de dater l’incendie de la transition entre les dynasties saïte et perse.
L’élément le plus récent qui soit bien daté pour cette phase du quartier est un
trésor constitué de lingots et de monnaies d’argent. Les monnaies proviennent
de la Grèce du Nord et peuvent être datées du début du ve siècle av. J.-C. 13.
Le contexte précis de cette découverte dans la maison V en 1970 n’est pas
connu, le trésor a pu être enfoui dans les décombres de cette maison alors
que le quartier était déjà à l’abandon.
13. A. Masson, « Interpréter le matériel grec et chypriote dans un contexte religieux et thébain :
l’exemple du quartier des prêtres de Karnak – des consommateurs égyptiens de produits grecs et
chypriotes », dans G. Gorre – A. Marangou (éd.), La présence grecque dans la vallée de Thèbes, 2016, p. 32-33,
fig. 11-12.
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Il serait sans doute imprudent d’attribuer à Cambyse, le roi perse qui
envahit l’Égypte en 526 av. J.-C., l’incendie qui ravagea le quartier des prêtres,
ou du moins certaines de ses maisons. Cambyse a fait l’objet de nombreux
témoignages hostiles souvent exagérés de la part des auteurs classiques 14.
On ne peut nier, néanmoins, que le quartier des prêtres subit un déclin, une
destruction (partielle) et un hiatus substantiel sous la domination perse, alors
même que les postes les plus importants de la prêtrise thébaine, à savoir
celui de premier prophète d’Amon et de divine adoratrice, semblent avoir
été supprimés 15. Dès lors, il n’est pas si surprenant que les maisons de prêtres
connaissent un tel destin à l’époque perse, un destin semble-t-il partagé avec
d’autres annexes de temples à la même période 16.
Pureté rituelle, usages cultuels et aspects plus pratiques
du quotidien d’un prêtre
Une rue de 3 à 4 m de large, en terre battue, séparait la zone résidentielle et
un grand complexe situé sur la rive sud. Elle descendait en pente douce vers le
lac Sacré. La proximité de ce lac devait être primordiale puisque les prêtres y
faisaient leurs purifications quotidiennes. Hérodote a rapporté que les prêtres
devaient se laver deux fois par jour et deux fois par nuit à l’eau froide 17 et une
inscription ptolémaïque du temple d’Edfou presse le prêtre de se purifier
« dans le lac de son domaine », c’est-à-dire le lac sacré du sanctuaire 18.
Des installations et du matériel au caractère cultuel plus ou moins avéré
ont été découverts, notamment dans la cour ou la pièce d’entrée des mai-
sons. La cour de la maison I a ainsi fourni un ensemble témoignant de pra-
tiques cultuelles au sein de la maison (fig. 6) : une stèle datée de la fin de la
XXVe-début de la XXVIe dynastie représentant la déesse Amonet adorée par
un prêtre, un bassin en pierre et plusieurs objets en bronze – un brasero, un
sceau et peut-être un élément d’encensoir. Ces derniers ont probablement
été utilisés pour des rituels, peut-être de purification par l’encens et l’eau 19.
Des bassins ont été découverts dans toutes les maisons et des centaines
14. G. Burkard, « Literarische Tradition und historische Realität. Die persische Eroberung Ägyptens am
Beispiel Elephantine », ZÄS 121 (1994), p. 93-105 ; ibid., « Literarische Tradition und historische Realität:
Die persische Eroberung Ägyptens am Beispiel Elephantine », ZÄS 122 (1995), p. 31-37.
15. M.L. Bierbrier, « Hoherpriester des Amun », LÄ II, 1248.
16. Par exemple, la bibliothèque et la Maison de vie à Éléphantine, peut-être aussi son quartier admi-
nistratif, auraient été détruits ou fermés à la fin de la xxvie dynastie : G. Burkard, ZÄS 122 (1995), p. 35.
17. Hérodote, Histoires, II, 37, 6-14.
18. L. Coulon, « Les sièges de prêtre d’époque tardive », RdE 57 (2006), p. 17-18.
19. Sur les rituels au sein des maisons : A. Stevens, Private Religion at Amarna: the material evidence, 2006,
p. 271-281.
Sur les rives du lac : l’art de vivre des serviteurs des dieux de Karnak | 63
Fig. 6 Installations et objets rituels découverts in situ au fond de la cour d’entrée de la maison I,
depuis le sud-ouest (© cnrs-cfeetk / A. Bellod)
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de coupes à encens en céramique ont été mises au jour dans le quartier.
Mais leur utilisation ne relevait sans doute pas uniquement du domaine
rituel. Preuve en est, seule une faible proportion des coupes à encens portait
des traces de feu.
Le devoir de pureté qui incombait aux prêtres ne signifie pas qu’ils
menaient une vie ascétique. Ils vivaient assez confortablement dans ces mai-
sons : la fouille a fourni de nombreux objets raffinés 20, tels un hippopotame
en grès peint, des alabastra en calcite et des gourdes du Nouvel An en faïence.
Nombreuses étaient les amulettes telles que les yeux-oudjat et les perles, par-
fois en or (fig. 7a) ou en pierre semi-précieuse. On peut notamment évoquer
une améthyste brute et percée que le porteur a dû régulièrement toucher
puisque le pendant présente de fortes traces d’usure sur tout un côté, désor-
mais complètement poli (fig.7b). D’autres découvertes notables incluent des
cuillères d’offrande, dont un bel ensemble en os dans un style archaïsant
du Nouvel Empire. Des importations ont été régulièrement découvertes,
bien que dans une proportion assez faible. Le vin, l’huile et les autres pro-
duits qu’ils contenaient sont généralement considérés comme des produits
prisés. Ils étaient d’origines diverses avec des amphores du Levant et d’autres
importations grecques et chypriotes 21.
Fig. 7 a Pendant en forme de grenade Fig. 7 b Améthyste brute
en or et son attache en bronze montée en perle
(© cnrs-cfeetk / G. Bancel) (© cnrs-cfeetk / G. Bancel)
D’autres témoignages matériels plus humbles, peut-être plus touchants, de
la vie quotidienne des occupants ont été recueillis dans les maisons récemment
fouillées. Par exemple, une anse de jarre en céramique a été retravaillée de
manière à prendre la forme d’un sceau. Quelqu’un a commencé à graver
maladroitement le nom d’Amon et l’a abandonné sur le sol de la maison VII,
près d’un sceau cassé en faïence, inscrit au nom d’« Amon, maître de
20. Nombre des objets mentionnés ici ont été publiés dans : A. Masson, « Le quartier des prêtres du
temple de Karnak : rapport préliminaire de la fouille de la maison VII, 2001-2003 », CahKarn 12 (2007),
pl. XXVII-XXX.
21. Ibid., pl. XXIII nos 1 et 3.
Sur les rives du lac : l’art de vivre des serviteurs des dieux de Karnak | 65
l’Ennéade » 22, tandis que quatre rondelles de céramique trouvées côte à côte
sur un sol de la maison VIII formaient peut-être les vestiges d’un jeu d’agilité,
de type « osselets » 23.
Une large partie du matériel et de l’équipement découverts au sein des
maisons dénotent l’aspect résidentiel de ce quartier. Les maisons avaient une
cuisine souvent équipée d’un four à pain et du matériel lithique associé à
des activités culinaires – tels des meules, broyons et surfaces de travail – a
été mis au jour à toutes les phases du quartier. L’une des catégories de vais-
selle les plus communes est associée à la production de pains, on recense
en particulier des plats-dokka, mais aussi des petits moules pour former des
pains coniques 24. Le bord de ces derniers et parfois leur base présentent un
décor digité. Ces moules à pain décorés ne trouvent pas de parallèles précis
en Égypte, surtout à la Basse Époque quand l’usage de moules à pain dans
les temples a presque totalement disparu. Ils illustrent peut-être un certain
conservatisme de la part des prêtres thébains. La céramique de nature domes-
tique était également abondante. Elle comprend notamment des jarres de
plus ou moins grandes contenances, des pots de cuisson portant encore des
traces de feu, ou encore de la vaisselle de table parfois élégante, tels deux
gobelets mis au jour sur un sol de la maison VII toujours en place sur leur
base annulaire (fig. 8). Mais de quoi exactement se sustentaient les prêtres
vivant dans ces maisons ?
Fig. 8 Gobelets
découverts sur leur
support sur un niveau
de sol de la maison VII
(© cnrs-cfeetk /
A. Masson-Berghoff)
22. Ibid., pl. X nos 10-11. Il ne s’agit pas d’un sceau privé d’un prêtre, mais plutôt d’un sceau de fonction.
23. A. Masson, « Domestic and Cultic Vessels from the Priests’ Quarter in Karnak: The Fine Line between
the Profane and the Sacred », dans B. Bader – M. Ownby (éd.), Functional Aspects of Egyptian Ceramics in
their Archaeological Context (OLA 217), 2013, p. 152, pl. 4.e.
24. A. Masson, op. cit., p. 144-145, pl. 2b.
66 | BSFE 200
Dans l’assiette du prêtre
Le régime alimentaire des prêtres a été commenté par divers auteurs grecs
et romains 25. L’analyse des ossements et des graines recueillis en abondance
grâce au tamisage intensif était l’occasion de se prononcer sur la pertinence
de ces témoignages anciens. Cette étude, dont nous ne présentons ici qu’un
extrait fort limité, a été réalisée par l’archéozoologue Louis Chaix et l’archéo-
botaniste Claire Newton.
Hérodote a remarqué que l’on fournissait « une grande abondance de
viandes de bœufs et d’oies » à chaque prêtre, chaque jour 26. Les ossements
identifiés les plus fréquents appartiennent effectivement à des bœufs et ce
durant toutes les phases du quartier. À la Basse Époque, la prédominance du
bétail est assez impressionnante, représentant 90 % du poids total des osse-
ments. Louis Chaix a identifié principalement des jeunes adultes, ce qui est
typique d'un élevage de boucherie. Les ossements de caprinés étaient éga-
lement fort abondants. Hérodote ne les mentionne pas dans l’alimentation des
prêtres, mais dans un autre passage, il explique que dans le temple d’Amon à
Thèbes on ne sacrifie pas de moutons mais des chèvres 27. La distinction entre
mouton et chèvre est difficile à faire, car elle ne dépend que de quelques os
particuliers. Néanmoins, lorsqu’il était possible de les différencier, il s’agissait à
chaque fois de chèvres. Enfin, des ossements d’oies étaient présents, mais dans
une très petite proportion. Louis Chaix a pu déterminer qu’il s’agissait d’oies
domestiques énormes. Des témoignages épigraphiques et iconographiques
attestent que des oiseaux, et notamment des oies, étaient élevés dans le sanc-
tuaire d’Amon dès le Nouvel Empire. Une stèle mentionne par exemple que
Séthi II a construit une volière remplie d’oiseaux de toutes sortes pour les
offrandes divines. Elle a été découverte au sud du lac Sacré où certains spé-
cialistes, tels Herbert Ricke 28, restituent la volière. Bœuf, chèvre et oie corres-
pondent aux animaux les plus souvent sacrifiés dans les temples. Or, toujours
d’après Hérodote, le personnel du temple se servait sur les reliefs du sacrifice 29.
Les restes de poisson et de porc sont très rares, alors que sur d’autres
sites contemporains ils sont régulièrement trouvés. Les auteurs anciens de
la période romaine, tel Sextus Empiricus (vers 160-210 apr. J.-C.) 30, ont men-
25. Témoignages anciens notamment compilés dans W.J. Darby – P. Ghalioungui – L. Grivetti, Food: the
gift of Osiris, vol. 1 et 2, 1977.
26. Hérodote, Histoires, II, 37.
27. « Tous ceux qui ont fondé le temple de Zeus Thébain, ou qui sont du nome de Thèbes, n’immolent
point de moutons, et ne sacrifient que des chèvres » (Hérodote, Histoires, II, 42).
28. H. Ricke, « Der Geflügelhof des Amon in Karnak », ZÄS 73 (1937), p. 124-128.
29. Hérodote, Histoires, II, 40.
30. « Un prêtre égyptien préférerait la mort plutôt que de manger de la chair de porc » (Sextus
Empiricus, 3, 223).
Sur les rives du lac : l’art de vivre des serviteurs des dieux de Karnak | 67
tionné l’extrême aversion des prêtres pour le porc, considéré comme impur.
Et pour le poisson, il était considéré comme un tabou religieux absolu sous
la XXVe dynastie 31. Porcs et poissons étaient donc probablement impropres
à la consommation pour les prêtres qui se devaient de rester purs le temps
de leur service cultuel.
Les graines les plus communément identifiées lors de nos fouilles sont
le blé et l’orge, à l’origine du pain et de la bière dans l’Égypte ancienne.
Les céréales ont pu être utilisées pour préparer des bouillies, comme le
montre la découverte de groupes de grains de céréales concassés, agglomérés.
Mais la majorité des céréales a dû servir à la confection de pains. Des légumi-
neuses et des fruits – tels que dattes, pastèques et raisins – complétaient le
régime « végétal » des habitants du quartier des prêtres.
Parmi les avantages des prêtres, Hérodote explique que l’« on cuit pour
eux des pains-σιτíα sacrés 32 ». On pense généralement que les pains consacrés
aux dieux étaient, par la suite, mangés par le personnel du temple. Mais ceux
qui bénéficiaient d’un logement dans le quartier des prêtres recevaient plutôt
des matériaux bruts pour le pain. Comme nous l’avons vu, les maisons étaient
dotées de l’équipement indispensable à leur fabrication : meules et broyeurs,
plats et moules à pain ainsi que structures pour la cuisson. Claire Newton
a pu observer que les céréales n’étaient pas fournies à l’état de grains nus,
mais avec leur enveloppe. Chaque épi est constitué d’une vingtaine d’épillets
contenant chacun trois ou quatre grains ; chaque grain est protégé par plu-
sieurs enveloppes dures qui forment la balle. Il était donc nécessaire de
séparer le grain de la balle à l’intérieur du temple. Cette situation rappelle par
exemple celle du village des ouvriers à Amarna : les travailleurs recevaient
leur ration en denrées brutes non transformées 33. Toutefois, les capacités de
stockage pour les graines étaient très réduites dans les maisons des prêtres,
ce qui indique une dépendance vis-à-vis des magasins de stockage du temple.
Les magasins d’offrandes divines sur la rive sud du lac Sacré
Les offrandes divines étaient préparées, stockées et consacrées dans divers
magasins de Karnak 34. L’un d’eux est situé sur la rive sud du lac Sacré, il s’agit
des « magasins de Psammouthis » (fig. 4), un des rares monuments connus
31. « Il ne leur est pas permis de manger du poisson » (Hérodote, Histoires, II, 37).
32. Hérodote, Histoires, II, 37.
33. D. Samuel, « Bread making and social interactions at the Amarna Workmen’s Village, Egypt », World
Archaeology 31 (1999), p. 121-144.
34. Cl. Traunecker, « Les “Temples hauts” de Basse Époque : un aspect du fonctionnement économique
des temples », RdE 38 (1987), p. 147-162.
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dans cette zone du sanctuaire en grande partie inexplorée. Psammouthis, dont
le nom apparaît dans les magasins, a eu un règne fort bref au début du ive siècle
av. J.-C. (en 393 av. J.-C.). Aussi a-t-il été suggéré que ces magasins avaient été
construits par son prédécesseur Néphéritès Ier 35 ou que Psammouthis avait
juste rénové un bâtiment de nature similaire 36.
Or, les nouvelles recherches ont permis de restituer un grand complexe
similaire à celui de Psammouthis juste aux abords du quartier des prêtres.
Comme ce secteur, il a traversé plusieurs phases architecturales. C’est lors
de la phase XXVe-XXVIe dynastie qu’il est le mieux connu et que ses relations
avec le quartier des prêtres apparaissent clairement (fig. 4) 37. Toute la limite
ouest et ses retours au nord et au sud ont été déterminés lors des anciennes
et nouvelles fouilles du quartier des prêtres. Le prolongement de ces retours
coïncide avec les limites nord et sud des magasins de Psammouthis. Des élé-
ments de colonnes, de portes et de chapelles ont pu être replacés sur son
plan, rendant la comparaison avec les magasins de Psammouthis encore plus
pertinente.
Parmi ces éléments, la chapelle de Chabataka située à l’arrière du
complexe était connue de Champollion et de Lepsius, mais on avait perdu
sa trace depuis le xixe siècle 38. Elle a été débarrassée des remblais modernes
qui s’y étaient accumulés et a été restaurée (fig. 9) ; elle réutilise des blocs
d’époque ramesside. À l’avant du complexe, non loin des vestiges d’un
portique à colonnes, des blocs au nom de Chabaka étaient eux remployés
comme éléments de porte 39. Enfin, les jambages de porte au nom d’Amasis
mis au jour lors des fouilles du quartier des prêtres en 1970 n’avaient jamais
été documentés. Leur état de préservation médiocre avait nécessité de les
couvrir de tissu et de paraloïd. Leur récente restauration permet désormais
d’observer que les noms d’Amasis dans les cartouches remplacent les noms
d’un autre pharaon, malheureusement totalement effacés 40.
En raison du parallèle évident entre les deux complexes, la nature et la fonc-
tion du complexe oriental étaient sans doute proches de celles des magasins
35. Cl. Traunecker, « Essai sur l’histoire de la XXIXe dynastie », BIFAO 79 (1979), p. 423.
36. H. Ricke, op. cit., p. 130. Parmi les indices en faveur de cet argument, une inscription sur une porte
des magasins associée au nom de Psammouthis dit que « ce qui était détérioré a été refait pour l’éter-
nité », et, le cartouche de Psammétique – regravé au nom d’Amon-Ré – est lisible sur un abaque,
retrouvé dans la cour centrale (ibid., p. 130 et 149).
37. A. Masson, « Offering Magazines on the Southern Bank of the Sacred Lake in Karnak: The Oriental
Complex of the 25th – 26th Dynasty », dans E. Pischikova – J. Budka – K. Griffin (éd.), Thebes in the First
Millennium BC, 2014, p. 587-602.
38. Une publication de la chapelle par l’auteur et Frédéric Payraudeau est en préparation.
39. A. Masson, op. cit., p. 591-592, fig. 30-2.
40. Ibid., p. 592-593, fig. 30-3.
Sur les rives du lac : l’art de vivre des serviteurs des dieux de Karnak | 69
d’offrandes de Psammouthis. La fouille partielle de l’angle sud-est du complexe
a fourni des éléments supportant cette assertion : on y a en effet découvert
deux états de batterie de fours à pain et plusieurs grains de blé et d’orge
attestant que le pain, l’une des offrandes les plus élémentaires dans un temple
égyptien, était préparé dans ce complexe.
Relations entre les secteurs économique et résidentiel
Aucune porte n’existait entre le quartier des prêtres et le complexe oriental :
le mur est du complexe (M53) est plein. Cependant, une grande circulation
existait à l’arrière des magasins dans leur état XXVe-XXVIe dynastie, permet-
tant probablement un accès au puits et à certaines des offrandes consacrées
en leur sein. Les produits bruts ou non provenant des magasins étaient sans
doute apportés dans les espaces de cuisine aménagés à l’arrière des maisons
afin d’être préparés pour le repas des prêtres.
À la jonction entre le quartier résidentiel et l’accès au secteur écono-
mique, les nouvelles fouilles ont mis au jour non pas une maison, mais un
ensemble de structures probablement à ciel ouvert. Cet ensemble que nous
avons dénommé « la Place » présente deux espaces dallés en pierre et un four
en briques crues dont le dégagement a fourni des graines et des os calcinés
(fig. 4 et 5). Plusieurs fragments de plats à pain et une meule ont été recueillis
sur le niveau de sol associé au four. Cet espace a donc été utilisé pour des
activités culinaires. Dans la mesure où les maisons des prêtres étaient, on l’a
dit, bien équipées pour la cuisine, cette « Place » a peut-être servi à élaborer
des repas communaux de personnel du temple, pour des artisans travaillant
à proximité ou des prêtres ne bénéficiant pas d’une maison de service.
Conclusion
Pour clore cette présentation, je dirai que l’examen de ces maisons de
prêtres – leur équipement, leur place dans l’ensemble des annexes du sanc-
tuaire et leur évolution au cours du premier millénaire avant notre ère –
permet véritablement d’apprécier les conditions de vie des desservants du
culte et leurs relations avec les espaces voisins, en particulier avec les maga-
sins d’offrandes. Les divers secteurs économiques, résidentiels et probable-
ment administratifs et artisanaux qu’abritaient les rives est et sud du lac Sacré
offrent un témoignage unique et tout à fait éloquent de la vie quotidienne au
sein du temple d’Amon de Karnak. L’examen archéologique de tels ensembles
apporte un regard complémentaire aux nombreux écrits anciens relatifs aux
prêtres égyptiens et à l’histoire du sanctuaire d’Amon lui-même.
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English Abstract
The Priests’Quarter is a housing quarter located within
the sanctuary of Amun in Karnak, to the east of the
Sacred Lake. For almost all of the first millennium BC, it
was occupied by priests performing their cultic service.
The history and evolution of this quarter, as well
as the identity, material culture, daily life and diet
of its inhabitants, have been established through
multidisciplinary collaboration during excavation and
postexcavation studies. This paper examines its early
phases, during the Third Intermediate and Late periods,
and explores how this settlement fits into the larger
context of the temple, particularly its direct religious and
architectural environment on the southern bank on the
Sacred Lake.
Fig. 9 Vue de la chapelle de Chabataka, depuis
le nord-ouest, après nettoyage et restauration
(© cnrs-cfeetk / J.-Fr. Gout)