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Ouverture et vulnérabilité de l’économie marocaine face aux chocs extérieurs, le cas des chocs des prix des produits pétroliers Sara Zouiri, Jaouad Laamire et Zakaria El Faiz Chapitre du live Overture, productivité et croissance économique au Maroc , Édité par Chatri Abdellatif, Publié par Laboratoire d’Economie Appliquée (Mohammed V Univ.) & Policy Center for the New South, ISBN (WEB) : 978-9920-37-593-1 Citer ce document : Zouiri, S. Laamire, J. & El Faiz, Z. (2019). Ouverture et vulnérabilité de l’économie marocaine face aux chocs extérieurs, le cas des chocs des prix des produits pétroliers. In A. Chatri (éd). Ouverture, productivité et croissance économique au Maroc. Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for the New South. Rabat Lien vers l'article : http://www.labeamse.com/2019/04/OPCM11.html Copyright © 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée, Policy Center for the New South & CNRST. Tous les droits sont réservés. CHAPITRE 11 OUVERTURE ET VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE FACE AUX CHOCS EXTÉRIEURS, LE CAS DES CHOCS DES PRIX DES PRODUITS PÉTROLIERS* Sara Zouiri, Jaouad Laamire, Zakaria El Faiz Laboratoire d’Économie Appliquée, Université Mohammed V de Rabat E-mail de correspondance : sara.zouiri@gmail.com. Résumé : L’objectif de ce papier est d’étudier les répercussions d’un choc et d’un contre-choc des prix des produits pétroliers sur l’économie marocaine. Pour ce faire, deux simulations d’aug- mentation et de diminution de 80% des prix des produits pétroliers ont été réalisées moyennant un modèle d’équilibre général calculable. Les résultats des simulations sur la base de la MCS-2016 montrent que la hausse des prix des produits pétroliers a un impact négatif sur l’ensemble des agrégats macroéconomiques et sectoriels, et plus particulièrement sur les branches d’activité à forte intensité de pétrole, alors que la diminution n’a pas d’effets sur la croissance du PIB mais plutôt sur la demande et le pouvoir d’achat des ménages, ce qui met en évidence l’asymétrie des chocs des prix des produits pétroliers sur l’activité économique au Maroc. Mots clés : Mots clés : Choc pétrolier, Produits pétroliers, Mécanismes de transmission, Asymé- trie des réponses, Modèle d’Équilibre Général Calculable. Abstract : This paper aims to assess the repercussions of both a shock and a counter-shock of pe- troleum product prices on the Moroccan economy. For this purpose, two simulations were carried out to simulate an 80% increase and decrease of petroleum product prices using a computable general equilibrium model. The results of these simulations, based on the SAM-2016, indicate *Les auteurs remercient les professeurs Tounsi Said, El Abbassi Idriss, Oulhaj Lahcen et Frej Dris pour leur encadrement d’une version antérieure de ce travail. Nous remercions également monsieur Ayache Khellaf, Oumansour Noureddine, Traore Fousseini, Jamaê Hakim et Essahbi Essaadi ainsi que les deux rapporteurs anonymes pour leurs suggestions et commentaires. Toutes les erreurs et omissions sont entièrement de notre responsabilité. Ouverture, productivité et croissance économique au Maroc, Éd. Chatri Abdellatif. 185 Copyright c 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for the New South. 186 OUVERTURE ET VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE FACE AUX CHOCS EXTÉRIEURS that the rise in oil prices has a negative impact on all macroeconomic and sectoral aggregates, and more particularly on the oil-intensive industries, while the decline has no impact on GDP growth at all, but rather on household demand and purchasing power, highlighting the asymmetry in oil price shocks on the Moroccan economy. Keywords : Oil shocks, Petroleum products, Transmission mechanisms, asymmetric responses, Computable General Equilibrium Model. JEL Classification : Q4, Q41, Q43, R13, C68 11.1 Introduction Après les chocs pétroliers des années 70, le marché mondial de l’énergie a été bou- leversé par de fortes turbulences, causées principalement par l’instabilité de l’offre et de la demande internationale due à plusieurs causes dont principalement les problèmes po- litiques. La croissance démographique, l’industrialisation et le développement de la tech- nologie dans les pays développés ont produit une forte augmentation de la demande du pétrole, alors que l’offre est presque contrôlée par les pays du Moyen-Orient avec la pro- duction de près des 2/3 de l’offre mondiale, et qui s’organise dans le cartel "L’organisation des Pays Exportateurs du Pétrole" (OPEP). L’émergence de plusieurs économies notamment la Chine, le Brésil et l’Inde, et la dif- ficulté de transformer la technologie de production utilisée par d’autres qui sont moins intensives en énergie, implique que la demande en énergie est en augmentation continue. Du côté de l’offre, l’augmentation de la capacité de production du pétrole brut est souvent freinée par le coût élevé des nouveaux investissements, de telle façon que pour certains pays, la capacité maximale de production reste inchangée pendant plus qu’une décennie. Historiquement, un choc pétrolier peut être dû principalement aux chocs d’offre expli- qués principalement par des crises politiques, comme la révolution Iranienne de 1979 et la guerre entre Iran et Irak, par une baisse volontaire de l’offre des pays exportateurs ou à une augmentation non anticipée de la demande des pays consommateurs. De ce fait, ces chocs ont donc une forte influence sur la conjoncture économique internationale. Les pays en développement qui se caractérisent par une fragilité et une grande vul- nérabilité aux chocs externes, sont confrontés à plusieurs difficultés. Les chocs pétroliers pourraient augmenter les prix des intrants et ralentir la croissance économique des pays dont leur besoin en pétrole est fourni principalement par le marché mondial. Le Maroc, en tant qu’un pays importateur du pétrole, subit largement les effets de la variation de ses prix. Sa forte dépendance au marché mondial pour la couverture de ses besoins en matière de base accompagnée de son besoin de l’énergie pour garantir la croissance économique et renforcer son tissu industriel, accentue sa vulnérabilité face à la conjoncture extérieure. Une situation qui pèse lourdement sur la balance commerciale avec une facture énergé- tique qui est passée de 19,1 milliards de dirhams en 2002 à 106,6 milliards DH en 2012. Cette augmentation de la facture énergétique est due principalement à la hausse du prix du pétrole qui est passé de 28 dollars le baril en 2000 à 109 dollars le baril en 2013. Ainsi les parts des importations en énergie et lubrifiants dans les importations totales ont évolué pour passer de 17.7% en 2000 à 23.9% en 2014. L’objectif de ce papier est d’étudier les répercussions d’un choc et d’un contre-choc des prix des produits pétroliers. Pour ce faire deux simulations ont été réalisées en utilisant un modèle d’équilibre général calculable. La première simulation porte sur une augmentation REVUE DE LA LITTÉRATURE 187 des prix des produits pétroliers de 80%, et la deuxième simulation porte sur une diminution du même pourcentage. À travers ces simulations, on va également étudier l’asymétrie des chocs qui peut exister. Le papier est organisé comme suit, dans un premier temps une revue de littérature sera développée, le deuxième titre sera consacré à l’illustration des principales caractéristiques de la situation énergétique au Maroc. La troisième section présentera la méthodologie adoptée et les principaux résultats du papier. 11.2 Revue de la littérature Un ensemble de papiers a exploré et évalué l’impact des variations des prix du pé- trole sur l’activité économique. La littérature théorique identifie quatre principaux canaux de transmission des chocs des prix de pétrole à l’activité économique (Cf. figure 1). Pre- mièrement, l’augmentation des prix de pétrole peut produire une augmentation du coût de production suite à l’augmentation du coût marginal de production. Par conséquent, la croissance de la production totale de l’économie et la productivité des facteurs diminuent (le canal du coût de production) (BARSKY & K ILIAN, 2004 ; H AMILTON, 1996, 2008 ; M ORK, 1989 ; TANG, W U & Z HANG, 2010). Deuxièmement, la hausse du prix de pétrole peut se traduire par des tensions inflationnistes suite à l’augmentation du coût de produc- tion, ainsi, les ménages revendiquent une augmentation des salaires pour préserver leur pouvoir d’achat, et pour maintenir leurs marges de profits, les producteurs tendent à aug- menter les prix de vente, d’où une boucle prix-salaire. La banque centrale augmente son taux d’intérêt comme une réponse à ces tensions inflationnistes, d’où une diminution de l’investissement, ce qui fait baisser la production à long terme (H AMILTON & H ERRERA, 2004 ; K ILIAN, 2009 ; L EDUC & S ILL, 2004 ; ROTEMBERG & W OODFORD, 1996). Le troisième canal est celui du transfert de richesse, qui explique le mécanisme de transfert des revenus des économies importatrices aux économies exportatrices de pétrole après un choc de son prix à travers la diminution de la demande dans les économies importatrices de pétrole, et son augmentation pour les pays exportateurs. Finalement, la diminution de la rémunération des facteurs (canal de production) augmente le chômage et diminue le revenu des ménages, ce qui pousse les agents à réduire leur demande finale (canal de la demande) 1 . D’un autre côté, la littérature empirique s’est intéressée aussi à l’étude de la (a)symétrie dans la transmission des chocs et des contre-chocs des prix de pétrole à l’activité écono- mique. Cette asymétrie peut être expliquée par les coûts d’ajustement liés aux effets de réallocation des ressources des secteurs à forte intensité énergétique vers les secteurs à faible intensité énergétique ; et les effets de l’incertitude sur les dépenses en biens durables et l’investissement public où la forte variation des prix de pétrole augmente le degré d’in- certitude des agents, et conduit à une contraction de leurs dépenses en biens durables. Par conséquent, la hausse des prix du pétrole entraîne une baisse immédiate de la demande, alors que leur baisse ne déclenche pas le même degré d’impact sur la demande (A BIONA, 2014 ; H AMILTON, 2003 ; M ORK, 1989 ; M ORY, 1993). 1. Pour une revue plus complète, voir B ROWN et Y ÜCEL (2002) et Z OUIRI (2016). 188 OUVERTURE ET VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE FACE AUX CHOCS EXTÉRIEURS Figure 1 : Mécanisme de transmission du choc du prix de pétrole Source : Tang et Al. 2010 11.3 Faits stylisés À partir de l’année 2000, les prix de pétrole ont évolué d’une manière non anticipée. La forte croissance des économies américaine et chinoise qui sont devenues de plus en plus des économies « gourmandes » en énergie d’un côté, et d’un autre côté, les turbulences politiques internationales, les événements du 11 septembre, la guerre de l’Irak, le conflit Ukraino-Russe aux révolutions arabes ont entrainé des tensions sur la demande et l’offre du pétrole ainsi qu’une grande incertitude sur ses prix (Cf. Figure 2 et 3). Figure 2 : Évolution de la production, Figure 3 : Évolution de la croissance consommation et prix du pétrole mondiale et des prix de pétrole 120000 120,00 120,00 7,00% 6,00% 100000 100,00 100,00 5,00% 4,00% 80000 80,00 80,00 Thousand barrels daily US dollars per barrel 3,00% 60000 60,00 60,00 2,00% 1,00% 40000 40,00 40,00 0,00% -1,00% 20000 20,00 20,00 -2,00% - 0,00 0,00 -3,00% 1965 1967 1969 1971 1973 1975 1977 1979 1981 1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 1965 1967 1969 1971 1973 1975 1977 1979 1981 1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 Oil Poduction Oil Consumption Crude Oil Prices (Right axis) Crude Oil Prices (Right axis) World GDP Growth (%) Source : Pour les prix de pétrole BP Statistical Review of World Energy June 2017, pour le taux de croissance mondiale WDI Comme résultats de ces évènements, plusieurs chocs pétroliers ont affecté les écono- mies importatrices et exportatrices du pétrole. L’impact de ces chocs varie d’un pays à un autre, selon la structure économique, l’intensité énergétique, le degré de dépendance aux marchés internationaux d’énergie et la situation macroéconomique du pays. FAITS STYLISÉS 189 Équilibres macroéconomiques et facture énergétique Étant un pays qui importe près de 98% de ses besoins en pétrole, l’économie marocaine subit largement les effets des variations des cours internationaux de ce produit de base. Pour atténuer ces effets, le Maroc a instauré un système de subvention dont l’objectif est la régularisation de l’approvisionnement du marché des produits de base et la protection du pouvoir d’achat des consommateurs. Mais avec la dégradation des équilibres macroé- conomiques depuis la crise internationale de 2007, le gouvernement a procédé, à partir de 2013, à la décompensation de plusieurs produits, dont principalement les produits pétro- liers 2 . Selon le ministère de l’énergie, la facture énergétique est passée de 19,1 milliards de dirhams en 2002 à 106,6 milliards DH en 2012 en raison de la hausse qu’ont connu les cours du pétrole qui sont passés de 28 dollars le baril en 2000 à 111 dollar le baril en 2012 avant de se stabiliser (la facture énergétique) à 54,4 milliards DH en 2016 3 avec la baisse des prix de pétrole qui sont passés à 43 dollars le baril 4 . La hausse de la facture énergétique a eu un double effet, à la fois sur le budget de l’État par le biais de la caisse de compensation et sur la balance commerciale. Avant 2015, suite à l’augmentation de la facture énergétique, les dépenses de subvention ont connu des hausses conséquentes 5 , durant la même période (avant 2015) le déficit budgétaire s’est élevé à 7.7% du PIB, alors que le déficit budgétaire hors compensation pour la même année était de 0.3% (Cf. figure 4). Sous l’effet de la baisse des subventions de la caisse de compensation 6 (Cf. figure 5), le déficit budgétaire hors privatisation devait atteindre 4.1% vers la fin de 2016. Figure 4 : Évolution du déficit budgétaire Figure 5 : Évolution de la charge de avec et hors compensation compensation (MMDH) 6,0% 25 60 4,0% 50 20 2,0% 40 0,0% 15 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 -2,0% 30 10 -4,0% 20 -6,0% 5 10 -8,0% 0 0 -10,0% 2012 2013 2014 2015 Compensation du gasoil Compensation du fuel N2 Solde budgétaire hors privatisation Compensation du supercarburant Compensation du fuel ONEE Charge de compensation totale (Echelle à droite) Solde budgétaire hors compensation Source : Tableau de bord des finances publiques, juin 2017, Ministère de l’Economie et des Finances D’un autre côté, l’augmentation des prix de pétrole a aggravé le déficit commercial du Maroc qui est passé, en moyenne, de 14.4% sur la période 2000-2007 à 22.1% sur la période 2008-2014. La facture énergétique représentait presque 26% du total des importa- tions en 2012 avant sa diminution graduelle pour atteindre 18% en 2015. Ceci est dû au 2. La décompensation des produits pétroliers a été entamée d’une manière graduelle à partir de 2013 (Cf. tableau 1 Subvention du pétrole au Maroc en annexe I) 3. Communiqué de Presse du 26 Juillet 2017, Ministère de l’Énergie. 4. Les données sur les prix du pétrole sont issues de la base de données BP Statistical Review of World Energy June 2017. 5. Les dépenses de compensation sont passées d’un milliard de dirham en 2003 à 48 milliard au titre de l’année 2012, dont la part des produits pétroliers représente 86% du montant total. 6. À partir du 1er juin 2016, la Caisse de compensation ne subventionne que le gaz butane (la mise à la consommation et le frais de transport) et le sucre (Caisse de compensation, 2016) 190 OUVERTURE ET VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE FACE AUX CHOCS EXTÉRIEURS repli du prix de pétrole brut et des produits pétroliers, ainsi qu’à la diminution des importa- tions du pétrole brut depuis la liquidation judiciaire de la SAMIR. Notant que les quantités des produits pétroliers ont enregistré une augmentation en volume (Cf. figure 6a et 6b). Figure 6a : Évolution des importations du Figure 6b : Évolution des importations des pétrole en volume et en valeur produits pétroliers en volume et en valeur 25 120 40 120 35 100 100 20 30 80 80 25 15 20 60 60 15 10 40 40 10 20 5 20 5 0 0 0 0 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 Pétrole brut (Valeur Milliard de DHS) Autres produits pétroliers (En millions de tonne) Pétrole brut (Poids en Million Tonne (x10) Axe secondaire) Autres produits pétroliers (En Milliards de DHS) Prix de pétrole (Axe secondaire) Prix de pétrole (Axe secondaire) Source : Établie sur la base des données de l’Office des Changes Degré de dépendance aux marchés internationaux d’énergie et raffinage au Maroc En général, la consommation de l’énergie au Maroc a évolué d’une manière comparable à celle des pays à revenu intermédiaire-tranche inférieure (Cf. figure 7). Par contre, en comparant l’utilisation de l’énergie au Maroc avec celle du Chili, considéré à partir de 2013 comme un pays à revenu élevé, de la Chine et celle des pays à revenu intermédiaire- tranche supérieure, la tendance haussière de l’utilisation de l’énergie au Maroc reste très faible par rapport à ces pays. L’augmentation de la consommation de l’énergie observée à partir de 2003 au Maroc est due principalement à l’amélioration du niveau de croissance qui est passé de 3% sur la période 1985-2000 à 4.15% sur la période 2000-2016 7 , marquée notamment par la montée des secteurs à forte intensité du pétrole comme le transport, les cimenteries, les sucreries ainsi que l’augmentation de la consommation finale des ménages. Pour répondre à ses besoins en énergie, le Maroc importe la quasi-totalité de ses besoins en pétrole. Entre 1990 et 2014, la production du pétrole 8 au Maroc est passée de 15 milles tep 9 à 5 milles tep, alors qu’il a importé sur cette période, en moyenne, près de 6 millions tep. Le Maroc dispose d’une seule raffinerie (La SAMIR 10 ), qui est en charge de la trans- formation des quantités produites et importées du pétrole brut en produits pétroliers dont principalement le naphta, le gaz de pétrole liquéfié, l’essence/diesel et le fioul. Le raffinage du pétrole permettait au Maroc d’exporter la totalité de sa production en naphta et une proportion moins élevée du fioul et de l’essence/diesel. En 2015, La SAMIR a suspendu partiellement sa production. Durant cette année, la production des produits pétroliers n’a pas dépassé 2.6 milles tep, alors que l’importation de l’essence/diesel est passée de 2.9 à 7. Calculé à partir du PIB à prix constant sur la base des données du World Economic Outlook October 2017 8. La production du pétrole représentait 1% de la production totale de l’énergie primaire en 1990, alors qu’en 2014, cette production ne représentait que 0.3%. 77% de la production de l’énergie primaire produite au Maroc est constitué par les Biomasses-déchets, alors que l’énergie solaire, éolienne et géothermie présente 0.9%. 9. TEP : Tonne d’équivalent pétrole. Les données sur les quantités produites, importées ou consommées sont issues de l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA). 10. À partir de 1996, l’État a commencé l’opération de la privatisation de la seule raffinerie marocaine, en 2015, le groupe Corral Petroleum Holding AB détient 67,27% des parts dans la société SAMIR. FAITS STYLISÉS 191 Figure 7 : Consommation de l’énergie (kg d’équivalent pétrole par habitant) 2500 2000 1500 1000 500 0 Morocco Chili China Lower middle income Upper middle income Tunisia Source : Données de la Banque Mondiale, IEA Statistics 4.1 tep entre 2015 et 2016. Après l’arrêt de l’activité de la SAMIR, le Maroc est devenu dépendant non pas seulement des prix de pétrole, mais aussi des prix des produits pétroliers à l’international. Demande des produits pétroliers et intensité énergétique À côté des fortes variations des prix de pétrole, la quasi dépendance au marché inter- national de l’énergie et le problème de raffinage, l a d emande d es p roduits p étroliers au Maroc n’a pas cessé d’accroitre (Cf. Figure 8). La consommation des produits pétroliers au Maroc s’est multipliée par six entre les années 1970 et 2014. Les deux produits les plus consommés sont l’essence/diesel dont près de 82% est utilisé par le secteur de transport, et le gaz de pétrole liquéfié consommé pour près de 87% par les ménages comme consom- mation finale. Par contre, la consommation du fioul, dont presque 60% est utilisée dans les centrales électriques et 40% dans l’industrie, n’a pas évolué d’une manière significative (Cf. Figure 9a, 9b et 9c en annexe I). Figure 8 : Structure de la consommation des produits pétroliers 14 000 12 000 10 000 Milliers de tonnes Milliers de tonnes 8 000 6 000 4 000 2 000 0 1971 1973 1975 1977 1979 1981 1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 Fioul Distillats moyens Carburants aviation Essence GPL** Autre** * La consommation comprend les bunkers internationaux. ** Le gaz de pétrole liquéfié (GPL) comprend le GPL, les liquides de gaz naturel, l’éthane et le naphta. Autre comprend également l’utilisation directe du pétrole brut et autres hydrocarbures Source : The International Energy Agency, Morocco 2014, Energy Policies Beyond IEA countries L’intensité énergétique, mesurée par le rapport de la consommation d’énergie au PIB en parité de pouvoir d’achat, était de 0,07 tep pour 1000$ 2011 en 2014, inférieure à la moyenne des pays à revenu intermédiaire. L’intensité énergétique au Maroc est restée re- lativement inchangée comparativement à son niveau de 1990, contrairement aux pays à 192 OUVERTURE ET VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE FACE AUX CHOCS EXTÉRIEURS revenu intermédiaire, la Chine et le Chili où on observe une diminution significative de l’intensité énergétique (Cf. figure 9). Une faible intensité énergétique indique que l’éco- nomie est efficace dans la façon dont elle utilise ses énergies, par contre, au Maroc, la faiblesse de l’intensité énergétique s’explique par d’autres facteurs comme la part du sec- teur des services dans le PIB qui s’élève à près de 55% en 2016 11 ou par le faible taux de motorisation des ménages (18% des ménages possèdent une voiture (C HAUFFOUR, 2018)). Figure 9 : Intensité énergétique de l’énergie primaire (TEP$ 2011 PPP GDP) 140 120 100 80 60 40 20 0 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 Morocco Portugal Chili China Upper middle income Lower middle income Source : Données de la Banque Mondiale, World Development Indicators Structure de l’économie marocaine et dépendance à la production de la branche raffinage D’après l’analyse des coefficients de la consommation intermédiaire, il ressort que les branches à forte intensité du pétrole sont le transport où sa consommation intermédiaire en produits pétroliers représente 42.15% de sa consommation intermédiaire totale, suivie par la Pêche et Aquaculture, l’industrie d’extraction et l’Administration Publique Générale (Cf. tableau 1 en annexe I). Dès lors, un choc des prix des produits pétroliers peut impacter di- rectement ces branches vu le niveau de leurs fortes dépendances en cet intrant. Cependant, les effets du choc sur les autres secteurs d’activité sont propagés à cause des interdépen- dances qui existent entre les différentes branches, ce qui impacte les agents économiques et l’activité économique dans son ensemble. 11.4 Modèle et Matrice de comptabilité sociale de 2016 Spécification du modèle Pour analyser l’impact du choc et du contre choc pétrolier sur l’économie marocaine, nous adoptons un modèle d’équilibre général calculable basé sur le modèle The Partnership for Economic Policy standard (PEP-1-1, modèle statique avec un seul pays). Ce modèle présente une structure néoclassique avec un ensemble de blocs d’équations qui décrivent le processus de production et de création de la valeur ajoutée, le comportement des ménages, la demande du gouvernement, l’importation et l’exportation, les conditions de marché pour 11. Banque Mondiale, World Development Indicators 2017. MODÈLE ET MATRICE DE COMPTABILITÉ SOCIALE-2016 193 les matières premières et le marché des facteurs de production. Les équations de l’offre et de la demande pour les firmes et les ménages découlent des programmes d’optimisation, dans lesquels les agents sont supposés être des preneurs de prix sur un marché concur- rentiel. Le modèle traite le secteur externe comme une seule région et considère le pays comme une petite économie ouverte. Les principales hypothèses du modèle sont 12 : - Les marchés opèrent dans un environnement de concurrence pure et parfaite où les agents optimisent leurs objectifs sous des contraintes spécifiques. De ce fait, l’équilibre est réalisé par l’ajustement des prix relatifs. Ces prix sont flexibles et déterminés par rapport à un numéraire qui est le taux de change nominal. - L’économie du pays est une petite économie ouverte qui n’exerce aucune influence sur les prix mondiaux (Price taker). Ce qui est le cas de l’économie marocaine vis-à-vis du reste du monde. - Le facteur travail est parfaitement mobile entre les secteurs de production, tandis que le facteur capital est spécifique à chaque branche. Les facteurs de production sont immobiles au niveau international. - Il existe une complémentarité parfaite à la Leontief entre la consommation intermé- diaire et la valeur ajoutée. Alors qu’il existe une imparfaite substituabilité entre les deux facteurs de production (capital et travail) d’où la modélisation de la technologie par une fonction à élasticité de substitution constante (CES). Le processus de production de chaque branche est représenté par la figure suivante : Figure 10 : Structure de la production - L’affectation de la production locale entre le marché domestique et le marché extérieur est réalisée sur la base des prix relatifs (modèle d’A RMINGTON (1969)). - Les ménages maximisent leur fonction d’utilité de type Stone-Geary représentée par un système linéaire de dépenses sous la contrainte budgétaire. Fermeture du modèle Le modèle est sensible à la spécification des variables endogènes et exogènes. En effet, l’équilibre doit être assuré sur l’ensemble des marchés ainsi que pour l’égalité épargne- investissement. Selon L ABORDE et T RAORÉ (2017), la fermeture néo-classique est la plus pertinente pour étudier les effets de la libéralisation sur le bien-être afin d’éviter les ac- croissements artificiels de bien être avec un afflux d’épargne étrangère dont les modèles statiques rendent difficilement compte des effets négatifs à long terme. Dans ce sens, et 12. Une documentation complète du modèle peut être trouvée dans D ECALUWE, L EMELIN, M AISONNAVE et ROBICHAUD (2009). 194 OUVERTURE ET VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE FACE AUX CHOCS EXTÉRIEURS pour analyser les effets de long terme des chocs des prix des produits pétroliers, nous avons exogénéisé le compte courant et les dépenses publiques alors que l’investissement total est resté endogène. Par contre, les variations de stock, qui peuvent prendre des valeurs négatives, sont considérées comme exogènes en volume dans le modèle vu qu’il est dif- ficile d’obtenir de manière satisfaisante des changements endogènes d’inventaire négatifs dans un modèle d’EGC. De même que pour les prix internationaux à l’exportation et à l’importation qui sont considérés comme exogène, cette condition découle de l’hypothèse du petit pays adoptée. Au niveau des facteurs de production, en adoptant l’hypothèse de la mobilité du facteur travail, la demande de travail est supposée comme endogène alors que l’offre de travail est fixe à sa valeur dans la matrice de comptabilité sociale. Du côté du facteur capital, sa demande est définie comme exogène vu qu’il est supposé spécifique pour chaque branche. D’un autre côté, le taux de change nominal est supposé fixe et il est choisi comme numéraire du modèle. D’autres variables sont supposées exogènes tel que la pente et la constante de l’épargne des ménages et des firmes ainsi que les taux marginaux des transferts des ménages ; l’impôt sur le revenu et le taux marginal d’imposition sur le revenu des firmes et des ménages ; le taux d’imposition sur les biens ; le taux d’imposition sur le capital ; le taux de taxes et de droits sur les importations ; le taux d’imposition sur la production ; et le taux d’imposition sur la rémunération des travailleurs. La matrice de comptabilité sociale de l’année 2016 (MCS-2016) Le choix de construire la matrice de comptabilité sociale de 2016 à partir des données disponibles sur le TRE est justifié par deux raisons : Premièrement la spécification de la problématique qui tourne autour de l’étude des ré- percussions d’un choc pétrolier sur l’économie marocaine doit être examinée dans une période ou la totalité des produits pétroliers écoulée dans le marché local est importée. Avec la liquidation judiciaire de la SAMIR en 2015, la production de la branche « raffi- nage de pétrole et autres produits d’énergie (RPE) » est nulle, et l’ensemble de l’offre de produits pétroliers provient des importations. La deuxième raison est d’ordre technique, où dans les publications du HCP des MCS à partir de 2013, le montant enregistré de l’excédent brut d’exploitation de la branche « raffinage de pétrole et autres produits d’énergie » est négatif (-1 267 MDH en 2013 et -307 MDH en 2015). Techniquement, le modèle ne peut pas produire un excédent brut négatif, ce qui bloque la résolution numérique du modèle. Cependant en 2016, l’EBE, ainsi que la production, la consommation intermédiaire et la valeur ajoutée sont nulles. La matrice de comptabilité sociale utilisée est celle de l’année 2016 13 . Les branches d’activités sont désagrégées en 10 sous-secteurs, qui produisent 10 produits (agriculture, sylviculture et chasse ; pêche et aquaculture ; industrie d’extraction ; autres industries ; raf- finage de pétrole et autres produits d’énergie ; bâtiment et travaux publics ; commerce et réparation ; transports ; autres services ; et administration publique 14 ). Les importations du pétrole brut sont enregistrées au niveau de la branche « industrie d’extraction (IEX)» alors que les importations des produits pétroliers sont enregistrées dans les importations de la branche « raffinage de pétrole et autres produits d’énergie (RPE)». En 2007, la produc- tion de la branche raffinage était de 28,2 milliards de Dirhams (en produits pétroliers), et près de 99% de sa consommation intermédiaire parvenait de la branche industrie d’extrac- 13. La matrice agrégée est présentée dans l’annexe I Cf. Tableau 3 Matrice agrégée 2016 en milliard de MAD 14. Le tableau 4 en annexe I montre les correspondances de la nomenclature adoptée avec celle du Système de la Comptabilité Nationale (SCN). RÉSULTATS EMPIRIQUES 195 tion 15 . En 2016, et suite à la liquidation judiciaire en 2015 de la SAMIR, la production, la consommation intermédiaire et la valeur ajoutée de la branche raffinage de pétrole sont nulles. Cela a impliqué la diminution des importations de la branche extraction et une aug- mentation de celles de la branche raffinage. Le tableau 2 (en annexe I) montre le degré de dépendance des autres secteurs de la branche RPE. Deux produits ne sont pas échangeables à savoir : le bâtiment et travaux publics et les services de l’administration publique. Il y a deux facteurs de production : le travail et le capital. Les secteurs institutionnels considérés sont les ménages, les firmes, le gouvernement et le reste du monde. Les taxes sont désa- grégées en taxes directes, taxes indirectes et taxes sur les importations. Finalement, nous avons le compte d’investissement et le compte de la variation des stocks. La construction de la MCS-2016 a été effectuée à partir de plusieurs sources, à savoir : le tableau ressources-emplois de l’année 2016 pour les comptes de production, consom- mation intermédiaire, valeur ajoutée, les marges de commerce et de transport, les taxes sur production, les taxes sur les produits et sur l’importation ainsi que la demande finale. La rémunération des ménages et le bloc des transferts sont construits selon la structure de la MCS-2013. Finalement, l’épargne est affectée aux agents économiques selon la structure du tableau des comptes économiques intégrés de 2015. 11.5 Résultats empiriques Pour évaluer les répercussions du choc et du contre-choc des prix des produits pétroliers, nous simulons deux scénarios de base. Dans un premier scénario (S01), nous avons mesuré l’impact d’une augmentation de 80% 16 des prix à l’international des produits pétroliers. Ensuite, pour évaluer la symétrie des chocs, nous avons réalisé une deuxième simulation (S02) portant sur la diminution des prix à l’international des produits pétroliers du même ordre (80%). Nous avons examiné l’impact de ces chocs sur l’offre, la demande, les revenus des agents et le secteur extérieur 17 . L’objectif dans cette étude, est de quantifier les réponses de l’économie marocaine suite aux chocs des prix des produits pétroliers, pour ce faire, nous avons choisi une variation de 80%. Ce choix découle des variations observées des prix de pétrole entre 2009 et 2012 qui est passée de 61111 le baril. Du côté de l’offre L’analyse des résultats de la première simulation indique qu’une augmentation du prix des produits pétroliers de 80% entraîne une augmentation des coûts de production de 0.90%, les augmentations les plus fortes des coûts de production sont enregistrées dans les branches à forte intensité pétrolière ; à savoir la branche du transport avec une augmenta- tion de 5,48% et la branche pêche et aquaculture (3.40%). La consommation intermédiaire totale a régressé de 0,51%, une diminution plus accentuée est observée au niveau de la branche transport dont sa consommation intermédiaire en produits énergétiques a diminué de 11.14%, et la pêche et aquaculture de 9.88%. Cette augmentation du coût s’est réper- cutée sur les prix à la production qui ont varié de 0,90% et qui a impliqué, la régression 15. Cette branche correspond à la branche « extraction de houille, de lignite, de tourbe et d’hydrocarbures » selon la nomenclature de la comptabilité nationale. La branche raffinage correspond à « raffinage de pétrole et autres produits d’énergie » 16. Le choix de 80% découle de la variation des prix de pétrole entre 2009 et 2012 qui est passée de 61 à 111 le baril. 17. La résolution du modèle est effectuée via le logiciel GAMS. Le code GAMS et la MCS dudit modèle est disponible sur demande auprès des auteurs 196 OUVERTURE ET VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE FACE AUX CHOCS EXTÉRIEURS de la production totale de 0.26%, et plus particulièrement celle des branches de transport de (-11.14%), la pêche et aquaculture (-9.88%) et l’industrie d’extraction (-1.87%), de la valeur ajoutée totale de (-0.4%), et par conséquent, une augmentation des prix sur le mar- ché intérieur de 6,58%. Quant aux coûts de facteur ; le taux de salaire a diminué de 3,85%, alors que le taux de la rente du facteur capital a chuté de 21.10% pour le transport, 11.58% pêche et aquaculture, 5.70% pour le BTP et 7.02% pour le reste du secondaire. Dans le deuxième scénario, le coût de production et les prix à la production ont connu une augmentation de 0.03% malgré la baisse des prix des produits pétroliers. Pourtant la consommation intermédiaire totale des branches a augmenté de 0.08%. L’analyse détaillée de la consommation intermédiaire des biens par branches, montre que la demande des produits pétroliers a augmenté de 12.49% pour la branche transport, 10.56% de la branche pêche et aquaculture et 1.32% pour le BTP. D’un autre côté, les prix sur le marché intérieur ont connu une baisse de 6.25%. Cependant, la valeur ajoutée globale n’a pas varié mais, au niveau sectoriel, ce contre-choc a impacté positivement la branche transport (10.56%) et la branche pêche et aquaculture (10.56%) mais négativement la branche du commerce (-2.98%) et des services marchands (-0.12%). Du côté de la demande Du côté de la demande finale, la consommation finale des ménages a régressé de 3.23% à cause, d’une part, de l’augmentation des prix sur le marché intérieur, et d’autre part, à la baisse de leurs revenus de 2,61%. La baisse de ce dernier est due à la dégradation des revenus des ménages provenant de la rémunération de leur force de travail (diminution du taux de salaire) et de leur rémunération du facteur capital qui ont diminué de 3.85% et 3.82% respectivement. L’analyse de la demande de chaque bien montre une baisse de la demande du transport (-5.40%), des produits énergétiques (-32.04%) et celle du BTP de (-3.27%). De même, les dépenses totales d’investissement ont diminué de -2.96% suite à la baisse de l’épargne totale. Finalement, les simulations montrent une détérioration du pouvoir d’achat du ménage avec une augmentation de l’indice des prix à la consommation de près de 3%. La demande de consommation finale des ménages dans la deuxième simulation a aug- menté de 4.21%, une augmentation plus importante au niveau de la demande des produits énergétiques qui a connu une hausse de 56.53% et de la demande finale pour le transport qui a augmenté à son tour de 5.76% suite à la baisse des prix sur le marché intérieur et à l’amélioration des revenus des ménages. Ainsi la demande en volume des biens a aug- menté de 2.63%, où la demande des produits locaux a augmenté de 0.16% alors que celle des produits importés a varié positivement de 8.51%. Du côté des revenus Suite à l’augmentation des prix des produits pétroliers, les résultats des variations du revenu et de l’épargne montrent une baisse des revenus des différents agents économiques à l’exception du reste du monde dont le revenu a connu une légère hausse de 0.29%. Ce- pendant le revenu total des firmes a connu une dégradation de 3.22% qui revient à la baisse de son revenu provenant de sa part dans la rémunération du capital (-3.81%) et une chute des transferts de 2.33%. Cette dégradation des revenus des firmes induit une baisse de leurs épargnes de 3.15%, de même, l’épargne des ménages a diminué de 2.61%. Dans la deuxième simulation (S02), le revenu des ménages et des firmes ont connu des améliorations considérables. En effet, le revenu total des ménages a varié positivement de 3,50%, une variation due à l’amélioration de son revenu provenant de la rémunération du travail qui a augmenté de 4,17% et celle du capital qui s’est améliorée de 5.37%, ainsi CONCLUSIONS 197 qu’une amélioration légère de leurs transferts nets (0.01%). De même, le revenu des firmes s’est amélioré de 4.67% suite à l’amélioration de sa rémunération de capital (5.37%) et leurs transferts nets (3.64%). Toutefois, l’épargne des ménages et des firmes ont augmenté respectivement de 3.50% et 4.59%, ce qui explique en grande partie la hausse de l’inves- tissement de 3.36%. Cependant, le revenu du reste du monde a connu une dégradation de 0.56%. Quant aux comptes de l’État, et avec des dépenses supposées fixes dans la fermeture du modèle, dans la simulation (S01), son revenu total s’est dégradé de -24.20%, une dé- gradation expliquée par la baisse de son revenu provenant des impôts directs et indirects. Les impôts indirects sur les produits ont baissé de 2.17%, de même pour l’impôt sur l’im- portation (-0.63%) et les impôts sur la production (-0.65%), par conséquent, son épargne a diminué de 15.11%. Contrairement aux résultats de la première simulation, les recettes d’impôt sur l’importation et de l’impôt sur la production ont connu une amélioration de 8.80% et 0.8% respectivement. Par contre les impôts sur les produits ont connu une dégra- dation de 8.71%, ce qui a impacté l’épargne de l’État qui a baissé de -1.20%. Du côté du secteur extérieur Le commerce extérieur de sa part a connu des variations importantes suite à l’augmen- tation du prix des produits pétroliers ; la demande totale des importations a diminué de 5.26%, une baisse due à la diminution de la demande d’importation des produits énergé- tiques dont la quantité demandée a chuté de 21.88% et celle du transport de 5.67% alors que la pêche et aquaculture a connu une augmentation de 8.10%. Ainsi, les exportations en volume ont reculé de 0.65%, suite à la baisse de l’exportation des produits de la branche Transport (-10.61%) et de la Pêche et aquaculture (-8.60%), pourtant la branche agriculture et la branche des services ont connu une augmentation de leurs exportations de 1.23% et 2.77% respectivement. Au niveau de la deuxième simulation (S02), les importations en volume ont augmenté de 8.95%, une variation très importante au niveau des produits énergétiques qui a bénéficié de la chute de son prix et a varié positivement de 33.04%, ainsi qu’au niveau de produits agricoles, le transport et les services marchands, qui ont varié positivement et respective- ment de 35.07%, 8.06% et 17.84%. Par contre, la demande extérieure a connu une légère baisse de 0.39%. 11.6 Conclusions Les simulations menées dans ce papier mettent en lumière la vulnérabilité des écono- mies des pays en voie de développement face aux chocs des cours de pétrole. L’hypothèse de départ de ce travail est que ces pays sont impactés négativement par l’augmentation des prix des produits pétroliers, alors qu’ils ne bénéficient pas de sa diminution, ce qui nous amène à la deuxième hypothèse où on suppose l’existence d’une asymétrie des chocs des prix à l’international des produits pétroliers. Pour vérifier nos hypothèses, nous avons réa- lisé deux simulations à l’aide du modèle d’équilibre général calculable standard PEP (1-1), où on suppose une augmentation et une diminution de 80% des prix des produits pétroliers sur la base de la MCS de l’année 2016 pour le cas du Maroc. Les principaux résultats de notre papier montrent que l’augmentation des prix des pro- duits pétroliers a des effets directs, à moyen et long terme, sur les coûts de production vue la part des produits pétroliers dans la consommation intermédiaire des branches d’acti- 198 OUVERTURE ET VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE FACE AUX CHOCS EXTÉRIEURS vité, l’augmentation des coûts de production impacte négativement la production, la valeur ajoutée des branches, et par conséquent la croissance économique. De même, l’indice des prix à la consommation augmente vue la part des produits énergétiques dans le panier de consommation, ce qui dégrade le pouvoir d’achat des ménages et la demande intérieure. L’étude de l’asymétrie des effets via un contre choc – diminution des prix des produits pétroliers de 80% – montre que la baisse des prix des produits pétroliers n’a pas un impact sur le PIB même si elle se montre bénéfique au niveau de la valeur ajoutée des branches à forte dépendance énergétique comme le transport et la pêche et aquaculture, ainsi que sur le revenu des ménages et des firmes. Les effets positifs qu’a la chute des prix de cet intrant se montrent plus intenses au niveau de la demande et des revenus des agents économiques, mais moins fortes au niveau de l’offre par rapport au choc. Ce qui confirme l’existence d’une asymétrie des chocs des prix à l’importation des produits pétroliers au Maroc. Jusqu’à l’heure actuelle, l’activité économique domestique dépend du pétrole comme la principale source d’énergie, et pour diminuer cette dépendance liée aux marchés in- ternationaux du pétrole, le Maroc, comme plusieurs autres pays importateurs du pétrole, doit diversifier ses sources d’énergie en investissant davantage dans l’énergie solaire, éo- lienne et géothermique. La continuation de l’exploitation de la seule raffinerie du pétrole au Maroc "la SAMIR", qui raffinait plus de 6 million tonne de pétrole et qui se présente sur le marché comme un monopole naturel est cruciale pour l’activité économique dans son ensemble, vue la dépendance des autres branches à ses produits. Pourtant, l’arrêt de l’activité de cette unité de production a des effets d’entrainement négatifs sur les autres secteurs à travers le coût supplémentaire importé. En effet, l’activité économique dépend non seulement des prix de pétrole à l’international, mais des prix des produits pétroliers qui incorporent un coût de revient importé supplémentaire qui s’ajoute à la facture énergétique dans la balance commerciale. Le retour de la participation active de l’État dans la gestion de cette entreprise, doit être considéré. La fermeture néoclassique de notre modèle nous a permis d’étudier les effets à long terme des variations des prix des produits pétroliers sur l’économie marocaine, l’impact du choc à court terme n’est pas pris en compte dans notre étude ce qui constitue une première limite de notre travail. De même pour la dimension emploi-chômage qui n’est pas prise en compte. Néanmoins, une fermeture alternative keynésienne avec un compte courant endogène dans un modèle dynamique et miro-simulé peut être adoptée. Références A BIONA, O. (2014). Asymmetric Oil Price Shock Response : A Comparative Analysis. 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Évaluation de l’impact d’un choc pétrolier sur l’économie marocaine : Une analyse en équilibre Général Calculable. 200 OUVERTURE ET VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE FACE AUX CHOCS EXTÉRIEURS ANNEXES Tableau 1 : Subvention du pétrole au Maroc 1995 Indexation des prix des produits pétroliers liquides. 2000 Suspension du système d’indexation des produits pétroliers. 2013 Reprise du système d’indexation des prix des produits pétroliers pour le supercarburant, le gasoil et le fuel N2 à partir du 16 septembre, avec plafonnement des subventions unitaires respectivement à 0,80 DH/L, 2,6 DH/L et 930 DH/T. 2014 Décompensation du supercarburant et du fuel N2 à usage industriel et démantèlement progressif de la subvention du gasoil suivant l’échéancier suivant : 2,15 DH/l en janvier ; 1,70 DH/l en avril ; 1,25 DH/l en juillet ; 0,80 DH/l en Octobre ; Indexation du fuel N2 et du fuel spécial destinés à la production de l’électricité. 2015 Décompensation du prix du gasoil : à l’instar des autres produits pétroliers liquides. Source : Ministère de l’Économie et des Finances (2013 et 2016), "Rapport sur la compensation". Tableau 2 : dégrée de dépendance des secteurs de la branche RPE Branche d’activité Part du pétrole dans la CI en % Transports 42,15 Pêche, Aquaculture 35,78 Industrie D’extraction 34,29 Administration Publique Générale et Sécurité Sociale 12,55 Commerce Et Réparation 9,35 Agriculture, Foret Et Services Annexes 5,23 Bâtiment Et Travaux Publics 4,50 Autres services 3,55 Autres industries 2,67 Tableau 3 : Matrice agrégée 2016 en milliard de MAD Activité Produit Export VA Agents D. RDM TI TD TM ACC TOT Activité 1222,1 360,4 1582,6 Produit 686,6 229,2 784,2 335,9 2035,9 Export 360,4 360,4 VA 893,7 893,7 Agents D. 2,3 893,7 502,6 90,3 111,1 81,9 9,1 1690,9 RDM 464,5 29,4 493,9 TI 111,1 111,1 TD 81,9 81,9 TM 9,1 9,1 ACC 292,7 43,2 335,9 TOT 1582,6 2035,9 360,4 893,7 1690,9 493,9 111,1 81,9 9,1 335,9 ANNEXES 201 Figure 9a : Consommation de Figure 9b : Consommation des liquides l’essence/diesel pétroliers liquéfiés 5000 2500 4500 4000 2000 3500 1000 Tonnes 1000 Tonnes 3000 1500 2500 2000 1000 1500 1000 500 500 0 0 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 1990 1991 1996 1998 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 1992 1993 1994 1995 1997 1999 2000 Transport Ménage Industrie Commerce et Agriculture Ménage Industrie Commerce et Agriculture Figure 9c : Consommation du fioul 2500 2000 1000 Tonnes 1500 1000 500 0 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 Centrales électriques Industrie Commerce et Agriculture Source : BP Statistical Review of World Energy June 2017 Tableau 4 : Tableau de correspondance entre la nomenclature adoptée et celle du SCN Nomenclature adoptée Nomenclature de la comptabilité nationale (HCP) 1 AGR AGR Agriculture, forêt et services annexes 2 PAQ PAQ Pêche, aquaculture 3 IEX IEX Industrie d’extraction IAT Industries alimentaires et tabac Autres Industries ITC Industries du textile et du cuir ICP Industrie chimique et parachimique 4 IMM Industrie mécanique, métallurgique et électrique AIN Autres industries manufac. hors raffinage pétrole EAU Électricité et eau 5 RPE RPE Raffinage de pétrole et autres produits d’énergie 6 BTV BTV Bâtiment et travaux publics 7 COM COM Commerce 8 TRA TRA Transports HRS Hôtels et restaurants Autres services PTC Postes et télécommunications AFA Activités financières et assurances 9 IML Immobilier, location et serv. rendus entreprises MNO Éducation, santé et action sociale OPO Autres services non financiers 10 ADM ADM Administration publique et sécurité sociale 202 OUVERTURE ET VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE FACE AUX CHOCS EXTÉRIEURS Tableau 5 : Impact des chocs des prix des produits pétroliers sur les agrégats macroéconomiques Agrégat Augmentation de 80% Diminution de 80% Valeur ajoutée -0,4 0,00 Consommation intermédiaire -0,51 0,08 Consommation finale -3,23 4,21 Production -0,26 0,04 Importation -5,26 8,95 Exportation -0,65 -0,39 Investissement -2,96 3,36 Coût unitaire 0,90 0,03 Prix à la production 0,90 0,03 Le taux de salaire -3,85 4,17 Le revenu du reste du monde 0,29 -0,54 L'épargne de l'état -15,11 -1,21 Le revenu des ménages -2,61 3,50 Le revenu des firmes -3,22 4,67 L'impôt sur la production -0,65 0,81 L'impôt sur les produits 5,09 -8,72 L’impôt sur l’importation -0,63 8,88 Tableau 6a : Impact sectoriel du choc des prix Augmentation des prix des produits pétroliers de 80% CF CI INV CU VA AGR -2,12 0,08 -1,08 -1,05 0,08 PAQ -6,34 -9,88 3,40 -9,88 IEX -4,04 -1,87 0,56 -1,87 IND -3,81 -0,36 -1,77 -0,16 -0,36 RPE -32,04 0,00 0 0,00 BTV -3,47 -1,27 -1,28 -0,28 -1,27 COM 4,62 3,80 2,65 3,80 TRA -5,40 -11,14 5,48 -11,14 SER -2,22 1,22 0,39 -1,94 1,22 ADM -3,25 -0,01 -0,55 -0,01 Tableau 6b : Impact sectoriel du contre choc des prix Diminution des prix des produits pétroliers de 80% CF CI INV CU VA AGR 0,35 0,90 -3,27 6,75 0,90 PAQ 7,01 10,56 -3,17 10,56 IEX 4,68 1,64 -0,71 1,64 IND 4,21 -0,90 1,87 0,62 -0,90 RPE 56,53 0 0 0 BTV 3,83 1,32 1,33 0,54 1,32 COM -4,16 -2,98 -1,84 -2,98 TRA 5,76 12,49 -4,87 12,49 SER 2,56 -1,30 -0,28 2,17 -1,30 ADM 3,62 -0,12 0,82 -0,12