Ouverture commerciale et développement du
secteur industriel dans les pays en développement :
Cas de l’Afrique subsaharienne
Abdellatif Chatri, Hassane Zouiri, Asma Zenati et Mariem Chouati
Chapitre du live Overture, productivité et croissance économique au Maroc , Édité par
Chatri Abdellatif, Publié par Laboratoire d’Economie Appliquée (Mohammed V Univ.) &
Policy Center for the New South, ISBN (WEB) : 978-9920-37-593-1
Citer ce document :
Chatri, A. Zouiri, H. Zenati, A. & Chouati, M. (2019). Ouverture commerciale, accumulation
du capital humain et croissance : analyse en données de panel sur les pays en
développement. In A. Chatri (éd). Ouverture, productivité et croissance économique au
Maroc. Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for the New South. Rabat
Lien vers l'article : http://www.labeamse.com/2019/04/OPCM10.html
Copyright © 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée, Policy Center for the New South & CNRST.
Tous les droits sont réservés.
CHAPITRE 10
OUVERTURE COMMERCIALE ET
DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR
INDUSTRIEL DANS LES PAYS EN
DÉVELOPPEMENT : CAS DE L’AFRIQUE
SUBSAHARIENNE
Abdellatif Chatri, Hassane Zouiri, Asma Zenati, Mariem Chouati
Laboratoire d’Économie Appliquée, Université Mohammed V de Rabat
E-mail de correspondance : abdelchatri76@gmail.com
Résumé : Ce travail se fixe comme objectif d’examiner l’impact de l’ouverture commerciale
sur le développement du secteur industriel au niveau de la région de l’Afrique subsaharienne. Il
adopte une approche macroéconométrique en données de panel sur la période 1980-2016. Les
résultats de l’estimation montrent que l’ouverture commerciale influe de manière positive et si-
gnificative le secteur industriel des pays de la région considérée. D’autres déterminants comme
l’éducation et la stabilité macroéconomique contribuent également dans le développement du sec-
teur. La décomposition de l’échantillon en groupes de pays selon leur niveau de revenu a permis
de parvenir à des résultats hétérogènes entre les pays subsahariens quant à l’impact de l’ouverture
commerciale sur la performance du secteur industriel.
Mots clés : Secteur industriel, ouverture commerciale, Afrique Subsaharienne, GMM system.
Abstract : This paper aims to examine the impact of trade openness on the sub-Saharan African’s
industrial sector. It uses a macro-econometric panel data over the period 1980-2016. The results
of the GMM system estimation show that trade openness has a positive and significant impact on
the sub-Saharan’s industrial. Other factors such as education and macroeconomic stability contri-
bute also to the development of the sector. The sample decomposition into groups of countries,
according to their income level, shows that the impact of the trade openness on the industrial
sector performance is however heterogeneous.
Keywords : Industrial sector, trade openness, Sub-Saharan Africa, GMM system
Ouverture, productivité et croissance économique au Maroc, Éd. Chatri Abdellatif. 167
Copyright
c 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for the New South.
168 OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR INDUSTRIEL
10.1 Introduction
La mondialisation croissante de la production, rendue possible grâce à la décomposition
des processus productifs et à l’essor de l’innovation technologique, a fait du commerce
extérieur un pilier central de la croissance et une source de richesse incontournable.
L’évolution du commerce mondial indique que la croissance des échanges internatio-
naux était deux fois plus élevée que celle du PIB avant la crise (un taux de croissance de
6,2% pour les échanges contre 3,7% pour la production mondiale). Une croissance plus
forte du PIB mondial est associée à une croissance encore plus forte du commerce inter-
national, ce qui témoigne de l’ouverture accrue des économies et du succès des politiques
mises en œuvre dans le cadre de l’OMC et les accords commerciaux régionaux considérés
comme des instruments généralisateurs du libre-échange au niveau international.
A l’instar des pays développés, fortement impliqués dans le commerce international et
qui représentent désormais 52% du commerce des marchandises et 53% du commerce des
services (BAD, 2015), la plupart des économies en développement sont engagés depuis les
années quatre-vingt dans un processus de libéralisation commerciale à travers l’adoption
d’un certain nombre de mesures pour promouvoir les exportations et favoriser l’accès au
marché extérieur.
La littérature économique fournit une série d’analyses théoriques et empiriques tenant
à démontrer le rôle primordial de l’ouverture commerciale et de la politique de déman-
tèlement tarifaire dans le bien-être économique des pays en développement. Au cœur de
ce sujet qui préoccupe les économistes se trouve la question de savoir si l’ouverture com-
merciale et l’intensification des échanges commerciaux sont opportunes pour le développe-
ment du secteur industriel. Les analyses théoriques soutiennent le plus souvent que l’ouver-
ture commerciale pourrait stimuler la performance du secteur industriel notamment pour
des pays qui ne disposent pas d’une base industrielle solide. Alors que du point de vue
des travaux empiriques l’effet de l’ouverture commerciale est controversé, l’ouverture à la
concurrence étrangère pourrait impacter négativement l’investissement et la compétitivité
des entreprises domestiques.
Ce papier vise à examiner empiriquement ce lien entre ouverture commerciale et dé-
veloppement industriel des pays en développement de l’Afrique subsaharienne (ASS). Il
s’articule autour de trois parties ; La première partie fait le tour d’horizon de la littérature
théorique et empirique. La deuxième partie fait le point sur les faits stylisés qui relèvent
de la relation ouverture commerciale et secteur industriel pour la région de l’ASS. La troi-
sième partie présente la procédure de l’analyse empirique, et les discussions autour des
résultats.
10.2 Revue de littérature
Les analyses théoriques qui s’inscrivent dans le cadre de la théorie du commerce in-
ternational et de la théorie de croissance, identifient différents canaux à travers lesquels
l’ouverture commerciale affecte la performance et la compétitivité des entreprises indus-
trielles.
REVUE DE LITTÉRATURE 169
Les modèles 1 théoriques de (K RUGMAN (1979a), H ELPMAN et K RUGMAN (1985))
prédisent que l’ouverture commerciale est susceptible d’augmenter la productivité des
firmes en induisant des économies d’échelle. Lorsqu’il y a libéralisation du commerce
extérieur, les entreprises nationales ont tendance à augmenter les exportations, à élargir
l’échelle de production et à faire baisser la courbe des coûts (ie, l’effet d’échelle). Il existe
également un autre mécanisme qui explique l’augmentation de la productivité, il s’agit
de l’effet de sélection. Dans ce mécanisme, certaines entreprises quittent le marché et les
facteurs de production se redistribuent aux entreprises les plus compétitives.
Un autre canal d’impact favorable est lié à l’augmentation du nombre et de la qualité
des biens intermédiaires utilisables dans la production. L’ouverture commerciale permet
aux producteurs domestiques de disposer d’une plus grande marge de manœuvre pour leur
approvisionnement en consommation intermédiaire et autres intrants ou facteurs de pro-
duction nécessaires à leur activité à des prix inférieurs et éventuellement, de profiter de la
technologie incorporée dans ces intrants et ces biens d’investissement étrangers (E THIER,
1982). Par ailleurs, un meilleur accès aux intrants importés (bien intermédiaires et bien
d’équipement), de qualité supérieure, incite des entreprises étrangères à s’installer dans le
pays qui réduit ses tarifs douaniers (B LALOCK & G ERTLER, 2008).
En augmentant le degré de la concurrence sur les marchés des biens, l’ouverture com-
merciale exerce, en outre, un effet disciplinaire sur les entreprises domestiques en les inci-
tants à améliorer leur mode de gestion et d’optimisation des coûts de production. En effet,
les entreprises opérantes dans les industries les moins protégées font face à des prix plus
bas et à long terme elles seront soumises à des pressions pour réduire les coûts. Cette théo-
rie connue sous le nom « X efficiency » repose sur l’hypothèse selon laquelle le manque
d’efficacité des grandes entreprises est attribuable à une concurrence insuffisante sur le
marché intérieur (L EIBENSTEIN, 1966). Autrement, un régime commercial plus ouvert
pourrait améliorer l’efficacité du secteur industriel en réduisant la marge interne en « X
efficiency » dans les entreprises (H ORN, L ANG & L UNDGREN, 1995).
Les arguments développés par la théorie de croissance endogène se situent également
dans cette veine. Plus précisément, les travaux qui s’inscrivent dans le cadre de cette théorie
(L UCAS, 1988 ; ROMER, 1986) postulent qu’une politique d’ouverture commerciale est
susceptible d’avoir des effets dynamiques. En facilitant le transfert des technologies et
du savoir-faire, les échanges commerciaux entrainent une accélération de la formation du
capital permettant ainsi au pays de se retrouver dans un sentier de croissance plus élevé.
Sur le plan empirique, la relation entre l’ouverture commerciale et le développement
industriel est étudiée à deux grands niveaux : agrégé et désagrégé. Certains travaux traitent
la question de l’efficacité d’une politique d’ouverture d’un point de vue macroéconomique
alors que d’autres s’intéressent à son impact sur la productivité en se basant sur des données
désagrégées.
K IM (2000) a étudié le lien entre l’ouverture commerciale et la croissance de la produc-
tivité totale des facteurs dans l’industrie manufacturière coréenne à un niveau désagrégé
en utilisant un certain nombre de mesures d’ouverture (taux de droits légaux, taux de cou-
verture des quotas et taux de production nominaux), où l’hypothèse sous-jacente est celle
de la concurrence imparfaite et de rendements d’échelle non constants. Il a constaté que la
libéralisation des échanges a un impact positif sur la productivité, bien que l’augmentation
1. Ce schéma reliant l’ouverture commerciale et la production des entreprises est expliqué dans un premier
temps dans le cadre d’une concurrence monopolistique chez K RUGMAN (1979b) et puis dans le cadre d’une
concurrence oligopolistique chez H ELPMAN et K RUGMAN (1985).
170 OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR INDUSTRIEL
de la productivité n’ait pas été significative puisque la libéralisation du commerce n’était
pas assez importante en Corée.
L’étude de H AHN (2005)analyse la relation entre les exportations et les différentes me-
sures de la performance, incluant la productivité totale des facteurs (TFP) au niveau des
entreprises manufacturières coréennes. Il a montré l’existence des deux effets, qui sont
d’ailleurs plus prononcés durant la période d’entrée et de sortie du marché à l’exportation
que dans la période où elles sont présentes. Cette corrélation positive et significative entre
l’exportation et la TFP a été justifiée par les effets d’apprentissage et de sélection, tel que
l’effet d’apprentissage est de court terme au niveau des producteurs pris individuellement,
mais au niveau de l’économie dans son ensemble, exporter permet l’amélioration de la
productivité agrégée.
W ONG (2006) a étudié les effets de l’ouverture commerciale sur la productivité des
secteurs manufacturiers équatoriens. Les résultats suggèrent un effet positif et significatif
de l’ouverture commerciale sur la productivité des industries manufacturières au niveau
des industries orientées vers l’exportation dans les années suivant la mise en œuvre des
réformes commerciales, mais une baisse de la productivité après l’an 2000 due aux évène-
ments économiques.
N JIKAM (2009) a analysé la relation entre ouverture commerciale et performance in-
dustrielle au Cameroun en mettant le point sur l’importance des infrastructures pour le
développement industriel, il a comparé l’impact avant et après l’ouverture commerciale en
utilisant les données de 29 industries pendant la période de substitution des importations
(1986) et après la réforme du commerce (1995-2003). Cette étude a montré que l’ouver-
ture commerciale a un impact positif sur le développement industriel si les conditions des
infrastructures sont favorables.
T OPALOVA et K HANDELWAL (2011) ont étudié dans un contexte de libéralisation com-
merciale, l’impact de l’ouverture commerciale sur le niveau de la productivité des firmes
industrielles en comparant deux scénarios : présences des barrières tarifaires et absence
desdites barrières. Ainsi, ils ont obtenu comme résultat principal que l’ouverture mène
à l’augmentation de la productivité soit à travers une compétitivité commerciale qui est
due à une réallocation des ressources vers le secteur le plus productif ou à travers l’entrée
des produits qualitatifs et de l’efficience technologique qui assurent une productivité plus
élevée .
Récemment cette question a été reprise dans un cadre macroéconométrique où les au-
teurs, TAHIR, RUIZ E STRADA, K HAN et A FRIDI (2016) ont analysé cette relation en utili-
sant les données de 6 pays de la région sud d’Asie, afin d’examiner l’impact de l’ouverture
commerciale sur le développement du secteur industriel. Ils ont obtenu comme résultat
principal que l’ouverture commerciale exerce une influence positive et significative sur le
secteur industriel, sans négliger les stimulateurs jouant le rôle de renfort ; tel que le capital
humain et les investissements domestiques, qui ont contribué dans le développement de la
valeur ajouté industrielle de cette région.
K APRI (2016) s’est intéressé à l’étude du niveau de productivité industrielle face aux
changements des tarifs adoptés par les pays voisins (cas de la chine et de la Corée). Ainsi
ses résultats montrent que la libéralisation du commerce en Chine a entraîné des gains de
productivité au niveau des entreprises manufacturières coréennes, tel qu’une baisse de 1%
des tarifs mène à une augmentation de 0.92 de la productivité totale des facteurs.
OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL 171
10.3 Ouverture commerciale et développement industriel : faits stylisés des
pays de l’Afrique subsaharienne
L’analyse de l’évolution du taux de croissance des exportations de l’ASS fait ressortir
une insertion de plus en plus importante de la région dans le commerce international. En
effet, les exportations évoluent à un taux de 5,03% sur la période 2000-2015. En comparai-
son avec les autres régions du monde, les exportations de l’ASS augmentent à un rythme
plus élevé que l’Amérique du nord 3,37% et l’union européen (4,54%) et proche de ce-
lui de l’Asie (6,28%). Le ralentissement de l’activité économique après la crise de 2008 a
fait baisser la demande d’exportations en provenance de l’Afrique subsaharienne ainsi que
les prix de ces exportations. Le tournant s’est produit au milieu de l’année 2009 lorsque
le déstockage massif au niveau mondial a commencé à s’atténuer et que les marchés des
produits de base ont rebondi 2 .
Figure 1 : Taux de croissance annuels des exportations 2000-2015 (en%)
20
15
10
5
0
-5
-10
-15
Afrique subsaharienne Asie Amérique du nord
de l’Est et Pacifique l'union européenne
Élaboré à partir des données de la banque mondiale
Une autre manière d’évaluer les performances des pays africains, notamment les pays de
l’ASS en matière d’échanges extérieurs, est d’étudier la décomposition des exportations.
Cette dernière indique que le contenu des exportations a évolué en faveur des produits
manufacturés qui représentent en moyen 25% des exportations contre 4,71% et 13,62%
des produits nécessitant une simple transformation (nourriture et biens agricoles). Cette
évolution est due essentiellement aux réalisations des pays les plus prospères en matière
d’industrialisation et de diversification des produits exportés tel que Nigeria et Afrique du
Sud. Néanmoins, ce résultat ne s’applique pas à l’ensemble des pays. En effet, les expor-
tations de produits primaires notamment les minerais et les métaux constituent également
une composante primordiale des échanges de la région. Le commerce extérieur d’un grand
nombre des pays s’appuie principalement sur des matières premières ; Parmi eux figurent
les exportateurs de métaux tels que le cuivre (Zambie) et le minerai de fer (Mozambique)
2. FMI (2010).
172 OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR INDUSTRIEL
ainsi que les exportateurs de produits agricoles tels que le caoutchouc (Libéria) et le coton
(Burkina Faso, Bénin et Mali).
Figure 2 : La Décomposition des exportations sur la période : 2000-2014
70
60
50
40
30
20
10
0
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Exportations de nourriture (% des marchandises exportées)
Exportations de minerais et de métaux (% des marchandises exportées)
Exportations de matériaux agricoles bruts (% des exportations de marchandises)
Exportations de biens manufacturés (% des marchandises exportées)
Élaboré à partir des données de la banque mondiale
Les pays de l’ASS représentent seulement 0,3% 3 des exportations mondiales des pro-
duits de haute technologie. En outre, l’analyse du contenu technologique des exportations
de la région, montre que ce dernier représente une part faible dans les exportations des
produits manufacturiers (4,37% en moyenne sur la période 2000-2014). Malgré les efforts
déployés par les pays de la région dans le développement technologique et qui se tra-
duisent par l’augmentation de la part consacrée aux dépenses de recherche-développement
depuis les années 2000, l’intensité technologique des produits manufacturiers reste faible
en comparaison avec d’autres régions du monde comme l’Asie. Par ailleurs les entreprises
opérant dans le secteur industriel représentent un niveau d’absorption technologique faible
à l’égard des flux des IDE qui ne cesse d’augmenter durant les dernières années 4 , excepté
l’année 2006 qui a connu une hausse inattendue de l’exportation des produits de haute tech-
nologie, ceci est dû au boom des produits de base qui a animé des échanges spectaculaires
avec l’Asie notamment la Chine 5 .
D’une manière générale, le processus de l’ouverture commerciale de certains pays de
l’ASS s’est accompagné d’une évolution industrielle appréciable, (figure 4 6 ). La tendance
haussière de la droite de régression entre la valeur ajoutée industrielle en pourcentage du
PIB et l’indice de l’ouverture commerciale, établie à partir des données des pays de l’ASS,
montre qu’une plus grande ouverture commerciale est associée généralement à une valeur
ajoutée industrielle élevée. Autrement dit, les pays avec un taux d’ouverture commerciale
3. Note la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dans le Rapport
de 2015 sur la technologie et l’innovation, intitulé « Promouvoir les politiques de l’innovation pour assurer le
développement industriel en Afrique »
4. Selon le rapport de la banque mondiale sur les flux d’investissements directs étrangers en Afrique subsaha-
rienne (Mars 2014), Les flux d’IDE en direction de l’ASS ont été multipliés par plus de six au cours de la dernière
décennie, passant de quelques 6,3 milliards de dollars EU à 35 milliards de dollars EU en 2012.
5. Études économiques et financières : Perspectives économiques régionales — Afrique subsaharienne
6. Les pays sont notés selon leur code ISO (formes courtes officielles des noms).
OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL 173
Figure 3 : Exportations de haute technologie (% des exportations de biens
manufacturés) : Afrique subsaharienne
8 7,6
7
6
5 4,7 4,7 4,6
4,2 4,4 4,3
3,8 3,8 4 3,9
4 3,5 3,5 3,5
2,8
3
2
1
0
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Élaboré à partir des données de la banque mondiale
élevé ont eu tendance à enregistrer une croissance industrielle plus importante que les pays
les moins ouverts. Cependant étant donnée la diversité des caractéristiques économiques
des pays étudiés, la relation entre ouverture commerciale et performance industrielle en
Afrique subsaharienne exige une analyse plus désagrégée en terme de revenu.
Figure 4 : valeur ajoutée industrielle des pays d’Afrique subsaharienne selon leur niveau
d’ouverture commerciale (2000-2016)
80
GNQ
70 AGO COG
60
GAB
50
40 BWA SWZ
GIN LSO
NGA MRT
30 CMR ZAFCOD
ZMB CIV NAM
BEN ZWE GHA MUS
UGA
TZA MLI SEN
ERI SYC
20 SDN BFAKEN MOZ CPV
BDI
RWA GNB
CAF
MWIMDGTCD TGO
GMB
ETH SLE
10 LBR
0
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
Ouverture commerciale ( X+M /PIB)
Élaboré à partir des données de la banque mondiale
10.4 Ouverture commerciale et développement du secteur industriel : Eva-
luation empirique
L’objectif de notre travail est d’examiner empiriquement l’impact de l’ouverture com-
merciale sur le développement du secteur industriel, en se basant sur les données de 43
pays en développement de la région de l’ASS couvrant la période 1990-2016. Cinq pays
sont exclus de notre étude en raison de non disponibilité des données, il s’agit des Comores,
Niger, Somalie, Soudan du sud, Sao-tomé et principe.
174 OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR INDUSTRIEL
10.4.1 Spécification du modèle et de la méthode d’estimation
Le point de départ de notre évaluation empirique est la fonction de production Cobb-
Douglas dont le progrès technologique est neutre au sens de Hicks :
Y IN Dt = At Ktα Lβt (1)
Où 0 < α < 1, 0 < β < 1, α + β = 1
Y IN Dt représente la production globale du secteur industriel au temps t, At , Kt et Lt
désignent respectivement la productivité totale des facteurs (PTF), le stock de capital et le
stock de main-d’œuvre.
Nous nous inspirons de la spécification de TAHIR et al. (2016) où la PTF est fonction
de plusieurs variables telles que : l’ouverture commerciale, capital humain, l’inflation, la
profondeur financière (FIN), la qualité des institutions et d’autres facteurs exogènes (C).
At = f [C, OU Vt , EDUt , F INt , IN Ft , IN ST It ] (2)
L’équation 2 peut s’écrire comme suit :
At = C.OU Vtγ .EDUtφ .F INtτ .IN Ftω .IN ST Itϕ
En combinant l’équation 1 et 2, on obtient :
Y IN Dt = C.OU Vtγ .IN Vtα .T RAVtβ .EDUtφ .F INtτ .IN Ftω .IN ST Itϕ (3)
En appliquant le logarithme, nous obtenons l’équation estimable ci-dessous :
LnY IN Dit = C + γLnOU Vit + αIN Vit + βLnT RAVit + φLnEDUit
+τ LnF INit + ωLnIN Fit + ϕLnIN ST Iit + Uit
Autre que les variables d’intérêt (l’indice de l’ouverture commerciale et la valeur ajou-
tée industrielle en pourcentage du PIB), notre modèle est composé d’une série de variables
de contrôle habituellement introduites dans la littérature économique et qui s’adaptent avec
les spécificités des pays de l’ASS, il s’agit notamment de :
Développement industriel (INDUS) : la contribution d’une industrie à la croissance est
généralement mesurée par la valeur ajoutée industrielle qui reflète le développement et la
performance du secteur industriel, son augmentation dépend de plusieurs facteurs, en plus
des allocations de bases (capital et travail).
L’ouverture commerciale (OUV) : Le principal défi de l’analyse empirique sur l’effet
de la politique commerciale était de trouver des mesures adéquates des restrictions com-
merciales et de la politique commerciale. En effet, l’ouverture n’est pas toujours mesurée
par l’évolution des droits de douanes mais assez fréquemment par la part des échanges sur
le PIB (le rapport entre la totale exportation et importation sur le PIB) (RODRIGUEZ &
RODRIK, 2000). Cette mesure est retenue dans notre modèle.
Investissement (INV) : Mise à part l’ouverture commerciale, d’autres variables peuvent
expliquer le développement du secteur industriel. Les modèles de croissance ont mis en
OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL 175
évidence le rôle de dépenses publiques (BARRO, 1991), il s’agit entre autres des infra-
structures routières, des dépenses de l’Etat dans les domaines sociaux, des taux de scolari-
sation etc. Ces variables conditionnent souvent le rendement du capital pris au sens large.
Cette variable est approchée par la part du FBCF en PIB dans notre modèle (A RTADI &
S ALA - I -M ARTIN, 2003).
Le facteur Travail (TRAV) : La quantité de travail mise en œuvre détermine également la
quantité de richesse produite par le secteur industriel. Cette contribution du facteur travail
dans la production dépend fortement de la structure de la population active, raison pour
laquelle cette variable est approximée par la population âgée entre 15et 65 ans.
Capital humain (EDUC) : il devient clair que l’une des exigences les plus importantes
à mettre en place pour l’industrialisation à l’heure actuelle reste la qualification du capital
humain, étant donné que le décollage de l’industrialisation nécessite la disponibilité d’une
main-d’œuvre instruite et bien formée (W ILSON & B RISCOE, 2004), et pour l’approximer
dans notre modèle nous avons utilisé le taux d’inscription à l’enseignement secondaire vu
qu’il incorpore la qualification du capital humain.
Financement (FIN) : l’accès au financement, la disponibilité du crédit et le coût des ser-
vices associés, sont autant des facteurs essentiels pour le développement du secteur indus-
triel. De ce fait, la profondeur de l’intermédiation financière devrait être retenu notamment
pour la région de l’Afrique subsaharienne ou les banques commerciales assurent la totalité
du financement externe des entreprises. Le ratio crédits intérieur fournit au secteur privé/
PIB est utilisé pour illustrer la profondeur du système financier L EVINE (1997).
Inflation (INF) : la volatilité macroéconomique affecte les décisions et les objectifs des
entreprises à travers différents canaux de transmission. Le déflateur du PIB a été choisi
comme variable de contrôle pour déterminer si la volatilité macroéconomique influe sur
la performance du secteur industriel (R AMEY et R AMEY (1994) et A FONSO et F URCERI
(2010)).
La qualité institutionnelle (INSTI) : le développement industriel repose sur les facteurs
institutionnels qui favorisent un climat politico-légal stable afin d’encourager le climat des
affaires et promouvoir l’investissement. M O (2001) indique que la mauvaise qualité de la
gouvernance et des institutions caractérisées par un niveau de corruption plus élevé peut
entraver la croissance économique. Par conséquent, on estime que de bonnes politiques,
des institutions de qualité, pourraient accélérer le processus de croissance économique et
de développement industriel. À l’instar d’A LI, G HAZI et M SADFA (2018), nous avons
utilisé la variable « Role of law » estimée par la banque mondiale comme proxy de la
qualité institutionnelle.
Le tableau des statistiques descriptives arbore une disparité entre les économies en ma-
tière du développement industriel, où certaines économies ont enregistré des taux aussi bas
que 1.88 avec une variation de 13.35, la grande différence entre les minimums et les maxi-
mum témoigne également du fait que l’ouverture commerciale ne se mets pas au même
pied d’égalité pour promouvoir le secteur industriel des économies. Les autres variables ;
investissement, capital humain, financement et stabilité macroéconomique présentent une
grande disparité, ainsi que les écarts y sont attachés signifient l’hétérogénéité de la ré-
gion. Par ailleurs l’indice de la bonne gouvernance ne reflète pas une disparité élevée, ceci
confirme que certains pays de l’ASS ont de bonnes structures pour faciliter le contrôle de
la corruption, l’efficacité du gouvernement, la stabilité politique, la qualité de la réglemen-
tation, la primauté du droit, la voix et la responsabilité renforcent les stratégies mises en
place.
176 OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR INDUSTRIEL
Tableau 1 : Statistiques descriptives
Variable Moyenne Ecart type Min Max Observations
IND 25.937 13.3570 1.882 84.282 1374
OUV 74.040 46.970 6.320 531.737 1557
FBCF 20.746 15.697 -2.424 219.069 1490
TRA 7396849 1.17e+07 34850 9.89e+07 1734
EDU 4.403 5.249 0.072 39.725 896
FIN 18.163 19.984 0.156 160.124 1547
INSTI 0.719 0.678 -2.606 1.077 852
INF 43.948 690.653 -31.565 26762.02 1648
Sortie du logiciel Stata
Le modèle spécifié ci-dessus entraîne plusieurs défis économétriques. Premièrement,
nous pouvons avoir des effets spécifiques dus à l’hétérogénéité entre les pays. Deuxième-
ment, les variables explicatives peuvent être individuellement ou conjointement endogènes
avec la variable dépendante, c’est le cas notamment de l’ouverture commerciale et de la
valeur ajoutée industrielle. En effet, plusieurs études constatent que l’ouverture provoque
une croissance industrielle, tandis que d’autre trouvent le contraire (A DAMU & D O ĞAN,
2017). Par conséquent, nous devons contrôler les biais résultant de la causalité simultanée
ou inverse 7 . À cette fin, nous utilisons deux méthodes d’estimation, la méthode usuelle
en effet fixes ou aléatoire et l’estimateur SGMM (System Generalized Method of Mo-
ments) développé par B LUNDELL et B OND (1998). Cette méthode permet de résoudre les
problèmes de biais de simultanéité, de causalité inversée et de variables omises qui affai-
blissaient les résultats des estimateurs usuels. Elle permet aussi de traiter le problème de
l’endogénéité de toutes les variables explicatives qui se pose lors de l’estimation.
10.4.2 Résultats de l’estimation
Les tests de diagnostic affichent des résultats favorables permettant d’accepter la vali-
dité des différents modèles estimés. D’un côté, la statistique F de Fischer confirme l’hété-
rogénéité des pays sous la forme d’un effet fixe 8 , puisque F-test est inférieur à 5%, d’un
autre côté, le test de suridentification de Hansen ne rejette pas l’hypothèse nulle celle de
la validité des instruments 9 utilisées et le test d’Arellano et Bond affirme l’absence de
l’autocorrélation à l’ordre 2.
D’une manière générale, les résultats des deux estimations se rapprochent en termes
d’explication de la variable dépendante, néanmoins les coefficients estimés du modèle
SGMM ont été jugés plus conformes aux prédictions théoriques.
On constate qu’il existe une relation significative de signe positif, au niveau des deux
estimations, entre l’ouverture commerciale et la performance du secteur industriel. Par
ailleurs, le développement dudit secteur dépend principalement des échanges commerciaux
7. Ce constat est confirmé par le test d’endogénéité (les coefficients associés aux résidus sont significatifs).
8. Le test d’Hausman a validé l’utilisation du modèle à effets fixes.
9. Les instruments utilisés dans notre cas sont les variables supposées endogènes (l’indice de l’ouverture
commerciale et la valeur ajoutée industrielle en % du PIB) retardées et les variables exogènes exprimées en
niveau
OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL 177
Tableau 2 : Impact de l’ouverture commerciale sur le développement
du secteur industriel en ASS
Estimation effet fixe Estimation GMM system
Coefficient Ecart Type (t) Coefficient Ecart Type (t)
0.072 0.296
OUV 2.15 4.02
(0.003) (0.000)
0.116 -0.065
INVES 5.59 -1.36
(0.000) (0.187)
0.001 0.010
TRAV 0.03 0.51
(0.977) (0.616)
-0.021 0.103
EDU -1.04 2.27
(0.297) (0.032)
0.039 0.336
FIN 2.02 0.67
(0.044) (0.508)
-0.148 0.006
INSTI -4.14 0.10
(0.000) (0.919)
-0.004 -0.111
INF -0.57 6.14
(0.568) (0.000)
2.358 1.289
Constante 3.04 2.68
(0.002) (0.013)
Nombre d’instrument 25
Hansen test 21.89
AR(1) 0.059
AR(2) 0.363
R-sq 0.080
rho 0.753
F-test (0.000)
Sortie du logiciel Stata
dans la région de l’ASS. Ce résultat montre également que l’ouverture commerciale ne
détruit pas le secteur industriel comme il est avancée par les travaux antérieurs 10 , L’idée
conventionnelle sur les effets néfastes du commerce extérieur sur les industries nationales
ne s’applique pas dans les pays en développement échantillonnés. Par conséquent, les pays
en développement en général et les pays de l’ASS en particulier sont invités à adopter des
politiques commerciales plus ouvertes sur l’extérieur dans la mesure où le démantèlement
tarifaire pourrait stimuler la compétitivité et la performance du secteur industriel.
Le facteur travail se comporte positivement mais non significativement avec la variable
dépendante,tandis que l’éducation affiche un signe positif et significatif au seuil de 5%.
Par conséquent, l’investissement en capital humain notamment une augmentation des dé-
penses en éducation pourrait stimuler d’avantage le développement industriel de la région.
Le coefficient associé aux institutions est positif mais non significatif au seuil de 5%, la
faible significativité de cette variable peut être due principalement à la mauvaise qualité
institutionnelle des pays de cette région.
Pour ce qui est des autres variables, le coefficient associé à l’investissement est néga-
tif et non significatif au seuil de 5%. La non contribution de l’investissement public au
10. Les travaux de RODRIK (1992) et de M IYAGIWA et O HNO (1995) montrent, que l’ouverture commerciale
réduit la part de marché des entreprises domestiques, ce qui les incite à moins investir. Il s’en suit un impact
négatif sur leur productivité et donc sur leur compétitivité.
178 OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR INDUSTRIEL
développement industriel pourrait être expliquée par la baisse de l’effort d’investissement
public due à l’augmentation de la dette publique, l’augmentation des coûts d’emprunt et la
diminution des recettes. Les travaux réalisés sur l’investissement public en Afrique subsa-
harienne montrent que lorsque les pays contrôlent la corruption, assurent la stabilité poli-
tique, l’investissement public serait relancé.
De même, l’accès au financement exerce un impact positif et non significatif sur le
développement du secteur industriel en ASS. L’étroitesse du volume des crédits accordés
aux entreprises locales, s’explique d’un côté par la présence de l’asymétrie d’information,
qui est un résultat de non disponibilité de ressources fortes pour garantir ces crédits et d’un
autre côté du faible développement du système bancaire dans cette région, ce résultat est
aligné avec l’étude de F JOS, G RUNFELD et G REEN (2010).
Le signe négatif du coefficient associé à l’inflation indique qu’une politique de stabilité
macroéconomique ayant comme principal objectif la maitrise de l’inflation, influe positi-
vement le développement du secteur industriel de l’ASS dans la mesure où la baisse du
déflateur du PIB est associé à une augmentation de la valeur ajoutée industrielle.
De façon générale, les pays de l’Afrique subsaharienne présentent des caractéristiques
hétérogènes en matière de croissance économique, de potentiel commercial, de dotation
en ressources naturelles et de fragilité aux chocs externes et d’industrialisation. Dans notre
étude, nous adoptons la classification du FMI (Perspectives économiques régionales pour
l’Afrique subsaharienne), qui identifie cinq groupes : les pays exportateurs de pétrole, les
pays à revenu intermédiaire, les pays à faible revenu, les pays fragile set les pays d’ASS à
forte croissance et non riches en ressources (NRRHG) (Burkina Faso, Éthiopie, Mozam-
bique, Rwanda, Tanzanie et Ouganda), définis par le FMI (2013) comme des pays ayant
connu une croissance forte et soutenue depuis le milieu de l’année 1990, et qui n’ont pas
exploité les ressources naturelles à grande échelle au cours de cette période. Cette classi-
fication des pays de l’ASS est retenu dans notre analyse pour donner plus de profondeur
à nos résultats et préciser les sous-régions qui représentent le plus la relation entre ouver-
ture et développement industriel. En outre l’augmentation du nombre d’observation par
l’élargissement de la dimension temporelle (1980-2016) permet de garantir une meilleure
précision des estimateurs, de réduire les risques de multicolinéarité ainsi d’élargir le champ
d’investigation.
Les résultats de l’analyse en sous-région sont présentés dans le tableau ci-dessous.
L’ouverture commerciale affecte positivement la performance du secteur industriel des
trois premiers groupes considérés. Néanmoins, l’impact est non significatif au seuil de 5%
chez les pays à faible revenu et les pays fragiles. Ce résultat peut être considéré comme
raisonnable dans la mesure ou les gains liés à la libéralisation des échanges (que ce soit
en termes de développement industriel ou de bien- être) sont supposés concentrés dans les
pays ayant un niveau de revenu avancé et les plus compétitifs tels que les pays à croissance
élevée, non riche en ressources.
Par conséquent, les pays à faible revenu et les pays fragiles sont invités à mettre en
œuvre une sorte de protectionnisme afin de protéger leurs industries, naissantes ou fragiles,
de la concurrence étrangère, permettant ainsi de réaliser les objectifs de développement
nationaux qui constituent le point de départ vers une ouverture commerciale. Toutefois,
ces politiques commerciales protectionnistes peuvent s’avérer difficiles à mettre en œuvre
en appliquant les règles de l’organisation mondiale du commerce.
On constate que le coefficient est plus élevé au niveau du premier groupe (pays exporta-
teurs du pétrole), Ces pays sont en effet parmi les plus dépendants aux échanges, tant pour
CONCLUSION 179
Tableau 3 : Impact de l’ouverture commerciale sur le développement du secteur industriel
par sous-région dans l’ASS
Pays exportateurs Pays à croissance élevée, MIC pays à revenu LIC, pays à Pays
du pétrole non riche en ressource intermédiaire faible revenu fragiles1
0.937 0.413 0.601 0.002 -0.048
OUV
(0.006) (0.041) (0.008) (0.988) (0.459)
-0.502 -0.145 -0.440 -0.128 0.020
INVES
(0.052) (0.278) (0.035) (0.290) (0.803)
-0.397 1.298 0.017 -0.364 -0.343
TRAV
(0.007) (0.022) (0.978) (0.542) (0.426)
-0.351 0.116 0.004 0.411 0.179
EDU
(0.115) (0.301) (0.948) (0.014) (0.121)
1.793 -0.455 -0.344 -0.817 0.005
FIN
(0.002) (0.010) (0.205) (0.332) (0.904)
-0.854 0.179 -0.276 0.196 0.071
INSTI
(0.235) (0.132) (0.135) (0.042) (0.408)
0.026 -0.003 0.003 -0.009 0.028
INF
(0.656) (0.821) (0.861) (0.448) (0.024)
Nombre
29 29 26 28 25
d’instruments
AR(1) 0.017 0.068 0.069 0.028 0.092
AR(2) 0.404 0.216 0.405 0.493 0.264
1
Le FMI définit les pays fragiles comme ceux dont les pouvoirs publics ne sont pas en mesure d’assurer les services de base
et la sécurité nécessaires à la population, et entravé par des obstacles sérieux et profondément enracinés. Ces pays présentent
généralement un risque élevé d’instabilité tant politique (guerre civile incluse) qu’économique (en raison d’un manque de
services publics, d’une gestion économique inadaptée et d’une difficulté à absorber les chocs ou à y riposter)
Sortie du logiciel stata
leur activité économique que pour leurs recettes fiscales. La libéralisation du commerce
pourrait alors réduire la spécialité de ces pays dans l’exportation des matières premières en
augmentant les débouchés dans la partie de l’économie compétitive à l’échelle mondiale
et attirer ainsi des ressources qui pourraient être allouées dans les secteurs générateurs
de richesse, notamment le secteur industriel. Entre autre, l’intégration régionale de cette
sous-région favorise le commerce de produits à des stades de transformation plus avancés.
Les déterminants du développement industriel différent d’un groupe à l’autre. Ainsi
selon nos résultats, les exportateurs de pétrole bénéficient d’un fort système financier en-
courageant par ailleurs la performance industrielle. Tandis que les pays à croissance élevée
se caractérisent d’une forte main d’œuvre qualifiée qui participe fortement dans le déve-
loppement dudit secteur. D’un autre point, les mesures prises dans le cadre de la bonne
gouvernance sont perpétuelles dans les pays à faible revenu telle qu’une réglementation
respectée favorise un climat propice pour le développement industriel de cette sous-région.
10.5 Conclusion
Ce papier avait comme objectif d’analyser l’impact de l’ouverture commerciale sur la
performance du secteur industriel des pays de l’Afrique subsaharienne durant la période
1980-2016. Les résultats de l’estimation suggèrent que l’ouverture commerciale se pré-
sente comme un facteur clé pour le développement industriel dans le contexte de la région
de l’ASS. Ces pays sont par conséquent invités à adopter des politiques commerciales plus
ouvertes et aussi à accélérer leurs processus de libéralisation commerciale pour parvenir à
180 OUVERTURE COMMERCIALE ET DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR INDUSTRIEL
un développement industriel et une transformation structurelle. Ce résultat remet en cause
l’idée conventionnelle sur les effets néfastes du commerce extérieur sur les industries na-
tionales des pays en développement. La stabilité macroéconomique et une main d’œuvre
qualifiée déterminent également la performance industrielle de la région.
La décomposition en groupes des pays de la région considérée selon leurs niveau du
revenu en se basant sur la classification du FMI nous a permis de parvenir à des résultats
plus expressifs ; On observe également une grande hétérogénéité, parmi les pays d’Afrique
subsaharienne, quant à l’impact de la libéralisation des échanges sur la performance du
secteur industriel. D’un côté l’effet est plus élevé dans les pays à haut revenu par rapport
aux pays à revenu intermédiaire. Alors que l’impact se révèle être négatif pour les pays
fragiles qui sont exposés à une destruction de leur secteur industriel. D’où la nécessité
de l’adoption d’une politique commerciale protectionniste permettant de préserver les in-
dustries naissantes et fragiles à la concurrence étrangère. Notre analyse empirique montre
alors que le développement économique initial est une condition indispensable pour toute
forme de libéralisation commerciale dans cette région.
Un autre élément de réflexion qui se pose lorsqu’on parle du rôle de l’ouverture com-
merciale dans le développement industriel de la région est celui des priorités des pays de
l’Afrique subsaharienne en matière d’intégration régionale. Bien que les accords commer-
ciaux internationaux, annoncés entre l’Afrique subsaharienne et le reste du monde, soient
positifs pour le continent et méritent d’être encouragés, l’accent doit néanmoins être mis
sur la conclusion de partenariats commerciaux entre les pays africains eux-mêmes. Des
simulations économiques montrent que, comparée à des accords commerciaux multilaté-
raux, l’intégration intracontinentale permettrait de répartir de manière plus équilibrée, entre
les pays concernés, les gains liés aux échanges (D OUILLET & PAUW, 2012). Le commerce
intra-africain pourrait alors rapporter autant à l’Afrique subsaharienne qu’une intégration
multilatérale au commerce mondial.
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ANNEXES
Répartition selon le niveau du revenu
Non-Resource-Rich Middle income Low-Income
Oil-exporting Fragile
High Growth countries countries
Angola Burkina Faso Botswana Benin Burundi
Cameroon Ethiopia Cape Verde Burkina Faso Central Africa Rep
Chad Mozambique Ghana Ethiopia Comoros
Congo, Rep Rwanda Lesotho Gambia Congo, DRC
Equatorial Guinea Tanzania Mauritius Kenya Cote d’Ivoire
Gabon Uganda Namibia Madagascar Eritrea
Nigeria Seychelles Malawi Guinea
Senegal Mali Guinea-Bissau
South Africa Mozambique Liberia
Swaziland Niger Sao Tome and Principe
Zambia Rwanda Togo
Sierra Leone Zimbabwe
Tanzania
Uganda
Source : FMI, Perspectives économiques régionales du FMI