Contribution du changement structurel à la
croissance de la productivité du travail au Maroc
Charaf-Eddine Moussir et Abdellatif Chatri
Chapitre du live Overture, productivité et croissance économique au Maroc , Édité par
Chatri Abdellatif, Publié par Laboratoire d’Economie Appliquée (Mohammed V Univ.) &
Policy Center for the New South, ISBN (WEB) : 978-9920-37-593-1
Citer ce document :
Moussir, CE. & Chatri, A. (2019). Contribution du changement structurel à la croissance
de la productivité du travail au Maroc. In A. Chatri (éd). Ouverture, productivité et
croissance économique au Maroc. Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for
the New South. Rabat
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CHAPITRE 9
CONTRIBUTION DU CHANGEMENT
STRUCTUREL À LA CROISSANCE DE LA
PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL AU MAROC
Charaf-Eddine Moussir, Abdellatif Chatri
Laboratoire d’Économie Appliquée, Université Mohammed V de Rabat
E-mail de correspondance : charafmoussir92@gmail.com
Résumé : Ce papier a pour objectif de vérifier si le Maroc s’est inscrit dans un processus de
transformation structurelle. L’analyse de la structure économique met en exergue une inertie
structu-relle, une volatilité du secteur agricole, une faible intégration du secteur industriel et un
secteur des services dominé par des branches traditionnelles ou peu exposé à la concurrence
internatio-nale. Les résultats de la décomposition de la productivité travail au Maroc montrent
que la transformation structurelle a peu contribué à son augmentation. C’est en effet la part
intra-sectorielle qui semble expliquer l’essentielle des gains de productivité. De surcroit, la
composante dyna-mique de l’effet de réallocation semble été négatif. Par ailleurs, nos résultats
montrent que la flexibilité du marché de travail, l’ouverture commerciale, et la qualité des
institutions sont les principaux déterminants de la transformation structurelle au Maroc.
Mots clés : Transformation structurelle, productivité, réallocation, Maroc.
Abstract : The purpose of this paper is to assess whether Morocco has been engaged in a process
of structural transformation. The analysis of the economic structure highlights structural inertia,
volatility in the agricultural sector, poor integration of the industrial sector and a service sector
dominated by traditional sectors or with little exposure to international competition. The results
of the decomposition of labour productivity in Morocco indicate that structural transformation
has contributed little to its increase. It is indeed the intra-sectoral share that seems to explain most
of the productivity gains. In addition, the dynamic component of the reallocation effect appears
to be negative. Moreover, our results also show that labour market flexibility, trade openness, and
the quality of institutions are the main determinants of structural transformation in Morocco.
Keywords: Structural transformation, productivity, reallocation, Morocco.
JEL Classification : L16, E24, F15, O55.
Ouverture, productivité et croissance économique au Maroc, Éd. Chatri Abdellatif. 147
Copyright
c 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for the New South.
148 CHANGEMENT STRUCTUREL ET LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
9.1 Introduction
Au cours de leur décollage économique, les pays considérés aujourd’hui comme avan-
cés ont tous pu se diversifier loin de l’agriculture, des ressources naturelles et de la produc-
tion de biens manufacturés traditionnels (aliments et boissons, vêtements et textiles, par
exemple). Grâce à l’amélioration de la productivité dans l’agriculture, la main-d’œuvre et
le capital se sont progressivement tournés vers l’industrie et les services, ce qui a entraîné
une augmentation de la productivité globale et des revenus (Unctad, 2016). En revanche,
les économies considérées aujourd’hui comme moins avancées n’ont pas réussi à réaliser
une transformation similaire de leurs structures productives et sont restées prises au piège
des revenus faibles et moyens 1 .
L’augmentation de la productivité représente un passage obligé pour les économies en
développement afin d’atteindre et de maintenir un niveau de vie plus élevé. Les processus
nécessaires pour y parvenir comprennent l’utilisation de technologies améliorées, l’inves-
tissement dans le capital humain, des coûts de transaction plus faibles facilitant l’intégra-
tion des activités économiques ainsi qu’une allocation de ressources plus efficace. Lorsque
ce processus est réussi et soutenu pendant des décennies, il mène au processus de transfor-
mation structurelle (C. P. T IMMER, 2007 ; C. P. T IMMER & A KKUS, 2008).
La transformation structurelle est essentielle non seulement comme source de crois-
sance de la productivité et d’augmentation du revenu par habitant, mais aussi en tant que
mécanisme qui aide à accroître la diversité de la structure économique, ce qui crée une
résilience du pays face à la pauvreté et aux chocs extérieurs. Le changement structurel
peut générer des gains statiques et dynamiques. Le gain statique est dû à la hausse de la
productivité du travail dans l’ensemble de l’économie car les travailleurs sont employés
dans des secteurs plus productifs. Les gains dynamiques, qui suivent au fil du temps, sont
dus à l’amélioration des compétences et aux externalités positives qui résultent de l’accès
des travailleurs à de meilleures technologies et à l’accumulation de capacités. Ce proces-
sus peut être défini comme une transformation générant simultanément une croissance de
la productivité dans les secteurs et des transferts de la main-d’œuvre vers des secteurs à
plus forte productivité, créant ainsi des emplois plus rémunérateurs, plus formels et plus
productifs.
Le reste de ce papier est organisé comme suit. La deuxième section présente une vue
d’ensemble sur la transformation structurelle de l’économie marocaine ainsi que son de-
gré d’intégration sectoriel. La troisième section, quant à elle, traite deux points essentiels :
(i) La décomposition de la productivité afin d’isoler l’effet intra sectoriel de l’effet inter-
sectoriel, puis (ii) Evaluer les déterminants de la transformation structurelle au Maroc. La
dernière section conclut.
1. Le piège du revenu moyen (The middle income trap) est la situation dans laquelle la croissance d’un pays
ralentit après avoir atteint les niveaux de revenu moyens (en raison d’avantages donnés) et se retrouve coincé à ce
niveau. La transition vers les niveaux de revenu élevé devient alors inaccessible.
TRANSFORMATION STRUCTURELLE DU MAROC 149
9.2 Transformation structurelle du Maroc : une vue d’ensemble
9.2.1 Une structure économique relativement inerte dans le temps
La croissance économique du Maroc est caractérisée par une évolution en dents de
scie (Figure 1). Cette volatilité est liée à la concentration de la production dans un petit
nombre de secteurs, à savoir celui des matières premières et le secteur agricole, qui sont
fortement dépendants des marchés mondiaux et des aléas climatiques (BAD, 2015). Le
PIB non agricole quant à lui affiche une volatilité moindre, ceci trouve son origine dans la
dynamique des activités des industries de transformation, de la finance, du commerce et du
transport qui dépendent, essentiellement, de la demande intérieure (HCP, 2017).
Les pays qui peuvent tirer pleinement des bienfaits de la croissance économique, sont
ceux qui réalisent des gains de productivité importants, au travers d’une réallocation ré-
gulière du travail et du capital vers des secteurs plus productifs (M C M ILLAN, RODRIK &
V ERDUZCO -G ALLO, 2014). Le changement structurel dans l’économie renvoie à la tran-
sition de la production primaire vers une industrie axée sur des activités plus sophistiquées
et intensives en compétences et en technologies (ACHY et al., 2013). Or, ce processus de
transformation structurelle se trouve moins significatif au Maroc (Figure 2). Contrairement
aux pays à revenu intermédiaire élevé, la part de l’agriculture dans le PIB au Maroc n’a que
graduellement diminué au cours des 35 dernières années mais qui reste importante avec une
contribution aux alentours de 15% du PIB et 39% de l’emploi total en 2016 2 . Par contre, la
part de l’industrie est demeurée relativement stable au cours des années 1990, ne parvenant
pas à insuffler une réelle dynamique au marché du travail dans son ensemble, avec plus de
1,2 million de personnes soit environ 12% de la population active occupée en 2016. Bien
que le secteur des services, qui concentre également environ 40% des emplois (67% du
total des emplois créés), semble en expansion, la majorité des emplois se concentrent dans
les services traditionnels de faible qualification (commerce de détail, de gros, transport,
etc.). Les 87 mille nouveaux emplois créés annuellement au niveau de ce secteur résultent
principalement de la création de 24 mille postes par la branche du "commerce de détail
et réparation d’articles domestiques", de 13 mille par celle des "services personnels", de
11 mille par les "transports terrestres" et de 9 mille par les "hôtels et restaurants" (HCP,
2015). La tertiarisation du Maroc s’est opérée à partir d’un niveau de développement de
l’industrie faible, ce qui limite la portée du processus de transformation. De ce fait, trois
faits stylisés importants semblent apparaitre lorsqu’on analyse la dynamique structurelle de
l’économie marocaine : une faible industrialisation qui émane d’une une allocation sous-
optimale du travail non-qualifié, une allocation sous-optimale du travail qualifié résultant
de la faible diversification du tissu économique ainsi qu’une difficile allocation des talents
conduisant à un faible dynamisme entrepreneurial (HCP ET BM, 2017).
9.2.2 Un secteur agricole volatile et peu intégré dans l’économie
L’histoire du développement économique au Maroc nous enseigne que la contribution
du secteur agricole reste fortement tributaire de la pluviométrie et de sa répartition dans
la saison. En effet, cette irrégularité de la production affecte fortement les performances
globales de l’économie du pays avec une part estimée à 15% en 2016. Le figure 3 met en
2. HCP (2016). Situation du marché du travail en 2016
150 CHANGEMENT STRUCTUREL ET LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
relief une baisse relativement plus rapide de la part de la production agricole contraire-
ment à l’emploi dans le même secteur. Ce décalage dans la vitesse de déclin entre les parts
de l’emploi et de la production va à l’encontre d’une transformation structurelle rapide.
H AYAMI et RUTTAN (1985) soulignent qu’une taille importante du secteur agricole relati-
vement au reste de l’économie limite le taux de migration des travailleurs vers les emplois
non agricoles. Dans une économie avec comme principale activité l’agriculture, la part re-
lative des emplois agricoles diminuera lentement même si la croissance de l’emploi dans
l’industrie et les services est très rapide. J OHNSTON, K ILBY et al. (1975), quant à eux,
soulèvent qu’une demande intérieure pour les biens produits par l’agriculture limitée par
la petite taille du secteur urbain-industriel et par les bas revenus des travailleurs de l’indus-
trie et des services limitent à leur tour la demande du secteur agricole pour les différents
intrants comme les engrais et le matériel agricole.
Les résultats du modèle input output (Figure 4) mettent en relief que l’agriculture est
plus liée à d’autres secteurs en tant que fournisseur d’intrants plutôt qu’utilisateur de ces
derniers (Figure 5). Ceci est très plausible car l’agriculture marocaine utilise des produits
importés tels que des équipements et des semences sélectionnées. Malgré le fait que le Ma-
roc soit le premier producteur et exportateur de phosphates, la quantité de ce produit utilisé
par les agriculteurs est très faible et ironiquement les petits ne trouvent pas les dérivés
de ce produit sur le marché (T OUNSI, E ZZAHID, E L A LAOUI & N IHOU, 2013). On peut
soulever d’après les liens en amont et en aval que le tissu agricole marocain n’est pas suffi-
samment diversifié et intégré pour pouvoir utiliser les inputs provenant des autres branches
d’activité, lesquels conditionnent d’une certaine manière la productivité du secteur agricole
(C HATRI, M AAROUF & E ZZAHID, 2015).
9.2.3 Un faible dynamisme industriel
Avec l’ambition de devenir un hub industriel le Maroc s’est lancé, depuis les années
2000, dans plusieurs réformes afin de réaliser cet objectif. En profitant de sa proximité du
continent européen, le Maroc a employé un ensemble de mesures pour attirer de nouveaux
acteurs issus de secteurs à fort potentiel, tels que le secteur automobile et aéronautique.
Le port de Tanger et la zone de libre-échange qui l’entoure, ou la zone industrielle de
Nouaceur à la périphérie de Casablanca entrent dans cette catégorie. Toutefois, les faits
stylisés reflètent une autre image, la contribution de l’industrie dans le PIB a connu une
évolution en dents de scie, se situant encore et toujours à moins de 15% avec une part dans
la population active occupée de plus de 1,2 million de personnes soit 20,6% de l’emploi
total en 2016 (Figure 5). La baisse de la part de ce secteur dans l’emploi total s’expliquerait,
entre autres, par les transformations profondes qu’a connues le tissu industriel marocain
notamment, le recul du poids des activités traditionnelles suite à la modernisation du mode
de production de certaines activités et à l’émergence de nouvelles industries, caractérisées
par une forte valeur ajoutée et par l’utilisation de plus de capital et moins de mains d’œuvre.
La productivité du travail au Maroc a augmenté de manière significative comparative-
ment à d’autres pays (Figure 6). Cette productivité semble être améliorée dans l’industrie
sous l’effet d’une réduction de l’emploi au profit des services. Toutefois, l’emploi dans ce
secteur, reste caractérisé par une faible qualification et la prévalence de l’informalité. En
2014, ce secteur représentait la deuxième plus importante proportion des actifs occupés
n’ayant aucun diplôme (63%) après l’agriculture (84,2%).Par ailleurs, ce secteur constitue
le principal refuge des jeunes dont l’emploi est en régression dans presque tous les autres
secteurs (HCP ET BM, 2017).
TRANSFORMATION STRUCTURELLE DU MAROC 151
L’intensité des relations entre les différentes branches, présente des effets en amont très
importants, signifiant que les différentes branches sont plus liées à d’autres branches en tant
que pourvoyeur d’intrants (Figure 7). Les industries mécaniques et extractives reflètent des
performances différenciées par rapport aux autres branches. En effet, ces dernières ont été
les plus dynamiques au niveau de l’intégration en aval drainant une offre accrue de produits
à destination des branches qui utilisent sa production comme inputs pour leur production.
Cette performance résulte de la mise en place d’écosystèmes industriels ayant pour voca-
tion de créer une nouvelle dynamique économique. La faiblesse de l’intégration du secteur
industriel - et plus particulièrement le secteur automobile et aéronautique- s’explique par
le fait que l’approvisionnement de ces usines en composants et matières se fait presque ex-
clusivement depuis l’étranger, les fournisseurs de rang 2 et 3 étant peu présents au Maroc.
A ce jour, si ce n’est l’implantation d’une vingtaine de nouveaux fournisseurs de rang 1 au-
tour du constructeur, qui a permis la création localement d’entreprises de services (sécurité,
transports, maintenance, commerce, etc.) et d’achats indirects (comme les huiles et autres
consommables, y compris la papeterie). Toutefois, force est de constater que l’équation
n’a pas pu être résolue par les fournisseurs à capitaux marocains (B ENABDEJLIL, L UNG
& P IVETEAU, 2016).
9.2.4 Emergence de services modernes également lente
Le secteur des services semble jouer un rôle important dans la dynamique de l’écono-
mie marocaine. Il contribue à plus de 55% du PIB et emploie près de 40% de la popula-
tion active (Figure 8). Dans ce cadre, le secteur des services, avec une création annuelle
moyenne de 87 mille emplois (67% du total des emplois créés), reste de loin le secteur
le plus pourvoyeur d’emplois au niveau national, suivi du secteur des BTP avec 31 mille
emplois (24%), puis l’agriculture, forêt et pêche avec 10 mille postes (8%) et, en dernier
lieu, le secteur de l’industrie (y compris l’artisanat) avec 1 mille postes (1%) (HCP, 2015).
L’évolution conjointe de la production et de l’emploi dans le secteur des services est
expliquée par l’externalisation croissante des services entrant dans le processus de produc-
tion et qui se trouve notamment confiées à des entreprises spécialisées. L’externalisation
explique pour une grande partie l’augmentation de l’emploi dans les services. Ceci rend
plus difficile la distinction entre les activités des services et les activités de fabrication. Il
convient de garder à l’esprit ces évolutions lors de l’appréciation de l’évolution du secteur
des services.
La productivité des services a connu une augmentation significative durant la période
considérée (Figure 9). Cependant, celle-ci semble rester inférieure comparativement à
d’autres pays. Cette faiblesse s’explique en partie par un faible niveau d’éducation ainsi
que la prévalence de l’informalité 3 . La croissance du secteur non agricole est lente et la
majorité des emplois du secteur des services se concentrent dans les services traditionnels
de faible productivité (commerce de détail, de gros, transport, etc.) (HCP, 2017).
Le secteur des services présente une prédominance de l’intégration en amont conduisant
à une inertie dans la montée en gamme (Figure 10). Les résultats des tableaux d’entrées-
sorties montrent que les secteurs de l’immobilier, des activités financières et du transport
sont les plus intégrés dans l’économie nationale. Le secteur de la finance et de l’assu-
3. Les salaires des emplois formels sont près de trois fois supérieures à ceux de l’informel parmi les personnes
les mieux formées.
152 CHANGEMENT STRUCTUREL ET LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
rance, qui constitue pourtant l’un des atouts compétitifs de l’économie marocaine, n’em-
ploie qu’environ 60 000 personnes, avec une création de 2000 emplois nets en moyenne par
an. Bien qu’il progresse de manière sensible, ce secteur ne représente que 3% de l’emploi
actuellement 2016 (contre 1,5% en 2000). L’amélioration de certains secteurs au détriment
d’autres met en relief les insuffisances a uxquelles l e M aroc e st c onfronté f reinant ainsi
l’émergence d’un processus de transformation structurelle.
9.2.5 Une convergence lente et incomplète
Après deux décennies marquées par une croissance faible et erratique, la trajectoire du
modèle de développement du Maroc s’est inscrite, au cours des années 2000, dans un pro-
cessus de rattrapage économique relativement résilient, l’objet étant d’initié un processus
de transformation économique faisant du Maroc l’un des pays les plus réformateurs de
la région MENA (W ORLD BANK, 2017). En dépit des différentes stratégies amorcées, la
productivité affiche une distorsion intersectorielle freinant ainsi le schéma de convergence
au sein de l’économie.
En plus des différentes insuffisances d écrites c i-dessus ( voir s ection 2 .2, 2 .3 e t 2.4),
d’autres paramètres interfèrent dans l’explication de cette lenteur. En effet, tous les secteurs
de l’économie n’accèdent pas facilement aux technologies innovantes. La structure écono-
mique du Maroc souffre d’un problème de créations d’emplois qui se trouvent concentrées
dans les secteurs à faibles gains de productivité (Figure 11). On note qu’entre 2000 et 2014,
l’économie marocaine a créé environ 1,1 million d’emplois en dehors du secteur agricole.
Plus de la moitié de ces postes (570 000) ont été générées dans deux secteurs : la construc-
tion et hôtellerie et restauration. Or non seulement ces deux secteurs présentent une faible
valeur ajoutée par habitant, mais ils se caractérisent aussi par des gains de productivité
nettement inférieurs à ceux des autres secteurs d’activités (HCP, 2015, 2016). L’allocation
sectorielle de l’emploi, qui reflète en partie les objectifs des politiques publiques, a donc
eu tendance à affaiblir les gains de productivité de l’ensemble de l’économie marocaine
(W ORLD BANK, 2017).
Afin de mieux évaluer les limites de la convergence économique amorcée depuis les
années 2000, il est nécessaire de comparer la trajectoire du Maroc avec d’autres pays ayant
réussi leur décollage économique. La dynamique de rattrapage du Maroc a été plus faible
que celle d’autres pays émergents, ou bien de certains pays qui ont débuté avec les mêmes
caractéristiques initiales comme la Corée du Sud. Le Maroc accuse un retard considérable
dans le processus de rattrapage des pays avancés 4 , il peut être estimé à 66 ans pour la
France, 61ans pour l’Italie en 56 ans pour l’Espagne et 51 ans pour le Portugal. Ainsi,
l’écart économique entre le Maroc d’aujourd’hui et l’Europe peut être estimé à environ un
demi-siècle (W ORLD BANK, 2017).
L’intensité capitalistique a emprunté la même voie que celle de la productivité (Figure
12). Cette amélioration conjointe a été réalisée sous l’effet de l’accroissement de l’intensité
capitalistique, c’est-à-dire le renforcement du stock de capital disponible par actif occupé,
d’une part et d’autre part, par la productivité globale des facteurs, via une meilleure combi-
naison des facteurs de production grâce à l’amélioration du cadre sociétal et institutionnel
de la gestion économique du pays (HCP, 2018). L’intensité capitalistique a connu une
4. Le niveau de vie actuel des Marocains avait été atteint par les Français en 1950, par les Italiens en 1955,
par les Espagnols en 1960 et par les Portugais en 1965.
UNE TRANSFORMATION STRUCTURELLE LIMITÉE 153
amélioration de 5,2% par an durant la période 1998-2014 dans le secteur des services au
lieu de 4,9% dans l’industrie et 1,2% dans l’agriculture. Cette amélioration dans le secteur
les services a été portée par l’accumulation effective du capital, celle dans l’agriculture et
l’industrie aurait été induite par les baisses d’emplois enregistrées dans ces secteurs (HCP,
2016).
9.3 Une transformation structurelle limitée
9.3.1 Changement structurel au Maroc : résultats de la décomposition
La croissance de la productivité du travail dans une économie peut être réalisée de deux
façons. Tout d’abord, la productivité peut croître dans les secteurs économiques grâce à
l’accumulation du capital, au changement technologique ou à la réduction de la mauvaise
répartition dans les usines. Deuxièmement, le travail peut se déplacer entre les secteurs -
des secteurs à faible productivité vers des secteurs à forte productivité - ce qui augmente la
productivité globale du travail dans l’économie. Au cours de ce processus de transforma-
tion structurelle, l’emploi se déplace dans tous les secteurs : les mouvements des secteurs
de faible à haute productivité augmentent la productivité globale du travail rendant ainsi le
secteur avec une productivité beaucoup plus large (le changement structurel ou l’effet de
réaffectation).
Afin de rendre compte de cette transformation structurelle au Maroc, deux approches
seront utilisées, celles de M C M ILLAN et al. (2014), ainsi que D E V RIES, T IMMER et
D E V RIES (2015). La première approche fait suite à la décomposition utilisée par D UNNE,
H ALTIWANGER et T ROSKE (1997), FABRICANT (1942), F OSTER, H ALTIWANGER et K RI -
ZAN (2001), est donnée par :
X X
∆Pt = Si,t−k ∆Pi,t + Yi,t ∆Si,t (1)
i=n i=n
Où Pt et Yi,t font référence, à la productivité du travail à l’échelle de l’économie et
sectorielle et Si,t capte la part de l’emploi dans le secteur i au temps t. ∆ désigne les
changements de productivité (∆Yi,t ) ou les parts d’emploi (∆Si,t ) entre les temps t − k
et t. D E V RIES et al. (2015) quant à eux, capitalisent sur la décomposition de M C M ILLAN
et al. (2014), mais vont encore plus loin en décomposant la partie intersectorielle en deux
sous composantes :
X X
PiT − Pi0 Si0 + SiT − Si0 Pi0
∆P =
i i
X X (2)
PiT Pi0 SiT − Si0
+ − ×
i i
Où Si représente la part du secteur i dans l’ensemble de l’emploi, Pi le niveau de pro-
ductivité de la main-d’œuvre du secteur i et les exposants 0 et T se réfèrent à la période
initiale et finale. Le premier terme se rapporte à l’effet intra sectoriel (Within). Le deuxième
terme dans l’équation (2) capture le mouvement des travailleurs vers des secteurs de niveau
de productivité supérieurs à la moyenne (effet de réaffectation statique, que nous appelle-
rons l’effet intersectoriel). Le troisième terme est connu comme le terme transversal ou
154 CHANGEMENT STRUCTUREL ET LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
le terme d’interaction (M. P. T IMMER, 2000 ; VAN A RK, 1996). Cela représente l’effet
conjoint des changements dans les parts d’emploi et la productivité sectorielle. Il est posi-
tif (négatif) si les travailleurs déménagent dans des secteurs qui connaissent une croissance
de la productivité positive (négative). Par conséquent, le terme de réaffectation est divisé
en deux termes : si les travailleurs se déplacent vers des secteurs de niveau de productivité
supérieurs à la moyenne (effet de réaffectation statique) et si la croissance de la produc-
tivité est plus élevée dans les secteurs qui s’accroissent en termes de partage d’emplois
(effet de réaffectation dynamique). Les résultats de la décomposition permettent de ressor-
tir avec plusieurs enseignements. Nous notons d’abord que les changements structurels ont
très peu contribué (positivement ou négativement) à la croissance globale de la productivité
du travail aussi bien au Maroc que pour les autres pays de notre échantillon. La structure
de la croissance de la productivité au Maroc ressemble un peu à celles des autres pays où
le changement structurel a apporté une contribution positive mais faible à la productivité
globale (sauf pour la Chine). La part intra sectorielle semble expliquer en grande partie
la croissance de la productivité aussi bien pour les pays développés que pour les pays en
développement (M C M ILLAN et al., 2014).
Une décomposition plus fine permet de jeter un éclairage supplémentaire sur le chan-
gement structurel au Maroc. L’écart entre les effets intersectoriels suggère que la main-
d’œuvre s’est déplacée vers des secteurs ayant des niveaux de productivité supérieurs à la
moyenne tels le cas de l’Egypte, la Malaisie et la Chine. En revanche, le Maroc ainsi que le
Brésil et les Etats Unis accusent une productivité marginale faible. L’effet de réallocation
statique positive reflète une modification dans la répartition de l’emploi entre les secteurs
d’activité (de secteurs à faible productivité à forte productivité). Cependant, la contribution
dynamique négative suggère que la productivité marginale des travailleurs supplémentaires
dans les secteurs en expansion a été inférieure à celle des activités existantes pour certains
pays.
Les résultats du tableau 1 de la décomposition mettent en relief deux situations de réal-
location dynamique, positive et négative. En effet l’Egypte, la Malaisie et la Chine affichent
une situation de croissance de la productivité causée par une réallocation appropriée du tra-
vail dans les trois principaux secteurs (autrement dit, un déplacement de la main-d’œuvre
vers les branches à productivité plus élevée) (D E V RIES et al., 2015 ; M. P. T IMMER,
2000 ; Y ILMAZ et al., 2015). Cependant, pour les autres pays on peut remarquer le carac-
tère négatif de la composante dynamique. Cela pourrait nous laisser à penser que le Maroc
présente le même comportement que les économies avancées, mais cette faible composante
de changement structurel dans les pays à revenu élevé suggère que ces pays ont déjà défini
leur modèle de spécialisation (RODRIK, 2016). M C M ILLAN et al. (2014) expliquent que
ce fait stylisé résulte de la disparition des écarts de productivité intersectoriels au cours du
développement. Même si un grand nombre de ces économies avancées (ou émergents) ont
connu des changements structurels importants au cours de cette période, la main-d’œuvre
passant principalement de l’industrie manufacturière aux industries de services, n’a guère
contribué à la productivité globale. Ce qui détermine la performance de l’ensemble de
l’économie dans ces pays et la façon dont la productivité se fait dans chaque secteur. Par
contre, les pays en développement présentent une image très différente. Un mécanisme
clé contribue à ce processus, il est inhérent à la «rationalisation de l’industrie» : les entre-
prises les moins productives sont écartées de l’industrie et les entreprises restantes perdent
«l’excès de main-d’œuvre». La question qui se pose est qu’arrive-t-il aux travailleurs ainsi
déplacés ? Dans les économies qui ne présentent pas d’importants écarts de productivité in-
tersectoriels, les déplacements de main-d’œuvre n’auraient pas d’implications importantes
UNE TRANSFORMATION STRUCTURELLE LIMITÉE 155
pour la productivité à l’échelle de l’économie. De toute évidence, ce n’est pas le cas pour
les pays en développement.
Le changement structurel est un phénomène surprenant qui appelle à un examen plus
approfondi. Nous pouvons mieux comprendre nos résultats en adoptant une analyse secto-
rielle plus spécifique. Nous comparons la productivité relative des secteurs (yi /Y ) en fin
de période par rapport à la variation de leur part de l’emploi (δSi,t ) entre 2000-2012. La
taille relative de chaque secteur (mesurée par emploi) est indiquée par les cercles entou-
rant l’étiquette de chaque secteur dans les diagrammes de dispersion. Pour le Maroc, la
relation entre le changement de l’emploi et la productivité sectorielle est positive, comme
le montre le Figure 13. L’interprétation figure indique que le secteur des services a connu
un changement positif, tandis que les secteurs de l’agriculture ainsi que de l’industrie pos-
sèdent une valeur négative. En conséquence, le mouvement de la main d’œuvre a été opéré
depuis l’agriculture et l’industrie vers les services. Ces résultats réconfortent ceux obtenus
en utilisant la méthode de décomposition de la productivité. Le processus de transforma-
tion structurelle est enclenché au Maroc depuis l’année 2000, mais il reste conduit vers
les secteurs des services, dont la productivité est inférieure à celle de l’industrie. Seul le
secteur financier affiche une productivité élevée conjuguée à une main d’œuvre qui reste
relativement faible par rapport aux autres secteurs.
9.3.2 Une répartition des branches inchangées : analyse Input-Output
L’analyse croisée entre les liens en amont et en aval permet de relever plusieurs infor-
mations (Figure 14). Situés dans le quadrant supérieur droit, on peut observer les différents
secteurs clés de l’économie marocaine à savoir : l’industrie du textile et du cuir (D02),
l’industrie chimique et para chimique (D03), l’industrie mécanique, métallurgique et élec-
trique (D04), les autres industries manufacturières (D05) et raffinage de pétrole et autres
(D06). Ces secteurs présentaient un fort potentiel pour stimuler d’autres secteurs de l’éco-
nomie en plus d’être d’importants fournisseurs d’intrants. Il convient de noter que ces
branches sont restées toutes les mêmes respectivement en 1998, 2007 et 2013. Par contre,
on peut mettre en relief les liens en amont et en aval de l’industrie mécanique, métallur-
gique et électrique (D04) qui tend à augmenter entre 1998 et 2007, tandis qu’en 2013, leur
niveau est devenu inférieur qu’auparavant. Cela signifie que l’influence des changements
dans la demande finale de cette industrie sur l’ensemble de l’économie devenait initia-
lement plus forte avec le temps, mais ensuite la tendance s’est inversée. Situés dans le
quadrant inférieur droit, les branches agriculture, chasse et services annexes (A00), indus-
trie de l’extraction (C00) et immobilier, location et services rendus aux entreprises (K00)
stimulent la production de biens intermédiaires dans d’autres secteurs et, par conséquent,
dépendent fortement de l’offre interindustrielle. Les données pour les différentes périodes
présentent l’importance de ces secteurs et leur capacité à augmenter la production dans
d’autres secteurs. Toutefois, il est important de signaler que ces branches d’activités sont
restées inchangées. Dans le quadrant supérieur gauche, les branches bâtiments et travaux
publics (F45), industrie alimentaire et tabac (D01), hôtels et restaurants (H55), pêche et
aquaculture (B05), électricité et eau (E00) et transports (I01) présentent une faible capa-
cité d’augmenter la production dans d’autres secteurs de l’économie. En réalité c’est ces
derniers qui dépendent de la production d’autres secteurs. En dernier, dans le quadrant
inférieur gauche se situent le commerce et réparation (G00), les postes et télécommunica-
tions (I02), les activités financières et assurances (J00), l’administration publique générale
et sécurité (L75), l’éducation, santé et action sociale (MNO) et les autres services non fi-
156 CHANGEMENT STRUCTUREL ET LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
nanciers (OP0). Ces dernières représentent les services traditionnels et dénote du manque
de leurs dynamismes. Par conséquent, les taux de croissance de l’économie seraient proba-
blement plus faibles si l’augmentation des revenus stimulait la production de ces services
moins dynamiques.
9.4 Déterminants de la transformation au Maroc
Pour compléter l’analyse ci-dessus, on va extraire la composante intersectorielle afin
d’évaluer les déterminants potentiels permettant de stimuler cette dernière. Le modèle re-
tenu dans le cadre de ce travail s’inspire de la littérature empirique sur le sujet. Plus par-
ticulièrement, il repose sur les travaux de M AROUANI et M OUELHI (2015), M C M ILLAN
et al. (2014), M ORSY, L EVY et S ANCHEZ (2014).La méthodologie empirique a porté sur
plusieurs bases de données. Pour l’estimation économétrique, nous avons utilisé la base
données de la banque mondiale, le Fond Monétaire International et Marshall & Jaggers.
Pour ce qui est de la variable proxy de la diffusion technologique, elle a été élaborée par
la méthode de l’Analyse en Composantes Principales (ACP). Pour plus de détails sur les
variables, voir annexe tableau 4. Nous considérons la spécification suivante :
SCt = P IBt + EDU Ct + IDEt + REGt + T RADEt + IN Ft
+T ERM St + CREDt + T ECHt + P OLt + Ct + εt
Avec : SCt : Terme de transformation structurel ; P IBt : PIB par habitant ; EDU Ct :
Niveau d’éducation au secondaire ; IDEt : Investissements Directs Etrangers ; REGt :
Régulation du marché du travail ; T RADEt : Ouverture commerciale ; IN Ft : Taux d’in-
flation ; T ERM St : Termes de l’échange ; CREDt : Crédits accordés au secteur privé ;
T ECHt : Diffusion technologique ; P OLt : Indice de stabilité politique.
Les résultats de la régression (tableau 2) permettent de dégager les principaux détermi-
nants du changement structurel au Maroc. Le niveau de revenu affiche une relation positive
avec le processus de transformation structurel et significative. Ceci corrobore les efforts qui
ont été accomplie par le Maroc en matière de développement économique avec un revenu
par habitant passant de 1020 $ à 2987,3$ puis 3196$ respectivement en 1970, 2012 et 2016.
Toutefois, le coefficient non significatif obtenu par les IDE nous informe que ce niveau
de revenu est assez insuffisant pour favoriser un réel potentiel de diversification. Le résultat
non significatif de la diffusion technologique réconforte la réaction des IDE, attestant du
fait que le niveau de revenu n’a pas encore atteint un niveau à même de permettre de créer
de nouvelles opportunités d’innovation. La littérature a permis d’expliquer ce phénomène,
car selon I MBS et WACZIARG, 2003, il existe une relation en forme de U inversé entre
la diversification de la structure économique et le niveau de revenu. Pour eux, les pays
tendent à se diversifier au fur et à mesure que le revenu augmente, avant de commencer à
se spécialiser plus tard après avoir atteint un seuil de revenu par tête. Ceci permet de mettre
en relief que le Maroc n’a pas encore atteint ce seuil de revenu.
Le capital humain présente une corrélation positive mais non significative. L’économie
marocaine est marquée par une population dont le niveau d’éducation constitue un obstacle
majeur. En 2015, 34.6% des adultes marocains (15 ans et plus) ne disposaient d’aucun
CONCLUSION 157
niveau d’instruction, 38.7% niveau fondamental 5 , 14.6% d’un niveau secondaire et 8.6%
d’un niveau supérieur (baccalauréat inclus) (HCP ET BM, 2017).
La flexibilité du marché du travail joue un rôle important dans la circulation des tra-
vailleurs des secteurs moins compétitifs vers des secteurs plus compétitifs. La variable
indicatrice REG suggère que les changements structurels ont décéléré après 2004, ce qui
signifie que les réformes du marché du travail ont eu un impact négatif sur les change-
ments structurels. Cependant, cette approche (avant-après) pourrait attribuer la variation
de la productivité à certains chocs externes.
L’ouverture au commerce extérieur semble avoir une implication déterminante dans le
processus de transformation structurelle, cela est confirmé par le coefficient positif et signi-
ficatif. Cette ouverture a eu une incidence positive sur l’accroissement des flux commer-
ciaux extérieurs de notre pays et partant sur le renforcement de son ancrage à l’économie
mondiale. Quant aux termes des échanges, ils ont un coefficient positif. Ce résultat est im-
putable essentiellement à l’amélioration des termes de l’échange des branches électriques
électroniques, des mines, du textile habillement ainsi que de la mécanique et métallurgique.
La contribution du système financier est négative, donnant lieu à plus de disparités dans
le processus de transformation de l’économie marocaine. L’un des arguments patents pour-
rait être le manque de confiance entre préteurs et emprunteurs. Les banques face à des
firmes nationales souffrant d’un gap technologique et cognitif, hésiteraient à se lancer dans
des projets de financements à cause de leur profitabilité incertaine. Dans un rapport publié
par le World Economic forum (2017) sur la compétitivité globale, ils soutiennent l’idée
selon laquelle le tissu économique marocain souffre de plusieurs défaillances dont princi-
palement l’accès au financement.
Le coefficient associé à l’inflation ressort négatif. Des niveaux d’inflation élevés com-
promettent les perspectives de diversification du tissu économique. Ce résultat ne s’avère
pas surprenant dans la mesure où la transformation économique nécessite l’émergence et le
développement de nouvelles industries ou de nouveaux secteurs capables de répondre à la
demande intérieure tout en étant compétitifs sur le marché international. Un environnement
économique marqué par une forte inflation ne favorise ni la création et le développement
de nouveaux secteurs ni l’instauration d’un climat qui permettrait aux autres déterminants
de la du changement structurel d’avoir un effet significatif.
En dernier lieu, un signe positif de la gouvernance met en exergue le rôle de l’amé-
lioration de la qualité institutionnelle dans le processus de transformation structurelle. À
mesure que les structures de gouvernance se développent, la capacité du pays à élargir et
diversifier sa base exportatrice se renforce. Par conséquent, il serait légitime de dire que
les effets conjugués de la gouvernance et d’autres variables favorisent le processus de de
transformation.
9.5 Conclusion
Les écarts importants de productivité du travail entre les secteurs traditionnels et mo-
dernes de l’économie sont une réalité fondamentale des sociétés en développement. Dans
ce contexte, ce papier avait pour objectif d’examiner la contribution du changement struc-
turel à la croissance de la productivité au Maroc à travers deux approches.
5. Le fondamental regroupe les niveaux du primaire et collège.
158 CHANGEMENT STRUCTUREL ET LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
Premièrement, il a été objet d’évaluer les composantes de la productivité. Les résultats
obtenus renvoient au fait que le changement structurel a peu contribué à la croissance
globale de la productivité du travail au Maroc. En revanche, la part intra sectorielle semble
expliquer en grande partie la croissance de la productivité. Une analyse plus fine, par le
modèle input output montre qu’il y une inertie de l’activité économique, les secteurs clés
de l’économie marocaine n’ont pas connu de changement et semblent être toujours orientés
vers des secteurs traditionnels et intensifs en main d’œuvre non qualifiée.
Les résultats de la deuxième analyse a porté sur les déterminants de la transformation
structurelle. Il existe plusieurs variables sur lesquelles le Maroc pourrait agir afin d’accé-
lérer son intégration aussi bien au niveau national qu’international. On peut souligner la
nécessité d’investir dans l’éducation et le capital humain. La flexibilité du marché du tra-
vail, le niveau d’inflation et le système financier représentent un frein pour l’amélioration
d’une compétitivité plus accrue à même de permettre l’émergence de nouvelles activités
productives.
Sur la base des résultats obtenus on peut avancer que la transformation structurelle au
Maroc est lente et limitée. Plusieurs facteurs peuvent être pris en considération afin de
réduire la faible productivité. On peut citer notamment : (i) La diversification des pro-
duits exportés, (ii), L’intégration sectorielle, et (iii) L’amélioration de la qualification des
ressources humaines, (iv) L’amélioration de l’accès au financement principalement pour
les PME et TPE. Autant de facteurs que le Maroc pourrait cibler afin de promouvoir un
développement économique durable.
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160 CHANGEMENT STRUCTUREL ET LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
ANNEXES
Figure 1 : Évolution du PIB et du PIB non agricole (1981-2016)
15,0
10,0
5,0
0,0
1996
1998
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
-5,0
-10,0
PIB PIB non agricole
Source : Calcul de l’auteur, élaboré à partir des données de la direction des études et des prévisions financières
Figure 2 : Contributions sectorielles dans la valeur ajoutée
totale de l’économie (1980-2016)
Maroc Pays à revenu intermédiaire élevé
70,0 70,0
60,0 60,0
50,0 50,0
40,0 40,0
30,0 30,0
20,0 20,0
10,0 10,0
0,0 0,0
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
Valeur ajoutée agricole Valeur ajoutée indutrielle Valeur ajoutée agricole Valeur ajoutée industrielle
Valeur ajoutée des services Valeur ajoutée des services
Source : Banque Mondiale (WDI)
ANNEXES 161
Figure 3 : Taux de croissance de la part de l’agriculture dans le PIB et emploi agricole au
Maroc (1999-2016)
42,0 20,0
40,0
15,0
38,0
36,0 10,0
34,0
5,0
32,0
30,0 0,0
1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
Part de l'emploi agricole dans le PIB
Part de l'agriculture dans le PIB (Echelle de droite)
Source : DEPF et Haut-Commissariat au Plan (HCP)
Figure 4 : Évolution des relations en amont et en aval
du secteur agricole au Maroc (1998-2007-2013)
1,60
1,40
1,20
1,00
0,80
0,60
0,40
0,20
0,00
1998 2007 2013
Amont Aval
Source : Calcul de l’auteur, élaboré à partir des comptes nationaux du HCP
Figure 5 : Taux de croissance de la part de l’industrie dans le PIB et dans l’emploi total
au Maroc (1991-2016)
24,0 30,0
23,0
25,0
22,0
21,0 20,0
20,0
15,0
19,0
18,0 10,0
17,0
5,0
16,0
15,0 0,0
1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
Part de l'emploi industriel dans le PIB
Part de l'industrie dans le PIB (Echelle de droite)
Source : Calcul de l’auteur, élaboré à partir des données de la DEPF et du HCP.
Note : Le secteur industriel inclut aussi le secteur des Bâtiments et Travaux Publics
162 CHANGEMENT STRUCTUREL ET LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
Figure 6 : Comparaison de la productivité industrielle par rapport à d’autres pays
(1980-2012)
70 56
60 55
50 54
40 53
30 52
20 51
10 50
0 49
Egypte ethiopie
malaisie brésil
Maroc (Echelle de droite)
Source : Université de Groningen Base de données GGDC 10 Sector
Figure 7 : Evolution des relations en amont et en aval du secteur industriel au Maroc
(1998-2007-2013)
Amont Aval
1,80 3,00
1,60
1,40 2,50
1,20 2,00
1,00
0,80 1,50
0,60 1,00
0,40
0,20
0,50
0,00 0,00
1998 2007 2014 1998 2007 2014
Source : Calcul de l’auteur, élaboré à partir des comptes nationaux du HCP
Figure 8 : Part des services dans le PIB et dans l’emploi total au Maroc (1991-2016)
50,0 55,0
45,0 54,0
40,0 53,0
35,0 52,0
30,0 51,0
25,0 50,0
20,0 49,0
15,0 48,0
10,0 47,0
5,0 46,0
0,0 45,0
Part de l'emploi des services dans le PIB
Part des services dans le PIB (Echelle de droite)
Source : DEPF et HCP
ANNEXES 163
Figure 9 : Comparaison de la productivité des services avec d’autres pays (1980-2012)
500
450
400
350
300
250
200
150
100
50
0
Maroc Egypte ethiopie malaisie brésil Mexique Chine Espagne
Source : Université de Groningen Base de données GGDC 10 Sector
Figure 10 : Evolution des relations en amont et en aval du secteur des services au Maroc
(1998-2007-2013)
Amont Aval
1,20 1,40
1,00 1,20
0,80 1,00
0,60 0,80
0,60
0,40
0,40
0,20
0,20
0,00 0,00
1998 2007 2013
1998 2007 2013
Source : Calcul de l’auteur, élaboré à partir des comptes nationaux du HCP
Figure 11 : Convergence économique par secteur (1980-2012)
80 56
55
60 54
53
40
52
20 51
50
0 49
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
Productivité agricole
productivité des services
productivité industrielle (Echelle de droite)
Source : Université de Groningen Base de données GGDC 10 Sector.
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
Productivité agricole
productivité des services
productivité industrielle (Echelle de droite)
164 CHANGEMENT STRUCTUREL ET LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
Figure 12 : Évolution de l’intensité capitalistique et de la productivité du travail au Maroc
(1990-2016)
3,50 7,15
3,40 7,10
3,30 7,05
7,00
3,20
6,95
3,10
6,90
3,00 6,85
2,90 6,80
2,80 6,75
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
Intensité capitalistique Productivité du travail (Echelle de droite)
Source : The Conference Board .Total Economy Database et WDI
Tableau 1 : Décomposition de la croissance de la productivité selon M C M ILLAN et al.
(2014) et D E V RIES et al. (2015) a
Croissance de la Effet intra Effet Décomposition de l’effet intersectoriel
Pays
productivité du travail sectoriel intersectoriel Statique Dynamique
Maroc 2,325 1,774 0,551 1,779 -1,228
Egypte 2,277 1,907 0,369 0,192 0,177
Malaisie 3,769 3,483 0,286 0,150 0,136
Brésil 0,902 0,596 0,306 0,992 -0,687
Chine 4,200 1,965 2,235 0,263 1,972
Etats Unis 3,024 2,963 0,061 1,144 -1,083
a. L’horizon temporel varie selon la disponibilité des données. Pour le Maroc et l’Egypte (1970-2012), la
Chine et les Etats Unis (1970-2010), le Brésil (1970-2011) et .la Malaisie (1975-2011).
Figure 13 : Corrélation entre la productivité sectorielle et le changement dans les parts de
l’emploi au Maroc (2000-2012)
v
i
oduct
apr
Logdel iés
t or
ect l
el
i v
i
oduct
e/pr iét
t al
ot e
Source : Calcul de l’auteur (GGDC) sous STATA 14.
*Note : La taille du cercle représente la part de l’emploi du secteur en 2000. **β est le coefficient de la variable
indépendante de la régression : Log(yi/Y ) = α + β.s. *Note : Agr : agriculture, man : manufacture, trans :
transport, com : commerce, cons : construction, gouv : Services gouvernementaux, util : services publics, min :
mines, fin : service financier.
ANNEXES 165
Figure 14 : Visualisation des résultats de l’analyse sectorielle clé pour 1998-2007-2013
Résultats de l’analyse sectorielle pour
1998
Résultats de l’analyse sectorielle pour
2007
Résultats de l’analyse sectorielle pour
2013
166 CHANGEMENT STRUCTUREL ET LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
Tableau 2 : Résultats de l’estimation
Variables Coefficients
15.504 *
PIB
(3.644)
2.413
EDUC
(3.415)
0.034
IDE
(0.128)
-0.359
REG
(0.360)
7.588*
TRADE
(1.636)
-0.076
INF
(0.042)
2.329
TERMS
(1.588)
-1.014
CRED
(1.403)
0.033
TECH
(0.337)
0.275
GOUV
(0.308)
-0.219
C
(0.234)
R-squared 0.545
Prob. F-statistic 0.002
Durbin-Watson stat 2.275
Source : Calcul de l’auteur, élaboré à partir des comptes nationaux du HCP.
*Note : L’axe des abscisses porte sur les liens en aval (Forward). Par contre l’axe des ordonnées porte sur les
liens en amont (Backward).
Tableau 3 : Source des variables
Intitulé Variables Source
Deuxième composante de l’équation
SC Transformation structurelle
de décomposition à savoir l’effet intersectoriel
PIB PIB par habitant ($ US constants de 2010)
EDUC Inscriptions à l’école, secondaire (% brut)
IDE Investissements étrangers directs, entrées nettes (% du PIB)
TRADE Ouverture commerciale
TERMS Termes de l’échange Indicateurs du développement
CRED Crédits accordés au secteur privé (% du PIB) dans le monde (WDI),
Diffusion technologique, composée de : Banque Mondiale
- Abonnements téléphoniques fixes (pour 100 personnes)
TECH
- Abonnés à la téléphonie mobile (pour 100 personnes)
- Personnes utilisant Internet (% de la population)
- Demandes de brevets, résidents
Statistiques Financières Internationales (IFS),
INF Inflation, prix à la consommation (% annuel)
Fond Monétaire International
POL Indice de stabilité politique Marshall and Jaggers (2016)
Variable indicatrice qui prend 0 avant 2004
REG Régulation du marché du travail et 1 après. Le choix de l’année correspond à
l’entrée en vigueur du code du travail au Maroc