Ouverture, transferts technologiques et
productivité : Analyse dynamique
Hicham Lemaallem, Ismail Elbejnouni et Fatima Zahra Belarbi
Chapitre du live Overture, productivité et croissance économique au Maroc , Édité par
Chatri Abdellatif, Publié par Laboratoire d’Economie Appliquée (Mohammed V Univ.) &
Policy Center for the New South, ISBN (WEB) : 978-9920-37-593-1
Citer ce document :
Lemaallem, H. Elbejnouni, I. & Belarbi, FZ. (2019). Ouverture, transferts technologiques
et productivité : Analyse dynamique. In A. Chatri (éd). Ouverture, productivité et
croissance économique au Maroc. Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for
the New South. Rabat
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Copyright © 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée, Policy Center for the New South & CNRST.
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CHAPITRE 5
OUVERTURE, TRANSFERTS
TECHNOLOGIQUES ET PRODUCTIVITÉ :
ANALYSE DYNAMIQUE
Hicham Lemaallem1, Ismail Elbejnouni2, Fatima Zahra Belarbi2
1
FSJES-Souissi, Université Mohammed V de Rabat
2
Laboratoire d’Économie Appliquée, Université Mohammed V de Rabat
E-mail de correspondance : hichamlemalem@gmail.com
Résumé : L’objectif de ce travail est de déterminer l’impact de l’ouverture et du transfert techno-
logique sur la productivité totale des facteurs (PTF) pour un groupe de pays de la région MENA,
avec une attention aprticulière, et particulièrement pour le cas du Maroc. Les principaux résultats
de notre estimation du modèle dynamique en GMM, montrent que le degré d’ouverture et les
transferts technologiques véhiculés par le commerce exercent un effet positif et statistiquement
significatif. En revanche, les résultats du Maroc révèlent un impact positif des exportations, contre
des effets négatifs du capital humain et des externalités en R&D. Toutefois, pour les deux inves-
tigations empiriques, les IDE exercent un impact négatif mais statistiquement non significatif.
Mots clés : Ouverture, Transferts technologiques, Productivité totale des facteurs, Croissance
économique, Econométrie de données de panel dynamique.
Abstract : The purpose of this research is to jointly determine the impact of openness and
technology transfer on total factor productivity (TFP) for MENA countries generally and particularly
for the case of Morocco. To achieve our goal, we used dynamic modeling to detect potential
impact. The main results of our study for the MENA region show that the degree of openness
and technology transfer through trade has a positive and statistically significant effect. On the
other hand, Morocco’s results reveal a positive impact of exports, against the negative effects of
human capital and R&D externalities. However, for both empirical investigations, FDI has a
negative but statistically insignificant impact.
Keywords: Openness, Technological Transfers, Total Productivity of Factors, Economic Growth,
Dynamic Panel Data Econometrics.
Ouverture, productivité et croissance économique au Maroc, Éd. Chatri Abdellatif. 69
Copyright
c 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for the New South.
70 OUVERTURE, TRANSFERTS TECHNOLOGIQUES ET PRODUCTIVITÉ
5.1 Introduction
Depuis quelques décennies, la recherche de sources de croissance a accaparé l’atten-
tion de plusieurs économistes du développement, qui ont essayé de révéler l’importance
de certaines sources, telle que l’accumulation du capital physique, le capital humain, les
investissements en R&D, la diffusion de la technologie, l’innovation, l’ouverture commer-
ciale ou financière. Dans ce cadre, le lien entre l’ouverture et la croissance économique
reste fort, ce qui a poussé les chercheurs à examiner la nature des canaux de transmission
à travers lesquels l’ouverture impacte la productivité et la croissance des pays.
L’adoption du progrès technique international paraît vitale pour les PED afin d’amélio-
rer la croissance de leur productivité (ROMER, 1990). Ce recours aux technologies déve-
loppées hors du territoire géographique, est une solution envisageable et une alternative
viable pour combler le manque en matière d’innovation et du développement technique.
Une grande partie des PED s’est orientée vers le transfert de technologie pour se rappro-
cher de la frontière technologique. Or, la majorité des transferts opérés durant les années
70 et 80, ont abouti à des échecs cuisants, à cause de l’insuffisance des conditions locales
nécessaires que les pays devaient préparer pour réussir l’exploitation des technologies im-
portées, tel que la mise à niveau du capital humain et l’amélioration technique...Partant
de là, ce papier vise à s’interroger sur le véritable impact de l’ouverture via le canal des
transferts technologiques sur la productivité et par la suite la croissance économique dans
les pays de la région MENA.
Le reste du papier est organisé comme suit. La section suivante est dédiée au survol de la
littérature théorique et empirique, tandis que la troisième section porte sur la méthodologie
empirique et les discussions des résultats obtenus. La quatrième section conclut.
5.2 Survol de la littérature théorique et empirique
5.2.1 Les travaux théoriques
Les théories de croissance soutiennent le rôle positif de l’ouverture commerciale dans
la croissance de productivité en offrant à un pays la possibilité de se spécialiser dans les
industries dans lesquelles les entreprises sont relativement plus productives que celles des
autres pays. David Ricardo, dans sa théorie des avantages comparatifs, a démontré que
plus un pays était ouvert, plus il peut réorienter ses ressources rares vers des secteurs
plus efficients. Les théories qui suivirent, tout en confirmant ces gains, ont mis l’accent
sur les gains liés à la rémunération des facteurs de production. Cependant, même dans
les nouvelles théories du commerce international qui prennent en compte les rendements
d’échelle et la concurrence imparfaite, les gains restent statiques 1 . C’est dans la théorie de
la croissance qu’on peut chercher les gains dynamiques 2 .
1. La théorie standard du commerce international souligne les gains statiques procurés par une meilleure
spécialisation de chaque pays participant à l’échange qui voit son revenu national s’accroître (modèle Hecksher-
Ohlin à 2 pays, 2 facteurs, 2 biens par exemple). Dans le meilleur des cas, l’effet statique est cependant modeste.
De plus, dans le cas d’un grand pays qui influe sur la détermination des prix au niveau mondial, la libéralisation
unilatérale peut avoir un impact négatif (V ERDIER, 2005)
2. Les théories de la croissance endogène (ROMER (1986), (G ROSSMAN & H ELPMAN, 1991) ont mis en évi-
dence l’existence de gains dynamiques (avec un impact sur la croissance du revenu et non plus seulement sur son
SURVOL DE LA LITTÉRATURE THÉORIQUE ET EMPIRIQUE 71
Les modèles de croissance néo-classique, issus du modèle de S OLOW (1956), supposent
que le changement technologique est exogène. Dans un tel cadre, les politiques commer-
ciales d’un pays ne peuvent donc pas être considérées comme un élément affectant sa
croissance.
A l’inverse, les nouvelles théories de la croissance considèrent le changement techno-
logique comme étant endogène. Dans cette perspective, G ROSSMAN et H ELPMAN (1993)
démontrent que l’ouverture permet d’augmenter les importations domestiques de biens et
services qui incluent des nouvelles technologies. Grâce à l’apprentissage par la pratique et
le transfert de technologies, le pays connaît un progrès technologique, sa production de-
vient plus efficiente et sa productivité augmente. On s’attend alors que les économies les
plus ouvertes croissent à un rythme plus rapide que celles des plus protectionnistes.
B USSON et V ILLA (1997) ont montré que l’ouverture d’une économie aux échanges
internationaux favorise la croissance dans deux cas : premièrement quand le pays réussit à
se positionner sur les secteurs où la demande mondiale est forte. Deuxièmement, quand un
pays développe un commerce intra-branche 3 .
Pour les pays en développement, une spécialisation appropriée est un facteur d’accélé-
ration de la croissance. L’évolution des spécialisations des PED dépend des changements
technologiques qui interviennent dans les industries au niveau mondial. Ainsi la théorie du
cycle du produit 4 montre comment le cycle de vie d’un produit détermine la localisation
de sa production. En effet, en se spécialisant dans les stades de production dans lesquels
les PD ont un avantage comparatif, ceux-ci peuvent accélérer la diversification de leurs
exportations. Cette division verticale du travail se traduit par le poids croissant des pro-
duits intermédiaires 5 dans le commerce international(Lionel F ONTAGNÉ, F REUDENBERG
& Ü NAL -K ESENCI, 1996).
Dans la perception classique des gains de l’ouverture extérieure, R IVERA -BATIZ et
ROMER (1991) identifient trois effets majeurs : un effet d’allocation des ressources, un
effet d’intégration (l’accroissement de la taille du marché) et un effet de redondance (le
libre-échange évite une duplication des coûts). Les travaux de F RANCOIS, M C D ONALD
et N ORDSTRÖM (1994) donnent un exemple d’illustration de l’impact des progrès de la
théorie du commerce international sur la perception des gains d’ouverture et présente, au
niveau), liés en particulier aux économies d’échelle (hypothèse de rendements croissants) et à la diffusion du pro-
grès technique favorisée par le commerce (F ONTAGNÉ & L., 1997). Cependant, ces gains ne sont pas garantis et
des modèles inspirés de ces nouvelles théories montrent que l’ouverture peut pousser les pays concernés vers une
spécialisation dans des secteurs peu dynamiques avec au total un impact négatif sur la croissance (RODRIGUEZ
& RODRIK, 2000)
3. Pour le premier cas, une bonne spécialisation interbranche tire la croissance, et l’élévation du niveau de
développement économique du pays se traduit ultérieurement par une augmentation naturelle de son commerce
intra-branche. Pour le deuxième cas, le commerce intra-branche permet une plus grande diversité des biens in-
termédiaires et biens d’équipement disponibles, ce qui est favorable à la productivité globale et à la diffusion
technologique.
4. La production d’un produit nouveau exige des dépenses de R&D importantes, et elle est localisée dans
un pays développé. Au fur et à mesure que le produit atteint sa maturité, les inputs requis pour sa production
changent. Dans la phase de production standardisée, la production requiert essentiellement du travail non qualifié
et elle tend à se déplacer vers les pays qui ont les coûts du travail les plus bas.
5. L’importation de biens intermédiaires est une source d’efficacité car le producteur qui les utilise dispose
ainsi d’une plus grande variété d’inputs. Les possibilités de combinaisons productives se multiplient en amont,
grâce à des produits intermédiaires différenciés, améliorant l’ensemble du processus productif.
72 OUVERTURE, TRANSFERTS TECHNOLOGIQUES ET PRODUCTIVITÉ
total, un petit nombre de mécanismes élémentaires permettant d’associer l’ouverture et la
croissance 6 .
D’une manière générale, sur le plan de la théorie économique, l’ouverture extérieure
est un facteur moteur de la croissance économique. Cela passe par le marché qui s’agran-
dit avec l’ouverture, mais aussi parce que qu’elle augmente le nombre et la qualité des
biens intermédiaires utilisables dans la production, et ceci favorise, aussi, le transfert des
technologies et augmente les bénéfices de l’innovation technologique. De ce fait, le trans-
fert de la technologie a beaucoup préoccupé les économistes de la croissance économique.
Globalement, quatre canaux sont recensés dans la théorie, permettant aux pays les moins
développés de profiter des avancements des pays développés, à savoir : le commerce in-
ternational de la technologie, le commerce des biens et services incorporant la technologie
(diffusion passive), l’investissement direct étranger et ses « spillovers » technologiques po-
tentiels vers les entreprises domestiques et le mouvement des personnes « labour turnover
» avec un certain partage du savoir entre individus.
5.2.2 Les travaux empiriques
Sur le plan empirique, l’analyse économétrique du lien entre ouverture et croissance a
connu une grande vogue dans les années 1990. L’étude empirique qui a eu le plus d’in-
fluence sur ce thème est celle de S ACHS et WARNER (1995), qui estime des équations
de croissance sur la période 1970-1989 pour 122 pays. Selon ces auteurs, les politiques
d’ouverture sont le principal facteur explicatif de la croissance dans les pays émergents 7 .
C AUPIN et S AADI -S EDIK (2003) analysent les effets de la politique d’ouverture commer-
ciale sur l’instabilité des taux de croissance économique pour les pays du moyen orient et
d’Afrique du Nord de 1960 à 1999. A l’issue de cette étude, les auteurs concluent à un ef-
fet bénéfique de la politique d’ouverture sur la résilience des pays qui l’emporte sur l’effet
négatif entraîné par l’accroissement de l’exposition aux chocs extérieurs.
H ANCHANE et A BDELJABBAR (2004) ont proposé des tests empiriques sur un Panel
de 47 pays en voie de développement couvrant une période entre 1980 et 1997, et ils ont
spécifié pour cela un modèle dynamique. Les résultats de cette étude montrent que les
coefficients attachés aux variables représentant l’ouverture sont toujours positifs et signifi-
catifs. Cela montre que l’ouverture des pays en voie de développement a globalement un
effet positif et significatif sur leur croissance économique. Ils ont, également, trouvé un
impact non significatif du capital humain sur la croissance.
D’autres travaux se sont intéressés à la modélisation des effets de la libéralisation
du commerce sur le changement technologique domestique, notamment (G ROSSMAN &
H ELPMAN, 1991) ; C OE et H ELPMAN (1995), C OE, H ELPMAN et H OFFMAISTER (1995),
R IVERA -BATIZ et ROMER (1991). Ces auteurs ont tenté d’explorer les bienfaits des exter-
nalités issues de la diffusion des connaissances technologiques sur la PTF.
C OE et H ELPMAN (1995) soutiennent l’importance du commerce dans la diffusion in-
ternationale de la technologie, et, par conséquent, comme principal moteur du progrès
technologique et de la croissance de la productivité. Plus encore, les résultats empiriques
6. L’élargissement du marché et de l’offre d’inputs ; L’accès à un vaste marché de capitaux étrangers ; L’exis-
tence d’externalités ; La diffusion de connaissance par l’ouverture extérieure.
7. Plus précisément, les résultats de cette étude ont montré que les PED ouverts ont enregistré un taux de
croissance de 4,49% par an (valeur de la dummy « ouverture ») contre 0,69% pour les PED fermés. Au sein du
groupe des économies ouvertes, les PED ont crû plus vite que les pays développés (4,49% contre 2,29% par an).
SURVOL DE LA LITTÉRATURE THÉORIQUE ET EMPIRIQUE 73
ont confirmé que plus un pays est ouvert au commerce étranger, plus il est probable qu’il
bénéficie de la R&D étrangère.Ces auteurs ont montré que la croissance de la PTF dans
les pays en développement est positivement et significativement liée à la R&D chez leurs
partenaires commerciaux des pays industrialisés, et à leur ouverture au commerce avec ces
pays industrialisés 8 . Dans un tel cadre, plusieurs travaux, succédant le papier de C OE et
H ELPMAN (1995) ont critiqué les variables construites et les hypothèses développées par
ces auteurs pionniers. Les critiques ont porté essentiellement sur la construction du stock
de capital de la R&D étrangère.
L ICHTENBERG et de L A P OTTERIE (1996) ont proposé des extensions en estimant
les mêmes équations avec l’ajout d’une variable explicative supplémentaire exprimant
les externalités étrangères. Leurs résultats montrent que plus un pays importe d’un autre
pays, plus avancé en terme de R&D, plus il bénéficie d’externalités technologiques. Ils
confirment l’hypothèse d’existence d’une corrélation positive entre le taux d’ouverture à
l’échange et les transferts technologiques en R&D appropriée par chaque pays. L UMENGA -
N ESO, O LARREAGA et S CHIFF (2001) ont pensé autrement sur le sujet. Ils ont construit
une nouvelle variable qui explique les externalités technologiques, à savoir, les spillovers
internationaux de R&D indirectement liés au commerce. Les résultats vérifient l’impor-
tance de commerce dans la transmission des connaissances au niveau international, mais
contredisent les idées concernant la forte dépendance entre les flux des R&D étrangers
d’un pays avec sa structure d’échange.
S’agissant des externalités liées à la technologie et le commerce intra-branche, C OE
et al. (1995) ont montré que le commerce a joué un rôle significatif dans le transfert de
technologie des pays industrialisés aux pays en développement. Pour ces auteurs, les exter-
nalités positives de R&D des pays industrialisés du Nord dans les pays en développement
du Sud sont significatives et substantielles. Une augmentation de 1% du stock de capital
de R&D aux États-Unis est associée à une augmentation de la PTF, en moyenne pour les
77 pays en développement de l’échantillon, de 0,04%. Le facteur déterminant des résultats
trouvés, est la qualité des systèmes éducatifs et donc la capacité d’absorption des pays en
développement du Sud.
H AKURA et JAUMOTTE (1999) ont confirmé le résultat précédent, tout en examinant
le type du commerce, intra ou interbranche. Les deux auteurs ont utilisé un échantillon
qui couvre le commerce intra et inter branche de 87 pays sur la période 1970-1993, parmi
lesquels 63 sont des pays en développement et 24 des pays de l’OCDE. Pour eux, le com-
merce intra-branche est un canal de transfert de technologie plus efficace que le commerce
interbranche. En effet, les pays sont susceptibles de mieux absorber les technologies étran-
gères quand leurs importations sont des mêmes secteurs que les biens qu’ils produisent et
exportent.
Plus récemment, O KUBO (2007) a trouvé que plus la différence dans les PIB et les dota-
tions factorielles est grande, comme c’est le cas entre les pays du Nord et ceux du Sud, plus
il est probable que le transfert de technologie ait lieu. En outre, le transfert de technologie
est positivement corrélé avec le commerce intra-branche. Du coté des externalités liées à la
8. Plus précisément, ces auteurs ont essayé de mesurer les spillovers technologiques internationales, véhicu-
lées via le commerce, en utilisant des données agrégées pour 22 pays développés. Les estimations ont montré
que pour le groupe de sept, le niveau de la PTF est déterminé en premier lieu par les efforts de la R&D domes-
tiques, alors que pour les petits pays, les externalités technologiques internationales incorporées dans les biens et
services commercialisés jouent un rôle beaucoup plus important que celles d’origine domestique, avec des effets
plus élevés pour les pays les plus ouverts à l’échange. De ce fait, une interaction significative a été observée entre
la propension à l’importation et la capacité à tirer profit de la R&D étrangère.
74 OUVERTURE, TRANSFERTS TECHNOLOGIQUES ET PRODUCTIVITÉ
technologie et les IDE, WANG et B LOMSTRÖM (1992) montrent qu’il y a du transfert de
technologie des pays développés aux pays en développement à travers les IDE lorsque trois
conditions sont réunies : un contexte de concurrence ; la performance des firmes du pays
du Sud dans le passé et, surtout, l’intégration entre les firmes domestiques et étrangères.
Le travail de B OUALLEGUI (2010) 9 a pour but de tester empiriquement, pour un panel
de 8 pays retardataires riverains de la méditerranée, la relation de long terme entre la pro-
ductivité totale des facteurs et les retombées technologiques générées aussi bien par l’IDE
que par l’ouverture aux échanges internationaux. Cette relation de long terme est estimée
à l’aide des techniques récentes de l’économétrie des données de panel, en s’étalant sur
une période de 26 ans, allant de 1981 à 2006. Les estimations confirment la présence d’un
impact positif et statistiquement significatif, direct et indirect, des deux canaux de transfert
technologique, à savoir les importations et les IDE.
En résumé, les analyses théoriques et empiriques tendent à montrer que le commerce in-
ternational constitue un mécanisme par lequel la connaissance technologique est transmise
internationalement. Il peut être un vecteur de diffusion des produits à haute technologie.
De ce fait, les pays en développement doivent exploiter les importations comme source
d’accumulation de la connaissance afin d’améliorer le niveau de leur croissance et se po-
sitionner sur des secteurs où la demande internationale est forte et les gains potentiels de
productivité sont plus importants. Cependant, on notera que, dans le cas des PED, l’effet
sur la croissance interne des technologies importées dépend de la capacité du pays à les
assimiler et à les diffuser.
5.3 Principaux faits stylisés
5.3.1 Cas de la région MENA
Le régime commercial représenté par les barrières tarifaires et non tarifaires ne repré-
sente qu’imparfaitement la politique d’ouverture d’un pays et afin d’éviter tout biais de
variables omises, nous tentons d’identifier plusieurs mesures de l’ouverture pour mieux
capter son impact sur la PTF des pays à l’étude. Il s’agit essentiellement du degré d’ou-
verture, de l’investissement direct étranger et d’une externalité de la technologie étrangère
qui ne peut être bénéfique qu’avec une main d’œuvre qualifiée, raison pour laquelle nous
avons ajouté dans notre analyse une mesure du capital humain.
Nous identifions dans notre étude 13 pays appartenant à la région MENA ainsi qu’une
durée d’étude allant de 1980 jusqu’à 2016. Le choix du nombre des pays et de l’horizon
temporel est dicté par la disponibilité des données et la date du commencement du proces-
sus d’ouverture pour l’ensemble des pays choisis.
Les graphiques suivant retracent l’évolution conjointe de ces variables pour la période
allant de 1980 jusqu’au 2016 pour la région MENA :
9. L’étude empirique montre que la plupart des PRRM se tournent souvent vers les technologies étrangères
puisqu’ils se trouvent incapables de tourner leurs propres technologies. D’une part, leurs systèmes économiques
devraient compléter et soutenir la technologie acquise par transfert ou par importation de biens de capital. D’une
autre part, l’adoption de technologies étrangères requiert une main-d’œuvre qualifiée et compétente, capable
d’adapter les technologies aux spécificités des économies nationales, et d’améliorer ainsi la compétitivité de leur
industrie.
PRINCIPAUX FAITS STYLISÉS 75
L’évolution de la productivité totale des facteurs montre une stabilité dans le temps,
néanmoins, elle passe de 1,5 dans les années 80 à 0,9 en 1986, cela peut être expliqué par
la crise de la dette des PD suite au choc pétrolier de l’année 1973 et celui de 1978. Les
autres pics notamment de 1990 et de 2008 sont respectivement dus à la guerre du GOLF -
où il y’avait une augmentation du prix du baril, et une tension maximale sur les marchés
financiers (remboursement des emprunts des PD et émergents) - et la crise des subprimes.
L’évolution du degré d’ouverture et des IDE ne se différent pas de celle de la PTF, sauf
que la croissance des IDE montre une très grande volatilité, et qu’à partir de la crise finan-
cière mondiale de 2007, l’évolution de ladite variable en taux de croissance a enregistrée
une fluctuation légère autour de 0. Cela est dû essentiellement à l’instabilité politique qu’a
connu la région MENA.
L’évolution du transfert technologique suit l’allure du celle retraçant le degré d’ouver-
ture, elle s’est influencée par les même faits susmentionnés, par exemple la crise de 2007
a forcé les pays à diminuer leurs importations auprès des pays à revenu élevé, et par voie
de conséquence la baisse du transfert technologique. Quant à l’indice du capital humain,
son évolution a montré une tendance baissière, chose qui ne semble pas bénéfique pour ces
pays afin d’avoir une main d’œuvre qualifiée, capable d’assimiler et d’imiter la technologie
importée.
Les graphiques ci-dessous retracent les corrélations entre la PTF, le degré d’ouverture
et les transferts technologiques pour la période allant de 1980 jusqu’au 2016 pour la région
MENA.
Le graphique à gauche illustre une co-variation positive entre la PTF et le degré de
l’ouverture, ce qui nous permet de prédire qu’il y a une forte corrélation. Tandis que le gra-
phique à droite nous ne permet pas de prédire la nature de la relation existante entre la PTF
et les transferts technologiques. Ceci, n’exclut pas la présence d’une probable corrélation.
76 OUVERTURE, TRANSFERTS TECHNOLOGIQUES ET PRODUCTIVITÉ
5.3.2 Cas du Maroc
Les graphiques suivant retracent l’évolution conjointe des variables indiquant l’ouver-
ture avec la PTF pour la période allant de 1980 jusqu’au 2016 pour le cas du Maroc :
L’évolution de la productivité totale des facteurs, montre généralement une tendance
baissière dans le temps, passant de 1,04 dans les années 80 à 0,45 en 2016, cela peut être
expliqué en trois phases ; La période 1980-1986, elle coïncide avec le début de l’applica-
tion du plan d’ajustement structurel. Elle est caractérisée par une baisse moyenne du taux
de croissance de la PTF de l’ordre de 3,2%. Cette tendance est due à la contraction de
la demande intérieure et l’importance des tensions inflationnistes. En 1987, un creux est
enregistré en liaison avec la récession de la valeur ajoutée agricole en raison de la séche-
resse. La période 1987-1993, a marqué une reprise de la PTF grâce aux bonnes campagnes
agricoles et au dynamisme qu’ont connu les exportations avec la libéralisation du com-
merce extérieur. Depuis 1994, la PTF a connu une forme en dents de scie en relation avec
les fréquentes sécheresses tout en enregistrant une baisse tendancielle de l’ordre de -0,3%.
Cette détérioration est due notamment aux aléas climatiques défavorables, à la baisse de la
demande étrangère adressée à l’économie marocaine, ainsi qu’aux fluctuations des cours
des matières premières.
L’évolution des IDE montre une tendance haussière dû en grande partie au démarrage
du processus de privatisation. Toutefois, leur évolution se caractérise, à partir de 1994, par
une certaine irrégularité. Après avoir enregistré un niveau élevé dans la même année (1,55
en % du PIB). Ensuite, les flux d’IDE à destination du Maroc ont accusé une baisse entre
1995 et 2000. Puis, ils ont atteint un niveau record de 30,6 milliards de dirhams en 2001,
grâce notamment à l’ouverture du capital de Maroc Telecom. À partir de 2003 le Maroc
a connu une grande vague de privatisation, chose qui a augmenté la part des IDE dans le
PIB pour enregistrer plus de 4,4%. Les flux des IDE adressés au Maroc ont connu autre
fois, à l’instar des pays voisins, une chute en 2008 expliquée essentiellement par la crise
financière mondiale.
Quant au degré d’ouverture, le Maroc est l’un des pays les plus ouverts de sa région,
L’évolution de cette variable a montré généralement une tendance haussière. La signature
d’accords de libre-échange avec plus de 56 pays a d’ailleurs largement contribué à cette
ouverture. Cette tendance est imputée également à la mise en application de plusieurs me-
sures d’ouverture commerciale dictées dans le plan d’ajustement structurel (1984), ainsi
qu’à l’adhésion du Maroc au GATT en 1987 et l’OMC en 1995. Toutefois, cette variable
n’était pas à l’abri des fluctuations causées par les chocs intérieurs et extérieurs, dont le
plus sévère est celui de 2008.
MÉTHODOLOGIE EMPIRIQUE ET ESTIMATION 77
L’évolution croissante de la variable synthétique ‘transfert technologique’ correspond à
l’allure du celles retraçant les importations du Maroc auprès des pays à revenu élevé ainsi
que de leurs dépenses en R&D. par exemple la crise de 2008 a forcé le Maroc à diminuer
ses importations auprès de ces pays, et par conséquent les transferts technologiques ont
baissé.
Les graphiques ci-dessous retracent les corrélations entre la PTF, le degré d’ouverture
et les transferts technologiques pour la période allant de 1980 jusqu’au 2016 pour le cas du
Maroc.
5.4 Méthodologie empirique et estimation
Dans cette section, nous allons estimer un modèle de croissance pour un panel de 13
pays en voie de développement appartenant à la région MENA, ainsi que pour le Maroc
entre la période 1980 et 2016. Pour une meilleure identification des paramètres d’intérêt
et une plus grande robustesse de nos résultats, nous spécifions un modèle dynamique en
faisant appel à des méthodes d’estimation appropriées censées identifier séparément, et de
manière rigoureuse, entre la composante structurelle des variables et la composante qui
renvoie à l’hétérogénéité non observée dans le cas de l’analyse en données de panel.
5.4.1 Définition des variables utilisées
La productivité totale des facteurs (PTF) mesure la fraction de la croissance de l’output
(généralement le PIB) non imputable à la croissance du volume des facteurs de production
(généralement le capital physique et le travail). Solow (1957) a apporté une formalisation
théorique pour la mesure de la PTF. Ainsi, les possibilités de production sont supposées être
représentées par une fonction de production globale avec un progrès technique neutre au
sens de Hicks. Ce progrès technique est supposé exogène et sans coûts : Y = AF (K, L).
Où Y représente la production, K le capital, L le travail et A le progrès technique
ou la PTF. Le choix de la variable PTF 10 est justifié également par le travail de C OE et
H ELPMAN (1995) 11 .
Pour bien capter les effets de l’ouverture à l’extérieur sur la PTF des pays de la région
MENA, nous avons utilisé dans notre modèle des variables relatives à l’ouverture à savoir,
10. Pour les données de la PGF de notre échantillon, nous les avons obtenus auprès de de la source, Penn World
Table.
11. Ces auteurs considèrent que la PTF est le meilleur indicateur de progrès technique d’une nation.
78 OUVERTURE, TRANSFERTS TECHNOLOGIQUES ET PRODUCTIVITÉ
le degré d’ouverture de l’économie, les investissements directs étrangers et l’externalité du
R&D. Nous exprimons le degré d’ouverture en la part des exportations et les importations
dans le PIB.
Toutefois, l’ouverture d’un pays ne se limite pas à ses échanges internationaux. Elle
se caractérise aussi par les flux des capitaux provenant des firmes multinationales étran-
gères. Ceci peut améliorer l’efficacité globale d’une économie par le biais du transfert des
connaissances technologiques et organisationnelles au reste de l’économie. Ainsi, nous
avons jugé nécessaire de rajouter les IDE dans notre équation de croissance pour tenir
compte de l’ensemble des canaux à travers lesquels l’ouverture peut influencer la crois-
sance économique, la variable est représentée par la part des IDE dans le PIB. Pour les
externalités en R&D, une variable synthétique, construite à partir des importations auprès
des pays à revenu élevé et la part des dépenses en R&D des pays industriels (OCDE) dans
leur PIB, représente un « proxy » des transferts de technologies et des connaissances vers
les pays en voie de développement. Ces variables sont tirées de la base de données de la
banque mondiale.
Nous rajoutons dans notre spécification 1 2 la variable « capital humain », comme dans
les travaux de C OE et al. (1995), L EVIN et R AUT (1992). Ces travaux suggèrent que pour
tirer profit d e l ’ouverture, l es p ays e n v oie d e d éveloppement d oivent ê tre d otés d’une
main d’œuvre qualifiée, c’est à dire d’un capital humain capable d’assimiler la technologie
étrangère. En se basant sur une approche commune dans la littérature, qui est celle de C A -
SELLI (2005), nous utilisons un indice du capital humain 13 basé sur les années de scolarité
moyenne, un taux de rendement présumé de l’éducation et le nombre des employés.
5.4.2 Modèles
5.4.2.1 Cas de la région MENA Avant de passer à l’estimation de notre modèle, il y
a lieu de noter que toutes les variables sont stationnaires 14 en taux de croissance, comme
l’indique la majorité des tests de racine unitaire commune et individuelle. La stationnarité
des variables nous a permis d’entamer notre régression en commençant par l’estimateur
des moindres carrées ordinaires, rien que pour procéder au test de Breusch and Pagan
Lagrangian multiplier, qui nous a validé la présence d’une hétérogénéité entre les pays, ce
qui nous a amené à analyser notre échantillon dans le cadre des effets spécifiques.
Au premier abord, nous avons régressé la variable PTF sur les variables de contrôles,
seulement un coefficient qui est significatif, et les résidus générés sont fortement corrélés
avec les variables exogènes ce qui indique une présence d’endogénéité. Toutefois, la qua-
lité d’ajustement est très faible, chose qui nous a amené à un modèle de panel dynamique
en GMM, pour à la fois palier au problème d’endogénéité des variables et pour améliorer
la qualité d’estimation en prenant en considération la question d’autocorrélation des er-
reurs et celle d’hétéroscédasticité indiquée respectivement par le test de Woodridge et une
procédure de détection de l’hétéroscédasticité en raison de l’absence d’un test sur le logi-
ciel Stata. Cependant, le test de Woodridge de l’autocorrélation a rejeté l’hypothèse nulle
d’absence de l’autocorrélation du premier ordre dans nos données de panel avec une pro-
babilité nulle. Ainsi, les coefficients de la régression des carrés des résidus sur les variables
exogènes sont non significatifs, ceci confirme l’absence d’une hétéroscédasticité.
12. Nous définissons l’ensemble des variables dans les annexes.
13. Les données de cette variable sont tirées du Penn World Table.
14. Voir annexes : test de stationnarité (cas de la région MENA)
MÉTHODOLOGIE EMPIRIQUE ET ESTIMATION 79
La spécification pour laquelle nous avons opté se présente comme suit :
cptfit = αcptfit−1 + βtradeit + λctrit + γideit + ηchcit + ui + vit
Les résultats que nous présentons dans le tableau 1, ci-dessous, correspondent à l’es-
timation GMM en système d’A RELLANO et B OND (1991) en deux étapes, qui permet
d’éliminer de façon rigoureuse tout biais lié à l’hétérogénéité individuelle non observée
et offre, par conséquent, une meilleure efficacité des résultats de l’estimation. Nous no-
tons que les tests d’Arellano-Bond 15 et de Hansen 16 indiquent, respectivement, l’absence
d’autocorrélation d’ordre 1 et 2 ainsi que la validité de tous les instruments que nous avons
utilisés.
Tableau 1 :Résultats de l’estimation du modèle
Variables Coefficient Écart type La statistique z Probabilité >
L1. cptf 0.058**
0.018 3.22 0.007
L1.trade 0.062**
0.027 2.30 0.040
Lctr 0.131**
0.012 10.68 0.000
Chc -3.724 1.780 -2.09 0.058
Ide -0.253 0.509 -0.50 0.628
**
Signifie que les variables sont significatives au seuil de 5%
Les estimations empiriques confirment l’effet positif et significatif du degré d’ouverture
et des externalités de la technologie sur la PTF. Cependant, l’identification de l’effet des
IDE et du capital humain sont loin d’être évidents, ils ont un effet négatif et non significatif.
Cela montre que l’ouverture des pays à l’étude a un effet positif et significatif sur leur
croissance économique d’une part, et que d’autre part, un tel effet passe par le canal sti-
pulant que les pays appartenant au groupe MENA, qui disposent d’un niveau négligeable
en R&D, l’ouverture leur permet d’accéder au savoir et aux connaissances étrangères. Plus
particulièrement par le biais de l’importation des biens étrangers - auprès des pays déve-
loppés - nécessaires dans le processus de leur production.
Cependant, le capital humain dans ces pays ne leur permet pas de tirer profit de l’ouver-
ture. Ils doivent donc faire des efforts pour améliorer quantitativement et qualitativement
ce facteur pour pouvoir assimiler et imiter la technologie étrangère et la transférer vers
l’ensemble de l’économie. Certes, l’installation des firmes multinationales dans les pays
en voie de développement est favorable dans la mesure où elle augmente la concurrence et
incite les entreprises domestiques à améliorer leurs technologies et réaménager leurs mé-
thodes de gestion et d’organisation.Elle permet aussi de transférer la technologie étrangère
vers ces pays et stimuler les entreprises domestiques. Néanmoins, les données de notre
échantillon ont échoué à identifier cet effet positif, cela peut être dû à la grande volatilité
qu’accuse les IDE par rapport à celle de la PTF comme nous l’avons présenté dans la partie
des faits stylisés.
5.4.2.2 Cas du Maroc Pour le cas du Maroc, nous avons spécifié la même équation
que celle en données de panel sauf que cette fois ci nous avons fait distinction entre les
15. Voir annexes : test d’autocorrélation
16. Voir annexes : test de validité des instruments
80 OUVERTURE, TRANSFERTS TECHNOLOGIQUES ET PRODUCTIVITÉ
exportations (exportations de biens) et les importations (hors ceux importés auprès des
pays à revenu élevés) en les substituant au taux d’ouverture commerciale.
La plupart des variables de notre spécification sont intégrées 17 d’ordre 1, raison pour
laquelle nous avons travaillé avec des variables en taux de croissance.
Le choix du modèle de variable instrumentale en GMM en 2 étapes est justifié par la
présence de la variable dépendante retardée. Nous avons utilisé comme instrument de la va-
riable dépendante, les variables : stock de capital et le nombre de personnes qui participent
à la production.
Nous avons d’abord régressé la variable dépendante sur les variables explicatives y com-
pris la variable dépendante retardée par la méthode des moindres carrées ordinaires pour
récupérer les résidus, qui vont nous servir au test de corrélation pour choisir les instruments
exogènes pour la méthode de variable instrumentale en GMM en 2 étapes. Le résultat 18
de ce test pour les deux variables (qui sont les retards de taux accroissement de stock de
capital et ce de nombre des employés de l’économie marocaine), nous a permis de les re-
tenir comme instruments, car elles sont en corrélation avec la variable dépendent retardée
et non corrélée avec les résidus de la première régression.
La spécification pour laquelle nous avons opté se présente comme suit :
cptft = αcptft−1 + βcxt + ρcmt + λctrt−1 + γidet + ηchcit + vt
Les résultats du modèle reportés dans le tableau 2 montrent un effet négatif et signi-
ficatif des transferts technologiques (une augmentation des transferts technologiques de
1%, soit du a une augmentation des importations auprès des pays à revenu élevé ou/et une
augmentation des dépenses en recherche et développement dans ces pays, détériore la pro-
ductivité totale des facteurs de 0,038 %) et du capital humain (une augmentation de de 1%
de l’indice de capital humain fait diminuer la productivité totale des facteurs de 0,066 %).
Par contre, les exportations des biens exercent un effet positif et statistiquement significatif
(une amélioration des exportations de 1% augmente la productivité totale des facteurs de
0,11 %). Une réflexion autour de ces résultats nous pousse à dire que le capital humain
marocain n’est pas suffisamment qualifié pour assimiler les technologies contenues dans
les exportations des pays à revenu élevé, chose qui explique entre autres le signe négatif
de l’impact des transferts technologiques sur la PTF. Quant aux effets des importations des
biens (hors ceux auprès des pays à haut revenu) et des IDE, ils sont statistiquement non
significatifs.
Le test de la statistique J Hansen a échoué de rejeter l’hypothèse nulle, donc tous les
instruments sont valides. Ceci suppose que les termes d’erreurs sont non corrélés avec les
instruments et que ces derniers sont exogènes au modèle. La statistique J Hansen est ro-
buste dans le cas de présence d’héteroscedasticité. Nous avons également procédé à des
tests 19 supplémentaires d’endogénéité qui ont accepté l’hypothèse nulle (tous les instru-
ments sont exogènes) à un risque de 5%.
17. Voir annexes : Tableau du test de racine unitaire de Dickey Fuller augmenté pour le cas du Maroc
18. Voir annexes : Tableau du test de corrélation pour le choix des variables instrumentales
19. Voir annexes : test d’endogénéité
CONCLUSION 81
Tableau 2 :Résultats de l’estimation du modèle
Variables Coefficient La statistique z Probabilité >|z|
L1 Cptf 0.710 **
2.34 0.020
Cx 0.115 **
4.52 0.000
Cm 0.017 0.59 0.553
L1 ctr -0.038 **
-2.28 0.022
Chc -0.066 **
-2.59 0.010
Ide -0.004 -0.02 0.983
Chi-sq(1) P-val 0.243
Signifie que les variables sont significatives au seuil de 5%
**
5.5 Conclusion
Dans ce travail, nous avons testé empiriquement l’impact de l’ouverture et du transfert
technologique sur la PTF pour un Panel de 13 pays appartenant à la région MENA, ainsi
que pour le Maroc pour la période allant de 1980 à 2016. À effet, nous avons intégré
dans notre équation de croissance plusieurs indicateurs qui peuvent représenter de façon
plus exhaustive les différentes dimensions de l’ouverture à savoir : les exportations, les
importations, le degré d’ouverture, les investissements directs étrangers, les externalités de
la technologie étrangère et le capital humain.
Nous avons fait appel aux méthodes économétriques les mieux adaptées à notre problé-
matique pour estimer un modèle dynamique permettant ainsi d’éliminer de façon rigou-
reuse tout biais lié à l’hétérogénéité individuelle non observée pour l’analyse en données
de panel et de pallier aux problèmes d’endogénéité pour le cas du Maroc, et offrent, par
conséquent, une meilleure efficacité des résultats de l’estimation.
Les principaux résultats de notre étude pour le cas de la région MENA, montrent que
les coefficients attachés aux variables représentants l’ouverture sont toujours positifs et si-
gnificatifs, à l’exception de celui des IDE qui est négatif et non significatif. Cela indique
que l’ouverture des pays du notre panel a, globalement, un effet positif et significatif sur
leur croissance économique. Ces résultats confirment l’hypothèse selon laquelle l’ouver-
ture permet aux pays en voie de développement d’améliorer leur productivité totale des
facteurs en donnant accès au savoir et aux connaissances étrangères contenues dans les
importations auprès des pays développés. En revanche, les résultats du Maroc, révèlent un
impact positif des exportations, contre des effets négatifs du capital humain et des exter-
nalités en R&D. Toutefois, les IDE exercent toujours un impact négatif et statistiquement
non significatif.
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ANNEXES
1. Cas de la région MENA
Test de stationnarité
Levin, Lin Im, Pesaran and ADF - Fisher PP - Fisher
Variables
& Chu Shin W-stat Chi-square Chi-square
Croissance des externalités 0.000 0.000 0.001 0.000
IDE en % de pib 0.000 0.006 0.010 0.000
Degré d’ouverture 1.000 0.000 0.000 0.000
Croissance de l’indice
0.000 0.000 0.000 0.000
« capital humain »
croissance de la PTF 0.000 0.000 0.000 0.000
Test d’autocorrélation
Test d’Arellano-Bond de AR(1) en première différence : z = −1.57P r > z = 0.116
Test d’Arellano-Bond de AR(2) en deuxième différence : z = −1.18P r > z = 0.236
Test de validité des instruments
Test de Hansen : chi2(60) = 6.55P r > chi2 = 1.000
2. Cas du Maroc
Test de stationnarité
Variables ADF Stationnarité 2 différence
ème
Ptf 0.000 I (0) -
Lx 0.024 I (1) 0.000
Lm 0.077 I (1) 0.000
Ltr 0.299 I (1) 0.000
Lhc 0.342 I (1) 0.000
Ide 0.006 I (0) -
Test de corrélation pour le choix des variables instrumentales
Variables Residus L,cptf
Residus 1,0000 _
0,1644 -0,4625
LD,lemp
(p=0,3685) (p=0,0004)
-0,3168 -0,4211
LD,lkcnt
(p=0,0773) (p=0,0015)
84 OUVERTURE, TRANSFERTS TECHNOLOGIQUES ET PRODUCTIVITÉ
Test d’endogénéité
Durbin (score) chi2(1) 3.52011 (p = 0.0606)
Wu-Hausman F(1,24) 2.9664 (p = 0.0979)
3. Les variables
Définitions et sources des données
Variables utilisées Définitions Sources
La Productivité totale des facteurs, à prix constants (2011
La productivité totale des = 1), mesure la fraction de la croissance de l'output non
Penn world table
facteurs (PTF) imputable à la croissance du volume des facteurs de
production (le capital physique et le travail).
le degré d’ouverture est calculé en la part des exportations
Le degré d’ouverture World data Bank
et des importations dans le PIB des pays à l’étude
La part des investissements La part des IDE présente les flux des capitaux provenant
World data Bank
directs étrangers en % du PIB des firmes multinationales étrangères par rapport au PIB
« proxy » des transferts de technologies et des
connaissances vers les pays en voie de développement,
World data Bank
Les externalités du R&D construite à partir des importations des pays de notre panel
OCDE
auprès des pays à revenu élevé et la part des dépenses en
R&D des pays industriels (OCDE) dans leur PIB.
Indice du capital humain, basé sur les années de scolarité
Le capital humain Penn world table
et les rendements de l'éducation.
Les travailleurs Le nombre de personnes employés Penn world table
Le stock de capital à prix constants (2011 = 1) calculé par
Le stock de capital Penn world table
la méthode de l’inventaire permanant
Représentent la valeur de toutes marchandises fournis au
Les exportations World data Bank
reste du monde.
Les importations de biens La différence entre la somme des importations de
hors ceux en provenance des marchandises et les importations auprès des pays à revenu World data Bank
pays à revenu élevé élevé.
La somme des importations de marchandises, de
Les importations auprès des l’économie déclarante, des économies à revenu élevé
World data Bank
pays à revenu élevé selon la classification des économies par la banque
mondiale.
4. Liste des pays choisis pour représenter la région MENA
Bahrain Jordan Sudan Saudi Arabia Israel
Egypt Kuwait Tunisia Mauritania Iraq
Iran Morocco Turkey