Écart technologique et productivité : Une mise
en évidence empirique
Charaf-Eddine Moussir et Abdellatif Chatri
Chapitre du live Overture, productivité et croissance économique au Maroc , Édité par
Chatri Abdellatif, Publié par Laboratoire d’Economie Appliquée (Mohammed V Univ.) &
Policy Center for the New South, ISBN (WEB) : 978-9920-37-593-1
Citer ce document :
Moussir, CE. & Chatri, A. (2019). Écart technologique et productivité : Une mise en
évidence empirique. In A. Chatri (éd). Ouverture, productivité et croissance économique
au Maroc. Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for the New South. Rabat
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Copyright © 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée, Policy Center for the New South & CNRST.
Tous les droits sont réservés.
CHAPITRE 4
INVESTISSEMENT DIRECT ÉTRANGER,
ÉCART TECHNOLOGIQUE ET
PRODUCTIVITÉ : UNE MISE EN
ÉVIDENCE EMPIRIQUE
Charaf-Eddine Moussir, Abdellatif Chatri
Laboratoire d’Économie Appliquée, Université Mohammed V de Rabat
E-mail de correspondance : charafmoussir92@gmail.com
Résumé : Ce travail a pour objectif d’identifier le rôle des flux d’investissements directs étrangers
(IDE) et de l’écart technologique dans la croissance de la productivité totale des facteurs (PTF)
dans le contexte de l’économie marocaine. Les résultats de l’estimation, conduite par la Méthode
des Moments Généralisés (GMM) sur la période de 1980 à 2016, permettent de faire ressortir
un impact positif sur la PTF. L’écart technologique au Maroc reste persistant, ceci met en relief
les faibles externalités engendrées par les IDE. Le processus de diversification de la structure
productive et du niveau de revenu au Maroc présente une corrélation positive avec la PTF. En
revanche, le développement financier affiche une relation positive attestant des efforts considé-
rables consentis en matière d’accès au financement. En dernier lieu, la PTF semble négativement
influencé par le niveau d’éducation.
Mots clés : Investissements directs étrangers, productivité totale des facteurs, technologie, Ma-
roc, GMM.
Abstract : This work aims to identify the role of foreign direct investment (FDI) flows and the
technological gap on total factor productivity (TFP) in the Moroccan economy. The results of
the estimation, conducted by the Generalized Moments Method (GMM) over the period 1980 to
2016, reveals a positive impact on total factor productivity. The technological gap in Morocco
remains persistent, this underlines the low externalities of the FDI induced. The process of
diversification of the productive structure and income level in Morocco are positively correlated
with TFP. On the other hand, the financial development shows a positive relationship attesting
of the considerable efforts made in terms of access to financing. Finally, TFP is negatively
influenced by the level of education.
Keywords: Foreign direct investment, productivity growth, technology, Morocco, GMM.
Ouverture, productivité et croissance économique au Maroc, Éd. Chatri Abdellatif. 59
Copyright
c 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for the New South.
60 INVESTISSEMENT DIRECT ÉTRANGER, ÉCART TECHNOLOGIQUE ET PRODUCTIVITÉ
4.1 Introduction
L’investissement direct étranger (IDE) est l’une des caractéristiques la plus marquante
de l’économie mondiale d’aujourd’hui. FARRELL (2008) a défini les IDE comme un en-
semble de capitaux, de technologie, de gestion et d’entrepreneuriat, qui permettent à une
entreprise de fonctionner et de fournir des biens et services sur un marché étranger. Ces
IDE sont particulièrement importants pour les pays en développement car ils donnent ac-
cès à des ressources qui, autrement, ne seraient pas disponibles pour ces pays. Plusieurs
explications théoriques ont été mises en exergue pour déterminer les effets de ces IDE.
On peut citer en premier lieu les théories traditionnelles du commerce international fon-
dées sur les avantages comparatifs et les différences de dotation en facteurs entre les pays
(BALASUBRAMANYAM, 2002 ; H AILE & A SSEFA, 2006 ; Z EKARIAS, 2016).
Les sociétés multinationales sont généralement attirées par l’avantage comparatif qu’offre
le pays ou la région. Par exemple, les multinationales peuvent établir des filiales étrangères
dans un pays pour profiter de ses coûts de main-d’œuvre moins élevés ou de sa grande taille
de marché. Toutefois, ces théories traditionnelles ne fournissent pas de réponses complètes
sur les raisons pour lesquelles les multinationales préfèrent opérer dans un pays étranger
plutôt que de s’engager dans l’exportation ou l’octroi de licences, qui sont des alternatives
à l’IDE. Cela a conduit à l’élaboration de plusieurs autres pistes pour expliquer l’impact
des IDE.
La théorie financière néoclassique des flux de portefeuille est l’une des premières ex-
plications de l’IDE. Cette explication repose sur les écarts de taux d’intérêt entre les pays.
Selon cette optique, les mouvements de capitaux sont considérés comme un l’arbitrage des
opérateurs qui déplacent les capitaux de pays où le rendement est faible vers des pays où il
est élevé (A ITKEN & H ARRISON, 1999 ; Z EKARIAS, 2016).
L’apport pionnier de H YMER (1976) sur les multinationales, toutefois, fait valoir que la
nécessité d’exercer un contrôle sur les opérations est le principal motif des IDE plutôt que
le simple flux de capitaux. Le capital est utilisé pour faciliter l’établissement des IDE plu-
tôt qu’une fin en soi. Il affirme que pour que les entreprises s’engagent dans des activités
transfrontalières, elles doivent posséder une sorte d’avantages monopolistiques. Les avan-
tages résultent du fait qu’une entreprise étrangère possède des brevets, du savoir-faire, des
compétences en gestion, etc. et ces avantages ne sont pas disponibles pour les entreprises
locales. Son argument repose sur l’existence d’imperfections du marché, telles que la diffi-
culté à commercialiser et à fixer les prix, ou dans certains cas, les marchés peuvent ne pas
exister pour ces produits ou, s’ils existent, ils peuvent impliquer des coûts de transaction
ou des délais énormes. Dans de tels cas, il serait plus efficace pour l’entreprise de s’enga-
ger dans des investissements directs que dans l’exportation ou l’octroi de licences. L’IDE
permettra aux entreprises de contrôler et d’exploiter pleinement leur pouvoir de monopole.
H YMER (1976) a ouvert la voie au développement de la théorie de l’internationalisa-
tion. Selon cette théorie, les entreprises internationalisent leurs activités chaque fois qu’il
y a des inefficacités dans la gestion du marché extérieur. L’investissement direct permet
une intégration verticale, assurant une sécurité de l’offre (A ITKEN & H ARRISON, 1999 ;
M EIER & M ESCHI, 2010).
Les avantages concurrentiels d’une entreprise dépendent non seulement des ressources
qu’elle détient par les droits de propriété ou le contrôle, mais aussi de la production et des
facteurs détenus par d’autres entreprises. A cet égard, les retombées des IDE ne se limitent
pas à l’impact sur l’efficacité allocative et technique des entreprises du pays d’accueil,
INTRODUCTION 61
mais ont aussi des répercussions sur la modernisation technologique de ces entreprises
(C AVES, 1974 ; S CITOVSKY, 1954). Les externalités technologiques, deuxième dimension
des retombées des IDE, ont un rôle important à jouer à cet égard.
Toute entreprise a besoin de ressources qui assurent des coûts de production plus bas et
des profits élevés, ce qui lui donne une longueur d’avance sur la concurrence. Le rôle des
ressources externes dans la création d’un avantage concurrentiel varie selon la nature des
activités. Parmi ces avantages, on peut citer le canal de l’imitation.
Les multinationales peuvent sensibiliser les entreprises nationales et éliminer le senti-
ment de risque et les inciter à acquérir de nouvelles technologies. Avec l’entrée des mul-
tinationales, les entreprises du pays hôte peuvent bénéficier de la création de nouvelles
compétences et le développement de nouveaux produits, permettant ainsi aux entreprises
nationales de revendiquer un segment de marché qui n’était pas pris en compte auparavant
et atteindre ainsi une rentabilité plus durable (H UNT & DAVIS, 2012 ; H UNT & M ORGAN,
1996).
Une autre voie de diffusion passe par le transfert des capacités et des connaissances.
Les travailleurs formés par les entreprises multinationales peuvent s’installer dans des en-
treprises nationales et transmettre ainsi les connaissances et le savoir-faire acquis dans le
cadre de leur formation (L IPSEY & S JÖHOLM, 2005 ; M ARKUSEN, 2005 ; Z ANFEI, 2012).
Toutefois, le transfert des capacités et des connaissances ne conduit pas nécessairement à
une augmentation de la production. En effet, même si le transfert aux firmes locales se fait
avec succès, ces dernières hésiteraient à se lancer dans de nouvelles productions à cause
de leur profitabilité incertaine. Par conséquent, le premier entrant à une nouvelle activité
devrait s’engager dans un "coût de découverte" (H AUSMANN & RODRIK, 2003). Lorsque
le coût d’entrée dans un nouveau marché devient plus élevé, la production de nouveaux
biens devient compliquée malgré la présence de toutes les capacités nécessaires pour le
faire (I WAMOTO & NABESHIMA, 2012).
Contrairement aux autres facteurs, la théorie s’est intéressée aux effets sur la producti-
vité totale des facteurs (PTF).On suppose que les multinationales apportent avec elles de
nouvelles technologies et que cela se propagera aux entreprises nationales, les aidant ainsi à
améliorer leur productivité. L’effet de l’IDE sur la PTF a des implications plus importantes
pour la croissance permanente des revenus, et donc de la consommation et du bien-être, et
ce pour trois raisons.
Premièrement, la théorie néoclassique prévoit que lorsqu’un pays pauvre décide d’en-
lever les restrictions sur les entrées de capitaux, il connait une augmentation temporaire
du taux de croissance de son stock de capital et du PIB par habitant (en raison de l’entrée
temporaire des IDE), mais son taux de croissance à long terme ne s’écarte pas du taux
de croissance des pays qui ne reçoivent pas d’IDE ; les différences de taux de croissance à
long terme entre les pays seront exclusivement dues à des différences de taux de croissance
exogène de la PTF (G OURINCHAS & J EANNE, 2006).
Deuxièmement, la théorie suggère que c’est la PTF plutôt que l’accumulation de capital
qui explique l’essentiel des différences du niveau du PIB par habitant entre les pays (E AS -
TERLY & L EVINE , 2001 ; H ALL & J ONES , 1999 ; H SIEH & K LENOW , 2010 ; K LENOW &
RODRIGUEZ -C LARE, 1997).
En dernier lieu, la PTF peut être interprétée comme une mesure de la croissance en-
dogène. Contrairement à ce qui se passe dans le paradigme néoclassique, la théorie de la
croissance endogène fournit un cadre dans lequel l’IDE - en tant que mécanisme de trans-
fert de technologie - peut influer sur la croissance à long terme par son effet sur la PTF,
62 INVESTISSEMENT DIRECT ÉTRANGER, ÉCART TECHNOLOGIQUE ET PRODUCTIVITÉ
plutôt que par l’intermédiaire de son effet sur l’accumulation de capital (B ORENSZTEIN,
D E G REGORIO & L EE, 1998). BALTABAEV (2014) fait donc valoir que les études empi-
riques devraient se concentrer sur l’impact de l’IDE sur la PTF plutôt que la croissance du
revenu.
La productivité totale des facteurs désigne l’élément représentatif de l’efficacité d’uti-
lisation des ressources économiques dans le processus de production. Dans ce sens, on
constate que les pays qui ont réussi à maintenir une croissance forte et durable, sans tom-
ber dans « le piège des pays à revenu intermédiaires », sont les pays qui ont réalisé les
gains de productivité les plus significatifs (W ORLD BANK, 2017).
Sur la période 1990-2016, l’économie marocaine n’a pas enregistré d’augmentation de
la productivité totale des facteurs (Figure 1.b). Certes la quantité de travail et de capital
dans l’économie marocaine a fortement augmenté, mais l’efficience du processus d’allo-
cation du travail et du capital n’a pas évolué en parallèle (BAD, 2015 ; HCP, 2017). Bien
que le Maroc ait joui d’importantes rentrées en IDE par rapport aux pays de la région au
cours de ces dernières années (Figure 1.a), cela demeure relativement faible par rapport à
ceux dont bénéficient les pays similaires. Cette faible performance s’explique par le fait
que la productivité du travail n’a augmenté qu’à un rythme relativement faible et que les
investissements ont été réalisés essentiellement dans des secteurs peu créateurs de valeur
ajoutée (BAD, 2015).
Figure 1 : Évolution des investissements directs (IDE) et
de la productivité totale des facteurs (PTF)
(a) IDE (b) PTF
10 1,4
1,2
8
1
6
0,8
4 0,6
0,4
2
0,2
0
0
-2
Brésil Chine Egypte Maroc Brésil Chine Egypte Maroc
Tunisie Turquie Inde Tunisie Turquie Inde
Source : (a) Indicateurs du développement dans le monde, (b) Penn World Table version 9.0
L’écart technologique du Maroc par rapport aux autres pays est très élevé (Figure 2).
L’incapacité à réduire cet écart semble attribuable principalement aux facteurs microéco-
nomiques et à la faible qualité du capital humain et, dans une moindre mesure, aux dé-
faillances dues aux externalités d’apprentissage et de coordination (W ORLD BANK, 2017).
L’économie marocaine semble avoir des difficultés en efficience malgré les réformes
structurelles engagées en matière d’ouverture commerciale ainsi que les technologies im-
portées. Cette situation met en exergue la position désavantageuse du Maroc à bénéficier
des effets d’entrainements des IDE (Figure 3). Cette faible performance peut s’expliquer
IMPACT DES IDE ET DE L’ÉCART TECHNOLOGIQUE SUR LA PTF : ANALYSE EMPIRIQUE 63
par la faible qualité des travailleurs marocains, le manque d’investissement en recherche et
développement, accès difficile au financement, etc.
Figure 2 : Écart technologique Figure 3 : Capacité d’absorption des IDE
10
1,60
1,4 10
6
1,60
1,4 9
1,40
1,2 1,40
1,2 8
8 58
1,20 1,20 7
1 41
1,00
6 1,00
6 6
0,8 0,8
0,80 3
0,80 5
4
0,6 4
0,6
0,60 0,60
2 4
0,4
0,40 0,4
0,40
2 2 3
1
0,2
0,20 0,2
0,20 2
0 00
0,00
0 0,00
0 1
-2 -1
-2 0
Brésil Chine
Chine Egypte
Egypte Maroc
Maroc Brésil
Brésil Egypte
Chine
Chine Maroc
Egypte
Egypte Tunisie
Maroc
Maroc
Brésil Chine Egypte Maroc Brésil Chine Egypte Maroc
Tunisie Turquie
Turquie Inde
Inde Turquie
Tunisie Inde
Turquie
Turquie Chine
Inde
Inde
Tunisie Turquie Inde Tunisie Turquie Inde
Source : Calcul des auteurs. L’écart technologique est le rapport entre la productivité du travail aux États-Unis
et la productivité du travail d’un pays donné. La capacité d’absorption des IDE est donnée par IDE*Ecart
technologique.
4.2 Impact des IDE et de l’écart technologique sur la PTF : Analyse empi-
rique
4.2.1 Méthodologie et source des données
Afin de mettre en relief l’impact des IDE et de l’écart technologique sur la croissance
de la productivité totale des facteurs au Maroc, nous avons estimé un modèle en séries
chronologiques pour la période allant de 1980 jusqu’à 2016. Notre modèle s’inspire des
travaux d’A LAYA, N ICET-C HENAF et ROUGIER (2009), D IOP et S ANE (2016), L EE, L EE
et K IM (2011).
Les données utilisées ont été extraites de plusieurs bases de données. Pour ce qui est du
PIB par habitant, les IDE, le développement financier (crédits accordés au secteur privé) et
le niveau d’éducation (Inscriptions dans le secondaire) du World Development Indicators
(WDI). L’indice de diversification est celui d’ Herfindahl-Hirschmann, il est obtenu de la
base de données du Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
(CNUCED).
La PTF quant à elle, est extraite de la Penn World Table. En ce qui concerne la variable
proxy de l’écart technologique, elle a été donnée par le rapport entre le PIB des Etats Unis
et celui du Maroc.
Nous retenons la spécification suivante :
P T Ft = C + IDEt + ET ECHt + P IBh abt + IDt + DFt + EDU Ct + εt
P T Ft = La productivité totale des facteurs, IDEt = Les investissements directs étrangers,
ET ECHt = Ecart technologique, P IBh abt = PIB par habitant, IDt = Indice de diversifi-
cation, DFt = Développement financier, EDU Ct = Niveau d’éducation.
64 INVESTISSEMENT DIRECT ÉTRANGER, ÉCART TECHNOLOGIQUE ET PRODUCTIVITÉ
La méthode d’estimation adoptée porte sur la modélisation en séries chronologiques
plus particulièrement la méthode des moments généralisés (GMM), cette dernière a été
conduite afin de pallier au problème d’endogénéité potentielle des variables explicatives.
Les variables IDE et ET ECH sont supposées endogènes. Étant donné que la causalité
peut aller dans les deux sens - des IDE et ET ECH à la P T F et vice versa - ces variables
explicatives peuvent être corrélées avec le terme d’erreur.
4.2.2 Résultats
Tableau : Résultats de l’estimation
Variables PTF
IDE 0.015
E_TECH -0.745*
PIB_HAB 4.925**
ID 12.853**
DF 0.005
EDUC -0.034
C -0.112
Coefficient significatif au seuil de 1%**,5%*
Source : Calcul des auteurs sous Eviews 9.
D’après les résultats obtenus, on remarque que la variable IDE est corrélée positivement
et significativement à la PTF. Toutefois, cette relation est faible et non significative. L’écart
technologique quant à lui affiche une corrélation négative et significative. H AUSMANN et
RODRIK (2003) permettent d’expliquer en partie ces deux résultats, ils avancent qu’un
transfert des technologies (connaissances) au travers de l’IDE ne conduit pas nécessaire-
ment à une diversification de la production. En effet, compte tenu de l’écart technologique,
même si le transfert aux firmes locales se fait avec succès, ces dernières hésiteraient à se
lancer dans de nouvelles productions à cause de leur profitabilité incertaine. Par consé-
quent, le premier entrant à une nouvelle activité devrait s’engager dans «un coût de décou-
verte». Lorsque le coût d’entrée dans un nouveau marché devient plus élevé, la production
de nouveaux biens devient compliquée malgré la présence de toutes les capacités néces-
saires pour le faire (ceci renvoie au retard technologique).
Le développement financier présente un coefficient positif et non significatif. Ce résultat
obtenu peut être expliqué en partie par le canal entrepreneurial et l’absence de barrière
à l’entrée (C LAESSENS & P EROTTI, 2007 ; M C M ILLAN & W OODRUFF, 2002). Certes,
l’activité entrepreneuriale représente un déterminant crucial dans l’activité économique,
mais elle reste toutefois faible, lorsque les entrepreneurs se trouvent confrontés à de grands
obstacles pour créer leurs entreprises 1 . La nature de la relation obtenue nous permet de
réconforter ledit canal attestant ainsi de l’effort qui a été consenti par le Maroc afin de
permettre aux différentes structures entrepreneuriales d’avoir un accès au financement. The
1. On peut citer quelques exemples d’obstacles formels comme le nombre de licences nécessaires, le nombre
d’agences différentes qui traitent de telles licences, taxes et taxes élevées. Par contre les barrières informelles
comprennent des barrières au financement, des inspections fréquentes visant principalement à extraire des pots
de vin.
CONCLUSION 65
Global Competitiveness Report (2017) permet d’assoir les résultats ci-dessus, mettant ainsi
en avant les efforts considérables consentis en matière d’accès au financement.
Pour ce qui est de la variable éducation, elle affiche une relation négative, ceci corrobore
l’idée selon laquelle la présence des firmes étrangères n’est pas susceptible d’influencer
positivement les ressources humaines en encourageant une éducation de qualité, en four-
nissant de nouveaux procédés et en intégrant des nouvelles technologies. Cette situation est
reliée au système de l’éducation au Maroc qui se trouve caractérisé par une main d’œuvre
non qualifiée.
Nous pouvons souligner qu’il existe une relation positive et significative du processus
de diversification de la structure productive et du niveau de revenu au Maroc avec la PTF.
Ce résultat est en ligne avec les prédictions des modèles théoriques qui soutiennent la
célèbre relation en forme de U inversé entre le niveau de développement économique et la
diversification. Les travaux d’I MBS et WACZIARG (2003) éclairent la question en arrivant
à la conclusion, qu’à un certain point du processus de diversification, les pays tendent à se
diversifier au fur et à mesure que le revenu augmente, avant de commencer à se spécialiser
plus tard après avoir atteint un seuil de revenu par tête. A ce seuil, la motivation n’est
plus guidée par des considérations d’allocations d’investissements (grâce à l’ouverture du
commerce) mais plutôt par des considérations liées à l’avantage comparatif.
4.3 Conclusion
Les investissements directs étrangers sont devenus un catalyseur de la croissance. Ce-
pendant, la relation qui existe entre IDE, écart technologique et croissance de la produc-
tivité totale des facteurs est plus complexe qu’il n’y apparaît. Cette complexité est due,
essentiellement mais pas exclusivement, aux caractéristiques des pays d’accueil.
Les résultats suggèrent que les IDE ont un impact positif sur la productivité totale des
facteurs. L’écart technologique au Maroc reste persistant, ceci met en relief les faibles ex-
ternalités engendrés par les IDE. Le processus de diversification de la structure productive
et le niveau de revenu au Maroc présentent une corrélation positive avec la PTF. Il en est de
même pour le développement financier qui affiche aussi une relation positive avec le PTF
attestant des efforts considérables consentis en matière d’accès au financement. En dernier
lieu, la PTF ressort négativement influencé par le niveau d’éducation.
Au regard des différents résultats obtenus, il serait judicieux que les décideurs politiques
consentent plus d’efforts à l’amélioration de la transmission des IDE à la productivité vu
l’impact positif et significatif qui existe au Maroc sans oublier le développement d’une
main-d’œuvre qualifiée en parallèle. Le Maroc peut profiter d’externalités technologiques
que favorise sa politique d’ouverture en termes de capital étranger à condition de dévelop-
per son capital humain ((B OUOIYOUR, H ANCHANE et al., 2009). Une bonne politique de
diversification de sa structure économique vers des activités plus modernes et en mesure
de produire plus d’opportunités de recherche et d’innovation.
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