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Ouverture commerciale, accumulation du capital humain et croissance : analyse en données de panel sur les pays en développement Youssef Bourdane et Abdellatif Chatri Chapitre du live Overture, productivité et croissance économique au Maroc , Édité par Chatri Abdellatif, Publié par Laboratoire d’Economie Appliquée (Mohammed V Univ.) & Policy Center for the New South, ISBN (WEB) : 978-9920-37-593-1 Citer ce document : Bourdane, Y. & Chatri, A. (2019). Ouverture commerciale, accumulation du capital humain et croissance : analyse en données de panel sur les pays en développement. In A. Chatri (éd). Ouverture, productivité et croissance économique au Maroc. Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for the New South. Rabat Lien vers l'article :http://www.labeamse.com/2019/04/OPCM1.html Copyright © 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée, Policy Center for the New South & CNRST. Tous les droits sont réservés. CHAPITRE 1 OUVERTURE COMMERCIALE, ACCUMULATION DU CAPITAL HUMAIN ET CROISSANCE : ANALYSE EN DONNÉES DE PANEL SUR LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT Youssef Bourdane, Abdellatif Chatri Laboratoire d’Économie Appliquée, Université Mohammed V de Rabat E-mail de correspondance : ucf.bourdane@gmail.com Résumé : Ce papier examine l’impact de l’ouverture commerciale sur la croissance économique par le biais de l’accumulation du capital humain dans les pays en développement (PED). Il adapte, à cet effet, la modèle de M ANKIW, ROMER et W EIL (1992), tout en remodélisant le progrès technique de telle sorte à ce qu’il capte des facteurs spécifiques à chaque pays dont l’ouverture commerciale. Les résultats des estimations par la méthode des moments généralisés sur la pé- riode 1982-2016 montrent que l’effet de l’ouverture commerciale dépend de la façon dont cette ouverture est captée. En particulier, le taux d’ouverture retardé semble avoir le plus d’impact sur la croissance du revenu par habitant. Mots clés : ouverture commerciale, capital humain, croissance économique, panel dynamique. Abstract : This paper examines the impact of trade openness on economic growth through human capital accumulation in developing countries. To this end, it adapts the M ANKIW et al. (1992) mo- del, while reshaping technical progress so that it captures country-specific factors, including trade openness. The results of the generalized moment estimate over the period 1982-2016 showed that the effect of trade openness depends essentially on how it is captured the volume of exports and imports as a share of lagged total GDP seems to be an adequate measure, since it has a positive and very significant impact on per capita income growth. Keywords : trade openness, human capital, economic growth, dynamic panel. Ouverture, productivité et croissance économique au Maroc, Éd. Chatri Abdellatif. 3 Copyright c 2019 Laboratoire d’Économie Appliquée & Policy Center for the New South. 4 OUVERTURE COMMERCIALE, ACCUMULATION DU CAPITAL HUMAIN ET CROISSANCE 1.1 Introduction La théorie économique sur la relation entre le commerce et l’accumulation des connais- sances suggère au moins deux liens de causalité : l’un souligne le rôle du stock de capital humain dans l’obtention de la performance commerciale et de la compétitivité G ROSSMAN et H ELPMAN (1989) ; G ROSSMAN et H ELPMAN (1990), l’autre le rôle du commerce dans le renforcement de l’accumulation des connaissances par les importations (C OE & H ELP - MAN , 1993). Ainsi, le capital humain peut non seulement servir d’intrant productif avec le travail et le capital, mais aussi de moteur de croissance (L UCAS, 1988). Certains modèles de croissance endogène, à savoir ROMER (1990), G ROSSMAN et H ELPMAN (1991c), AGHION et H OWITT (1990), et C OE et H ELPMAN (1993), essayent d’expliquer le rôle de l’intégration dans l’économie mondiale dans le processus de crois- sance en termes d’innovation, d’amélioration technologique et de transfert de connais- sance. En particulier pour les pays moins développés, la structure des échanges et l’évolution de cette structure au fil du temps sont étroitement liées au transfert de technologie. En outre, l’ouverture au commerce introduit la possibilité d’un cycle de produits internationaux, car la production de certains produits auparavant fabriqués par les économies avancées migre vers les pays moins développés. Ce processus de "migration des produits" s’accompagne d’une augmentation des volumes d’échanges commerciaux des pays moins développés et d’une diffusion de technologies de production plus avancées, qui élargit la technologie dis- ponible pour les pays les moins avancés (G ROSSMAN & H ELPMAN, 1991a ; K RUGMAN, 1979 ; YOUNG, 1991). L’objectif principal de ce papier est d’étudier la contribution du commerce internatio- nal à la croissance économique par son effet sur l’accumulation du capital humain. À cet effet, il y est un cadre théorique a été développé, qui considère l’ouverture commerciale comme facteur d’accumulation du progrès technique, et ce en vue de tester empiriquement la façon dont le commerce international affecte la croissance économique par ses effets sur l’accumulation de capital humain en utilisant un ensemble de données de 33 pays en développement pour la période 1982-2016. Le reste du document est structuré comme suit. La section 2 présente une revue de la littérature sur la relation entre l’ouverture commerciale, le capital humain et la croissance économique. La section 3 discute le fondement théorique de la relation et la méthodologie économétrique utilisée. La section 4 retranscrit, quant à elle, la définition et la construction des variables prises en considération dans l’étude. Et finalement, la section 5 expose et discute les résultats obtenus. 1.2 Revue de la littérature théorique et empirique Dans le cadre des théories commerciales traditionnelles, la théorie classique (Smith et Ricardo) et la théorie néoclassique (Heckscher-Ohlin-Samuelson) sont les écoles de pensée à distinguer. La dernière se concentre sur les différences entre les pays qui sont le résultat de différences technologiques, lorsque la second attribue les différences dans les dotations factorielles. Selon S MITH (1937), le commerce n’apparaît que lorsqu’il y a des différences de coûts absolus entre les pays. R ICARDO (1817) a montré les limites de cette théorie et REVUE DE LA LITTÉRATURE THÉORIQUE ET EMPIRIQUE 5 stipule que, même si un pays peut produire tous les biens plus efficacement qu’un autre pays, le commerce est possible et bénéfique. Par ailleurs, la théorie néoclassique, qui a longtemps dominé la théorie du commerce international, a élaboré ces approches en incluant davantage de facteurs de production. Cependant, contrairement aux théories classiques, elle suppose que les techniques de pro- duction sont identiques dans tous les pays. De plus, elle suppose des rendements d’échelle constants, des préférences identiques des consommateurs. Ces hypothèses impliquent que les différences dans les dotations en facteurs sont la seule explication du commerce. Les "nouvelles" théories commerciales ont élaboré le cadre néoclassique en remplaçant les hypothèses les plus irréalistes de rendements d’échelle constants et de concurrence parfaite. Elles proposent, en effet, une rupture plus radicale en mettant l’accent sur l’in- novation technologique (endogène) et les écarts technologiques entre les entreprises et les pays comme raison principale du commerce international. Ces apports ont permis de faire le contact avec les théories de la croissance endogène, qui considère la perspective dynamique comme la perspective la plus approprié pour l’ana- lyse des effets de l’ouverture. En effet, l’idée que l’ouverture du commerce puisse générer à la fois des gains statiques (qualité plus élevée ou davantage de variété des biens) et des gains dynamiques (un taux d’innovation plus rapide) a été largement mise en évidence par G ROSSMAN et H ELPMAN (1989), G ROSSMAN et H ELPMAN (1991c), G ROSSMAN et H ELPMAN (1991a) et par R IVERA -BATIZ et ROMER (1991). En particulier, une croissance plus rapide à la suite d’une libéralisation des échanges est à la fois provoquée par des inno- vateurs, qui ont accès à des rentes plus importantes lorsque la taille du marché augmente et des spillovers qui traversent les frontières. Néanmoins, en étudiant le modèle de R IVERA -BATIZ et ROMER (1991) dans le cas de deux pays ayant des niveaux différents de productivité, D EVEREUX et L APHAM (1994) montrent que l’ouverture au commerce inhibe l’innovation dans les pays initialement plus pauvres. H ELPMAN (1992) a utilisé le modèle à variété des biens pour analyser l’interac- tion entre le commerce et l’imitation. Dans son modèle, la R&D et l’innovation (qui ici revient à l’introduction de nouveaux biens) se produisent dans la région la plus dévelop- pée. Ensuite, une innovation sans coût prend place dans les régions les moins avancées à un taux constant. Le résultat le plus intéressant est qu’un accroissement des droits de pro- priété intellectuelle n’améliore pas nécessairement la croissance, contrairement à ce qui se produirait dans une économie fermée. Par ailleurs, YOUNG (1991) et G ROSSMAN et H ELPMAN (1993) ont développé des mo- dèles de commerce et de croissance basés sur les externalités générées par l’apprentissage par la pratique. La principale idée de YOUNG (1991) est que l’ouverture au commerce in- ternational ralenti le « Learning by doing » dans les économies les moins développées, qui se spécialisent alors dans des activités de production plus traditionnelles où les opportuni- tés d’apprentissage sont déjà épuisées. Pour leurs part, G ROSSMAN et H ELPMAN (1993) montrent que l’effet du commerce sur l’accélération ou le ralentissement de la croissance à long terme dans un pays par rapport à l’autarcie dépend de l’effet du commerce sur la spé- cialisation du pays et aussi sur le fait que les spillovers de l’apprentissage par la pratique ont une portée internationale ou non. D’une façon générale, partant des premières études et celles plus récentes, il a été constaté que les facteurs exerçant une influence sur la croissance sont ceux du capital hu- main, des activités de recherche et développement, des cadres macroéconomique et des 6 OUVERTURE COMMERCIALE, ACCUMULATION DU CAPITAL HUMAIN ET CROISSANCE politiques structurelles, notamment la politique extérieure ou encore le développement des marchés financiers. Simplifiant, les modèles de croissance endogène peuvent se répartir en deux grands groupes. D’une part, il existe des modèles plus proches de la vision néoclassique tel que, BARRO (1991), BARRO et S ALA - I -M ARTIN (1995), L UCAS (1988), M ANKIW et al. (1992), R EBELO (1991), ROMER (1986) qui mettent l’accent sur l’accumulation du capital humain. D’autre part, il existe des modèles basés sur l’idée de destruction créatrice de S CHUMPE - TER (1961), tel que AGHION et H OWITT (1990), C OE et H ELPMAN (1993), G ROSSMAN et H ELPMAN (1991c), ROMER (1990) qui mettent l’accent quant à eux sur le développement endogène de la connaissance et du savoir et la R&D. Sur la base de leur moteur de croissance, ces cadres théoriques ont attribué des rôles différents au commerce international dans le processus de croissance. Le premier groupe tente d’expliquer le rôle du commerce international en termes d’accumulation de capital humain. Par exemple, dans son modèle de croissance, ROMER (1986) attribue un rôle es- sentiel au processus d’apprentissage par la pratique. Le capital humain est défini ici comme un sous-produit du capital physique. Par conséquent, une augmentation du stock de capital entraîne une augmentation du stock de connaissances de l’entreprise. Le commerce inter- national, comme le suggère le modèle de Romer, augmente la taille totale du marché, le niveau de la production, l’apprentissage par la pratique et contribue ainsi à la croissance économique. En général, le deuxième groupe tente d’expliquer le rôle du commerce international dans le processus de croissance en termes d’innovation, d’amélioration technologique et de transfert. Dans ce cadre, le commerce international affecte la croissance économique à travers trois canaux différents. Premièrement, l’ouverture commerciale favorise la crois- sance économique pour la variété des biens dont ette donne accès. ROMER (1990) sou- ligne par exemple que la croissance des connaissances repose sur l’introduction d’une plus grande variété de produits et que le commerce international joue un rôle positif à cet égard. R IVERA -BATIZ et ROMER (1991) soutiennent que le commerce international des biens d’équipement augmente la taille du marché pour les nouvelles variétés de produits. G ROSSMAN et H ELPMAN (1991b) ont fait valoir que l’ouverture commerciale s’avère bé- néfique pour l’introduction de nouvelles variétés parce qu’elle donne accès à une base plus large de connaissances techniques qui réduit le coût de l’innovation. De même, le modèle de croissance fondé sur l’innovation d’AGHION et H OWITT (1990) soutient que le commerce international offre des possibilités d’innovation et conduit par conséquent à des améliorations technologiques. Deuxièmement, le commerce international donne accès à des intrants intermédiaires étrangers, ROMER (1990) fait valoir que le commerce inter- national permet aux pays d’importer de l’étranger des intrants intermédiaires qui ne sont pas inventés au niveau national, ce qui peut contribuer à stimuler la productivité dans le secteur manufacturier. Troisièmement, le commerce international facilite la diffusion du savoir international. Par exemple, C OE et H ELPMAN (1993) suggèrent que "le commerce international des biens intermédiaires est le principal canal de diffusion du savoir inter- national" et soutiennent l’idée que le savoir diffusé par le commerce semble accroître la productivité intérieure. Sur le plan empirique, il existe de nombreux travaux qui ont étudié la contribution du commerce international à la croissance économique par le biais de la diffusion techno- logique. Cependant, un très petit segment d’études empiriques tente d’étudier le rôle du commerce international dans la croissance économique par le biais de l’accumulation de capital humain. Dans leur étude, H AQ et L UQMAN (2014) ont tenté de tester l’hypothèse REVUE DE LA LITTÉRATURE THÉORIQUE ET EMPIRIQUE 7 selon laquelle le commerce international contribue à la croissance économique grâce à ses effets sur l’accumulation du capital humain. Pour évaluer celle-ci empiriquement, ils ont utilisé le modèle de croissance néoclassique (Solow augmenté) qui reflète certaines ca- ractéristiques des modèles de croissance endogène, dans lequel le changement de capital humain est sensible aux changements dans les politiques commerciales. Contrairement aux approches conventionnelles, le modèle sert à évaluer et à déterminer l’impact du commerce international sur l’accumulation du capital humain. L’analyse empirique estime un panel dynamique en utilisant une base de données de neuf pays asiatiques, au cours de la période 1972-2012. La conclusion générale confirme le fait que, dans les pays considérés, le com- merce international améliore l’accumulation de capital humain et contribue positivement à la croissance économique. L’addition apportée par JADOON, R ASHID et A ZEEM (2015) à l’étude de l’impact de la libéralisation commerciale sur le capital humain et la croissance économique est leur ana- lyse comparative à travers un panel de pays asiatiques classifiés par niveau de revenu. Les résultats montrent que les pays développés et en développement connaissent une croissance économique grâce au commerce durant la période étudiée (1981-2012). L’impact de l’ou- verture commerciale sur le capital humain est positif pour les deux groupes de pays, mais significatif seulement pour les pays développés, en raison d’un capital humain qualifié. B USSE et KÖNIGER (2012) montrent que l’intégration commerciale est souvent consi- dérée comme un déterminant principal de la croissance économique. En effet, en s’ap- puyant sur une analyse en données de panel pour un échantillon de pays développés et en développement sur la période 1971-2005, ils font valoir que l’effet du commerce dans les estimations de panel dynamique dépend essentiellement de la spécification du commerce. D’un point de vue théorique et empirique, ils ont envisagé une spécification avec le volume des exportations et des importations en proportion du PIB total retardé (en considérant le capital humain comme intrant dans la fonction de production). Pour cette mesure commer- ciale, ils ont trouvé un impact positif et très significatif sur la croissance économique. En étudiant l’impact de l’ouverture commerciale sur la croissance dans les pays en déve- loppement, A BDOUNI et H ANCHANE (2006) proposent un modèle de croissance endogène tenant compte de leurs faibles dotations factorielles, notamment en termes de capital hu- main. L’étude concerne un panel de 47 pays (1980-1997). Un modèle à effet individuel aléatoire corrélé y est spécifié et est estimé à l’aide de la méthode des moments généralisés (GMM). Leurs résultats montrent que l’ouverture des PED a globalement un effet positif sur leur croissance économique leur permettant, à travers les biens importés, d’accéder aux « connaissances » étrangères, essentielles dans le processus de production des firmes. Quant à M AKSYMENKO et R ABBANI (2011), ils ont surtout examiné l’impact de l’accu- mulation du capital humain et les réformes des politiques commerciales durant la période post réforme sur la croissance économique en Inde et en Corée du Sud. Pour cette der- nière, les données ont été étudiées pour la période 1966-1977 tandis que dans le cas de l’Inde, pour celle de 1992-2003. Les estimations ont été obtenues à l’aide du maximum de vraisemblance et du modèle de cointégration multivariée. Si, certes, le capital humain contribue positivement et significativement à la croissance économique des deux pays, l’ef- fet des réformes commerciales sur ledit capital les différencie puisqu’il a été significatif et positif dans le cas de la Corée du Sud mais faible et négatif dans celui de l’Inde. Testant empiriquement l’effet de la libéralisation commerciale sur la croissance éco- nomique du Bangladesh, effet qu’ils ont vérifié à l’aide de la méthode des moindres car- rés ordinaires durant la période 1980-2010, M ANNI et A FZAL (2012) en sont venus à la 8 OUVERTURE COMMERCIALE, ACCUMULATION DU CAPITAL HUMAIN ET CROISSANCE conclusion, que la libéralisation commerciale a contribué positivement à la croissance éco- nomique. E FFIOM, U BI, O KON et I TAM (2011) ont développé deux modèles pour vérifier l’im- pact de l’ouverture commerciale sur la croissance économique et le capital humain au Nigeria en utilisant deux proxys séparément : le taux d’alphabétisation et les dépenses en éducation. Les données sont celles relatives à la période 1970-2008, le modèle utilisé ce- lui du VAR et l’analyse celle de la cointégration. Les résultats obtenus montrent que la libéralisation commerciale de l’économie nigériane n’avait pas, statistiquement, d’effet si- gnificatif sur le capital humain, lorsque le proxy utilisé était la dépense en éducation. Mais, les résultats étaient totalement inverses pour le taux d’alphabétisation pour conclure que la libéralisation commerciale affecte, tout de même, positivement la croissance du Nigéria. 1.3 Modèle théorique et spécification économétrique Le point de départ de nombreuses analyses des différences de taux de croissance de la production par travailleur entre les pays est le modèle de S OLOW (1956) ou sa version augmentée telle qu’utilisée, par M ANKIW et al. (1992). La principale motivation qui sous- tend l’utilisation de ce modèle est qu’il intègre les différences en matière de stock de capital humain, ce qui a permis d’améliorer la capacité prédictive du modèle 1 . Celui-ci s’exprime de la manière suivante : α ln yt − ln y0 = − ln y0 + (ln A0 + gt ) + ln Sk 1−α−β (1) β α+β + ln SH − ln (n + g + δ) 1−α−β 1−α−β Pour expliquer les différences de revenu entre les pays, il faut intégrer d’autres hypo- thèses sur la façon dont la technologie se développe dans chaque pays. Le modèle suppose le taux de croissance de la technologie est constant pour tous les pays : At = A0 egt (2) Cependant, l’hypothèse d’un taux de croissance uniforme de la technologie semble ir- réaliste. Une possibilité de saisir les effets potentiels sur la productivité des dotations et des institutions serait de modéliser le terme technologique en tant que concept large de technologie qui permet d’intégrer des facteurs spécifiques au pays, comme le suggère in- formellement S OLOW (1956). C’est-à-dire que la technologie peut-être supposée croître pour chaque pays individuel i avec le même taux constant g au cours du temps t, mais à différents niveaux qui sont déterminés par divers facteurs Xi . Ai (t) = A0 egt eϕj Xij (3) Où A0 représente le niveau initial d’une notion étroite de connaissances techniques qui est la même pour tous les pays, et Xj peut capter les facteurs = 1. . . l , comme les 1. Voir annexe 1, pour plus de détails sur la dérivation du modèle de Solow augmenté du capital humain MODÈLE THÉORIQUE ET SPÉCIFICATION ÉCONOMÉTRIQUE 9 institutions et les dotations qui diffèrent d’un pays à l’autre mais restent stables au cours du temps. L’équation qui précède suggère donc que les différences persistantes dans X dans tous les pays expliqueraient les différences persistantes des revenus G UNDLACH (2007). Par ailleurs, B USSE et K ÖNIGER (2012) soutiennent que la diffusion de la technologie disponible sur le plan international dépend des facteurs spécifiques au pays. Le commerce international des biens et des services est un canal principal pour un échange international d’idées. Raison pour laquelle, ils postulent que le commerce est un déterminant crucial pour chaque pays en termes de diffusion de la technologie, et doit par conséquent être pris en compte. À ce titre, et en remplaçant (3) dans (1), on peut écrire : α β ln yt − ln y0 = − ln y0 + ln At + ln Sk + ln SH 1−α−β 1−α−β (4) α+β − ln (n + g + δ) + ϕj Xij 1 + −α − β Ou par pays, l’équation estimable devient : ln yit − ln yit−1 =α + β1 ln yit−1 + β2 ln SK,it + β3 ln yS,it (5) + β4 ln (n + g + δ) + β5 ϕj Xij + ηi + τt + νit Ou ln yit =α + (β1 + 1) ln yit−1 + β2 ln SK,it + β3 ln yS,it (6) + β4 ln (n + g + δ) + β5 ϕj Xij + ηi + τt + νit Le modèle inclut des facteurs spécifiques pour chaque période τt (prise en compte des effets propres à une période, comme les changements de productivité affectant tous les pays), des effets fixes propres à chaque pays ηi , et un terme d’erreur indépendant et distri- bué de façon identique νit . Cependant, l’estimation du modèle ci-dessus se heurte à certaines difficultés bien connues. Les variables explicatives sont potentiellement endogènes et mesurées par erreur. Certaines variables importantes, comme le niveau initial de la technologie et d’autres effets propres à chaque pays, ne sont pas observables et sont omises dans l’estimation. L’estimation de ce modèle dynamique en données de panel par les moindres carrés ordinaires (OLS) ou mo- dèle à effet fixe peuvent conduire à des résultats biaisés. Pour résoudre ce problème, nous devons suivre une approche de variable instrumentale, c’est-à-dire trouver des instruments adéquats qui sont corrélés avec la variable explicative endogène mais qui sont non corrélés avec la variable dépendante. Comme il est difficile de penser à des instruments externes appropriés, B OND, H OEFFLER et T EMPLE (2001) recommandent l’estimateur GMM en système suggéré par A RELLANO et B OVER (1995)) et B LUNDELL et B OND (1998). L’estimateur GMM en système utilise des niveaux retardés et des différences entre deux périodes comme instruments pour les valeurs courantes des variables explicatives endo- gènes. La procédure estime simultanément un système d’équations qui comprend à la fois les premières différences et l’équation à estimer en niveau. La prise en compte des pre- mières différences élimine les effets fixes propres à chaque pays et résout le problème de l’omission potentielle du niveau initial de la technologie et d’autres facteurs propres à 10 OUVERTURE COMMERCIALE, ACCUMULATION DU CAPITAL HUMAIN ET CROISSANCE chaque pays, invariants dans le temps, qui influent sur la croissance. Cette approche nous permet de nous concentrer sur l’impact des variables explicatives sur la croissance du re- venu par habitant et non l’inverse. 1.4 Données et échantillon L’ensemble des données de panel utilisé dans cette étude comprend 33 pays en déve- loppement sur la période 1982-2016 (1981 pour la variable PIB par habitant). Le choix est dicté par la disponibilité des données. Par ailleurs, la période d’estimation correspond à celle où la plupart des pays ont adopté une politique d’ouverture. Pour réduire l’impact des cycles économiques nous utilisons un total de 7 moyennes quinquennales pour toutes les variables, 1982-1986, 1987-1991 et ainsi de suite, jusqu’en 2016. La variable dépendante du modèle est représentée par le taux de croissance, calculé comme la différence du logarithme du PIB par habitant entre la dernière année de la période précédente et la dernière année de la période en considération (∆GDP pc) 2 . Nous incluons également les variables de contrôle du modèle de base de Solow selon la spécification de M ANKIW et al. (1992). Le taux d’épargne SK est approché par la part de l’investissement dans le PIB réel, le taux de croissance de la force de travail n est approché par le taux de croissance de la population. Comme dans M ANKIW et al. (1992), le taux de croissance de la frontière technologique mondiale (g) et le taux de dépréciation (δ) sont supposés constants d’un pays à l’autre. Le terme ln(n + g + δ) est donc calculé comme le logarithme du taux de croissance de la population additionné à une constante (g + δ) d’une valeur de 5%. L’investissement en capital humain SH est approché quant à lui par un indice 3 basé sur le nombre d’années de scolarité et le rendement des études (PWT 9.0), et finalement on inclut le niveau initial du PIB par habitant y(it−1) . Il n’existe pas d’indication unique sur la manière dont les échanges commerciaux de- vraient entrer dans les estimations de croissance. Une mesure couramment utilisée est le taux d’ouverture mesuré comme étant le total du volume des échanges (de biens et de ser- vices) en pourcentage du PIB total. Dans le cadre d’un panel dynamique, cet indicateur n’est pas, néanmoins, approprié pour mesurer la corrélation ou la causalité entre le com- merce et la croissance. Si le commerce en général a un impact positif sur la croissance dans le sens où l’augmentation du commerce (volumes) augmente effectivement le PIB par les canaux décrits ci-dessus, le "ratio d’ouverture du commerce" ne parvient pas à saisir cet effet de manière adéquate au fil du temps. Selon l’élasticité des échanges commerciaux par rapport au PIB, l’augmentation du volume des échanges pourrait accroître le PIB d’une manière proportionnellement plus importante, plus petite ou exactement égale. Par conséquent, le "ratio d’ouverture des 2. Les résultats ne sont pas sensibles à l’utilisation alternative de la différence entre la première et la dernière année de la période courante. Le modèle Solow suggère d’utiliser le PIB par travailleur au lieu du PIB par habitant, ce qui pourrait être important si les ratios de dépendance varient d’un pays à l’autre. M ANKIW et al. (1992) utilisent les données par travailleur alors que d’autres auteurs, p. ex. C ASELLI, E SQUIVEL et L EFORT (1996) et I SLAM (1995), utilisent les données par habitant. H OEFFLER (2002) a constaté que les résultats ne sont pas sensibles à aucun des deux choix. 3. Les données sur l’éducation sont collectées annuellement et se base sur l’approche Mincerienne. Nous traitons ensuite cette variable comme prédéterminée, cela a été fait sous une forme similaire par H OEFFLER (2002). Une autre possibilité serait de prendre la moyenne de deux observations consécutives et de traiter la variable d’éducation comme prédéterminée ou endogène. Les résultats ne sont sensibles à aucun des deux choix. RÉSULTATS ET INTERPRÉTATION 11 échanges" peut soit augmenter, diminuer ou rester inchangé en raison d’une augmentation des échanges et des variations correspondantes du PIB. Un impact positif des échanges commerciaux sur le PIB peut conduire à une diminution du "ratio d’ouverture commer- ciale", une augmentation du numérateur pouvant être compensée par une augmentation plus importante du dénominateur. B USSE et KÖNIGER (2012) proposent une solution à ce problème en utilisant des va- leurs retardées du PIB total pour le "ratio d’ouverture commerciale" au lieu du volume des échanges et du PIB de la même période. L’utilisation de valeurs retardées a le même effet de normalisation des volumes d’échange s entre pays, mais ce ratio ne souffre pas de biais dus à des changements simultanés dans les deux variables. Se focaliser sur le taux de croissance du commerce total (Trade growth) suppose que c’est surtout l’expansion du commerce et l’accès connexe à des technologies supplémentaires qui stimulent la crois- sance. Une autre approche pour relier le commerce à la taille d’un pays est de diviser le commerce par la population totale, ce qui donne une mesure du commerce par habitant (Trade pop), de sorte à ce que le progrès technique soit traité de la même manière que les autres facteurs de productions qui rentrent dans la forme extensive de la fonction de production En général, les résultats de l’estimation GMM en système sont assez sensibles en ce qui concerne le traitement des variables du côté droit comme prédéterminées, endogènes ou strictement exogènes. Dans notre modèle, les seules variables strictement exogènes sont les variables muettes annuelles. La théorie sert de ligne directrice pour classer les variables restantes. Le PIB par habitant retardé et la variable relative à l’éducation peuvent être considérés comme prédéterminés. Le fait de retarder ces variables d’au moins une pé- riode produit des instruments valides pour l’équation en différence, et par conséquent leur différence première des instruments valides pour l’équation en niveau. Le taux d’inves- tissement exprimé en pourcentage du PIB, le taux de croissance démographique et toutes les variables commerciales sont considérés comme endogènes, étant donné que les chocs contemporains sont susceptibles d’affecter à la fois les taux de croissance du PIB par ha- bitant et ces variables explicatives. Pour obtenir des instruments valides pour les variables explicatives endogènes, on utilise des observations retardées d’au moins deux périodes. 1.5 Résultats et interprétation Les résultats de l’estimation du premier modèle intégrant en plus des variables du mo- dèle de Solow augmenté une première mesure de l’ouverture commerciale (Trade growth). Les variables de contrôle ont l’influence attendue et les statistiques de test confirment la va- lidité des instruments obtenus en incluant l’observation retardée d’au moins deux périodes pour toutes les variables explicatives endogènes et l’observation retardée d’au moins une période pour les variables prédéterminées (GDPpc (t-1)) et (Human capital). La croissance du volume des exportations et des importations fait apparaître quant à elle un impact positif et très significatif sur la croissance du revenu par tête. Ainsi une hausse de la croissance du commerce d’une unité à la moyenne 4 des pays de l’échantillon est associée à une augmen- tation de la croissance du PIB par habitant de 0.22 point de pourcentage sur une période de 5 ans. Le test de Sargan/Hansen sur les restrictions de sur identification confirme la validité des instruments, la probabilité associée à ce test est de 0.501 (supérieur à 5%). Par ailleurs, 4. Les statistiques descriptives sont présentées au niveau de l’annexe 4. 12 OUVERTURE COMMERCIALE, ACCUMULATION DU CAPITAL HUMAIN ET CROISSANCE Variable dépendante : Δ GDPpc (1) (2) (3) (4) (-0.014) (-0.002) (-0.016) (-0.028) GDPpc (t-1) 0.105 0.788 0.157 0.037** (0.482) (0.0534) (0.063) (0.071) Investment Share 0.004*** 0.001*** 0.000*** 0.000*** (0.002) (0.0194) (0.032) (0.524) Human capital 0.887 0.259 0.052** 0.006*** (-0.029) (-0.0041) (-0.002) (-0.002) Pop growth 0.021** 0.708 0.888 0.878 (0.227) Trade growth 0.000*** (-5.34e-06) Trade pop 0.216 (0.011) Trade Share 0.068* (0.249) Trade Share (t-1) 0.002*** Observations 230 230 230 230 Nombre de pays 33 33 33 33 Nombre d’instruments 38 38 38 38 AR(1) 0.004 0.004 0.006 0.012 AR(2) 0.464 0.124 0.151 0.200 Sargan/Hansen test 0.501 0.642 0.438 0.372 Figure 2 : Corrélation entre la moyenne de la croissance du pib par habitant et l’éducation sur la période (1982-2016) Source : élaboré par les auteurs, sur la base des données de la banque mondiale et de la PWT 9.0 les probabilités liées respectivement aux tests AR(1) et AR(2) sont 0.004 (inférieure à 5%) et 0.464 (supérieure à 5%). On accepte donc la présence d’un effet AR(1) pour les résidus et on accepte l’absence d’un effet AR(2). RÉSULTATS ET INTERPRÉTATION 13 Figure 3 : Corrélation entre la moyenne de la croissance du pib par habitant et la croissance de la population sur la période (1982-2016) Source : élaboré par les auteurs, sur la base des données de la banque mondiale Une deuxième estimation intégrant cette-fois ci le volume des exportations et des impor- tations divisées par la population totale comme mesure de l’ouverture commerciale. Pour cette variable le coefficient n’atteint pas le niveau de signification conventionnel. Comme dans B USSE et KÖNIGER (2012), nous intégrons comme troisième mesure de l’ouverture commerciale (colonne 3), le volume des exportations et des importations rapportées au PIB total. Celle-ci fait ressortir un impact significatif de signe positif sur la croissance du revenu par habitant. En effet, une hausse de la variable (Trade Share) d’une unité à la moyenne de l’ensemble des PED est associée à une augmentation de la croissance du PIB par habitant de 0.01 point de pourcentage sur une période de 5ans. Les tests de spécification corro- borent les résultats de l’estimation, dans la mesure où le test de Sargan/Hansen confirme la validité des instruments (probabilité associée 0.642 > 5%), et les probabilités liées respec- tivement aux tests AR(1) et AR(2) sont 0.006 (inférieure à 5%) et 0.151 (supérieure à 5%). On accepte donc la présence d’un effet AR(1) pour les résidus et on accepte l’absence d’un effet AR(2). Conformément à la prédiction théorique, les résultats les plus pertinents sont ceux de la dernière estimation ou l’on a intégré notre mesure privilégiée (le volume des échanges commerciaux rapportés au PIB retardé). En effet, le coefficient a ssocié à c ette variable fait apparaître un impact positif et significatif s ur l a c roissance d u r evenu p ar habitant. Ainsi, une hausse du ratio d’ouverture d’une unité est associée à une augmentation de la croissance du PIB par habitant de 0.24 points de pourcentage sur une période de 5 ans. Par ailleurs, l’introduction de cette mesure améliore également les coefficients associés aux va- riables de contrôle du modèle de Solow augmenté, plus spécialement, la variable relative à l’éducation. Dans la mesure où, une hausse de cet indice d’une unité est associée à une augmentation de la croissance du PIB par habitant de 0.52 points de pourcentage toujours sur une période de 5 ans. Les tests de spécifications consolident encore une fois les résul- tats obtenus. Le test de Sargan/Hansen confirme la validité des instruments, sa probabilité associée est de 0.372 (supérieur à 5%). De surcroît les probabilités liées respectivement aux tests AR(1) et AR(2) sont 0.012 (inférieure à 5%) et 0.200 (supérieure à 5%). On ac- 14 OUVERTURE COMMERCIALE, ACCUMULATION DU CAPITAL HUMAIN ET CROISSANCE Figure 4 : correlation entre la moyenne de la croissance du PIB par habitant et la croissance du volume des échanges commerciaux sur la période (1982-2016) Source : élaboré par les auteurs, sur la base des données de la banque mondiale cepte donc la présence d’un effet AR(1) pour les résidus et on accepte l’absence d’un effet AR(2). Les résultats montrent ainsi qu’à l’instar des pays développés, les effets positifs du commerce et de l’expansion des échanges commerciaux se font également sentir dans les pays en développement. 1.6 Conclusion Une intégration accrue des pays dans l’économie mondiale par le biais du commerce est considérée comme une source fondamentale des différences de revenus et de crois- sance entre les pays. La théorie économique a identifié des canaux bien connus par les- quels le commerce peut avoir un effet sur la croissance. Plus précisément, les économistes postulent que l’expansion du commerce favorise l’affectation efficace des ressources per- mettant ainsi à une nation de réaliser des économies d’échelle, de faciliter la diffusion des connaissances et de favoriser le progrès technologique. Le capital humain, en raison de son rôle particulier dans l’activité innovante et le progrès technologique, a constitué le fon- dement des nouvelles théories de la croissance. Celui-ci sert non seulement de moteur de croissance, mais aussi d’intrant productif avec le travail et le capital physique. C’est dans ce sens que ce papier tente d’établir un lien entre le commerce et la croissance du PIB par habitant pour un ensemble de pays en développement. À cet effet, plusieurs spé- cifications du commerce sont intégrées dans les approches empiriques. Dans le cadre d’un panel dynamique, on fait valoir que le ratio commerce/PIB ou "ouverture commerciale", souvent utilisé, qui est le volume des exportations et des importations en pourcentage du PIB total, ne tient pas suffisamment compte de l’impact du commerce sur la croissance du PIB par habitant. Sur la base de ces considérations, une variable commerciale différente est privilégiée : le volume des exportations et des importations en pourcentage du PIB total retardé d’une période de 5 ans. Cette mesure commerciale permet d’éviter un biais RÉFÉRENCES 15 potentiel lorsque le volume des exportations et des importations et le PIB total changent simultanément. L’utilisation de la mesure commerciale alternative en combinaison avec l’instrumentation valide de l’estimateur GMM en système permet d’établir une relation de cause à effet entre le commerce et les différences de revenus par habitants entre les pays du panel. Le commerce a en effet un impact positif et significatif sur la croissance. Nous confirmons donc que l’expansion du commerce s’est avérée efficace pour stimuler la croissance économique dans les pays en développement, grâce à l’accès connexe à des technologies additionnelles, ayant une incidence importante sur la croissance des revenus. Il s’avère, également, que le capital humain constitue un facteur important dans la diffu- sion technologique, étant donné que la capacité de tout pays en développement à bénéficier de ces avantages commerciaux dépend du niveau d’éducation et de formation de la main- d’œuvre. Références A BDOUNI, A. & H ANCHANE, S. (2006). Ouverture, capital humain et croissance écono- mique Fondements théoriques et identification des liens à l’aide de données de panel. Critique économique, (17). AGHION, P. & H OWITT, P. (1990). A model of growth through creative destruction. Natio- nal Bureau of Economic Research. A RELLANO, M. & B OVER, O. (1995). 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Learning by doing and the dynamic effects of international trade. The Quarterly Journal of Economics, 106(2), 369-405. ANNEXES 17 ANNEXES Annexe 1 : dérivation du modèle de Solow augmenté M ANKIW et al. (1992) Commençons par une fonction de production Cobb-douglas. Dans ce modèle on assume que l’économie produit un bien, dont l’output est (y) : α β 1−α−β Y (t) =K(t) H(t) [A(t) L(t) ] (A.1) Où α, β ∈ [0, 1], α + β ∈ [0, 1] et t correspondent au temps. Cela implique que la fonction de production présente des rendements constants pour ses trois facteurs : le capital phy- sique (K), le capital humain (H) et le progrès technique augmentant le travail (AL). Tous les marchés (marché des intrants et des produits) sont supposés être parfaitement compéti- tifs. Toutes les entreprises sont supposées identiques. L’économie peut ensuite être décrite par un agent représentatif. Le capital physique et le capital humain sont supposés être des facteurs accumulés ; c’est-à-dire que l’agent représentatif économise la production pour avoir plus de capital (physique ou humain). Leurs équations de mouvement sont : K̇ (t) =sK Y(t) − δK(t) Ḣ(t) =sH Y(t) − δH(t) Où sK et sH sont respectivement les taux d’épargne pour le capital physique et le capital humain. Ils sont donnés de manière exogène, et se déprécient au même taux δ. Le travail et le savoir sont supposés croître à des taux exogènes constants, leurs équations de mouvement sont donnés par : L̇(t) = nL(t) et Ȧ(t) = gA(t) Où n est le taux de croissance de la population et g le taux de croissance du progrès technique. Avec ces cinq équations, nous pouvons résoudre les chemins de croissance équilibrés de la production, du capital physique et du capital humain. L’objectif ici est de trouver une certaine transformation de ces variables qui converge vers un état stationnaire. Dans le modèle de Solow le système est transformé de manière à ce que toutes les variables soient exprimés en terme intensif ou en encore en terme d’unité de travail efficace 5 . Sous sa forme intensive, la fonction de production est donnée par : α β 1−α−β Y(t) K(t) H(t) [A(t) L(t) ] = A(t) L(t) A(t) L(t) α β 1−α−β K(t) H(t) [A(t) L(t) ] ỹ(t) = α β 1−α−β [A(t) L(t) ] [A(t) L(t) ] [A(t) L(t) ] α β ỹ(t) = k̃(t) h̃(t) Y(t) K(t) H(t) 5. Où ỹ(t) = A(t) L(t) , k̃(t) = A(t) L(t) et h̃(t) = A(t) L(t) 18 OUVERTURE COMMERCIALE, ACCUMULATION DU CAPITAL HUMAIN ET CROISSANCE Puisque le travail et le savoir croissant de manière exogène, il convient d’examiner unique- ment le comportement du capital (physique et humain) pour appréhender le comportement de l’économie au cours du temps. Pour cela il convient de se focaliser sur le stock de capital K par unité de travail efficace. Ainsi, en différenciant l’expression k = AL :   K(t) ∂ A(t)L(t) ˙ k̃ (t) = ∂(t) ˙ (t) ) K̇(t) A(t) L(t) − K(t) (A(t) L = 2 (A(t) L(t) ) ˙ ) K̇(t) A(t) L(t) − K(t) (A(t) L (t) = 2 (A(t) L(t) ) ˙ K̇(t) A(t) L(t) K(t) [Ȧ(t) L(t) + A(t) L̇(t) ] k̃ (t) = 2 − 2 (A(t) L(t) ) (A(t) L(t) ) K̇(t) A(t) L(t) K(t) Ȧ(t) L(t) K(t) A(t) L̇(t) = 2 − 2 − 2 A(t) L(t) A(t) L(t) A(t) L(t) K̇(t) A(t) L(t) K(t) Ȧ(t) K(t) L̇(t) = 2 − 2 − A(t) L(t) A(t) L(t) A(t) L(t) 2 K̇(t) A(t) L(t) K(t) Ȧ(t) K(t) L̇(t) = 2 − − A(t) L(t) A(t) L(t) A(t) A(t) L(t) L(t) ! ˙ K̇(t) K(t) Ȧ(t) L̇(t) k̃ (t) = − + A(t) L(t) A(t) L(t) A(t) L(t) K(t) Ȧ(t) L̇(t) En prenant en compte le fait que : k̃(t) = A(t) L(t) ; A(t) = g ; L(t) = n et K̇(t) = sK Y(t) − δK(t) ˙ sK Y(t) − δK(t) k̃ (t) = − k̃(t) (n + g) A(t) L(t) ˙ k̃ (t) = sK ỹ(t) − δ k̃(t) − k̃(t) (n + g) ˙ k̃ (t) = sK ỹ(t) − k̃(t) (δ + n + g) (A.2) Cette équation représente la dynamique du capital physique dans le modèle de Solow, Elle stipule que le taux de variation du stock de capital physique par unité de travail efficace est la différence entre ces deux termes : — sK ỹ(t) , qui mesure l’investissement courant par unité de travail efficace. La produc- tion par unités de travail efficace est ỹ(t) et la fraction de cette production qui est investie en capital physique est sK . — k̃(t) (δ + n + g), qui mesure l’investissement requis, c.-à-d. le montant d’investis- sement qui doit être entrepris pour conserver k à son niveau. ANNEXES 19 Cette équation indique donc que le ratio capital/travail effectif augmente à un taux propor- tionnel à la différence entre l’investissement courant et l’investissement requis. Même démarche 6 pour la dynamique du capital humain : ˙ h̃(t) = sH ỹ(t) − h̃(t) (δ + n + g) (A.3) Les conditions à l’état stationnaire sont donc : sK ỹ(t) = k̃(t) (δ + n + g) (A.4) sH ỹ(t) = h̃(t) (δ + n + g) (A.5) Avec deux équations et deux inconnus (k̃ et h̃), on peut trouver la solution exacte pour ce système d’équation différentielle de premier ordre. Premièrement on résout pour une variable en termes de l’autre. sH ỹ(t) = h̃(t) (δ + n + g) α β sH k̃(t) h̃(t) = h̃(t) (δ + n + g)   α β n+g+δ k̃(t) h̃(t) = h̃(t) sH h̃β(t)   n+g+δ 1 = h̃(t) sH α k̃(t)   β−1 n + g + δ −α h̃(t) = k̃(t) sH   1 sH 1 β−1 = −α h̃(t) n + g + δ k̃(t)   sH h̃1−β = k̃ α (t) n + g + δ (t)   1  1−β 1 1−β 1−β sH α h̃(t) = k̃(t) n+g+δ  1  1−β sH α 1−β h̃(t) = k̃(t) (A.6) n+g+δ Maintenant, nous remplaçons cette expression dans la deuxième condition de l’état station- naire, puis résoudre pour k̃. sK ỹ(t) = k̃(t) (δ + n + g) α β sK k̃(t) h̃(t) = k̃(t) (δ + n + g) 6. Pour obtenir l’équation de la dynamique du capital humain, il suffit de différencier cette expression h = H AL par rapport au temps. 20 OUVERTURE COMMERCIALE, ACCUMULATION DU CAPITAL HUMAIN ET CROISSANCE En remplaçant (6) dans notre expression : " 1  1−β #β α sH α 1−β sK k̃(t) k̃(t) = k̃(t) (δ + n + g) n+g+δ  β  1−β   α−1 sH αβ 1−β n+g+δ k̃(t) k̃(t) = n+g+δ sK  −1  β − 1−β αβ (α−1)+ 1−β sK sH k̃(t) = n+g+δ n+g+δ  −1  β − 1−β (α−1)(1−β) αβ (1−β) + 1−β sK sH k̃(t) = n+g+δ n+g+δ  −1  β − 1−β α+β−1 1−β sK sH k̃(t) = n+g+δ n+g+δ  1−β  − α+β−1 β − 1−β 1−β α+β−1 1−β 1−β α+β−1 sK sH α+β−1 k̃(t) = n+g+δ n+g+δ  1−β   1−α−β  β ∗ sK sH 1−α−β k̃(t) = (A.7) n+g+δ n+g+δ On remplace maintenant (1) dans (6) pour trouver l’expression de h̃∗(t) h 1 i 1−β α sH 1−β Rappelons que h̃(t) = n+g+δ k̃(t) α  1 "  1−β 1−β   1−α−β β  1−α−β # 1−β sH sK sH h̃(t) = n+g+δ n+g+δ n+g+δ  1   1−β α(1−β)  (1−α−β)(1−β)  αβ  (1−α−β)(1−β) sH sK sH = n+g+δ n+g+δ n+g+δ α 1−α−β αβ   1−α−β   (1−β)(1−α−β) + (1−β)(1−α−β) sK sH (A.8) = n+g+δ n+g+δ  (1−β)(1−α)   (1−β)(1−α−β) α  1−α−β sH sK = n+g+δ n+g+δ  (1−α)   (1−α−β) α  1−α−β sH sK h̃∗(t) = n+g+δ n+g+δ ∗ Finalement avec (7) et (8) nous pouvons résoudre pour ỹ(t) : α β ỹ(t) = k̃(t) h̃(t) ANNEXES 21 " 1−β   1−α−β β  1−α−β #α ∗ sK sH ỹ(t) = n+g+δ n+g+δ  (1−α)  β   (1−α−β) α  1−α−β sH s K ··· ×   n+g+δ n+g+δ   α(1−β) αβ 1−α−β + 1−α−β   αβ (1−α)β 1−α−β + 1−α−β sK sH = n+g+δ n+g+δ  α  1−α−β   β ∗ sK sH 1−α−β ỹ(t) = (A.9) n+g+δ n+g+δ Étant donné que tous les pays s’appuient sur le même stock de technologie, le modèle pré- voit des expériences similaires de croissance à long terme pour tous les pays. Cependant, l’ajout de capital humain au modèle augmente la capacité à expliquer les différences entre les pays dans les niveaux de revenu. Prenons maintenant le log de cette expression pour obtenir le niveau de production par unité de travail efficace à l’état stationnaire : " α  1−α−β  β  1−α−β # ∗ sK sH lnỹ(t) =ln n+g+δ n+g+δ     α sK β sH = ln + ln 1−α−β n+g+δ 1−α−β n+g+δ α = (αln (sK ) + βln (sH ) − ln(n + g + δ)(α + β)) 1−α−β ∗ α β α+β lnỹ(t) = ln (sK ) + ln (sH ) − ln(n + g + δ) 1−α−β 1−α−β 1−α−β Par conséquent, et étant donné que At =A0 egt , l’équation de productivité de base peut s’écrire comme suit : ∗ α β α+β lnỹ(t) = ln (A0 ) +gt + ln (sK ) + ln (sH ) − ln(n+g+δ) 1−α−β 1−α−β 1−α−β (A.10) 22 OUVERTURE COMMERCIALE, ACCUMULATION DU CAPITAL HUMAIN ET CROISSANCE Annexe 2 : définition des variables et sources des données Variable Définition Source Produit intérieur brut réel par habitant (en dollars constants GDPpc World Bank de 2010 US$, en logarithme) Investment Part de l'investissement dans le PIB réel (en logarithme) World Bank Share Pop growth Taux de croissance de la population totale World Bank Indice du capital humain, basé sur le nombre d'années de Penn world Human capital scolarisation et le rendement des études Table 9.0 Somme des importations et exportations de biens et services Trade World Bank (en dollars constants de 2010 US$, en logarithme) Trade growth Taux de croissance des échanges des biens et services World Bank Somme des importations et exportations de biens et services Trade pop (en dollars courants) divisée par la population totale World Bank Somme des importations et exportations de biens et services Trade Share (en US$ courants) divisée par le PIB total (en US$ World Bank courants) Somme des importations et des exportations de biens et Trade Share services (en US$ courants) divisée par le PIB total (en US$ World Bank (t-1) courants) retardé de 5 ans Annexe 3 : liste des pays de l’échantillon Pays de l’échantillon Algérie ; Argentine ; Bengladesh ; Benin ; Brésil ; Burkina Faso ; Cameroun ; Colombie ; République démocratique du Congo ; Costa Rica ; Equateur ; Répu- blique Arabe d’Egypte ; Salvador ; Guatemala ; Inde ; Indonésie ; République Islamique d’Iran ; Mali ; Mauritanie ; Mexique ; Maroc ; Nigeria ; Pakistan ; Pé- rou ; Philippines ; Rwanda ; Sénégal ; Sri Lanka ; Thaïlande ; Togo ; Tunisie ; Venezuela ; Zimbabwe. Annexe 4 : statistiques descriptives Variable Observations Moyenne Ecart Type Min Max Δ GDPpc 231 0.01 0.02 -0.11 0.09 Investment Share 231 3.02 0.35 1.36 4.01 Pop growth 231 0.65 0.14 -0.77 1.91 Human capital 230 1.88 0.47 1.02 2.93 Trade 231 23.97 1.63 20.04 27.65 Trade growth 231 0.04 0.05 -0.17 0.24 Trade pop 231 1586.861 1717.20 37.02 9463.23 Trade Share 231 0.86 0.51 0.13 3.30 Trade Share (t-1) 231 0.91 0.53 0.14 3.62