Le prince héritier va-t-il mener l’Arabie saoudite vers
l’implosion ?
Un coup de palais aux conséquences probablement dramatiques a eu lieu dans le
royaume des Saoud. Pour la première fois depuis la mort du fondateur du
Royaume saoudite (1932), Abdel Aziz ibn Saoud (1875-1953), un de ses petits-
fils s’installera sur le trône. En clair, depuis la mort d’Abdel Aziz, ce sont
exclusivement ses fils qui se sont succédés, du plus vieux au plus jeune, sur le
trône.
Mais la prochaine succession, en préparation, ne se passe pas comme prévue…
Le roi actuel, Salmane ben Adelaziz Al Saoud (81 ans) a démis de ses fonctions
l’émir Mohammed ben Nayef Al Saoud, le prince héritier qui se trouve être
aussi vice-Premier ministre et ministre de l’intérieur, au profit de son fils
Mohammed ben Salmane Al Saoud (31 ans), qui devient donc prince héritier à
la place du prince héritieri…
Cette nomination n’aura comme conséquence que d’accentuer et faire éclater
une lutte interne de succession entre les différents clans de la très large famille
Saoud qui couvait déjà sous le règne de Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud
(1924-2015).
Comme le rapporte le site d’information Réseau Voltaire à propos de ce futur
roi : « Mohammed ben Salmane n’a pas de formation académique. Tout au plus
est-il titulaire d’un baccalauréat décerné par une école locale et dont on ignore
s’il correspond ou non à de véritables études. Il a débuté en politique comme
assistant de son père d’abord gouverneur de Riyad, puis ministre de la Défense.
Lorsqu’en 2015 Salmane devient roi, il lui succéda comme ministre de la
Défense et engagea les forces du pays dans le désastreux conflit yéménite.
Disposant par procuration du pouvoir royal, il lança un vaste projet de réforme
économique, prévoyant la privatisation d’Aramco (la seule source de revenu du
pays) et le développement du pays hors pétrole, Vision 2030. Il est surtout
connu pour sa vie de jet-setter et l’achat du yacht Serene à un demi-milliard
d’euros.
Il semble que le roi Salmane devrait abdiquer prochainement laissant son fils au
pouvoir… »ii
L’avenir de l’Arabie saoudite du point de vue israélo-américain
J’ai analysé (dans le chapitre V de mon ouvrage Occident et Islam – Sources et
genèse messianiques du sionisme) dans une perspective de longue durée, le plan
israélien (Oded Yinon, rédigé en 1982) pour l’expansion des frontières de l’Etat
hébreu sur les ruines des nations proche-orientales. Ce plan avait pour premier
objectif de faire éclater les pays musulmans (du Maroc au Pakistan) en sous-
régions ethno-confessionnelles, et à commencer par ses voisins, y compris son
allié saoudien !
Le stratège israélien écrivit à ce propos :
« La Péninsule arabique entière est candidate à la dissolution en raison de ses
pressions internes et externes, et la chose est inévitable, spécialement en Arabie
Saoudite. Indépendamment du fait que ses ressources pétrolières restent intactes
ou diminuent dans le long terme, les fractures internes et les ruptures sont une
évidence et un naturel développement à la lumière de la présente structure
politique. »iii
Comme je l’écrivais dans mon ouvrage (mentionné ci-dessus) et dans un article
du 3 juillet 2015iv, les dirigeants saoudiens semblent ignorer jusqu’à l’existence
même de ce plan, alors qu’ils sèment un chaos près de leurs frontières dont ils
subiront sans nul doute le contre-feu. En tentant d’éteindre le feu révolutionnaire
(que le jeune future roi à allumé stupidement) yéménite qui menace de se
répandre en Arabie (notamment dans la région chiite), les Saoud ne font que
l’alimenter, et accélèrent ainsi l’écroulement de leur maison d’ores et déjà en
ruine.
Ce plan de découpage de l’Arabie Saoudite a été repris et actualisé par les
Américains en 2006. Une information de première rapportée par le professeur de
géopolitique Pierre Hillard dans son ouvrage « La marche irrésistible du nouvel
ordre mondial »v.
Pierre Hillard explique à propos de ces cartes qui prévoient le redécoupage du
monde arabe :
« Ces cartes (« before » : situation en 2006 et « after » : situation après
recomposition) sont parues dans une revue militaire américaine, AFJ (Armed
Forces Journal), en juin 2006, sous la plume d’un lieutenant-colonel américain
à la retraite, Ralph Peters… Dans son esprit, il s’agit de remettre radicalement
en cause les frontières nées des Accords Sykes-Picot de 1916 préparant le
démantèlement de l’Empire ottoman.
En observant l’ensemble de cette zone en partant de la Péninsule arabique, on
constate immédiatement le démantèlement de l’Arabie Saoudite. Les propos de
l’auteur sont très clairs à l’égard d’un pays qui a bénéficié de la protection
américaine suite aux discussions entre le président Roosevelt et le roi Ibn
Saoud, le 14 février 1945, à bord du croiseur USS Quincy. Désormais le
royaume d’Arabie Saoudite passe à la trappe. Deux grandes entités territoriales
échappent à l’autorité de Riyad. Sur la côte Ouest, il s’agit de créer un « Etat
sacré islamique ». Comme le précise Ralph Peters dans des propos lourds de
conséquences :
« La cause principale de la large stagnation du monde musulman réside dans le
traitement réservé à la Mecque et à Médine considérés comme leur fief par la
famille royale saoudienne. Les lieux saints de l’Islam soumis au contrôle de la
police d’Etat de la part d’un des plus bigots et oppressifs régimes au monde ont
permis aux Saoud de projeter leur croyance wahhabite à la fois intolérante et
disciplinée au-delà de leurs frontières… Imaginez comme le monde musulman
se sentirait mieux si La Mecque et Médine étaient dirigés par un Conseil
représentatif tournant, issu des principales écoles et mouvements de l’Islam dans
le monde au sein d’un Etat sacré islamique – une sorte de super Vatican
musulman – où l’avenir de la foi serait débattu au lieu d’être arbitrairement
fixé ».
Sur la côte du Golfe persique, c’est la province de Hassa dont la population est
majoritairement chiite qui est détachée de l’Arabie Saoudite est intégrée à un
« Etat chiite arabe », vestige d’un Irak littéralement explosé. L’application de
cette mesure entraînerait la mort économique du royaume car c’est à cet endroit
que se concentre l’essentiel de l’extraction des hydrocarbures autour de la
triade Dammam-Dharham-Al-Khobar. »vi
Le déclenchement de la guerre en Irak fut la première étape de ce grand
redécoupage du Moyen-Orient (comprenant l’Arabie Saoudite), qui n’est, si l’on
se place sur le plan historique, que la suite logique du premier découpage que la
région a subi après la Première Guerre mondiale, conformément aux accords
secrets Sykes-Picot datant de juin 1916, entérinant la négociation secrète
d’octobre 1915 entre McMahon et Husseinvii, le Chérif de la Mecque.
Le futur roi Mohammed ben Salmane, poulain des Israéliens ?
Les médias israéliens ont récemment révélés que des rencontres confidentielles
ont eu lieu entre les dirigeants israéliens et le prince Mohammed ben Salmane.
Le journal Haaretz rapporte que des rencontres périodiques entre des dirigeants
israéliens et saoudiens avaient eu lieu, au cours de ces deux dernières années, au
port israélien d’Eilat sur la mer Rouge.
D’après l’agence de presse iranienne Fars, un ministre israélien à déclaré que la
nomination de Mohammed ben Salmane en tant que prince héritier aboutirait au
renforcement des relations Tel-Aviv/Riyad, qu’elle aurait des effets positifs sur
leur commerce bilatéral et que, sous la supervision du président américain
Donald Trump, elle serait dans l’intérêt de la région tout entière, dont Israël.
Le journal Al Quds al-Arabi (basé à Londres et appartenant à des Palestiniens) a
affirmé que la désignation du fils du roi d’Arabie Saoudite comme prince
héritier était le souhait des Israéliensviii.
Une affirmation qui n’est visiblement pas dénuée de sens puisque Ayoub Kara,
ministre israélien de la Coopération régionale, a félicité sur sa page Facebook
officielle, Mohammed ben Salmane pour sa désignation au poste de prince
héritier d’Arabie Saoudite.
En outre, le quotidien israélien Yediot Aharonot a écrit qu’Israël et l’Arabie
Saoudite avaient des ennemis, des amis et des intérêts communs, mais, ajoute le
journal israélien, « il semblerait que le nouveau prince héritier saoudien ne
révèle pas immédiatement son éventuelle coopération avec Israël, mais essaye
plutôt de la garder confidentielle ».
Le journal Israel Today, proche du Premier ministre israélien Benjamin
Netanyahou, a souligné que le prince héritier n’allait pas se hâter de reconnaître
Israël, mais que la désignation d’un homme jeune et inexpérimenté qui serait un
peu hâtif dans ses prises de décision et qui se montrerait plus flexible envers les
médias occidentaux que ses prédécesseurs et plus conscient que les autres de
l’impératif de coopération stratégique et régionale en vue du maintien de la
sécurité nationale et de la lutte contre le terrorisme, faisait naître l’espoir d’un
renforcement des relations entre Tel-Aviv et Riyad.
The Jerusalem Post explique que Mohammed ben Salmane est l’ingénieur d’un
grand nombre de projets qui placeront l’Arabie Saoudite et Israël sur une ligne
de pensée unique et qu’il cherche à créer un front commun en vue de réduire
l’influence de l’Iran au Liban, en Irak et au Yémen… Et ce conformément au
plan stratégique sous forme de mémorandum qu’Israël a proposé aux Etats-Unis
et dont Donald Trump a repris les points principaux dans son discours à Riyad –
ce que j’ai expliqué dans un article du 18 juin 2017 : Vers une nouvelle donne
géopolitique au Proche-Orientix.
Israël, dans sa guerre virtuelle contre l’Iran, utilise comme outil le Royaume
saoudite qui doit, avant de disparaître comme le prévoit le plan israélien, entrer
dans un conflit ouvert contre l’un des ennemis de l’Etat hébreu qui empêche son
hégémonie régionale.
Nous assistons à une fin de partie entre l’Iran et la gérontocratie wahhabite, dont
cette dernière ne sortira pas indemne. Ce qui explique le soutien qu’apporte
Israël à l’Arabie Saoudite (notamment dans le conflit avec le Yémen) qui n’est
qu’un pion, certes important, dans le bras de fer qui l’oppose à l’Iran.
Cette fin de partie saoudo-iranienne pourrait donc, en toute logique, conduire à
terme à un affrontement entre l’Iran et Israël, l’Arabie Saoudite ne jouant
jusqu’ici que le rôle de second couteau au profit de l’État hébreu.
L’adoubement, affiché publiquement, de Mohamed ben Salmane par les
Israéliens est un baiser de la mort… De toute évidence, le futur roi et idiot utile,
Mohammed ben Salmane, aura pour rôle de mettre en œuvre la phase terminale
du plan israélien pour la région, avant d’être sacrifié sur l’autel du projet
national du messianisme juif : l’établissement du Grand Israël.
Youssef Hindi
i Voir l’article du Réseau Voltaire : http://www.voltairenet.org/article196941.html
ii http://www.voltairenet.org/article196941.html
iii Oded Yinon’s « A strategy for Israel in the Nineteen Eighties », Published by the
Association of Arab-American University Graduates, Inc., Belmont, Massachusetts, 1982,
Special Document N° 1 (ISBN 0-937694-56-8). Nouvelle traduction à partir de l’anglais,
« Le Plan sioniste pour le Moyen-Orient », Sigest, Paris, 2015.
iv La guerre au Yémen, révélateur de l’avenir au Moyen-Orient, Geopolintel :
http://www.geopolintel.fr/article958.html
v Paru en 2007 aux éditions François-Xavier de Guibert.
vi Pierre Hillard, op. cit. pp. 123-126.
vii Voir le détail dans : Youssef Hindi, Occident et Islam – Sources et genèse messianiques
du sionisme, Sigest, 2015.
viii Informations rapportées par Press TV :
http://www.presstv.com/DetailFr/2017/06/23/526265/Isral-Arabie-prince-hritier-
rencontres-Riyad
ix http://www.geopolintel.fr/article1985.html