EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
3. Les externalités liées au capital
étranger investi dans le secteur
industriel marocain
Khadija EL ISSAOUI, Enseignant chercheur en économie, FSJES/LEA, Université Mohammed V - Rabat
Résumé
L’objectif de cette étude est d’analyser les externalités liées aux capitaux étrangers
investis dans le secteur industriel marocain entre 1990 et 2013 en appliquant le modèle «double
mécanisme» utilisé par Chen, McQuaid, et Omar (2015). Nous confirmons la supériorité des
entreprises étrangères par rapport aux entreprises marocaines quant à la productivité du travail,
aux salaires moyens et à l’intensité d’exportation. Tout d’abord, nos résultats montrent qu’une
politique industrielle fondée sur la réduction de l’écart technologique entre les entreprises
étrangères et marocaines et sur la croissance des exportations des entreprises est bénéfique
pour l’économie marocaine. Ensuite, le renforcement de la concurrence permet de créer des
interactions entre les entreprises étrangères et locales et donc génère des externalités.
Mots-clefs : Externalités, capitaux étrangers, modèle double mécanisme, industrie, exportation
Classification JEL : C5, F2, L5, O1, O25, O3.
Spillovers from foreign capital invested in the
Moroccan industry
Abstract
The objective of this study is to analyze the spillovers from foreign capital invested
in the Moroccan industrial sector between 1990 and 2013 by applying a “double mechanism
model” used by Chen, McQuaid and Omar (2015). We confirm the superiority of foreign
companies compared to Moroccan companies on labour productivity, wages and export intensity.
First, our results show that a policy based on reducing the technology gap between foreign and
Moroccan companies and export growth companies is beneficial for the Moroccan economy.
Then, the increased competition can create interactions between foreign and local companies
and therefore generates spillovers.
Keywords : Spillovers, foreign capital, double mechanism model, industry, export
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 233
PARTIE II
Introduction
L’attraction des investissements directs étrangers est née de la volonté des gouvernements
des pays d’accueil de stimuler le processus de développement économique et social. D’une
manière plus générale, attirer l’IDE (investissement direct étranger) est considéré comme une
solution efficace des pays ayant des difficultés macro-économiques telles qu’un taux de chômage
élevé, un faible taux de croissance et une pauvreté persistante. Les résultats des études menées
ne sont pas forcément convergents. Concernant l’économie marocaine, l’étude de Haddad et
Harrison (1993) portant sur la période 1985-1989 indique que la corrélation entre le taux de
croissance de la productivité des entreprises locales et la présence des firmes étrangères est
non significative. En outre, l’ANIMA (2011) souligne que le modèle de développement «ouvert»
choisi par le Maroc n’a pas été bénéfique à l’économie locale. Certains projets sont peu adaptés
aux besoins durables des pays d’accueil : peu d’effets d’entraînement et se concentrant dans
des secteurs de rente (télécoms) ou à rentabilité rapide (tourisme, immobilier, banque) et se
localisent sur le littoral, les grandes métropoles et quelques espaces-monde ; des projets parfois
douteux en termes de durabilité, d’environnement ou d’intérêt social ; une relation déséquilibrée
en faveur des donneurs d’ordre étrangers.
Pour bénéficier des retombées positives liées aux IDE, les études montrent que le pays
d’accueil doit favoriser certaines conditions : existence d’entreprises locales performantes
capables d’absorber la technologie étrangère (Blomström et Kokko, 2003 ; Dunning et Narula,
2000) ; caractéristiques des marchés financiers domestiques (Prasad, Rajan, et Subramanian,
2007) ; qualité du capital humain et ouverture commerciale (Bouoiyour et Toufik, 2003 et 2007) ;
régime de protection industrielle (Pfister, 2003). De même, le manque de projets d’entreprises,
les défaillances du cadre institutionnel, la faiblesse de la productivité du travail, la faible
contribution du progrès technique à la croissance et le manque d’innovations sont des facteurs
de blocage à la croissance économique des pays en développement.
Dunning et Narula (2000) considèrent les IDE comme une option efficace dans les stratégies
de développement des pays sous développés, et présentent les principales raisons justifiant
une politique d’attractivité d’un pays en développement pour les IDE. La première est liée à
l’incapacité de ces pays à acquérir de nouvelles technologies via les marchés étrangers. Cette
incapacité est due d’un côté à l’insuffisance de leurs capitaux domestiques et d’autre part aux
coûts élevés d’acquisition des nouvelles technologies. Cette tendance se conjugue avec la
montée du pouvoir de négociation des firmes multinationales (FMN) - au détriment de celui des
gouvernements des pays d’accueil - due à leur accès plus facile et à meilleur prix aux nouvelles
technologies et aux informations sur les marchés. La deuxième raison est due à la libéralisation
des marchés qui favorise la décision de localisation des FMN. En effet, une telle décision permet
à celle-ci de maintenir le contrôle de ses avantages spécifiques compétitifs. Enfin, la dernière
raison est liée au rôle majeur des capitaux intensifs en connaissances dans le développement
234 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
de l’industrie domestique.
Nous partons de l’idée que l’économie marocaine manifeste un grand besoin en
investissements directs étrangers parce qu’elle enregistre une croissance économique faible,
un taux de chômage élevé et un seuil de pauvreté régulièrement affiché par les instances
internationales. Entre 1990 et 2014, la part de l’économie marocaine dans le stock d’IDE entrant
mondial est passée de 0,14 % à 0,21 % (avec un pic de 0,26 % en 2008)118. Cette part est
relativement très faible comparativement aux autres pays comme la Chine, qui a vu sa part
passer de 0,94 % à 4,41 % au cours de la même période.
Les deux indicateurs fournis par la CNUCED (les flux nets d’IDE en pourcentage de la FBCF (IDE/
FBCF) et les stocks d’IDE en pourcentage du PIB (IDE/PIB)) indiquent de combien l’IDE participe
à la croissance de l’économie réceptrice d’IDE. La contribution des IDE à l’investissement global
du Maroc (formation brute de capital fixe) s’est améliorée, passant d’une moyenne annuelle de
1,14 % entre 1970 et 1990 à une moyenne annuelle de 9,24 % entre 1991 et 2013. Cependant,
cette contribution est faible si l’on compare à des pays comme la Tunisie (de 6,07 % à 13,55 %)
et l’Egypte (de 8,73 % à 13,36 %).
Quant à l’analyse du stock d’IDE rapporté au PIB, le Maroc a réalisé une progression
importante entre 1990 et 2014. Le stock d’IDE accueillis par le Maroc rapporté au PIB s’élevait
en 2014 à 47,54 % contre seulement 10,44 % en 1990. De ce point de vue, si le Maroc dépasse
largement l’Algérie (12,61 % du PIB) et l’Egypte (31,13 % du PIB), il souffre encore d’un certain
retard face à des pays comme la Tunisie (65,01 % du PIB). Selon la CNUCED (2007), « le niveau
absolu du capital étranger au Maroc, reste insatisfaisant pour supporter la croissance et la
diversification nécessaire de l’économie » (p. 10).
L’article est structuré de la manière suivante. La deuxième section met en exergue une
brève revue de la littérature. La troisième section décrit les données utilisées et présente la
structure du modèle et ses différentes composantes. La dernière section résume les conclusions
principales de l’analyse.
I. Rappel théorique
Les études théorique et empirique consacrées à l’analyse des retombées de l’IDE sur la
productivité des entreprises locales sont nombreuses (Findlay, 1978 ; Caves, 1974 ; Kokko,
1994 et 1996 ; Haddad et Harrison, 1993 ; Bouoiyour et Toufik, 2003 et 2007 ; Blomström et
Kokko, 2003 ; Fujimori et Sato, 2015 ; Lenaerts et Merlevede, 2015 ; Chen, McQuaid, et Omar,
2015 ; etc.). Findlay (1978) construit un modèle théorique dynamique simple pour expliquer les
118 Les données sont extraites de la base de données de la CNUCED.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 235
PARTIE II
mécanismes permettant de créer des nouvelles technologies via les IDE. D’une manière plus
générale, les externalités liées aux IDE peuvent être analysées selon plusieurs mécanismes :
par exemple en distinguant l’effet horizontal et/ou vertical ; l’effet à court et/ou à long terme ;
les externalités par intensité et/ou les externalités par efficacité. Les externalités horizontales
(intra-industrie) renvoient aux caractéristiques du modèle d’IDE horizontal qui se produit dans les
pays ayant une grande taille du marché, où les barrières commerciales ne sont pas considérées
comme un facteur dissuasif, et qui se caractérise par un niveau de développement similaire à
celui du pays d’origine d’investissement. Les externalités verticales (inter-industrie), ou modèle
d’IDE vertical, se fondent sur l’hypothèse de différences de dotations factorielles, se produisent
dans les économies ouvertes, où les barrières commerciales sont moins élevées, et n’ayant
pas le même niveau de développement du pays d’origine d’investissement, et s’explique par
l’importance des biens intermédiaires. L’économie marocaine se caractérise par la prédominance
du modèle d’IDE vertical (EL ISSAOUI, 2009 ; 2012). En outre, les externalités par intensité
désignent l’accumulation des investissements directs étrangers, tandis que les externalités par
efficacité mesurent la qualité des IDE et renseignent sur le niveau technologique d’une industrie
(Chen, McQuaid, et Omar, 2015).
Du point de vue empirique, l’analyse de l’effet des IDE sur la productivité du travail des
entreprises locales n’est pas nouvelle. Caves (1974) est un précurseur du modèle classique
d’analyse des externalités horizontales (intra-industrie). Il applique ce modèle aux cas de deux
pays : le Canada et l’Australie entre 1965 et 1967. Dans le cas de l’Australie, il trouve un lien
significatif, tandis que dans le cas du Canada, la politique fiscale empêche de bénéficier de la
présence des entreprises étrangères.
Par ailleurs, l’analyse des externalités liées aux IDE est parfois controversée. C’est le cas
des études réalisées par Kokko (1994, 1996) et Aitken et Harrison (1999). Kokko (1994) examine
le lien qui existe entre la complexité technologique et les IDE dans le cas de Mexique. Une
complexité technologique se traduit par un grand écart technologique entre les entreprises
étrangères et locales et ne semble pas être un obstacle empêchant les entreprises locales de
bénéficier des externalités. Cependant, lorsque cette complexité technologique s’accompagne
d’une forte concentration des firmes étrangères sur le marché, les externalités deviennent alors
non significatives. En effet, dans le cas du monopole des entreprises étrangères sur le marché,
les entreprises domestiques n’ont pas la capacité de rentrer en concurrence et ne peuvent
s’investir que dans les activités non rentables. Ainsi, pour bénéficier des retombées positives
liées à la présence des entreprises étrangères, il est nécessaire de favoriser la concurrence
entre les entreprises étrangères et locales. Par la suite, Kokko (1996) utilise un échantillon de
159 entreprises manufacturières pour analyser comment les externalités horizontales (intra-
industrie) liées aux IDE dépendent de l’écart technologique entre les entreprises étrangères et
locales uruguayennes en 1988. Il constate que la présence des entreprises étrangères n’a pas
d’effet significatif sur la productivité des entreprises locales. En revanche, dans le cas d’un faible
236 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
écart technologique entre les entreprises étrangères et locales, la qualité du travail, l’utilisation
des propriétés technologiques et les externalités liées aux IDE sont des déterminants significatifs
de la productivité des entreprises locales. Aitken et Harrison (1999) analysent l’effet des firmes
étrangères sur la productivité du travail des entreprises domestiques vénézuéliennes entre
1976 et 1989. Paradoxalement, ils concluent que la présence des entreprises étrangères est
corrélée négativement avec la productivité des entreprises domestiques et qu’à long terme, les
IDE ne génèrent pas des externalités. Cet effet négatif, qui s’intitule « market-stealing effect »,
s’explique par la tendance des firmes multinationales de se localiser dans des secteurs plus
productifs. Seules les entreprises mixtes et les entreprises de petites tailles bénéficient du
transfert technologique lié aux IDE.
Concernant l’économie marocaine, Haddad et Harrison (1993) et Bouoiyour et Toufik (2003,
2007) sont les principaux auteurs ayant travaillé sur cette question. Haddad et Harrison ne
trouvent aucune corrélation significative entre le taux de croissance de la productivité des
entreprises locales et la présence des firmes étrangères. Bouoiyour et Toufik analysent, durant la
période 1987-1996, la relation entre la productivité des entreprises marocaines opérant dans 18
industries et les investissements directs étrangers. Ils constatent que le développement du capital
humain et l’ouverture commerciale sont significatifs. En outre, l’écart technologique important
entre les entreprises locales et étrangères explique pourquoi ces externalités positives n’existent
que dans les secteurs de basse technologie et non dans les secteurs de haute technologie.
Plus récemment, Fujimori et Sato (2015) utilisent des données de panel macroéconomiques
agrégées au niveau de secteur et distinguent deux effets à court et long terme : horizontal
et vertical pour examiner le cas de l’industrie manufacturière indienne entre 1995 et 2004.
Ils indiquent qu’à long terme, l’effet vertical génère du progrès technologique et influence
positivement la productivité totale des facteurs. Toutefois, l’effet horizontal (court et long
terme) ainsi que l’effet vertical de court terme ne jouent aucun rôle. Ces résultats montrent
que la libéralisation des capitaux doit s’accompagner des perspectives à long terme et que le
gouvernement doit promouvoir l’efficacité du niveau technique des firmes domestiques pour
réduire les effets de court terme et bénéficier des retombées positives des IDE. Lenaerts et
Merlevede (2015) introduisent la taille des firmes étrangères et locales comme variables
explicatives des externalités. Ils utilisent des données de panel entre 1996 et 2005 au niveau des
firmes roumaines. Ils constatent que la présence des entreprises étrangères de taille moyenne
est bénéfique pour l’économie locale. En effet, les grandes entreprises étrangères sont moins
intégrées dans l’économie d’accueil, apportent leur propre chaîne d’approvisionnement et
exportent leurs productions, ce qui ne favorise pas les liaisons en amont et en aval avec les firmes
domestiques. Quant aux petites entreprises étrangères, le manque d’effet d’échelle ne favorise
pas le transfert technologique aux entreprises locales. Néanmoins, la taille des entreprises
locales n’est pas un déterminant significatif. Chen, McQuaid, et Omar (2015) élargissent le
modèle classique proposé par Caves (1974) en ajoutant la productivité du travail des entreprises
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 237
PARTIE II
étrangères comme variable explicative des externalités. Cette variable permet d’analyser les
interactions pouvant exister entre les entreprises locales et étrangères. Ce modèle, qui s’intitule
le «modèle double mécanisme», repose donc sur deux mécanismes d’externalités : externalité
par intensité et externalité par efficacité. Ils appliquent ce modèle au cas de la Chine. Ils
trouvent que l’écart technologique, la croissance des entreprises locales et leur orientation vers
les exportations déterminent un des deux types d’externalités. L’écart technologique influence
davantage les externalités par efficacité comparativement aux externalités par intensité.
Les externalités par efficacité sont significatives lorsqu’il y a un faible écart entre les firmes
étrangères et locales. Les externalités par intensité sont significatives lorsque les entreprises
locales sont moins exportatrices. La croissance des firmes locales a un effet significatif dans les
deux types d’externalités.
II. Présentation du modèle
1. Données et spécification du modèle
Les études qui ont analysé les externalités liées aux IDE utilisent soit des données au niveau
de firme (Caves, 1974 ; Kokko, 1994 et 1996 ; Haddad et Harrison, 1993 ; Aitken et Harrison, 1999 ;
Hale et Long, 2011 ; Lenaerts et Merlevede, 2015) soit au niveau de secteur (Bouoiyour et Toufik,
2003 et 2007 ; Chen, McQuaid, et Omar, 2015 ; Fujimori et Sato, 2015). L’utilisation des données
au niveau de secteur se justifie souvent par un manque de données. En effet, des données
au niveau de firme sont plus appropriées pour analyser l’effet de la présence des entreprises
étrangères sur la productivité totale des facteurs des entreprises locales. Les données au niveau
de secteur sont insuffisantes pour étudier, par exemple, les liaisons dynamiques entre les firmes
étrangères et les firmes locales. Pour notre part, nous ne disposons pas des données au niveau
de firme. Nos données agrégées et sectorielles proviennent des enquêtes annuelles réalisées
par le ministère de l’industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique119.
119 « Ces données ne permettent pas d’analyser en profondeur un secteur manufacturier et tenir compte de
ses spécificités réelles. Tout d’abord, l’utilisateur des statistiques de l’EAE (ministère marocain de l’industrie) est
confronté à la confusion qui existe entre secteur d’entreprise, secteur d’établissement et branche. Néanmoins,
cette confusion pourrait être surmontée si l’on se réfère à la nomenclature marocaine des activités (1999,
2007) et à Billaudot et EL Aoufi (2012). L’enquête annuelle du ministère de l’industrie porte sur le «secteur
d’établissements» qui n’est pas une branche, et la prise en compte du secteur d’établissements s’explique par un
manque de données. En effet, les données d’enquête ne tiennent pas compte du niveau fin des unités homogènes
de production (UHP), d’où l’impossibilité pour l’enquête annuelle de construire des données «par branche». Le
secteur d’établissements prend en compte seulement les établissements réalisant la même activité principale
(la partie secondaire réalisée par les établissements d’entreprises n’est pas prise en compte). C’est pourquoi
un secteur d’établissements est plus proche d’une branche. Le plus souvent un secteur d’établissement est
238 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
Elles sont exprimées en milliers de dirhams. Ainsi, afin d’analyser les retombées liées aux IDE,
nous choisissons de nous placer sur une période assez longue (de 1990 à 2013) pour observer la
situation de 20 secteurs manufacturiers.
Sont exclues de notre analyse, l’industrie du tabac (code 16), l’industrie de la récupération
(code 37), et la fabrication de machines de bureau et de matériel informatique (code 30). En effet,
jusqu’au en 2003, l’État détient le monopole sur l’achat, la manufacture et la vente du tabac.
Comparativement aux autres industries de transformation, l’industrie du tabac génère une très
grande valeur ajoutée et se caractérise donc par une forte productivité du travail. D’où l’absence
totale de capital étranger dans cette industrie sur toute la période antérieure à l’année 2003.
L’industrie de la récupération comprend la transformation des déchets récupérés par triage,
compactage, traitements chimiques cryogéniques, etc. en matière première secondaire en vue
d’une nouvelle transformation. Par rapport à notre analyse, ce secteur n’a pas de pertinence. Enfin,
l’exclusion de l’industrie de la fabrication de machines de bureau et de matériel informatique est
due au manque de données sur ce secteur.
Le choix porté sur la période 1990-2013 est dû au fait que l’apparition des flux d’IDE de
montants significatifs ne date qu’à partir du début des années quatre-vingt-dix. Cette évolution
en faveur du secteur industriel s’explique notamment par l’apparition des premières opérations
de privatisation, par l’assainissement du cadre macroéconomique, et par l’amélioration du
secteur privé. Comme la plupart des pays en développement, jusqu’aux années quatre-vingt,
le comportement du gouvernement marocain à l’égard des entreprises étrangères était marqué
par la méfiance. C’est ainsi qu’avant les années 1990, les IDE à destination du Maroc étaient
relativement très faibles. En revanche, à partir du début des années quatre-vingt-dix, nous
assistons à un changement radical dans l’attitude des pays d’accueil vis-à-vis des investisseurs
étrangers.
2. Estimation empirique
L’objectif de cette étude est d’analyser l’impact du capital étranger investi dans le secteur
industriel marocain entre 1990 et 2013 en appliquant le modèle «double mécanisme» utilisé par
Chen, McQuaid, et Omar (2015) pour distinguer deux types de mécanismes des externalités intra-
industrie liées aux IDE : les externalités par intensité (accumulation des IDE) et les externalités
par efficacité (qualité des IDE). L’intérêt du modèle «double mécanisme» est qu’en introduisant la
productivité du travail des entreprises étrangères comme variable explicative, il tient compte des
interactions existant entre les entreprises étrangères et locales. Dans ce sens, le modèle «double
mécanisme» se formule ainsi :
hétérogène comme un secteur d’entreprises mais moins » (EL ISSAOUI, 2015, page 39).
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 239
PARTIE II
Nous disposons ainsi d’un panel composé de TN observations (TN =480) pour identifier les
paramètres communs α0, α1, α2, et α3 de cette relation. Nous appliquons alors les moindres
carrés ordinaires sur les données empilées (modèle pooled).
− t = temps, t = 1990, …2013 ; i = secteur d’établissements, i = 1, …20 ;
Les variables utilisées dans ce modèle peuvent être décrites comme suit (tableau 1) :
Tableau 1. Description des variables utilisées dans notre modèle
Variable Description
Cette variable mesure la productivité moyenne
du travail des entreprises marocaines du secteur
Source : ministère de l’industrie, du commerce, d’établissements i à l’année t. La productivité du
de l’investissement et de l’économie travail est calculée par le ratio entre valeur ajoutée
numérique. (VAMA) et effectif employé (EMA).
IKMA désigne l’intensité capitalistique moyenne des
entreprises marocaines du secteur d’établissements
i à l’année t. INVMA désigne les investissements et
Source : ministère de l’industrie, du commerce, EMA désigne l’effectif employé. Dans notre modèle,
de l’investissement et de l’économie l’intensité capitalistique moyenne est une variable de
numérique. contrôle.
PTET désigne la qualité des IDE ou les externalités
par efficacité «spillovers by efficiency». Cet indicateur
mesure le niveau technologique du secteur et est
obtenu par la productivité moyenne du travail des
Source : ministère de l’industrie, du commerce, entreprises étrangères du secteur d’établissements i
de l’investissement et de l’économie à l’année t qui est égale au rapport entre la valeur
numérique. ajoutée (VAET) et l’effectif employé (EET).
L’IDE est mesuré par la part du capital social étranger
(CSET) dans le capital social total (CST) de chaque
secteur d’établissements i à l’année t. Cet indicateur
Source : ministère de l’industrie, du commerce, représente le stock d’IDE, désigne l’accumulation des
de l’investissement et de l’économie capitaux étrangers dans chaque industrie et mesure
numérique. les externalités par intensité «spillovers by intensity».
La productivité du travail des entreprises à participation étrangère « externalités par efficacité»
et le stock d’investissement direct étranger «externalités par intensité», sont exprimées en log
240 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
et sont retardés d’un an. Ce qui signifie que l’effet des externalités générées par la présence des
entreprises étrangères n’est pas immédiat. L’annexe 1 présente les statistiques descriptives des
variables utilisées dans notre modèle.
Le tableau 2 donne un aperçu sur les écarts de performance entre les entreprises à participation
étrangère (EAPE) et les entreprises marocaines (EM). Les indicateurs de performances analysés
sont : la productivité du travail (valeur ajoutée/effectif total) ; le taux d’exportation (exportations/
chiffre d’affaires) ; le salaire moyen (frais de personnel/effectif total). Ces écarts de performance
sont obtenus en divisant le ratio des EAPE sur celui des EM.
Nous remarquons que dans la plupart des secteurs d’établissements, les EAPE sont plus
productives que les EM, notamment dans les industries de cokéfaction, raffinage, industries
nucléaires (4,42), de la fabrication d’autres produits minéraux non métalliques (3,83) et de
l’édition, imprimerie, reproduction (2,42). En revanche, dans les industries de fabrication
d’instruments médicaux, de précision d’optique et d’horlogerie (0,93), de l’automobile (0,97),
et de la fabrication de machines et appareils électriques (0,98), les EAPE et les EM génèrent
presque la même productivité du travail.
Les industries de fabrication d’instruments médicaux, de précision d’optique et d’horlogerie
(8,18) ; de fabrication d’autres matériels de transport (7,95) ; du papier et du carton (6,07) ; de
fabrication de machines et équipements (5,08) se caractérisent par une forte performance à
l’exportation des EAPE comparativement aux EM. En revanche, dans les industries chimiques
(0,19) et de travail des métaux (0,59), les EM sont plus orientées vers les exportations que les
EAPE. Dans les industries de cokéfaction, raffinage, industries nucléaires, le taux d’exportation
donne des valeurs impossibles qui s’expliquent par la nullité, depuis 1990120 jusqu’à 2007, des
exportations des EM comparativement aux EAPE. Enfin, concernant, la rémunération de la main-
d’œuvre, dans tous les secteurs d’établissements, le ratio (salaire moyen des EAPE/salaire
moyen des EM) est supérieur à 1. Autrement dit, dans les entreprises à participation étrangère
les salaires sont plus élevés comparativement aux entreprises marocaines.
120 On note l’absence d’entreprises marocaines dans le secteur de cokéfaction, raffinage, industries
nucléaires entre 1990 e1991.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 241
PARTIE II
Tableau 2. Comparaison des indicateurs de performance entre les EAPE et les EM (en
utilisant les moyennes simples entre 1990 et 2013)
Productivité Intensité
Salaire
Secteur d’établissements Division moyenne du d’exportation
moyen (SM)
travail (PT) (IEX)
Industries alimentaires 15 1,589 2,266 1,438
Industrie textile 17 1,279 1,578 1,177
Industrie de l’habillement et des
18 1,317 1,114 1,305
fourrures
Industrie du cuir et de la chaussure 19 1,158 1,411 1,253
Travail du bois et fabrication d’articles
20 1,537 3,464 1,420
en bois
Industrie du papier et du carton 21 2,020 6,076 1,857
Edition, imprimerie, reproduction 22 2,429 4,425 2,484
Cokéfaction, raffinage, industries
23 4,427 impossible* impossible**
nucléaires
Industrie chimique 24 1,088 0,195 1,270
Industrie du caoutchouc et des
25 1,755 4,636 1,785
plastiques
Fabrication d’autres produits minéraux
26 3,830 1,916 2,154
non métalliques
Métallurgie 27 1,876 1,356 1,801
Travail des métaux 28 1,703 0,598 1,788
Fabrication de machines et
29 1,787 5,080 1,578
équipements
Fabrication de machines et appareils
31 0,984 5,126 1,102
électriques
Fabrication d’équipements de radio,
32 2,106 3,073 2,356
télévision et communication
Fabrication d’instruments médicaux, de
33 0,938 8,186 1,368
précision d’optique et d’horlogerie
Industrie automobile 34 0,976 2,655 1,148
Fabrication d’autres matériels de
35 1,257 7,955 1,474
transport
Fabrication de meubles, industries
36 1,121 4,812 1,253
diverses
Voir annexe 2 pour la définition des abréviations : PT ; IEX ; SM
*La valeur impossible s’explique par la nullité des exportations marocaines par rapport aux entreprises à
participation étrangère du même secteur d’établissements.
**La valeur impossible s’explique par l’absence des entreprises marocaines dans ce secteur durant les premières
années de la période analysée. Cependant, à partir de 1998, on voit l’apparition de plus en plus d’entreprises
marocaines (8 EM contre 4 EAPE) et un pic de 26 EM en 2012 contre seulement 2 des EAPE.
Source : tableau réalisé par nos soins à partir des données du ministère de l’industrie, du commerce, de
l’investissement et de l’économie numérique.
242 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
Ainsi, nous concluons la supériorité des entreprises à participation étrangère par rapport aux
entreprises marocaines : les EAPE rémunèrent mieux leurs employés, sont fortement orientées
vers les exportations, et génèrent de meilleure productivité du travail. Bien avant, les travaux
empiriques, appliqués au cas marocain, réalisés par Haddad et Harrison (1993) et Bouoiyour
et Toufik (2003) ont déduit la même conclusion. Ce résultat peut être expliqué d’une part par
des qualités améliorées propres aux FMN par rapport aux investisseurs domestiques à savoir :
des connaissances sophistiquées, des compétences technologiques potentielles, un mode
d’organisation développé, et d’autre part, par la priorité donnée aux investisseurs étrangers
quant aux avantages fiscaux, aux incitations financières, etc. offerts par le pays d’accueil
(Hattab-Christmann et Isla, 2002 ; Hallward-Driemeier, 2003).
Par ailleurs, l’analyse de la matrice de corrélation entre les indicateurs de performance
(tableau 2) indique que la productivité du travail est corrélée positivement et fortement avec le
salaire moyen (81 %) (tableau 3). De manière plus générale, un salaire moyen élevé génère une
meilleure productivité du travail. Paradoxalement, le taux d’exportation est corrélé négativement
avec la productivité du travail (-14 %) et faiblement avec le salaire moyen (2,73 %). La corrélation
négative entre le taux d’exportation et la productivité du travail mérite une recherche approfondie
(figure 1). Deux hypothèses peuvent expliquer cette contradiction : 1 Ces entreprises cherchent
peut-être à bénéficier des subventions liées aux exportations 2 L’ouverture d’un secteur et
l’orientation importante vers les exportations confronte les entreprises à une rude concurrence et
entrainent des difficultés à s’y adapter pour répondre aux exigences de la qualité des produits et
du travail employé. En effet, la part moyenne des exportations marocaines de haute technologie
dans les exportations des biens manufacturés est très faible par rapport à la Malaisie et à la Chine
(tableau 4). En outre, comparativement à d’autres pays comme la Chine, l’Algérie, et l’Egypte,
la contribution de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB marocain est faible et n’a pas connu
une évolution importante (29 %) durant les trois périodes : 1990-2002 ; 2003-2009 ; 2010-2014
(tableau 5). L’industrie manufacturière doit attitrer des entreprises étrangères orientées vers des
produits à plus forte valeur ajoutée. Ce modèle d’attractivité repose sur l’intensification de la
connaissance et sur l’innovation. En outre, malgré la forte intensité d’exportations des EAPE par
rapport aux EM, au niveau national, la proportion d’exportations des biens manufacturés dans
les marchandises exportées dépasse celle de l’Algérie, mais reste faible comparativement à la
Chine, à la Tunisie et à la Turquie (tableau 6). Autrement dit, les EAPE implantées au Maroc ne
sont pas des championnes d’exportation.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 243
PARTIE II
Tableau 3. La matrice de corrélation
Variables PT IEX SM
PT 1 -0,1416 0,8064
IEX -0,1416 1 0,02
SM 0,8064 0,0273 1
Voir annexe 2 pour la définition des abréviations utilisées
Source : tableau réalisé par nos soins à partir du logiciel gretl
Tableau 4. Exportations de haute technologie (% des exportations de biens
manufacturés)*
1992-2002 2003-2007 2008-2013 2012 2013
Algérie 1,54 1,43 0,38 0,13 0,19
Chine 14 29,09 26,61 26,27 27,97
Malaisie 50,33 55,07 43,62 43,72 43,57
Inde 5,74 6,05 7,44 6,63 8,07
Maroc 5,98 9,96 6,66 6,35 6,55
Tunisie 2,38 5,09 4,80 5,69 4,94
Turquie 2,36 1,81 1,81 1,83 1,88
*Les exportations de haute technologie sont des produits avec une haute intensité en recherche et développe-
ment, telle que dans l›aérospatial, l›informatique, les produits pharmaceutiques, les instruments scientifiques et
la machinerie électrique.
Source : Banque mondiale Indicateurs du développement dans le monde
Tableau 5. La part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB*
1990-2002 2003-2009 2010-2014 2013 2014
Algérie 51 57 50 48 46
Chine 45 46 45 44 43
Malaisie 43 45 40 40 40
Mexique 32 35 35 34 34
Egypte 32 37 39 39 40
Inde 26 28 30 31 30
Maroc 29 28 29 29 29
Tunisie 32 30 31 30 29
Turquie 32 28 27 27 27
*Industrie, valeur ajoutée (% du PIB) : Les activités industrielles correspondent aux divisions 10 à 45 de la CITI et
comprennent la fabrication (divisions 15 à 37 de la CITI). Les activités industrielles comprennent la valeur ajoutée
dans les mines, la fabrication (qui fait aussi état d’un sous-groupe distinct), la construction, l’électricité, l’eau et
le gaz. La valeur ajoutée est la production nette d’un secteur après avoir additionné tous les sortants et soustrait
tous les entrants intermédiaires. Elle est calculée sans effectuer de déductions pour la dépréciation des biens
fabriqués ou la perte de valeur ou la dégradation des ressources naturelles. L’origine de la valeur ajoutée est
déterminée par la révision 3 de la Classification type pour le commerce international (CITI).
Source : Banque mondiale Indicateurs du développement dans le monde
244 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
Tableau 6. Exportations de biens manufacturés (% des marchandises exportées)*
1990-2002 2003-2009 2010-2013 2012 2013
Algérie 3 2 2 2 2
Chine 83 92 94 94 94
Malaisie 73 71 63 62 61
Inde 75 69 63 65 62
Maroc 58 67 66 65 66
Tunisie 77 75 73 71 73
Turquie 75 82 78 78 78
*Les biens manufacturés comprennent les produits des sections 5 de la CTCI (produits chimiques), 6 (biens man-
ufacturés de base), 7 (machinerie et équipement de transport), et 8 (biens manufacturés divers), sauf la division
68 (métaux non ferreux).
Source : Banque mondiale Indicateurs du développement dans le monde
Figure 1.
Figure 1. Relation entre productivité du travail et exportation
Relation entre productivité du travail et exportation
La recherche des bas salaires comme critère de localisation
Une faible productivité vis–à–vis des marchés internationaux
Mauvaise ou insuffisance qualité des biens intermédiaires et du
travail employé
Les marchés d’exportation ont une préférence sur les coûts peu
élevés des produits exportés souvent en masse
III. Analyse des résultats
Le tableau 7 montre que les externalités par efficacité sont plus significatives que les
externalités par intensité. Autrement dit, la qualité des investissements directs étrangers (t de
Student = 12,548) exerce un effet fortement significatif sur la productivité du travail des entreprises
marocaines comparativement à l’effet de l’accumulation des IDE (t de Student = 4,097). Ce
résultat est similaire à celle trouvé par Chen, McQuaid, et Omar, 2015. En outre, nous constatons
que l’intensité capitalistique des entreprises marocaines a un effet positif et significatif sur leur
productivité du travail.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 245
PARTIE II
Tableau 7. Modélisation de l’effet des externalités sur la productivité du travail des
entreprises marocaines
Méthode des moindres carrés ordinaires
Ecart-type
empilés (modèle Pooled) - Modèle global
Constante (13,151)*** 1,432
IKMA (11,649)*** 0,363
IDE_1 (4,097)*** 0,299
PTET_1 (12,548)*** 0,408
R 2
0,779
R2 ajusté 0,777
F(3, 433)
Fisher
509,136
N 480
Les t de Student sont entre parenthèse. La variable dépendante est le log de la productivité moyenne du travail
des entreprises marocaines à l’année t dans le secteur d’établissements i (PTMAit) ; Voir tableau 1 pour la de-
scription des abréviations utilisées
Significatif à 10%, ** significatif à 5%, *** significatif à 1%.
Source : tableau réalisé par nos soins à partir des régressions effectuées sous gretl
Par ailleurs, pour tester l’effet des deux types d’externalités sur la productivité du travail
des entreprises locales, nous avons créé des échantillons en fonction de deux indicateurs : 1)
l’écart technologique entre les entreprises étrangères et marocaines et 2) le chiffre d’affaires à
l’exportation des entreprises étrangères et marocaines. Le premier est calculé par le rapport entre
la productivité moyenne du travail des entreprises étrangère et celle des entreprises marocaines
(tableau 2). Cet indicateur a été introduit par Kokko (1994, 1996). Le deuxième est mesuré par le
ratio entre l’intensité moyenne des exportations des EAPE et celle des EM. L’annexe 3 présente
les statistiques descriptives de ces deux indicateurs.
Nos résultats, présentés dans le tableau 8, montrent que plus l’écart entre les entreprises à
participation étrangère et les Marocaines est faible (jusqu’à devenir égal à 1), plus les externalités
par efficacité deviennent plus significatives que les externalités par intensité. Dans toutes les
spécifications retenues, l’intensité capitalistique influence positivement et significativement la
productivité du travail des entreprises marocaines.
246 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
Tableau 8. Modélisation de l’impact des deux mécanismes d’externalités sur la
performance des entreprises marocaines
Faible écart
Grand écart Faible écart Faible écart Faible écart Très faible écart
PT<1.257315
technologique technologique technologique technologique technologique
(écart
PT>2 PT<2 PT<1.536591 PT<1.317 PT<1.278838
significatif)
(38,51)*** (1,939)* (−3,280)*** (−4,2514)*** (2,0665)** (2,0665)***
Constante
2,2793 0,1848 −0,2485 −0,2743 0,1364 0,1364
(34,19) (7,985)*** (8,925)*** (6,9890)*** (8,9771)*** (8,9771)
lKMA
0,5788 0,1905 0,1566 0,1091 0,1254 0,1254
(13,95)*** (10,89)*** (7,567)*** (3,9631)*** (2,0099)** (2,0099)***
IDE_1
0,3114 0,7537 0,3575 0,1744 0,07881 0,07881
(4,734)*** (27,25)*** (38,66)*** (46,6280)*** (46,5129)*** (46,5129)***
PTET_1
0,08052 0,7595 0,9135 0,9616 0,8792 0,8792
R2 0,98 0,91 0,97 0,98 0,98 0,98
R2 ajusté 0,98 0,91 0,97 0,98 0,98 0,98
F(3, 88) F(3, 226) F(3, 203) F(3, 157) F(3, 157)
F(3, 341)
F
1090,380
2569,173 2533,771 3412,125 2703,244 2703,244
N 120 360 240 216 168 168
Les t de Student sont entre parenthèse. La variable dépendante est le log de la productivité moyenne du travail
des entreprises marocaines à l’année t dans le secteur d’établissements i (PTMAit) ; Voir tableau 1 pour la de-
scription des abréviations utilisées
Significatif à 10%, ** significatif à 5%, *** significatif à 1%.
Source : tableau réalisé par nos soins à partir des régressions effectuées sous gretl
Quant à l’impact de l’intensité des exportations sur les externalités liées aux IDE, nous
précisons que les seuils des taux d’exportation choisis dans le tableau 9 et 10 sont différents
de ceux choisis par Chen, McQuaid, et Omar (2015)121. En revanche, nous constatons un résultat
semblable. Nous avons testé plusieurs niveaux d’intensité d’exportation, nous présentons ceux
qui donnent des résultats significatifs.
Premièrement, le tableau 9 montre que dans le cas des entreprises marocaines moins
exportatrices, les externalités par intensité sont plus significatives comparativement aux
externalités par efficacité (lorsque : TXMA<0.05, TXMA<0,04, TXMA<0.03). En outre, les
externalités par efficacité ne sont plus significatives et prennent le signe négatif lorsque le taux
d’exportation est très faible (TXMA<0.03). Dans un autre sens, nous remarquons que plus le
taux d’exportation des entreprises est élevé, plus les externalités par efficacité sont fortement
121 50% pour les entreprises étrangères et 20% pour les entreprises locales
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 247
PARTIE II
et positivement significatives. En effet, le t de Student est amélioré en fonction du taux
d’exportation et passe de 19,04 (TXMA>0.03) à 21,0511 (TXMA>0.05). Nous pouvons conclure
que l’intensité d’exportation des entreprises marocaines est un déterminant de l’effet des deux
types d’externalités liées aux IDE.
Tableau 9. L’impact du facteur ″orientation vers les exportations″ sur les deux types
d’externalités (cas des entreprises marocaines)
Entreprises marocaines moins exportatrices Entreprises marocaines plus exportatrices
TXMA<0.05 TXMA<0.04 TXMA<0.03 TXMA>0.05 TXMA>0.04 TXMA>0,03
(38,8474)*** (35,04)*** (33,2197)*** (3,4553) (4,718)*** (5,931)***
Constante
3,01236 3,0724 3,0617 0,388893 0,5511 0,6722
(9,3764)*** (7,298)*** (7,2553)*** (7,2218) (6,209)*** (7,732)***
lKMA
0,32516 0,2895 0,5245 0,218375 0,1975 0,2318
(7,3240)*** (6,338)*** (8,3364)*** (1,3913) (0,5401) (1,843)*
IDE_1
0,4747 0,4562 0,7851 0,0975753 0,0396 0,1274
(4,0499)*** (4,141)*** (−0,6025) (21,0511) (19,35)*** (19,04)***
PTET_1
0,0987 0,1075 −0,03100 0,728358 0,7047 0,6555
R2 0,77 0,71 0,88 0,89 0,88 0,85
R ajusté
2
0,77 0,71 0,88 0,89 0,87 0,85
F(3, 157) F(3, 134) F(3, 88) F(3, 272 F(3, 295) F(3, 341)
Fisher
180,4436 110,2280 225,8084 795,4736 708,5755 670,7848
N 168 144 96 288 312 360
Les t de Student sont entre parenthèse. La variable dépendante est le log de la productivité moyenne du travail
des entreprises marocaines à l’année t dans le secteur d’établissements i (PTMAit) ; Voir tableau 1 pour la de-
scription des abréviations utilisées
Significatif à 10%, ** significatif à 5%, *** significatif à 1%.
Source : tableau réalisé par nos soins à partir des régressions effectuées sous gretl
Deuxièmement, le tableau 10 indique que dans tous les niveaux choisis du taux d’exportation
des EAPE, les externalités par efficacité sont plus significatives que les externalités par intensité.
Nous remarquons que lorsque le taux d’exportation des EAPE dépasse 30 %, les externalités
par intensité perdent leur significativité et prennent le signe négatif. Paradoxalement, nous
constatons que lorsque le taux d’exportation des entreprises à participation étrangère dépasse
50 %122, les externalités par intensité sont significatives mais le coefficient prend le signe
négatif. Autrement dit, dans le cas des EAPE à forte intensité d’exportation (TXET>50%), une
augmentation de 1 point de pourcentage de la part du capital social étranger dans le capital
122 Il convient de signaler que cette proportion de 50% est supérieure à la moyenne du taux d’exportation
des entreprises à participation étrangère qui est de 31,6%.
248 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
social total est associée à une baisse une année après de 0,67 % de la productivité du travail
des entreprises marocaines. Ce signe négatif confirme les résultats de Aitken et Harrison
(1999) et peut s’expliquer par la tendance des EAPE à s’investir dans des secteurs productifs
pour accaparer des parts du marché au détriment des entreprises locales. C’est ce qu’Aitken
et Harrison intitulent « market-stealing effect ». Cependant, nous constatons que lorsque les
entreprises à participation étrangère deviennent plus exportatrices (taux supérieur à 50 %),
l’effet des externalités par efficacité est significatif et garde le signe positif. Autrement dit,
l’amélioration de 1 % de la productivité du travail des entreprises à participation étrangère est
associée à une progression de 0,76 % de la productivité du travail des entreprises marocaines. Ce
résultat peut être expliqué par l’effet concurrence et confirme l’analyse de Kokko (1994) montrant
que pour bénéficier des retombées positives liées à la présence des entreprises étrangères, il
est nécessaire de favoriser la concurrence entre les entreprises étrangères et locales. En effet,
la concurrence favorise l’interaction entre les deux types d’entreprises étrangères et locales.
Tableau 10. L’impact du facteur ″orientation vers les exportations″ sur les deux types
d’externalités (cas des entreprises à participation étrangère)
EAPE moins exportatrices EAPE plus exportatrices
TXET<0.2 TXET<0.3 TXET<0.5 TXET>0.2 TXET>0.3 TXET>0.5
(6,4353)*** (9,692)*** (12,1244)*** (3,8936)*** (2,074)**
(5,019)***
Constante
1,1951
1,3584 1,3884 1,4602 0,5572 0,2683
(6,6024)*** (8,129)*** (11,1177)*** (13,2033)*** (12,41)***
(6,806)***
lKMA
0,3993
0,3548 0,3568 0,3309 0,3586 0,3622
(3,7235)*** (4,414)*** (2,6423)*** (−1,2307) (−8,633)***
(4,641)***
IDE_1
1,0582
0,695976 0,5769 0,1632 −0,07803 −0,6766
(7,7505)*** (10,15)*** (11,3163)*** (15,7576)*** (19,09)***
(7,023)***
lPTET_1
0,4078
0,4108 0,4086 0,4267 0,6389 0,7683
R2 0,62 0,58 0,68 0,85 0,86 0,93
R2 ajusté 0,61 0,58 0,68 0,84 0,86 0,93
F(3, 249) F(3, 318) F (3, 226) F(3, 180) F(3, 111)
F (3, 203)
F
106,6752
117,6648 234,0468 411,1052 383,8633 534,6809
N 240 288 360 240 192 120
Les t de Student sont entre parenthès ; La variable dépendante est le log de la productivité moyenne du travail
des entreprises marocaines à l’année t dans le secteur d’établissements i (PTMAit) ; Voir tableau 1 pour la de-
scription des abréviations utilisées ;
Significatif à 10%, ** significatif à 5%, *** significatif à 1% ;
Source : tableau réalisé par nos soins à partir des régressions effectuées sous gretl
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 249
PARTIE II
La figure 2 présente les conclusions concernant la politique économique issues de nos
résultats.
Figure 2. Externalités par efficacité versus externalités par intensité
Source : figure réalisée par nos soins.
L’effet des IDE sur l’économie d’accueil dépend des politiques nationales d’attractivité mises
en place. En effet, les politiques économiques nationales qui attirent fortement les IDE vers les
pays en développement ne sont pas nécessairement celles qui, à long terme, accroissent les
retombées positives de l’IDE. C’est le cas, par exemple, des incitations fiscales et financières,
des opérations de privatisation, les zones franches d’exportation, la signature ou la ratification
des accords bilatéraux d’investissement, et d’une manière générale les politiques d’ouverture
économique et commerciale. Comment cela s’explique-il ?
Tout d’abord, les incitations fiscales et financières génèrent des investissements directs
étrangers volatils «footloose» et à faible valeur ajoutée (Michalet, 1999 ; Reiffers, 1997 ; Lautier,
2003). En outre, les opérations de privatisations ne permettent pas d’attirer d’une manière
régulière les flux d’IDE (Dunning et Narula, 1999 ; 2000) et favorisent les intérêts privés des
ministres (Stiglitz, 2002)123. Stiglitz remet en cause les politiques suivies par le FMI et la BM
dans les pays en développement. Selon lui, les partisans de la privatisation négligent les coûts
désastreux pour les économies en développement et croient à une efficacité et une amélioration
123 « Le processus de privatisation truquée a été conçu pour maximiser les sommes que
les ministres pourraient s›approprier personnellement, et non celles qui allaient tomber dans
l›escarcelle de l›État » (p.108).
250 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
à long terme. Il souligne que dans un contexte marqué par l’absence de structures juridiques et
d’institutions de régulation du marché appropriées, les nouveaux propriétaires risquaient d’être
incités à piller les actifs au lieu d’en faire la base d’une expansion industrielle. Ainsi, le Maroc
devrait accroître son stock d’IDE spontané (hors opérations de privatisation) pour bénéficier des
retombés d’IDE tels que les transferts de technologies et de connaissances.
Aussi, il semble que les zones franches d’exportation ne créent pas des externalités
technologiques vers les entreprises locales car elles concernent les activités de montage
et d’assemblage (Dree, octobre 2002 ; Guilhon, 1998). Au sujet des accords bilatéraux
d’investissement, Hallward-Driemeier (2003) souligne que les droits donnés aux investisseurs
étrangers non seulement excèdent ceux possédés par les investisseurs domestiques mais
exposent les dirigeants politiques aux responsabilités potentiellement à grande échelle et
réduisent les différentes options de réformes. Il recommande que la qualité des institutions
doive précéder la ratification d’un accord bilatéral d’investissement pour que celui-ci agisse
significativement sur les entrées d’IDE.
Par ailleurs, l’importance des politiques commerciales libérables s’explique par l’étroitesse
du marché des pays en développement ce qui ne permet pas à la FMN de réaliser des économies
d’échelle et donc de maximiser ses profits. D’où l’intérêt d’exporter. Cependant, toute politique
favorisant les exportations signifie automatiquement la dévaluation de la monnaie locale.
Des études empiriques traitant la relation entre le taux de change et l’IDE montrent que la
dévaluation de la monnaie locale augmente les entrées des capitaux étrangers (Froot et Stein,
1991 ; Menegaldo, 2000 ; Goldberg et Kolstad, 1995 ; EL ISSAOUI, 2009 ; 2012).
Cependant, une politique de dévaluation de la monnaie locale est de nature à affaiblir le
pouvoir d’achat des consommateurs domestiques. Enfin, Pfister (2003) souligne que lorsqu’un
régime de protection des droits peu efficace devient un motif stratégique d’implantation de la
FMN cela signifie que celle-ci ne génère aucune externalité technologique vers les concurrents
locaux.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 251
PARTIE II
Conclusion
Notre préoccupation centrale dans cette étude a été d’analyser l’impact des capitaux
étrangers investis dans le secteur industriel marocain sur la productivité du travail des
entreprises marocaines entre 1990 et 2013. L’analyse de nos données confirme la supériorité des
entreprises à participation étrangère par rapport aux entreprises marocaines en ce qui concerne
la productivité du travail, l’intensité d’exportation, et la rémunération salariale. En revanche, au
niveau international, les EAPE implantées au Maroc ne sont pas des championnes d’exportation.
Une étude récente réalisée par Jaud et Freund (2015) montre que les entreprises exportatrices du
Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord sont plus petites, moins puissantes, manquent d’innovation
et d’initiative, etc. En effet, le clientélisme et la corruption caractérisant le lien entre entreprises
et pouvoirs publics ; les tarifs élevés sur les produits intermédiaires ; la qualité des produits
intermédiaires, etc. sont des facteurs qui freinent l’amélioration de la performance à l’export des
entreprises de la région. Nous avons observé qu’au Maroc, la contribution de la valeur ajoutée
industrielle dans le PIB ainsi que la part des biens de haute technologie dans le total des biens
manufacturiers exportés sont très faibles.
Nous avons appliqué le modèle «double mécanisme» proposé par Chen, McQuaid, et Omar
(2015) pour tenir compte des interactions pouvant exister entre les entreprises étrangères et
locales et donc de distinguer deux types d’externalités : les externalités par efficacité et les
externalités par intensité. L’application de la méthode de moindres carrés ordinaires aux
données empilées indique que, d’une manière générale, les externalités par efficacité sont plus
significatives que les externalités par intensité. En outre, l’effet des externalités par efficacité
est positif et fortement significatif lorsque 1) l’écart technologique entre les entreprises à
participation étrangère et marocaines est faible et 2) dans le cas où ces entreprises sont de plus
en plus exportatrices. Cependant, au-delà d’un taux de 50 % des exportations des entreprises à
participation étrangère, les externalités par intensité sont significatives et le coefficient prend
le signe négatif. Autrement dit, dans le cas d’un taux d’exportation des EAPE supérieur à 50 %,
l’accroissement de la part du capital étranger sur le capital total implique une baisse de la
productivité du travail des entreprises marocaines. Ce résultat s’explique par la tendance des
entreprises étrangères à s’investir dans des secteurs productifs pour accaparer des parts de
marchés, ce que Aitken et Harrison intitulent « market-stealing effect ». Cependant, l’amélioration
de la productivité du travail des entreprises à participation étrangère, c’est-à-dire les externalités
par efficacité, a un effet positif et significatif (effet concurrence).
Pour optimiser l’efficacité des politiques économiques, il est nécessaire qu’elles soient
accompagnées par des réformes institutionnelles ou même qu’elles soient précédées par un
cadre institutionnel et juridique performant. Une chose est sûre : l’efficacité des politiques visant
à stimuler l’investissement dans le capital humain et dans l’infrastructure ainsi qu’à améliorer
la compétitivité des entreprises est incontestable. Ces politiques auront un double effet dans la
252 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
mesure où elles permettront d’attirer les flux d’IDE et également de maximiser les retombées
positives liées à la présence des entreprises étrangères. De nombreuses études (Blomström et
Kokko, 2003 ; Dunning et Narula, 1999 ; 2000) ont souligné, en effet, que le manque à gagner
pour les pays en développement de la présence des entreprises étrangères s’explique par
l’inexistence d’entreprises locales performantes capables d’absorber la technologie étrangère.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 253
PARTIE II
Références
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256 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EFFETS DES IDE SUR LES STRUCTURES DE L’ECONOMIE MAROCAINE
Annexe 1
Figure 3. Statistiques descriptives des variables utilisées
Observations Moyenne Écart type
PTMA 480 4,652 0,585
PTET 480 5,119 0,791
IKMA 456 2,883 0,704
IDE 480 0,261 0,191
Voir tableau 1 pour la définition des abréviations
Source : tableau réalisé par nos soins à partir du logiciel gretl
Annexe 2
• Productivité moyenne du travail (PT) : PT=PTET/PTMA
• Intensité d’exportation (IEX) : IEX=TXET/TXMA
• TXET = moyenne du rapport (exportations des EAPE/chiffre d’affaires des EAPE)
• TXMA =moyenne du rapport (exportations des EM / chiffre d’affaires des EM)
• Salaire moyen (SM) : SM=SMET/SMMA
• SMET = moyenne du rapport (frais de personnel des EAPE /effectif total employé par
les EAPE)
• SMET = moyenne du rapport (frais de personnel des EM /effectif total employé par les
EM)
Annexe 3
Figure 4. Statistiques descriptives des variables utilisées dans le modèle
Observations Moyenne Écart type
PT 480 1,758 0,893
TXMA 456 0,174 0,218
TXET 480 0,316 0,262
PT : écart technologique entre les entreprises étrangères et marocaines (PTMA/PTET)
TXMA : Taux d’exportation moyen des entreprises marocaines (exportations/chiffre d’affaires)
TXET : Taux d’exportation moyen des entreprises à participation étrangère (exportations /chiffre d’affaires)
Source : tableau réalisé par nos soins à partir du logiciel gretl.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 257