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CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART Tell es-Sawwan, Irak. Essai de synthèse et de prospective sur la néolithisation de la plaine mésopotamienne C. Breniquet Résumé : La publication dans les colonnes de Paléorient d’un article consacré à une réévaluation de l’attribution chronologique des niveaux anciens de Tell es-Sawwan amène à rouvrir un dossier complexe, suspendu par la crise internationale des années 90. On propose ici de reprendre cette question sur la base des dernières fouilles effectuées sur le site. Dans les faits, elle peut difficilement être tranchée tant les résultats apparaissent en demi-teinte. Toutefois, une datation haute, au tout début du Néolithique céramique, s’avère la seule option satisfaisante pour envisager une problématique de plus grande ampleur, celle de la néolithisation de la plaine alluviale mésopotamienne. On en rassemble ici les éléments afin de discuter l’hypothèse d’un phénomène local. Abstract: The publication in the current issue of the journal Paléorient of a paper about the revision of the date of the most ancient levels at Tell es-Sawwan offers the opportunity to restart a complex debate. The investigations on the site were stopped by the international crisis of the 1990s. On the basis of the last excavations conducted on the site by a French team, we discuss here this chronological attribution. The issue remains hard to solve because of the nature of the documentation. However, an early date (beginning of the Pottery Neolithic) appears to be the only possibility for opening a wider debate on the neolithization of the Mesopotamian alluvial plain. Scattered elements are collected here in order to suggest the possibility of a local phenomenon. Mots-clés : Tell es-Sawwan ; Mésopotamie ; Hassuna ; Samarra ; Obeid. Keywords: Tell es-Sawwan; Mesopotamia; Hassuna; Samarra; Ubaid. La publication dans les colonnes de Paléorient d’un article pour ce qu’elles sont, un essai de synthèse et de prospective sur consacré à une réévaluation de l’attribution chronologique des la néolithisation de la basse Mésopotamie. niveaux anciens de Tell es-Sawwan (Helwing, ce volume) amène à rouvrir un dossier complexe, suspendu par la crise internationale des années 90. Le développement de l’archéo- Localisation logie du Néolithique final de Mésopotamie du nord a large- ment revivifié des problématiques qui s’étiolaient, faute d’éléments nouveaux à verser au dossier des fouilles en Irak. Le site de Tell es-Sawwan, le tell des silex en arabe, est Toutefois, il me semble que l’affaire mérite une remise en pers- localisé à quelques kilomètres de la ville actuelle de Samarra, pective, vue « de l’intérieur ». Les données récoltées sur le site sur la rive gauche du Tigre. Il est peu éloigné de la ville abbas- au terme de deux campagnes de fouilles menées en 1988 et side éponyme dont les fouilles menées par E. Herzfeld en 1911 1989, qui prolongeaient des travaux irakiens pionniers, ont révélé une céramique peinte préhistorique associée à des apportent des éléments qui complètent les propositions de tombes sur lesquelles on ignore tout, si ce n’est qu’elles se trou- B. Helwing. On voudra donc bien prendre les lignes qui suivent vaient évidemment sous le niveau médiéval. Il a fallu p­ lusieurs Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 Manuscrit reçu le 24 décembre 2015 accepté le 28 janvier 2016 137-150-Breniquet.indd 137 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART 138 C. Breniquet autres étapes pour mesurer l’importance de la découverte. Historique des fouilles Celles-ci jalonnent en fait l’invention d’une «  préhistoire récente » de la Mésopotamie à partir des années 40 du L’exploration du site eut lieu principalement entre 1964 et xxe siècle, et sont l’œuvre d’une génération pionnière d’archéo- 1969, à raison de huit campagnes de fouilles, dont seules les six logues irakiens, Fuad Safar et Behnam Abu es-Soof en tête. premières furent publiées dans la revue irakienne Sumer (Abu Parmi ces sites, on mentionnera Eridu, Tell Hassuna et Tell al-Soof 1968 et 1971 ; El-Wailly and Abu es-Soof 1965 ; es-Sawwan, auxquels il convient d’adjoindre Tepe Gawra ou Al-A’dami 1968 ; Wahida 1967 ; Yasin 1970). La direction de la Tell Arpachiyah, explorés par des missions anglaises ou amé- mission ne cessa de changer, ce qui ne contribua guère à une ricaines, parfois conjointement avec les autorités archéolo- présentation homogène des découvertes. B. Abu al-Soof, partie giques irakiennes. On ne dira sans doute jamais assez ce que prenante de la première campagne avec F. El-Wailly, ne revint nous devons à ces travaux de la première heure. Ce sont eux à la tête du chantier qu’au cours des quatrième et cinquième qui posèrent les jalons du cadre chronologique et culturel avec campagnes, remplacé entre-temps par K.  al-A’dami et lequel nous travaillons encore. Toutefois, explorés tôt, souvent G. Wahida. Initialement centrée sur le secteur sud-est du site à un rythme soutenu et avec des méthodes de terrain qui, sans où elle livra les premiers édifices tripartites et les tombes pour- être inappropriées, étaient souvent expéditives, ces sites vues de leur matériel d’albâtre, l’exploration se développa rapi- apportent encore autant de certitudes qu’ils soulèvent de ques- dement en direction du nord-est pour atteindre le village tions. Les commentaires sans fin qu’ils suscitent sur des points fortifié et ses maisons en T. Ainsi, en quelques années, la de stratigraphie, l’impossible adéquation avec des fouilles plus fouille ne mit au jour que des découvertes exceptionnelles, iné- récentes et plus modernes, les transforment en une sorte d’au- dites, et donc sans point de comparaison. On ne rappellera pas berge espagnole où l’on trouve ce que l’on y cherche et ce que ici le détail des découvertes, campagne après campagne. On l’on y apporte. La palme peut revenir à Tepe Gawra, maintes mentionnera en revanche plusieurs faits essentiels : d’une part, fois disséqué, sans qu’un réel consensus n’émerge pour autant. l’imbroglio entraîné par la succession permanente des direc- Elle a bien failli aussi revenir à Tell es-Sawwan. teurs de la fouille et la confusion qui s’en est suivie, la numéro- Le site se trouve au sommet d’une falaise qui domine la tation des niveaux ayant été inversée puis corrigée en cours de vallée du Tigre, à un endroit où celui-ci entre dans la plaine route, d’autre part, la présence – somme toute assez banale – alluviale mésopotamienne. Une observation montre sans ambi- d’une stratigraphie partiellement horizontale. En effet, le site güité que le fleuve s’est déplacé au cours du temps et a grignoté est érodé en biais, les niveaux les plus anciens étant exposés au la falaise depuis les débuts de l’Holocène (Northedge et al. sud, plongeant ensuite sous l’occupation du village fortifié. Les 1990: 126). Il est donc inutile de conclure à une localisation fouilles ont dégagé l’ensemble des occupations successives et préférentielle qui serait aussi celle du cimetière de Samarra les publications en ont livré les résultats « écrasés » sur des (Oates 2013: 409). Le terrain s’abaissait sans doute en pente plans généraux, dépourvus de cotes d’altitude, parfois même douce vers le fleuve au cours du Néolithique récent, laissant de repères de carroyage, au point qu’on en proposa l’inversion peut-être suffisamment d’espace cultivable entre les villages pure et simple, sans lien avec les problèmes de numérotation successifs et l’eau. évoqués plus haut (Forest 1983: 23), position qui ne résista pas Le site se présente actuellement sous la forme de trois émi- longtemps à l’analyse (Breniquet 1992). nences plates (A, B, C), séparées par des wadis récents, dispo- Les opérations de terrain ne s’arrêtèrent pas là. Une neu- sées en arc de cercle le long de la falaise (fig. 1). Ses dimensions vième campagne de fouilles fut menée par Donny George couvrent une superficie d’environ 230  x 110  m, avec un Youkana en 1985, dans le cadre de son mémoire de maîtrise maximum de 3 m de hauteur de dépôts au dessus du terrain soutenu devant l’Université de Bagdad en 1986, et publié en actuel. Toutes présentent des traces d’occupations, majoritaire- 1997 (Youkana 1997). En se basant sur les quelques documents ment préhistoriques. Quelques tessons paléobabyloniens ou d’archives existants et sur ses propres observations sur le site, kassites et d’époque islamique concentrés en périphérie du D.G.  Youkana compléta la documentation graphique, avec tell  C, au sud-est, attestent d’occupations dont il ne reste entre autres des plans inédits des septième et huitième cam- presque plus rien. pagnes, et la stratigraphie en passant sous les sols du niveau I. Cette publication ne contribua pas peu à la clarification des données. Enfin, deux campagnes additionnelles furent conduites sous ma propre direction pour le compte de la Délégation Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 137-150-Breniquet.indd 138 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART Tell es-Sawwan, Irak. Essai de synthèse et de prospective sur la néolithisation de la plaine mésopotamienne 139 Fig. 1 – Plan topographique du site avec emplacement des zones fouillées par les missions irakiennes (les numéros sont ceux des bâtiments en T, à l’intérieur de l’enceinte, ou tripartites, au sud et sud-ouest) et des sondages (n° 1 à 4) menés par la Délégation archéologique française en Iraq. archéologique française en Iraq, en 1988 et 1989 (Breniquet première exploration du site, celui-ci se déroba, rendant impos- 1992). Elles furent permises grâce à la compréhension de la sible l’administration de la preuve sur de nombreux points, pré- Direction générale des Antiquités et du Patrimoine d’Iraq cisément ceux sur lesquels on débat ici… conduite alors par M. Saïd Damerji, en guise de ‘substitution’ à un programme avorté dans le Kurdistan. Ce programme de remplacement fut bienvenu et trouva sa place sans difficulté La stratigraphie dans les recherches conduites alors par ce qui était l’URA 8 du CNRS sur la préhistoire de la plaine alluviale mésopota- mienne. Interrompues par les événements internationaux, ces À l’issue de cet ensemble d’opérations de terrain, cinq deux campagnes avaient pour objectif d’ajuster autant que pos- niveaux stratigraphiques furent isolés (Breniquet 1991). sible la stratigraphie du site, passablement obscurcie par des lectures contradictoires. Elles générèrent aussi une foule de Niveaux I et II questionnements dont une part alimenta un mémoire d’habili- tation soutenu en 2006 mais resté inédit (Breniquet 2006) – le Les plus anciens niveaux sont caractérisés par de vastes mémoire de D.G. Youkana ayant été publié entre-temps. Si nos maisons tripartites en briques crues (le niveau II étant la réfec- collègues irakiens Abu al-Soof et Youkana ne furent pas avares tion du niveau  I) sous lesquelles les fameuses tombes furent de discussions, il faut convenir que vingt-quatre ans après la découvertes. Malheureusement, ni plan d’ensemble ni relevés Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 137-150-Breniquet.indd 139 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART 140 C. Breniquet ne furent publiés. Certaines se trouvaient sous les sols des bâti- les commentaires sur l’architecture, ajoutée aux difficultés ments 1 et 2 (Al-A’dami 1968 : 85-89 ; Helwing ce volume : 00 d’attribution chronologique du matériel le plus ancien, ont pour davantage de détails). D’autres étaient localisées dans des entraîné une situation des plus confuses. secteurs très marginaux (Breniquet 1992 : 23), et manifeste- ment dissociées de toute architecture, rendant délicate une interprétation tranchée entre «  tombes sous l’habitat  » et Discussion « cimetière » (Campbell 1995 : 30). Ces tombes, toutes creusées dans le substrat caillouteux naturel du site, ne forment pas un ensemble homogène. Elles abritent, pour la plupart, des sépul- La datation des deux premiers niveaux, plus complexes tures primaires. Mais d’autres fosses peu profondes ne livrèrent qu’il n’y paraît dans les publications irakiennes car les plans en que des ossements épars sans matériel, évoquant des sépul- sont incomplets, a toujours posé problème. Tous les fouilleurs tures secondaires, voire pas d’ossement du tout. Si la diversité se sont accordés sur le fait que le matériel céramique était très des pratiques funéraires ne fait guère de doute (Campbell rare, ce qui, en soi, ne constitue pas une situation inédite. Les 1995 : 29), rien n’invite à y reconnaître des sépultures assises édifices n’ayant par ailleurs pas livré de mobilier, on peut dans des fosses profondes comme à Tell Halula (Molist et al. écarter l’idée qu’il s’agit d’un trait particulier qui concourt à les 2009 ; Helwing ce volume : 127-128). singulariser comme des « sanctuaires » (El-Wailly and Abu es- Soof 1965: 20). Ces maisons ont sans doute été vidées de leur contenu au moment du départ des habitants. Un lot de tessons Niveau IIIA isolé fut pourtant découvert dans la pièce 13 du niveau I La configuration de l’établissement change totalement. (El-Wailly and Abu es-Soof 1965: 21) qui fut tantôt considéré L’occupation est concentrée plus au nord dans une installation comme de la céramique commune, tantôt comme un matériel rectangulaire fortifiée (mur d’enceinte et fossé). Elle est carac- très ancien remontant à l’introduction de la céramique au cours térisée par un type architectural radicalement différent, des du Néolithique final. Ayant entrepris des investigations dans ce maisons en T, occupant aussi rationnellement que possible secteur, mes propres travaux ont confirmé l’impression géné- l’espace disponible. L’extrémité sud de l’établissement est rale, mais se sont heurtés à une double constatation : la pré- emportée par l’érosion et laisse voir les niveaux I et II sous- sence de structures (murs essentiellement) dont on n’avait nulle jacents. La datation de ce niveau est nettement moins problé- trace sur les relevés des équipes irakiennes, et la découverte matique puisqu’il appartient clairement à l’époque de Samarra, d’un mobilier céramique mixte en très faible quantité compre- avec une céramique peinte caractéristique. nant des tessons communs et peints non diagnostiques, qui n’évoquaient en aucune manière le matériel trouvé par les mis- sions irakiennes1. La situation était d’autant plus complexe que Niveau IIIB-IV le matériel céramique de la première campagne avait été étudié Les édifices enfermés dans le mur d’enceinte sont réamé- par F. Ippolitoni (1970-71) qui rapportait la faible quantité de nagés en greniers et l’habitat gagne la périphérie de l’espace tessons attribuables au niveau  I, mais aussi un nombre plus fortifié, oblitérant même le mur d’enceinte. Une bonne partie substantiel au niveau II constitué de « coarse ware together de cette occupation se trouvant sous la surface du site, on ne with a few inconclusive samples of fine and incised or painted s’étonnera pas de constater l’érosion des vestiges. Il ne semble pottery » (p.  109-111), entretenant l’idée d’une évolution d’un pas exister de rupture stratigraphique entre IIIA et IIIB-IV. niveau à l’autre. D’une façon générale, l’ensemble des sondages que j’ai ouverts sur le site livrèrent le même type de matériel céramique qui évoquait au mieux ceux des niveaux les plus Niveau V anciens de Tell Hassuna (Ib-II), dans la droite ligne des obser- Ce dernier niveau préhistorique est mal documenté, mais il vations d’Ippolitoni. L’absence totale de céramique lustrée, est clairement plus récent et sans continuité avec les précé- avec ou sans élément appliqué, était en outre frappante. En dents, appartenant à l’époque de Halaf. Une construction circu- disant les choses autrement, en suivant Ippolitoni dans son laire est reportée, mais son plan et sa localisation exacte sont inconnus. 1. À maintes reprises, j’ai cherché à voir le matériel en question, à la mai- La configuration particulière du site, notamment pour ses son de fouilles, au musée de Samarra ou à celui de Bagdad, sans succès. premiers niveaux et la surenchère interprétative entraînée par N. Bader m’a confié avoir vu des tessons d’un type lustré. Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 137-150-Breniquet.indd 140 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART Tell es-Sawwan, Irak. Essai de synthèse et de prospective sur la néolithisation de la plaine mésopotamienne 141 Fig. 2 – Plans inédits des fouilles irakiennes lors des septième et huitième campagnes, avec emplacement des sondages de D. Youkana (1-3) (d’après Youkana 1997 : plan 16). regroupement des tessons en trois catégories (grossière, semi- à Matarrah (Lloyd and Safar 1944: 265-266 ; Braidwood et al. grossière et fine2) (p. 108), les niveaux I et surtout II semblaient 1952). contemporains de Hassuna  Ib-II, soit « Hassuna Archaic or Un éventuel « mélange » de matériel peut s’expliquer aisé- proto-Hassuna » (Ippolitoni 1970-71 : 139). À cela s’ajoutaient ment : les sols n’ont pas toujours été atteints, le mobilier n’était d’autres observations qui invitaient plutôt à réduire la durée de pas en place, etc. D’autres arguments peuvent être mobilisés. On l’occupation entre I et III, sans toutefois pouvoir trancher défi- ignore la raison exacte de la fouille de ce site. Certes, on sait que nitivement (Breniquet 1991 et 1992 : 16) : l’homogénéité du dans l’effervescence scientifique des années 60, la découverte matériel dans les secteurs périphériques, l’imbrication strati- d’une préhistoire récente mésopotamienne était une priorité. graphique des édifices tripartites et en T qui suggère que les Mais à l’époque, et encore lorsque j’y ai travaillé, on pouvait premiers étaient encore visibles quand les seconds ont été constater que la surface du site était grêlée de fosses « récentes » implantés, l’existence de possibles formes « de transition » (fig. 3). Celles-ci passaient pour être la trace des prélèvements de dégagées par les missions irakiennes au cours des septième et terre archéologique organique par les paysans de l’endroit à des huitième campagnes (Youkana 1997 : Pl. 16 ; Breniquet 1991 : fins de fertilisation des champs. Ces fosses ont défoncé le terrain fig. 3 : 80) (fig. 2). La continuité de l’occupation entre le niveau et sont à l’origine des mélanges de matériel. Elles ont sans doute I et le niveau IIIA n’apparaissait ainsi pas comme une totale inévitablement remonté des objets d’albâtre qui ont probable- incongruité. Elle était même explicitement suggérée par les ment alerté les autorités sur la présence d’un site exceptionnel fouilleurs irakiens dès la première campagne (El-Wailly and qu’il convenait de fouiller afin d’éviter un pillage en règle. Abu es-Soof 1965: 22). Elle rendait compte enfin de l’introduc- En outre, à l’issue des fouilles irakiennes et à des fins d’ins- tion progressive de la céramique Samarra dans des assem- truction du public, le site n’avait pas été remblayé, contraire- blages Hassuna, comme sur le site éponyme, comme d’ailleurs ment aux obligations imposées par la loi sur les Antiquités d’Irak. Vingt-quatre années d’exposition avaient transformé irrémédiablement l’endroit. On identifiait encore les structures, 2. Et sans tenir compte de la présence d’éventuels tessons peints dont Abu al- Soof lui-même convenait, après coup, qu’ils étaient hors contexte dans les mais le matériau même des murs des édifices tripartites qui niveaux I et II. Oates 2013: 410, note 9. s’élevaient à plus d’un mètre de hauteur de conservation au Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 137-150-Breniquet.indd 141 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART 142 C. Breniquet Fig. 3 – Photographie aérienne de Tell es-Sawwan prise au moment des fouilles irakiennes dans les années 1960. La surface est couverte de fosses attribuées aux paysans (d’après Youkana 1997 : pl. 1a). moment de leur dégagement, était méconnaissable. Le repé- poterie, de même que par S. Campbell (1995 : 30). C’est à ce rage des édifices devait se faire en lumière rasante tant les stade qu’intervient la question d’un éventuel pre-level  I dont murs (sans parler des sols) avaient fondu. l’existence a été défendue par D. Youkana. À ce stade de l’enquête, on aboutissait plutôt à une proposi- tion de datation prudente aux débuts de l’époque de Hassuna pour les niveaux les plus anciens, ou même à une période plus Le pre-level I récente, et à une continuité de l’occupation entre les niveaux I-II et IIIA et IV, sans qu’il soit possible de trancher. La ques- Le niveau I constitue-t-il le premier niveau du site ? Je tion de la continuité entre les niveaux I-II et III avait aussi été serais tentée de répondre par l’affirmative. Les édifices qui le très largement « encombrée » par des considérations architec- caractérisent sont installés sur le terrain vierge et les tombes turales (Forest 1983) dont il était à l’époque difficile de s’abs- contenant le matériel d’albâtre, qui lui sont sous-jacentes, traire, mais sur lesquelles il n’y a pas lieu de revenir ici. Comme semblent bien avoir été creusées depuis ce même niveau rien de tout cela n’était réellement satisfaisant, ce point a fait (Al-A’dami 1968 : 59-60). Aucun plan d’ensemble n’étant dis- l’objet d’un réajustement ponctuel (Breniquet 2006 et 2008 : ponible, l’argument majeur est que les tombes sont en majorité 613). L’ancrage dans la réalité des faits me semblait alors insuf- situées sous le bâtiment 1 du niveau I. A en croire le premier fisant pour amener à une conclusion irrévocable, mais celle-ci rapport de fouilles (El-Wailly and Abu es-Soof 1965: 23), elles allait dans le sens des propositions de B. Helwing, à savoir que ne déborderaient même pas de l’emprise au sol de l’édifice (ce « les niveaux I et II de Tell es-Sawwan ne sont pas « Early que mes propres travaux ont démenti). En cela, cette situation Samarra », ou même Hassuna, mais beaucoup plus anciens, évoque le cas de Tell Abada (Forest 1996a : 63-64) et présente sans doute acéramiques ou légèrement plus récents » (Breniquet quelque vraisemblance3. Toutefois, une bonne partie de ces 2006 : 68). Une telle hypothèse avait déjà été avancée par J. Mellaart (1981 : 152) qui s’appuyait sur la présence de vais- 3. L’inhumation des jeunes individus dans un édifice spécifique renvoie tout à selle de pierre pour expliquer le retard d’introduction de la la fois au statut de l’occupant du bâtiment et à sa position « sociale » (« chef » Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 137-150-Breniquet.indd 142 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART Tell es-Sawwan, Irak. Essai de synthèse et de prospective sur la néolithisation de la plaine mésopotamienne 143 Fig. 4 a – Plan du sondage 3 mené par D. Youkana (d’après Youkana 1997 ; plan 18). Fig. 4 b – Plan du sondage 2 mené par D. Youkana (d’après Youkana 1997 ; plan 19). tombes sont éparpillées dans l’espace alentour et peuvent bien surfaces fouillées étaient restreintes (fig. 4 a et b). A l’exception appartenir aussi, pour partie, à une phase antérieure. de quelques ossements humains et quelques perles erratiques, ce Dans le cadre de ses recherches universitaires, D.G. Youkana sont des bribes d’architecture et un sol qui furent dégagés conduisit des fouilles en deux endroits du site (carrés 16g et 16h (Youkana 1997 : 30-32) dans deux des sondages, le troisième au centre du tell B, pour trois sondages ponctuels, réf. 1 à 3 sur (sondage n° 1) n’ayant révélé que le sol vierge. Les arguments la fig. 2), passant sous les sols du niveau I. Dans les deux cas, les sont faibles, mais ce « niveau » constituerait à ses yeux la pre- mière occupation du site, qu’il date du « Archaic Hassuna » à partir de quelques tessons (Youkana 1997 : 32) ! Comme telle la du village, rang lignager, etc.). La dotation exceptionnelle des tombes est situation est décidément inextricable, renvoyant sans fin aux elle aussi révélatrice de l’émergence de statuts fondés sur la généalogie. On en dirait de même pour Tell Halula où certains jeunes enfants sont inhumés oscillations de l’attribution chronologique des premiers niveaux. avec un matériel exceptionnel (Molist et al. 2009). L’explication est probablement plus simple. Les deux édifices Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 137-150-Breniquet.indd 143 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART 144 C. Breniquet dégagés par les septième et huitième campagnes ne sont pas des édifices de transition entre les niveaux  I-II et III, ce sont des édifices composites, « artificiels », sans réalité architecturale, qui écrasent sur un même plan des bâtiments tripartites et en T des deux niveaux I-II et III, qui n’ont pas été reconnus comme tels à la fouille. Le même phénomène est en jeu avec les bâtiments 2 du niveau  I et 2 du niveau II (Breniquet 1991 : Fig.  5 : 82). Il s’ensuit que les mêmes mélanges de matériel réapparaissent, avec les mêmes incertitudes de datation. En revanche, s’il fallait rechercher un pre-level  I, il me semble que c’est à l’ouest du tell B, au-delà du rempart et autour du bâtiment 16 qu’il faudrait porter les investigations (fig. 5 a). Les photographies aériennes réalisées dans les années 60 montrent clairement que la fouille se développe plus en profon- deur qu’au niveau du bâtiment 12 (Youkana 1997 : Pl. 1 a-b). Par ailleurs, la configuration de « l’édifice » plaide une nouvelle fois pour un mélange de structures diverses : possible maison tripartite, petites cellules, pièces allongées (Breniquet 1992 : 15). Il me paraît douteux de voir dans les édifices pourtant bien tripartites des niveaux I et II des structures qui ne seraient pas régulières (Helwing ce volume : 126-127) alors que la démons- tration du contraire en a été faite sur des bases structurelles fermes. Ce type d’organisation ne repose pas uniquement sur l’existence de trois travées longitudinales, mais sur un ensemble de faits structurels  dont, en plus du critère précédent, une entrée décentrée se faisant par une pièce d’angle qui donne accès à la travée centrale, une circulation « en parapluie » depuis le fond de la travée centrale pour gagner les secteurs Fig. 5 a – Plan des bâtiments 12 et 16, sur le tell B et emplacement du latéraux par le fond de l’édifice, une cage d’escalier, etc. (Forest sondage 1 mené par la Délégation archéologique française en Iraq, 1983 et 1996c). Cette formule se décline de multiples façons, à l’ouest du tell B (d’après Breniquet 1992 : 10, fig. C). notamment, plus tard, avec des dispositions perpendiculaires à la travée centrale. La différence entre les maisons tripartites de Tell es-Sawwan I-II et celles de Bouqras par exemple, réside dans l’ampleur des premières, nécessitant un partitionnement différent de l’espace et plus complexe4. Toutefois, si certaines parties de l’édifice composite 16 évoquent bien la disposition « en corridor » de la tradition acé- ramique telle qu’elle apparaît à Sabi Abyad ou Bouqras (Akkermans 2013 : 67, fig. 4.6 et 68, fig. 4.7), le sondage conduit encore plus à l’ouest de cet ensemble (fig. 5 b) a livré une ins- tallation très érodée à grandes pièces de nature différente. La fouille n’a livré ni céramique en place, ni objet d’albâtre en place (Breniquet 1992 : 14). La présence de pointes de flèches 4. Les édifices compartimentés carrés (Choga Mami, Songor de l’époque de Samarra) sont toujours de plus petites dimensions et ne sont plus conservés que sous la forme de soubassements. Le module de leurs travées, les « cor- ridors » (deux ou trois selon les cas), sont compatibles avec ce que l’on voit Fig. 5 b – Photographie du sondage 1b (en direction du Nord) en cours à Bouqras. de dégagement montrant l’état d’érosion des structures (© Dafiq). Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 137-150-Breniquet.indd 144 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART Tell es-Sawwan, Irak. Essai de synthèse et de prospective sur la néolithisation de la plaine mésopotamienne 145 dans et hors du sondage (Coqueugniot 1992 : 38) va dans le une période estimée à un laps de temps allant de 123 à sens de cette possibilité d’attribution chronologique très haute. 300 ans (Forest 1996 b : 386). La non prise en compte des Une unique date 14C est disponible pour les niveaux anciens5. interfaces de destruction conduit à buter sur un ensemble Le prélèvement (P-855 traité par le Laboratoire de l’Université d’incertitudes. Cette constatation suggère que les groupes de Pennsylvanie) a été conduit lors de la première campagne sur humains conservaient, malgré la sédentarisation, une cer- un sol du niveau I (El-Wailly and Abu es-Soof 1965: 19). La date taine forme de mobilité. Celle-ci peut-être imputable à estimée, fin 7e millénaire (7456 ± 73 BP) a été calibrée depuis et des processus segmentaires, le village se scindant dès lors est sensiblement plus ancienne, avec des pics de probabilité à qu’un seuil démographique critique est atteint, ou à des 6372, 6327 et 6238  (Aurenche et al. 1994 : 306-307 et 731 ; stratégies d’exploitation complémentaires de l’environne- Forest 1996b : 390). Ce terrain n’est guère plus ferme que les ment, comme cela a pu être observé ailleurs tout au long autres : le rapport du laboratoire est plus précis que le rapport de du processus de néolithisation8 (Akkermans 2013 ; Fazeli fouille et indique « sous le niveau I, sur le sol 2 de la pièce 21, Nashli and Matthews 2013: 4) ; sous des pierres noires et à 3,5 m sous la surface » (Stuckenrath –– Une datation haute, au tout début du Néolithique céra- and Ralph 1965: 190). Il est impossible de localiser précisément mique, est le seul postulat ou paradigme acceptable, l’endroit du prélèvement et l’indication de la profondeur apparaît mais il ne repose concrètement que sur la présence d’un vertigineuse au regard des photographies de fouilles publiées ! Il unique tesson lustré et d’une date 14C. Bien que cette faut sans doute comprendre « par rapport au point topographique attribution chronologique n’emporte pas une adhésion de référence » mais celui-ci est irrémédiablement perdu. Ici absolue, seule cette formule peut générer les questions et comme ailleurs, la documentation vieillie entraîne dans une exé- mettre sur la voie des réponses induites par l’état de la gèse permanente qui affaiblit les conclusions6. documentation. De fait, comme B. Helwing l’a souligné, le site partage des traits culturels avec le Néolithique final syro-mésopotamien. La vaisselle de pierre, qui Le Néolithique mésopotamien témoigne de relations à longue distance entre les diffé- en perspective rentes communautés, entraîne également vers le Zagros (Aurenche et Kozłowski 1999 : 87) ; Résumons-nous. Plusieurs points découlent des observa- –– Toutefois, les modalités exactes de l’introduction de la tions passées en revue : céramique restent à élucider dans la moitié méridionale –– Les contextes non reconnus à la fouille ont engendré des de la Mésopotamie, en raison d’une documentation mélanges de matériel, avec les impasses logiques qui en vieillie et de publications trop sélectives. Céramique lus- découlent. La stratigraphie de Tell Hassuna, seul élément trée, céramique grossière, céramique peinte, avec un de comparaison à l’époque des premières campagnes à dégraissant tantôt minéral, tantôt végétal semblent attes- Sawwan, a dicté la reconnaissance des attri­­butions chro- tées en très faible quantité dans les niveaux I-II, mais nologiques et suggéré la continuité entre les niveaux ; leurs formes ne sont pas exactement compatibles avec –– Les niveaux I et II sont plus complexes qu’il n’y paraît et celles de sites Archaic Hassuna comme Kültepe (Bader les plans publiés sont incomplets ; 1993 : 61), Proto-Hassuna, comme Umm Dabaghieh –– Les tombes sous-jacentes appartiennent sans doute à (Kirkbride 1972 : 8 et 1973 : 5), Telul eth-Thalathat II, ou différentes phases non isolées ; Sotto (Bader and Le Mière 2013: 515-516), voire Pre- –– L’existence d’un niveau antérieur au niveau I est possible Proto-Hassuna comme Seker al-Aheimar (Ibid. : 517). sur le site ; En effet, aucune forme carénée, aucun fond moulé, –– Il n’y a pas de solution de continuité immédiate entre les aucun décor en relief n’est attesté sur le site ; un unique niveaux I-II et III7, le site a été déserté après une occupa- tesson lustré est attesté (Ippolitoni 1970-71 : 110, note tion difficile à évaluer avec précision et réoccupé après 28). Compte tenu de la complexité des observations faites sur les sites contemporains de Mésopotamie du 5. Un autre prélèvement, P-857, est semble-t-il contaminé. nord qui concourent à donner une image non homogène 6. Un prélèvement de charbon effectué en 1989 a été jugé trop proche de la surface pour être conforme au protocole en usage au laboratoire de Gif-sur- Yvette. Le site n’a malheureusement pas livré d’autres échantillons. 8. À cet égard, on rappellera que P. Mortensen suggérait la coexistence de vil- 7. Ni sans doute entre les bâtiments tripartites et les bâtiments en T (Huot lages et de campements à l’époque Proto-Hassuna (Mortensen 1970: 130 ; 1994). Huot 1996 : 83). Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 137-150-Breniquet.indd 145 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART 146 C. Breniquet du phénomène (Munchaev 1993 : 251-252 ; Nieuvenhuyse B. Helwing a raison de dénoncer la prégnance des modèles 2013 : 120-121 ; Nieuwenhuyse and Bernbeck 2013), de inadaptés ou vieillis, mais ce ne sont pas les tentatives de théo- la faiblesse des occurrences et des approximations des- risation de Gordon Childe qui sont en cause ici. Ce sont les criptives sur lesquelles ces discussions se fondent à Tell conclusions hâtives fondées sur une documentation insuffi- es-Sawwan, il est difficile de dire si ces absences sont ou sante. C’est notamment l’idée que la Mésopotamie est restée en non significatives ; dehors de la néolithisation qu’il faut combattre. En effet, la –– Il faudrait pouvoir étendre ces comparaisons aux pié- plaine alluviale mésopotamienne n’a livré que deux sites avec monts et aux vallées du Zagros où, ne serait-ce qu’à Tepe une occupation du 7e millénaire : Tell es-Sawwan et Tell Guran, Ganj Dareh ou Sarab, des sites néolithiques acéra- el’Oueili, le premier étant un peu plus ancien que l’autre. Ils miques puis céramiques (dont les productions sont parfois partagent des traits communs : agriculture irriguée probable appelées « Groupe du Zagros » : Aurenche et Kozłowski (Helbaek 1964 ; Huot 1996 : 118 ; Oates 2013), vastes maisons 1999 : 149) sont attestés. Les comparaisons y sont plus tripartites de 150 m2 environ, correspondant sans doute à une délicates en raison de la configuration géographique mor- organisation sociale particulière et comparable (Forest 1996c : celée de la région, favorisant l’existence de faciès locaux. 146). C’est donc bien peu par rapport aux régions adjacentes où De même, l’état de la documentation est révélateur de la recherche a battu son plein depuis une trentaine d’années. celui de la recherche, très ralentie au cours des trente der- Les sites contemporains sont sans doute inaccessibles, nières années. Les formes des premières céramiques ensevelis sous les alluvions et noyés dans la nappe phréatique. reprennent parfois celles des vases en pierre. Les toutes Jusqu’à une date très récente, en se fondant sur une documen- premières céramiques de Ganj Dareh D-A ou Guran S-O tation lacunaire, on estimait que les porteurs de la culture de sont des vases miniatures (et des objets non utilitaires, Samarra étaient à l’origine du peuplement de la basse plaine rappelant en cela le processus d’apparition de la terre cuite mésopotamienne et auraient « colonisé » ce terrain difficile où au Levant), à surface sombre, parfois polies et décorées l’agriculture sèche est impossible, grâce à leur maîtrise des d’incisons faites à l’ongle. Leur aspect ‘expérimental’ techniques d’irrigation9. En d’autres termes, la basse Méso­ plaide pour un processus d’apparition local de la poterie. potamie aurait été vide d’hommes au début de l’Holocène. Une D’autres vases utilitaires de Ganj Dareh D ou Guran S se telle lecture n’est plus possible (et ne l’a jamais été), la fouille présentent comme de grandes jarres de stockage incluses de Tell el’Oueili ayant démontré que non seulement la plaine aux maçonneries, grossièrement dégraissées avec des est déjà occupée à peu près au même moment, mais le sol végétaux hachés et des surfaces polies (« chaff-tempered vierge n’a pas été atteint sur le site, sans que l’on puisse estimer soft wares » : Weeks 2013 : 58). Des exemplaires aux la puissance des couches sous-jacentes. Il faut sans doute en formes simples engobés-lustrés et à pâte claire à dégrais- déduire que l’ensemble de la plaine mésopotamienne a été sant végétal, peu cuits, d’autres à surface orangée et décor occupé et néolithisé très tôt, au moins au même moment que réalisé à l’ocre voisinent avec les premiers vases peints sont attestés d’autres foyers tels que le Levant, les hautes val- (dès Guran  O, soit à partir du milieu du 7e millénaire). lées du Tigre et de l’Euphrate, la Jezireh ou le Zagros. À cet Ceux-ci reprennent la diversité des diverses caractéris- égard, nos collègues irakiens rapportaient dans les années 90 tiques énoncées plus haut pour le monde syro-mésopota- qu’il existait des sites « Hassuna » entre la limite septentrionale mien, mêlées à des décors géométriques peints en rouges de Bagdad et la zone des « briqueteries » (W. Al-Jadir, comm. sur des formes ouvertes carénées, insuffisamment cuites personnelle10). C’est sans doute confiant dans cette certitude (Mellaart 1981: 86) qui ne l’évoquent guère (« Tad­­pole que D.G.  Youkana rechercha un niveau antérieur à Tell es- Ware »). D’un point de vue plus général, les ­derniers tra- Sawwan11. vaux en date, menés par des missions anglo-­iraniennes à Sheikh-e Abad et Jani (dans le cadre du Central Zagros   9. F. Hole enjoignait les archéologues à se méfier du « sens des flèches » et Archaeological Project : Matthews and Fazeli Nashli de la logique simplificatrice rassurante que notre documentation biaisée et incomplète nous amène à développer : « Arrows suggest movements of 2013; Matthews et al. 2010 et 2013) tendent à indiquer people, but directions have not been demonstrated » (Hole 1994: fig. 8, 133). l’existence d’une continuité de peuplement depuis l’Épi- 10. J’ai cherché à voir ces sites, sans succès. paléolithique qui a amené les communautés humaines à 11. La thèse de doctorat de D.G.  Youkana, réalisée sous la direction du développer des formes originales d’exploitation de leur Prof. W. Al-Jadir et soutenue en 1995 devant l’Université de Bagdad, est en cours de publication grâce aux bons soins de L. Al-Galaini-Werr à environnement, à l’origine de foyers locaux de néolithisa- Londres. Elle apportera peut-être un peu plus de lumière sur ces ques- tion. tions. Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 137-150-Breniquet.indd 146 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART Tell es-Sawwan, Irak. Essai de synthèse et de prospective sur la néolithisation de la plaine mésopotamienne 147 Toutefois, la néolithisation de la plaine alluviale ne relève un jour en raison des contraintes du milieu naturel), on constate pas nécessairement de la même tradition que celle de la grande que se joue une nouvelle fois le combat de l’évolutionnisme Mésopotamie. En effet, depuis les travaux à Tell el’Oueili, on contre le diffusionnisme. Bien avant la fouille de Tell el’Oueili sait que la géomorphologie de la zone deltaïque est, depuis et ses résultats sur l’Obeid 0, O. Aurenche (1981) avait exploré l’Holocène, une affaire complexe, liée entre autres à la la première voie. Que l’on adhère ou non à ses conclusions sur remontée du niveau des mers et à l’alluvionnement du Tigre et l’évolution de l’architecture obeidienne, il faut convenir qu’elles de l’Euphrate qui coulaient initialement jusqu’au détroit étaient fondées sur l’idée saine d’un enracinement local des d’Ormuz, le golfe arabo-persique ne s’étant créé que plus tard, développements obeidiens. Cela n’exclut pas pour autant que à la suite de phénomènes complexes (Sanlaville 1989 ; Lambeck les communautés se côtoient, se connaissent, s’adaptent et par- 1996 ; Cleuziou 2001). Grâce aux travaux américains conduits tagent un certain nombre de traits culturels. Le Proche-Orient à partir des clichés Corona (Pournelle 2007), on soupçonne néolithique était sans doute constitué de chaînes de sociétés, également que l’écosystème était fort différent de ce qu’il est impliquées dans des réseaux et contacts de nature différente. maintenant, beaucoup plus « aquatique » au point qu’on n’a pas Toutefois, c’est dans la reconnaissance de l’originalité des fon- hésité à proposer que les premières cités naquirent des marais dements de la société mésopotamienne préhistorique et (Lawler 2011). Mais ce sont sans doute aussi les premiers vil- archaïque que résulte le grand défi. Il met en perspective lages néolithiques qui y prirent naissance, antérieurement, au quelques grandes questions historiques comme l’émergence bord des fleuves, sans recours à des techniques d’irrigation des premières chefferies, celles des premières cités-états, celle sophistiquées, dans un milieu particulièrement favorable. d’un état hydraulique, etc. (Lambeck 1996 : 55-56 ; Breniquet Cette simple proposition rend caduque toute tentative d’inter- 2006 : 63-67). prétation fondée sur le contrôle de l’irrigation qui ne devient un La Dernière Croisade d’Indiana Jones nous a rappelé sur facteur-clé que bien plus tard (Forest 1985 ; Pournelle 2007 : un mode humoristique que « l’archéologie était la science des 33). faits ». Mais encore faut-il que ces faits aient été soigneusement C’est donc en direction de l’existence d’un foyer de néoli- collectés, qu’on se soit interrogé sur les modalités de leur thisation local qu’il faut porter l’effort, foyer qui ne doit rien à acquisition et sur leur représentativité. L’exemple de Tell es- la néolithisation levantine et qui se trouve inaccessible du fait Sawwan enseigne combien peuvent être risquées les relectures. de l’alluvionnement et de la submersion des vallées initiales Sans doute, en dirait-on de même de Çatalhöyük, premier site par les eaux du Golfe (Rose 2010 : 861-862). Il est impossible néolithique exploré en Turquie dans les années 1960. Le d’en préciser les contours, mais le site de Tell es-Sawwan se divorce entre ces premiers résultats et ceux des travaux actuels trouve à la charnière géographique des deux zones : Méso­­ de I. Hodder, montre l’étendue du chemin à parcourir. Mais à potamie « du nord » et plaine alluviale. Des habitats de chas- çatalhöyük, on explore encore le site et l’on a construit depuis seurs-cueilleurs sont attestés en Arabie (Rose 2010 : 868), sur longtemps une, voire des néolithisation(s) locale(s). Il manque les côtes du Golfe (Potts 1990 : 28-61), ainsi que dans le désert, à la préhistoire de la Mésopotamie des sites nouveaux, explorés au sud-ouest d’Ur. Il est toutefois illusoire de rechercher un site avec des méthodes modernes, par des équipes de recherche qui montrerait le passage d’un mode de vie de prédation à une bien identifiées, et plus généralement, des conditions néces- existence néolithisée, les sites n’étant pas les mêmes en raison saires à un travail scientifique serein. Ces conditions faisant de logiques d’exploitation de l’environnement différentes. défaut actuellement, nous sommes condamnés à l’extrapolation Actuellement, la question des relations entre la culture d’Obeid pour qu’on ne gomme pas avec désinvolture des pans entiers de et le Golfe a beaucoup progressé. Longtemps cantonnée aux l’histoire de la Mésopotamie ancienne, comme s’il ne s’y était attestations récentes (postérieures à 5000 avant J.-C.) de tes- rien passé. sons sur de multiples sites côtiers, vestiges de contacts ou déve- loppements locaux selon les lectures qu’on en donne, elle a fait Catherine Breniquet Université Blaise-Pascal – UFR LLSH un bond dans le temps avec la découverte d’un pot peint à 29 boulevard Gergovia Marawah dont le contexte et le style sont estimés être contem- 63073 Clermont-Ferrand cedex 1 – France porains de l’Obeid 1-2, soit la fin du 6e millénaire (Beech et al. catherine.breniquet@univ-bpclermont.fr 2000 : 42-43 ; et 2005 : 43 ; Beech 2013 : 38-39). Ce n’est sans doute qu’un début. S’il est encore trop tôt pour avoir les ‘preuves’ objectives d’une néolithisation locale (à supposer qu’on puisse les avoir Paléorient, vol. 42.1, p. 137-149 © CNRS ÉDITIONS 2016 137-150-Breniquet.indd 147 06/06/16 14:41 CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART • CNRS ÉDITIONS - TIRÉS À PART 148 C. Breniquet Bibliographie Abu al-Soof B. 1992 Rapport sur deux campagnes de fouilles à Tell es-Sawwan, 1968 Tell es-Sawwan. Excavations of the Fourth Season (Spring 1988-1989. Mesopotamia XXVII : 5-30. 1967). Sumer 24: 3-15. 2006 Des premières communautés sédentaires au milieu du IIIe  mil- 1971 Tell es-Sawwan. Fifth Season’s Excavations (Winter 1967-1968). lénaire avant J.-C. Regards croisés sur la Mésopotamie Sumer 27: 3-7. archaïque. HDR, mémoire de synthèse inédit. Université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Akkermans P.M.M.G. 2008 Samarra-Kultur, -Keramik. 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