COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
3. Potentiel du commerce extérieur
entre le Maroc et ses partenaires
africains : Application d’un modèle
de gravité
Tayeb GHAZI, Chercheur - OCP Policy Center
Yassine MSADFA, Chercheur - OCP Policy Center
Résumé
Partant du contexte de rapprochement économique entre le Royaume du Maroc
et le continent africain, ce travail cherche à analyser les échanges commerciaux du Maroc et
ses partenaires africains sous deux angles. Premièrement, il s’agira d’étudier l’intensité et la
complémentarité de ces échanges à l’aide de trois indices statistiques (indices d’intensité, de
complémentarité, et des avantages comparatifs révélés). Dans un deuxième temps, un modèle
de gravité est utilisé pour estimer les lux commerciaux entre le Maroc et 40 de ses partenaires
africains, puis simuler et déterminer les potentiels du commerce entre ces pays. Nos résultats
montrent qu’en dépit d’une complémentarité des échanges commerciaux relativement faible
entre le Maroc et les pays du continent africains, il existe toujours un potentiel permettant de
booster ces échanges.
Mots-clés : commerce, modèle de gravité, complémentarité, intensité, avantages comparatifs révélés,
Maroc, Afrique
Classiication JEL : C5, F14, F15, F17
Trade potential between Morocco and its African
partners: Application of a gravity model
Abstract
Starting in the context of new perspectives on the economic partnership between
Morocco and the African continent, this work seeks to analyze the trade lows of Morocco and its
African partners from two stand points. First, we will examine the intensity and complementarity
of these commercial exchanges using three statistical indices (intensity, complementarity, and
revealed comparative advantage indices). Secondly, a gravity model is used to estimate trade
lows between Morocco and 40 of its African partners, then simulate the potential of trade
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 113
PARTIE I
between these countries. Our results show that despite relatively low complementarity of trade
between Morocco and the African continent countries, there is still a potential to boost these
exchanges.
Key words: trade, gravity model, complementarity, intensity, revealed comparative advantage, Morocco,
Africa
114 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
Introduction
Ces dernières décennies, le Maroc n’a cessé de réafirmer son attachement au continent
africain, surtout sur le plan économique en le plaçant au centre de ses choix stratégiques.
Le développement des rapports avec les pays africains c’est fait également à travers la
consolidation de ses relations politiques et l’établissement de partenariats diversiiés. En
plus, le fait de pousser vers plus d’échange (économique et commerciale) avec l’Afrique est en
parfaite harmonie avec les reconigurations actuelles de l’économie mondiale caractérisées par
un rattrapage économique des pays émergents notamment ceux du continent africain. Cette
projection économique du Maroc envers l’Afrique a connu principalement une évolution en trois
étapes :
La première a commencé par l’implication des entreprises publiques marocaines dans la
mise en œuvre de différents projets en Afrique ayant trait au développement des infrastructures
de base (construction de barrage, réseaux routiers, télécommunication, électriication…). Dans
un second temps, les opérateurs privés ont été impliqués dans le continent principalement dans
le secteur des services (banque et assurance, formation professionnelle…) soutenu dans leurs
initiatives par une diplomatie économique marocaine dynamique. La phase récente, marquée par
la mise en place d’une véritable stratégie économique, s’inscrit dans une vision de long terme
s’appuyant sur une coopération sud-sud dynamique.
C’est dans le contexte de cette dernière vision qu’il convient d’interroger la coniguration
des relations économiques que le Royaume a tissée avec les pays africains pour en révéler le
potentiel et les conditions requises pour sa réalisation effective. En effet, comme c’était le cas
dans plusieurs régions du monde (notamment en Asie), la réalisation d’une intégration régionale
plus poussée dans toutes ses multiples dimensions devrait contribuer à libérer le potentiel du
continent africain.
Partant de ces constats, cette étude se propose d’analyser les échanges commerciaux du
Maroc avec ses partenaires africains, une telle analyse permettra entre autres d’identiier le
potentiel d’échange dont dispose le Maroc avec les pays du continent. Pour ce faire, on estime
un modèle de gravité comportant en plus des échanges commerciaux entre le Maroc et les autres
pays africains, des caractéristiques économiques, géographiques, et culturelles de 40 pays du
continent. Sur la base de ces estimations, il a été possible de simuler le commerce bilatéral
potentiel entre le Maroc et ces partenaires africains.
Ce travail sera organisé principalement en quatre grandes parties. La première donnera un
aperçu descriptif de la structure des échanges commerciaux entre le Maroc et ses partenaires
africains. Dans la deuxième partie nous essayerons d’analyser la complémentarité et l’intensité
des échanges commerciaux entre le Maroc et un nombre de pays africains à l’aide de trois indices :
l’indice de complémentarité commerciale, l’indice de l’intensité des échanges commerciaux, et
l’indice des avantages comparatifs révélés (ou indice de Balassa). Ensuite, après avoir donné au
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 115
PARTIE I
début de la partie trois une présentation succincte des fondements théoriques et empiriques des
modèles de gravité appliqués au commerce international, nous spéciierons et estimerons un
modèle de gravité adapté au cas des échanges commerciaux du Maroc avec le continent africain.
Les estimations issues de ce modèle seront utilisées dans la quatrième partie pour comparer
les besoins en importations des marchés africains avec les capacités d’exportation du Maroc,
en d’autres mots il sera question d’identiier les besoins en produits des pays de l’Afrique pour
lesquels les exportations du Maroc disposent d’un potentiel d’ajustement. Une dernière partie
de ce papier conclut et essayera de donner des recommandations visant la libération du potentiel
commercial du Maroc avec ces partenaires africains.
I. Echanges commerciaux entre le Maroc et ses
partenaires africains : un aperçu descriptif
Les échanges entre le Maroc et le continent africain ont connu une progression relativement
importante au cours de ces dernières années (allant de 880 millions de dollars américain en
moyenne durant la période 1995-1999 pour atteindre les 2 milliards 400 millions en moyenne
en 2000-2014), cependant leur part dans le commerce total du Maroc n’a pratiquement pas
changé (autour de 0,05 en moyenne durant toute la période de 1995 à 2014), alors qu’on constate
que la part des échanges commerciaux du Maroc avec l’Asie par exemple était autour des 0,15
en moyenne sur la période 1995-1999 pour atteindre 0,20 en 2000-2014. En plus la place de
l’Afrique du nord reste prépondérante dans le commerce marocain avec l’Afrique, quatre pays (à
savoir l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Egypte) constituaient en moyenne 0,03 des échanges du
Maroc avec le monde en 2000-2014, contre 0,02 pour tous les pays de l’Afrique subsaharienne
sur la même période.
Tableau 1. Echanges commerciaux du Maroc par région
Partenaires 1995-1999 2000-2014
Afrique 880 318* (0,05)** 2 405 650* (0,05)**
Afrique subsaharienne 429 810 (0,03) 975 554 (0,02)
Afrique du nord 450 508 (0,03) 1 430 096 (0,03)
Asie 2 600 625 (0,15) 9 326 992 (0,20)
UE(28) 10 421 221 (0,61) 24 262 485 (0,61)
Source : Matrice du commerce international, base de données UNCTADstat de la CNUCED ; calculs des auteurs.
*En millier de dollars US ; **Part dans le commerce total du Maroc
La répartition des exportations marocaines à destination des pays du continent africain
116 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
conirme ce constat, l’Algérie, la Tunisie, La Libye et l’Égypte restent toujours dans le top 10
des destinations préférés des exportations du Maroc en moyenne sur les deux périodes 1999-
1995 et 2000 et 2014, avec la Libye comme premier client africain du Maroc en 1999-1995,
avant de céder la place à l’Algérie sur la période allant de 2000 à 2014. Concernant l’Afrique
subsaharienne, des pays comme le Nigeria, le Sénégal ou bien la Côte d’Ivoire restent parmi les
premiers partenaires du Maroc sur les deux périodes, ces pays ont en commun le fait qu’ils ont
signé des accords commerciaux avec le Maroc datant au moins de 198058.
Tableau 2. Accords commerciaux entre le Maroc et des pays de l’Afrique subsaharienne
Pays Date de signature Entrée en force
Sénégal 13/02/1963 13/02/1963
Gabon 17/10/1972 13/10/1974
Niger 07/11/1982 11/03/1993
Cote d’ivoire 22/09/1973 16/12/1980
Nigeria 04/04/1977 05/07/1978
Cameroun 16/04/1987 28/05/1993
Mali 17/09/1987 29/04/2003
Angola 06/10/1988 23/10/1989
Bénin 07/03/1991 -
Burkina Faso 26/06/1996 -
R.D. du Congo 18/09/1996 -
Tchad 04/12/1997 15/02/2000
Guinée 12/04/1997 09/07/2003
Source : Ministère du commerce extérieur, royaume du Maroc
Les exportations du Maroc vers l’Afrique ont changé relativement de nature depuis 1995. Sur
la période 1995-1999 le Maroc exportait en moyenne, principalement des articles manufacturés
puis des produits alimentaires. Alors qu’en 2000-2014, les exportations de produits alimentaires
se sont placées en tête suivies par les exportations de machines et de matériel de transport puis
des produits chimiques. Coté importation, le Maroc achète surtout des produits énergétiques
(combustibles minéraux, lubriiants et produits connexes) et des produits alimentaires. Depuis
les années 2000, le Maroc commence à importer plus d’articles manufacturés et de produits
chimiques.
58 Voir tableau Tableau-3.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 117
PARTIE I
Tableau 3. Exportations marocaines à destination des pays africains
Moyenne : 1995-2000 Moyenne : 2001-2014
Libye 124333 Algérie 105341
Tunisie 54435 Tunisie 77491
Algérie 22018 Sénégal 72996
Côte d’Ivoire 17474 Mauritanie 58163
Sénégal 11674 Egypte 53988
Gabon 10523 Côte d’Ivoire 51682
Mauritanie 10312 Ghana 45878
Egypte 8025 Libye 44430
Mali 7407 Nigeria 44010
Nigeria 6703 Guinée équatoriale 38302
Ghana 6492 Guinée 37088
Guinée 5607 Angola 29374
Congo 5140 Congo 27706
Angola 5096 Mali 25760
R.D. du Congo 4348 Gabon 22252
Cameroun 4275 Cameroun 20778
Ethiopie 3997 Ethiopie 16280
Bénin 3319 Togo 15728
Afrique du sud 2597 Bénin 14846
Guinée équatoriale 1905 Burkina Faso 13643
Togo 1561 R.D. du Congo 11960
Burkina Faso 1493 Afrique du sud 11275
Gambie 1033 Djibouti 10743
Madagascar 964 Gambie 9386
Libéria 851 Niger 8134
Sierra Leone 816 Kenya 7382
Niger 775 Tchad 4654
Namibie 511 Namibie 4611
Kenya 397 Sierra Leone 4540
Comores 384 Libéria 4324
Tanzanie 244 Madagascar 2779
Cap –Vert 224 Mozambique 2663
R. Centrafricaine 200 Guinée – Bissau 2660
Guinée - Bissau 198 Tanzanie 2219
Djibouti 115 Cap –Vert 1780
118 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
Mozambique 99 R. Centrafricaine 1082
Tchad 99 Comores 1064
Erythrée 82 Ouganda 583
Ouganda 16 Rwanda 567
Rwanda 5 Erythrée 104
Source : Ofice des changes, royaume du Maroc
Tableau 4. Principaux groupes de produits exportés vers le continent africain.59
1995-1999 2000-2014
Produits alimentaires et animaux
Articles manufacturés 81 965* 258 803
vivants
Produits alimentaires et animaux
78 627 Machines et matériel de transport 150 394
vivants
Produits chimiques et produits
Articles manufacturés divers 58 582 146 238
connexes
Produits chimiques et produits
43 386 Articles manufacturés 138 182
connexes
Combustibles minéraux, lubriiants
Machines et matériel de transport 34 231 71 632
et produits connexes
Matières brutes non comestibles,
23 157 Articles manufacturés divers 47 285
sauf carburants
Combustibles minéraux, lubriiants Matières brutes non comestibles,
21 250 43 751
et produits connexes sauf carburants
Huiles, graisses et cires d’origine Huiles, graisses et cires d’origine
2 556 9 907
animale ou végétale animale ou végétale
Boissons et tabacs 1 880 Boissons et tabacs 7 285
Source : Matrice du commerce international, base de données UNCTADstat de la CNUCED ; calculs des auteurs
* En millier de dollars US
59 Composition des groupes de produit de la CNUCED (CTCI Rev. 3).
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 119
PARTIE I
Tableau 5. Principaux groupes de produits importés du continent africain.
1995-1999 2000-2014
Combustibles minéraux, lubriiants Combustibles minéraux, lubriiants et
285 277* 839 019
et produits connexes produits connexes
Matières brutes non comestibles,
87 421 Articles manufacturés 211 186
sauf carburants
Produits alimentaires et animaux Produits alimentaires et animaux
54 624 150 211
vivants vivants
Produits chimiques et produits
Articles manufacturés 45 413 134 834
connexes
Produits chimiques et produits Matières brutes non comestibles,
44 133 81 013
connexes sauf carburants
Boissons et tabacs 7 965 Machines et matériel de transport 65 353
Machines et matériel de transport 6 437 Articles manufacturés divers 22 751
Huiles, graisses et cires d’origine
Articles manufacturés divers 2 682 19 229
animale ou végétale
Huiles, graisses et cires d’origine
389 Boissons et tabacs 6 620
animale ou végétale
Source : Matrice du commerce international, base de données UNCTADstat de la CNUCED ; calculs des auteurs
* En millier de dollars US
La relative faiblesse, et le manque de diversiications des échanges entre le Maroc et ses
partenaires africains, laisse penser que les structures économiques (et productives) de ces pays
n’ont pas les complémentarités requises pour que les échanges se développent d’avantage. Ou
bien est–t-il possible que le contexte régional soit plus restrictif pour le commerce que ne l’est
l’environnement mondial ? Empêchant ainsi les échanges commerciaux entre pays africains
d’atteindre leurs potentiels. Pour essayer d’apporter des éléments de réponse à ces questions,
nous utiliserons dans la section suivante des indices de complémentarité et d’intensité des
échanges commerciaux, ainsi qu’un indice d’avantages comparatifs révélés pour le Maroc et ces
partenaires africains. Cela nous permettra aussi d’identiier les synergies existantes entre ces
économies dans le contexte d’une intégration régionale commerciale et économique.
120 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
II. Analyse de la complémentarité et de l’intensité
des échanges commerciaux entre le Maroc et ses
partenaires africains
Dans cette section nous utiliserons trois indices à savoir, l’indice de complémentarité
commerciale (IC), l’indice de l’intensité des échanges (IIC) et l’indice des avantages comparatifs
révélés (ACR), pour avoir un premier aperçu du potentiel des échanges commerciaux entre le
Maroc et les différents pays africains.
1. Méthodologie
a. L’indice de complémentarité
L’indice de complémentarité commerciale basé sur les travaux de Michaely (1996) indique
dans quelle mesure la structure des exportations d’un pays j correspond à la structure des
importations d’un pays k, partenaire du pays j. La valeur de l’indice est comprise entre 0 et
1. Une valeur égale à 0 indique qu’aucun bien exporté par le pays j n’est importé par le pays
k. Lorsqu’elle est égale à 1, elle indique que la structure des importations du pays correspond
exactement à la structure des exportations du pays partenaire. Un indice élevé entre deux
partenaires commerciaux indique que ces pays gagneraient à intensiier leurs échanges en
établissant notamment des accords commerciaux préférentiels. Cependant, un indice élevé
n’implique pas forcément qu’une expansion du commerce entre les partenaires serait bénéique
s’ils sont géographiquement éloignés ou que les coûts de transport et de transactions sont
élevés. Un indice élevé peut aussi être trompeur s’il y a une grande différence de taille entre les
partenaires. Dans notre cas, l’IC est calculé comme suit:
Où est l’indice de complémentarité commerciale entre le pays (ou groupe de pays)
exportateur j et le pays (ou groupe de pays) importateur k, i représente les produits60, est la
part du produit i dans les exportations totales du pays j vers le monde, alors que constitue
la part du produit i dans les importations totales du pays k en provenance du monde.
60 Position à 3 chiffres de la composition des groupes de produits de la CNUCED (CTCI révision 3).
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 121
PARTIE I
b. L’indice d’intensité
L’importance relative des échanges du Maroc avec les différents pays de l’Afrique peut être
mesurée à l’aide d’un indice d’intensité du commerce. Celui-ci est construit en analogie avec
l’indicateur des avantages comparatifs révélés de Balassa (1965) qui mesure l’avantage relatif
d’un pays à exporter un produit en particulier61. L’IIC à l’export est calculé en prenant les ratios
d’exportations relatifs d’un pays vers un marché donné62 :
Où représente les exportations du pays i vers le pays ou marché j, les exportations
totales du pays i, les exportations du monde entier vers le pays j et les exportations
totales dans le monde. L’IIC à l’export permet donc de montrer dans quelle mesure un pays
exporte relativement plus que le reste du monde vers un marché donné. Ainsi, cet indicateur
pondère la part d’un marché d’exportation par son poids dans le commerce mondial. Si l’IIC à
l’export est supérieur à 1, alors le pays i exporte en moyenne relativement plus vers j que le
monde pris dans son ensemble. Autrement dit, le pays i a une préférence relativement forte pour
j à l’export. Par contre, si l’IIC à l’export est inférieur à 1, le pays i a une préférence relativement
faible pour j. Cet indicateur permet notamment de classiier les marchés de destination des
exportations d’un pays.
Symétriquement, l’IIC à l’import est calculé selon la formule :
Où représente les importations du pays i en provenance du pays ou marché j,
les importations totales du pays i, les importations du monde entier en provenance du
pays j et les importations totales dans le monde. Ainsi, l’IIC à l’import permet de donner
une image sur la mesure dans quelle un pays importe relativement plus que le reste du monde
61 L’indice de Balassa sera présenté par la suite dans ce papier.
62 Un exemple d’application de cet indice selon le contexte africain peut être trouvé dans les travaux de
Hanink et Owusu (1998) qui ont calculé des IIC pour étudier l’évolution des échanges entre les membres de la
Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
122 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
en provenance d’un marché. Encore une fois, si l’IIC à l’import est supérieur à 1, alors le pays
i importe en moyenne relativement plus de j que le monde pris dans son ensemble. Si l’IIC à
l’import est inférieur à 1, au contraire, le pays i a une préférence relativement faible pour j.
c. L’indice des avantages comparatifs révélés
L’indice des avantages comparatifs (ou indice de Balassa au nom de son précurseur) donne
une idée sur la compétitivité d’un produit dans les exportations d’un pays par rapport à la part de
ce produit dans le commerce mondial. En effet, Balassa (1977) a préconisé que la performance
commerciale soit une fonction des avantages comparatifs. De ce fait, l’observation directe des
performances commerciales devrait être révélatrice des avantages comparatifs. Autrement dit,
plus la part des exportations d’un bien est forte pour un pays, plus grand est son avantage
comparatif dans la production de ce bien. L’indice proposé par Balassa (1977) s’énonce comme
suit :
Où et représentent respectivement les valeurs des exportations du pays i en
produit j et des exportations mondiales en produit j. et font référence aux exportations
totales du pays i et aux exportations mondiales totales. Si cet indice est supérieur à l’unité, on
peut dire que le pays i à un avantage comparatif révélé dans le produit j. Dans le cas d’un indice
inférieur à 1, le pays i a un désavantage comparatif dans l’exportation du produit j.
Un produit avec un ACR élevé est donc un produit compétitif, et peut être exporté aux pays
ayant un désavantage comparatif (où un ACR inférieure) dans ce produit. On peut dire aussi que
les pays ayant des ACR dans des produits (ou groupes de produits) similaires ont relativement
moins de chance d’avoir une intensité des échanges élevée. Dans cette étude, les trois indices
déjà cités sont calculés sur la base des échanges commerciaux (exportations et importations) du
Maroc avec trente-huit de ces partenaires africains.
2. Résultats et interprétations
Globalement, l’indice de complémentarité des exportations du Maroc avec les pays du
continent africain est relativement faible, variant en moyenne durant la période 2000 – 2014
entre 0,16 (avec le Liberia) et 0,26 (avec la Libye). Comme plusieurs études le montrent (Ehoussou
(2005) ; Fouda (2003) ; Chauvin et Gaulier (2002)), le commerce intra régional en Afrique est
souvent caractérisé par la faible complémentarité des productions nationales. En effet, une
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 123
PARTIE I
production basée sur les ressources naturelles amène plusieurs pays sur le continent à fabriquer
et à exporter des groupes de produit assez semblables. Toutefois, pour le cas marocain, 65 %
des pays africains de notre échantillon ont un indice de complémentarité avec le Maroc supérieur
ou égale à 0,25 laissant stipuler qu’une expansion des exportations marocaines vers ces pays
est encore possible. Coté importation, l’indice de complémentarité du Maroc varie en moyenne
de 0,04 (avec les îles Comores) pour atteindre 0,44 (en considérant l’Egypte comme partenaire
commerciale) durant la période allant de 2000 à 2014.
Un grand nombre de pays africains de notre échantillon ont un indice d’intensité des
échanges à l’export avec le Maroc supérieur ou égal à 1 (seulement neuf pays africains ont un
indice inférieur à 1 à savoir : l’Egypte, Liberia, Kenya, Rwanda, Mozambique, Tanzanie, Erythrée,
Afrique du sud et l’Ouganda). Coté import, la proportion de pays ayant un indice d’intensité
supérieur ou égal à 1 diminue (à peu près la moitié de l’échantillon ont un IIC à l’import ≥ 1).
Cette différence entre l’indice à l’export et à l’import, vient du fait que le Maroc exporte plus
qu’il n’importe de l’Afrique (surtout dans sa région subsaharienne). En effet, le solde commercial
avec les pays de l’Afrique subsaharienne, largement excédentaire en faveur du Maroc depuis
2008, s’est nettement renforcé pour atteindre les 10,6 milliards de dirhams en 2014 (Direction
des Etudes et des Prévisions Financières (2015)).
Tableau 6. Complémentarité et intensité à l’export entre le Maroc et ces partenaires
africains.
IC à l’export 2000-2014 IIC à l’export 2000-2014
Mozambique 0,27 Mauritanie 22,65
Libye 0,26 Guinée équatoriale 14,13
Tunisie 0,25 Sénégal 10,86
Afrique du sud 0,25 Gambie 10,61
Namibie 0,25 Mali 10,38
Egypte 0,24 Guinée-Bissau 8,69
Djibouti 0,24 Gabon 8,12
Rwanda 0,24 Congo 7,09
R.D. du Congo 0,23 Burkina Faso 6,71
Erythrée 0,23 Côte D’ivoire 6,37
Burkina Faso 0,23 Comores 5,92
Mali 0,23 Niger 5,1
Togo 0,23 Libye 4,73
Ethiopie 0,22 Sierra Leone 4,51
Kenya 0,22 Tunisie 4,07
Ouganda 0,22 Tchad 3,72
124 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
Cap-Vert 0,22 R.D. du Congo 3,64
Sierra Leone 0,22 Cameroun 3,63
Angola 0,21 R. Centrafricaine 3,44
Cameroun 0,21 Djibouti 3,12
Congo 0,21 Togo 2,95
Gabon 0,21 Bénin 2,5
Comores 0,21 Namibie 2,45
Madagascar 0,21 Algérie 2,28
Tanzanie 0,21 Cap-Vert 2,12
Bénin 0,21 Angola 1,81
Gambie 0,21 Ethiopie 1,81
Mauritanie 0,21 Nigeria 1,02
Niger 0,21 Madagascar 1,00
Nigeria 0,21 Egypte 0,9
Sénégal 0,21 Libéria 0,47
Algérie 0,19 Kenya 0,46
Guinée équatoriale 0,19 Rwanda 0,38
Tchad 0,19 Mozambique 0,24
Côte D’ivoire 0,19 Tanzanie 0,23
Guinée-Bissau 0,19 Erythrée 0,21
R. Centrafricaine 0,18 Afrique du sud 0,12
Libéria 0,16 Ouganda 0,11
Source : Matrice du commerce international, base de données UNCTADstat de la CNUCED ; calculs des auteurs
Le fait d’avoir une intensité d’échange commerciale élevée (à l’import et à l’export) ne signiie
pas nécessairement avoir une complémentarité des échanges relativement élevée. C’est ce qui
ressort de la comparaison des deux indices (complémentarité et intensité) pour le cas du Maroc
avec ses partenaires africains. En effet, dans le cas des exportations, sur les dix premiers pays
africains ayants les indices de complémentarité les plus élevés avec le Maroc, pas un seul ne
igurent parmi les dix pays ayant l’intensité des échanges la plus élevée. Cependant, ce constat
est relativement différent à l’import, où on retrouve quatre pays à savoir l’Egypte, la Tunisie,
l’Algérie et le Togo dans les dix premiers pays dans le classement de l’indice de complémentarité
et de l’indice de l’intensité des échanges.
On peut dire que vu la faible complémentarité de l’économie marocaine avec ses partenaires
africains, il y aurait d’autres éléments expliquant le niveau des exportations du Maroc vers ces
pays (citons à titre d’exemple la proximité géographique et culturelle, les accords commerciaux,
les investissements directs étrangers…). On remarque par exemple que parmi les dix pays
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 125
PARTIE I
africains les mieux classés dans l’indice d’intensité des échanges à l’export avec le Maroc, six
pays ont un accord commercial avec le royaume (Sénégal, Gabon, Côte d’ivoire, Mali, Burkina
Faso et la guinée). Coté import, seulement trois pays (Bénin, Burkina Faso et Tchad) igurent
parmi les dix partenaires ayant l’indice d’intensité le plus élevé.
Tableau 7. Complémentarité et intensité à l’import entre le Maroc et ces partenaires
africains.
IC à l’import 2000-2014 IIC à l’import 2000-2014
Egypte 0,44 R. Centrafricaine 17,95
Tunisie 0,4 Cap-Vert 6,86
Afrique du sud 0,39 Burkina Faso 6,85
Djibouti 0,3 Mali 6,43
Kenya 0,27 Tchad 5,64
Sénégal 0,27 Bénin 5,55
Côte D’ivoire 0,26 Algérie 5,54
Cameroun 0,25 Egypte 5,52
Togo 0,22 Tunisie 5,08
Algérie 0,21 Togo 3,7
Tanzanie 0,2 Gabon 2,5
Ouganda 0,19 Sénégal 1,98
Bénin 0,19 Ouganda 1,68
Libye 0,18 Madagascar 1,66
Congo 0,18 Cameroun 1,33
Namibie 0,18 Libye 1,28
Erythrée 0,18 Afrique du sud 1,11
Mozambique 0,18 Côte D’ivoire 1,09
Niger 0,18 Sierra Leone 0,99
Sierra Leone 0,18 Ethiopie 0,92
Gambie 0,17 Mozambique 0,8
Nigeria 0,17 Congo 0,62
R.D. du Congo 0,16 Guinée équatoriale 0,61
Gabon 0,15 R.D. du Congo 0,45
Madagascar 0,15 Tanzanie 0,38
Rwanda 0,15 Mauritanie 0,37
Cap-Vert 0,15 Rwanda 0,32
Tchad 0,14 Nigeria 0,31
Guinée équatoriale 0,13 Comores 0,24
126 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
Burkina Faso 0,13 Libéria 0,23
Angola 0,12 Kenya 0,22
Libéria 0,12 Erythrée 0,19
Mauritanie 0,11 Niger 0,06
Ethiopie 0,1 Namibie 0,05
Mali 0,1 Gambie 0,05
R. Centrafricaine 0,08 Guinée-Bissau 0,04
Guinée-Bissau 0,08 Djibouti 0,03
Comores 0,04 Angola 0,02
Source : Matrice du commerce international, base de données UNCTADstat de la CNUCED ; calculs des auteurs
L’indice des avantages comparatifs révélés par pays et par groupes de produits complète
l’analyse de la complémentarité des échanges commerciaux. Dans notre cas, où les pays
partenaires (en l’occurrence le Maroc avec les pays de l’Afrique) ont une assez faible
complémentarité, cela laisse présager que ces pays ont des avantages comparatifs dans des
groupes de produits similaires. On ne considère dans ce qui suit que les groupes de produits où le
Maroc a en moyenne un avantage comparatif sur la période 2000-2014, c’est-à-dire les « produits
alimentaires et animaux vivants », les « matières brutes non comestibles », les « huiles, graisses
et cires d’origine animale ou végétale », les « produits chimiques et produits connexes », et les
« articles manufacturiers divers ».
Vingt-cinq pays africains ont un avantage comparatif avec le Maroc dans les produits
alimentaires et animaux vivants, cela est en ligne avec le fait qu’une grande partie des
exportations des pays de l’Afrique est constituée de produits primaires. Concernant, les matières
brutes non comestibles, ce groupe de produits regroupe le plus grand nombre de pays africains
ayant un indice d’avantage comparatif révélé supérieur ou égal à 1 avec vingt-neuf pays (sans
compter le Maroc). Le Burkina Faso ayant l’ACR le plus élevé (17,60), alors que l’Egypt ferme
la marche avec un indice de 1,44. Les huiles, graisses et cires d’origine animale ou végétale
constituent le troisième groupe de produits à avoir plusieurs pays dotés d’un ACR supérieur à 1,
avec quatorze pays (toujours sans compter le Maroc). C’est trois groupes de produits entrent tous
dans la catégorie des produits de base, constituant la première source d’exportation du continent
africain (trente-quatre pays sur trente-huit ont au moins un avantage comparatif révélé dans l’un
des groupes de produits constituant cette catégorie).
C’est dans les produits chimiques et produits connexes, et les articles manufacturiers divers
qu’il y a un potentiel relativement important pour les exportations marocaines vers le continent
africain. Le Maroc partage un avantage comparatif révélé avec seulement trois pays de l’Afrique
dans les deux groupes de produits respectifs. Dans le cas des produits chimiques et produits
connexes le Maroc à un ACR ainsi que les îles Comores, le Niger et le Sénégal. Concernant les
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 127
PARTIE I
articles manufacturiers divers, le Maroc à un ACR en plus de la Tunisie, du Madagascar, et du
Cap vert.
Pour pousser encore plus notre analyse, tout en prenant en considération d’autres éléments
pouvant expliquer la dynamique du commerce entre le Maroc et ses partenaires africains, un
modèle de gravité a été spéciié et estimé dans la section suivante.
Tableau 8. Avantages comparatifs révélés du Maroc et ses partenaires africains par
groupes de produits
lubriiants et produits connexes
Produits chimiques et produits
d’origine animale ou végétale
Articles manufacturés divers
Machines et matériel de
Combustibles minéraux,
Huiles, graisses et cires
Produits alimentaires et
Articles manufacturés
Matières brutes non
Boissons et tabacs
animaux vivants
comestibles
connexes
transport
Maroc 3,52 0,22 2,66 0,31 1,15 1,36 0,40 0,49 2,40
Afrique du nord
Algérie 0,043 0,042 0,092 7,277 0,040 0,075 0,031 0,002 0,002
Tunisie 0,891 0,753 0,487 0,928 8,200 0,935 0,675 0,653 2,979
Libye 0,014 0,002 0,056 7,072 0,009 0,232 0,077 0,003 0,003
Egypte 1,859 0,327 1,446 2,759 1,014 0,883 1,367 0,116 0,732
Angola 0,034 0,002 0,044 7,108 0,008 0,001 0,207 0,012 0,002
Cameroun 3,298 0,609 5,463 3,575 0,958 0,119 0,511 0,065 0,083
Congo 0,139 0,136 2,086 6,239 0,007 0,021 0,309 0,089 0,018
Afrique centrale
Gabon 0,111 0,298 5,233 5,612 0,041 0,023 0,205 0,051 0,023
Guinée
0,060 0,002 0,714 6,868 0,000 0,273 0,022 0,014 0,002
équatoriale
R.Centrafricaine 0,452 0,352 15,622 0,047 1,114 0,099 2,537 0,092 0,074
R.D. du Congo 0,214 0,552 8,179 1,069 0,251 0,128 3,836 0,020 0,032
Tchad 0,049 0,337 8,240 4,547 0,095 0,016 0,075 0,054 0,023
Afrique australe
Afrique du sud 1,233 2,097 0,198 0,783 0,348 0,732 2,473 0,562 0,308
Namibie 4,559 5,453 3,147 0,102 0,599 0,544 2,389 0,244 0,664
128 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
Comores 10,011 0,018 0,251 0,004 0,069 1,216 0,131 0,751 0,083
Djibouti 6,448 0,671 3,352 0,617 2,172 0,530 0,605 0,393 0,277
Erythrée 4,872 0,382 5,078 0,004 0,399 0,569 1,018 0,301 0,948
Ethiopie 9,295 0,099 8,652 0,064 0,331 0,024 0,469 0,066 0,145
Afrique de l’est
Kenya 7,027 3,518 4,146 0,697 2,912 0,696 0,839 0,116 0,809
Madagascar 6,663 0,155 2,238 0,221 0,172 0,160 0,552 0,071 3,300
Mozambique 2,622 8,133 2,789 1,354 1,104 0,087 3,110 0,081 0,097
Ouganda 8,800 9,278 3,344 0,102 4,987 0,244 0,735 0,217 0,199
Tanzanie 5,482 8,579 6,089 0,173 2,166 0,223 0,809 0,087 0,159
Rwanda 6,299 2,326 9,631 1,547 0,409 0,095 0,251 0,094 0,148
Bénin 3,100 2,621 14,377 0,829 3,276 0,127 0,531 0,060 0,079
Burkina Faso 1,394 1,898 17,604 0,081 2,825 0,092 0,320 0,093 0,087
Cap -Vert 5,940 1,337 0,605 1,355 0,066 0,135 0,208 0,384 2,434
Côte d’Ivoire 7,775 0,553 2,767 1,660 3,242 0,359 0,294 0,188 0,301
Gambie 7,086 0,686 7,144 0,034 20,983 0,151 0,810 0,214 0,197
Afrique de l’ouest
Guinée-Bissau 14,640 0,110 0,648 1,084 0,128 0,008 0,058 0,036 0,013
Libéria 0,214 0,018 7,658 0,559 0,177 0,044 0,123 1,448 0,034
Mali 0,845 0,228 11,498 0,115 0,566 0,231 0,141 0,112 0,080
Mauritanie 6,110 0,007 14,178 0,487 0,368 0,012 0,025 0,030 0,035
Niger 3,487 1,258 7,473 1,499 0,687 2,040 0,161 0,081 0,196
Nigeria 0,276 0,125 0,323 7,045 0,019 0,019 0,062 0,016 0,014
Sénégal 5,104 2,979 2,016 1,555 11,091 1,591 0,690 0,119 0,218
Sierra Leone 4,217 0,537 4,671 0,087 0,515 0,270 2,392 0,356 0,616
Togo 3,039 1,788 7,695 0,927 3,822 0,472 1,750 0,143 0,392
Source : Matrice du commerce international, base de données UNCTADstat de la CNUCED ; calculs des auteurs
III. Analyse du commerce du Maroc avec les pays du
continent africain : une application d’un modèle de
gravité
La présente section essayera de fournir une analyse théorique des déterminants des
lux commerciaux entre les différents pays du monde, et une étude empirique des échanges
commerciaux du Maroc et ses partenaires africains en se basant sur un modèle économétrique
de gravité. Ce modèle préconise que le volume du commerce entre deux pays puisse être
prédit par le moyen d’une relation économétrique linéaire prenant en considération certains
éléments agissant sur l’attraction commerciale bilatérale (parmi ces facteurs se trouvent la
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 129
PARTIE I
taille économique des pays, leur poids démographique et leur niveau de revenu par tête) et
certains facteurs de résistance, qui peuvent par exemple être associés à l’instabilité politique,
les obstacles tarifaires, l’éloignement géographique ou n’importe quels autres obstacles au
commerce.
1. Le modèle de gravité : fondements théoriques et empiriques
a. Fondements théoriques du modèle de gravité
La première tentative pour fournir une base théorique pour les modèles de gravité était
l’œuvre d’Anderson (1979). Dans son modèle, les marchandises étaient différenciées par pays
d’origine (l’hypothèse dite d’Armington (1969)63) et les pays ont des préférences identiques
de type Cobb-Douglas (les consommateurs ont des préférences déinies sur tous les produits
différenciés). Les prix sont choisis pour être constants à l’équilibre. Toutes les marchandises sont
échangées, et, en équilibre, le revenu national est égal à la somme de la demande domestique et
étrangère. Pour cette raison, les grands pays importent et exportent plus.
Bergstrand (1985 et 1989) indique que le modèle de gravité est une implication directe
d’un modèle commercial basé sur la concurrence monopolistique développée par Paul Krugman
(1980), et Helpman et Krugman (1985). Dans ce modèle, des pays identiques commercent
des marchandises différenciées parce que les consommateurs ont une préférence pour la
variété. Cette approche partage beaucoup d’hypothèses avec le modèle d’Armington tels
que les préférences qui sont identiques dans tous les pays et l’utilisation d’une fonction de
type CES64 (Constant Elasticity of Substitution), l’équivalence des coûts commerciaux, ainsi
que l’exogeneité des dépenses. Toutefois, cette approche suppose que les rendements sont
croissants à l’échelle et que le marché est de concurrence monopolistique et que le nombre de
biens dans une économie est endogène à la maximisation du proit. Cette approche permet de
dériver théoriquement l’équation du modèle de gravité, et est surtout utilisée pour expliquer le
commerce intra-industrie. A la lumière de cette approche, le volume du commerce entre deux
pays est expliqué par les tailles des économies, les niveaux des prix, la distance et le taux de
change.
Deardorff (1998) s’est appuyé sur le modèle d’Heckscher-Ohlin65 pour donner au modèle de
63 Armington (1969) distingue les marchandises non seulement par leur genre (p. ex., marchandises,
produits chimiques, produit en bois, etc.), mais aussi par leur lieu de production. Armington suppose que deux
marchandises du même genre mais originaires de différents pays sont vues comme des substituts imparfaits par
rapport à la demande.
64 La fonction de production CES est une forme particulière de fonction de production néoclassique. Elle
utilise des élasticités de substitution constantes entre le capital et le travail, et les fonctions de production de
Cobb-Douglas et de Leontief sont des cas particulier de la fonction de production CES.
65 Le modèle Heckscher-Ohlin explique le commerce par les différences des dotations en facteurs entre les
130 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
gravité une portée théorique. Il assume que les pays en échange ont des dotations différentes en
facteurs de production. Contrairement à Helpman et Krugman (1985), ainsi que Bergstrand (1985
et 1989), Deardorff considère un marché de concurrence pure et parfaite dans lequel les produits
sont homogènes et les préférences sont homothétiques. Dans le cadre de ces hypothèses, il
explique le commerce entre deux pays par leurs tailles et la distance, la distance moyenne
pondérée de tous les partenaires commerciaux, ainsi que le niveau de prix.
En 2002, Eaton et Kortum, ont développé un modèle de gravité d’inspiration Ricardienne dans
lequel les technologies de productions sont différentes d’un pays à l’autre, dans un environnement
caractérisé par des rendements constants, et des consommateurs dont les préférences sont
homothétiques et qui cherche à acheter le bien dont le prix est le plus bas dans le monde tout
en maximisant une fonction d’utilité du type CES. Eaton et Kortum (2002) considèrent le travail
comme étant le seul facteur de production immobile internationalement. Ainsi, ils expliquent les
lux de commerce entre deux pays par leurs tailles économiques, la distance, le niveau des prix
du pays j et celui des autres partenaires.
En comparant les modèles d’Anderson(1979) et de Deardorff (1998), on peut en conclure que
toutes les théories du modèle de gravité impliquent une explication des relations commerciales
bilatérales entre pays i et j à la lumière des poids ajusté des obstacles dans le pays j par rapport
aux autres partenaires commerciaux. La igure ci-après résume l’ensemble des hypothèses des
explications théoriques discutées dans cette sous-section.
pays. Les pays commercent entre eux en raison de et en leurs dotations inégales en capital et en travail qui résulte
en des niveaux de productivité différents par rapport à la fabrication d’un produit.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 131
PARTIE I
Figure 1. Hypothèses des approches théoriques du modèle de gravité
Source : Starck (2012)-The Theoretical Foundation of Gravity Modeling
b. Fondements empiriques du modèle de gravité
• La spéciication de Tinbergen :
La version de Tinbergen du modèle de gravité emprunte les lois de la mécanique classique de
la gravitation pour les adapter au contexte du commerce international. Pour un volume d’échange
commercial noté Xij entre deux pays i et j, une distance Dij, et des tailles économiques que l’on
132 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
note Yi et Yj, les lux commerciaux peuvent être modélisés et prédits par la formulation suivante :
Tinbergen souligne que l’existence d’une relation proportionnelle directe entre la taille
des économies et la distance les séparant, d’une part, et le volume de commerce entre ces
économies, de l’autre part, n’est pas une nécessité. C’est ainsi que les paramètres α, β et ρ ont
été introduits dans la formulation de Tinbergen. Ces paramètres s’interprètent comme étant des
élasticités des lux commerciaux à la taille de l’économie d’origine (α), la taille de l’économie de
destination (β), et la distance géographique entre les deux économies en échange (ρ).
L’introduction des variables citées en dessus s’explique par le fait que les exportations du
pays i dépendent de sa capacité à produire. Aussi, les importations du pays j son tributaire de
son pouvoir d’achat. La distance est un proxy pour les différents facteurs qui peuvent limiter le
commerce tels que les frais de transport, les délais de livraison, les frais de communication, et
les coûts de transaction (Head, 2003 ; Starck, 2012).
Sur le plan empirique, le modèle de gravité est souvent estimé en passant par la formulation
logarithmique. En introduisant le logarithme naturel dans les deux côtés de la formulation
précédente, nous nous trouvons avec le modèle linéaire suivant :
La robustesse de l’évidence empirique associée à l’utilisation du modèle de gravité simple
(version de Tinbergen) est un constat remarquable dans la littérature empirique du commerce
internationale. En effet, le rôle du poids économique et de la distance a demeuré stable dans
le temps, malgré l’application du modèle à des pays différents en utilisant des méthodes
économétriques différentes (Chaney, 2011). Malgré cela, les lux commerciaux peuvent être
inluencés par des facteurs autres que ces deux facteurs considérés par la version de Tinbergen.
Certaines caractéristiques des pays en échange comptent également. D’où l’intérêt d’ajouter
d’autres déterminants (variables explicatives) ain d’accroître la portée du modèle.
• La version augmentée du modèle de gravité :
Quelques années après les travaux de Tinbergen, Linneman (1966) a proposé le premier
modèle de gravité augmenté en incluant la population comme variable explicative dans l’équation.
Dans la littérature empirique récente le modèle de gravité traditionnel est encore augmenté en
incluant plus de variables (Frankel, 1997 ; Anderson et van Wincoop, 2003 ; Silva et Tenreyro,
2006). C’est ainsi que la version augmentée du modèle permet de prendre en compte d’autres
facteurs qui exercent une inluence sur les échanges : le niveau de développement économique
mesuré par le revenu par tête ; les coûts du commerce, les facteurs culturels (langue commune,
colonisateur commun) ; la frontière commune ; les accords commerciaux ; etc.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 133
PARTIE I
Au regard du modèle de gravité augmenté, le volume des exportations bilatéral peut s’écrire
sous la forme généralisée suivante :
A côté du volume des échanges commerciaux Xij, de la distance Dij et des tailles économiques
que l’on note Yi et Yj , le modèle augmenté permet de considérer l’effet des variables binaires
Zij relétant la présence d’accords commerciaux, d’investissement ou autres, ainsi que l’effet
d’autres variables quantitatives Bij. La formulation logarithmique du modèle de gravité augmenté
est comme suite :
Selon cette spéciication du modèle, les exportations du pays i vers le pays j sont expliquées
par leurs tailles économiques (PIB, PNB ou autres mesures de la taille économique), les distances
géographiques directes et un ensemble d’autres variables telles que leurs populations et leurs
caractéristiques institutionnelles.
2. Analyse empirique : le modèle de gravité appliqué au cas
marocain
Notre modèle s’inscrit dans la lignée des travaux adoptant la forme augmentée du modèle de
gravité en incluant la production nationale comme un indicateur de la taille des pays partenaires,
la distance entre les centres des pays comme indicateur des facteurs de résistance, et en
ajoutant d’autres variables binaires qui peuvent inluencer les lux commerciaux entre les pays
(l’appartenance à une zone de libre-échange, la signature d’un accord bilatéral d’investissement,
la présence d’une langue commune…). Il s’agit d’un modèle estimé sur des données couvrant
un échantillon de 40 pays pour des observations s’étalant sur la période 2000-2014. Le modèle
est estimé en coupe instantanée et sur un panel complet (cylindré). Conformément aux diverses
spéciications mentionnées précédemment, le volume des lux commerciaux bilatéraux entre les
pays i et j de l’année t peut être représenté par un modèle de gravité de forme multiplicatif ou
logarithmique. Notons que dans notre modèle, nous n’avons pas mis l’accent sur les variables de
résistance pour deux raisons essentielles (Raouf et Ghoufrane, 2015) :
• Le fait que les obstacles tarifaires ne représentent pas la source la plus importante
de résistance au commerce entre le Maroc et les autres pays africains. En réalité,
l’existence de relations préférentielles entre le Maroc et les autres pays africains, à
travers la signature de plusieurs accords de libre-échange, tend à réduire l’importance
des obstacles tarifaires en tant que facteurs de résistance. Partant de ce constat,
les facteurs de résistance sont plutôt associés aux coûts d’achat, à la distance et la
134 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
logistique en générale.
• Les obstacles rencontrés lors de la mesure des prix des produits commercés. En effet,
au niveau statistique, il n’existe pas de données concernant les indices de prix pour
l’ensemble des pays, chose qui réduit la portée des résultats issues de l’intégration de
telle variable dans notre modèle. Néanmoins, cette intégration est utile dès lors que
les prix des marchandises peuvent différer entre les pays impliquant des élasticités
de substitution non unitaire entre produits national et étranger, et des préférences
différentes le cas échéant.
Etant des leviers du commerce international, les investissements directs étrangers (IDE) sont
introduits dans notre modèle. Ce sont en théorie des facteurs de réduction de la résistance aux
lux bilatéraux de commerce. Nous avons choisi d’approximer les lux des IDE par l’existence
d’accords d’investissements.
a. Echantillon de pays et sources de données
Ce travail propose d’estimer un modèle de gravité centré sur les lux commerciaux entre
le Maroc et 40 autres économies appartenant au continent africain. Les élasticités obtenues
pourront être utilisées pour calculer les potentiels du commerce entre le Maroc et les pays de
l’échantillon (tableau des potentialités de commerce). Le choix a porté sur les pays de l’Afrique
pour lesquels des données iables et récentes sont disponibles. C’est ainsi que le nombre de
partenaires a été réduit de 53 économies (ensemble de pays du continent sauf le Maroc) à
40. Notre étude concerne une période allant de 2000 à 2014, avec des estimations en coupe
transversale et en panel.
La variable dépendante de notre modèle représente les exportations en valeur d’une origine
vers une destination de 2001 à 2014, et est issue de la base de données du Fonds Monétaire
International (FMI). Cette variable, ainsi que les autres variables continues mobilisées sont
incluses dans le modèle en logarithme chose qui permet l’interprétation de leurs coeficients
comme étant des élasticités. Les variables indépendantes regroupent des variables continues et
binaires, à savoir : le PIB, Distance, Langue commune, et Accords d’investissements. Le tableau
suivant afiche la source de chaque variable :
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 135
PARTIE I
Tableau 9. description des données 66 67
Variables Unité Sources de données
Exportation Dollar courant FMI : Direction of Trade Statistics (DOTS)
Produit Intérieur Brut (PIB) Dollar courant FMI: World Economic Outlook Database
Distance Kilomètre Site-web : http://fr.distance.to
langue Indice (0-10) 66
CEPII67 : Gravdata
Accords d’Investissements 0 ou 1 La CNUCED
b. Présentation de la spéciication retenue
Le modèle de gravité estimé dans le cadre de cette étude prend la forme générale suivante :
Xij indique les exportations totales du pays i à destination du pays j au cours de l’année t,
Yi est le vecteur contenant les valeurs du PIB des pays exportateurs au cours de l’année t, Yi
est le vecteur contenant les valeurs du PIB des pays importateurs au cours de l’année t, Dij est
le vecteur contenant les valeurs des distances, en kilomètres, séparant les pays importateurs
des exportateurs, Lij est un vecteur des indices de la présence de langue commune entre les
pays partenaires (c’est un vecteur dont les éléments sont constants tout au long de la période
de l’étude), et Iij est une variable qualitative binaire qui est sensée varier dans le temps et en
fonction des pays partenaires i et j (il s’agit de la présence d’accord d’investissement qui prend
la valeur 1 si les pays i et j ont signé un accord bilatéral d’investissement avant ou au cours de
l’année t, et la valeur 0 autrement). Comme nous l’avons dit auparavant, la forme log-linéaire
est réservée aux variables continues (sauf l’indice de la langue commune qui est une variable
continue sur un intervalle J), et permet d’interpréter les coeficients directement comme étant
des élasticités.
c. Les signes attendus des paramètres du modèle de gravité
A partir des fondements théoriques et empiriques, les signes attendus des principales
variables du modèle de gravité sont les suivants :
Le PIB des pays en échange commercial est un indicateur de la taille économique de ceux-ci. Il
est révélateur de l’excédent potentiel de production du pays exportateur et de la taille potentielle
66 Il s’agit d’un indice qui varie entre 0 pour aucune similarité et 1 pour une parfaite similarité. Il est construit
en tenant compte de la proximité des langues parlées, oficielles, et du colonisateur.
67 Le CEPII est un centre de recherche dans le domaine de l’économie internationale qui produit des bases
de données portant sur le commerce international.
136 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
du marché du pays importateur. L’élasticité des exportations par rapport au PIB d’origine et celui
de la destination devraient être positive.
Le PIB par habitant des pays en échange est un indicateur de richesse de ceux-ci. Son
importance est beaucoup plus relative à son pouvoir révélateur du développement des pays
exportateurs et du pouvoir d’achat des pays importateurs. L’élasticité des exportations par
rapport au PIB d’origine et celui de la destination devraient être positive.
La « distance » est un proxy de l’ensemble de facteurs de résistance lié au coût d’achat. Dans
notre modèle de gravité, cette variable, agissant comme facteur de résistance, devrait aficher
une corrélation négative au volume du commerce bilatéral.
L’existence d’un accord d’investissement est souvent associée à la signature d’accords
commerciaux. Il s’agit d’une variable réduisant la résistance aux échanges commerciale, et qui
devrait donc favoriser les exportations. Partant d’ici, le signe attendu de cette variable est positif.
Nombreux travaux ont mis l’accent sur l’importance des facteurs culturels et historiques
dans la détermination des lux des échanges commerciaux. Ils supposent une corrélation positive
entre la similarité de ces facteurs et l’importance des lux commerciaux. A cet effet, le partage
d’une langue commune entre les pays partenaires devrait agir positivement sur le volume de leur
commerce bilatéral.
d. Estimation et résultats
Nous présentons dans cette section les résultats des estimations sur les données de panel
en faisant recours à une spéciication à effets individuels. Ensuite, nous estimons des modèles
de gravité en coupe transversale ain d’identiier l’effet des variables constantes telles que la
distance, la langue commune et l’existence d’accord d’investissements.
• Modèle de gravité appliqué au panel :
Comme le montre le tableau ci-après, les variables indiquant les tailles économiques ont
toutes des coeficients positifs et signiicatifs, conformément aux signes attendus. Par ailleurs, la
probabilité associée au test de Hausman permet de conclure que l’utilisation du modèle à effets
aléatoires est la plus appropriée.
Concrètement, les valeurs des paramètres nous permettent de dire que les exportations
sont positivement et fortement élastiques par rapport à la taille économique et le niveau du
développement dans les pays d’origine; les exportations sont positivement et faiblement
élastiques par rapport à la taille économique et le pouvoir d’achat dans les pays de destination ;
et la croissance des exportations a tendance à baisser dans le temps (en effet, les exportations
sont négativement, mais faiblement, élastiques par rapport à la variable temporelle).
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 137
PARTIE I
Tableau 10. Résultats de l’estimation en panel
Variables (1) (2) (3) (4)
PIB(i) 1.56*** 1.53*** -- --
PIB(J) 0.54*** 0.57*** -- --
(PIB/POP) i -- -- 1.92*** 1.94***
(PIB/POP) j -- -- 0.55*** 0.54***
Tendance -- -0.01*** -- -0.01***
Constante -15.67*** -15.31*** -1.43 -1.23
R-carré 0.27 0.31 0.20 0.21
Statistique de Durbin-Watson 1.93 2.03 2.06 2.11
Teste de Hausman (prob.Chi2) 0.10 0.23 0.40 0.58
Variable explicative : logarithme des exportations.
*Résultat signiicatif au seuil de 10% ; ** signiicatif au seuil de 5% ; *** signiicatif au seuil de 1%
Ain d’introduire les facteurs de résistance ainsi que les facteurs culturels et historiques dans
notre modèle, nous allons recourir à une modélisation en coupe transversale.
• Modèle de gravité appliqué aux données transversales :
L’utilisation d’un modèle appliqué aux données transversales permet de tracer l’évolution
des relations tissées entre les variables explicatives et les exportations au il des années. Elle
permet aussi de tenir compte des variables invariantes dans le temps. Comme le montre le
tableau ci-après, les variables indiquant les tailles économiques ont toutes des coeficients
positifs et signiicatifs, conformément aux signes attendus.
138 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
Tableau 11. Résultats de l’estimation en coupe transversale
2001 2004 2007 2010 2014 2000-2014
PIB(i) 1.27*** 1.27*** 1.25*** 1.21*** 1.23*** 1.22*** 1.62*** 1.64*** 1.48*** 1.49*** 1.33*** 1.33***
PIB(j) 0.81*** 0.81*** 0.73*** 0.70*** 0.64*** 0.63*** 0.56*** 0.59*** 0.42*** 0.43*** 0.57*** 0.57***
Dist(ij) -1.84*** -1.8*** -1.94*** -1.65*** -1.85*** -1.41*** -1.73*** -1.34*** -1.52*** -1.20*** -1.59*** -1.27***
Bit(ij) -- 0.05 -- 0.61** -- 0.49*** -- 0.64*** -- 0.36* -- 0.41***
Lang(ij) -- -0.07 -- 60.38 -- 0.02 -- -0.44 -- 0.006 -- -0.11
Constante -8.4*** -8.4*** -7.2** -7.6** -6.4** -7.8*** -10.2*** -12.3*** -8.1*** -9.5*** -7.4*** -8.8***
R-carré 0.48 0.48 0.55 0.58 0.58 0.62 0.58 0.62 0.60 0.61 0.67 0.70
Variable explicative : logarithme des exportations.
*Résultat signiicatif au seuil de 10% ; ** signiicatif au seuil de 5% ; *** signiicatif au seuil de 1%
139
PARTIE I
La variable distance est toujours négative et signiicative. La valeur de son coeficient
indique que les exportations sont fortement et inversement élastiques par rapport aux facteurs
de résistance liés aux coûts d’achat. Concernant les facteurs culturels communs, il s’avère
que l’impact de ceux-ci est non signiicatif sur les exportations. Pour ce qui est des accords
d’investissements, les estimations en coupe transversale permettent de dire que leurs effets
sont positifs sur les lux des exportations entre le Maroc et les autres pays africains sujets de
l’étude.
En panel comme en coupe transversale, nous constatons que le sens de la relation entre les
exportations et les tailles économiques est stable. En coupe transversale, le coeficient de la
distance varie entre (-1.94) et (-1.20). Globalement, les modèles sont consistants. Toutefois, leurs
résidus ne sont pas tous normaux. Nous avons donc opté, dans la détermination du potentiel du
commerce, pour le modèle estimé sur la moyenne de la période, qui explique 70 % du commerce
du Maroc avec les autres pays africains et dont les résidus respectent les hypothèses de validité
d’une régression en moindres carrés ordinaires68. Ce modèle estimé s’énonce comme suite :
e. Estimation du potentiel commercial du Maroc avec les pays de
l’Afrique
Il découle du modèle une structure théorique des exportations du Maroc avec ses partenaires
dans le continent africain. Nous utilisons l’équation de la régression susmentionnée, donnée par
le modèle moyen en coupe transversale, pour estimer les exportations du Maroc vers les autres
pays de l’Afrique pour l’année 2014. Sur la base de cette estimation, nous calculons le potentiel
d’ajustement commercial. Ce dernier est calculé par la formule suivante :
Un ratio qui dépasse les 100 % signiie qu’il n’existe pas de potentiel commercial non exploité.
En revanche, un ratio en dessous de 100 % veut dire que le pays doit exploiter davantage les
possibilités commerciales avec le pays en question. Les résultats de ce calcul sont présentés
dans le tableau ci-après.
68 Le test de Jarque-Bera rapport des probabilités très faibles pour tous les modèles, excepté les modèles
2007 et 2000-2014. Egalement la régression des résidus de ces deux modèles sur les variables indépendantes
montre la vériication de l’hypothèse de l’hétéroscédasticité. Nous n’avons pas testé l’indépendance des résidus
dès lors que nous sommes dans le cadre d’une régression sur données en coupe transversale.
140 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
Tableau 12. Potentiel des exportations du Maroc avec les pays de l’Afrique (millions
dollars US)
Observation Estimation Part exploitée du Potentiel
Partenaires
marché (%) d’ajustement
Algérie 208.5 367.4 56,8% 158.8
Angola 80.9 31.1 260,0%
Benin 37 40.5 91,2% 3.5
Burkina Faso 29.6 62.2 47,7% 32.5
Cabo Verde 3.4 7.5 46,4% 4
Cameron 57.2 63.8 89,8% 6.5
Centre Afrique 1.2 8.9 13,9% 7.7
Tchad 7.6 43 17,9% 35.3
Comores 2.1 1.1 188,7%
Congo, Dem. 19.4 16.6 116,6%
Congo 79.6 11.4 697,4%
Côte d’Ivoire 140.9 18.7 753,2%
Djibouti 12.7 2.5 508,7%
Egypte 130.2 200 65,1% 69.7
Guinée Equat. 48.7 36.5 133,5%
Erythrée 0.05 4.6 1,2% 4.5
Ethiopie 60.2 18.9 318,0%
Gabon 67.7 36.3 186,5%
Gambie 19.1 13.5 141,3%
Ghana 60.6 37 163,6%
Guinée 99.8 39.3 254,0%
Guinée-Bissau 4.4 3.7 119,2%
Kenya 1.8 18.4 9,8% 16.6
Liberia 6 6.5 92,7% 0.4
Libye 36 111.1 32,4% 75.1
Madagascar 2.9 4.6 62,5% 1.7
Mali 63 36.6 171,7%
Mauritanie 184.7 76.4 241,6%
Mozambique 16.3 6.8 237,5%
Namibie 6.2 6.7 92,0% 0.5
Niger 31.3 19.8 158,0%
Nigeria 131.3 153 85,8% 21.7
Rwanda 2.2 6.4 34,9% 4.1
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 141
PARTIE I
Sénégal 147.2 78.7 187,1%
Sierra Leone 12 11.7 102,3%
Afrique du sud 15.1 36.4 41,7% 21.2
Tanzanie 4.1 15.3 27,0% 11.1
Togo 43.3 11.1 389,4%
Tunisie 105 210.6 49,8% 105.7
Ouganda 2.4 13.3 18,6% 10.8
Source : Calculs des auteurs en utilisant les estimations et les données du FMI
L’estimation des potentialités à l’exportation du Maroc permet de classer les pays africains
en trois groupes de partenaires :
• Un premier groupe de pays pour lesquels il existe un très fort potentiel de commerce.
Pour ces pays le Maroc exploite une part de marché qui est inférieure à 50 % de la part
potentielle. Ce groupe est constitué de 11 pays, à savoir : le Burkina-Faso, le Cap vert,
la Centre Afrique, le Tchad, l’Erythrée, le Kenya, l’Afrique du sud, le Rwanda, la Libye,
le Tanzanie et l’Ouganda.
• Une deuxième catégorie de pays pour lesquels il existe un potentiel de commerce positif.
Pour ces pays le Maroc exploite une part de marché qui est positive, mais supérieure à
50 % de la part potentielle. Neuf pays constituent ce deuxième groupe.
• Un troisième groupe de pays pour lesquels le Maroc ne dispose pas de potentiel de
commerce ou un potentiel estimé en dessous des exportations observées. Le Sénégal,
la Côte d’Ivoire, et la Mauritanie font partie de ce groupe avec des exportations qui
dépassent le potentiel du pays.
En moyenne, il s’avère que le Maroc arrive à exploiter l’ensemble des potentialités
d’exportation possible avec les pays de l’Afrique, avec une valeur observée de 1,98 milliards
de dollars US en 2014 pour une valeur estimée de 1,88 milliards de dollars US, soit 105 % des
potentialités. Toutefois, le modèle de gravité indique que le Maroc doit fournir plus d’effort pour
encourager davantage les échanges avec les pays dont les estimations indiquent la présence de
fortes potentialités commerciales. La section suivante tentera de fournir des éléments d’analyse
dans le but d’exploiter les potentialités identiiées à travers l’analyse des besoins d’importation
des pays du continent et des capacités d’exportations du Maroc par principaux groupes de
produits.
142 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
IV. Besoins en importation des marchés de l’Afrique
et capacité d’exportation du Maroc par régions et
par groupes de produits
La présente section essayera d’identiier les besoins en produits des pays de l’Afrique pour
lesquels le Maroc dispose de potentiel d’ajustement en ce qui concerne ses exportations. La
démarche retenue consiste à analyser les importations des pays à potentiel d’ajustement, issus
du tableau du « Potentiel des exportations du Maroc avec les pays de l’Afrique », par produit.
Pour ce faire, nous faisons recours aux moyennes des exportations et importations de 2010
à 2014, obtenues à partir de la base de données de la CNUCED. Il s’agit, concrètement, de
confronter les produits dont la valeur importée dépasse les 10 millions de dollars US aux produits
exportés par le Maroc et dont la valeur excède le même montant. Il ne s’agit pas, toutefois, d’une
analyse statistique systématique s’intéressant aux produits un par un, mais plutôt d’une analyse
par groupes de produits (le code HS utilisé comprend 3 chiffres).
Les groupes de produits considérés sont i) les produits alimentaires et animaux vivants
ii) Matières brutes non comestibles, sauf carburants iii) Combustibles minéraux, lubriiants et
produits connexes iv) Huiles, graisses et cires d’origine animale ou végétale v) Produits chimiques
et produits connexes vi) Articles manufacturés vii) Machines et matériel de transport viii) Articles
manufacturés divers. Les pays africains en question peuvent être classés en cinq groupes, à
savoir les pays du Nord, du Centre, de l’Est, de l’Ouest et du Sud.
1. Analyse par produits : Afrique du Nord
L’importance des besoins des pays de l’Afrique du nord, issus de l’analyse des potentialités
d’ajustement des exportations, est comparable en nombre mais varie en valeur. L’analyse croisée
des exportations marocaines et importations des pays du Nord indique que le Maroc exporte, au
reste du monde, 105 produits demandés auprès du reste du monde par les pays nord-africains (le
code HS utilisé comprend 3 chiffres). En pratique, l’Egypte importe 92 de ces produits, l’Algérie
demande 89, la Libye est troisième avec 88 et la Tunisie est quatrième avec 85 produits. L’analyse
en valeur indique que les besoins de cette région de l’Afrique sont assez grands, et qu’elle
peut seule absorber l’offre marocaine adressée au reste du monde. Si nous prenons le cas des
produits alimentaires et animaux vivants, par exemple, nous remarquons que le Maroc exporte
une valeur totale de 4 189,21 millions de dollars US au même temps que les importations totales
des quatre pays constituant le groupe du Nord s’élèvent à 6 702,30 millions de dollars US. Un
calcul pareil peut être fait pour l’ensemble des groupes des produits, et montrera que les besoins
d’importation des pays du Nord de l’Afrique aussi bien que les potentialités d’exportations du
Maroc sont considérables.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 143
PARTIE I
Tableau 13. Les besoins en importation des pays du Nord et capacité d’exportation du
Maroc
Algérie Egypte Libye Tunisie Maroc*
Produits alimentaires et valeur 2527,79 2839,87 951,26 383,38 4189,21
animaux vivants produits 13 14 14 8 15
Matières brutes non valeur 262,30 1335,26 113,40 279,78 2160,89
comestibles, sauf carburants produits 5 7 3 6 11
Combustibles minéraux, valeur 2617,91 5162,02 2034,30 2067,29 910,42
lubriiants et produits
connexes produits 2 3 3 2 3
Huiles, graisses et cires valeur 766,95 1652,21 164,78 343,34 147,20
d’origine animale ou végétale produits 2 2 2 2 3
Produits chimiques et valeur 3232,27 3011,31 873,74 1297,56 4074,41
produits connexes produits 10 10 10 10 10
valeur 7731,81 6903,20 2480,70 3404,66 904,47
Articles manufacturés
produits 20 21 19 21 24
Machines et matériel de valeur 13962,72 9816,97 4856,45 6116,43 4890,42
transport produits 21 21 21 21 21
valeur 1553,28 2243,17 1497,09 1442,43 5019,99
Articles manufacturés divers
produits 16 15 16 15 16
Source : Calculs des auteurs en utilisant les manuels statistiques de la CNUCED ; *Exportations du Maroc par
groupes de produit
2. Analyse par produits : Afrique Centrale
L’analyse des besoins en importations du Cameroun, Tchad et de la Centre Afrique a permis
de constater que le Maroc peut renforcer le volume de ces exportations avec le premier pays
en ce qui concerne 64 produits, 43 pour le deuxième pays et seulement deux produits pour une
valeur de 144 millions dollars US avec le troisième. Pour le Cameroun, l’essentiel des besoins
pouvant être comblés par les exportations marocaines vient des machines et matériel de transport
(19 produits pour une valeur de 1120,31 millions de dollars US), des articles manufacturés (15
produits pour une valeur de 713,34 millions de dollars US) et des produits chimiques et produits
connexes (9 produits pour une valeur de 431,69 millions de dollars US). Dans le cas du Tchad
ce sont, une fois encore, les machines et matériel de transport qui constituent l’essentiel des
besoins en importations (19 produits pour une valeur de 1323,07 millions de dollars US), et les
besoins en articles manufacturés viennent en deuxième position (15 produits pour une valeur de
377,25 millions de dollars US).
Malgré l’importance des besoins en nombre, la valeur par produits des importations des pays
144 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
en question est relativement faible. Néanmoins, lorsque l’on considère les trois pays comme un
groupe, cette valeur dépasse 10 % pour 6 parmi 8 groupes de produits. Ceci pour montrer les
potentialités commerciales existantes.
Tableau 14. Les besoins en importation des pays du Centre et capacité d’exportation
du Maroc
Cameroun Centre Afrique Tchad Maroc*
Produits alimentaires valeur 350,97 -- 140,65 4189,21
et animaux vivants NB de produits 4 -- 2 15
Matières brutes non valeur 132,33 -- 14,53 2160,89
comestibles, sauf
carburants NB de produits 3 -- 1 11
Combustibles valeur 279,14 131,19 214,14 910,42
minéraux, lubriiants et
produits connexes NB de produits 2 1 1 3
Huiles, graisses et valeur 50,67 -- 27,72 147,20
cires d’origine animale
ou végétale NB de produits 1 -- 2 3
Produits chimiques et valeur 431,69 13,41 227,32 4074,41
produits connexes NB de produits 9 1 6 10
valeur 713,34 -- 377,25 904,47
Articles manufacturés
NB de produits 15 -- 8 24
Machines et matériel valeur 1120,31 -- 1323,07 4890,42
de transport NB de produits 19 -- 19 21
Articles manufacturés valeur 326,76 -- 101,14 5019,99
divers NB de produits 11 -- 4 16
Source : Calculs des auteurs en utilisant les manuels statistiques de la CNUCED
*Exportations du Maroc par groupes de produit.
3. Analyse par produits : Afrique de l’Est
L’observation des besoins en produits importés, pouvant être satisfaits par l’offre marocaine,
des pays de l’Est permet de classer le Kenya en première place (80 produits), suivie par la Tanzanie
(78 produits), l’Ouganda (54 produits), le Rwanda (30 produits) et l’Erythrée (14 produits). Excepté
le cas de l’Erythrée, cette observation indique un potentiel considérable de commerce en ce
qui concerne les machines et matériel de transport, les articles manufacturés et les produits
chimiques. Au niveau de ce dernier groupe de produits, le ratio des besoins en importations par
rapport aux capacités marocaines d’exportations atteint 100 % dans le cas du Kenya et de la
Tanzanie, et 90 % concernant l’Ouganda.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 145
PARTIE I
L’analyse en valeur des intersections entre besoins des pays de l’Est, pris comme étant un
groupe et capacité du Maroc montre que les besoins dépassent l’offre marocaine au reste du
monde. Cela est les cas des machines et matériel de transport (6 411 millions dollars US), des
articles manufacturés (4 061 millions dollars US), des huiles et graisses et cires d’origine animale
ou végétale (895 millions dollars US), et des combustibles minéraux et lubriiants et produits
connexes (6 801 millions dollars US).
Tableau 15. Les besoins en importation des pays de l’Est et capacité d’exportation du
Maroc
Erythrée Kenya Rwanda Ouganda Tanzanie Maroc*
Produits valeur 33,50 267,20 53,49 56,29 76,08 4189,21
alimentaires et
animaux vivants produits 2 7 1 2 4 15
Matières brutes valeur -- 167,22 40,44 94,56 120,96 2160,89
non comestibles,
sauf carburants produits -- 3 2 2 3 11
Combustibles valeur 54,11 2785,85 92,83 986,37 2881,87 910,42
minéraux,
lubriiants
et produits produits 2 3 1 2 2 3
connexes
Huiles, graisses valeur 11,97 418,08 56,05 87,27 322,35 147,20
et cires d’origine
animale ou produits 1 2 1 1 2 3
végétale
Produits valeur 16,58 1009,68 236,52 511,34 747,49 4074,41
chimiques
et produits produits 1 10 7 9 10 10
connexes
Articles valeur 50,55 1816,12 319,25 644,68 1231,20 904,47
manufacturés produits 3 19 10 13 19 24
Machines et valeur 91,98 2944,08 362,26 1086,35 1926,87 4890,42
matériel de
transport produits 4 20 14 17 21 21
Articles valeur 12,87 673,17 71,11 279,08 582,79 5019,99
manufacturés
divers produits 1 16 4 8 16 16
Source : Calculs des auteurs en utilisant les manuels statistiques de la CNUCED
*Exportations du Maroc par groupes de produit.
146 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
4. Analyse par produits : Afrique de l’Ouest
Pour la région de l’Afrique de l’Ouest, les données de la CNUCED montrent que parmi les 103
produits exportés par le Maroc au reste du monde le Nigeria en demande 91. L’analyse indique
aussi que le Maroc peut renforcer le volume de ces exportations avec le Burkina-Faso en ce qui
concerne 44 produits, 28 concernant le Bénin, 7 pour le Cap-Vert et un seul produit pour une
valeur de 59 millions de dollars US dans le cas du Liberia.
Le tableau ci-après permet de conclure que les besoins en importations du Nigeria peuvent
absorber complètement l’offre marocaine au reste du monde dans trois cas de groupe de produits,
à savoir : les machines et matériel de transport (21 produits pour une valeur de 12 582 millions
dollars US), les articles manufacturés (21 produits pour une valeur de 5 772 millions dollars
US), les huiles, graisses et cires d’origine animale ou végétale (3 produits pour une valeur de
400 millions dollars US), et combustibles minéraux et lubriiants et produits connexes (3 produits
pour une valeur de 6 813 millions dollars US). La demande des autres pays de l’Ouest, bien
qu’elle soit de loin inférieure à celle du Nigeria (demande individuelle et réunie), constitue un
potentiel commercial que le Maroc devrait exploiter.
Tableau 16. Les besoins en importation des pays de l’Ouest et capacité d’exportation
du Maroc
Benin Burkina-Faso Cap-Vert Liberia Nigéria Maroc*
Produits valeur 106,75 116,29 10,77 -- 3144,1 4189,21
alimentaires et
animaux vivants produits 3 4 1 -- 12 15
Matières brutes valeur 33,93 -- -- -- 348,6 2160,89
non comestibles,
sauf carburants produits 1 -- -- -- 5 11
Combustibles valeur 232,52 536,48 113,62 59,43 6813,8 910,42
minéraux,
lubriiants
et produits produits 1 1 1 1 3 3
connexes
Huiles, graisses valeur 120,65 24,61 10,72 -- 400,0 147,20
et cires d’origine
animale ou produits 1 1 1 -- 3 3
végétale
Produits valeur 58,99 379,03 -- -- 2230,9 4074,41
chimiques
et produits produits 2 7 -- -- 10 10
connexes
Articles valeur 391,25 369,26 17,03 -- 5772,1 904,47
manufacturés produits 6 11 1 -- 21 24
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 147
PARTIE I
Machines et valeur 293,39 462,15 24,81 -- 12582,4 4890,42
matériel de
transport produits 7 17 2 -- 21 21
Articles valeur 185,60 110,01 12,64 -- 2103,6 5019,99
manufacturés
divers produits 7 3 1 -- 16 16
Source : Calculs des auteurs en utilisant les manuels statistiques de la CNUCED
*Exportations du Maroc par groupes de produit.
5. Analyse par produits : Sud de l’Afrique
Au sud du continent, le marché sud-africain a besoin de 101 produits exportés par le Maroc,
la Namibie en a besoin de 73 et le Madagascar de 50. En valeur, l’Afrique du sud compte un
marché potentiel d’environ 50 milliards dollars US, la Namibie et le Madagascar avec des valeurs
respectives de 4,5 et 1.8 milliard de dollars US ont un marché potentiel pouvant absorber plus de
20 % des exportations totales du Maroc. L’analyse par groupes de produits permet de classer les
besoins en importations, dont la valeur dépasse un milliard dollars US, pouvant être satisfaits par
les exportations marocaines comme suit : Les machines et matériel de transport pour un marché
régional d’environ 25 milliards ; les Articles manufacturés pour un marché régional d’environ
13.7 milliards ; les combustibles minéraux, lubriiants et produits connexes pour un marché
régional d’environ 6.7 milliards ; les produits chimiques et produits connexes pour un marché
régional d’environ 6.1 milliards ; et les produits alimentaires et animaux vivants pour un marché
régional d’environ 2.5 milliards.
Tableau 17. Les besoins en importation des pays du Sud et capacité d’exportation du
Maroc
Madagascar Namibie Afrique du sud Maroc*
Produits valeur 140,62 291,03 2046,12 4189,21
alimentaires et
animaux vivants NB de produits 4 11 15 15
Matières brutes valeur 22,43 361,81 480,90 2160,89
non comestibles,
sauf carburants NB de produits 1 2 9 11
Combustibles valeur 462,41 536,11 5790,94 910,42
minéraux,
lubriiants et NB de produits 1 2 3 3
produits connexes
Huiles, graisses valeur 24,45 27,65 713,29 147,20
et cires d’origine
animale ou NB de produits 2 1 3 3
végétale
148 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
Produits chimiques valeur 229,05 468,42 5414,96 4074,41
et produits
connexes NB de produits 7 10 10 10
Articles valeur 447,27 526,90 5232,45 904,47
manufacturés NB de produits 13 14 24 24
Machines et valeur 437,34 1580,01 23156,53 4890,42
matériel de
transport NB de produits 17 18 21 21
Articles valeur 77,18 667,18 6772,03 5019,99
manufacturés
divers NB de produits 5 15 16 16
Source : Calculs des auteurs en utilisant les manuels statistiques de la CNUCED
*Exportations du Maroc par groupes de produit.
L’analyse par groupe de produits nous a permis de dégager une conclusion fondamentale
selon laquelle il existe un soubassement analytique soutenant les bienfaits de la coopération
sud-sud, notamment du Maroc avec les autres pays africains au niveau commercial. En effet, Il
existe des cas où les produits et services qui auraient pu être fournis par le Maroc aux autres
pays africains sont plutôt assurés par d’autres économies qui se trouvent hors du continent. Face
à cette réalité, la non–existence d’échanges commerciaux signiicatifs entre le Maroc et les
autres pays africains est contradictoire. Il est peut-être temps d’exploiter pleinement le potentiel
existant entre l’économie marocaine et les économies africaines et de proiter des opportunités
commerciales avec un esprit œuvrant pour une meilleure intégration des marchés.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 149
PARTIE I
Conclusion
Le renforcement du commerce entre le Maroc et l’Afrique exige la mise en œuvre et
l’adoption de politiques commerciales cohérentes et eficaces aux niveaux national, régional et
continental. L’analyse des relations commerciales entre le Maroc et les autres pays de l’Afrique
a fait ressortir l’existence d’un potentiel commercial assez considérable entre les deux parties.
Un regard particulier sur les exportations marocaines et les besoins en importations des autres
marchés du continent montre que les relations commerciales peuvent être poussées au-delà de
leurs niveaux actuels, surtout pour certains pays et pour certains secteurs.
L’exploitation des potentialités discutées dans ce papier serait avantageuse à plusieurs
niveaux, mais relève toutefois certains déis. En effet, avec un commerce extérieur concentré
et orienté vers des marchés qui sont certes différents mais fortement intégrés, le partenariat
avec le continent peut se transformer en un moyen de réduction de la vulnérabilité des
exportations marocaines aux chocs extérieurs et d’amélioration des performances commerciales
et économiques du pays. Toutefois, l’essor du commerce Maroc-Afrique se trouve borné par
un certain nombre de facteurs, mentionnés lors de l’analyse des potentialités commerciales,
tels que le renforcement des capacités de productions et de la compétitivité, des facteurs de
résistance tels que les infrastructures liées au commerce et les procédures douanières restrictives
ainsi que les obstacles administratifs et techniques. A côté de ça, on trouve d’autres facteurs
institutionnels et structurels dont le traitement faciliterait le commerce entre le Maroc et les
autres pays africains comme la cohérence de régimes commerciaux au niveau du continent,
le développement du inancement destiné au commerce, et la mise en place d’un système
d’information intégré lié aux activités commerciales.
Les échanges commerciaux entre l’Afrique et le reste du monde montrent que le continent
exprime un besoin particulier par rapport à l’importation de certaines catégories de produits. En
moyenne sur la période 2010-2014, l’Afrique a importé des produits manufacturés, des produits
chimiques, des machines et des équipements de transport. Ce sont des groupes de produits
exportés par le Maroc, mais pour lesquels le pays ne dispose pas de capacités de production
sufisantes pour bien se positionner dans un potentiel marché africain. La mise en place d’un
cadre encourageant les investissements destinés aux secteurs de produits en question est une
étape vers l’augmentation des capacités productives qui leur sont associées. L’augmentation des
capacités de production dans les secteurs mentionnés permettrait au commerce du Maroc d’être
plus diversiié, résilient et équilibré. C’est une augmentation qui s’engendrerait également par un
renforcement de la croissance économique, une génération de revenus, et éventuellement une
création d’emplois dans les secteurs concernés et rattachés.
Tout de même, il faut rappeler que les économies de la plupart des pays africains importent
les produits discutés en provenance de pays autres que le Maroc. Ceci pose la question de la
compétitivité des produits marocains. En effet, un manque de compétitivité ne fera que limiter
150 EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
COMMERCE EXTÉRIEUR ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE
les horizons commerciaux du Maroc en Afrique et ailleurs. Cela nous ramène aux facteurs
de résistance, un produit non compétitif constitue un élément de réduction de la pénétration
commerciale. Certes, si le manque de productivité est souvent associé aux technologies et
processus de production, ce manque peut, néanmoins, survenir dans la phase d’acheminement
et de commercialisation. C’est le cas de la présence de procédures et règlements douaniers et
administratifs complexes, des systèmes de transport ineficaces et coûteux, des différences en
matière de règles d’origine et des normes liées aux produits et au transport. Ainsi, l’harmonisation
et simpliication des procédures douanières et de transit peut renforcer la réceptivité des marchés
africains.
Aussi, l’insufisance et l’inadaptation des infrastructures liées au commerce et à la production
sont des causes principales derrière la faiblesse des échanges intra-africains, notamment
Maroco-africains, et du manque de compétitivité de nombreuses économies du continent. A
cet effet, la mise en place de réseaux routiers, ferroviaires, aériens et des voies navigables
devrait se transformer en une réduction des coûts et du temps nécessaire pour le transport des
marchandises en Afrique.
Le développement des infrastructures est donc primordial pour la production de produits
compétitifs et l’amélioration de la performance commerciale du Maroc et des pays africains,
qu’il s’agit du commerce à l’échelle du continent ou mondial. Ainsi, l’élaboration de mécanismes
juridiques et inanciers favorisant la mise en place de projet d’infrastructure multi-pays ne
constituerait qu’un élément de force pour la production et le commerce marocains et africains.
Toutefois, toute coopération multi-pays requiert la mise en œuvre et l’adoption de politiques
commerciales cohérentes et eficaces aux niveaux national, régional et continental. Elle requiert
aussi l’existence de mécanismes de inancement adaptés.
Cette question de mécanismes de inancement représente l’une des principales dificultés
faisant face à l’exploitation des potentialités du commerce en Afrique. En effet, les économies
africaines se dotent de monnaies inconvertibles dans un contexte caractérisé par l’insufisance
ou le manque d’institutions régionales capables de fournir un inancement pour le commerce
transafricain, chose qui pourrait entraver et décourager les initiatives commerciales de
beaucoup d’entreprises. Ce problème de inancement des opérations commerciales nécessite
le développement et le renforcement des systèmes de paiement, et l’encouragement et
l’instauration d’un environnement prospère au développement des entreprises de services
inanciers à caractères commercial, et l’encouragement de leur installation au sein des systèmes
inanciers des partenaires africains le cas échéant.
Dans le même ordre des idées, il serait capital pour le Maroc, et les autres pays de l’Afrique,
de développer un système d’information intégré et iable ain de garantir la facilité d’accès à
l’information et de sa mise à jour, deux ingrédients nécessaires pour faire le suivi des opportunités
commerciales disponibles en Afrique et d’en proiter pleinement.
EQUILIBRES EXTERNES, COMPÉTITIVITÉ ET PROCESSUS DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE 151
PARTIE I
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