La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
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EFFETS DE SEUIL DE LA DETTE PUbLIQUE SUR
LA CROISSANCE éCONOmIQUE
MANDRI Badr
Université Mohammed V, Rabat - Agdal
Résumé
L’objectif de cette étude est de vérifier l’existence d’effets non linéaires de
l’endettement public sur la croissance économique dans un panel de 48 pays en
voie de développement choisi pour la période 1990-2013. En se basant sur des
modélisations non linéaires, en l’occurrence, les approches quadratique et Spline,
nous avons pu aboutir à la relation en forme de U inversée entre les deux variables,
telle qu’elle avait été décrite théoriquement, avec des niveaux d’endettement
optimaux estimés à 46% et 70% du PIB obtenus avec les deux méthodes respectives.
L’évaluation du cas du Maroc tend à confirmer les résultats antérieurs, et le seuil de
70% semble le plus logique compte tenu des données locales.
mots clés :Dette publique ; Croissance économique ; Effets de Seuil ; GMM en
système ; Spline ; Quadratique ; Pays émergents ; Maroc.
Classification JEL:F34, H63, O11
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La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Introduction
La crise financière de 2007 qui a vite tourné en une récession mondiale, a eu
des retombées néfastes sur les économies développées. Alors que l’encre de celle-ci
avait à peine séché, une autre crise d’endettement s’est déclenchée, bouleversant
ainsi la santé des finances publiques dans la zone Euro. Le sort de certains pays s’est
tellement aggravé à tel point qu’on a prévu des trajectoires d’endettement public
insoutenables à l’horizon 2040 dans la majorité des pays industrialisés (Cecchetti,
Mohanty et Zampolli, 2010).
Cette situation a réanimé les débats par rapport à l’effet de l’endettement public sur
la croissance économique, de telle sorte que l’intérêt s’est transformé d’une simple
recherche des effets de causalité entre les deux grandeurs, à une investigation plus
ambitieuse qui a pour but la définition du seuil à partir duquel l’endettement public
pourrait menacer les grands équilibres macroéconomiques et réduire les chances
d’une croissance élevée et durable.
Les travaux menés aussi bien au niveau académique qu’au niveau des institutions
économiques internationales, cherchant à répondre à cette problématique,
s’intéressent essentiellement aux pays développés. Cependant, il n’en demeure
pas moins que dans certains pays en développement, la question de l’endettement
public est devenue un sujet de préoccupation majeure.
Au Maroc, par exemple, l’état des finances publiques semble inquiétant, les déficits
budgétaires cumulés ces dernières années, ont poussé les autorités publiques à
s’endetter davantage, inscrivant une courbe ascendante du ratio d’endettement
sur PIB. Une situation précaire qui rappelle des épisodes tragiques qui ont marqué
l’histoire des finances publiques au Maroc. Compte tenu de toutes ces considérations,
nous estimons que ce thème est plus que jamais d’actualité.
L’étude que nous menons s’inscrit dans la lignée des travaux empiriques récents.
L’objectif de la recherche est ainsi de vérifier la non linéarité et le type de la
relation entre l’endettement et la croissance économique, et de déterminer
le seuil optimal de la dette publique, pour un échantillon de pays en voie de
développement, y compris le Maroc. Ce dernier, vu l’importance que nous lui prêtons,
représente le cadre d’application de nos résultats. Il s’agit, notamment, d’examiner
la validité de la relation susdite tout en se prononçant sur la pertinence des
seuils estimés.
Ce travail s’articule autour de trois parties : la première est consacrée à une
revue succincte des soubassements théoriques, de la littérature empirique et
des approches méthodologiques se rapportant à la nature de la relation dette-
croissance. La deuxième présente les étapes de l’analyse empirique, synthétise et
discute les résultats obtenus. Tandis que la dernière fait le point sur la question de
l’endettement au Maroc, à travers une rétrospection, que nous terminons par une
analyse de l’effet de seuil de l’endettement sur la croissance dans ce pays.
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La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
8.1. Dette publique et croissance : Revue de littérature
L’une des questions, qui depuis plus de trois décennies, domine la
macroéconomie moderne revient à savoir si la dette publique 74 agit sur les
agrégats macroéconomiques, notamment la croissance. L’objet de cette partie
est de passer en revue la littérature à la fois théorique et empirique qui s’est
développée autour de cette question. Nous joignons à cela les approches
méthodologiques avec lesquelles la relation dette-croissance est abordée.
8.1.1. Conceptions théoriques de l’endettement
Le débat théorique relatif à la problématique de l’endettement public s’articule
autour d’une question centrale : De quelle manière l’endettement public peut-
il affecter l’économie réelle ? Les réponses apportées par les économistes à cette
question sont loin d’être consensuelles. Néanmoins, deux principales conceptions
peuvent être répertoriées en la matière : celle du keynésianisme et celle du courant
néoclassique.
Selon la logique keynésienne, l’impact de l’augmentation de l’endettement sur
la croissance est jugé positif. En d’autres termes, la dette publique n’entraîne pas
de coût ni pour les générations présentes ni pour les générations futures, bien au
contraire, elle a la capacité de stimuler la croissance économique pourvu qu’elle
serve à financer les investissements. Cette logique tire ses fondements de la théorie
de la demande globale et du multiplicateur keynésien. En effet, un endettement
favorisant la relance économique génère par l’effet accélérateur une augmentation
plus que proportionnelle de l’investissement, ce qui provoque à son tour une hausse
de la production et par conséquent un renchérissement de l’économie.
Les partisans de l’école classique, quant à eux, ne semblaient pas croire aux
bienfaits de l’emprunt sur l’activité économique. Smith (1759) considérait que la
dette est pernicieuse et ne doit pas être encouragée. Elle incite le souverain à des
dépenses inutiles et favorise l’irresponsabilité. J.B. Say (1799) dénonçait l’emprunt
public du fait qu’il entraine une consommation improductive, une destruction des
capitaux, dont les intérêts sont payés par la nation. Ricardo (1820), a été le premier
à aborder ce qu’il est convenu aujourd’hui d’appeler le principe de « l’équivalence
Ricardienne ». En effet, il se demandait si le financement des dépenses publiques par
l’endettement ne serait pas équivalent à un financement par l’impôt75.
(74). D’après le Pacte de stabilité et de croissance européen (1997), la dette publique se définit comme
l’ensemble des engagements financiers des administrations centrales (Etat), des collectivités locales et
des organismes directement rattachés à l’Etat. Nous tenons à préciser que tout au long de ce travail nous
résonnons en termes de dette publique du gouvernement (dette directe du Trésor + dette garantie) sauf
indication contraire.
(75). David Ricardo s’interrogeait précisément sur le moyen de financer le déficit du Royaume-Uni causé
par les dépenses des Guerres Napoléoniennes.
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La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Ce raisonnement n’a pris de l’importance qu’avec Barro (1974), qui en a
développé une argumentation théorique en se basant sur de nouveaux concepts,
en l’occurrence, les effets d’éviction et les anticipations rationnelles (notamment
pour attaquer les politiques de relance Keynésiennes basées sur l’endettement
public). Selon lui, les citoyens, étant suffisamment tournés vers l’avenir, voient
dans l’emprunt un impôt différé dans le temps et se comportent comme s’ils
sont contraints de le payer ultérieurement pour rembourser cette dette quel que
soit le décalage intergénérationnel. Autrement dit, le comportement des agents
économiques est guidé par une anticipation à la hausse des impôts. Ils vont ainsi se
préparer à la purge fiscale future en accroissant leur épargne actuelle, au détriment
de leur consommation. Il en résultera que cette politique d’endettement suivie par
le gouvernement n’aura aucun effet stimulant sur l’économie76.
Depuis l’article fondateur de Barro (1974), et sa proposition de l’équivalence
Ricardienne, le débat autour de la relation dette-croissance s’est intensifié,
mais devenu moins radical. On est d’accord que l’emprunt, contenu dans des
limites raisonnables, peut avoir un effet expansionniste (keynésien). Toutefois,
l’accumulation de lourdes dettes ralentit cette expansion en freinant notamment
les investissements. Selon Krugman (1988), lorsque la dette extérieure excède les
ressources internes d’un pays, ce pays risque de ne plus être capable de rembourser
les emprunts passés (situation de surendettement), ce qui aura un effet dissuasif
sur les créanciers et investisseurs potentiels, pénalisant ainsi la croissance. C’est la
théorie du fardeau virtuel de la dette ou « Debt Overhang » en version anglaise.
Dans le même contexte, Sachs (1989) démontre à travers un modèle inter temporel à
deux périodes, la sous optimalité de l’investissement dans un pays surendetté. Pour
lui, une dette extérieure élevée qui se révèle difficile ou impossible à rembourser
exerce des effets désincitatifs sur le pays débiteur à entreprendre des réformes
favorables à l’investissement et/ou à la croissance. Il en conclut qu’il existe un
seuil optimal pour lequel tout supplément marginal d’endettement conduit à une
réduction importante de l’investissement.
Panizza et Presbireto (2012), de leur côté, expliquent comment un
surendettement affecte la croissance. En revanche, ils n’écartent pas l’hypothèse
d’une causalité inversée. Le lien entre dette et croissance pourrait également
s’interpréter par le fait qu’une faible croissance économique entraîne des
niveaux élevés de dette publique : un gouvernement fortement endetté peut
adopter des politiques restrictives pour consolider ses finances, or de telles
mesures déprimeront l’activité économique. En outre, la mise en œuvre de
mesures d’austérité lors d’une récession accroît les effets déprimants de celle-ci et
accroît au final le fardeau de l’endettement public.
(76). Aujourd’hui, peu d’économistes croient au mécanisme de Ricardo-Barro, sous prétexte qu’il ne fonc-
tionne que sous un certain nombre d’hypothèses non réalistes : Dépenses publiques (financées par la
dette) improductives, marchés des capitaux parfaits, taxes forfaitaires, horizon de vie des agents infini
(ou ils sont totalement altruistes : raisonnement en termes de famille).
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La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Ainsi, et comme le résument Clements et Bhattacharya (2004),la théorie
économique contemporaine suggère que l’emprunt public a un impact positif
sur l’investissement et la croissance, certes, mais jusqu’à un certain seuil,
au-delà duquel la dette devient une entrave à l’évolution économique. Cette
théorie, donne lieu à une relation non linéaire en forme de «courbe de Laffer»77
entre la dette publique d’une part et la croissance du revenu par habitant d’autre
part78.
8.1.2. Survol des études empiriques
Jusqu’à ces dernières années, peu d’études empiriques s’étaient développées autour
du lien entre dette publique et croissance79. Elles se sont centrées en outre sur la
vérification de l’hypothèse du « debt overhang » avancée par Krugman (1989),
notamment dans le cadre des pays pauvres très endettés (PPTE).
Patillo Ricci et Poirson (2002), sur un panel de 93 pays en développement (dont les
PPTE), ont constaté que le doublement du niveau de la dette extérieure réduit de
près d’un point la croissance. Partis de la courbe de Laffer, leur étude leur a permis
de prouver que la dette aurait une relation en forme de U inversée avec la croissance.
Les résultats obtenus confirment la thèse du surendettement, car ils trouvent qu’au-
delà de 160-170 % du ratio de la dette sur les exportations et 35-40% de la dette sur
le PIB en valeur nominale, la corrélation entre dette et croissance devient négative.
Dans une étude complémentaire sur les pays à faible revenu, Clements Bhattacharya
et Nguyen (2003), ont estimé un modèle de croissance en retenant l’hypothèse du
fardeau virtuel de la dette (debt overhang). Ils ont abouti à la conclusion selon
laquelle une diminution de 6 points du service de la dette en pourcentage du PIB va
accroître le taux d’investissement de 0,75 à 1 point et la croissance de 2 points. Par
ailleurs, ils estiment que si la moitié du service de la dette est annulée sans hausse
du déficit budgétaire, la croissance augmentera dans quelques PPTE de 0,5 point
par an.
(77). La courbe de Laffer de la dette s’appuie sur le même principe que celle des impôts. Elle a été
utilisée à l’origine par Krugman (1988) pour décrire la relation concave entre l’encours de la dette et
la probabilité de son remboursement. La littérature empirique récente a résumé ce mécanisme par ses
effets sur l’activité économique, et a défini tout simplement la courbe de Laffer de la dette comme étant
une représentation de la relation non monotone entre la dette et la croissance économique.
(78). La théorie « des choix publics » aborde, de son côté, la relation entre la dette publique et la
croissance économique, et ce en faisant intervenir les cycles politiques et les stratégies électorales dans le
résonnement. Plus de détails dans les articles de : Alesina et Tabellini (1989) ; Persson, Svenson (1989) ;
Aghion et Bolton (1990) ; Milesi-Ferret (1995).
(79). Selon Abbas et Christensen (2007), ce manque d’intérêt pour les sujets relatifs à la dette était dû
principalement à 2 raisons : (1) L’insuffisance et la non homogénéité des données, ce qui rend difficile
la comparaison entre les pays ; (2) Le fait que la dette publique n’avait jusqu’alors, pas été considérée
comme problématique en raison de sa taille relativement petite dans les pays les plus développés.
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La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Récemment, la littérature empirique sur les effets de seuil de l’endettement s’est
enrichie par plusieurs travaux de recherche. Le déclenchement de la crise de la dette
souveraine dans la zone l’Euro en 2010, a poussé les économistes à s’intéresser
davantage à l’étude de ce phénomène.
L’un des travaux pionniers dans cette littérature, est celui réalisé par Reinhart et
Rogoff (2010). Les deux auteurs ont compilé les données sur l’endettement public
et la croissance économique relatives à 44 pays au cours de deux siècles. L’examen
de leurs séries a fait apparaître une relation non linéaire entre les deux variables. En
effet, lorsque la dette publique représente moins de 90 % du PIB, la relation entre la
dette publique et la croissance réelle du PIB est faible, cette dernière est relativement
stable et s’élève autour de 3-4%. En revanche, lorsque le ratio dette publique sur PIB
est supérieur à 90 %, les taux de croissance médians chutent d’1% et la croissance
moyenne diminue encore plus lourdement, devenant légèrement négative80.
En reprenant le même panel et à l’aide d’un modèle économétrique plus sophistiqué,
Minea et Parent (2012) ont remis en question les résultats de Reinhart et Rogoff
(2010) : La relation entre le niveau de la dette publique et la croissance d’une
économie n’offre pas une relation univoque fixe, puisqu’à certains moments une
augmentation de la dette publique est associée à moins de croissance et que, à
d’autres moments, plus de dette publique est associé à plus de croissance. Ils
précisent qu’un pays qui dépasse un ratio de 115 % de dette publique, présente en
moyenne un taux de croissance supérieur à ceux dont le ratio se situe entre 90 et
115 %. De plus, ce taux de croissance est peu inférieur à celui que connaissent les
pays dont le ratio de dette publique est dans la fourchette 60-90 %. En conclusion, ils
recommandent de poursuivre les recherches dans ce domaine avant d’émettre des
recommandations de politique budgétaire.
Par ailleurs, Kumar et Woo (2010) ont exploré l’impact d’une dette publique
élevée sur la croissance économique à long terme. Ils basent leur analyse sur un
panel d’économies avancées et émergentes au cours de la période s’étendant
de 1970 à 2007. Les résultats empiriques suggèrent une relation inverse entre
la dette initiale et la croissance subséquente. Lorsque le ratio dette sur PIB
augmente de dix points de pourcentage, la croissance annuelle du PIB réel
par tête diminue d’environ 0,2 point de pourcentage par an, avec un impact
plus atténué dans les économies avancées. Seuls les niveaux élevés de dette,
supérieurs à 90 % du PIB, ont un effet négatif et significatif sur la croissance.
(80). Ces résultats ont été rectifiés plus tard par HerndonAsh et Pollin (2013). Selon ces auteurs, Reinhart
et Rogoff n’auraient passélectionné toutes leurs données sur Excel, ce qui les a finalement amenés à exclure
de l’analyse cinq pays qui se caractérisaient à lafois par un niveau élevé de dettepubliqueet un fort taux
de croissance moyen. Ainsi, les nouveaux résultats concordent sur les trois premières catégories (ratio
inférieur à 30%, ratio compris entre 30% et 60% et ratio compris entre 60% et 90%). En revanche, ils
divergent quand le ratio dépasse les 90% : au lieu de trouver -0,1%, ils ont abouti à +2,2% de croissance.
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La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
L’effet adverse s’expliquerait essentiellement par un ralentissement de la croissance
de la productivité du travail due au moindre investissement et à une plus faible
croissance du stock de capital. En effet, lorsque la dette initiale augmente de dix
points de pourcentage, l’investissement décline en moyenne d’environ 0,4 point de
pourcentage.
L’étude de Presbireto (2010), consacrée aux pays émergents (92 pays pour la période
1990-2007), a montré que la dette publique a un impact négatif sur la croissance
jusqu’à un seuil de 90% du PIB, au-delà duquel la relation devient non significative.
L’auteur a fait intervenir un indicateur de gouvernance pour expliquer son résultat,
il a pu conclure que le niveau et l’effet de la dette est tributaire, entre autres, de la
capacité des pays à mener des politiques macroéconomiques saines.
Checherita et Rother (2012) ont observé pour leur part l’impact moyen de la dette
publique sur la croissance du PIB par tête dans les douze pays de la zone euro au
cours des quatre décennies consécutives à partir de 1970. Les auteurs ont constaté
un impact non linéaire de la dette sur la croissance économique des pays européens
: cet impact serait clairement négatif lorsque le ratio de la dette sur PIB excède 90 %.
Les effets néfastes qu’une dette élevée exerce sur la croissance peuvent, toutefois, se
révéler dès qu’elle atteigne 70 % du PIB.
Poursuivant l’analyse, Baum, Checheria et Rother (2013) ont appliqué une nouvelle
méthode (Panel à seuils dynamiques) pour tester la relation entre la dette et
la croissance de 12 pays européens durant la période 1990-2010. Les résultats
montrent que l’effet à court terme de la dette sur la croissance est positif, mais
diminue et devient proche de zéro lorsque la dette publique atteint le seuil de
67%. Pour une dette publique élevée (supérieure à 90% du PIB), l’impact d’un
endettement supplémentaire devient négatif sur la croissance.
Dans l’ensemble, les études empiriques passées en revue, sont quasi-unanimes à
la non linéarité de la relation entre croissance et dette. Toutefois, elles différent au
niveau des méthodes économétriques utilisées pour la spécifier et pour estimer les
seuils optimaux.
8.1.3. Approches de la modélisation non linéaire
Notre investigation sur les modélisations non linéaires à travers lesquels le sujet est
traité, nous a conduit à trouver trois principales approches : la fonction quadratique,
la fonction Spline et les modèle à changement de régimes.
L’approche quadratique : repose sur l’hypothèse que l’effet de la dette publique
sur la croissance change de signe après un point d’inflexion. La spécification du
modèle quadratique consiste à introduire le carré du ratio de la dette dans le groupe
de variables exogènes et prend généralement la forme suivante :
Yit = α it + β X it + γ 1 Dit + γ 2 Dit2 + ε it (1 )
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La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Où Yitindique le taux de croissance du PIB, Ditle ratio dette sur PIB et Xitregroupe
les autres variables explicatives. Le point optimal D* correspond au niveau
d’endettement qui maximise la croissance. En dérivant Yit par le poids de la dette
dans l’équation (1), nous obtenons :
δ Yit
= γ 1 + 2 γ 2 Dit
δ Dit
A l’optimum δ Yit = 0 , ce qui implique que le seuil optimal de la dette est égal à :
δ Dit
− γ1
Dit* =
2γ 2
L’approche spline :permet de montrer la différence d’impact de l’endettement en
dessous et au-dessus du seuil. La spécification du modèle est la suivante :
Yit = α it + β X it + γ 1 Dit + γ 2 ( Dit − D * ) Z + ε it (2)
si D ≥ D *
Z est une variable muette telle que : Z = 1
0 Sinon
Le principe de la fonction Spline, est d’estimer l’équation (2) jusqu’à ce que l’effet
de la dette sur la croissance change de signe. Dans ce cas, la détermination du seuil
d’endettement D* se fait par l’estimation de l’équation pour différents seuils et le
seuil choisi correspond au coefficient de détermination R2 le plus élevé.
Les auteurs les plus récents pensent que la fonction Spline, tel qu’elle a été définie,
est très délicate et difficile à appliquer, étant donné qu’elle demande un grand
nombre d’estimations avant d’aboutir au seuil optimal exact. Ils proposent alors
de définir, dans une seule équation, des intervalles qui représentent les différents
niveaux de dette, au lieu de mener plusieurs estimations avec des seuils discontinus.
La nouvelle regression Spline prend la forme suivante :
Yit = α it + β X it + γ 1 Dit × dum < T1 + γ 2 Dit × dum T1 − T2 + γ 3 Dit × dum ≥ T2 + ε it (3)
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La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Tel que dum est une variable muette, T1et T2 sont les points constituant les intervalles81.
Ainsi, il s’agit d’étudier le signe du ratio d’endettement sur la croissance, lorsqu’il
se situe au-dessous de T1, entre T1 et T2 puis au-dessus de T2. Un changement de
signe (de positive à négatif) lors du passage d’un intervalle à un autre, implique une
relation non linéaire entre les deux variables avec comme point de retournement
Partillo, Poirson et Ricci (2011) précisent les différences entre les méthodes
quadratique et Spline. Selon eux, la première évite tout changement brusque de la
pente, et offre ainsi une courbe de régression plus lisse que la spline. En revanche,
elle impose une symétrie dans la forme de la courbe dette-croissance. Le modèle
spline implique une rupture soudaine au niveau de la courbe, mais exige moins de
structure dans les données. Par exemple, il peut détecter un impact non linéaire et
significativement négatif de la dette sur la croissance au-delà du seuil, sans pour
autant avoir un effet significatif au-dessous de ce dernier.
Les modèles à changement de régimes :initialement développés par Hansen (PTR,
1999) puis prolongés par Gonzales et al. (PSTR, 2005) et Fok et al. (PSTAR, 2005),
constituent une alternative intéressante aux modèles non linéaires classiques. Ils
sont de plus en plus utilisés par les auteurs, du fait qu’ils fournissent moins de
volatilité dans les résultats. Toutefois, ils ne sont présentés que dans le cadre de
panels cylindrés (Hansen, 1999).
En résumé de cette partie, nous présentons, dans le tableau ci-dessous, les différents
seuils optimaux de la dette publique, dérivés dans quelques études empiriques, tout
en mentionnant les méthodes économétriques utilisées.
(81). Le choix de ces derniers n’est pas standardisé, il se fait selon la nature des données et les pays
étudiés.
200
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Tableau 1 : Synthèse des travaux empiriques éminents
Etudes empiriques Seuil de la modèles non Echantillons étudiés
dette en % linéaires
du PIb
Patillo et al. (2002) 35-45% Quadratique / 93 pays émergents
Spline
Clements et al. (2003) 20-25% Quadratique 55 pays émergents
Reinhart et Rogoff (2010) 90% Analyse stylisée 44 pays dont 24 en
voie de développe-
ment et 23 développés
Kumar et Woo (2010) 90% Spline 38 pays émergents et
développés
Presbitero (2010) 90% Quadratique / 92 pays en dévelop-
Spline pement
Partillo et al. (2011) 35-40% Quadratique / 93 pays en dévelop-
Spline pement
Baum et al. (2012) 67% Modèle à seuil dy- 12 pays européens
namique (Caner
et Hansen, 2004)
Cecchetti et al. (2012) 75% Modèle à seuil 12 pays européens
statique (Hansen
1999)
Checheria et Rother 90-100% Quadratique 12 pays européens
(2012)
Mencinger et al. (2014) 94% Quadratique 15 Anciens Etats
membres de l’UE
54% 12 nouveaux Etats
membres de l’UE
Même si les études examinant les effets de seuils de la dette publique sur la croissance
paraissent abondantes ces derniers temps, rares sont celles qui concernent
exclusivement les pays en développement. C’est l’une des raisons, pour lesquelles
nous décidons de s’y intéresser dans notre partie empirique.
201
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
8.2. Dette publique et croissance : Evaluation empirique
Dans cette étude de cas, nous nous focalisons sur l’examen de l’impact de la dette
publique sur la croissance économique, ainsi que sur la vérification de l’existence
d’une éventuelle courbe Laffer de la dette. Pour ce faire, nous commençons par
une analyse descriptive des deux variables avant de passer à une estimation
économétrique des modèles non linéaires. La présente partie expose en détail les
étapes et les résultats de cette étude.
8.2.1. Présentation du panel et des variables d’intérêt
Notre étude porte sur un panel de 48 pays en voie de développement82, pour une
période de 23 ans allant de 1990 jusqu’à 2013. La sélection des pays s’est faite sur
la base de la classification de la banque mondiale par revenu83. Plus précisément,
nous avons constitué notre échantillon de 23 pays à revenu intermédiaire -tranche
inférieure- et 25 pays à revenu intermédiaire -tranche supérieure84. Egalement,
d’autres critères entrent dans le choix du panel, entre autres,la disponibilité des
données et l’homogénéité statistique des séries (Elimination des pays dont les séries
sont très dispersées) et la comparabilité des pays notamment en termes de variables
d’intérêt.
Ces dernières ont fait l’objet d’un choix minutieux. Si le PIb réel par habitant
(TCPIb/hab.) est une variable communément utilisée pour représenter l’activité
économique, la variable dette, quant à elle, est équivoque. En effet, la multiplicité
des définitions et des types de dette nous laisse face à différentes options. Ainsi,
devrons-nous se focaliser sur la dette totale du gouvernement ou simplement sur
la dette extérieure ? Dette brute ou dette nette ? Quelle en est la bonne mesure et la
plus appropriée au cas des pays en voie de développement.
Presbitero (2010), l’un des rares auteurs qui ont discuté ces questions, précise qu’il
est nécessaire de tenir compte de la dette publique totale au lieu que de se concentrer
exclusivement sur la dette extérieure. En suivant l’évolution des dettes extérieures
et intérieures de 93 pays en développement, il remarque que, depuis 1990, la dette
intérieure a un poids plus important que la dette extérieure, et donc la négligence de
celle-ci risque de faire perdre une grande part de l’information.
D’autre part, Panizza et Presbitero (2012) donnent un éclaircissement sur la
différence entre la mesure de la dette en brute et celle en nette. Les auteurs
considèrent que la dette nette est la meilleure mesure de l’endettement public.
ependant, elle requiert une évaluation précise de l’actif et du passif de l’Etat,
(82). Couvrant plusieurs régions du monde : Afrique sub-saharienne ; MENA ; Amérique latine ; Europe
de l’est ; Asie.
(83). La classification de la banque mondiale s’effectue le 1er juillet de chaque année. Elle se fait en
fonction du revenu national brut (RNB) par habitant. Nous prenons en compte celle de 2012.
(84). La liste des pays est présentée dans l’annexe 1.
202
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
ce qui est un exercice très compliqué. Ils ajoutent que la définition de la dette brute
est assez homogène entre les pays, tandis que la dette nette ne l’est pas.
De ce fait, nous retenons pour notre analyse empirique la dette publique totale
mesurée en brut en pourcentage du PIb (Dette)85. Source : Abbas, Belhocine, El-
Ganainy et Horton database (version septembre 2012), département des affaires
fiscales, FMI86.
8.2.2. Analyse bivarié de la dette et la croissance
Les analyses graphiques sont extrêmement importantes dans le cas de notre sujet, un
grand nombre d’auteurs récents s’en est servi pour essayer de détecter l’existence ou
non d’une relation non linéaire entre la dette publique et la croissance économique.
Dans cette section, nous mettons en avant quelques faits constatés graphiquement.
Pour avoir une meilleure lisibilité, nous décidons de partager notre échantillon en
deux groupes : Pays à revenu intermédiaire (PRI) – Tranche inférieure, et pays à
revenu intermédiaire (PRI) – Tranche supérieure.
Les graphiques 2.1 et 2.2 illustrent, d’une manière combinée, les moyennes
individuelles (de chaque pays) des taux de croissance et d’endettement des deux
tranches respectives de 1990 à 2013.
Faits stylisés #1 : De première vue, nous remarquons que les pays faisant partie de
la tranche inférieure des PRI réalisent des taux de croissance assez faibles (0,86%
en moyenne) par rapport à ceux de la tranche supérieure (2,57%). Ce raisonnement
est inversé pour le taux d’endettement. Le ratio dette/PIB moyen est d’à peu près
68% pour la tranche inférieure, tandis qu’il ne dépasse pas les 55% pour la tranche
supérieure.
En se focalisant plus sur les performances de chaque pays en termes de croissance,
nous observons que ceux qui ont des taux d’endettement au-delà de 60-70%
affichent des taux de croissance inférieurs à 2,5-3%. A titre d’exemple, des pays
comme la Zambie, le Liban, la Syrie et la Jordanie, ayant des moyennes d’endettement
respectivement de 134%, 127%, 120% et 106%, ne sont pas arrivés à franchir pas le
cap de 2,5% de croissance. D’autres, à l’instar de la Côte d’ivoire, l’Egypte, le Yémen,
la Bulgarie, la Dominique et le Nigeria, même avec des taux d’endettement moins
intenses, leurs croissances connaissent le même sort, voire pire (Croissance négative
pour la Côte d’ivoire et quasiment nulle pour le Yémen).
(85). La dette publique totale inclut la dette intérieure et la dette extérieure, dette du gouvernement
central (Trésor) et dette garantie.
(86). http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2010/data/wp10245.zip
203
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Graphiques 1.1 et 1.2 : Taux de croissance et d’endettement moyens
De l’autre côté, les pays qui enregistrent de forts taux de croissance (plus de 3-4%)
sont, en général, les moins endettés (Ratio d’endettement moins de 60%). Nous
citons les cas de l’Arménie, le Bhutan, le Panama, l’île Maurice et, à un moindre degré,
la république dominicaine et l’Iran.
Toutefois, nous notons quelques pays qui font l’exception de la règle. C’est-à-dire
qu’ils conjuguent de très faibles taux de croissance avec des niveaux de dette limités,
comme la Swaziland, l’Ukraine, l’Afrique du sud ou encore l’Algérie dont le taux
de croissance moyen de la période considéré est de moins de 1% avec une dette
également basse avoisinant les 52% du PIB. Tandis que la situation la plus rare est
celle qui prévaut dans le Cap vert le Vietnam et l’Albanie. Ces derniers affichent une
croissance élevée dépassant les 5%, malgré le fait qu’ils aient des dettes supérieurs
à 60% du PIB87.
(87). Nous n’avons pas pu représenter tous les 48 pays de l’échantillon dans ces 2 graphiques, faute
d’espace. Néanmoins, les conclusions rapportées sont également valables pour les pays non décris
graphiquement, sauf pour les exceptions cités.
204
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
En définitive, ces commentaires convergent vers une seule conclusion, selon laquelle
la dette a une relation négative avec la croissance. Cependant, nous ne savons pas
si cette relation est toujours ainsi ou uniquement à certains niveaux. En effet, la
manière avec laquelle nous avons représenté nos données, jusqu’à maintenant, ne
nous permet pas de répondre à cette question. Pour cela, nous procédons à une
autre méthode statistique, utilisée par plusieurs auteurs et dont l’origine revient à
Reinhart et Rogoff (2010). Il s’agit d’associer les taux de croissance annuels à quatre
catégories de ratios dette/PIB : Moins de 30%, entre 30 et 60%, entre 60 et 90% et
plus de 90%88. Les résultats de nos calculs sont tracés dans le graphique 3.
Faits stylisés #2 :Trois principales conclusions peuvent être tirées de cette figure.
La première concerne les PRI-Tranche supérieure. Dans cette catégorie de pays, le
taux decroissance moyen évolue légèrement lors d’un passage d’un intervalle à un
autre. Or, cette tendance se renverse lorsque la dette représente plus de 90% du
PIB. La deuxième se rapporte aux PRI-Tranche inférieure. Nous remarquons, donc,
que plus le taux d’endettement augmente moins il y a de croissance. Autrement dit,
la dette, quel que soit son niveau, a un impact négatif sur la croissance pour cette
tranche de pays. La dernière conclusion juxtapose les deux premières. Elle donne
une idée générale sur le panel auquel nous nous intéressons. En effet, comme pour
les pays PRI-Tranche supérieur, il existe un point de détournement à partir duquel la
croissance s’affaiblit. Plus exactement, nous attirons l’attention sur le seuil de 90%.
Le taux de croissance moyen glisse de 2,35% à 2,47% quand le ratio dette/PIB passe
de moins de 30% à 90%, une fois au-dessus, il rétrograde à 2,33%.
Graphique 2 : Taux de croissance du PIB à différents niveaux
d’endettement
Source : Elaboré par nos propres soins
(88). Nous calculons les taux de croissance moyens correspondants à chaque épisode, les épisodes
choisis sont standards dans la littérature.
205
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Ce graphique, fait valoir quelques signes de non linéarité. Cependant, les résultats
tirés ne sont pas concluants, puisque qu’il ne s’agit ici que d’une simple visualisation
des données. Dans ce qui suit, nous soumettrons notre panel à une analyse plus
rigoureuse en utilisant des méthodes économétriques.
8.2.3. Méthodologie d’estimation
Afin de vérifier l’hypothèse de la non linéarité entre la dette publique et la croissance
économique et de déterminer le seuil d’endettement optimal pour notre échantillon,
nous choisissons d’adopter trois spécifications : Linéaire, quadratique et Spline. La
première, comme son nom l’indique, suppose une relation linéaire, c’est-à-dire que
l’indicateur de la dette est introduit en sa forme normale. La seconde et la troisième,
sont une forme de non linéarité. La quadratique signifie l’introduction de la variable
dette avec son carrée, alors que la Spline intègre des intervalles représentant les
niveaux d’endettement89. Ainsi, les équations à estimer s’écrivent comme suit :
modèle linéaire :
TCPIBit = α + β PIBréeli ,t −1 + γ Detteit + φ X it + ηt + ε it
modèle quadratique :
TCPIBit = α + β PIBréeli ,t −1 + γ 1 Detteit + γ 2 Detteit2 + φ X it + ηt + ε it
modèle Spline :
TCPIBit = α + β PIBréeli ,t −1 + γ 1 Detteit × dum<40 + γ 2 Detteit × dum40−70 + γ 3 Detteit × dum≥70 + φ X it + ηt + ε it
Où,
TCPIB : représente la variable endogène qui est le taux de croissance du
PIB réel par habitant ;
PIBréel t-1 : Le PIB réel par tête retardé d’une période ;
Dette : La dette publique totale en % du PIB ;
Dum : Variable muette, elle prend la valeur 1 lorsque la dette est dans
l’intervalle concerné, 0 sinon ;
X: Vecteur regroupant six variables de contrôle ;
η: Les effets temporels ;
ε: Le terme d’erreur ;
i et t : Les indices se réfèrent respectivementaux pays et aux périodes.
(89). Ces approches ont été discutées en détails dans la section 2.3.
206
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
A propos des variables dummy, elles correspondent à trois niveaux d’endettement
: inférieure à 40%, entre 40 et 70% et supérieure à 70%. Ces seuils ont été choisis
d’une manière arbitraire90. Ils fournissent de meilleures estimations par rapport
aux autres. D’autant plus qu’ils permettent de mettre en évidence l’effet de la non
linéarité recherché.
Nos spécifications s’inspirent de la littérature sur les déterminants de la croissance
(Barro 1991 ; Mankiw, Romer et Weil 1992 ; Sala-i-Martin 1992 ; etc.). Elles
intègrent dans l’équation de croissance en outre des effets de la variable d’intérêt
« dette » qui a été défini précédemment, des variables de contrôle qui tiennent
compte de l’hypothèse de convergence(PIbréelt-1), de l’investissement en capital
physique(invest), de l’investissement en capital humain(Educbarro), et de la
croissance de la population (Pop). Nous contrôlons également les effets des
différentes politiques économiques sur la croissance, en introduisant le taux
d’ouverture commerciale (Ouver),le taux d’inflation(Inflation)et les dépenses de
consommation du gouvernement (Gouv)91.
A noter que toutes les variables explicatives sont exprimées en logarithme népérien92.
D’autre part, et dans le but de réduire l’influence des fluctuations cycliques à court
terme93, la période totale a été divisée en 8 sous périodes de 3 ans (1990-1992 ;
1993-1995 ; … ; 2011-2013). Ainsi, le taux de croissance du PIB est calculé en
moyenne de 3 ans, tandis que les variables explicatives sont pris à l’année initiale de
chaque sous période (Exemple : X1990 ; X1993 ; X1996 ;… ; X2011)94.
Par ailleurs, à l’instar des travaux récents utilisant des modèles de croissance,
le choix de la méthode d’estimation s’est porté sur la méthode des moments
généralisés en système (SGMM). Ce choix s’est fait en fonction des spécificités qui
découlent de nos modèles formulés, et qui sont au nombre de trois :
L’hétérogénéité :La présense des effets individuels non observés, qui différent d’un
pays à un autre et qui expliquent la variable endogène. Ces effets sont en mesure d’être
corrélés avec les variables explicatives. Lorsque qu’ils ne sont pas contrôlés, ce qui est
le cas avec les Moindres carrés ordinaires (MCO), les coefficients estimés sont biaisés.
(90). Il n’y pas de consensus sur le choix des seuils, du moins pour les études consacrées aux pays en
développement. En vue d’éviter toute équivoque, Partillo et al. (2011) utilisent la méthode des quantiles
pour constituer les intervalles à estimer. Cette méthode est longue et ne procure pas forcément les
résultats escomptés.
(91). Les variables utilisées dans cette étude sont définies avec leurs sources et les statistiques
descriptives dans l’annexe 2.
(92). Sauf pour le taux de croissance de la population, parce qu’il contient plusieurs valeurs négatives qui
vont être éliminées suite à cette transformation. De même pour l’inflation, nous en rajoutons 1 avant de la
transformer en logarithme pour éviter ce problème : ln (inflation+1)(Kumar et Woo, 2010).
(93).Et également pour éviter le problème de la non-stationnarité des séries qui pourrait produire des
résultats fallacieux.
(94). L’utilisation des intervalles de trois ans (et non pas de cinq ou huit ans) permet de conserver un
nombre suffisant d’observations pour mener une étude en panel. Dans les études empiriques liées à la
dette, les sous périodes de trois ans ont été utilisé par Presbireto (2010) ; Partillo et al. (2011).
207
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
La structure dynamique :L’aspect dynamique de nos équations (PIB retardé figurant
parmi les variables explicatives) rend les estimateurs obtenus par les MCO et les
effets fixes biaisés (Baltagi, 1995). Ces biais peuvent provenir, d’une part, d’une
corrélation potentielle entre la variable retardée PIBt-1 et les autres variables
explicatives (y compris les effets individuels) et, d’autre part, d’une corrélation
potentielle du PIBt-1 par rapport aux valeurs passées, courantes ou futures du terme
d’erreur ε.
L’endogénéité :Ce problème est important dans les spécifications cherchant à
expliquer les taux de croissance. Certaines variables explicatives peuvent être
affectées elles-mêmes par la variable dépendante. C’est le cas par exemple de la
variable relative à la dette et celle de la croissance. Dans la partie théorique, nous
avons fait allusion à l’article de Panizza et Presbireto (2012), les auteurs démontrent
la causalité inversée entre les deux indicateurs. Dès lors, ils affirment que l’estimation
avec les MCO et les effets fixes n’est pas consistante.
La méthode des moments généralisés permet de pallier aux différents biais qui
peuvent résulter des trois éléments cités. De plus, elle est conçue pour des panels
dont la période t est relativement courte (Roodman, 2006). Ce qui est le cas pour
nous (8 sous périodes).
La méthode SGMM a été initialement proposée par Arellano et Bond (1991) puis
développée par Blundell et Bond (1998). Elle consiste à combiner pour chaque
période l’équation en différences premières avec celle en niveaux. La différenciation
de l’équation dynamique permet d’éliminer les effets individuels et d’éviter le
problème de l’hétérogénéité (Arellano et Bond, 1991). Tandis que l’équation en
niveau sert à compenser la perte de degré de liberté engendrée par la différentiation
(Blundell et Bond, 1998)95. Le système d’équations obtenu est estimé simultanément
à l’aide de l’estimateur des moments généralisés de Hansen (1982), dont le principe
est d’introduire les variables explicatives retardées comme instruments. Ainsi, dans
le cas de l’équation en différences premières, les variables sont instrumentées par
leurs valeurs retardées d’au moins deux périodes. Alors que l’équation en niveaux
utilise comme instruments les variables prédéterminées retardées d’une période et
plus. Des variables instrumentales exogènes doivent également être introduites, afin
de remédier à l’endogénéité.
L’efficacité de l’estimation par le SGMM repose sur les conditions suivantes :
Premièrement, les instruments choisis doivent être valides, i.e. non corrélés avec le
terme de l’erreur. Cette hypothèse peut être confirmée ou infirmée via les tests de
Sargan ou Hansen. Deuxièmement, il ne faut pas qu’il ait une autocorrélation d’ordre
2 des résidus, toutefois on tolère une autocorrélation d’ordre 1 à condition qu’elle
soit négative.
(95). Blundell et Bond (1998) ont montré à l’aide des simulations de Monte Carlo que l’estimateur
des GMM en système est plus efficient que l’estimateur des GMM en différence. Ce dernier produit des
estimateurs biaisés lorsque le panel est non cylindré et le nombre de pays est plus important que celui
des périodes.
208
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Sur le plan pratique, l’application de la technique GMM en système nécessite la
distinction entre les variables exogènes, les variables dites prédéterminées et les
variables endogènes. Pour notre cas, nous choisissons dans le premier groupe, le
taux d’inflation (Inflation) ; le taux de croissance de la population (Pop) ; le capital
humain (Educbarro) ; l’ensemble des effets temporels ainsi qu’un instrument
externe (Instrument)96. Dans le deuxième groupe, nous retenons toutes les autres
variables explicatives (Gouv ; Invest ; Commerceet les indicateurs de laDette), à
l’exception du PIB retardé (PIbt-1) que nous incluons dans le troisième groupe97.
En ce qui concerne le nombre de retards choisi pour chacun des trois groupes, nous
prenons en considération les recommandations de Roodman (2009), qui stipulent
que le nombre d’instruments total ne doit pas dépasser le nombre de pays, histoire
de ne pas affaiblir la fiabilité des tests de Sargan et Hansen. A cet égard, nous
choisissons les retards de (t-1) jusqu’à (t-4) et de (t-2) à (t-3) comme instruments
respectivement pour les variables prédéterminées et pour les variables endogènes.
Pour les variables exogènes, leurs valeurs courantes ont été utilisées comme
instruments.
Il est nécessaire de mentionner que l’utilisation du GMM en système dans les
sujets s’intéressant à la relation dette-croissance, a commencé avec les travaux de
Partillo et al. (2002). Et depuis, la majorité des auteurs optent pour cette méthode
vu l’efficience de ses résultats et du nombre de biais qu’elle permet d’esquiver.
Néanmoins, les résultats des autres méthodes d’estimation, notamment ceux des
effets fixes, sont tout de même présentés dans quelques articles98. Nous faisons de
même, ne serait-ce que pour faire des comparaisons.
8.2.4. Résultats et interprétations
Dans cette section nous dévoilons et commentons les résultats économétriquement,
puis économiquement avant d’analyser les seuils optimaux obtenus avec les deux
approches utilisées.
Le tableau 3 retrace les résultats des estimations par les effets fixes et le
système GMM, des trois spécifications : Linéaire, quadratique et Spline. Il évoque
également les principaux tests de validation à savoir le test de Wald (F-Stat)
indiquant la qualité des modèles, les tests d’autocorrélation sérielle des résidus
(96). La valeur de cet instrument dans le pays i à l’instant t est calculée en faisant la moyenne de la dette
par rapport au PIB dans les 47 autres pays à l’instant t (Checherita-Westphal et Rother, 2012).
(97). Le tri de ces variables a été réalisé grâce à des tests d’endogénéité. Il s’agit de régresser chacune des
variables par rapport à toutes les autres variables explicatives. De récupérer les résidus des régressions
puis de régresser chaque fois l’équation de croissance avec comme variables supplémentaires les résidus
estimés. Si les résidus sont significatifs alors les variables sont posées comme endogènes. (Nicet-Chenaf
et Rougier, 2008).
(98). Clements et al. (2003) ; Pattillo et al. (2002, 2004) ; Gupta et al. (2005) ; Checherita et Rother (2010)
; Kumar et Woo (2010) ; Partillo et al. (2011) ; etc.
209
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
d’Arellano-Bond AR(1) et AR(2), et le test de Hansen de suridentification des
instruments99.
8.2.4.1. Diagnostic statistique
Le diagnostic statistique permet d’approuver la validité des modèles estimés avec
les deux méthodes. En effet, Les tests AR(1) et AR(2) (relatifs au SGMM) dont
les hypothèses nulles respectives sont « autocorrélation d’ordre 1 des résidus
positive » et « Absence d’autocorrélation d’ordre 2 », sont conformes à ce que la
théorie économétrique dicte. Enfin, les tests de Hansen sont non significatifs100, ce
qui implique que les instruments choisis pour tous les modèles estimés avec SGMM
sont valides.
8.2.4.2. Déterminants de la croissance
Compte tenu des arguments avancés dans la section précédente, nous focalisons
notre analyse, pour l’instant, sur les coeicients résultants du SGMM. Ces derniers,
sont généralement signiicatifs, et ont tendance à corroborer la théorie101.
Ainsi, nous conirmons l’hypothèse de convergence (le coeicient négatif et
signiicatif associé au PIB par tête retardé), les contributions positives à la croissance
économique de l’investissement en capital humain (EducBarro) et celui en capital
physique (Invest), et négatives de l’augmentation de la population, l’inlation et de la
taille du gouvernement102.
L’ouverture commerciale (Ouver) fait toutefois l’exception. Bien que son impact
sur la croissance soit positif dans la majorité des estimations, il reste non signiicatif.
Cela pourrait être dû au fait que nous avons inclus le volume des exportations et
importations abstraction faite de la qualité de la politique commerciale (Burnside et
Dollar, 2000).
Il est à remarquer aussi que le passage d’un modèle à un autre n’a pas un grand efet
sur les coeicients des diférentes variables du modèle. Les signes sont les mêmes, la
signiicativité et les degrés des paramètres estimés ne varient pas tellement, ce qui
montre la robustesse de nos modèles.
(99). Dans la littérature empirique, le test de Hansen est préféré à celui de Sargan, car il tient compte de
l’hétéroscédasticité (Roodman, 2006). Par ailleurs, les tests classiques de Hsiao (pour la validation du
Panel) et d’Hausman (pour trancher de la nature des effets fixes ou aléatoires) sont vérifiés implicitement.
(100). D’après les recommandations de Roodman (2006), il est préférable que les p-values de Hansen
soient supérieurs à 0,25.
(101). La suprématie du SGMM par rapport à l’estimateur Within, apparait également au niveau de la
significativité et les signes des coefficients.
(102). Les signes théroriques attendus des différentes variables de contrôle des modèles figurent dans
l’annexe 3.
210
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Tableau 3 : Résultats des estimations103
Variable dépendante : TCPIb/hab.
variables
Effets fixes GMM en système
explica-
tives Quadra- Quadra-
Linéaire Spline Linéaire Spline
tique tique
PIbréel t-1 -0,069*** -0,067*** -0,067*** -0,013*** -0,019*** -0,006*
(-5,77) (-5,61) (-5,62) (-3,48) (-4,86) (-1,80)
Invest 0,001 0,001 0,001 0,014*** 0,018*** 0,012***
(0,27) (0,25) (0,17) (2,81) (5,49) (3,96)
Educbar- -0,012 -0,015 -0,013 0,017*** 0,017*** 0,013***
ro (-0,93) (-1,16) (-1,02) (2,94) (3,99) (3,92)
Pop 0,198 0,380 0,297 -0,563* -0,764*** -0,673***
(0,55) (1,04) (0,83) (-1,92) (-4,70) (-3,59)
Ouver 0,012 0,013 0,011 -0,011 0,003 -0,009
(1,18) (1,31) (1,17) (-0,68) (0,33) (-1,22)
Inflation -0,006** -0,005** -0,006** -0,004** -0,004** -0,005***
(-2,61) (-2,47) (-2,52) (-2,29) (-2,30) (-3,36)
Gouv -0,016 -0,017* -0,017* -0,049*** -0,035*** -0,040***
(-1,65) (-1,75) (-1,82) (-7,83) (-5,51) (-9,92)
Dette 0,003 0,050** - -0,001 0,052** -
(0,97) (2,10) (-0,33) (3,20)
Dette2 - -0,006* - - -0,006** -
(-1,98) (-3,00)
Dette< 40 - - 0,012** - - 0,008***
(2,16) (3,46)
Dette40 -70 - - 0,010** - - 0,006***
(2,07) (2,75)
Dette ≥70 - - -0,001 - - -0,001**
(-1,43) (-2,20)
R-sq 0,355 0,369 0,369 - - -
Nb. - - - 34 39 44
d’instr
AR(1) - - - 0,003 0,002 0,005
AR(2) - - - 0,111 0,163 0,115
hansen - - - 0,777 0,846 0,379
OIR
211
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
8.2.4.3. Effets de seuil de la dette publique sur la croissance
Au vue du tableau des estimations, les effets de la dette publique sur le taux de
croissance peuvent être perçus de trois manières, suivant les trois spécifications
préalablement définies.
Selon le modèle linéaire, la dette n’a pas un impact clair sur l’activité économique, le
coefficient y attaché est tantôt négatif (SGMM) tantôt positif (Effets fixes), et toujours
non significatifs. Certes, ces résultats sont contradictoires avec ceux de Kumar et
Woo (2010) et Presbireto (2010), mais ils demeurent explicables. En effet, Partillo
et al. (2011), ayant obtenu le même résultat, remettent sur le devant de la scène
l’hypothèse de base qui stipule la non linéarité entre la dette et la croissance, pour
justifier cette aberration. En d’autres termes, la spécification linéaire n’est pas la
mieux adéquate pour capturer la relation entre les deux variables. Par conséquent,
l’analyse sera plus riche en termes de résultats avec les modèles non linéaires.
Il ressort de la forme quadratique que la dette publique a un double impact sur la
croissance économique dans les pays de l’échantillon. En effet, la dette favorise la
croissance avant d’entraver son évolution lorsqu’elle atteint un certain seuil. Le
résultat découle de la significativité de la variable d’endettement et de son carré,
mais également des signes opposés de leurs coefficients (positif pour Dette et négatif
pour Dette²). Cela se traduit par une courbe en forme de U inversée entre la dette
publique et le taux de croissance. La confirmation est donnée par le test de détection
de non linéarité proposé par Lind et Mehlum (2010), qui vient pour éviter toute
ambiguïté ou mauvaise interprétation concernant le type de la relation (convexe,
concave ou monotone). Il fournit également le point extrême, en l’occurrence le seuil
optimal d’endettement, et ce en maximisant l’équation estimée104. Nous présentons
les résultats de ce test dans le tableau suivant :
(104). La procédure de maximisation de l’équation de la croissance est détaillée dans la section 2.3.
(103). (1)Les estimations sont faites à l’aide du logiciel Stata 12.
(2) SGMM est implémentée dans Stata sous la commande XTABOND2 (Roodman, 2006).
(3) Seuls les effets temporelles significatifs sont inclus dans le modèle, mais ne sont pas rapportés dans
ce tableau, tout comme la constante, faute d’espace.
(4) Les chiffres entre parenthèses représentent les t de Student. Pour les tests de validité des modèles,
leurs p-values sont présentées au lieu des valeurs critiques.***Coefficient significatif au seuil de 1%, **
5% et * 10%.
(5) Les cellules en gris clair signifient que les signes et la siginificativité des cofficients sont conformes à
la théorie.
212
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Tableau 4 : Résultats du test de non linéarité105
Hypothèses H0 : Relation en forme de U ou monotone.
H1 : Relation en forme de U inversée.
Effets fixes GMM en système
Valeur du test 1,57 2,57
p-value 0,059 0,007
Seuil optimal 4,144 3,835
La statistique de Lind et Mehlum (2010) est significative au seuil de 10% et de 1%
respectivement pour les effets fixes et le GMM en système. Nous rejetons, donc,
l’hypothèse nulle et nous acceptons que la relation entre la dette publique et la
croissance est sous forme d’une courbe Laffer (U inversée). Les points optimaux
figurant dans le tableau sont en logarithme, pour enlever ce dernier nous procédons
à l’exponentielle. De cette façon, nous obtenons un seuil d’endettement de 63,29%
avec les effets fixes et 46,34% avec le GMM en système. Graphiquement, la relation
entre la dette et le taux de croissance estimé est illustrée dans la figure 4.
La fonction non linéaire montrée ci-après, est tracée à l’aide de l’option « lissage »
(lowess smoother) sur la base des données de la dette (en abscisse) et de la série
du taux de croissance estimée par le SGMM (en ordonnée). Elle laisse apparaitre le
seuil obtenu ainsi que d’autres points critiques à partir desquels la pente change de
forme. Nous pouvons remarquer par exemple que l’effet de la dette sur la croissance
est positif, mais très faible lorsque le taux d’endettement est inférieur à 17,5% (point
2,86), les vertus de la dette deviennent plus évidentes une fois on dépasse ce ratio,
et jusqu’à ce qu’on arrive au seuil de 46,35% (point 3,83), où nous assistons à un
changement de signe, i.e la dette commence à influer négativement sur la croissance.
En revanche, les répercussions négatives sont beaucoup plus intenses lorsque le
ratio se situe à des niveaux très élevés au-delà de 116% (point 4,75).
(105). Le test de Lind et Mehlum (2010) est implémenté dans Stata12 à travers la commande UTEST.
213
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Graphique 4 : fonction non linéaire : Dette et croissance
L’autre spécification du modèle non linéaire, en l’occurrence la Spline, met en
relief des constats plus ou moins distincts que les précédents. En effet, et comme
nous l’avons souligné précédemment, chacune des deux méthodes présente des
caractères typiques. A titre de rappel, la quadratique offre la possibilité d’estimer
un seuil exact, mais y impose une significativité des deux côtés. La Spline, quant à
elle, n’accorde pas autant d’importance à cela, elle peut identifier un impact non
linéaire et significativement positif au deçà du seuil, sans pour autant avoir un
effet significatif au-delà de ce dernier. C’est le cas, d’ailleurs, de notre estimation
faite avec les effets fixes. En effet, une dette inférieure à 40% du PIB est favorable
à la croissance, et qui continue à l’être même jusqu’à 70%. Or, dès qu’on dépasse
ce seuil, on perd toute preuve de significativité. D’une autre manière, la dette
publique, lorsqu’elle est supérieure à 70% du PIB, ne provoque aucun effet sur la
croissance. Par ailleurs, les résultats du SGMM auxquels nous nous intéressons le
plus, confirment la première proposition (effet positif quand la dette est inférieure
à 70% du PIB), mais déclinent la deuxième. Le coefficient de Dette ≥70 est négatif
et significatif, ce qui indique qu’un niveau de dette supérieur à 70% a des effets
délétères sur l’activité économique. Le seuil optimal d’endettement obtenu par la
Spline est, donc, égal à 70%.
Nos différentes méthodes statistiques et économétriques nous ont permis d’affirmer
l’hypothèse de non linéarité, et de déterminer les seuils d’endettement optimaux, en
l’occurrence, 46% estimé avec l’approche quadratique et 70% avec la spécification
Spline. Cependant, ces résultats concernent 48 pays confondus. Pour éclaircir la vue,
214
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
nous proposons dans la troisième partie de mettre le focus sur le cas du Maroc.
8.3. Dette publique et croissance : Cas du maroc
L’objet de cette partie est d’étudier la relation entre la dette publique et la croissance
économique au Maroc. Il s’agit plus précisément, de transposer les résultats obtenus
en termes de seuils d’endettement sur le cas marocain. Afin d’avoir une meilleure
interprétation, nous choisissons d’élargir la période et de changer la source de
données. Les taux d’endettement106 et de croissance du PIB réel sont, cette fois
ci, issues des tableaux de bord des finances publiques107, pour une période de 34
ans allant de 1980 jusqu’à 2013. Mais avant d’entamer cette analyse, il nous a
semblé intéressant de commencer par une ébauche sur l’état des lieux des finances
publiques en général, et de l’endettement en particulier, au Maroc.
8.3.1. Evolution de l’endettement public au Maroc au fil du temps
L’examen de la tendance de la dette publique dans l’histoire du Maroc indépendant,
permet de distinguer quatre périodes dans lesquelles cette dernière a évolué
différemment, selon le contexte économique, financier et budgétaire qui prévalait
dans chacune des périodes. Dans cette section, nous mettons l’accent sur ces quatre
ères : La première concerne la décennie 70’, la deuxième tente un bilan sur le
comportement de la dette au cours de la période du plan d’ajustement structurel
(1983-1992), la troisième se rapporte à la période amorcée à partir du début des
années 90’ à 2009, et la dernière situe la dette marocaine dans le contexte de la crise
mondiale actuelle (2010-2013).
8.3.1.1. La trajectoire post-indépendance (1970-1982)
A partir des années 70’, le Maroc s’est inscrit dans une politique volontariste
qui a été concrétisée par le lancement d’un plan ambitieux (1973-
1977) appuyé sur l’augmentation des recettes phosphatières due au
quadruplement des prix des phosphates. A cet égard, les dépenses publiques
et surtout les dépenses d’investissement ont connu une progression
phénoménale en raison de plusieurs facteurs. La politique d’expansion de
l’investissement (Plan 1973-1977) n’a pas été l’unique cause de cette explosion. Il y
a eu notamment le choc pétrolier de 1973, les dépenses militaires (conflit du Sahara)
et l’accélération du taux de croissance de consommation de l’Etat (41,7% entre 1974
et 1977) suite à une hausse de 26 % des salaires des fonctionnaires. A partir de
1975, cette politique -dite volontariste- a entrainé une situation de déséquilibre
(106). Dans cette partie nous nous focalisons sur les données de la dette publique hors dette garantie. Les
séries de cette dernière ne sont pas disponibles pour toute la période.
(107). Tableau de bord des finances publiques (2003, 2006, 2010, 2013). Direction des Etudes et
Prévisions financières. Ministère des finances et de l’économie.
215
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
budgétaire. En effet, la chute des cours des phosphates avait pour corollaire une
baisse substantielle des recettes du monopole.
Conséquences, ces recettes ne couvrent plus les dépenses sur les projets
d’investissement précédemment lancés, ce qui a forcé le Maroc à recourir à
l’emprunt extérieur, surtout qu’à cette période, l’accès aux sources de financement
international était, plus ou moins, facile. Ainsi, le taux d’endettement direct du
trésor qui n’était que de 22,4% du PIB en 1974 s’est élevé à 64,7 % en 1982. Cet
endettement excessif et ces déficits sans précédents ont débouché sur une situation
de cessation de paiement, ce qui a rendu le rééchelonnement de la dette extérieure
incontournable et l’ajustement structurel indispensable.
8.3.1.2. Le programme d’ajustement structurel (1983-1992)
L’adoption du plan d’ajustement structurel en 1983, sous les auspices du fonds
monétaire international (FMI) et de la banque mondiale, est l’émanation d’une
période délicate accentuée par la crise de la fin des années 1970 début des
années 1980. En effet, le PAS avait comme principale objectif de ré-établir les
équilibres macro-économiques. Le déficit budgétaire ayant atteint un taux
de 12% en 1982, l’impératif était de le faire réduire par l’intermédiaire des
dépenses publiques. Tandis qu’il y a eu recours au club de Paris108 pour solliciter un
rééchelonnement de la dette extérieure qui pesait énormément sur la contrainte
budgétaire de l’Etat.
L’assainissement budgétaire a porté ses fruits à la fin du PAS. Le déficit budgétaire
a été ramené à 2,2% en 1992. En revanche, le ratio d’endettement a poursuit sa
flambée s’élevant à 85,3% avec une moyenne de période égale à 82,8%. En effet,
face à un accès limité aux ressources externes, les pouvoirs publics se sont orientés
massivement vers la dette intérieure. Celle-ci a vu sa part dans l’encours total passer
de 24% en 1983 à plus de 32,2% en 1992.
(108). Le Club de Paris est un groupe informel de créanciers (vingt pays développés en sont membres
permanents) qui a pour but de trouver des solutions coordonnées et durables aux difficultés de paiements
de nations endettées.
216
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Graphique 5 : Evolution de la dette publique totale entre 1983 et 1992
Source : Elaboré par nos propres soins
8.3.1.3. La période post-ajustement (1993-2009)
La phase post-ajustement, a été caractérisée par une réduction notable du ratio
d’endettement, qui a baissé de 88,4% à 47,1 entre 1994 et 2009, soit une diminution
de 35,3 points. Ce changement de structure dans le comportement de la dette est la
résultante de l’effet combiné de quatre facteurs essentiels : L’inflation, le niveau des
taux d’intérêts, le niveau du solde primaire, en plus de l’effet du taux de change et
de la gestion active de la dette qui sont groupés sous le vocable « autres opérations
financières ».
En effet, après la fin du cycle de rééchelonnement de la dette et suite aux réformes
mises en place en faveur d’une stabilité du cadre macroéconomique, l’inflation a été
maîtrisée et son impact sur la baisse du ratio de la dette a été limité, ne dépassant
pas 1 point du PIB annuellement en moyenne entre 1993 et 2009.
Les taux d’intérêt, qui provoquaient une hausse annuelle du ratio de la dette de 4,9
points du PIB pendant le PAS, ont régressé de près de 80 points de base durant la
période 1994-2009. Cette performance a été favorisée en grande partie par leur
baisse sur le marché international, mais aussi par la réforme du mode de financement
du Trésor et la gestion active de la dette publique qui a fait que ces taux diminuent
au niveau national.
Par ailleurs, les recettes de privatisations ont également contribué à la baisse
du taux d’endettement, du fait qu’elles ont pu financer quelques sources des
déficits jumeaux, à savoir les revalorisations salariales, le manque à gagner du
démantèlement progressif des tarifs douaniers et les dépenses fiscales.
217
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
L’évolution de la dette publique durant cette période, a été également marquée par
l’accroissement de sa composante interne au détriment de sa composante externe,
comme le montre le graphique 6.
A partir de 1993, l’encours de la dette extérieure a fléchi de 1,2% annuellement
ramenant sa part dans la dette totale de 65,4% (57,8% par rapport au PIB) en
1993 à 22,7% (10,7% par rapport au PIB) en 2009. En parallèle, le ratio de la dette
intérieure a enregistré une augmentation substantielle passant de 30,6% en 1993
à 49% en 2006. Ce ratio a diminué dans les deux années qui suivent, suite aux
excédents budgétaires réalisés (explosion des recettes fiscales).
Graphique 6 : Evolution de la dette publique avec ses composantes
interne et externe entre 1993 et 2009
8.3.1.4. Le contexte actuel (2010-2013)
Après avoir constamment baissé dans la période précédente, le ratio dette publique/
PIB du Maroc a commencé à augmenter en 2010 par suite de la détérioration des
performances économiques. La hausse des cours mondiaux des produits de base
a contribué à un creusement sensible du déficit budgétaire, principalement par le
biais du coût des subventions accrues aux denrées alimentaires et aux carburants
(Doublement des dépenses de compensation entre 2009 et 2010). La dette publique
est passée de 47,1% du PIB en 2009 à 59,6% en 2012. Environ la moitié de cette
hausse s’est produite en 2012 car l’économie a été fortement touchée par la crise
en Europe (principal partenaire commercial du Maroc) et la hausse des cours du
pétrole, et les autorités ont éprouvé des difficultés à maîtriser le déficit budgétaire
(7,3% en 2012 contre 2,2% en 2009)109.
(109). Maroc Consultations de 2013 au titre de l’Article VI (FMI), Mars 2014.
218
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Le creusement du déficit, s’est traduit en particulier, et pour la première fois depuis
1993, par une rupture de la tendance baissière de la dette extérieure. Cette dernière
s’est établie en 2012 à 14,1% alors qu’elle ne dépassait pas 9,9% du PIB en 2008,
soit une hausse de plus de 42%110. Dans le même temps, que la dette intérieure s’est
remise à la hausse comme il était le cas avant 2007, en passant de 36,9% par rapport
au PIB en 2009 à 45,5% en 2012.
Tableau 5 : Situation de l’endettement public entre 2010 et 2013
2010 2011 2012 2013
Dette extérieure du 12,1% 12,4% 14,1% 14,9%
Trésor
Dette intérieure du 38,2% 41,3% 45,5% 47,9%
Trésor
Total Dette du Trésor 50,3% 53,7% 59,6% 62,8%
A noter que l’année 2013, a connu un allégement du déficit budgétaire suite à la
réactivation du système d’indexation des prix des produits pétroliers, qui a provoqué
une baisse de la charge de compensation, ainsi qu’à la maitrise des dépenses
d’investissement. En revanche, la situation des recettes fiscales s’est aggravée et les
levées duTrésor sur le marché intérieur ont sensiblement augmenté et négativement
affecté les conditions de son financement. En conséquence, la dette du Trésor a
poursuivi sa trajectoire ascendante entamée depuis 2009, franchissant le seuil de
60% du PIB, avec une hausse de 5,2% de sa composante interne et de 5,6% de celle
externe par rapport à 2012.
8.3.2. Effets de seuil de la dette sur la croissance au Maroc
Comme nous l’avons déjà annoncé, l’hypothèse de la non linéarité entre la
dette et la croissance ainsi que les seuils d’endettement estimés dans la partie
précédente, se rapportent à un panel de pays. Le Maroc y est inclus, certes,
mais cela ne nous permet pas de conclure si ces résultats sont valables pour ce
dernier. La section présente dresse une analyse descriptive à travers laquelle nous
essayons de répondre à cette problématique.
(110). L’Etat a recouru deux fois au marché financier international dans un lapse de trois ans. C’était en
2010 et 2012 où il s’est emprunté respectivement 1 milliard d’Euros et 1,5 milliard de dollars.
219
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
8.3.2.1. Analyse en graphique combiné
Cette analyse revient à croiser deux variables, en un seul graphique. Dans notre cas,
cela donne la possibilité de suivre l’évolution du taux de croissance du PIB réel en
fonction des variations du taux d’endettement. Or, la trajectoire de la croissance au
Maroc est difficile à repérer, vu la forte volatilité qu’elle connait, qui semble d’ailleurs
être structurelle.
Graphique 7 : Evolution du taux de croissance du PIB réel entre 1980
et 2013
Source : Elaboré par nos propres soins
Comme le montre le graphique 7, le taux de croissance au Maroc évolue en dents de
scie, marquant des hauts et des bas selon les variations de la production agricole qui
a toujours été fort dépendante des conditions climatiques. En effet, de 1980 à 2013,
la croissance est tombée 6 fois au-dessous de zéro, et elle a rarement été à deux
chiffres. Les performances les plus importantes ont été, en général, réalisées suite
à une forte baisse du taux de croissance de l’année qui précède, et pire encore elles
sont souvent suivies par une rechute économique.
Etant donné cela, il est quasiment impossible de dépister les effets réels de
la dette sur la croissance. Nous procédons, alors, à la décomposition de la
période totale en 11 sous périodes de 3 ans, les taux de croissance sont calculés
en moyenne de 3 ans, et les ratios d’endettement sont pris à l’année initiale
de chaque sous période111. Cette étape est importante dans la mesure où elle
permet de réduire les fluctuations de court terme qui caractérisent le taux
de croissance. Dans la foulée, nous traçons les séries trisannuelles du taux de
croissance et de l’endettement dans le graphique 8, tout en mentionnant les seuils
optimaux obtenus dans la dernière partie, en l’occurrence 46% et 70% :
(111). La dernière sous période regroupe 4 années (2010-2013).
220
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Graphique 8 : Croisement des taux de croissance et d’endettement
Source : Elaboré par nos propres soins
Il ressort de cette figure trois principales remarques que nous énumérons ci-
dessous :
Durant la période étudiée, le taux d’endettement n’a été inférieur au seuil estimé
de 46% qu’une seule fois, c’était en 1980 où il avoisinait les 41% du PIB. Cela nous
mène à rejeter l’optimalité du seuil de 46% obtenu avec la méthode quadratique.
Entre la deuxième et la septième sous période, soit entre 1983 et 1997 (Epoque du
PAS et les quelques années qui suivent), la dette était au-dessus du seuil de 70%.
Dans le même temps, la croissance se situait à des niveaux relativement bas. En
revanche, l’effet de seuil n’est apparu qu’au-delà de la troisième sous période, où le
ratio de la dette a commencé à frôler les 76% du PIB, ce qui a eu pour conséquence
une véritable dépréciation au niveau du le taux de croissance. Ce dernier a repris,
par la suite, sa tendance haussière dès que le taux d’endettement est revenu à son
niveau maitrisé (au-dessous de 70%).
Par ailleurs, les dernières sous périodes (à partir de 1998), font apparaitre une
contradiction par rapport aux constats initialement observés. La croissance a
ralenti en dépit du fait que la dette soit en deçà du seuil optimal. Même avec un
ratio d’endettement ne dépassant pas 60% du PIB, le taux de croissance est resté
relativement faible. Cette exception nous donne l’occasion de rappeler que la dette
n’est pas le seul facteur déterminant de la croissance. En effet, la dernière décennie a
été caractérisée par un changement de profil de l’économie nationale. Des décisions
à caractère commerciale (libéralisation du commerce extérieur par la signature
d’accords de libre-échange notamment avec l’Union Européenne et les Etats-Unis
d’Amérique) et le désengagement économique (privatisation des secteurs clés), ont
forcément eu des retombées négatives sur la croissance.
221
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
8.3.2.2. Analyse par l’approche Reinhart Rogoff (2010)
L’approche Reinhart Rogoff est un autre moyen de détecter la non linéarité entre le
taux de croissance et le taux d’endettement112. La logique de base consiste à évaluer
le comportement du taux de croissance à différents niveaux de dette, lesquels sont
choisis au préalable. Nous adaptons cette méthode à notre cas, et nous utilisons
les seuils estimés plutôt que les seuils dits « exogènes ». Ainsi, nous calculons la
moyenne du taux de croissance des années où la dette a été inférieure à 70% du PIB,
et vice versa113. Le tableau 6 retrace les résultats obtenus :
Tableau 6 : Approche Reinhart Rogoff appliquée au cas du maroc
Tous les Lorsque Dette Lorsque Dette
niveaux de < 70% ≥ 70%
dette
Moyenne du taux de 4,2% 4,42% 3,93%
croissance
Nb. d’observations 34 19 15
Sur la base de ces calculs, nous constatons d’une part que durant toute la période
étudiée, la dette s’est située autour de 70% (68,7% en moyenne), cela peut être
remarqué par le nombre plus ou moins égal des observations des deux côtés du
seuil. D’autre part, le passage d’un niveau de dette à un autre implique une baisse
du taux de croissance moyen. En termes de chiffres, quand le ratio d’endettement
dépasse le cap de 70% du PIB, la croissance moyenne diminue d’à peu près 0,5
points, passant de 4,42% à 3,93%.
A l’issue de cette partie, nous pouvons déduire que le seuil d’endettement optimal
au Maroc est dans les alentours de 70% du PIB, et que le seuil obtenu à l’aide de la
méthode quadratique qui est de 46% n’est pas plausible, vu la nature des données
du ratio d’endettement qui ont toujours été supérieures à ce seuil.
(112). Elle a été déjà explicitée dans la section 3.2.
(113). Le seuil d’endettement de 46% a été écarté de l’analyse, vu le nombre insuffisant des données en
dessous de ce dernier.
222
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Conclusion
Ce travail a tenté de donner une réponse à la question du lien qui existe entre
croissance et endettement dans les pays en voie de développement. Après une revue
approfondie de la littérature, il s’est avéré que la relation entre les deux grandeurs
est non linéaire, typiquement concave. C’est-à-dire que l’endettement est favorable
à la croissance jusqu’à un certain point, au-delà duquel la tendance se renverse. A
partir de ce moment, il est devenu question pour nous de vérifier cette hypothèse de
non linéarité et d’estimer le taux d’endettement optimal.
Pour cela, nous avons opté pour les spécifications non linéaires qui nous ont
apparues les plus adéquates à notre échantillon, il s’agit des modèles quadratique
et Spline. Les résultats estimés principalement avec la méthode GMM en système,
dont nous avons justifié le choix dans la deuxième partie, confirment les apports
théoriques concernant le type de la relation (en forme de U inversée), et les seuils
de dette obtenus sont de 46% avec le modèle quadratique et 70% avec le modèle
Spline. La projection de ces résultats sur le cas du Maroc a permis de trancher sur
la conformité du seuil de 70%, qui paraît le plus raisonnable suivant les données
historiques de l’endettement et de la croissance dans ce pays.
Quelques pistes de recherche peuvent être empruntées en vue de répondre à la
même problématique. Une application des modèles à changement de régimes serait
plus riches en termes de résultats, du moment où ils donnent la possibilité d’obtenir
des seuils dits « lisses », c’est-à-dire contenus dans des intervalles, quoique ce genre
de modèles nécessite l’utilisation des panels cylindrés. Il est également possible
d’envisager une analyse plus fine, en se focalisant sur les canaux par lesquels la dette
affecte la croissance et vice versa.
223
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
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225
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Annexes
Annexe 1 : Liste des 48 pays de l’échantillon
Pays à revenu intermédiaire - Tranche inférieure : Arménie ; Bhutan ; Bolivie ;
Cameroun ; Cap Vert ; Côte d’ivoire ; Egypte ; El Salvador ; Ghana ; Honduras ; Leso-
tho ; Moldove ; Maroc ; Nigeria ; Pakistan ; Sénégal ; Iles Solomon ; Swaziland ; Syrie ;
Ukraine ; Vietnam ; Yémen ; Zambie.
Pays à revenu intermédiaire – Tranche supérieure: Afrique du sud ; Albanie ; Al-
gérie ; Belize ; Brésil ; Bulgarie ; Colombie ; Costa Rica ; Dominique ; Fiji ; Iran ; Jorda-
nie ; Kazakhstan ; Liban ; Maldives ; Maurice ; Namibie ; Panama ; Pérou ; République
Dominicaine Grenade ; St. Vincent et les Grenadines ; Tunisie ; Ukraine ; Uruguay.
226
Annexe 2 : Définition et source et description des variables
Variables Définition Source N. d’obs. Moyenne Médiane Ecart-type Min Max
PIB réel/hab. PIB réel par habitant (USD base WDI 1086 2581,12 2267,06 1746,01 301,31 8483,33
2005)
TCPIB/hab. Taux de croissance du PIB réel WDI 1099 2,38 2,38 4,29 -17,06 17,51
par habitant
Invest Taux d’investissement en % du WEO 1090 22,83 21,66 8,73 1,18 66,56
PIB
EducBarro Nombre moyen d’années passé à Barro-Lee Da- 902 2,16 1,94 1,17 0,29 5,74
l’enseignement secondaire (des taset
+ 15 ans)
Pop Croissance de la population WDI 1103 1,47 1,62 1,16 -2,4 5,17
La problématique de soutenabilité de la dette publique au Maroc
Ouver Ouverture commerciale en % WDI 1078 84,33 78,94 37,4 14,93 223,6
du PIB
Inflation Taux d’inflation WEO 1010 7,9 6,13 7,47 -3,9 45,13
Gouv Dépenses de consommation WDI 1032 15.22 14.54 5.41 3.22 40.07
finale du gouvernement en %
du PIB
Dette Dette publique totale brute en Abbas, Belho- 1054 60,95 38,2 53,8 6,2 289,6
% du PIB cine, El-Ganainy
et Horton Data-
base (FMI)
227
Interactions entre la politique budgétaire et les autres politiques économiques au Maroc
Annexe 3 : Documentation des variables de contrôle
variables Revue de littérature Signe attendu
PIB réel/hab. Barro (1990) ; Sala-i-Martin (1992) ; etc. -
Invest Solow (1956) ; Romer (1986) ; etc. +
EducBarro Lucas (1988) ; Kumar et Woo (2010) ; etc +
Pop Barro (1998) ; etc. -
Ouver Collier et Gunning (1997) ; etc. +/-
Inflation Agenor et Montiel (1999) ; Barro et Sa- -
la-i-Martin (2004) ; Agenor (2005) ; etc.
Gouv Barro et Sala-i-Martin (1992) -
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