Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
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EvALUATION DE L’ORIENTATION DE LA
POLITIQUE BUDGéTAIRE AU MAROC
AKBOUL Naima : Chef de Service de l′Impact des Politiques Financières
et
RAGBI Bouameur : Chef de Division des Synthèses Macro-Economiques
Direction des Etudes et des Prévisions Financières
Ministère de l’Economie et des Finances
Résumé :
La maîtrise du solde budgétaire qui conditionne la stabilité macroéconomique
(compte courant, inflation, croissance…) est tributaire de la connaissance des
causes qui sont à son origine. Une évaluation précise de l’orientation de la politique
budgétaire est alors nécessaire afin de distinguer dans l’évolution des finances
publiques les facteurs budgétaires structurels et les fluctuations conjoncturelles
du solde budgétaire. Pour appréhender l’orientation des finances publiques,
les organismes internationaux (FMI, OCDE, …) utilisent des indicateurs dont,
notamment le solde budgétaire structurel. L’idée fondamentale se base sur le fait
que les variations du solde dues aux fluctuations conjoncturelles sont considérées
comme auto-correctrices dans la mesure où elles doivent se corriger d’elles -mêmes
une fois la reprise de l’activité est engagée. En revanche, le solde structurel constitue
une mesure pertinente de l’orientation de la politique budgétaire que seule une
action délibérée des pouvoirs publics peut corriger. Il peut permettre d’anticiper les
incidences économiques des finances publiques à moyen terme indépendamment
des facteurs conjoncturels, ou des ressources non permanentes et d’en prévoir le
comportement.
La démarche d’évaluation de la composante structurelle largement commune à
l’ensemble des organisations internationales repose sur le calcul des recettes et des
dépenses structurelles. Ces dernières sont estimées en utilisant des paramètres qui
captent la réponse cyclique de ces agrégats à l’écart entre la production observée
et la production potentielle, appelé output gap. La composante cyclique du solde
budgétaire s’obtient par la différence entre le solde effectif et le solde structurel.
L’appréciation de l’orientation de la politique budgétaire à travers l’évaluation du
solde structurel au Maroc dégage le poids prédominant des facteurs structurels pesant
sur les finances publiques. Il s’agit, principalement, du caractère incompressible des
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
dépenses salariales et de l’étroitesse de l’assiette fiscale qui se traduit par une faible
élasticité des recettes fiscales par rapport à l’activité économique. A cela s’ajoute
la charge au titre des subventions des produits pétroliers et des produits de base
qui, bien qu’elle revêt un caractère conjoncturel, a eu tendance à se muer en facteur
structurel sur les cinq dernières années.
Si le solde structurel traduit l’orientation des finances publiques, la mesure de cet
indicateur est sujette à caution pour au moins deux considérations ne faisant d’elle
qu’une simple approximation de la composante structurelle du solde budgétaire. La
première réside dans la sensibilité du solde structurel à la mesure de la position
de l’économie dans le cycle. L’évaluation du solde structurel est, en effet, fondée
sur l’estimation de l’écart entre la production observée et la production potentielle
qui peut être évaluée par différentes méthodes conduisant à des estimations
éventuellement différentes. La seconde est liée au fait qu’elle repose sur des
hypothèses de sensibilité moyenne des différentes composantes du solde budgétaire.
Par conséquent, le solde budgétaire, ainsi évalué, peut incorporer une partie liée à
des facteurs conjoncturels indépendants de la volonté des pouvoirs publics. Après
avoir explicité la définition et la méthode de calcul du solde structurel, ce papier
présente et discute les résultats de décomposition en composantes structurelle
et conjoncturelle du solde budgétaire au cours des trois dernières décennies.
Les incertitudes autour de la mesure du solde structurel et les limites de son
interprétation sont, également, présentées.
mot clé : Cycle économique, output gap, solde structurel, solde conjoncturel,
impulsion budgétaire.
JEL classification : C32, E32, E62.
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Introduction
La maîtrise du solde budgétaire qui conditionne la stabilité macroéconomique
(compte courant, inflation, croissance…) est tributaire de la connaissance des
causes qui sont à son origine. Une évaluation précise de l’orientation de la politique
budgétaire est alors nécessaire. Il convient de distinguer dans l’évolution des
finances publiques ce qui résulte des actions délibérées des pouvoirs publics de ce
qui résulte de la conjoncture économique.
Les méthodes d’évaluation de l’orientation de la politique budgétaire ont fait l’objet
d’une abondante littérature. Les organismes internationaux (FMI et OCDE) ont
développé plusieurs instruments, notamment, des approches basées sur le concept
du solde budgétaire structurel. L’idée fondamentale part du fait que les variations
du solde dues aux fluctuations conjoncturelles sont considérées comme auto-
correctrices dans la mesure où elles sont appelées à disparaître à long terme avec le
retour de l’activité à son niveau potentiel. En revanche, le solde structurel constitue
une mesure pertinente de l’orientation de la politique budgétaire et permet en plus
d’apprécier la soutenabilité à long terme des finances publiques. Le solde budgétaire
est, ainsi, ventilé en deux composantes :
• une composante conjoncturelle qui représente l’impact du cycle économique
sur les dépenses et les recettes publiques ;
• une composante structurelle correspondant à ce que serait le solde public si
l’économie se situait à son niveau potentiel.
L’identification des composantes conjoncturelle et structurelle du déficit budgétaire
repose fondamentalement sur l’estimation du PIB potentiel. Ce dernier représente
le niveau de production que l’économie peut soutenir durablement sans faire
apparaître de tension sur les facteurs de production à savoir le capital et le travail.
La présente note se propose d’évaluer l’ensemble des indicateurs cités ci-dessus et
d’en tirer les enseignements pour la gestion des finances publiques au Maroc au
cours de la période 1980-2014. Avant de commenter les résultats obtenus, il sera
procédé à une définition de la notion de solde structurel ainsi qu’une présentation
de la démarche adoptée.
Ce document utilise une approche agrégée pour mesurer le solde budgétaire corrigé
des variations conjoncturelles pour le Maroc et présente, également, un calcul
désagrégé du solde structurel. Selon l’approche ventilée, des élasticités spécifiques
sont estimées séparément pour les trois principaux impôts (Impôt sur les Sociétés,
Impôt sur le Revenu, Taxe sur la Valeur Ajoutée) et les autres recettes fiscales sont
ajustées par rapport à l’écart de production avec une élasticité de 0,53. De même, il a
été procédé à l’évaluation du solde budgétaire structurel exception faite d’un certain
nombre d’éléments à caractère exceptionnel affectant le solde budgétaire.
Afin d’écarter l’effet du cycle agricole, le solde structurel a été réévalué en procédant
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
aux calculs des élasticités par rapport au PIB non agricole. En outre, les intérêts de
la dette ont été éliminés pour mesurer le solde primaire structurel.
3.1. Définition et calcul du solde structurel
L’évolution du solde budgétaire reflète à la fois les décisions de politique budgétaire
(mesures d’économies, de recettes, …) et l’impact des évolutions conjoncturelles.
En effet, lorsque le niveau du PIB est inférieur à son niveau potentiel, un déficit de
recettes fiscales, ainsi qu’un surplus de dépenses apparaissent. A l’opposé, lorsque
le PIB effectif est supérieur à son potentiel, un surplus de recettes est enregistré avec
des dépenses plus faibles. Aussi, dès lors que l’on souhaite qualifier l’orientation des
politiques budgétaires, il est nécessaire de corriger l’impact du cycle économique
sur les finances publiques.
3.1.1. Définition du solde structurel
Le solde structurel ou le solde ajusté du cycle se définit comme étant le solde
qui serait constaté si le niveau de production était égal à son niveau potentiel. Il
correspond au solde budgétaire corrigé des effets du cycle économique, soit de la
conjoncture, de même que des mesures exceptionnelles et temporaires. L’utilité
de la distinction entre la composante structurelle et la composante conjoncturelle
du solde budgétaire présente l’avantage que le solde structurel, dans la mesure
où il ne dépend pas des fluctuations économiques, est l’indicateur de l’ajustement
budgétaire réel opéré au niveau des finances publiques.
La composante cyclique du solde budgétaire varie avec la position conjoncturelle
de l’économie dans le cycle économique. En effet, les recettes fiscales suivent le
mouvement du cycle de l’activité économique. Ce cycle est défini comme la différence
entre le PIB effectif et le PIB potentiel27, exprimée en points de pourcentage de
ce dernier, ce qu’on appelle communément écart de production ou output gap. Il
apparaît que la notion de solde structurel est fortement dépendante de celle de PIB
potentiel ; ce dernier est évalué selon des méthodes en partie conventionnelles.
La démarche d’évaluation de la composante structurelle suivie dans ce travail,
conformément à celle adoptée par les organismes internationaux (Commission
européenne, FMI, OCDE, …), repose sur le calcul des recettes et des dépenses
structurelles. Ces dernières sont estimées en utilisant des paramètres
qui captent la réponse cyclique de ces agrégats à l’écart de production. La composante
cyclique ou conjoncturelle du solde budgétaire s’obtient par la différence entre le
solde effectif et le solde structurel.
(27). Le PIB potentiel désigne le niveau de production soutenable à long terme, eu égard aux facteurs
de production disponibles, sans entraîner une accélération de l’inflation, soit sans créer de tensions
excessives sur les marchés des biens et du travail.
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Plus précisément, il est nécessaire d’identifier, dans un premier temps, les recettes
et les dépenses dont le niveau, toutes choses égales par ailleurs, est sensible à la
conjoncture. Du côté des recettes, on considère dans cette analyse que les recettes
fiscales sont cycliques alors que les recettes non fiscales ne le sont pas. Puisque
la sensibilité des rentrées fiscales à la conjoncture est différente d’un impôt à un
autre, les recettes structurelles sont obtenues en corrigeant les recettes effectives
des effets du cycle à partir des élasticités estimées des impôts et taxes à l’écart de
production en termes réels. Pour l’Impôt sur les Sociétés et l’Impôt sur le revenu
(IR), le décalage d’un an entre la base taxable et la recette effective est pris en
considération. Concernant la TVA et les autres recettes fiscales, il est supposé qu’il
n’y a pas de retard entre la recette effective et la base taxable correspondante. Les
élasticités sont obtenues à partir d’estimations économétriques sur la période 1980-
2014.
S’agissant des dépenses, elles sont pour une grande partie peu sensibles aux
fluctuations de la conjoncture vu qu’elles revêtent globalement un caractère
discrétionnaire28. Les recettes et les dépenses conjoncturelles sont définies comme la
différence entre recettes et dépenses effectives et recettes et dépenses structurelles.
La réaction de ces recettes et de ces dépenses à la conjoncture est ensuite évaluée.
Le calcul de ces élasticités conditionne pour une grande part le résultat final. Une
fois ces calculs effectués, il est alors possible de déduire la proportion de recettes
et de dépenses imputables à l’évolution de la conjoncture. Ainsi, plus le PIB effectif
s’écarte de son sentier potentiel, plus la composante conjoncturelle sera importante.
Les résultats obtenus seront donc très sensibles à l’hypothèse d’écart du PIB réalisé
par rapport au PIB potentiel.
Ayant mesuré la composante conjoncturelle des dépenses et des recettes, le solde
structurel s’obtient par différence par rapport au solde observé.
3.1.2. Calcul du solde structurel
Pour une présentation plus formelle du calcul du solde structurel, on note S le solde
( )
budgétaire, R les recettes et D les dépenses. L’indice c renvoie aux valeurs conjonctur-
et Y − Y / Y =
elles et l’indice s aux valeurs structurelles. Y représente le PIB effectif, Y* le PIB potentiel
* *
OG (l’output gap) ou l’écart de production.
Pour une recette iscale donnée, réagissant sans retard à l’activité, son niveau structurel
est déini par :
(28). Certaines études suggèrent que les dépenses de santé ou de retraites présentent un certain
caractère cyclique. Cependant, il n’existe pas de consensus sur les causes exactes d’un tel phénomène ou
sur son ampleur.
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
avec θ l’élasticité de cette recette à l’écart de production. On en déduit le niveau con-
joncturel de la recette, Rc :
De façon similaire, pour une dépense réagissant aux variations cycliques de l’activi-
té, notées Dc , est définie par :
Les recettes conjoncturelles sont obtenues en corrigeant les recettes effectives à
partir des élasticités des principaux impôts à l’écart de production. L’élasticité d’une
recette à l’écart de production mesure la sensibilité de cet impôt aux variations
d’activité. A priori, l’élasticité n’est pas la même pour toutes les recettes.
Traditionnellement, deux approches sont mises en œuvre pour estimer le potentiel
d’offre d’une économie : une approche économique qui résultent de l’évaluation
d’une fonction de production agrégée de l’économie. Dans ce cas, le PIB potentiel
est défini comme le niveau de PIB que connaîtrait l’économie si les facteurs de
production (travail et capital) étaient utilisés de façon optimale sans faire apparaître
de tensions sur les prix. La croissance potentielle correspond alors à la croissance de
ce PIB potentiel et l’output gap à l’écart entre le PIB effectif et le PIB potentiel.
La seconde approche, dite statistique, vise à extraire la tendance (la composante
structurelle) de la série de PIB observée à l’aide de filtres statistiques (filtre de
Hodrick-Prescott, méthode des tendances coudées…).
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
3.1.3. Calcul du solde structurel pour le cas du Maroc
Pour le calcul du solde structurel au Maroc, il a été procédé à différents traitements
pour déterminer la composante structurelle des recettes fiscales, notamment, pour
tenir compte de l’effet décalage entre la recette effective pour certains impôts et la
base taxable correspondante. En outre, le solde budgétaire a été corrigé de quelques
éléments exceptionnels relatifs aux recettes et aux dépenses. L’évaluation du solde
structurel est ensuite effectuée en éliminant l’effet des intérêts de la dette (solde
primaire structurel).
Dans le cadre de cette note, la croissance potentielle est approximée par la valeur
tendancielle du PIB. La méthode utilisée est la technique du filtre de Hodrick-Prescott
qui consiste à calculer des moyennes mobiles sur la série du PIB pour obtenir une
tendance plus lissée. Il est à noter que les calculs ci-après tiennent compte de la
nouvelle base du PIB (2007).
3.1.3.1. Sensibilité des recettes fiscales à l’output gap
La composante structurelle des recettes fiscales (RFS) s’écrit en fonction de l’élastic-
ité (θ) des recettes fiscales à l’écart de production comme suit :
Où Y* et Y sont respectivement le PIB potentiel et le PIB effectif.
Pour le cas du Maroc, les tests statistiques effectués pour estimer l’élasticité des recettes
iscales prises globalement par rapport à l’activité économique font ressortir une sensibil-
ité de 0,51. Ainsi, les recettes structurelles sont calculées comme suit :
Où RRNF représente les recettes non fiscales.
Au niveau des dépenses, les dépenses au titre des biens et services réagissent aux
variations cycliques de l’activité avec une élasticité de 0,31 à court terme et de 1,24
à long terme. S’agissant de la charge de compensation et des dépenses d’investisse-
ment, l’analyse de leur comportement cyclique fait ressortir que ces deux com-
posantes sont plutôt à prédominance structurelle.
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
La composante structurelle des dépenses s’écrit comme suit :
Les résultats obtenus des calculs précédents sont illustrés sur le graphique
(Graphique 1) suivant :
Graphique 1 : Décomposition du solde budgétaire (en % du PIB)
Il ressort de ce graphique que la composante structurelle explique largement
l’évolution du solde budgétaire. De ce fait, le solde conjoncturel demeure faible et
moins volatile. Le solde budgétaire a été ramené d’un déficit de 12,5% du PIB en
1981 à un excédent de 0,8% du PIB en 1999, soit un ajustement budgétaire de 13,3
points du PIB. Cet assainissement est imputable, en grande partie, à la composante
structurelle du solde budgétaire qui est passée de -11,9% à +0,9% du PIB potentiel
sur la même période, soit une réduction du déficit de 12,8 points du PIB.
Sur la période 2001-2006, le déficit structurel s’est situé en moyenne à près de
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
2,6% du PIB, avec toutefois une tendance globalement baissière. Entre 2007 et
2008, le solde structurel est devenu excédentaire, se situant en moyenne à 0,5% du
PIB potentiel. A partir de 2009, une dégradation de 5 points du PIB en moyenne a
été enregistrée, et le déficit structurel est devenu de plus en plus important avant
d’afficher une amélioration sensible en 2013 et 2014.
Les résultats sont fortement imprégnés par la volatilité de l’output gap observée
jusqu’à la fin des années 90 sous l’effet, notamment, de l’activité agricole et ce,
malgré que ce secteur ait été hors champ de la fiscalité. Il est à noter que l’incidence
de la considération de la croissance non agricole est assez faible sur le calcul du
solde structurel.
3.1.3.2. Effet de décalage entre la base taxable et la recette effective
Le calcul du solde structurel devrait tenir compte de la réaction des différentes
recettes fiscales à l’écart de production et de l’effet du décalage entre la base taxable
et la recette effective. Ainsi, pour l’Impôt sur le Revenu et l’Impôt sur les Sociétés, un
délai d’un an entre l’évolution de la base taxable et l’impôt perçu est pris en compte
Les tests statistiques effectués font ressortir :
• Une élasticité de l’impôt sur les sociétés (IS) par rapport au PIB retardé d’un an
de 0,29 à court terme et de 0,65 à long terme.
• Une élasticité de l’impôt sur le Revenu (IR) par rapport au PIB de 0,92 à court
terme et de 0,64 par rapport au PIB retardé d’un an.
• Une élasticité de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) par rapport au PIB de 0,59 ;
• Une sensibilité des autres recettes fiscales par rapport au PIB de 0,51.
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Où RARF représente les autres recettes fiscales et RARF désigne les recettes non
fiscales.
En reprenant l’équation (a) pour la composante structurelle des dépenses, le solde
structurel SS est calculé comme suit:
Les résultats obtenus des calculs précédents sont illustrés sur le graphique
(Graphique 2) suivant :
Graphique 2 : Décomposition du solde budgétaire (en % du PIB)
La prise en considération de la réponse cyclique des différentes recettes fiscales
à l’écart de production et de l’effet du décalage entre la base taxable et la recette
effective affecte sensiblement l’évaluation du solde structurel (écart variant -0,2%
à 2,7% du PIB).
67
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Graphique 3 : Evolution du solde structurel29
3.1.3.3. Prise en compte des éléments exceptionnels dans la décomposition
du solde budgétaire
La période étudiée se caractérise par un certain nombre d’éléments à caractère
exceptionnel affectant le solde budgétaire. Etant donné que ces éléments ne revêtent
pas un caractère structurel, il convient de procéder à la décomposition du solde
budgétaire exception faite de ces facteurs au lieu du solde budgétaire global. Il s’agit,
notamment :
• des opérations de privatisation qui ont généré pour le budget général un
montant de 69,9 milliards de dirhams depuis 1993 ;
• des charges dues à l’opération de départ volontaire à la retraite pour un
montant de 18,9 milliards de dirhams (Indemnités et manque à gagner
suite à l’opération pour la CMR) sur la période 2004-2008 ;
• des arriérés au titre des pensions militaires pour un montant de près de
3,1 milliards de dirhams sur la période 2004-2008.
La décomposition du solde budgétaire hors ces éléments exceptionnels s’est
traduite par une dégradation du solde structurel sur la période 1993-2004 et une
amélioration entre 2005 et 2008 vu l’exclusion des éléments qui ont caractérisé
ces deux périodes (48,9 milliards de dirhams de recettes de privatisation et 21,4
milliards de dirhams au titre des charges exceptionnelles précitées) (graphique 4).
La période 2011-2014 enregistre, également, une dégradation du solde structurel
(29). Méthode 1 : considération des recettes fiscales totales, Méthode 2 : prise en compte de
l’effet de décalage entre la recette effective et la base taxable.
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
compte non tenu des recettes de privatisation (10,6 milliards de dirhams) et des
dons provenant des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) de l’ordre de
18,3 milliards de dirhams.
Graphique 4 : Décomposition du solde budgétaire hors éléments
exceptionnels
Il ressort de ce graphique que la composante structurelle explique largement
l’évolution du solde budgétaire au cours des sous-périodes 1988-1996 et 2008-
2014, alors que la dégradation du solde budgétaire est largement attribuable à la
composante conjoncturelle durant les périodes 1982-1987 et 1997-2007.
La lecture du graphique nous permet de distinguer deux sous-périodes caractérisant
le comportement du solde structurel. Durant la première phase, entre 1980 et 1999,
le déficit structurel s’est situé à des niveaux très élevés en s’inscrivant, toutefois,
dans une trajectoire globalement baissière. La deuxième sous période allant de 2000
à 2014 se caractérise par des évolutions contrastées de la composante structurelle
traduisant une orientation de la politique budgétaire vers le soutien de la demande
intérieure avant qu’un ajustement budgétaire ne soit opéré à la fin de la période.
1980-1999 : Ajustement budgétaire et consolidation
Le solde budgétaire a été ramené d’un déficit de 12,5% du PIB en 1981 à un excédent
de 0,7% du PIB en 1999, soit un ajustement budgétaire de 13,2 points du PIB. Cet
assainissement est imputable, aussi bien, à la composante structurelle que celle
conjoncturelle du solde budgétaire.
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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Le graphique indique qu’au début des années 80, phase de ralentissement de
l’activité économique, le déficit structurel s’est situé à des niveaux moins importants
(moyenne de -3,8 points du PIB potentiel) que le déficit conjoncturel (moyenne
de -4,4 points du PIB potentiel). Cette période a été, en effet, marquée par une
détérioration prononcée des équilibres internes et externes, trouvant sa justification
non seulement dans les faiblesses structurelles de l’économie marocaine, liées à la
forte dépendance de la production vis à vis des aléas climatiques et à la vulnérabilité
des exportations à l’égard des cours internationaux particulièrement des phosphates,
mais également dans une conjoncture internationale défavorable (cours élevé du
pétrole, flambée du dollar, hausse des taux d’intérêt... ).
Pour faire face à cette crise aiguë, un programme d’ajustement structurel a été
adopté et plusieurs réformes ont été engagées, ayant trait notamment aux finances
publiques. Dans sa première phase, la mise en œuvre du Plan d’Ajustement Structurel
(PAS) a engendré une contraction de la demande intérieure et un ralentissement de
l’activité économique. La croissance économique réelle a affiché un taux de 5,2% en
moyenne annuelle entre 1982 et 1987. Le déficit conjoncturel est passé de 5% du
PIB en 1982 à 1,2% en 1987 et le solde structurel a été ramené de 4,6% du PIB à
3,2% respectivement.
La seconde phase du programme d’ajustement structurel (1988-1995) a été
marquée par une forte volatilité de la croissance économique comparativement
à la période antérieure, en raison des fréquentes sécheresses, du ralentissement
de l’investissement public et privé, de la décélération de la demande étrangère
adressée au Maroc, principalement européenne, et de la baisse de la compétitivité
relative des exportations marocaines par rapport aux pays émergents performants.
La détérioration de cette compétitivité relative est imputable à la hausse des
coûts de production suite, notamment, à la revalorisation des salaires (SMIG), au
renchérissement des matières premières, en particulier du pétrole, et à l’appréciation
du taux de change effectif réel. Au niveau sectoriel, l’économie marocaine s’est
diversifiée à partir du début de la décennie 90 grâce au développement de l’industrie
touristique, du secteur textile et des services financiers.
L’effort de redressement des finances publiques s’est poursuivi ramenant le déficit
structurel à 2,8% du PIB en moyenne sur la période 1988-1995 (-2,2% du PIB
potentiel en 1992 et 1993) parallèlement à l’amélioration du solde conjoncturel
(moyenne de -0,3% du PIB potentiel). Pour accroître les ressources de l’État, une
modernisation et une simplification du système fiscal ont été entreprises, avec
l’introduction de la TVA en 1986, de l’Impôt sur les Sociétés en 1988 et de l’Impôt
Général sur le Revenu en 1990. Cette réforme a été accompagnée par une réduction
graduelle des taux particulièrement pour l’impôt sur les sociétés, et pour les tranches
supérieures de l’impôt général sur le revenu.
70
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Introduisant une simplification et une modernisation du système d’imposition, la
réforme fiscale a favorisé un accroissement plus rapide, comparativement au PIB,
des recettes fiscales du moins jusqu’en 1992. Cependant, elle n’a pas conduit à un
élargissement conséquent de la base imposable. La structure du système fiscal
continue, par ailleurs, à se caractériser par la prédominance des impôts indirects,
lesquels représentent toujours plus des deux tiers des recettes fiscales.
Des économies ont été enregistrées, également, au niveau des dépenses de
fonctionnement de l’État, grâce à la réduction des subventions et transferts (3 à 1%
du PIB entre 1982 et 1994) et à la maîtrise de la masse salariale (10,5% du PIB
en 1994 contre 11,2% en 1982) suite au gel des salaires et au plafonnement des
recrutements au sein de la fonction publique. Toutefois, l’essentiel des économies a
été réalisé par le biais de la compression du budget d’équipement ou de l’allégement
de la dette suite à son rééchelonnement.
Un nouveau régime de croissance, moins inflationniste que par le passé, a débuté
en 1996 se caractérisant par une reprise des investissements public et privé, par
la consolidation du PIB non agricole. La tendance ascendante du PIB hors agricole
a permis d’amortir les fluctuations de la production agricole et de réaliser sur la
période 1996-1999 une croissance moyenne de 5%. Au cours de cette période,
le solde structurel s’est redressé pour se situer à -0,4% du PIB potentiel avant de
devenir excédentaire en 1999 (2,3 points du PIB potentiel) et ce, parallèlement à
une amélioration du solde conjoncturel (-1,5% du PIB potentiel en moyenne).
La période 2000-2014 ; phase de consolidation des finances publiques et soutien à
la demande intérieure…
Le profil des finances de l’Etat durant la période 2000-2014 s’explique par les
évolutions ayant marqué aussi bien les recettes que les dépenses suivant les phases
suivantes :
a. Une phase de consolidation des recettes
A partir de 2001 et jusqu’en 2008, le solde structurel affiche globalement une
amélioration et enregistre un excédent en 2005 (1,9% du PIB potentiel) en même
temps que l’économie s’inscrit dans la phase ascendante du cycle. En moyenne, il
se situe à l’équilibre. Lors de cette période, la composante conjoncturelle explique
en grande partie les déficits budgétaires enregistrés. L’évolution des finances
publiques a été, en effet, caractérisée par une phase de consolidation des recettes
fiscales atteignant un pic de 27% du PIB en 2008. L’analyse du comportement
de ces recettes sur cette période a permis de faire ressortir une sensibilité plus
importante à l’activité économique à partir de 2005. L’élasticité est passée de 0,8 sur
la période 2000-2004 à 2,1 durant la période 2005-2008. Cette évolution est liée au
changement de la structure du PIB marqué par l’émergence de secteurs dynamiques
71
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
(bâtiments et travaux publics, postes et télécommunications et activités financières
et assurances)30, ayant enregistré des hausses importantes des profits et par
conséquent des recettes.
Graphique 5 : Plus-value des recettes fiscales par rapport aux prévisions
de la Loi de Finances
Le développement des recettes fiscales a été accompagné par des transformations
profondes au niveau de leur structure en faveur des impôts directs dont la structure
a été marquée par une mutation en faveur de l’IS. Plusieurs facteurs expliquent
ce dynamisme dont, notamment, la croissance économique, le dynamisme
particulièrement marqué des bénéfices des grandes sociétés, ainsi que la croissance
du nombre d’entreprises s’acquittant de leurs obligations fiscales, fruit des efforts
de modernisation de l’Administration fiscale dans la collecte de l’impôt et du
renforcement du contrôle. Ainsi, les impôts directs ont représenté 11,9% du PIB en
2008 contre 6,8% du PIB en 2002, soit 5 points du PIB en plus en l’espace de 6 ans.
Cette mutation de la fiscalité directe a été suffisante pour compenser largement le
recul observé des recettes douanières qui sont passées de 2,7% à 2% du PIB sur la
même période.
Cependant, cette consolidation de la position budgétaire de l’Etat à travers
l’amélioration des recettes n’a pas suffisamment été accompagnée par un effort de
réduction des dépenses qui ont poursuivi leur trend haussier avec une moyenne
annuelle de 8%. La structure est restée caractérisée par la prédominance des
(30). En moyenne sur la période 2005-2008, le secteur « bâtiments et travaux publics » a re-
présenté 6,5% du PIB, celui des « postes et télécommunications » a représenté 3,5% du PIB et
celui des « activités financières et assurances » a représenté 6,1% du PIB.
72
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
dépenses au titre des biens et services avec une part de 60% en moyenne dans le
total des dépenses y compris celles relatives à l’investissement. La masse salariale
est restée relativement élevée bien que son poids ait été ramené à 10,2% du PIB,
contre 11,2% du PIB en 2004, et ce, en liaison avec l’Opération de départ volontaire
à la retraite menée en 2005. L’évolution des dépenses a, également, été marquée par
une forte pression à la hausse exercée sur les charges de compensation, notamment
en 2007 et 2008, dépassant même les prévisions initiales. Elles se sont situées à
2,7% et 4,6% du PIB, respectivement, contre 1,7% du PIB en 2001.
b. Une phase de baisse des recettes fiscales accompagnée d’une hausse
continue des dépenses
Sur la période 2009-2012, bien que la croissance soit légèrement supérieure à son
niveau potentiel, une dégradation du solde structurel est enregistrée parallèlement
à une amélioration du solde conjoncturel. Il se situe en moyenne à -6,7 points du PIB
potentiel après un équilibre enregistré sur la période 2001-2008. Cette aggravation
de la composante structurelle est imputable aux différents facteurs ayant marqué le
comportement des recettes et des dépenses au cours de cette période.
En ce qui concerne les recettes, une certaine instabilité du rythme de progression
des recettes fiscales a été enregistrée en raison de la conjonction des trois facteurs
suivants :
Le premier facteur a trait aux effets de la conjoncture économique sur les différents
types d’impôt. L’élasticité des recettes fiscales par rapport au PIB est devenue néga-
tive en 2009 (-1,6) après une sensibilité positive de 2,3 durant la période 2005-2008.
Ceci est attribuable au ralentissement de l’activité économique et la forte récession
qu’ont connue les principaux partenaires économiques du Maroc au lendemain de
la crise économique et financière internationale, notamment, la France et l’Espagne.
Le deuxième facteur se rapporte à la réduction des taux de l’impôt sur les sociétés
et de l’impôt sur le revenu3132.
L’évolution de l’IS, de l’IR et de la TVA a pâti de ces deux facteurs et ont en enregistré
des taux de progression inférieurs à ceux observés durant les années antérieures
à 2009. En effet, Après avoir connu des taux d’augmentation continue à deux chif-
fres entre 2001 et 2008, les recettes de l’IS et de l’IR ont enregistré des baisses ou
des hausses très modérées entre 2009 et 2012. Les recettes générées par la TVA à
l’intérieur ont baissé en 2009 et les taux de progression entre 2010 et 2012 sont
nettement inférieurs à ceux des années 2006 à 2008.
(31). En 2009, le taux de l’IS a été réduit de 39,6% à 37% pour les institutions financières et de 35%
à 30% pour les autres secteurs d’activité. Quant à l’IR, le taux marginal a été baissé de 42 à 40% pour
s’établir 38% en 2010. Le seuil exonéré de l’IR a été relevé à, à 28000 DH en 2009 puis à 30000 DH en
2010 contre 24000 DH en 2007 et 18000 DH en 1996.
(32). Le manque à gagner en pourcentage du PIB généré par le réaménagement du barème de l’IR était
de 0,6% en 2009 et 0,5% en 2010.
73
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Le troisième facteur concerne la baisse des recettes douanières en liaison, notam-
ment, avec la poursuite du démantèlement tarifaire et le comportement baissier des
importations taxables. Ainsi, on constate un fléchissement des taux de progression
des droits de douane et de la TVA à l’importation depuis 2009, comparativement aux
années 2008 et antérieures.
Cette période a été, également, marquée par l’absence d’opérations importantes de
privatisation comparativement au début de la décennie 2000.
Parallèlement à la baisse du rendement des recettes fiscales à partir de 2009,
les dépenses de l’Etat se sont inscrites dans un trend haussier. Les évolutions
conjoncturelles caractérisant le contexte national et international ont accentué
les pressions exercées sur certaines catégories de dépenses, notamment celles af-
férentes aux subventions des produits pétroliers et aux transferts aux Etablisse-
ments et Entreprises Publiques. A ces dépenses, s’ajoute le poids des dépenses
de personnel qui a poursuivi son rythme de progression en lien, notamment, avec
l’impact des revalorisations salariales dans le cadre du dialogue social qui ont fait
supporter le budget de l’Etat un coût de 32,2 milliards de dirhams sur la période
2008-2011.
En conséquence, les dépenses de l’Etat ont affiché entre 2009 et 2012 une progres-
sion annuelle moyenne de 10%. Pour le seul exercice 2012, ces dépenses ont enreg-
istré une aggravation de 24 milliards de dirhams comparativement aux prévisions
de la Loi de Finances, principalement imputable à l’augmentation de la charge de
compensation (+22,3 milliards de dirhams).
Graphique 6 : Evolution du solde ordinaire (en milliards de dirhams)
Cette situation s’est traduite par un solde ordinaire devenu négatif à partir de 2011,
marquant une rupture avec l’évolution longtemps positive observée depuis 1987,
74
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
exception faite de l’exercice 2005 suite à l’impact de l’opération de Départ Volontaire
à la Retraite. En conséquence, l’Etat a dû recourir à l’emprunt pour financer, non
seulement l’investissement, mais aussi une partie des dépenses alourdies par les
charges de compensation des produits pétroliers et de certains produits de base.
Le taux de couverture des dépenses par les recettes fiscales est passé en moyenne à
71,4% sur la période 2009-2012 contre 83,2% en 2005-2008.
c. Prémices d’un redressement budgétaire
La tendance baissière des recettes fiscales ainsi que les pressions exercées sur les
dépenses, particulièrement observées depuis 2011, ont entrainé un rétrécissement
des marges budgétaires de l’Etat. Face à cette situation, un ajustement budgétaire
a été opéré à partir de 2013, réduisant le déficit budgétaire (hors privatisation) de
2,1 et 0,2 points du PIB en 2013 et 2014 respectivement. En conséquence, le solde
ordinaire est redevenu positif en 2014, marquant un retournement de situation.
Cet ajustement budgétaire est imputable en premier lieu à une amélioration du sol-
de structurel et, dans une moindre mesure, à l’effet positif de la conjoncture. L’at-
ténuation du déficit structurel s’est opérée grâce aux mesures prises aussi bien au
niveau des dépenses que des recettes. Des dons ont, également, été mobilisés auprès
des pays du Conseil de Coopération du Golfe pour une recette totale de 18,3 milli-
ards de dirhams sur ces deux dernières années.
S’agissant des recettes, des mesures fiscales ont été introduites et portent essentiel-
lement sur la création de nouveaux impôts et taxes ou sur l’augmentation des taux
de ceux déjà existants.
Il s’agit, principalement, de l’institution d’une taxe spéciale sur le sable (50 dhs/m3
pour le sable des dunes, de dragage et des oueds, 20 dhs/m3 sur le sable de concas-
sage), dans le but de contribuer à l’alimentation du Fonds spécial routier et, l’institu-
tion d’une taxe sur le fer à béton (0,10 dhs/kg) dont le produit est affecté au Fonds de
solidarité habitat et intégration urbaine et enfin l’institution d’une taxe écologique
sur la plasturgie (1,5% sur la vente sortie usine et à l’importation), applicable sur
les matières plastiques et les ouvrages en ces matières. Et en remplacement de la
TVA sur la livraison à soi-même de construction pour l’habitation principale, il a
été institué une contribution de 60 dhs/m² couvert au profit du Fonds d’Appui à la
Cohésion Sociale. Ce fonds a bénéficié, en outre, d’une nouvelle recette au titre de la
contribution sociale de solidarité sur les bénéfices et revenus prélevée sur l’IR et l’IS.
En plus, il a été décidé, dans le cadre de la LF 2014 d’appliquer un droit propor-
tionnel déterminé selon la valeur hors taxe du véhicule, en sus des droits de timbre
relatifs à la première immatriculation des véhicules au Maroc et d’instituer une taxe
aérienne sur les billets d’avion, supportée par les voyageurs, de 100 dirhams pour
les billets de la classe économique et de 400 dirhams pour les billets de la première
classe/classe affaires.
75
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Quant au changements de taux opérés, il a été procédé en 2013 à l’augmentation
du taux de l’IS ou l’IR retenu à la source de 10% à 15% sur le montant des produits
des actions, parts sociales et revenus assimilés ainsi que le tarif de la taxe spéciale
annuelle sur les véhicules automobiles pour les véhicules dont la puissance fiscale
est supérieure ou égale à 11 CV. La quotité de la taxe intérieure de consommation
applicable aux vins a connu, de même, une augmentation en 201433.
Néanmoins, ces actions, notamment celles portant sur les recettes du budget général,
ont eu des effets limités puisqu’on constate que les recettes fiscales ont affiché un
comportement modéré au cours des deux dernières années.
En ce qui concerne les dépenses, leur rythme de progression a été maîtrisé dès 2013
grâce aux décisions prises au niveau de la compensation et des transferts aux EEP. En
effet, face à la hausse conséquente de la charge de compensation et l’accumulation
d’arriérés qui en découle, le Gouvernement a mis en place, à partir du 16 octobre
2013, un système d’indexation partielle des prix des produits pétroliers. Il y a lieu
de rappeler qu’auparavant, en juin 2012, il a été procédé au relèvement des prix
à la pompe, en répercutant partiellement la hausse du prix de pétrole sur les prix
intérieurs de certains produits énergétiques (essence, gasoil et fuel). Et au début de
l’année 201434, il a été décidé de réduire progressivement la subvention du gasoil et
de procéder à la décompensation totale du super et du fuel industriel.
Grâce à ces mesures, la charge de compensation est passée de 54,9 milliards de
dirhams en 2012 à 41,6 milliards de dirhams en 2013 puis à 32,6 milliards de dirhams
en 2014. Cet effort budgétaire de l’ordre de 1,9 et 1,2 point du PIB, respectivement
en 2013 et 2014, explique en grande partie la réduction du déficit budgétaire au
cours de ces deux dernières années.
Par ailleurs, le suivi de l’exécution du budget au cours de l’année 2013 a révélé,
dès le premier trimestre, une accélération au niveau de l’exécution des dépenses
contre une diminution dans le recouvrement des recettes, chose qui pouvait
ramener, en cas de non prise de mesures immédiates, au creusement du déficit
budgétaire après le niveau de 7% du PIB enregistré en 2012. Pour pallier cette
situation, il a été décidé en avril 2013 de donner la priorité dans l’exécution
des dépenses d’investissement, à l’assainissement des crédits reportés pesant
lourdement sur le budget de l’Etat, en procédant à la coupe de 15 milliards de
dirhams des crédits ouverts au titre de la Loi de Finances 2013, tout en tenant
compte de la capacité de gestion des ordonnateurs et des priorités des projets en
cours de réalisation.
Cette décision de gel d’une partie des crédits d’investissement a été accompagnée
d’une autre mesure prise en fin d’année fixant le délai d’acceptation des propositions
(33). de 500 dhs à 700 dhs/hectolitre
(34). Arrêté du Chef du Gouvernement numéro 3.01.14 du 15 janvier 2014.
76
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
d’engagement, au titre des crédits d’investissement du budget général et des budgets
des SEGMA et CST, à la date du 31 octobre 2013.
En outre, il a été procédé à la rationalisation des transferts aux Etablissements et
Entreprises Publics des transferts budgétaires en termes de délai et de volume en
tenant compte de leur trésorerie et de leurs besoins de paiement.
Grâce à ces mesures, les dépenses de l’Etat ont enregistré un repli de 3,4% en
2013 et une progression modérée de 2% en 2014, traduisant un effort de maîtrise
comparativement à la progression annuelle moyenne affichée sur la période 2009-
2012, soit 10,3%.
3.2. Impulsion budgétaire
Pour déterminer le comportement de la politique budgétaire (procyclique ou
contracyclique), il convient d’analyser la variation du solde structurel qui donne
une information sur l’orientation de la politique discrétionnaire poursuivie par les
pouvoirs publics (graphique 8).
Tableau : Décomposition de l’évolution du solde budgétaire
2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Solde budgétaire (en % du PIB) -5,3% -4,0% -4,2% -3,8% -2,9% -1,5% 0,5% 0,9% -2,1% -4,6% -6,5% -7,2% -5,6% -6,3%
Solde structurel (en % du PIB potentiel) 0,3% -0,6% -0,2% -0,1% 1,9% -0,1% -0,6% -1,0% -2,6% -6,5% -8,5% -8,9% -6,3% -6,0%
Solde conjoncturel (en % du PIB potentiel) -5,1% -5,1% -5,1% -5,1% -5,1% -5,1% -5,1% -5,1% -5,1% -5,1% -5,1% -5,1% -5,1% -5,1%
Variation du solde structurel (en point du PIB potentiel) 2,5% -0,9% 0,4% 0,1% 2,0% -2,0% -0,5% -0,4% -1,7% -3,9% -2,0% -0,4% 2,6% 0,3%
L’impulsion budgétaire, c’est-à-dire les mesures spécifiques de politique budgétaire
prises, peut être mesurée par l’opposé de la variation du solde structurel. Elle
doit être positive en période de basse conjoncture et négative en période de haute
conjoncture. Si l’impulsion est positive, la politique budgétaire est expansive et
inversement.
77
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Graphique 9 : Impulsion budgétaire en % du PIB potentiel
Au cours des années 80 et jusqu’au milieu des années 90, l’impulsion budgétaire
affiche une volatilité par rapport à l’écart de production. Les actions de l’Etat,
tant au niveau des recettes que des dépenses, étaient régies lors de cette période
par la nécessité de rétablir l’équilibre budgétaire. Au cours des premières années
de la décennie 2000 correspondant au début d’une phase de ralentissement, le
Maroc a mené une politique budgétaire restrictive. A partir de 2006 et jusqu’en
2012, la politique budgétaire a été expansive bien que la croissance est en dessus
de sa tendance de long terme. Ceci s’explique par l’intensification de l’effort de
l’investissement au cours de cette période à laquelle s’ajoute le poids des subventions
ayant pris un caractère structurel.
En 2013 et 2014, la politique suivie était plutôt restrictive et vise à freiner la
dégradation du déficit budgétaire.
3.3. Solde structurel primaire
Afin de permettre au solde structurel de renseigner plus adéquatement sur la
politique discrétionnaire des pouvoirs publics, les calculs précédents pourraient
être affinés davantage en écartant les charges en intérêts de la dette des dépenses
structurelles. On obtient dès lors une évaluation du solde structurel primaire. Ceci
repose sur le fait que ces charges ne peuvent pas être considérées comme un élément
discrétionnaire dans la mesure où elles représentent le coût des déficits antérieurs
et donc des décisions discrétionnaires antérieures.
Le graphique suivant montre que l’évaluation du solde primaire structurel présente
la même tendance que la composante structurelle totale.
78
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Graphique 10 : Solde structurel et solde structurel primaire
En outre, la non prise en compte des charges en intérêts de la dette ne change en rien
la lecture faite de l’orientation de la politique budgétaire pratiquement sur toute la
période sous revue, étant donné que la variation du solde structurel total et primaire
ont le même sens, positif ou négatif.
Décomposition de l’évolution des soldes budgétaire et primaire
2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Solde budgétaire (en % du PIB) -5,3% -4,0% -4,2% -3,8% -2,9% -1,5% 0,5% 0,9% -2,1% -4,6% -6,5% -7,2% -5,6% -6,3%
Solde structurel (en % du PIB potentiel) 0,3% -0,6% -0,2% -0,1% 1,9% -0,1% -0,6% -1,0% -2,6% -6,5% -8,5% -8,9% -6,3% -6,0%
Solde structurel primaire (en % du PIB potentiel) 4,1% 2,7% 3,0% 2,9% 4,7% 2,7% 2,1% 1,3% -0,6% -4,5% -6,5% -6,9% -4,1% -3,7%
Variation du solde structurel (en point du PIB potentiel) 2,5% -0,9% 0,4% 0,1% 2,0% -2,0% -0,5% -0,4% -1,7% -3,9% -2,0% -0,4% 2,6% 0,3%
Variation du solde structurel primaire(en point du PIB potentiel) 2,3% -1,3% 0,2% -0,1% 1,8% -1,9% -0,7% -0,7% -1,9% -3,9% -2,0% -0,3% 2,8% 0,4%
3.4. Limites de la notion du solde structurel
La mise en place d’une règle budgétaire sur la base d’un solde budgétaire ou pri-
maire structurel se heurte à plusieurs limites.
La notion de « solde structurel » telle qu’elle a été détaillée ci-dessus ne présente
pas une mesure pertinente de l’orientation de la politique budgétaire. En effet, la
mesure du solde structurel est sujette à caution pour de nombreuses considérations.
La première réside dans la sensibilité du solde structurel à la mesure de la position
de l’économie dans le cycle. Comme l’hypothèse retenue en supposant que les
recettes fiscales évoluent sensiblement à l’activité économique n’est pas vérifiée
à court terme, l’évaluation du solde structurel ne permet pas alors de retracer
parfaitement la part de l’évolution du solde budgétaire imputable aux décisions
discrétionnaires des pouvoirs publics. En effet, les hypothèses d’évaluation sous-
79
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
jacentes consistent à répercuter les fluctuations de court terme des élasticités des
recettes fiscales entièrement en variations du solde structurel alors que celles-ci ne
relèvent pas d’une décision discrétionnaire, c’est-à-dire elles ne sont pas contrôlées
par les autorités budgétaires. A cela s’ajoute un éventuel biais dans le calcul même
de ces élasticités dans la mesure où les recettes recouvrées pourraient intégrer des
rentrées au titre des exercices antérieurs et donc non rattachées au niveau de la base
taxable de l’exercice en question.
Il en résulte que l’approche du solde structurel ne renseigne pas suffisamment sur
la durabilité de l’amélioration de la situation des finances publiques. L’actualisation
à la baisse des recettes fiscales pour l’exercice budgétaire 2009 et les perspectives
de tassement des recettes à moyen terme ont mis à l’épreuve la caractérisation
de la politique budgétaire appréciée à travers le solde structurel. Ceci impose
une relecture de la situation des finances publiques sur la base d’indicateurs plus
appropriés fondés sur l’évolution structurelle liée à l’élargissement de l’assiette et à
l’effort des réformes.
Les évolutions tendancielles (hors mesures) des dépenses peuvent progresser sur
des tendances plus rapides que le potentiel d’offre de l’économie, ce qui participe
mécaniquement à la dégradation structurelle du solde. Par ailleurs, à court terme,
les élasticités utilisées entre recettes et activité ne sont pas toujours vérifiées. Pour
ces raisons, le solde structurel est une mesure imparfaite de l’effort discrétionnaire
lié aux décisions de politique économique.
Afin de mieux cerner l’impulsion discrétionnaire donnée aux finances publiques, il
est proposé de tenir compte des mesures nouvelles en recettes et en dépenses, ce
qui permet d’estimer l’effort de redressement dans la variation du solde structurel.
Le résidu entre solde structurel et l’effort de redressement mesure dès lors les
fluctuations du solde structurel qui échappent, par nature, au contrôle des autorités
budgétaires et ne relèvent donc pas d’une décision discrétionnaire (effet d’élasticité,
revalorisations, …).
La seconde limite de la notion du solde structurel est liée aux incertitudes qui
entourent les évaluations de croissance potentielle et de l’output gap pour le cas
du Maroc. La détermination de la composante tendancielle de la croissance de
l’économie marocaine, selon l’approche statistique, fait apparaître les effets des
grands chocs sur la croissance et souligne les différentes modes de croissance durant
la période étudiée. Cependant, l’opacité économique des méthodes statistiques
utilisées nécessite une approche économique de la croissance tendancielle. La
difficulté principale de l’approche « structurelle », qui repose sur une fonction de
production concerne le traitement des facteurs potentiels de production, travail
et capital, et l’évaluation de la tendance potentielle de la production globale des
facteurs.
80
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Conclusion
La crise financière internationale et les répercussions qui en ont découlée,
notamment sur les finances publiques, ont amené les pouvoirs publics des différents
pays à repenser les règles budgétaires en vigueur, portant uniquement sur le solde
budgétaire et la dette publique généralement. Celles-ci ont, en effet, montré leurs
limites quant au respect de la discipline budgétaire qu’elles imposent aux états. En
conséquence, certains pays ont adopté le solde structurel comme règle d’équilibre
budgétaire, en plus d’un seuil pour la dette publique, tel est le cas des pays de l’Union
Européenne35. Cette règle d’équilibre structurel impose un équilibre sur l’ensemble
du cycle économique, les excédents des années de forte croissance compensant les
déficits des années de faible croissance.
Concernant le Maroc, les évaluations faites dans le cadre de ce travail montrent que
la considération du solde structurel comme règle budgétaire pousse à réfléchir sur
la capacité de l’Etat à profiter de la phase haute du cycle pour réduire le déficit et, par
conséquent, la dette. A cela s’ajoutent les limites relatées ci-dessus qui caractérisent
cette évaluation de la composante structurelle du solde budgétaire.
bibliographie
• Commission des Finances sur le projet de programme de stabilité (2013),
« Rapport du SENAT ».
• DGTPE (2009), « Le solde structurel des administrations de sécurité sociale :
méthode et évaluation ». Document de travail de la DGTPE, Numéro 2009/12 ;
• DGTPE (2009), « Solde structurel et effort structurel : vers une décomposition
par sous-secteur des administrations publiques », document de travail de la
DGTPE, Numéro 2009/13 ;
• Matthieu LEQUIEN et Alexis MONTAUT (2009), « Croissance potentielle en
France et en zone euro : un tour d’horizon des méthodes d’estimation »,
Document de travail, Direction des Études et Synthèses Économiques, France,
G2014/09.
• C. Rigo (2005), « La croissance potentielle de l’économie belge et ses
déterminants », Revue économique de la Banque Nationale de Belgique,
septembre.
(35). Le « Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire»
du 30 janvier 2012 a introduit une règle d’équilibre structurel des budgets des administrations publiques
: le déficit structurel, corrigé des variations de la conjoncture, ne devra pas excéder 0,5% du PIB sur le
cycle économique.
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