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Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance 5 ALLOCATION DES DéPENSES PUbLIQUES ET CROISSANCE éCONOmIQUE AU mAROC (1970-2013) HETTABI EL Mostafa, Professeur assistant à la faculté des Sciences Juridiques Economiques et Sociales – Université Cadi Ayyad- Marrakech et EL ABBASSI Idriss, Professeur d’enseignement supérieur à la faculté des Sciences Juridiques Economiques et Sociales-Université Mohammed V Rabat - Agdal Résumé Ce papier s’intéresse à l’analyse du lien entre l’allocation des dépenses publiques et la croissance économique au Maroc à travers la recherche d’éventuelles relations de cointégration entre le PIB et les composantes des dépenses publiques dans les secteurs d’éducation, de santé et d’infrastructure. L’estimation d’un modèle vectoriel à correction d’erreur fait état d’une relation positive et statistiquement significative entre les dépenses publiques de santé et la croissance de long terme, alors que les dépenses publiques d’éducation y sont négativement liées. Pour sa part, l’impact des dépenses publiques en infrastructure demeure en deçà des aspirations et des enjeux de croissance économique. mots clés : Dépenses publiques, croissance économique, modèle vectoriel à correction d’erreur. JEL Classification : H51, H52, H54. 114 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Introduction Le rôle des dépenses publiques en matière de croissance économique est un sujet qui a toujours motivé de nombreuses études théoriques et empiriques. Ce sujet acquiert une importance grandissante dès que l’on considère qu’une dépense publique visant à renforcer les capacités productives peut influencer d’une manière durable le taux de croissance de l’économie. En ce sens, les dépenses publiques dans l’enseignement, la santé et l’extension des infrastructures constituent les principaux canaux à travers lesquels l’Etat agit sur le sentier de croissance de long terme. En effet une large partie du débat international sur les moyens de relancer la croissance économique dans les pays en développement a été axée sur la nécessité de promouvoir les investissements publics52. Toutefois, le niveau des dépenses publiques globales doit être compatible avec un cadre macroéconomique viable ce qui pose avec acuité la question de la productivité des dépenses publiques et l’utilisation efficiente des ressources publiques. Pour que les dépenses publiques soient globalement productives, il faut un dosage optimal des outputs du secteur public : L’Etat ne doit pas produire un bien ou un service en quantité excessive ni un autre en quantité insuffisante. C’est pourquoi la question de l’allocation des dépenses publiques et sa relation avec la croissance économique ne cesse de faire l’objet de nombreuses études théoriques et empiriques. Au Maroc, à l’instar des autres pays en développement, l’Etat intervient de plus en plus dans la sphère économique par la production de biens et services. Aussi, est-il possible de mesurer son poids dans l’économie à travers la part de ses dépenses dans le Produit Intérieur Brut53 ; elles ont enregistré en 1990 un niveau de 25,6% de PIB pour atteindre le seuil de 33,2% du PIB en 2014. Cette croissance des investissements publics pourrait également être observée dans les secteurs des administrations publiques notamment dans leurs programmes d’investissement en infrastructure54 et dans l’enseignement et la santé. Cependant, parallèlement à cet effort d’investissement public, les performances économiques marocaines, quels que soient les progrès réalisés, sont demeurées en deçà des niveaux atteints par des économies similaires55. Face à cette situation, la présente étude vise à déterminer les dépenses publiques porteuses de croissance par le recours à l’estimation d’un modèle à correction d’erreur en vue d’identifier d’éventuelles relations de cointégration entre le PIB et les dépenses publiques dans les domaines d’accumulation de capital humain et physique à savoir, l’enseignement, la santé et les infrastructures. (52). On cite dans ce sens les rapports de la Commission Blair(2005), de la Banque mondiale (2005a, 2005b) ainsi que celui du projet du Millénaire des Nations Unies (2005). (53). L’allure des dépenses publiques totales est représentée dans le graphique 2 en annexe. (54). Le volume des investissements publics a grimpé de 47,5 milliards de DH en 2003 à 188,3 milliards de DH en 2012 (55). Voir tableau A1 en annexe pour une comparaison internationale. 115 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance 5.1. Dépenses publiques et croissance économique 5.1.1. Le cadre théorique. L’intervention de l’Etat dans le système économique est une orientation controversée aussi bien dans le principe que dans la portée. Plusieurs conceptions du rôle de l’Etat ont marqué la pensée économique. En effet pour les économistes classiques, le rôle de l’Etat doit être limité à l’exercice de ses fonctions régaliennes et la garantie du libre fonctionnement du marché. Il ne doit surtout pas intervenir dans l’économie, sous peine de déstabiliser les mécanismes d’autorégulation. Laquelle conception contraste avec la vision keynésienne où l’Etat peut jouer un rôle décisif dans la relance économique. Pour les keynésiens, l’Etat doit veiller notamment au bien- être de la population et, au besoin, intervenir dans l’économie pour corriger les dysfonctionnements du marché. Traditionnellement, l’allocation des ressources est en principe assurée par les mécanismes du marché grâce à des décisions décentralisées. Toutefois, pour certains biens et services, le mécanisme automatique du marché ne peut remplir parfaitement cette fonction56. Les décisions d’affectation sont généralement prises par un processus de choix collectifs et en l’occurrence par le processus politique lorsque les dépenses publiques sont en cause. Par conséquent, le défi lancé, à l’économie de développement en général, et à la théorie de croissance économique en particulier, consiste à mettre en évidence et à examiner les fondements scientifiques de toute politique publique qui consiste à stimuler la croissance économique à travers les composantes du budget de l’État. Ainsi, le rôle de l’État s’est progressivement développé d’une optique ultralibérale, qui faisait confiance à la capacité du marché de garantir une meilleure allocation des ressources, à une vision qui prône l’utilisation du budget de l’État pour stimuler la croissance. Jusqu’au début des années 1980, les théories de croissance dominantes, en l’occurrence les enseignements du modèle de croissance néoclassique standard, considéraient que la croissance s’essouffle en l’absence de progrès technique et d’augmentation de la population -du fait de l’hypothèse de rendements d’échelle constants - et de la décroissance de la productivité marginale du capital. Pour que la croissance persiste il faut que le progrès technique pousse continuellement les frontières de la fonction de production, ou bien la population active augmente. Cependant, ni la dynamique du progrès technique ni celle de la population ne dépendent de l’activité économique ou du comportement des agents économiques ; dès lors, les politiques n’ont pas d’influence sur la croissance économique de long terme. Or, l’hypothèse des rendements factoriels décroissants implique que (56). On parle dans ce cas de ce qu’on appelle les défaillances du marché qui désignent l’incapacité de ce denier à assurer une allocation des ressources d’une manière socialement optimale à partir des seuls signaux de prix. Ces défaillances proviennent de l’inaptitude des agents économiques à coordonner ou à coopérer, dans le but d’atteindre une allocation efficace des ressources, lorsqu’une telle coopération est nécessaire. En effet, l’intervention de l’État devient nécessaire dès que l’usage des biens prend un caractère collectif, présentant des externalités ou que leur production connaît des rendements croissants. 116 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance les économies des pays riches doivent croître à un rythme plus lent que les pays pauvres57. Cependant, cette déduction logique n’a pas été empiriquement confirmée : le processus de convergence inconditionnelle s’est avéré moins évident au cours des trois dernières décennies58. L’apparition des modèles de croissance endogène suite aux travaux pionniers de Romer (1986), Lucas (1988), Barro (1990), Rebelo (1991), Grossman et Helpman (1991), Aghion et Howitt (1992), va établir les règles d’une nouvelle démarche d’analyse de croissance faisant du capital humain, du capital physique et de la recherche-développement la source des externalités positives permettant de compenser la décroissance de la productivité factorielle suite au processus d’accumulation et permettant de doter l’État des moyens susceptibles de stimuler la croissance économique à travers les investissements publics dans les domaines d’accumulation du capital humain et physique. 5.1.2. Des résultats empiriques controversés La divergence conceptuelle, relative au rôle des dépenses publiques dans la croissance économique, est également perceptible dans les résultats des travaux empiriques. Diverses études, fondées sur des approches chronologiques ou internationales, ont visé à évaluer la contribution des dépenses publiques à la croissance économique. Certaines études établissent un lien entre l’ensemble des dépenses publiques et la croissance ; d’autres sont axées sur la relation entre certaines composantes des dépenses, telles que l’investissement public, les dépenses d’éducation ou de santé, ou leurs éléments constitutifs, et la croissance économique. Des études empiriques ont livré des conclusions divergentes : selon certaines, l’augmentation des dépenses publiques s’accompagne d’un ralentissement de la croissance (Landau (1986), Scully(1989) ; selon d’autres, il existe une relation positive entre dépenses publiques et croissance (Ram (1986)) ; alors que certains auteurs affirment qu’il n’existe pas de relation significative entre les dépenses publiques et la croissance (Kormendi et Meguire (1985), Diamond (1989)). Selon l’une de ces études (Sattar (1993), les dépenses publiques n’ont aucun impact sur la croissance dans les pays développés, mais elles ont un effet positif dans les pays en développement. En général, les études concernant la relation entre les dépenses publiques totales et la croissance n’ont pas donné de résultats probants, parce que les résultats de nombre de ces études indiquent que la consommation du secteur public ne stimule pas la croissance (Diamand (1989), Barro (1991), Grossman (1990), Easterly et Robelo (1993)). Un certain nombre d’études ont mis en évidence une corrélation positive entre la croissance et divers indicateurs ou dépenses d’éducation : le niveau d’instruction primaire et secondaire (Barro (1991), Easterly et Rebelo (1993)) ; la part des dépenses d’éducation dans les dépenses totales (Otani et Villanueva (1990)) et les dépenses en capital dans le secteur de l’éducation (Diamond (1989)). En utilisant (57). Si l’on ne tient pas compte des différences démographiques. (58). Le concept de convergence ne s’accorde avec les réalisations factuelles que si l’on adopte une convergence conditionnelle, autrement dit, lorsque l’on admet une relation entre le taux de croissance et les conditions initiales après qu’on isole le reste des variables. 117 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance des données en séries temporelles, Coulibaly Mamadou (2013) montre que les dépenses publiques d’éducation ont un impact positif significatif sur la croissance économique, ainsi une augmentation de 1% du taux de croissance des dépenses d’éducation entrainent une hausse de 5,795% du taux de croissance. Contrairement au résultat retrouvé par Devarajan et al. (1996) où les dépenses d’éducation entretiennent une relation plutôt négative avec la croissance économique. D’autres études ont visé à identifier l’effet des dépenses publiques consacrées à certains services d’éducation et de santé ; en général, les conclusions de ces études sont probantes et soulignent les effets positifs de ces investissements sur les revenus d’une vie entière ou sur les indicateurs d’éducation et de santé. Ces études mettent en évidence la productivité des dépenses consacrées à l’enseignement primaire et aux services communautaires de santé, particulièrement dans les pays en développement, ainsi qu’à l’éducation sanitaire et aux soins préventifs de santé (Ryoo (1988) ; Haddad et al. (1990) ; Winkler (1990)). L’objectif de certaines études était de distinguer les relations de long terme et court terme entre les dépenses publiques et croissance économique. Par exemple, Ben et Hassad (2006) ont montré que les dépenses publiques d’éducation et de santé sont porteuses de croissance économique si elles sont utilisées d’une manière efficace. Nubukpo (2003) a établi sur la base d’un modèle à correction d’erreur appliqué à chaque pays de l’UEMOA, que les dépenses publiques totales n’ont pas d’impact significatif en courte période sur la croissance dans la majorité des économies. A long terme, la hausse des dépenses publiques a un impact sur la croissance nettement différencié par pays. Par ailleurs, il a montré que la prise en compte de la composition des dépenses publiques conduit à mettre en évidence l’effet négatif des dépenses de consommation publique sur la croissance à court et à long terme dans l’UEMOA. Concernant l’investissement public et la croissance économique, Keho Yaya (2008), a montré que c’est la croissance qui cause l’investissement public en Côte d’Ivoire et non l’inverse. De même, Ghali (1997) en utilisant un test de causalité au sens de granger pour le cas de la Tunisie, a montré que l’hypothèse selon laquelle les dépenses publiques causent la croissance économique était rejetée. 5.2. Profil de croissance économique et évolution de la structure des dépenses publiques au maroc La croissance économique au Maroc a connu trois phases distinctes. Dans un premier temps, le Maroc a enregistré une accélération de son rythme de croissance au cours des deux décennies qui suivirent l’indépendance pour atteindre 5,4% de croissance annuelle moyenne au cours des années 1970. Cette période a été marquée par la mise en œuvre de plans de développement économique et social visant à renforcer le tissu 118 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance économique et à accompagner les transformations sociales du pays. Les plans des années 1960 (1960-1964 ; 1965-1967) projetaient notamment le développement de l’agriculture et la mise en place d’une industrie de base, grâce à l’intervention de l’Etat en vue de consolider l’indépendance économique du pays et de valoriser ses ressources nationales. Les années 1970 se caractérisèrent également par un fort interventionnisme de l’Etat visant deux objectifs principaux, la mise en place d’une politique de substitution aux importations et la promotion des exportations. Le premier axe d’intervention fut marqué par des investissements publics conséquents associés à un système de protection de l’industrie marocaine naissante. Le second axe d’intervention visait à promouvoir les exportations (plan quinquennal 1973-1977). Dans cette optique, l’Etat a tenté de mobiliser l’initiative privée, à travers notamment la promulgation de la loi sur la marocanisation (1973). Toutefois, l’objectif consistant à relancer la croissance par une contribution plus importante de la demande extérieure n’a pas été atteint, la part des exportations dans le PIB étant restée inchangée depuis les années 1960. Dans un second temps, la croissance a décéléré de manière continue, atteignant 2,4% en moyenne au cours des années 1990, et sa volatilité s’est fortement accrue. Suite à de nombreux chocs extérieurs (choc pétrolier, baisse des prix du phosphate, augmentation des taux d’intérêt, sécheresse), la situation macroéconomique du Maroc s’est nettement dégradée au début des années 1980. Pour faire face à cette situation, le gouvernement a mis en place un programme d’ajustement structurel (PAS). C’est ainsi que la politique budgétaire ait fixé pour objectif le maintien du déficit budgétaire à un niveau inférieur au seuil de 3% du PIB et par conséquent, la contraction budgétaire s’est érigée par les pouvoirs publics à une condition nécessaire pour rétablir les perspectives de croissance. Toutefois, dans sa première phase (1982-1987), la mise en œuvre du PAS a engendré une contraction de la demande intérieure, un ralentissement de l’activité économique et une aggravation du chômage. Au cours de la seconde phase du PAS (1988-1995), la situation des finances publiques et des comptes externes s’est améliorée. Cette période a néanmoins été marquée par une forte volatilité de la croissance économique comparativement à la période antérieure, en raison des fréquentes sécheresses. En effet, le secteur agricole représente toujours à cette période 17% du PIB global, emploie 40% de la population active et constitue 40% des exportations. De ce fait, les fluctuations de l’activité agricole se répercutent sur l’ensemble de l’économie nationale compte tenu de l’effet d’entraînement qu’il exerce sur l’ensemble de l’activité économique par le biais des revenus. Le net ralentissement de la croissance tient également au fléchissement de l’investissement public et à la baisse de la compétitivité relative des exportations marocaines par rapport aux autres pays émergents. Cependant, les mesures draconiennes préconisées par le PAS, n’ont pas endigué l’augmentation des dépenses de fonctionnement qui vont ensuite s’approcher de la barre des 40 milliards de DH en 1992 contre 16 milliards en 1983. Les exigences de 119 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance la gestion de la dette59 limitent, par ailleurs, la marge de manœuvre pour l’allocation des ressources entre les différentes catégories de dépenses. L’effet de contraction budgétaire serait plutôt remarqué au niveau de l’investissement public dont la part dans le total des dépenses publiques représentait 45% en 1982, a chuté à environ 26% en 1992. Pareille pour les dépenses de subventions et de compensations qui ont été ramenées de 6,3% du total des dépenses publiques en 1980 à environ 2,44% en 1992. Si le plan d’ajustement structurel a permis relativement de rétablir les équilibres financiers, les coûts sociaux ont été, par contre, trop lourds. L’accumulation du capital humain et physique est fortement affectée. Ainsi, la contraction des dépenses sociales et d’investissement public a abouti à un ralentissement de l’activité économique, à la hausse du chômage et la régression du niveau de vie d’une large catégorie de citoyens. Certes, à partir de la fin de la période du PAS, les pouvoirs publics ont commencé à bénéficier d’une certaine autonomie dans l’élaboration des politiques budgétaires, mais leur marge de manœuvre n’a pas été totalement libérée à cause de l’incompressibilité des dépenses de fonctionnement et des intérêts de la dette60. L’irrégularité avait marqué la croissance de la part des dépenses publiques dans le PIB, enregistrant en effet, tantôt des valeurs positives tantôt des valeurs négatives ; les tendances baissières sont surtout enregistrées entre les années 2001- 2003 et 2005-2006 ou plus avant entre 1995-1996. Enfin, sur la période récente, le Maroc est de nouveau entré dans un cycle de croissance relativement soutenue. En effet, celle-ci s’est notablement renforcée et s’est stabilisée autour de 5% en moyenne au cours de la décennie 2000. La fin des années 1990 marque une rupture avec la politique économique menée depuis l’indépendance se traduisant par un nouveau régime de croissance, moins inflationniste que par le passé (graphique1). Ce nouveau régime se caractérise par une reprise des investissements public et privé, par la consolidation du PIB non agricole et par une amélioration des équilibres extérieurs. Toutefois, le rythme de croissance de l’économie marocaine est demeuré inférieur à la moyenne observée dans les pays émergents et en développement. Les dépenses publiques ont fortement progressé depuis le début des années 2000 pour atteindre 33,9 % du PIB en 2013 après avoir atteint le seuil de 36,1% en 2012. En effet, suite à l’exigence de la politique de soutien aux facteurs internes de la demande, l’ensemble des postes de dépense a crû au cours de la dernière décennie. Mais si l’on se contente uniquement à une présentation de l’évolution des dépenses publiques dans leur totalité, on risquerait d’occulter les variations susceptibles de se produire au niveau de la composition budgétaire ainsi que dans les évolutions des parts relatives des dépenses publiques allouées à chaque secteur notamment les dépenses visant à développer le capital physique de l’Etat (investissement public), (59). Sa part dans les dépenses publiques totales a grimpé de 16% en 1983 à environ 24% en 1990. (60). Celles-ci ont atteint respectivement 97 milliards de DH et 19 milliards de DH en 2007. 120 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance ou développant le capital humain (dépenses de santé et d’éducation) ou celles agissant sur le capital infrastructurel (dépenses de transport et de communication). L’évolution des dépenses publiques en éducation, santé et infrastructure, montre que ces différentes catégories de dépenses ont vu leurs parts dans le PIB croître de 1970 à 1977. Après cette période, la tendance va se renverser et on assistera à une baisse graduelle des dépenses d’infrastructure qui vont les premières entamer leur recule, passant de 4.1% du PIB en 1977 à environ 1.5% en 1984. Tandis que les dépenses publiques d’éducation ne seront affectées par cette tendance baissière qu’à partir de 1983 et ce n’est d’ailleurs pas un événement surprenant car cette même année avait coïncidé avec le début de l’application du programme d’ajustement structurelle. Néanmoins, la part des dépenses d’éducation s’était stabilisée au tour de 5% du PIB durant toute la décennie 1988-1998, après quoi, une reprise sera constatée dans les dépenses de ce département à partir de 2001 affichant un taux de 7% du PIB en 2007. Les dépenses de santé publique, quant à elles, sont marquées par leur faible part dans le PIB ainsi que par leurs faibles variations. Une simple comparaison entre le Maroc et un échantillon de trois pays (Botswana, Tunisie, Malaisie) –qui avaient des niveaux de développement similaire au Maroc dans les années 60- montre que le Maroc maintenant consacre le taux de dépenses publiques par rapport au PIB le plus inférieur parmi ces pays qui affichent maintenant des taux de croissance nettement supérieurs. Bien que l’analyse des dépenses publiques totales dans chaque secteur ait permis d’appréhender les différences entre les secteurs en matière des ressources financières allouées, elle ne permet cependant pas de déceler les efforts d’investissement et leur évolution dans le temps, les dépenses totales contenant également celles dites de fonctionnement qui ne traduisent pas un effort d’augmentation des capacités productive comme c’est le cas pour l’investissement. En effet, les pouvoirs publics ont accordé une importance particulière au secteur d’infrastructure de base dans la période antérieure à l’application du programme d’ajustement structurel par le fait d’être disposé à consacrer à ce secteur une part non négligeable des dépenses d’investissement. La part des dépenses publiques d’investissement en infrastructure a été maintenue jusqu’au 1983 à un niveau supérieur à 2%. Cependant juste après, une baisse considérable va désormais toucher cette catégorie de dépenses traduisant une politique de contraction budgétaire plutôt qu’un changement dans la stratégie d’investissement. Le changement ainsi constaté peut être exprimé par l’écart entre les moyennes des parts d’investissement entre les périodes. 5.2.1. Données et méthodologie Les données utilisées dans cette étude proviennent des sources nationales (HCP, Ministère des finances, Bank AL-Maghrib) et des sources internationales (Banque mondiale et FMI). Elles couvrent la période 1970-2013. L’analyse porte sur quatre variables macroéconomiques, à savoir le PIB et les dépenses publiques dans les secteurs d’éducation, de santé et d’infrastructure. Nous prenons les investissements 121 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance réalisés par le ministère de l’équipement et de transport et les investissements de sept autres Etablissements et Entreprises publics (EEP)61, opérant dans le domaine des infrastructures, comme proxy des dépenses publiques en infrastructure62. L’analyse économétrique de la relation entre la croissance du PIB et les dépenses publiques a fait l’objet de nombreuses études empiriques. L’objet de la présente étude n’est pas d’estimer la relation entre la croissance économique et les dépenses publiques totales mais de tester l’existence d’éventuelles relations de cointégration entre l’évolution du PIB et les investissements publics dans les domaines d’accumulation du capital humain (éducation et santé) et de capital physique (infrastructure). La méthode économétrique appropriée, serait d’estimer un modèle vectoriel à correction d’erreur (VECM) qui a la propriété de déterminer les relations de long et de court terme entre les variables. Pour avoir une estimation non fallacieuse de cette relation dans un univers statistique non stationnaire, il est recommandé de recourir d’abord à un protocole de tests statistiques préliminaires. En premier lieu, on doit déterminer l’ordre d’intégration des variables. Compte tenu de l’importance de cette étape par la suite, on doit recourir à différents tests de stationnarité : le test usuel de racine unitaire de Dickey-Fuller (ADF), le test de Phillips-Perron (PP) et le test de Kwiatkowski, Phillips, Schmidt et Shin (KPSS). Contrairement au test ADF qui prend en compte uniquement la présence d’autocorrélations dans les séries, le test PP considère en plus l’hypothèse de présence d’une dimension hétéroscédastique dans les séries. Le test KPSS repose sur la décomposition de la série étudiée en une partie déterministe, une marche aléatoire et un bruit blanc. Il s’agit donc d’un test de nullité de la variance du résidu de la marche aléatoire. L’hypothèse nulle du test KPSS est fondée sur l’hypothèse de stationnarité. Ainsi pour que la série soit considérée comme stationnaire, il faut que la statistique de KPSS soit inférieure à la valeur critique. Une fois déterminé l’ordre d’intégration des séries, l’étape suivante consiste à examiner la présence d’éventuelles relations de cointégration à long terme entre les variables. Cette analyse se fera suivant la procédure de test de cointégration de Johansen (1988) plus efficace que la stratégie en deux étapes d’Engel et Granger (1987) lorsque l’échantillon est de petite taille et les variables sont nombreuses. En effet, il peut exister plusieurs combinaisons linéaires stationnaires entre des variables intégrées d’ordre un. Dans la méthode de Johansen, la détermination de la dimension de l’espace de cointégration se fait par l’estimation d’un modèle autorégressif par la méthode du maximum de vraisemblance. L’avantage de cette méthode est, d’une part, de pouvoir effectuer des tests de restrictions linéaires sur les paramètres du vecteur de cointégration, et, d’autre part, de prendre en compte plusieurs spécifications pour la relation de long terme : présence d’une tendance/ constante ou non dans l’espace de cointégration. (61). Les EEP considérées sont : ADM, ONCF, ONDA, ONE, ONEP, RAM et ANP. (62). On souligne, qu’une transformation logarithmique a été appliquée à l’ensemble des variables retenues. 122 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance 5.2.2. Les résultats empiriques Résultats des tests de stationnarité et de cointégration L’application des différents tests de stationnarité pour les quatre séries considérées conduit aux résultats regroupés dans le tableau suivant : Tableau1 : tests de stationnarité En niveau En différence première Variables ADF PP KPSS ADF PP KPSS LPIBR -3.147 -3.031 0.106 -11.130 * -10.586 * 0.113 LEDU -2.893 -4.498 * 0.821 * -8.121 * -8.151 * 0.515 LSANT 1.646 1.831 0.835 * -5.795 * -7.834 * 0.334 LINF -1.376 -1.416 0.828 * -6.262 * -6.2625 * 0.165 Note : (*) indique le rejet de l’hypothèse nulle à 1%. Les résultats obtenus pour les variables en niveau indiquent que les séries ne sont pas stationnaires au seuil de 1%. En effet les tests statistiques s’accordent au rejet de l’hypothèse de stationnarité, sauf pour les tests PP et KPSS qui n’arrivent pas à infirmer la stationnarité respectivement pour les séries LEDU et LPIBR. Quant aux tests effectués sur les séries en différence première, ils permettent de rejeter l’hypothèse nulle de non stationnarité pour toutes les séries au seuil de 1%. La modélisation en présence d’au moins deux séries non stationnaire nous conduit à identifier une éventuelle relation d’équilibre de long terme entre les variables du modèle. Pour cette raison, nous utilisons la procédure de Johansen basée sur l’estimation d’un modèle vectoriel autorégressif par la méthode du maximum de vraisemblance. mise en place des tests de cointégration Une des étapes les plus importantes qui précède le test de cointégration multivarié de Johansen est la recherche du nombre de retards optimal. Le choix du nombre de retards peut affecter sensiblement les résultats des tests de ration de vraisemblance pour la cointégration. En effet les travaux de Boswijk et Fances (1992), Gonzalo (1994) et Ho et Sorensen (1996) ont bien souligné ce constat. Si le nombre de re- tards est insuffisant, le modèle peut retenir de l’autocorrélation au sein de son terme résiduel, et si, par contre, l’ordre du VAR est trop grand, les tests tendent à sures- timer le nombre de relations de cointégration. Le nombre de retards est déterminé à partir des critères d’information usuels tels que les critères d’Akaike et Schwartz et Hannan-Quinn. Ces critères s’appuient sur l’apport d’information généré par des retards supplémentaires dans le modèle. 123 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Tableau 2 : Critères d’information Nombre LogL LR AIC SC HQ de retards 0 49.63901 NA -2.226293 -2.059115 -2.165416 1 200.8805 265.5948 -8.823439 -7.987551* -8.519055* 2 218.7435 27.88377* -8.914319* -7.409720 -8.366427 3 231.6947 17.68944 -8.765597 -6.592286 -7.974197 Les résultats du tableau ci-dessus conduisent à une spécification à deux retards. Le modèle VAR ainsi spécifié peut donc être considéré comme représentant correctement les données. En conséquence, l’analyse sera menée sur un VECM (1). Test de cointégration de Johansen Cette étape consiste à tester le nombre de relations de cointégration existantes entre les variables du modèle. Mais il est nécessaire de préciser au préalable les spécifications à retenir : les lois asymptotiques des tests de cointégration ne sont pas invariantes aux termes déterministes. Pour savoir quelle spécification doit- on retenir, il faut recourir aux tests de stationnarité effectués précédemment. Ces tests permettent d’envisager la présence d’une tendance linéaire dans le niveau de certaines séries. Par conséquent, on réalise le test de cointégration dans un contexte où la constante n’est pas contrainte, mais où le trend linéaire est contraint de figurer exclusivement dans l’espace de cointégration. La détermination du rang de cointégration est effectuée par les tests de la trace et la valeur propre maximale 124 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Tableau 3 : Tests basés sur la statistique de la trace Valeurs pro- Statistique de Valeur critique Prob. H0 pres la trace à 5% r = 0* 0.953036 163.0973 47.85613 0.0000 r ≤1* 0.405169 34.64554 29.79707 0.0128 r≤2 0.262737 12.82748 15.49471 0.1213 r ≤3 0.000606 0.025443 3.841466 0.8732 (*) : indique le rejet de l’hypothèse nulle au seuil de 5% r : nombre de relation de cointégration Les tests se déroulent d’une manière séquentielle sur le nombre ( r ) éventuel des relations de cointégration. Nous testons d’abord l’hypothèse suivant laquelle il de la trace pour ( r = 0 ) reporte une valeur égale à 163.0973, supérieure à la valeur n’existe pas de relation de cointégration entre les variables. A cet égard, la statistique critique à 5% (47.85613), ce qui nous amène à rejeter cette hypothèse. Le test de la trace permet aussi d’écarter l’hypothèse qu’il existe au maximum une relation de cointégration mais ne permet pas de rejeter l’hypothèse selon laquelle il y a au maximum deux relations de cointégration. Ces résultats sont également confirmés par le test de la valeur propre maximale. Tableau 4 : Tests basés sur la valeur propre maximale Valeurs propres Stat valeur pro- Valeur critique Prob. H0 pre max. à 5% r = 0* 0.953036 128.4517 27.58434 0.0000 r ≤1* 0.405169 21.81806 21.13162 0.0400 r≤2 0.262737 12.80204 14.26460 0.0840 r ≤3 0.000606 0.025443 3.841466 0.8732 (*) : indique le rejet de l’hypothèse nulle au seuil de 5% r : nombre de relation de cointégration Les résultats des tests de la trace et de la valeur propre maximale permettent de conclure qu’il y a au moins une relation de cointégration. 125 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Estimation des relations de long et de court terme Après avoir étudié l’hypothèse de l’existence d’une relation de cointégration entre les variables du modèle par l’utilisation de l’approche de Johansen, nous tenterons estimer les coefficients qui déterminent la dynamique du modèle à court et à long terme. Le tableau ci-dessous regroupe les estimations par le maximum de vraisemblance du vecteur de cointégration ainsi que les termes à correction d’erreur. Tableau 5 : Estimation du vecteur de cointégration Coefficients de la relation de long terme LPIBR LEDU LSANT LINF Const. 0.130461 -0.519150 -0.033545 1.000000 [2.60369] [-22.0768] [-0.94819] -9.666890 Coefficients du mécanisme à correction d’erreur -0.574871 0.052655 -0.005150 0.023202 0.055561 [-3.63392] [ 1.26248] [-0.36909] [ 0.41654] [ 5.98405] La normalisation par rapport à la variable LPIBR permet de réécrire l’équation de long terme sous la forme : LPIBR=9.666-0.13LEDU+0.51LSANT+0.03LINF 5.2.3. Interprétation des résultats Dépenses publiques d’éducation et de santé et croissance économique Les résultats d’estimation par la méthode de Johansen basée sur la méthode du maximum de vraisemblance, montrent que la croissance est négativement liée aux dépenses publiques d’éducation. Le coefficient est statistiquement significatif au seuil de 5%. Ce résultat doit être discuté puisqu’il ne coïncide pas avec les prédictions des modèles de croissance endogène. Or, on a toujours reproché au système éducatif marocain de ne pas s’adapter aux exigences du marché de travail. Les efforts en matière d’éducation et de formation qui avaient été déployés depuis l’indépendance répondaient pour longtemps à une préoccupation bien ciblée : former des cadres marocains pour occuper les postes libérés par l’administration coloniale et donner à tous les citoyens la chance de poursuive une formation qui devrait les insérer dans le processus de développement. Cet engagement pour l’éducation s’est traduit par la multiplication de grandes écoles, des universités, des lycées et des écoles. Cependant le système de formation n’a pas été réformé de telle sorte qu’il prenne en compte les nouveaux défis du développement socio-économique. L’État dépense assez de ressources pour former des individus qui se retrouvent en chômage en fin de leur cursus universitaire. Il se pose donc un problème d’incompatibilité du produit des 126 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance écoles et des universités avec la nature de la force de travail exigée, autrement dit, l’État dépense dans l’éducation puisqu’il forme des cadres mais cette dépense n’a pas d’impact significativement positif sur la croissance puisque les masses de diplômés ainsi formés ne seront pas impliqués dans le processus de production. En outre l’anomalie de la relation dépenses publiques-croissance économique au Maroc peut être analysée indirectement à travers l’évaluation de l’efficacité du système éducatif. En effet, Le niveau des dépenses publiques totales d’éducation au Maroc a été souvent plus élevé comparativement à d’autres pays de la région MENA ayant un niveau de développement économique similaire. Cependant les résultats étaient relativement établis au-dessous de la moyenne. En 2001, le Maroc a dépensé environ 5.6% du PIB et l’équivalent de 25% de dépenses publiques totales dans le secteur d’éducation ; un niveau de dépenses plus important que dans d’autres pays à revenu faible ou intermédiaire. Le coefficient associé aux dépenses publiques de santé dans l’équation de long terme est significativement positif. En effet, le rapport de l’OMC publié en 2001 sur la macroéconomie et la santé a démontré clairement qu’il ne faut pas considérer l’amélioration globale de la santé des populations comme une conséquence naturelle d’une croissance économique préalable mais, qu’au contraire, le développement économique était conditionné par un investissement massif dans la santé publique. En outre, on s’accorde de plus en plus, dans les milieux de la recherche économique, que les progrès de la santé favorisent le développement économique grâce à leur impact sur la productivité des travailleurs. Avec une population en bonne santé, on observe non seulement une réduction des pertes imputables à la morbidité et à la mortalité, mais aussi à la modification des comportements microéconomiques en relation avec l’anticipation d’une espérance de vie plus longue, qui alimente la volonté de faire des économies et d’investir, ainsi que la transmission d’un meilleur capital humain d’une génération à la suivante. Dépenses publiques d’infrastructure et croissance économique Les dépenses en infrastructure intégrées dans l’estimation du modèle, ce sont particulièrement les dépenses effectuées par le ministère d’équipement et de transport et les dépenses des établissements publiques qui interviennent dans les domaines de transport et communication et dans la production d’énergie. Ces investissements sont généralement marqués par leur indivisibilité technique, ils sont générateurs d’externalités et fournisseurs de services. Les arguments formulés en faveur de la priorité à accorder aux investissements d’infrastructure c’est qu’ils permettent, à travers les externalités qu’ils engendrent, d’augmenter les investissements en activités directement productives et diversifie l’économie nationale. Le coefficient associé à la variable dépenses publiques en infrastructure que nous avons obtenu, dans l’équation de long terme, est positive mais non significatif. Cette absence de robustesse dans la liaison entre croissance et dépenses publiques en infrastructure est imputable à leur faible effet d’entraînement et à la faible productivité du capital physique elle aussi liée à la faiblesse du capital humain. En effet, l’investissement public en infrastructure peut influer sur la croissance à travers trois canaux : soit 127 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance par effet direct sur la productivité des facteurs de production privée, soit par effet de complémentarité de l’investissement privé ou encore par un effet d’éviction au sein du système financier. La faible significativité statistique entre les dépenses publiques en infrastructure et croissance économique trouve son explication dans la faiblesse de l’impulsion endogène liée à l’investissement privé. En effet, certes le taux d’investissement a progressé durant la dernière décennie, mais cet accroissement n’a pas été accompagné d’une nette accélération de la croissance suite à la faible utilisation des capacités installé laquelle situation se traduit par une sous-utilisation de l’infrastructure publique et ipso facto par une faible contribution des dépenses publiques en infrastructure dans la croissance économique. 128 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Conclusion Le rôle de l’Etat dans le processus de croissance économique est largement dis- cuté dans la littérature économique. Au cœur de multitude d’arguments théoriques se trouvent les effets directs et indirects engendrés par les dépenses publiques sur la croissance économique. En particulier, les dépenses publiques dans les domaines d’éducation, de santé et d’infrastructure peuvent exercer un effet sur la productivité des facteurs de production et sur l’accumulation du capital privé. Nous nous sommes intéressés dans cette étude à dégager l’existence de certaines relations de cointégration entre la croissance du PIB et celle des dépenses publiques dans les trois secteurs préalablement évoqués. L’estimation a été réalisée à l’aide d’un modèle vectoriel à correction d’erreur et a permis de souligner que le secteur de santé est plus efficient en termes de rendement des dépenses publiques alors que les dépenses d’éducation semblent plutôt entretenir une relation négative avec la croissance économique, signe de faiblesse du rendement interne et externe de ce secteur ce qui pèse lourdement sur la productivité des infrastructures et du capital physique. Il en découle, que la simple augmentation des dépenses d’éducation ne suffit pas à stimuler la croissance économique. Le défi auquel est confronté le Maroc ce n’est pas uniquement l’augmentation des dépenses d’éducation en elles-mêmes mais plutôt la bonne redistribution de celles-ci au sein du secteur éducatif en quête de qualité et d’efficacité, ainsi que la bonne allocation des ressources publiques en- tre le secteur d’éducation et le secteur de la santé, où les dépenses publiques appa- raissent plus productives. Il n’est pas suffisant, d’un point de vue macroéconomique, de s’intéresser seulement aux montants des dépenses publiques, car leur productivité a des conséquences im- portantes pour l’ajustement budgétaire, en particulier lorsque les ressources pub- liques deviennent de plus en plus limitées. Les questions relatives à la politique des dépenses publiques, y compris celles concernant l’efficience et la structure de ces dépenses, sont vitales dans l’optique d’un ajustement budgétaire efficace et durable. En effet, le Maroc peut accroitre la productivité des dépenses publiques en amélio- rant l’efficience des divers programmes publics ainsi que leur structure. A cet effet, l’élaboration et l’exécution de la politique des dépenses publiques doivent s’appuyer sur une analyse économique systématique des processus de production du secteur public et la bonne planification des investissements en infrastructure. 129 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance bibliographie • Ben, S. et Hassad, M., (2006), « Efficience du financement des services publics et croissance économique dans les pays en développement : Analyse en coupe transversale «, Journées scientifiques du réseau « analyse économique et dével- oppement « ; • Coulibaly Mamadou, (2013) « Imapact des dépenses publiques d’éducation sur la croissance économique en Côte d’Ivoire », European Scientific Journal, vol. 9, N° 25 ; • Devarajan and al. 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