Cahiers de la Recherche
QU’EN EST-IL DE L’ACTION DE LA PARITE DU
DIRHAM FACE A L’EURO SUR L’EVOLUTION DE LA
TENDANCE FONDAMENTALE DES PRIX AU
MAROC ?
Moncef LATMANI
Faculté de Droit de Rabat, Université Mohammed V, Agdal.
latmani_moncef@yahoo.fr
Résumé : Afin d’assimiler au mieux les effets inflationnistes importés et leurs incidences sur le
niveau des prix intérieurs, il a été convenu tout au long de cet article d’adopter le taux de change
non seulement pour son pouvoir à transmettre ces effets mais bien au contraire, à les expliquer et
mieux encore à les contrecarrer. Pour se faire, des modèles théoriques mettent au clair la manière
avec laquelle se déclenche tout processus inflationniste. Les résultats empiriques, par ailleurs,
suggèrent une très faible persistance des effets inflationnistes sur l’indice des prix à la
consommation. Le taux de change parait à ce niveau un instrument de régulation efficace capable
d’assurer la stabilité des prix à la consommation. En revanche et via quelques estimations, fort est
de constater que les fluctuations du taux de change sont difficilement transmissibles notamment aux
prix à la production. Ce constat est du particulièrement à une gestion administrée de la part des
autorités monétaires qui assurent du coup une flexibilité et indépendance à la politique monétaire
du Royaume. Dès lors, l’étude propose non seulement de scruter les interconnexions du taux de
change eu égard des prix des biens non échangeables mais aussi eu égard des prix des biens
échangeables.
Mots-clés : Inflation sous jacente – taux de change – modèle de Cournot – modèle de Dixit-
Stiglitz – modèle de Gerlach-Kristen – modèle d’Edwards.
WHAT ABOUT THE ACTION OF DIRHAM-EURO PARITY ON THE EVOLUTION OF THE
BASIC PRICES TREND IN MOROCCO?
Abstract: To assimilate the best imported inflationary effects and their impact on the domestic price
level, it was agreed throughout this paper to adopt the exchange rate not only for its power to
transmit these effects but on the contrary , to explain and even better to counter them. To do this,
theoretical models are to clear the way that triggers any inflationary process. The empirical results
also suggest a very weak persistence of inflationary effects on the index of consumer prices. The
exchange rate seems be an instrument of effective regulation able to ensuring the stability of
consumer prices. In contrast, and using some estimates, there is no denying that fluctuations in
exchange rates are difficult to pass including producer prices. This finding is particularly the
management administered by the monetary authorities that provide the flexibility and independence
blow to the monetary policy of the Kingdom. Therefore, the study proposes not only to scrutinize
the interconnections of the exchange rate given the prices of non tradable goods but also in terms of
tradable goods prices
225
Cahiers de la Recherche
Key-words: Core inflation – exchange rate – Cournot model – Dixit Stiglitz model – Gerlach
Kristen model – Edwards model.
I. INTRODUCTION
La plupart des économistes contemporains persistent à mener des réflexions dans un contexte
d‘économie fermée. Pourtant, et quasiment depuis mai 1996 (date d‘instauration du marché des
changes pour le cas du Maroc), le taux de change est devenu une variable macroéconomique
incontournable pour une économie émergente telle que la notre. Dans cette perspective, un intérêt
particulier semble être attribué à la relation entre les mouvements du taux de change et les prix
occasionnant ainsi plusieurs débats. A cet égard, Taylor soutient l‘idée selon laquelle le degré de
transmission des variations du taux de change aux prix présente une relation systématique avec le
régime de politique monétaire jusqu‘alors en place. Ceci aura évidemment pour conséquence le
choix d‘une politique monétaire appropriée en économie ouverte. Néanmoins, dans sa présentation
des modèles d‘analyse de l‘inflation et de la politique monétaire et d‘une manière assez discordante,
Taylor recommande rarement la prise en considération de la variable « taux de change » dans la
détermination des « prix ».
Un autre courant, non des moindres, vient appuyer cette thèse. En effet, Edwards, Caballero et
Krishnamurthy essaient de mettre en évidence la nécessité d‘accorder une attention particulière à
l‘impact des variations du taux de change dans la conduite de la politique monétaire.
De leur part et d‘après Calvo et Mishkin, les responsables des économies émergentes sont trop
sensibles au taux de change puisque la majorité de ces économies sont assujetties à un coefficient de
pass-through assez élevé de sorte à ce que la dévaluation conduit automatiquement à l‘inflation. La
dynamique du taux de change nominal peut, à cet effet, causer incontestablement des perturbations
de ciblage quant à l‘ancrage intermédiaire ou plutôt à l‘objectif final de la politique monétaire.
Supposons186 dans un premier temps que la variation du taux d'inflation ait pour origine ou ait été
engendrée en partie par un mouvement (anticipé ou pas) de la variable taux de change nominal.
Dans ce premier cas de figure, quels seraient d‘abord les déterminants de ce mouvement?
Autrement dit, quels sont les facteurs – entre autres échappant au contrôle des autorités monétaires
– susceptibles d'affecter la variable taux de change ? Et quels rapports logiques finalement pouvons-
nous établir avec les prix intérieurs (section2)?
Une fois ceci dressé, dans quelle mesure et à quelle ampleur ces chocs affecteront les indices des
prix de notre pays? Sur combien de périodes s'étalerait l'effet de leur transmission? Là encore, faut-
il analyser des effets inflationnistes immédiats ajustables à court et moyen termes ou se pencher sur
une vision d'une longue haleine principalement stratégique de longue période (section 3)?
En fait, trouvez des éléments de réponse à l'ensemble de ces interrogations est une chose
primordiale ; des éléments qui peuvent remettre en cause tout un historique d'intervention d'ordre
politico-monétaire mais également tout une littérature tant théorique qu'empirique.
186
je dégage à ce niveau là l'hypothèse fondamentale de l'existence d'une relation entre les variables taux de change et
indice des prix ; une hypothèse qu’il va falloir vérifier et étudier par la suite.
226
Cahiers de la Recherche
2. QUELQUES DEVELOPPEMENTS THEORIQUES
Sera explicité ici, et dans une perspective théorique, les modèles d‘équilibre suivants : la loi du prix
unique, la théorie de la parité du pouvoir d‘achat, le modèle de Cournot ainsi que le modèle de Dixit
& Stiglitz.
2.1 La loi du prix unique
Le premier modèle suppose qu'il existe un prix unique. Les prix des différents biens sont
géographiquement déterminés et ajustés en fonction des coûts de transport et d'autres frais. Les prix
relatifs restent donc les mêmes quelle que soit la région. Les hypothèses d'homogénéité, de la
disponibilité de l'information et de la concurrence pure et parfaite assurent ce résultat.
Prenons alors "pi" comme prix du bien i dans le pays domestique et pour sa propre devise ; "pi*"
comme prix du même bien produit à l'étranger et "e" comme étant le taux de change à l'incertain.
On obtient donc la relation suivante : pi = e.pi*.
Avec la présente forme dite également "version première de Gustav Cassel", la loi du prix unique
vient confirmer la théorie de la parité du pouvoir d'achat. La loi du prix unique, étant intégrée dans
le corpus de l'approche monétariste, a été appliquée au taux de change pour faire ressortir, sous
l‘hypothèse d'une flexibilité totale des prix et en combinaison avec la théorie quantitative de la
monnaie, la théorie du taux de change. L'implication de cette théorie revient essentiellement à l'idée
selon laquelle le niveau des prix relatifs dans une économie donnée et pour sa propre devise reste
toujours indépendant du niveau du taux de change.
Autrement dit, le taux de change n'affecte en aucun cas les prix relatifs. Par suite de conséquence,
les mouvements du taux de change reflètent donc tout simplement des tendances de prix relatifs
nationaux différents. Ceci bien évidemment est une application du postulat de l'homogénéité qui se
vérifie dans le cas où la monnaie est totalement neutre.
2.2 La théorie de la parité du pouvoir d’achat
Une deuxième théorie qui est de loin la plus connue est celle de la parité du pouvoir d‘achat. On
peut relever, à ce stade, quatre versions de la théorie de la parité du pouvoir d'achat selon
notamment le degré d'exigence des conditions à remplir : la loi du prix unique qui relie les taux de
change aux prix de biens homogènes dans les différents pays 187, la PPA absolue qui relie le taux de
change à l'ensemble des prix, la PPA relative qui relie les variations du taux de change aux
variations des prix et la PPA ex-ante pour laquelle la variation anticipée du taux de change
compense le différentiel anticipé des prix.
La parité du pouvoir d'achat reste avant tout une théorie de la détermination du taux de change. Elle
préconise, dans sa forme la plus commune, qu'un changement du taux de change entre deux pays
pour deux devises différentes et pour n'importe quelle période soit déterminé principalement par un
mouvement au niveau des prix relatifs d'où sa deuxième appellation dite "théorie inflationniste du
taux de change".
La théorie de la parité dispose, selon différents auteurs, du même statut que la théorie quantitative
de la monnaie. La théorie de la parité est considérée comme étant une identité, un truisme, une
187
Celle-ci étant déjà exposée au paragraphe précédant.
227
Cahiers de la Recherche
évidence ou encore une simplification largement trompeuse. La théorie de la parité du pouvoir
d‘achat, à l'instar de la théorie quantitative de la monnaie, demeure une théorie assez discutable
puisque dans sa version première, sa vérification reste empiriquement erronée alors que dans sa
version avancée, cette théorie reste concrètement inutilisable. Entre ces deux bornes existent
plusieurs considérations d'ordre théorique mais aussi d'ordre empirique permettant de mieux cerner
les circonstances sous lesquelles la théorie de la parité du pouvoir d‘achat pourrait fournir un cadre
de pensée, quoique demeurant toujours inutilisable, pour l'appréhension de la relation entre le taux
de change et les prix.
2.3 Le modèle de Cournot
Le point central de la formulation réside dans la manière avec laquelle des biens homogènes se
vendent au niveau d'un marché oligopolistique. On suppose d'abord que chaque vendeur défend sa
part de marché et qu'il existe par la suite et à la fois une séparation dans l'espace entre les deux
marchés : domestique et étranger. Pour un exposé plus clair, on commence par le cas d'une fonction
de demande linéaire :
Qd = a – b.p (relation 1)
Avec un paramètre "a" capturant l'ensemble des facteurs, autres que les prix, déterminants de notre
fonction de demande agrégée.
Il existe également "n" firmes au niveau du marché domestique ainsi que "n*" firmes au niveau du
marché étranger avec leurs ventes respectivement notées "q" et "q*". La fonction d'offre agrégée,
Qs, devrait par hypothèse et nécessairement égaliser la fonction de demande agrégée.
Qs = n.q + n*.q* (relation 2)
Chaque firme maximise son profit en prenant le volume des ventes des autres firmes comme étant
une donnée exogène. L'expression du profit au niveau du marché local pour les firmes
représentatives domestique et étrangère est la suivante :
∏ = (p - w). [(a-b.p) - (n-1).q – (n*.q*)]
∏* = (p/e - w*). [(a-b.p) – (n.q) - (n*-1).q*] (relation 3)
L'effet de la maximisation est donné par les fonctions de réaction ci-après :
228
Cahiers de la Recherche
figure1 : "équilibre de Cournot"
"JJ" et "J*J*" représentent respectivement les fonctions de réaction des firmes représentatives
domestique et étrangère. Le point d'équilibre "A" représente l'allocation optimale des volumes des
ventes des deux firmes représentatives. Le prix d'équilibre au niveau de l'industrie oligopolistique
est donné par l'expression suivante :
p = [(n.w + n*.e.w*) / N] + (a / b.N) (relation 4) ;
Avec : N = n+n*+1
Une appréciation de la monnaie locale déplace parallèlement la fonction de réaction "J*J*" vers la
droite entraînant une augmentation du volume des ventes de la firme représentative étrangère et
réduisant par la même occasion le volume des ventes de la firme domestique. Au point de départ
noté "A", la firme étrangère projette une diminution de son coût marginal - avec une force de travail
étrangère potentiellement plus compétitive à l'échelle internationale - équivalente à l'appréciation de
la monnaie locale et planifie par conséquent une augmentation de son volume de vente. Au nouveau
point d'équilibre "A' ", la firme représentative étrangère augmente son niveau de production alors
que sa consœur domestique le rétrécit. Les prix par ailleurs, au niveau de l'industrie locale,
dégringolent.
L'intérêt à présent sera focalisé sur la manière avec laquelle les mouvements du taux de change (ou
les mouvements du coût relatif de la main d'œuvre) impactent l'équilibre des prix. En d'autres
termes, il s'agit d'examiner la notion d'élasticité suivante :
Élasticité taux de change - prix = (n* / N). (e.w* / p) (relation 5)
Avec :
n*/N : (> n/N) mesurant une variation non proportionnelle des prix domestiques ;
e.w* : les salaires étranger en monnaie locale, et ;
p : les prix domestiques importés de l'étranger
Si le taux de change "e" baisse (cas d‘une appréciation de la monnaie locale), les salaires étrangers
"w* " deviennent moins onéreux et le marché industriel mondial devient plus compétitif par les
coûts de la main d'œuvre. Les prix alors baissent au niveau de l‘industrie locale via le canal des
importations.
Entre autres, la relation contient deux facteurs déterminants : le nombre relatif des firmes étrangères
(ou de toute autre firme versant des salaires avec une monnaie non locale) et le ratio du coût
marginal aux prix des firmes étrangères. Il s'agit donc de deux rapports qui traduisent clairement
que suite à l'appréciation de la monnaie locale s'ensuit systématiquement une baisse moins que
proportionnelle des prix domestiques.
En effet, l'appréciation de la monnaie locale rend les marchés mondiaux de l'industrie plus
compétitifs - par les coûts de main d'œuvre essentiellement - et améliore la part des importations
domestiques dans les échanges mondiaux. Ladite part est représentée par le rapport n*/N. Ce
229
Cahiers de la Recherche
raisonnement se déclenche bien sur après avoir fait initialement l'hypothèse d'une égalité des
salaires réels entre pays.
L'expression est également intéressante dans la mesure où elle représente le cas parfait et typique
d'une petite économie ouverte dite encore "économie atome". Dans la littérature commerciale, ce
cas correspond à un pays "price-taker" au sein de l'économie mondiale. Dans ce cas, une
dépréciation de la monnaie locale fait augmenter les prix domestiques dans les mêmes proportions.
Ce présent raisonnement reste en quelque sorte limité sous l'égide des conjectures, premièrement,
d'une concurrence pure et parfaite, et deuxièmement, du nombre de firmes étrangères relativement
plus important que celui des firmes domestiques.
Au cas contraire, cas pour lequel il y a absence d'impact du taux de change sur les prix domestiques,
est celui de l'existence d'un nombre de firmes très réduit dans l'industrie mondiale avec une majorité
domestique. Dans ce cas précis, l'appréciation de la monnaie locale laisse intacte la droite de
réaction "J*J* " ainsi que le prix d'équilibre. Les firmes étrangères, minoritaires en nombre au sein
de l'industrie, absorbent d'abord et dans une première phase cette appréciation sous forme d'extra
profits en préservant leur capacité de production et ce n'est que dans une phase ultérieure que celles-
ci décident d'augmenter leur volume de vente en rétablissant de nouveau la fameuse allocation
optimale ainsi que les prix d'équilibre.
A ce stade, le modèle de Cournot nous expose deux principaux cas. Le premier fait baisser les prix
domestiques par les coûts tout en respectant les hypothèses de concurrence et de similarité des
salaires à la base, alors que dans le second, les prix sont maintenus à leur niveau initial du moins
dans la courte période faute d‘un nombre de firmes limité dans l'industrie. Cependant, le modèle
nous fournit encore d'autres enseignements. Il s'agit d'examiner encore la structure du marché
oligopolistique. En effet, la "part d'importation" et le "degré de concentration" constituent des
paramètres clés pour la détermination des ventes des firmes et pour l'analyse de la relation taux de
change-prix dans son ensemble.
Considérons dans ce qui suit, des entreprises exportatrices domestiques opérant sur le marché
étranger. Une appréciation de la monnaie locale dans ce cas de figure réduira leur part de marché à
l'étranger - leurs produits étant moins compétitifs sur le marché mondial. Sur une figure analogue à
la première188 mais cette fois appliquée à l'industrie étrangère, on notera un déplacement parallèle
de la droite "JJ" vers la gauche. Les prix internationaux baisseront en monnaie locale moins que
proportionnellement à l'appréciation mais s'apprécieront en monnaie étrangère. A l'aide du même
modèle, on obtiendra l'expression d'élasticité suivante : Élasticité * = - (n / N). (w / e.p*) ; Avec :
n le nombre des firmes exportatrices domestiques ; et,
N le nombre total des firmes sur le marché international.
Analysons, par ailleurs, et essayons de rapprocher les prix tant à l'exportation qu'à l'importation tout
en soulignant le principe de la séparation spatiale entre pays189. Dans le cas où la monnaie locale
revient à s'apprécier, les prix à l'exportation en monnaie locale augmenteront relativement aux prix
à l'importation. Ce résultat demeure vérifié si et seulement si la condition suivante est respectée :
Élasticité > 1 + Élasticité* (relation 6)
188
Voir l’équilibre de Cournot à la figure 1.
189
Rapport p / e. p* sous-entendu.
230
Cahiers de la Recherche
Sous cette condition, les prix internationaux sont plus sensibles aux mouvements du taux de
change190 et les prix à l'exportation seront effectivement plus élevés comparativement à ceux à
l'importation. Dans le cas de la petite économie ouverte, les prix tant à l'importation qu'à
l'exportation sont appelés à baisser dans les mêmes proportions que celle de l'appréciation de la
monnaie locale191 de façon à maintenir les prix relatifs inchangés. D'une manière générale, les
capacités de production des firmes restent fortement liées à la structure oligopolistique relative des
deux marchés mais également au degré de leur compétitivité 192.
2.4 Le modèle Dixit-Stiglitz
Le consommateur représentatif, dans ce modèle, maximise une fonction d'utilité V
composée d'un panier de deux biens "z" et "x" :
V = U (z, x)
x = (∑ xi) 1/a Avec 0<a<1
Concentrons-nous d'abord sur le produit "x" qui représente un indice à la consommation, disponible
d‘ailleurs sur le marché local sous plusieurs marques "xi", et admettons ensuite qu'il existe "n"
firmes domestiques disposées à faire écouler sur le marché local quelques marques bien déterminés
et "n* " firmes étrangères disposées à en faire autant toujours au niveau du même marché. Toute la
question désormais consiste à évaluer la réaction des prix domestiques du produit "x" face aux
chocs externes par les coûts. La fonction de demande de la firme domestique pour une marque i
donnée est :
xi = x. (P/pi) c (relation 7)
Avec c = 1/ (1-a) élasticité de substitution des marques
P = [(∑pi d + ∑pj d) / (n+n*)] 1/d Avec : d = -a/ (1-a)
P : prix de l'industrie
p i : prix d'une marque donnée produite sur le marché domestique
p j : prix d'une marque donnée importée
La firme représentative domestique présume, par ailleurs, qu'elle est suffisamment petite pour
qu'elle puisse agir sur les prix de l'industrie. Son profit est donné par l'expression suivante :
190
Les prix domestiques sont, en revanche, moins sensibles aux variations du taux de change
191
Les élasticités domestique et étrangère étant respectivement de 1 et de -1.
192
Les résultats dépendent largement de la forme fonctionnelle de la courbe de demande. Avec une élasticité constante
de la fonction de demande D = a.p-b. L’élasticité du taux de change aux prix devient : (n*/N).(ew*/W) ; Avec :
N = n + n* ; et,
W = (n/N).w + (n*/N).ew*
L'impact du taux de change dans ce cas ne dépend plus entièrement de l'effet des coûts de main d'œuvre, qui demeurent
approximativement les mêmes au sein des marchés domestiques et étrangers, mais devient fonction du nombre relatif
des firmes.
231
Cahiers de la Recherche
∏i = (pi - w).xi
Après maximisation, on obtient :
pi
Avec :
-(1/c)], et ;
c élasticité de substitution des marques
Nous supposons encore là une fois qu'il existe une séparation dans l'espace entre les deux marchés,
hypothèse qui nous permettra d'ailleurs de discuter de la structure des prix pour les firmes
étrangères implantés sur le marché domestique. La demande des firmes étrangères est identique à
celle des firmes domestiques et par suite de conséquence adhère à la même formulation des prix
avec des salaires étrangers à la base évalués cependant en monnaie locale.
pj W * (relation 9)
A partir des équations 8 et 9, nous obtenons deux fortes prédictions : premièrement, les prix relatifs
des firmes domestique et étrangère dépendent uniquement des coûts unitaires de la main d'œuvre
évalués en monnaie domestique193.
Deuxièmement, nous pouvons démontrer que la structure des prix de l'industrie p i/ P est fonction
des salaires w/ w*. L'élasticité des prix relatifs est donc de :
n*.z / n + (n*.z)
Avec : z = (w/e. w*) 1/d
Avec une égalité des salaires au départ, l'effet d'une variation du taux de change sur les prix de
l'industrie est fonction seulement de la fraction des firmes ayant des salaires payés en monnaie
étrangères d‘où la tendance desdites firmes à faire baisser les coûts suite à une appréciation
éventuelle de la monnaie locale.
Etant donné les salaires des firmes domestiques et étrangères respectivement en monnaie locale et
étrangère, le modèle Dixit-Stiglitz nous fournit des enseignements importants quant à l'impact d'une
appréciation éventuelle de la monnaie locale :
- Les prix en monnaie locale des marques importées (pj) baissent proportionnellement à la
diminution du coût d'une unité de main d'œuvre étrangère évaluée en unité monétaire locale alors
que les prix (pi) des marques produites localement restent inchangés.
- Les firmes exportatrices étrangères implantées sur le marché local, quoiqu'elles demeurent en
concurrence au niveau international, adhèrent toujours en matière de prix à la stratégie des firmes
nationales. En effet, une variation du taux de change n'affecte point les prix de ces firmes à
193
pi / pi* = w / w*
232
Cahiers de la Recherche
l'exportation. Cela affectera bien évidemment leurs marges de profits ainsi que leur volume de
vente. Une appréciation de la monnaie locale fera augmenter les prix (en monnaie étrangère) de ces
firmes sur le marché international dans les mêmes proportions que celle de l'appréciation
occasionnant ainsi l'augmentation de la fraction (pj / P) des prix relatifs étrangers au niveau de ce
même marché.
- Le tout dernier enseignement du modèle, de près le plus frappant, consiste à ausculter la baisse des
prix à l'importation et observer ceux à l'exportation qui restent d'ailleurs inchangés et ce pour les
mêmes marques relativement aux prix à l'importation. C'est exactement cette conjecture de rigidité
des prix, la même posée par le fameux modèle keynésien, qui s'insinue au niveau du présent modèle
et ressort comme implication suite à une logique par les coûts essentiellement de main d'œuvre.
3. RECHERCHES EMPIRIQUES SUR LE PROCESSUS INFLATIONNISTE AU MAROC
L'étude empirique s'inscrit dans la continuité de notre recherche dans la mesure où elle s'inspire
largement de la littérature théorique déjà évoquée précédemment et qui confirment l'existence
théorique d'une relation réciproque entre les prix intérieurs et le taux de change, une transmission
qui s'opère théoriquement par le canal du coût de la main d'œuvre qui, suite à une certaine
modification, agit sur la structure des coûts des entreprises industrielles en les incitant à répercuter
ces modifications sur leur politique de prix et par suite de conséquences agir sur la parité du dirham
par rapport à l'euro.
Dans cette section, on procède dans une première étape à une courte description des variables ainsi
qu'à une estimation simple de modèles linéaires. Dans un second paragraphe s'ensuit une estimation
de la courbe de Philips en adoptant l'approche de Gerlach et Gerlach-Kristen. La présente section
apportera également des réponses quant à notre problématique de départ notamment grâce à l'étude
du pass-through à la façon d‘Edwards permettant ainsi d'évaluer l'ampleur des changements du taux
de change sur les prix intérieurs ainsi que la durée de leur transmission. A l'issu de cette section, nos
essais empiriques à décrire la nature de la relation taux de change - prix intérieurs seront
éventuellement, à la lumière des estimations, réfutés sinon validés pour permettre la confirmation
des avancés théoriques.
3.1 Réexamen personnalisé de la dynamique des prix et du taux de change au Maroc
A la base de cet essai de validation empirique existent deux séries temporelles à fréquence
mensuelle. Les deux séries représentent respectivement "l'inflation sous-jacente au Maroc" et "le
taux de change en PPA absolue par rapport à l'euro", et ce, pour une période allant du mois de
janvier 2007 au mois de juin 2011. Le nombre d'observations est donc limité à 54 observations.
L'inflation sous jacente, mesurée par une variation en pourcentage par rapport à la période
précédente, se distingue considérablement de l'inflation globale. En effet, cet indicateur peut
présenter une très forte volatilité à très court terme en raison des variations des prix des produits les
plus vulnérables aux chocs ponctuels d'offre et par conséquent fausser la lecture de la relation
éventuelle entre les deux variables. L'inflation globale peut aussi suivre des tendances inattendues
sans aucun rapport direct avec les conditions d'offre et de demande sur le marché des biens et
services notamment suite à des décisions prises par l'Etat en matière de révision des prix des
produits réglementés.
En raison de ces caractéristiques inhérentes à l'indice des prix à la consommation global, il s'avère
233
Cahiers de la Recherche
plus opportun de s'intéresser à l'inflation sous jacente qui a l'avantage de mieux capter l'évolution
fondamentale des prix au Maroc plutôt qu'à l'inflation globale qui peut au contraire biaiser notre
analyse quant à la relation des prix au taux de change.
L'indicateur d'inflation sous jacente, noté IPCX, a été, par ailleurs, élaboré selon la méthode de
l'exclusion de manière à accorder un poids nul aux produits dont les prix présentent des évolutions
aberrantes ainsi qu'aux produits dont les prix sont administrés194.
Tableau 1. Composantes réglementées exclues de l‘inflation sous-jacente
a. Sucre, confiture, miel, chocolat et confiserie
b. Tabac
c. Alimentation en eau et services divers liés au logement
d. Electricité, gaz et autres combustibles
e. Produits, appareils et matériels médicaux
f . Services hospitaliers
g. Services de transport
S'agissant des produits alimentaires volatils, leur sélection est basée sur le critère de l'écart type
avec un seuil d'exclusion de 3.61%. Le choix de ce seuil est le résultat d'un arbitrage entre le souci
de minimisation de la volatilité de l'inflation sous jacente et le critère de représentativité.
Tableau 2. Exclusion des sections de l‘IPC selon leur volatilité
Sections de l‘indice des prix à la consommation Volatilité
Légumes Seuil de volatilité toléré 17
Fruits 12.72
Poissons et fruits de mer 6.86
Huiles et graisses 3.61
Café, thé et cacao 3.1
Minérales, boissons rafraîchissantes, jus de fruits et de légumes 3.09
Boissons alcoolisées 3.09
Produits alimentaires non classés ailleurs 3.02
194
L’identification de ces produits est basée sur la liste arrêtée par le Ministère chargé des affaires économiques et
générales.
234
Cahiers de la Recherche
Viande 1.53
Pain et céréales 1.41
Lait, fromage et œufs 0.91
Sucre, confiture, miel, chocolat et confiserie 0.58 (déjà exclu)
Tabac 0 (déjà exclu)
L'exclusion de ces produits trouve sa justification dans le fait que leur forte volatilité rend
transitoire leur impact sur l'inflation. Après l'identification des produits à exclure, l'indicateur de
l'inflation sous jacente correspond à la moyenne pondérée par les poids normalisés w i des sous
indices dessaisonnalisés (Iisa) des sections retenues dans le calcul de l'ipcx. Cet indicateur est
obtenu par la formule suivante :
IPCXt = ∑ (wi * indices) / ∑wi où I = I' - [R U V]
I', I, R et V représentent respectivement l'ensemble des composantes de l'indice des prix à la
consommation, la composante sous jacente, des produits réglementés et des produits volatiles ;
Avec comme pondération pour chacune des grandes sections :
Tableau 3. Pondération par grandes sections 195
Grandes divisions de l‘IPC Pondérations (wi)
Alimentation, boissons et tabac 41.3
Habillement 4.8
Logement 22.1
Meuble 3.8
Santé 7.6
Transport et communication 7.5
Loisirs et cultures 9.3
Autres biens et services 3.6
Total 100%
195
Note de synthèse : enquête nationale sur la consommation et les dépenses des ménages.
235
Cahiers de la Recherche
Dans le cadre de l'homogénéisation des données de l'IPCX, il a été retenu d'opérer un raccordement
entre les deux catégories d'indices à savoir ceux de l'ICV ainsi que de l'IPC. En effet, avec deux
années de base différentes, le raccordement a été effectué en appliquant les taux de variation de
l'ancien indice (ICV) afin de générer l'historique de la nouvelle série de l'IPCX. Cette approche
permet de préserver l'historique des variations de l'indice du coût de la vie (base 100 : 1989) et
s'apprête plus facilement à l'exercice de la reconstitution de la série homogène de l'inflation sous
jacente (base 100 : 2006).
Si l'on désigne par IPCXicv et IPCXipc, les indices de l'inflation sous jacente basés sur l'ICV et l'IPC
respectivement à l'instant t, l'égalité suivante devrait être vérifiée :
[(IPCXicv/IPCXicv)-1]*100 = [(IPCXipc/IPCXipc)-1]*100
En simplifiant, l'égalité se résume à :
(IPCXicvt/IPCXicvt-1) = (IPCXipct/IPCXipct-1)
La série raccordée est donc générée à partir de la formule suivante :
IPCXipct-1 = (IPCXicvt-1/IPCXicvt)*IPCXipct
Graphique 1. Evolution des séries (raccordées) de l‘inflation et de l‘inflation sous jacente 2006-
2011 en glissement mensuel
Source : HCP et calculs personnels
Base 100 : 2006
Indépendamment des prix, il a semblé aussi intéressant de se fier à l'indicateur du "taux de change
en parité du pouvoir d'achat absolue" et de le faire substituer au "taux de change du marché" faussé
également par la régulation de Bank Al-Maghrib et qui ne fluctue guerre en fonction des conditions
économiques. En effet, l‘analyse de la sphère réelle de notre économie, notamment par l‘adoption
du « taux de change en parité de pouvoir d‘achat », en tant qu‘indicateur économiquement efficient,
répondra à priori beaucoup mieux à notre problématique de base. Ensuite, le choix de la zone euro
pour comparer la parité du pouvoir d'achat marocain reste intimement motivé par la structure de
notre commerce international ; cela renforcera le dispositif de notre analyse. Le taux de change en
236
Cahiers de la Recherche
parité est déterminé alors en faisant le rapport entre les deux paniers respectivement marocain
(IPCX) et européen (IPCH).
3.2 Etude analytique de la relation et modélisation linéaire
Au Maroc et pour la période étudiée, il y a absence de corrélation entre le taux de change nominal
du dirham par rapport à l‘euro et l‘inflation sous jacente (-0.17). On souligne par contre une
dépendance moyenne et positive (+0.51) entre le taux de change en parité du pouvoir d‘achat par
rapport à l‘euro et l‘inflation sous jacente. Ces résultats laissent croire une certaine sensibilité des
prix en faveur du taux change exprimé en terme réel plutôt que celui exprimé en terme nominal.
Graphique 2. Rapprochement des prix aux taux de change réel196
Graphique 3. Rapprochement des prix aux taux de change nominal
En se basant sur ces deux graphiques, l‘existence d‘une relation linéaire potentielle entre le taux de
change et les prix reste plausible. On remarque que les deux variables évoluent constamment en
sens inverse. Le sens d‘évolution contraire est conforme aux prédictions théoriques 197 cependant
l‘ampleur de la réponse des prix aux volatilités du taux de change nominal prête à confusion. En
effet, à la suite de périodes transitoires de forte dépréciation (juin 2008 par exemple), les prix
augmentent modestement alors qu‘ils augmentent sensiblement suite à des périodes de dépréciation
moins importantes (juin 2009). Ce décalage pourrait être justifié par le retard de réaction des prix
aux mouvements du taux de change du marché198.
IPCX = 244.77 - 7.1205*euro - 5.2564*euro (-7) + t
196
Taux de change en PPA traduit le nombre d’unités de monnaie domestique nécessaire pour une seule unité d’euro.
197
Notamment de la littérature théorique exposée en première section.
198
A ce titre les critères d’Akaike et Schwarz indiquent un retard de sept mois.
237
Cahiers de la Recherche
Résultats d‘estimation par la méthode des moindres carrés ordinaires
Statistique t Probabilité
C (1) -3.434015 (0.0013)
C (2) -2.566030 (0.0021)
R2 ajusté: 0.21
Test Durbin Watson: 0.1462
Fisher (probabilité) : 0.002
Toutefois, par une simple régression du taux de change nominal sur l‘évolution des prix
fondamentaux au Maroc, nous obtenons, hormis la constante, un résultat significatif par rapport aux
fluctuations du taux de change nominal à la fois pour la réponse immédiate que pour la réponse
décalée. Ainsi, une dépréciation réelle de 1% du dirham par rapport à l‘euro entraîne à terme des 7
mois une hausse proportionnelle des prix de 5.25 %.
Par ailleurs, en terme réel, le taux de change en parité de pouvoir d‘achat ne semble avoir aucun
impact sur les prix particulièrement depuis le dernier trimestre de l‘exercice 2009. La variation des
prix étant plus ou moins stable malgré la dépréciation continue et réelle du dirham marocain 199. Un
tel scénario aurait dû renchérir les produits marocains alors que, paradoxalement, les autorités
monétaires voulaient autrement. La stabilité des prix étant assuré et contenu relativement à un
niveau modéré. En réalité, la dépréciation récente de la parité réelle du dirham est due
essentiellement à la flambée des prix des produits alimentaires et des matières premières
énergétiques en zone euro.
En dépit de ces événements, la politique monétaire menée jusqu‘à présent remplit empiriquement
bel et bien sa fonction en matière de stabilité des prix.
3.3 Estimation de la courbe de Philips à la manière de Gerlach et Gerlach-Kristen
La littérature théorique déjà évoquée précédemment confirme l'existence théorique d'une relation
réciproque entre les prix intérieurs et le taux de change en PPA absolue, une transmission qui
s'opère théoriquement par le canal du coût de la main d'œuvre qui, suite à une certaine modification,
agit sur la structure des coûts des entreprises industrielles en les incitant à répercuter ces
modifications sur leur politique de prix et par suite de conséquences sur la parité du dirham par
rapport à l'euro. Lorsqu'un pays est touché par un choc positif d'offre réelle 200, on devrait assister à
une augmentation de la production nationale, à une dépréciation réelle de la devise domestique, et à
une baisse des prix201. La baisse des prix obéit à un simple mécanisme d'offre et de demande 202.
D'une part, dans une économie ouverte comme celle du Maroc, les autorités monétaires déprécient
199
Pendant cette période, l’euro s’est apprécié de 4 figures pour se rétablir en juin et en PPA à 1.07 dirhams).
200
Un choc d'offre réelle peut être défini comme étant un changement exogène au niveau des prix des matières
premières ou d'énergie, de productivité ou des salaires.
201
Il est à noter que le modèle de Balassa et Samuelson 1964 prévoit plutôt, sous certaines hypothèses, qu'un choc
d'offre positif entraîne une appréciation réelle de la devise nationale.
202
Voir figure 1 : modèle Cournot
238
Cahiers de la Recherche
la monnaie domestique dans l'espoir de stimuler les exportations de l'excès inattendu de production.
D'autre part, cette dépréciation permet d'absorber la déflation par le phénomène de l'inflation
importée.
Bref, dans l'objectif d'étudier la persistance de la dynamique des prix fondamentaux face à ce type
de chocs nous estimons dans ce qui suit un modèle à la façon de Gerlach et Gerlach-Kristen (2006)
moyennant la méthode SUR203 :
IPCXt = 44.6 + 0.12*IPCXt-1 –0.003*GAPt –18.94*PPAt+0.16*eurot+0.64*LCIt204 +Zt
(3.2859) (1.0604) (-0.1997) (-1.7039) (0.2619) (7.6170)
(0.0073) (0.3117) (0.3117) (0.8453) (0.7982) (0.0000)
R² adjusted: 0.98
Test Durbin Watson: 2.8103
IPCXt, IPCX¨t-1, GAPt, PPAt, EUROt, LCIt et Zt représentent respectivement l'inflation sous jacente
présente, l'inflation sous jacente retardée d'un seul trimestre205, le gap de production industrielle 206,
le taux de change en parité du pouvoir d'achat par rapport à l'euro, le taux de change nominal et
l'indice du coût de la main d'oeuvre européenne. L'introduction du taux de change en parité par
rapport à l'euro et l'indice du coût de la main d'œuvre permettent de capter l'impact des chocs de
demande - notamment ceux des prix à l'importation - et d'offre réelle. Les séries, par ailleurs, sont
considérées en fréquence trimestrielle alors que les valeurs entre parenthèses indiquent
respectivement la statistique T et l'écart type.
A l'issu de la régression du modèle de Phillips 3 éléments essentiels méritent d'être notés :
- Sur la base du critère de la sensibilité de l'inflation aux effets permanents des chocs, le Maroc
affiche une très faible persistance des effets inflationnistes retardés d'un trimestre. Le paramètre
estimé de l'inflation passé étant de 0,12.
- Au Maroc, le gap de la production industrielle ne produit quasiment aucun effet sur la dynamique
des prix.
- Avec un signe positif, l'indice du coût de la main d'œuvre semble produire l'effet escompté sur la
dynamique des prix fondamentaux. Ainsi l'évolution conjoncturelle des coûts horaires totaux
supportés par les employeurs européens et causée par l'embauche de la force de travail se traduit à
203
Seemingly Unrelated Regression
204
L'indice du coût de la main d'oeuvre montre l'évolution conjoncturelle des coûts horaires totaux supportés par les
employeurs et résultant de l'embauche de la force de travail. L'indice couvre toutes les activités économiques
marchandes excepté l'agriculture, la sylviculture, la pêche, l'éducation, la santé et les activités de services collectifs,
sociaux et personnels. Les coûts de la main d'oeuvre incluent les salaires et traitements bruts, les cotisations sociales à
la charge des employeurs et les impôts moins les subventions liées à l'emploi. L'indice du coût de la main d'œuvre est un
"indice de coût chaîné de type Laspeyres" exprimé dans une année de référence commune (2008=100)
205
La corrélation des erreurs est présumée en raison de l'existence dans le modèle de la variable endogène en variable
explicative retardée, d'où l'estimation moyennant la technique Seemingly Unrelated Regression Estimation,
206
Le gap de la production industrielle représente la différence entre la production effective et la production potentielle
obtenue par la technique du filtre linéaire.
239
Cahiers de la Recherche
court terme par une inflation de 0.64%. Ce résultat concorde avec les enseignements exposés au
niveau de la littérature théorique.
Dans ce sens, la littérature existante souligne également qu'une forte persistance des effets
inflationnistes est généralement associée à une volatilité importante de l'inflation. En effet, les deux
critères de persistance et de volatilité de l'inflation réduisent toute possibilité d'intervention d'ordre
monétaire moyennant le canal du taux de change nominal. Gerlach et Gerlach-Kristen (2006)
trouvent que les effets inflationnistes sont moins persistants dans les pays où les autorités
monétaires utilisent le taux de change nominal en tant qu'instrument d'absorption des effets de ces
chocs207. De même, Taylor (2000) affirme qu'une faible transmission du taux de change aux prix est
liée à un faible niveau d'inflation avec une volatilité et une persistance réduite.
Statistiques descriptives de l'inflation sous-jacente
2007 2008 2009 2010 2011
Moyenne -0,1020 0,2050 0,1103 0,1091 0,1085
Médiane 0,0143 0,2362 0,0450 0,0889 0,0891
Ecart-type 0,4347 0,1504 0,2599 0,0943 0,1310
Coefficient d'asymétrie -0,6797 -0,2593 0,5293 0,6114 0,1421
Kurtosis -0,8048 -1,7138 -1,3008 0,2027 -2,9411
Concrètement, ces avancés semblent coller parfaitement au cas tout particulier de l'économie
marocaine. D'une part, les résultats de régression montrent une très faible persistance de l'inflation
sous jacente retardée d'un trimestre (0.12). D'autre part, la volatilité plus ou moins apparente durant
l'exercice 2007 devient au fur et à mesure minime au point d'atteindre une stagnation.
En suivant le même courant de pensée que celui de Gerlach et Gerlach-Kristen (2006), nous
pouvons conclure que les autorités monétaires marocaines adoptent davantage le canal du taux de
change nominal dans le but d'absorber les effets inflationnistes des chocs notamment d'offre réelle
(ou de main d'oeuvre).
Partant des critères de persistance et de volatilité de l'inflation sous jacente, l'approche de Gerlach et
Gerlach-Kristen (2006) nous amène à aborder une question fondamentale : celle du pouvoir du taux
de change à pallier aux effets inflationnistes auxquels s'expose sans cesse l'économie marocaine.
3.4.Application du modèle d’Edwards au cas de l’économie marocaine
De récents travaux empiriques, notamment aux noms de Mishkin (2000), de Campa (2005) ou
encore de Golberg (2006), soutiennent l'idée selon laquelle la transmission des mouvements du taux
de change aux prix a tendance à se renforcer au fur et à mesure que les pressions inflationnistes
émanant de l'étranger s'accentuent. Ces réflexions excluent, toutefois, tout impact sur le taux de
207
À ce titre, rappelons que les deux pays étudiés par Gerlach et Gerlach-Kristen (2006) sont Singapour et Hong
Kong. Le régime de « Currency broad» de Hong Kong exclut les mouvements du taux de change nominal à des fins
discrétionnaires de stabilisation de l’inflation et de la production. À Singapour, où le régime monétaire repose
sur l’ancrage de plusieurs indicateurs, le taux de change nominal joue le rôle d’outil d’absorption des effets
des chocs dans le but de préserver l’inflation et la production de toute fluctuation excessive)
240
Cahiers de la Recherche
change réel. C'est quasiment dans ce sens qu'Edwards (2006) arrive à mettre en évidence sa
contribution.
Définit comme étant le rapport des prix des biens non échangeables aux prix des biens
échangeables, le taux de change réel est une variable déterminante permettant de juger de
l'efficacité du canal du taux de change nominal208 pour contrecarrer les effets inflationnistes.
Edwards établit ce lien -celui du taux de change nominal au taux de change réel - fondamental en se
basant sur le postulat suivant : l'action monétaire par le biais du taux de change nominal est
considérée comme étant efficace si et seulement si les variations de ce dernier aux variations des
prix des biens échangeables est forte et aux prix des biens non échangeables est faible. Autrement
dit, il est absolument indispensable que les variations anticipées du taux de change nominal209
soient transmises au taux de change réel.
La relation « taux de change nominal - prix des biens échangeables et non échangeables - taux de
change réel » repose sur trois conjectures traditionnellement monétaristes :
- La loi du prix unique pour les biens échangeables : e = P t / P*t Avec Pt et P*t prix des biens
échangeables domestiques et étrangers.
- Les prix des biens non échangeables Pnt sont gérés par les conditions internes du marché.
- Les salaires sont rigides par rapport aux variations du taux de change nominal.
En se basant sur ces conjectures, il en résulte que toute augmentation du taux de change nominal "e"
(dépréciation du taux de change domestique) entraîne une hausse des prix des biens échangeables et
donc une dépréciation du taux de change réel (appréciation réelle de la monnaie domestique). Par
suite de conséquence, le taux de change nominal joue effectivement son rôle d'absorption des effets
inflationnistes. Dans ce cadre, il s'agit d'étudier le pouvoir de transmission des mouvements
anticipés du taux de change nominal, mené d'ailleurs, dans le but d'être transmises aux prix afin de
contrecarrer les chocs inflationnistes 210.
Il était question dans la section précédente, notamment en poursuivant le courant de Gerlach-
Kristen rappelons-le, d'étudier le pouvoir du taux de change nominal à absorber les effets
inflationnistes ; Néanmoins, les concluions s'appuient sur une relation entre le taux de change et
l'inflation générée à partir des indices des prix à la consommation. Par ailleurs, au niveau de la
littérature existante211, il est présumé que, dans les économies émergentes, le pass-through du taux
de change nominal aux prix à l'importation ou encore à l'indice des prix à la production est plus fort
qu'aux prix à la consommation212. Ces indices permettent de mettre mieux en exergue la fonction
d'amortissement des effets inflationnistes qu'est supposé remplir le taux de change nominal.
L'analyse de la relation taux de change nominal - prix au sens d'Edwards occupe ainsi toute sa place
au sein du fil conducteur de cette recherche dans le sens où elle permet de compléter l'approche
entamée par Gerlach et Kristen (2006).
208
Levier d'action entre autres, déterminant pour toute politique monétaire
209
On entend par variations anticipées des variations gérées par les autorités monétaires
210
Kandil et Mirzane 2003 précisent que les mouvements attendus du taux de change nominal sont liés aux
comportements et anticipations des agents
211
Ito & Sato 2006, Bacchetta & Van wincoop 2003
212
Les économistes du FMI (2005) analysent le pass-through via les indices à la production (PPI) et l'indice des prix de
gros(WPI).
241
Cahiers de la Recherche
En vue d'évaluer le pouvoir de correction du taux de change nominal aux effets inflationnistes sur
les prix des biens échangeables, nous estimons le modèle suivant :
t = c0 + c1 t t(- t; Avec :
PPIt et PPIt (-p) : indice des prix à la production de la zone euro momentané et retardé d‘un mois ;
Et : taux de change nominal du dirham par rapport à l‘euro.
Résultats d‘estimation d‘une fonction de type Edwards via la technique SUR
Et IPPI (zone euro) IPPI-1 (zone euro)
C(1) C(2) C(3)
1.36663 1.689074 1.101782
1.904281 0.470094 0.466174
(0.4822) (0.0021) (0.0296)
R² ajusté : 0.516071
Test Durbin Watson : 2.741179
Les résultats confirment l‘inexistence d‘un pouvoir de transmission significatif des fluctuations du
taux de change nominal à l‘indice des prix à la production. Toutefois il est possible de constater une
certaine concordance notamment avec les courants de pensée de Campa (2005) et de Golberg
(2006). En effet, avec des pressions inflationnistes momentanées de 1.68% ou retardées de 1.1%, le
pouvoir de transmission du taux de change aux prix des biens échangeables est statistiquement
insignifiant. Par conséquent, les mouvements du taux de change nominal ne sont pas transmis au
taux de change réel.
Dès lors, le taux de change nominal n‘est pas un instrument d‘absorption des effets inflationnistes
particulièrement sur les prix des biens non échangeables. Cette rigidité est due à deux facteurs
potentiels :
- L‘administration du taux de change par les autorités monétaires constitue un obstacle majeur à la
réactivité des prix des biens non échangeables ce qui réduit nettement l‘option d‘une intervention
monétaire par l‘intermédiaire de ce canal.
- Un faible pouvoir de transmission sur les prix, notamment des biens des produits non
échangeables procure plus de flexibilité et d‘indépendance à la politique monétaire marocaine. Ceci
favorise en conséquence l‘instauration d‘une politique de ciblage d‘inflation. A ce titre, rappelons
le, Bank Al-Maghrib œuvre dans l‘objectif de réaliser une transition graduelle vers une telle
politique.
Il est important de noter à ce stade que les résultats du modèle d‘Edwards appliqué pour le cas de
l‘économie marocaine rejoignent ceux obtenus précédemment en estimant le modèle de la courbe
242
Cahiers de la Recherche
de Phillips : A l‘exception du pouvoir de transmission du taux de change réel aux prix des biens non
échangeables, ces deux modèles dégagent un faible pass-through du taux de change nominal aux
prix des biens échangeables.
4. CONCLUSIONS
La présente contribution est avant tout un essai de validation à la fois théorique et empirique d‘une
l‘hypothèse fondamentale : celle de l‘existence même d‘une relation significative entre les prix et le
taux de change au Maroc.
Partant de ce postulat plusieurs modèles théoriques ont été exposés. Ces modèles prévoient, sans
exception, que toute appréciation de la variable taux de change devrait être systématiquement
traduite par une baisse au niveau des prix à l‘importation. En présence de produits homogènes, les
firmes domestiques produisent à leur tour le même effet stimulant ainsi vers la baisse les prix de
leurs produits. En revanche et en cas de produits différenciés, le résultat de cette baisse reste
fortement lié à la structure des marchés domestiques et étrangers mais aussi au degré de leur
compétitivité respectifs.
Ces modèles confirment, en effet, l‘hypothèse de départ ainsi que l‘existence d‘une relation
réciproque entre le taux de change et répondent mieux encore à la manière avec laquelle l‘effet de
transmission devrait être produit. L‘objectif de la présentation d‘un tel cadre théorique s‘étend
encore davantage pour motiver l‘inclusion de certaines variables au niveau des estimations
empiriques.
Grâce à des fonctions de réaction de type Gerlach Kristen, il a été possible de se prononcer sur la
persistance de la transmission des effets inflationnistes aux prix intérieurs. Une persistance
d‘ailleurs qui s‘est montrée assez modeste (0.12) et qui, conjuguée à un faible niveau d‘inflation
(0.08 en moyenne sur la période d‘étude), confirme l‘usage du taux de change en tant qu‘instrument
efficace pour maintenir inchangé le niveau des prix à la consommation.
Une deuxième approche, à la méthode d‘Edwards aura pour vocation, à la différence de l‘approche
Gerlach Kristen, l‘étude du pouvoir de transmission, cette fois, du taux de change aux prix des biens
échangeables mesurés notamment par l‘indice des prix à la production. Les résultats
économétriques montrent que le pouvoir de transmission du taux de change aux prix des biens
échangeables est insignifiant. Le paramètre estimé étant de 1,36.
En somme, les deux approches se complètent mutuellement et permettent de forger une idée claire
sur la nature de la relation du taux de change non pas uniquement eu égard des prix des biens non
échangeables (prix à la consommation) mais également eu égard des prix des biens échangeables
(prix à la production).
243
Cahiers de la Recherche
BIBLIOGRAPHIE
Al-Zoubi M. & Al-Sharkas A., "Stock prices and inflation : evidence from Jordan, Saudi Arabia, Kuwait and morocco",
in Economic Research Forum, www.erf.org.eg/, November 2010, 30/03/2012, pp. 26.
Agénor P. R. & El Aynaoui K., "The transmission mechanism of monetary policy in morocco: an analytical
framework", in Economic Research Forum, www.erf.org.eg/, workshop, October 2008, 30/03/2012, pp. 59.
Abdul Hafez Ghars El-Din M. & Hasan Jawad Mohammad Y., "Exchange rate and domestic prices in the GCC
countries", in Economic Research Forum, www.erf.org.eg/, working paper 105, August 1998, 30/03/2012.
Aizenman J., "Monopolistic competition and deviations from PPP", in NBER working paper series, n°1552, 1985, pp.
25.
Aizenman J., "Testing deviations from purchasing power parity", in NBER working paper series, n° 1475, 1984, p. 22.
Bank Al-Maghrib, L‘indicateur de l‘inflation sous jacente : méthodologie d‘élaboration – méthodologie d‘élaboration,
septembre 2010, pp. 27.
Boughrara A., ―What do we know about monetary policy and transmission mechanism in morocco and Tunisia?‖, in
Economic Research Forum, www.erf.org.eg/, working paper n° 460, January 2009, 30/03/2012, pp. 29.
Benbouziane M. & Benamar A., ―The relationship between money and prices in the Maghreb countries: a cointegration
analysis‖, in Economic Research Forum, http://www.erf.org.eg/, paper submitted to the 11 th annuel conference of
the ERF, December 2004, 30/03/2012, pp. 24.
Blot C., Dynamique du taux de change et transmission internationale des chocs monétaires et budgétaires : une
application à l'euro-dollar, Orléans, pp. 30.
Bouoiyour J., Marimoutou V. & Rey S., "Taux de change réel d'équilibre et politique de change au Maroc : une
approche non paramétrique", in Economie internationale, www.cairn.info, n° 97, 2004, 30/03/2012, pp. 81-104.
Dropsy V. & Grand N., "Exchange rate and inflation targeting in Morocco and Tunisia", in Economic Research Forum,
http://www.erf.org.eg/, working paper 421, January 2008, 30/03/2012, pp. 26.
Dixit A. K., "International trade for oligopolistic industries", in The economic journal, www.jstor.org, vol. 94, n° 376a,
30/03/2012, 1984, pp. 17.
Dixit A. K. & Stiglitz J. E., "Monopolistic Competition and optimum product diversity", in The American economic
review, www.jstor.org, vol. 67, n° 3, 30/03/2012, 1977, pp. 12.
Hassouna M., ―Inflation control and economic instability‖, in Economic Research Forum, http://www.erf.org.eg/,
workshop, October 2008, 30/03/2012, pp. 30.
Kravis I. B. & Lipsey R. E., "National price levels and the prices of tradables and nontradables", in NBER,
www.nber.org, working paper n° 2536, 1988, 30/03/2012, pp. 25.
Mohieldin M. & Kouchouk A., "On exchange rate policy: the case of Egypt 1970-2001", working paper 312, in
Economic Research Forum, www.erf.org.eg/, working paper 312, 2008, 30/03/2012, pp. 29.
Mentor R., Haïti : relation dynamique entre monnaie, taux de change et inflation - une étude empirique, Montréal,
novembre 1997, pp. 52.
244