Cahiers de la Recherche
Infrastructures et Croissance au Maroc :
d’une analyse nationale vers
une analyse regionale
Mlle Hajar BENABDESSELAM49
Encadré Par :
Mme Afifa HAKAM
Résumé:
Notre étude est consacrée à l’estimation de modèles de croissance endogène, permettant de
mesurer l’impact des investissements en infrastructures (agrégés et désagrégés) sur la croissance
économique au Maroc.
A partir d’une synthèse des différents travaux empiriques existants, basés sur des modélisations de
fonction de production de type Cobb-Douglas, nous allons élaborer notre modèle pour le cas
marocain, en tenant compte des données disponibles. Nous introduisons à cette occasion un
indicateur agrégé d’infrastructures à partir de l’analyse en composantes principales de plusieurs
indicateurs d’infrastructures physiques, sociales et financières.
Les résultats économétriques obtenus, permettront de mettre en évidence l’effet des infrastructures
sur la croissance, à un niveau national, et ouvriront la voie à d’autres études à un niveau régional.
Summary:
Our study is devoted to the estimation of endogenous growth models to measure the impact of
infrastructure investment (aggregated and disaggregated) on economic growth in Morocco.
From a synthesis of the various existing empirical work, based on models of production function
Cobb-Douglas, we will develop our model for the Moroccan case, taking into account the available
data. We introduce an aggregate indicator of infrastructures from the principal component analysis
of several indicators of physical, social and financial infrastructures.
The econometric results obtained, will highlight the impact of infrastructure on growth at a
national level, and let us continue our study to other studies on a regional level.
Mots clés : infrastructures, Cobb-Douglas, indice composite, éducation, santé, transport, énergie,
TIC, agriculture, secteur financier.
Keywords: infrastructures, Cobb-Douglas, aggregate indicator, education, health, transport,
energy, information and communication technologies, agriculture, financial sector.
Classification JEL: H54, H44, C23, C33, O47, R11
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Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Rabat – Agdal.
E-mail : hajar_ben2004@hotmail.com
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Cahiers de la Recherche
Introduction :
L‘investissement public en infrastructures est davantage appréhendé comme un facteur
d‘amélioration des performances productives et de l‘investissement du secteur privé. Il contribue à
ce titre à la croissance par le renforcement du côté de l‘offre de l‘économie 50. Cette conclusion de
cap est due en particulier aux travaux d‘Aschauer (1989) qui a mis en évidence à travers
l‘estimation d‘une fonction de production élargie au capital public le rôle de celui-ci dans le
ralentissement de la productivité américaine à partir des années 70.
Les travaux de cet auteur concluent à une forte contribution du capital public à la production et à la
croissance. Les estimations de cet auteur menées sur séries chronologiques américaines conduisent
à retenir une élasticité de la production privée par rapport au capital public de l'ordre de 39%,
supérieure à celle du capital privé. Dès lors, le ralentissement de la productivité observé aux Etats
Unis proviendrait principalement de la diminution des efforts publics d'investissement.
Sur la base de ces résultats, les nouveaux modèles de croissance ont rapidement pris en compte les
dépenses publiques comme un facteur de croissance économique auto-entretenue de productivité et
de croissance à long terme (Barro, 1990).
Comment peut-on mesurer l‘impact des investissements en infrastructures par secteur sur la
production nationale ?
Dans cet article, il s‘agit de présenter en premier lieu une synthèse de la littérature théorique et
empirique sur le sujet de l‘impact des dépenses publiques en infrastructures (agrégées et
désagrégées) sur la croissance économique.
Dans un second lieu, il sera mis en évidence, à travers la construction de modèles empiriques,
l‘effet des investissements en infrastructures par secteur sur la production nationale en passant
d‘une analyse agrégée vers une analyse désagrégée.
Les résultats de l‘étude permettront de percevoir la nécessité d‘une politique bien ciblée et orientée
vers les secteurs infrastructurels les plus productifs et ouvriront la voie à des études comparatives à
un niveau régional.
I- FONDEMENTS THEORIQUES ET ETUDES EMPIRIQUES DE LA RELATION
« INFRASTRUCTURES – CROISSANCE ECONOMIQUE » :
Le concept d‘infrastructures renvoie généralement au capital physique ayant le caractère de bien
public partiel rassemblant essentiellement la notion de non rivalité (un bien est qualifié de non rival
si son utilisation par un agent ne réduit pas la quantité disponible pour les autres agents) ou plus
rarement de non exclusion (aucun agent ne peut être exclu des bénéfices que lui présente le service).
Ces caractéristiques ont fait que l‘Etat ait été pendant longtemps le principal fournisseur des
services d‘infrastructures. La conviction de la nécessité de l‘intervention étatique demeure très
importante et ce, considérant les caractéristiques même des biens fournis par les infrastructures. Ces
biens se distinguent, tout d‘abord, par le fait qu‘ils ne peuvent pas être assurés par le marché seul.
«Il existe, en effet, des biens très demandés par les consommateurs, que le marché ne peut pas ou ne
50
Les investissements publics financent des biens publics purs -facteurs de croissance - qui engendrent des rendements
d’échelle croissants à long terme
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doit pas –dans l‘intérêt même des consommateurs– fournir seul, des biens pour lesquels le marché
tombe en panne » (Perrot et Chatelus, 2000). Ensuite, en raison de leur impact social élevé, on
s‘attend à ce que les gouvernements assurent, à un certain degré, un accès minimum aux services de
base à toutes les catégories de leurs populations, indépendamment de leur capacité de payer (accès à
l‘eau, aux soins de santé, à l‘éducation…).
En outre, les investissements dans ce type de projets nécessitent la mobilisation d‘une quantité
élevée de capital sur une longue durée, ce qui n‘attire pas le privé et ne permet donc pas
l‘instauration d‘un véritable marché concurrentiel. Par ailleurs, la présence de services en réseau
(comme par exemple l‘eau, l‘énergie, l‘assainissement…) fait que l‘infrastructure provoque des
monopoles naturels. Les économies qu‘elle induit ne deviennent possibles que s‘il y a seulement un
seul fournisseur plutôt que plusieurs petits fournisseurs qui, pris individuellement, ne peuvent pas
réaliser les économies d‘échelle en raison des coûts élevés de capital fixe que nécessite
l‘investissement (Grimsey et Lewis, 2004).
L‘intervention publique est donc nécessaire. Elle s‘effectue par le biais des dépenses publiques en
capital.
Néanmoins, durant les deux dernières décennies, on assista à un mouvement mondial vers la
déréglementation et la privatisation.
Indépendamment de l‘intervenant, les infrastructures jouent un rôle considérable dans le
développement de tout pays, puisqu‘il s‘agit de fournir les services essentiels dont la population a
besoin pour jouir des conditions de vie élémentaires. L‘approvisionnement en eau,
l‘assainissement, l‘électricité, les routes, les télécommunications… sont des services qui permettent,
entre autres, d‘améliorer la santé publique, l‘accès à l‘éducation et la participation à la vie
économique.
Les infrastructures sont, en somme, le moteur de la croissance économique d‘un pays.
1- L’impact des dépenses publiques en infrastructures sur la croissance économique :
Certaines dépenses publiques, notamment les investissements publics en infrastructures, génèrent
des externalités qui améliorent la productivité des facteurs privés et peuvent de ce fait soutenir la
croissance économique (Blejer et Khan, 1984 ; Aschauer, 1989 ; Tanzi et Zee, 1997).
Le développement des nouvelles théories de la croissance réaffirme le rôle du capital public dans la
dynamique économique (Barro, 1990).
Dans le modèle de Barro, l‘économie est caractérisée par une fonction de production incorporant le
capital privé et le capital public sous forme d‘infrastructures. Les dépenses publiques financent des
biens publics purs en complément des dépenses privées.
La contribution du secteur public à la croissance économique s‘effectue par le canal des dépenses
publiques en capital (infrastructures d‘éducation, de transport, de recherche-développement, de
communication…). Barro explique l‘effet cumulatif des dépenses d‘infrastructures par le fait
qu‘elles assurent l‘augmentation de la croissance qui induit un accroissement des recettes publiques,
source de croissance. Les infrastructures publiques constituent pour cet économiste, un facteur de
croissance qui engendre des rendements d‘échelle croissants à long terme en raison des économies
53
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internes qu‘elles permettent pour les producteurs privés.
L‘existence de rendements croissants du capital est bien expliquée en ce qui concerne les
investissements en infrastructures. Ces dernières appellent d‘abord des politiques publiques
susceptibles, en période de contraction de l‘activité ou de sous-production par rapport au potentiel
de l‘économie, d‘avoir un impact keynésien51 en créant des emplois et en exerçant un effet
contracyclique positif. Elles réduisent les coûts de transaction et facilitent les échanges
commerciaux entre et à l'intérieur des frontières. Elles permettent aux acteurs économiques de
répondre à de nouvelles demandes, dans de nouveaux lieux. Elles abaissent le coût des intrants
nécessaires à la production de presque tous les biens et services. Elles rendent profitables des
activités non rentables et plus profitables encore les activités déjà existantes. Les théoriciens de la
croissance endogène préconisent d‘ailleurs que ces dépenses soient maintenues même en situation
de conjoncture difficile.
Ces arguments théoriques révèlent l‘existence d‘un lien étroit entre les investissements réalisés dans
l‘infrastructure et la productivité économique.
Cependant, ce n‘est qu‘à la fin des années 80 que les économistes ont commencé à élaborer des
mesures quantitatives de ce lien en construisant des modèles macro-économétriques.
En 1989, David Aschauer a provoqué un élan considérable pour les décideurs politiques. Il a montré
que le déclin de la productivité américaine dans les années 1970 était lié en grande partie à la baisse
du taux d‘investissement en capital public. Son modèle est construit à partir d‘une fonction de
production (Cobb-Douglas, données en Log) dont les facteurs sont le capital privé, le capital public
non militaire et l‘emploi, auxquels il ajoute un trend et le taux d‘utilisation des capacités de
production afin de prendre en compte les variations conjoncturelles.
En effet, Aschauer ajoute aux intrants habituels d‘une fonction de production une variable (S) qui
permet de mesurer les réserves de capital destinées aux infrastructures publiques (ou stock de
capital public).
À l'aide de séries chronologiques, il a pu estimer la fonction de production globale suivante :
Y = A Kα Lβ Sγ (1)
Où Y représente le niveau de production américaine du secteur privé, K est le stock de capital privé,
L le travail et S le stock de capital public non militaire. Cette dernière variable comprend toutes les
dépenses en infrastructures (d‘éducation, de santé, de transport, d‘eau et d‘électricité…).
Certains auteurs utilisent une définition plus restreinte de la variable S qui est axée, par exemple,
uniquement sur les infrastructures routières. La variable S utilisée ici renvoie à des dépenses
publiques en infrastructures au sens large.
51 Les dépenses de l'État augmentent les revenus des ménages, soit directement lorsqu'elles correspondent aux salaires des fonctionnaires, soit indirectement par l'intermédiaire de la
production lorsque les dépenses correspondent à des achats de biens et services. Les recettes de l'État correspondent princip alement aux impôts et taxes, elles viennent en déduction du
revenu des ménages. Le déficit des administrations correspond donc à l'accroissement du revenu des ménages résultant des effets opposés des dépenses et des recettes publiques, il joue
alors un rôle analogue à l'investissement net dans le mécanisme du multiplicateur keynésien. C'est cet impact sur la relance de l'activité qui est présenté comme la principale motivation
des politiques dites keynésiennes.
54
Cahiers de la Recherche
Les paramètres A, α, β et γ sont estimés à l‘aide d‘une technique de régression multiple
conventionnelle. La forme fonctionnelle retenue à l‘équation (1) correspond à une production de
type Cobb-Douglas, laquelle permet aux intrants d‘être des substituts de production. Les paramètres
de la relation (1) représentent l'élasticité de l'output par rapport aux différents facteurs de
production.
De nombreux auteurs ont tenté de déterminer la valeur de γ, soit l‘élasticité de l‘output par rapport
au stock d‘infrastructures, et arrivent à des résultats différents. Le tableau 1 en annexes résume ces
résultats.
Ces valeurs varient principalement pour les raisons suivantes :
• la définition géographique des données utilisées pour l'estimation;
• la technique économétrique retenue pour tenir compte de l'aspect chronologique des données;
• la définition du stock d‘infrastructures publiques.
Munnell (1990) recourt aux données de séries chronologiques agrégées et à une fonction de
production Cobb-Douglas en supposant des rendements d‘échelle constants pour tous les intrants.
Mais, au lieu du ratio production/capital privé, l‘auteur utilise la productivité du travail (c‘est-à-dire
le ratio production/travail) comme variable dépendante. Elle confirme le résultat d‘Aschauer selon
lequel le capital public occupe une place importante dans la fonction production52.
Toutefois, la vraisemblance et la rigueur des résultats d‘Aschauer et des études apparentées ont fait
l‘objet d‘un nombre important de travaux critiques.
Une première critique a concerné la non stationnarité des séries rentrant dans la fonction de
production (Tatom, 1991a et 1993a). Une solution adoptée par plusieurs auteurs a alors consisté à
mener des estimations en différences premières. Tatom (1991a), Hulten et Schwab (1991a), Sturm
et Haan (1994), Ford et Poret (1991) notamment - toujours sur séries chronologiques - remettent
ainsi en cause les résultats d‘Aschauer. Leurs estimations ne sont, néanmoins, pas beaucoup plus
convaincantes. Leurs résultats sont, en effet, très sensibles aux spécifications retenues - de la
fonction de production ou de l‘agrégat de capital public notamment - et les élasticités des autres
facteurs de production sont loin d‘être satisfaisantes.
En outre, comme le souligne Munnell (1992), il n‘y a pas de raisons de préférer des estimations en
différences premières, dans la mesure où ce procédé efface l‘éventuelle relation de long terme entre
capital public et production privée. De façon idéale, cette relation de long terme devrait être estimée
par des techniques de cointégration.
Une seconde série de critiques touche la possible endogénéïté de la variable « infrastructures ».
Selon la loi de Wagner, c‘est le développement économique et la croissance qui sont à l‘origine
d‘une augmentation des dépenses de l‘Etat. Cette augmentation serait, notamment, liée à une
demande accrue de services publics et à des ressources financières plus importantes de l‘Etat. Il
existerait ainsi une causalité inversée ou une double causalité entre infrastructures et croissance, qui
occasionnerait un biais de simultanéité lors de l‘estimation de la fonction de production élargie.
Plusieurs auteurs se sont attachés à répondre à la question de l‘endogénéïté des dépenses et de
l‘investissement publics, dans des travaux le plus souvent en données de panel. La thèse de la
52 Les études de Munnell conduisent à retenir une élasticité de l’ordre de 15% de la production américaine par rapport au stock de capital public.
55
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causalité inversée est validée par Ahsan, Kwan et Sahni (1989 et 1992), Tatom (1993a) pour les
Etats-Unis et Conte et Darrat (1988) pour un échantillon de 10 pays de l‘OCDE. L‘indicateur testé -
à savoir les dépenses publiques agrégées - ne peut néanmoins être considéré comme une proxy
satisfaisante des infrastructures. De façon plus convaincante, Eberts et Forgaty (1987) font
apparaître une causalité bidirectionnelle entre investissement public et croissance. De même que
Dessus et Herrera (1996), qui arrivent à la même conclusion pour un échantillon de 28 pays en
développement et en introduisant un agrégat de capital public. De leur côté, Holtz-Eakin et
Schwartz (1995) montrent pour les Etats-Unis une causalité non ambigüe des infrastructures
routières sur la croissance.
La possible endogénéïté des investissements publics demande la mise en œuvre de techniques
économétriques appropriées. Des estimations en doubles moindres carrés instrumentant la variable
« infrastructures » ont donné des résultats variés. A la suite d‘Aschauer (1989c) - qui avait vérifié
de la sorte la robustesse de ses estimations - Duffy-Deno et Eberts (1989) trouvent une élasticité du
capital public de 0.08 pour les Etats-Unis (une augmentation de 100% du capital public
augmenterait la production de 8%). Dans le cadre d‘estimations sur données de panel - toujours
pour les Etats-Unis - Fay (1993) valide l‘impact positif des infrastructures d‘électricité, Canning et
Fay (1993) celui de transports. Garcia-Mila et alii (1996) signalent le rôle des routes et des
installations sanitaires et Evan et Karras (1994) de l‘éducation. De leur côté, Nagaraj, Varoudakis et
Véganzonès (2000) montrent la robustesse de leurs estimations en doubles moindres carrés, pour un
indicateur agrégé d‘infrastructures physiques, sociales et économiques, dans le cas des Etats de
l‘Inde.
En revanche, l‘utilisation - soutenue par Holtz-Eakin (1994) - de variables instrumentales dans le
cadre de diverses techniques économétriques pour les Etats américains, fait disparaitre l‘impact
positif obtenu pour des estimations en niveau de la variable de capital public 53.
L‘effet des infrastructures sur la croissance économique peut être analysé à un niveau agrégé (ce qui
ressort des travaux de plusieurs auteurs qui construisent un indicateur agrégé d‘infrastructures
(Véganzonès…)) ou à un niveau désagrégé (infrastructures physiques, sociales et économiques).
La partie qui suit analysera comment chaque catégorie d‘infrastructures pourrait (selon la théorie et
les études empiriques) contribuer à la croissance économique d‘un pays.
2- Les effets de chaque catégorie d’infrastructures sur la croissance économique :
En 1965, Hansen fut le premier à proposer une classification précise des infrastructures. Il distingue
les « infrastructures sociales », dont la fonction est d‘entretenir et de développer le capital humain
(en l‘occurrence l‘éducation et les services sociaux ainsi que la santé) et les « infrastructures
physiques » qui participent au processus productif (notamment les routes, les autoroutes, les ponts,
les voies ferrées…).
A ces deux catégories d‘infrastructures, s‘ajoutent les infrastructures économiques (notamment les
infrastructures financières), qui reflètent l‘importance particulière du système financier dans les
efforts de développement et de croissance pour les différentes économies du monde.
53
Cité dans l’article « Infrastructures, investissement et croissance : un bilan de dix années de recherches » de Marie
Ange VEGANZONES
56
Cahiers de la Recherche
Cette importance a fait que l‘Etat a été pendant longtemps le principal fournisseur des services
d‘infrastructures. Néanmoins, durant les deux dernières décennies, on assista à un mouvement
mondial vers la déréglementation et la privatisation des investissements publics.
Indépendamment de l‘intervenant, les infrastructures jouent un rôle considérable dans le
développement de tout pays, puisqu‘il s‘agit de fournir les services essentiels dont la population a
besoin pour jouir des conditions élémentaires de vie.
Comment chacune de ces catégories d‘infrastructures favorise-t-elle, dans la littérature existante, la
croissance économique ?
Concernant les infrastructures sociales54, les économistes ayant analysé les effets des
infrastructures éducatives sur la croissance économique, font apparaître l'existence de liens
solides entre l'investissement permettant de mieux adapter les locaux aux besoins de l'enseignement
et l'amélioration du niveau des élèves. Les études montrent que ces investissements auront à l'avenir
des retombées économiques ultérieures pour l'ensemble de la collectivité grâce à l'augmentation
attendue des gains futurs. De plus, une augmentation des dépenses en matière d'infrastructures
éducatives se traduit par une augmentation du PIB.
De sa part, la Banque Mondiale soutient que les investissements concernant les infrastructures
scolaires et sociales contribuent à la réduction des sureffectifs, à l'amélioration de l'hygiène et de la
sécurité dans les écoles, à l'accès aux soins de santé primaires, et, à un moindre degré, à l'accès aux
ressources de production. Ces investissements ont ainsi créé des conditions propices à un
enseignement de qualité et concouru ainsi à la formation du capital humain, élément déterminant de
la prospérité économique, du plein emploi et de la cohésion sociale. Pour ce qui est de la remise en
état et l'équipement des établissements scolaires hors université, l'élimination des risques matériels
pour les occupants des écoles endommagées, la diminution des frais liés aux services collectifs et à
l'entretien et la contribution à la réduction de la pauvreté ne sont que quelques unes des retombées
spécifiques des investissements liés à la remise en état. Tous ces résultats contrastent cependant
avec ceux obtenus dans la plupart des pays en développement.
Les études montrent que l'Etat devrait investir davantage dans la construction des écoles en zone
rurale afin d'assurer l'accès de tous aux services d'éducation et éventuellement de santé, plutôt que
d'investir dans des programmes ciblés plus coûteux, qui ne bénéficient pas aux pauvres. Elles
soulignent que la cohérence et la coordination doivent être des nécessités absolues, afin d'éviter de
construire des écoles qui resteront sans professeurs et des dispensaires qui ne pourront être
approvisionnés en médicaments.
Quant aux études examinant le lien entre santé et croissance, elles indiquent que le développement
des infrastructures hospitalières fait reculer la mortalité infantile entraînant une augmentation de
l'espérance de vie des populations.
D'importantes études tendent à montrer que l'état de santé des individus est un facteur déterminant
de la productivité. L'un des obstacles au développement de la productivité des adultes en Afrique
reste leur mauvais état de santé dû généralement au manque de soins préliminaires.
54
Les infrastructures sociales regroupent les infrastructures éducatives et les services sociaux ainsi que les
infrastructures sanitaires.
57
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Selon plusieurs auteurs, au moins un tiers des gains de productivité réalisés en Europe occidentale
au cours des derniers siècles est imputable à l'amélioration de la santé et de la nutrition qui passe
par les services rendus aux individus.
Cependant, malgré l'importance des externalités liées au développement des infrastructures sociales,
ce facteur n'a pas fait preuve d'une grande attention dans la modélisation. Rares sont les auteurs
ayant tenté de le faire par le recours à certains indicateurs comme le nombre moyen d'années
d'études de la population ou la mortalité infantile qui sont des variables plus précises du capital
humain.
Le système financier, représentant les infrastructures économiques, revêt une importance toute
particulière dans les efforts de développement et de croissance pour les différentes économies du
monde, quels que soient leur emplacement géographique, leur degré d‘industrialisation et le cadre
temporel. C‘est un constat que de nombreux économistes s‘accordent à admettre, en se basant sur
des études aussi bien théoriques qu‘empiriques.
Depuis le 18ème siècle, le rôle que joue l‘épargne dans l‘accumulation du capital a été mis en
évidence par Adam Smith en 1776, qui affirme que celle-ci permet de développer l‘industrie d‘un
pays. « Toute augmentation ou diminution dans la masse des capitaux tend naturellement à
augmenter ou à diminuer réellement la somme de l‘industrie, le nombre de gens productifs, et par
conséquent la valeur échangeable du produit annuel des terres et du travail du pays, la richesse et le
revenu réel de tous ses habitants»55.
D‘autres auteurs, en l‘occurrence Schumpeter (1912), mettent l‘accent sur le rôle primordial des
banquiers qui, par leur ciblage et le financement des entrepreneurs, encouragent l‘innovation
technologique, l‘accumulation du capital et stimulent ainsi la croissance économique. Ainsi, le
développement financier stimule la croissance à travers l'accroissement du taux d'investissement et
à travers l‘allocation du capital aux projets les plus productifs.
A la suite de la crise des années 30, Keynes explique que par le biais du taux d‘intérêt, le système
financier peut contribuer à la croissance économique. Il montre qu‘une augmentation de la masse
monétaire dans une économie engendre la baisse du taux d‘intérêt 56, encourageant les investisseurs,
a une incidence directe sur l‘emploi, la production et donc le développement et la croissance de
l‘économie.
Partant de cette idée, les économies du monde entier ont essayé, depuis la parution de « La Théorie
Générale de l‘emploi, de l‘intérêt et de la monnaie, John Maynard Keynes, 1936», de tirer profit des
potentialités que représente le système financier, en essayant de trouver les meilleures dispositions
afin d‘optimiser son usage dans les efforts de développement.
Quant aux infrastructures physiques57, elles jouent un double rôle en faveur du développement :
d‘abord comme facteur de production par la diminution des coûts et l‘augmentation du niveau de
services d‘infrastructures offerts, ensuite comme services de base dont certains sont considérés
comme fondamentaux.
55
Adam Smith, An inquiry into the Nature and the causes of the Wealth of Nations, 1776 (Recherche sur la nature et les
causes de la richesse des nations, Economica, 2000)
56
Le taux d’intérêt doit être inférieur à l’efficacité marginale du capital
57
Les infrastructures physiques peuvent être regroupées en quatre secteurs: le transport, les TIC (Technologies de
l’Information et des Communications), l’énergie et le secteur agricole.
58
Cahiers de la Recherche
Les infrastructures de transport ont des avantages « primaires » qui sont : les diminutions des
coûts de transport, les améliorations de l‘accessibilité (raccourcissement des temps de déplacement,
éviter l‘enclavement et la marginalisation) et les augmentations de débit (volume de trafic). A ces
avantages s‘ajoutent aussi l‘amélioration de la sécurité, la réduction des émissions polluantes ou
encore le renforcement de l‘inter-modalité.
A un niveau plus indirect, les avantages sont formés par les externalités du système de transport sur
les autres marchés. Ces externalités sont le lien entre les avantages primaires et la croissance
économique. Ce sont les véritables arguments en faveur de l‘hypothèse d‘une croissance endogène
soutenue par les infrastructures de transport. Le niveau de ces externalités, de même que leur
répartition dans le temps et dans l‘espace, influent sur l‘ampleur de la croissance économique.
De ce fait, l‘amélioration du système de transport contribue au développement économique en
augmentant la taille (et l‘efficience) du marché de travail.
Du point de vue des marchés de biens et services, l‘avantage est double. Au sein de la même
entreprise, la proximité géographique permet une amélioration des processus de production :
stratégies de flux tendu, gains sur les stockages, économies d‘échelle… Elle ouvre aussi à des
options stratégiques : recentrage, concentration, partenariat… Mais surtout, l‘intensification de la
concurrence, même imparfaite, peut suffire à briser des monopoles et à mettre fin à des
comportements monopolistiques.
Quant aux effets macroéconomiques des infrastructures liées aux TIC, certains pays en voie de
développement considèrent qu‘une adoption massive des ces dernières peut permettre un rattrapage
« accéléré » des pays industrialisés. Les TIC pourraient être à l‘origine d‘une modification de leur
rythme de croissance et d‘une meilleure insertion dans la division internationale du travail.
L‘irruption de nouvelles technologies peut en effet permettre l‘ouverture de « fenêtres » de re-
spécialisation pour les pays à faible niveau de développement. Des opportunités nouvelles peuvent
être saisies comme en témoigne la percée de la Chine dans l‘industrie des ordinateurs et de l‘Inde en
matière de logiciels.
Plusieurs pays ont entrepris des réformes importantes afin de faciliter la diffusion des TIC dans leur
économie. Les institutions multilatérales chargées du développement semblent appuyer fortement
ces politiques.
De sa part, le développement agricole représente un potentiel significatif pour contribuer à la
réduction de la pauvreté à l‘échelle nationale, par des effets directs sur les revenus agricoles et
l‘emploi et des effets indirects sur la croissance économique globale, aussi bien que son impact sur
les prix des denrées alimentaires.
En effet, la première littérature sur le développement considère que dans le développement
économique l‘agriculture avait un rôle de soutien aux secteurs industriels – assurant un
approvisionnement en nourriture bon marché pour les ouvriers dans les secteurs industriels, (Lewis
1954). Depuis les années 1960, un rôle plus actif de l‘agriculture comme force d‘entraînement de la
croissance économique globale fut reconnu et souligné notamment par Johnston et Mellor (1961),
Schultz (1964) et Mellor (1966). Une grande partie de l‘agriculture de subsistance et de semi-
subsistance a été réalisée grâce à l‘adoption d‘une nouvelle technologie, à des investissements dans
l‘infrastructure et les marchés ruraux et à la conception et l‘exécution de politiques appropriées.
59
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Ce changement a permis un accroissement de la productivité de la terre et du travail, une
augmentation des revenus des agriculteurs et des ouvriers agricoles, et un meilleur pouvoir d‘achat
des consommateurs. Les prix bas de denrées alimentaires rendus possibles par des coûts unitaires de
production plus faibles ont contribué à des salaires plus bas dans les secteurs non agricoles tout en
facilitant ainsi la croissance industrielle. La croissance agricole contribue également à l‘activité
économique via les intrants, la transformation, la distribution et l‘industrie de stockage, produisant
des effets multiplicateurs au-delà de l‘agriculture. En outre, des revenus agricoles plus élevés
induisent une élévation de la demande des marchandises et des services produits dans d‘autres
secteurs (Hazell et Röell 1983).
Plusieurs processus sont nécessaires pour une croissance rapide de la production alimentaire et de
l‘économie de façon globale dans les zones rurales pauvres. Techniques, infrastructures et
interventions de marché contribuent à la croissance agricole pro-pauvre à chaque phase du
développement. Les interventions de base (telles que les infrastructures) pour établir des conditions
meilleures pour des technologies de production intensives. Voir le processus en annexes (Figure 1).
Enfin, l‘analyse de la relation entre la consommation d’énergie et la croissance économique revêt
un caractère de plus en plus important puisque les principales sources d‘énergies potentielles sont
tarissables.
Pour Percebois (2000) le contenu énergétique de la richesse intérieure d‘un pays est principalement
influencé par des variables liées à la structure productive, à la technologie et aux infrastructures
utilisées, au climat, à la réglementation en vigueur et au prix directeur de l‘énergie.
Plusieurs économistes de l‘énergie arrivent à la conclusion que la consommation d‘énergie et le PIB
progressent au même rythme suivant la loi dite de « l‘élasticité unitaire ».
Au-delà de l‘élasticité par rapport au PIB, le lien entre la consommation d‘énergie et la croissance
économique a été appréhendé à travers des fonctions de production (KLEM) 58 intégrant l‘énergie
comme facteur de production et ceci pour la bonne et simple raison qu‘elle n‘est jamais consommée
pour elle-même, mais comme un moyen de faire fonctionner un équipement susceptible de satisfaire
un besoin. Les fonctions KLEM ont suscité beaucoup d‘interprétations théoriques et de vérifications
empiriques de la part des économistes durant la décennie (1970 – 1980) aboutissant à deux types de
conclusions dont la première prône la stricte complémentarité entre les différents facteurs, tandis
que la seconde admet une substituabilité partielle voire quasi-parfaite entre les facteurs (Percebois
1989).
Il est évident qu‘une bonne compréhension des mécanismes de substitution entre l‘énergie et les
autres facteurs de production est nécessaire pour analyser la dynamique de l‘intensité énergétique
ou de la demande globale d‘énergie d‘une économie, mais il est tout aussi important de tenir compte
de ces effets de substitutions compte tenu de la rareté des différentes formes d‘énergie, de
l‘influence des prix relatifs et de la mondialisation croissante des échanges.
Empiriquement, beaucoup d‘économistes ont essayé –après le second choc pétrolier- de quantifier
l‘influence des variables énergétiques sur les indicateurs macroéconomiques. Kraft et Kraft (1978),
dans une analyse de l‘économie américaine entre 1947 et 1974, ont été les premiers à mettre en
évidence l‘existence d‘une causalité unidirectionnelle qui montre qu‘aux Etats Unis, c‘est le produit
national brut qui cause la consommation d‘énergie. Cette relation laisse supposer qu‘il est possible
58
(K = capital), (L = main d’œuvre), (E = énergie), (M = matière première non énergétique)
60
Cahiers de la Recherche
d‘envisager des politiques d‘économie d‘énergie sans effets négatifs sur la croissance de
l‘économie.
II- MISE EN EVIDENCE DE L’EFFET DES INVESTISSEMENTS EN
INFRASTRUCTURES (AGREGES ET DESAGREGES) SUR LA PRODUCTION
NATIONALE :
1- Objectifs visés et estimation des modèles :
Afin de mesurer l‘impact des investissements en infrastructures sur la production au Maroc, nous
fixons les 3 objectifs suivants :
- Le premier objectif est d‘analyser l‘impact des investissements en infrastructures sur la
production nationale à partir de la fonction de production Cobb-Douglas suivante :
Yt = A Kαt Lβt Sλt
L‘estimation de la fonction permettra de déterminer les élasticités de la production par rapport aux
différents facteurs (et spécialement le stock d‘infrastructures).
- Le second objectif est d‘étudier les avantages comparatifs des différentes catégories
d‘infrastructures à promouvoir la production nationale à partir du même modèle mais en intégrant
les 3 catégories d‘infrastructures suivantes:
Les infrastructures sociales : comprenant « l‘éducation » et « la santé » sont regroupées dans
l‘indicateur (composite) S1 ;
Les infrastructures physiques : comprenant les secteurs de « transport », des « TIC », de
« l‘énergie » et de « l‘agriculture », sont regroupées dans l‘indicateur (composite) S2 et;
Les infrastructures économiques : comprenant le secteur « financier » sont représentées par S3.
Les élasticités de la production par rapport à chaque variable permettront de déterminer la catégorie
d‘infrastructures la plus génératrice de croissance économique au Maroc.
- Le dernier objectif vise à déterminer le sens de causalité entre investissements en infrastructures
et croissance économique au Maroc à travers le test de causalité au sens de Granger 59.
Pour atteindre le premier objectif (mesurer l‘impact des investissements en infrastructures sur la
production nationale), on va estimer la fonction de production Cobb-Douglas suivante :
Yt = A Kαt Lβt Sλt avec A, K, L, et S positifs.
0 < α < 1, 0 < β < 1, 0 < δ< 1 et 0 < λ < 1 et α + β + δ + λ = 1 (Les rendements sont constants60).
59
On dit qu’une variable X cause au sens de Granger une autre variable Y si les valeurs passées de X influencent
significativement les valeurs futures de la variable Y. Sur le plan statistique, le test de causalité au sens de Granger
revient à un test de significativité globale des coefficients associés aux valeurs passées de la variable causale dans
l’équation de la variable causée.
61
Cahiers de la Recherche
α, β, δ et λ sont des paramètres représentant les élasticités de la production par rapport aux
différents facteurs.
Les éléments de notre fonction sont définis comme suit :
- Le progrès technique « A » (mesuré par la PTF : Productivité Totale des Facteurs) :
On va calculer la PTF par la méthode de la comptabilité de la croissance. Les différents travaux
empiriques qui la mesurent à travers cette méthode, reposent sur les modèles de Solow (1957) qui
formule l‘effet de la productivité sur la croissance économique à travers une fonction de production
néoclassique de type Cobb-Douglas avec des rendements d‘échelle constants et dans le cadre d‘un
marché en situation de concurrence pure et parfaite. La croissance économique dépend alors du
capital physique et d‘un progrès technique exogène.
Solow évalue la productivité des facteurs d‘une manière résiduelle, en considérant le progrès
technique comme neutre au sens de Hicks, et des rendements d‘échelle constants.
- Le stock de capital physique « K »:
Il est calculé en utilisant la méthode de l‘inventaire permanent retracée par Van Pottelsberghe
(1996).
Ainsi, le stock de capital physique « K » de l'année « t » est égal à son stock en « t-1 » ajusté d'un
taux de dépréciation δ plus l'investissement « I » en t :
Kt = Kt-1 - δ Kt-1 + It ou encore: Kt = It + (1 – δ) Kt-1
Où I est la formation brute du capital fixe (FBCF) et le taux de dépréciation du capital (δ) est de 5
%. Ce dernier est supposé constant dans le temps et identique pour tous les pays (Hamilton, 2006).
Le stock de capital physique initial K0 est égal à l'investissement initial I0 divisé par la somme g du
taux de croissance annuel de l'investissement I t et du taux de dépréciation δ du capital physique : K0
= I0 / ( g + δ )
g : c‘est la somme du taux de croissance annuel « dt » de l‘investissement (FBCF) à l‘année t.
On peut écrire: dt = (FBCFt – FBCFt-1) / FBCFt-1
- Le travail « L »:
Cette variable décrit la quantité d‘effort fourni par les employés dans le processus de production et
pour laquelle, ils sont embauchés et rémunérés.
Dans notre modèle, il sera quantifié par le nombre d‘employés contribuant directement ou
indirectement dans le processus de production c‘est-à-dire la population active occupée.
- Le stock d’infrastructures « S »:
60
Les hypothèses les plus fréquemment retenues sont celles de rendements constants par rapport à l’ensemble des
facteurs.
62
Cahiers de la Recherche
Les dépenses publiques en infrastructures ne représentent pas une proxy satisfaisante des
infrastructures (compte tenu du fait que le secteur privé participe de plus en plus dans ces
investissements soit directement soit à travers des concessions). C‘est la raison pour laquelle on va
construire un indice agrégé d‘infrastructures calculé comme une moyenne pondérée des
composantes principales de divers indicateurs de base d‘infrastructures. Cette méthode permet de
pallier les problèmes de multicolinéarité liés à la présence d‘un grand nombre d‘indicateurs
potentiellement colinéaires.
« S » représentera donc l‘indicateur composite 61 des infrastructures de base.
La méthodologie de construction de l‘indicateur composite comporte cinq étapes essentielles :
Etape 1 : La sélection d’indicateurs pertinents
Les variables représentatives de chaque secteur infrastructurel sont les suivantes:
Le secteur de l’éducation (représenté par le nombre d‘établissements primaires publics) et ;
Le secteur de la santé (représenté par le nombre de lits d‘hôpitaux pour 100000 habitants).
Ces deux secteurs (éducation et santé) représentent les infrastructures sociales.
Le secteur de l’énergie : Généralement, deux principaux indicateurs sont utilisés pour capturer
l‘infrastructure énergétique : la production ou la consommation totale d‘énergie électrique comme
indicateur quantitatif et les pertes d‘énergie électrique comme indicateur qualitatif. Cependant, il est
très difficile d‘évaluer l‘impact des pertes de production sur l‘économie étant donné que cette
dernière ne parvient ni aux ménages, ni aux entreprises. En ce qui concerne la production, elle ne
reflète pas les besoins de consommation. Pour cette raison, nous utilisons la consommation
d‘énergie électrique comme indicateur de l‘infrastructure énergétique.
Le secteur de transport qui rassemble à la fois :
- Le transport routier : représenté par la longueur des routes construites et revêtues en km;
- Le transport ferroviaire : représenté par longueur du réseau ferré en km par 1000 km carrés;
Pour le transport maritime et aérien, le choix du nombre de ports et d‘aéroports n‘est pas très
pertinent vu la stabilité de ces variables dans le temps. On a pensé à choisir le nombre de navires
entrant et sortant sur l‘ensemble des ports ainsi que les mouvements des avions sur l‘ensemble des
aéroports, qui sont disponibles mais qui ne reflètent pas vraiment les infrastructures construites dans
ces secteurs. On a donc éliminé ces deux secteurs qui semblent peu significatifs.
Le secteur des TIC (représenté par les abonnés téléphoniques fixes, mobiles et internet par 100
habitants).
Le secteur de l’agriculture (représenté par la superficie irriguée en milliers de HA).
Les 4 secteurs (énergie, transport, TIC et agriculture) représentent les infrastructures physiques.
Les infrastructures économiques dont le secteur bancaire en est représentatif dans notre étude,
correspondent au nombre d‘agences bancaires.
61
Un « indicateur composite » est une combinaison mathématique (ou « agrégation ») de plusieurs indicateurs qui
représentent différentes dimensions d’un même concept.
63
Cahiers de la Recherche
Les séries sont annuelles et s‘étalent de 1980 à 2009. Leurs sources principales sont le Haut
Commissariat au Plan et les données de la banque mondiale.
Etape 2 : La normalisation (ou standardisation) des sous-indicateurs si les unités de mesure
sont très différentes :
Pour normaliser nos données, on choisira la méthode « Z-score ou normalisation62 » qui semble être
la plus adaptée à la nature des données dont on dispose.
Etape 3 : La pondération et agrégation des indicateurs :
Les pondérations doivent toujours être décrites explicitement et justifiées. Pour notre cas, les
coefficients de pondération des sous-indicateurs seront les parts des valeurs ajoutées sectorielles
dans la valeur ajoutée totale des secteurs en question.
L‘indicateur composite des infrastructures sera donc la somme des indicateurs normalisés pondérés
par leurs coefficients (parts des valeurs ajoutées). C‘est le stock d‘infrastructures « S » présenté en
annexes.
Après avoir défini les variables, on passe à l‘estimation de notre modèle basé sur une fonction de
production de type Cobb-Douglas.
L‘estimation de cette fonction se déroule en 3 étapes essentielles :
Première étape : La transformation des variables en base 100 ;
Deuxième étape : La linéarisation (ou la stationnarisation) par l‘introduction du logarithme et ;
Troisième étape : L‘estimation de l‘équation par les MCO (Moindres Carrés Ordinaires) pour
obtenir un estimateur linéaire sans biais et de variance minimale.
L‘interprétation des variables préalablement définies, et par référence aux 3 étapes précitées
permettent l‘aboutissement aux résultats suivants :
Le modèle est très significatif puisqu‘on obtient un R² ajusté égal à 98%. Le résultat en gras montre
que l‘élasticité de la production par rapport au stock d‘infrastructures est de 0.032. Cela veut dire
qu‘une augmentation de 1% du stock d‘infrastructures augmenterait la production de 0.032%. Une
augmentation qui semble être assez importante pour l‘économie marocaine.
62
Pour chaque indicateur, on calcule sa moyenne et son écart-type, puis on le norme et le réduit, c’est-à-dire qu’on lui
applique la formule suivante : M = (X − Moy(X))/Ecart-type(X). M est l’indicateur normalisé suivant une loi N(0 ;1)
de moyenne égale à 0 et d’une variance égale à 1. Cette méthode est applicable si la variable en question suit
approximativement une loi normale.
64
Cahiers de la Recherche
Le second modèle visant à étudier les avantages comparatifs des 3 catégories d‘infrastructures S1 :
Infrastructures sociales, S2 : Infrastructures physiques et S3 : Infrastructures économiques s‘écrit
sous la forme suivante : Yt = A Kα1t Lα2t Sα31t Sα42t Sα53t
Les résultats du modèle se présentent comme suit :
Les résultats montrent que les infrastructures les plus génératrices de croissance économique sont
les infrastructures économiques (avec une élasticité de 0.032%par rapport au PIB). Suivies de très
loin des infrastructures physiques (avec une élasticité de 0,00044% par rapport au PIB). Enfin, les
infrastructures sociales dénotent une élasticité inférieure à 0 influençant négativement la croissance
économique au Maroc. Ces résultats semblent très adaptés au contexte marocain, d‘autant plus que
l‘enseignement primaire a un impact faible sur la croissance économique puisqu‘il ne participe pas
à la formation de la main d‘œuvre qualifiée.
Le troisième objectif, visant à déterminer le sens de causalité entre le stock d‘infrastructures et la
production à travers la méthode de Granger (avec un retard de 2), nous mène aux résultats suivants :
On remarque que la causalité est bidirectionnelle au seuil de 10%. Les investissements en
infrastructures favoriseraient la croissance économique et vice-versa, une forte croissance
économique augmenterait les initiatives d‘investissement en infrastructures.
2- Analyse critique de l’état des lieux :
Convaincu que le pays ne peut attirer massivement les investisseurs étrangers sans des structures
modernes de communication, le Maroc s‘est engagé dans la modernisation de ses infrastructures :
inauguration depuis deux ans du tramway de Rabat, accélération des travaux du tramway de
Casablanca, ouverture de l‘autoroute Fès-Oujda et Marrakech-Agadir, lancement du projet de TGV
65
Cahiers de la Recherche
qui consacre le développement de réseaux ferroviaires, le projet Tanger-Med, aménagement du
territoire, multiplication des barrages…
Concernant le réseau autoroutier, le Maroc s‘est engagé de relier entre elles toutes ses grandes
villes, soit plus de 400 000 habitants. Ainsi, de 300 km en 1999, le réseau autoroutier a dépassé les
1480 km (soit cinq fois plus) en une décennie. Le réseau va d‘Agadir (au sud) jusqu‘à Tétouan (au
nord) et Oujda (à l‘est) en ralliant les grandes villes que sont Rabat, Casablanca, Marrakech, Fès,
Meknès, Tanger… Le programme autoroutier a nécessité une enveloppe de 36 milliards de dirhams
dont 27.8 milliards de dirhams engagés entre 2008 et 2012. L‘objectif étant de réaliser 1804 km
d‘autoroute à l‘horizon 2015 (on peut citer l‘axe El-Jadida-Safi de 140 km, l‘axe Tétouan-Fès de
252 km, l‘autoroute Berrechid-Béni Mellal de 172 km).
Pour le transport ferroviaire, le Maroc a lancé en septembre 2011, un grand projet qu‘est le TGV.
Ce dernier s‘inscrit dans le cadre du développement du réseau ferroviaire sur 1500 km d‘ici à 2035,
autour des trajets Casablanca-Oujda et Tanger-Agadir. Prévu pour être opérationnel en 2015, le
TGV Tanger-Agadir vise le transport de 6 millions de personnes par an en moins de la moitié de la
durée actuelle. Le projet TGV promet des retombées positives sur l‘économie en générale, et sur
l‘activité touristique nationale en particulier.
Un autre nouveau projet de transport public qu‘est le tramway de Rabat, qui fonctionne déjà avec
deux lignes longues de 19,5 km nécessitant un coût global de 3,1 milliards de dirhams. De deux
lignes également, le tramway de Casablanca s‘étend sur 30 km pour un coût estimé à 6,4 milliards
et transportera 250 000 personnes par jour.
Dans le domaine portuaire63, le projet Tanger-Med II -en cours de réalisation- promettra à terme de
faire du complexe portuaire l‘une des plus importantes plates-formes à conteneurs de la
Méditerranée. La première tranche sera livrée en 2014 et la deuxième en 2016. Pour atteindre cet
objectif, l‘Etat et ses différents partenaires ont mis en place un programme d‘investissement. Ainsi,
120 milliards de dirhams ont été investis de 2008 à 2012 soit le double de l‘investissement de la
période 2003-2007 et quatre fois plus les sommes injectées entre 1998 et 2002. Le projet Tanger-
Med intègre d‘autres projets d‘aéroport, d‘autoroutes, voies express et chemins de fer, visant à faire
de cette région un pôle économique attirant des investisseurs industriels de premier plan.
Concernant l‘agriculture, vu son poids économique déterminant pour la croissance au Maroc mais
également en raison des enjeux sociaux et de développement durable du pays, elle est considérée
comme un secteur prioritaire dans la politique économique et sociale du Maroc. C‘est dans ce cadre
qu‘en avril 2008 une nouvelle stratégie agricole, dite Plan Maroc Vert, a été élaborée.
Le Plan Maroc Vert a pour objectif d'adopter une approche moderne de nature à contribuer à la
promotion des investissements dans l'agriculture et à mettre à profit les expériences réussies en la
matière, tant au niveau national qu'international. Aussi, vise-t-il à développer la petite agriculture
selon une approche solidaire orientée vers la lutte contre la pauvreté en augmentant
significativement le revenu agricole des exploitants les plus vulnérables, grâce à une nouvelle vague
d‘investissements sociaux. La mise en œuvre du Plan Maroc Vert devrait aboutir à une
augmentation du PIB marocain de 8 à 11,7 milliards de dollars dans les 10 à 15 ans à venir.
Par ailleurs, le Plan Maroc Vert place l‘eau parmi les réformes transversales les plus importantes
qui doivent offrir les conditions de réussite de sa mise en œuvre. Les principaux enjeux ainsi définis
63
N’est pas intégré dans le modèle (voir justification en pages précédentes).
66
Cahiers de la Recherche
pour la question de l‘eau se traduisent pour le secteur de l‘irrigation par la réalisation de trois
programmes majeurs récemment arrêtés par le département de l‘Agriculture, à savoir le Programme
National d‘Economie d‘Eau en Irrigation, le programme de résorption du décalage entre les
aménagements hydro-agricoles et les barrages réalisés et enfin la réforme institutionnelle de la
grande irrigation.
En matière énergétique, les pouvoirs publics ont lancé une nouvelle stratégie de développement du
secteur énergétique national. Cette stratégie se décline en actions à court, moyen et long termes
réparties par filière du secteur énergétique à savoir l'électricité, les énergies renouvelables et les
produits pétroliers, tout en mettant l'accent sur l'efficacité énergétique.
A court terme, un Plan National d‘Actions Prioritaires (PNAP) a été mis en place en juillet 2008. Il
vise à assurer l‘équilibre entre l‘offre et la demande sur la période 2008- 2012, en agissant, d‘une
part, sur le renforcement des capacités de production et, d‘autre part, sur la rationalisation de
l‘utilisation de l‘énergie. Plusieurs actions et programmes sont en cours d‘exécution pour atteindre
l‘objectif de 3.500 MW de puissance électrique supplémentaire installée et 22 millions de lampes
LBC distribuées. Deux nouvelles centrales électriques à Jorf Lasfar d‘une capacité de 350 MW
chacune ont été réalisées pour un coût global de 10 milliards de dirhams. Ces deux unités sont des
extensions de la centrale de Jorf Lasfar visant à porter la capacité du complexe à 2.060 MW.
A moyen terme, la stratégie vise le développement du charbon propre comme source principale
pour la production de base et le gaz de redevance pour la pointe, tout en explorant les options
d'extension du Gazoduc Maghreb-Europe et du gaz naturel liquéfié. Elle prévoit également le
développement de l'éolien et le découplage de la fonction hydro-électrique par la création de bassins
de rétention et la construction de Station de Transfert d'Energie par Pompage (STEP) de 400 MW
tous les 7 à 8 ans. Parallèlement à cela, il est également prévu de renforcer les interconnexions
électriques avec transfert progressif d'une dépendance structurelle des interconnexions à une source
d'arbitrage économique.
Sur le long terme, la stratégie prévoit le développement des technologies à l'horizon 2025, la
valorisation des schistes bitumineux avec la construction d'une centrale pilote de 100 MW ainsi que
la production d'électricité à partir de déchets organiques.
Par ailleurs, les investissements requis pour le déploiement de cette stratégie sont estimés à 92
milliards de dirhams sur la période 2008-2020 financés par le secteur public, le privé local ou
étranger dans le cadre de la production concessionnelle ainsi que par le secteur bancaire national.
Pour les TIC, le Maroc a adopté en 2001, le plan e-Maroc qui vise la réduction de la fracture
numérique à travers la généralisation de l‘infrastructure télécoms, l‘accès équitable aux services de
l‘économie du savoir et l‘émergence d‘une administration de proximité numérique.
Le Gouvernement a également signé un contrat-progrès 2006-2012 qui ambitionne de porter le
chiffre d'affaires du secteur à près de 60 milliards de dirhams en 2012 et de créer plus de 33.000
emplois. Cette même vision tente d'intégrer les TIC pour près de 50.000 entreprises d'ici à 2012 en
vue d'améliorer leur compétitivité et faire profiter 1,8 million d'abonnés à l'Internet d'ici à 2012. Sur
ce même registre, un fonds, destiné à faciliter aux entreprises du secteur l'accès au financement
nécessaire pour la réalisation de projets innovants, a été créé. Il est doté d'un capital de 100 millions
de dirhams. De même, le Gouvernement s‘est engagé à porter la part du budget de l‘Etat réservée
67
Cahiers de la Recherche
aux TI de 1 à 2%.
Dans le même sillage, une nouvelle stratégie nationale pour la société de l‘information et de
l‘économie numérique 2009-2013 baptisée « Maroc Numeric 2013 » vient d‘être lancée en octobre
2009. D‘un budget prévisionnel de 5,2 milliards de dirhams, cette stratégie permettra au secteur de
générer un PIB de 27 milliards de dirhams, dont 20 milliards de PIB additionnel indirect, et de créer
26000 emplois d‘ici cinq ans. Elle vise le développement de la société de l‘information à travers 4
axes stratégiques :
• Le développement de l‘usage des TIC à travers le programme « Injaz » permettant à 80000
ingénieurs et assimilés d‘acquérir un ordinateur portable avec une connexion internet
subventionnées à près de 85% par l‘Etat, le programme « GENIE » permettant la généralisation de
l‘équipement des établissements scolaires publics par les TIC, ainsi que le programme des centres
d‘accès communautaires permettant l‘accès aux services de télécommunications pour les localités
reculées.
• Le développement du e-Gouvernement à travers le lancement de 89 projets de services en ligne
pratiques aux citoyens.
• L‘informatisation des PME, surtout celles agissant dans les secteurs à fort enjeu du PIB, en
mettant en place une subvention pour l'acquisition des solutions d'informatisation sectorielle
s‘élevant à près de 60% de l'investissement en TIC.
• Le développement de la filière locale des TIC en favorisant l‘émergence de pôles d‘excellence à
fort potentiel à l‘export. Il sera question de mettre en place des solutions de financement dédiées
aux TIC de type fonds d'amorçage risque, de structures d'accueil technologiques régionales et des
services d'assistance à l'export et d'un cadre réglementaire adapté à la recherche et l'innovation.
Pour le secteur éducatif, depuis l‘entrée en vigueur de la Charte Nationale d‘Education et de
Formation en 2001, l‘enseignement préscolaire a enregistré des avancées appréciables. Le nombre
d‘enfants scolarisés dans le préscolaire a atteint un taux spécifique de scolarisation de 63,8% sur le
plan national. La situation en milieu rural est d‘une légère amélioration (38,3% en 2000-2001 et
42,5% en 2008-2009).
Le taux de scolarisation global des 6-11 ans a atteint un niveau très élevé (91,4% en 2008-2009).
Des difficultés persistent pour scolariser le pourcentage restant de la population scolarisable. Il
s‘agit en effet des enfants qui n‘ont pas les moyens financiers et physiques pour étudier.
Ces évolutions ont nécessité la mise en œuvre d‘importants projets physiques puisque le nombre
total des établissements de l‘enseignement primaire public a atteint en 2008-2009 près de 7.054
écoles et 13.401 écoles satellites contre 6.213 écoles en 2000-2001, enregistrant un accroissement
annuel moyen de 1,4%.
Malgré les avancées réalisées, certains indicateurs restent préoccupants. Le taux de redoublement en
2008-2009, s‘établit à une moyenne de 12,3% pour l'ensemble du primaire, de 15,2% pour le
secondaire collégial et de 19,2% pour le secondaire qualifiant, avec des pics de plus de 28,4% pour
la troisième année du collège.
68
Cahiers de la Recherche
Quant au taux d‘abandon, il a enregistré une moyenne de 4,6% pour l'ensemble du primaire, 13,1%
au niveau du secondaire collégial et 14,1% au secondaire qualifiant. Parmi les raisons qui
expliquent le taux élevé d‘abandon, on trouve la pauvreté des ménages qui ne leur permet pas de
subvenir aux besoins scolaires de leurs enfants et la faible qualité pédagogique et logistique de
l‘enseignement, particulièrement dans le milieu rural (manque de matériel pédagogique,
inadaptation des structures, encombrement des classes, faiblesse du réseau routier et des moyens de
transport en commun en milieu rural, ...).
Concernant les avancées réalisées par les pouvoirs publics pour améliorer la santé des populations,
de nombreuses réalisations ont vu le jour ces dernières années, puisque le nombre des
Etablissements de Soins de Santé de Base (E.S.S.B.) augmentant de 2% en moyenne par an durant
la période 2001-2007 pour se situer à 2.592 en 2007. Par conséquent, le nombre d‘habitants par
ESSB a baissé de 12.429 personnes en 2001 à 9.073 en 2007 (soit une baisse de 27%).
Pour ce qui est de la capacité hospitalière, il est à relever une augmentation de la capacité litière de
7% environ tous secteurs confondus. Par contre, la desserte habitants par lit a enregistré un déclin
de 6% pour se situer à 919 en 2006. Le secteur public, qui continue à dominer l‘offre hospitalière
disponible avec plus de 78% de la capacité litière totale, a enregistré les mêmes tendances.
Ces réalisations, malgré les insuffisances qui persistent ont agi favorablement sur les indicateurs de
la mortalité et d‘espérance de vie à la naissance. Cette dernière a atteint 72,6 ans en 2008 (71,4 ans
pour les hommes et 73,9 ans pour les femmes) en hausse de 2,6 points par rapport à 2001 (70 ans).
Quant au secteur financier, le processus d‘approfondissement financier de l‘économie s‘est
accéléré, grâce aux réformes engagées au cours de ces dernières années. De même, la consolidation
de la stabilité financière s‘est poursuivie avec la convergence des normes applicables au secteur
bancaire vers les standards internationaux.
En conséquence, le secteur financier a considérablement contribué aux performances du pays,
d‘abord en tant qu‘agent économique dont la valeur ajoutée ne cesse de croître, et ensuite en tant
qu‘accompagnateur de l‘élan de la consommation et de l‘investissement comme en témoigne
l‘expansion continue des crédits à l‘économie en dépit du ralentissement constaté en 2008.
Sa résistance face à la crise actuelle et l‘amélioration continue des indicateurs de solidité et
d‘activité du système bancaire ne peuvent que conforter les pouvoirs publics dans les choix de
politique du secteur et les inciter à persévérer dans le processus de convergence aux normes
internationales du cadre légal, institutionnel et réglementaire régissant ce secteur. Néanmoins, la
consolidation de son rôle dans le processus d‘accumulation du capital et de hausse de la
productivité appelle la poursuite des réformes dans le sens d‘une meilleure combinaison entre le
mode de financement des marchés financiers et l‘intermédiation bancaire. En effet, les besoins de
financement exprimés au niveau des différentes stratégies sectorielles mises en œuvre récemment
par le gouvernement (plan vert, Emergence II, énergie…), témoignent de l‘effort d‘accumulation
nécessaire à l‘économie.
Dans ce sens, les marges d‘amélioration du marché financier en matière de financement des
entreprises et de mobilisation de l‘épargne de long terme demeurent importantes et la nécessité de
rendre plus opérationnels les mécanismes de financement alternatifs et novateurs relève de
l‘urgence.
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Cahiers de la Recherche
Les indicateurs globaux du secteur financier font état d‘un développement soutenu des principales
activités de ce secteur. Selon les données de la comptabilité nationale, le compte de l'agent
institutionnel "sociétés financières" montre que la valeur ajoutée, en volume, du secteur des
activités financières et d‘assurance a enregistré une évolution annuelle moyenne de 8,6%, entre
2004 et 2008, évolution qui demeure largement supérieure à celle de la valeur ajoutée totale (4,5%).
La part des activités du secteur financier dans la valeur ajoutée totale de l'économie s‘est
sensiblement renforcée au cours des dernières années, passant de 5,4% en 1998 à 6,3% en 2008.
Conclusion :
Au cours de la dernière décennie, la question du rôle productif du capital public a connu un regain
d‘intérêt particulièrement marqué. Les effets du capital public sur la productivité et la croissance
ont été mis au goût du jour, d‘une part, par les théoriciens de la croissance et, d‘autre part, par des
études empiriques.
Tandis que Barro (1990) développait son modèle de croissance endogène avec dépenses publiques
productives, Aschauer (1989) était à l‘origine d‘une controverse importante sur la productivité du
capital public et ses mesures. Les études empiriques se sont en outre assez rapidement tournées vers
une échelle spatiale d‘observation plus fine, passant du national au régional, non seulement pour
accroître le nombre d‘observations disponibles mais aussi en raison de l‘organisation politique du
territoire.
L‘analyse empirique de l‘effet des investissements en infrastructures sur la production marocaine a
été faite sur des données annuelles s‘étalant de 1980 à 2009. Le modèle développé s‘inspire des
travaux d‘Aschauer et est construit sur la base d‘une fonction de production de type Cobb-Douglas.
L‘analyse a pris en compte le PIB réel comme étant la variable exogène et a ajouté aux intrants
habituels de cette fonction un stock d‘infrastructures calculé sur la base de plusieurs indicateurs
d‘infrastructures physiques, sociales et financières. A partir de cette analyse, il apparaît que les
investissements en infrastructures ont un impact positif et significatif sur la croissance économique
au Maroc. L'élasticité de la production par rapport au stock d‘infrastructures est de 3,2%.
Le deuxième résultat est obtenu à partir d‘une même fonction Cobb-Douglas, intégrant 3 catégories
d‘infrastructures soit, les infrastructures sociales, physiques et économiques.
Le modèle aboutit à la conclusion selon laquelle les infrastructures économiques augmentent le PIB
de 3.2% (suite à une augmentation de 100% du stock de celles-ci).
Le rôle des infrastructures économiques s‘illustre essentiellement dans le fait que le secteur stimule
la croissance à travers l‘accroissement du taux d‘investissement, l‘allocation du capital aux projets
les plus productifs et à travers la réduction des risques associés à l‘investissement.
Le secteur financier augmente ainsi le rythme de l‘accumulation du capital (en allouant
efficacement les ressources et en stimulant l‘innovation technologique) et donc favorise la
productivité.
70
Cahiers de la Recherche
Une relation positive étroite, entre le développement du secteur financier et la croissance
économique, est également démontrée dans la littérature empirique.
Les infrastructures physiques, quant à elles, demeurent moins productives au Maroc, avec une
élasticité de 0.44%. Enfin, avec une élasticité inférieure à 0, les infrastructures sociales sont
improductives dans le modèle.
Le troisième modèle, cherchant à déterminer le sens de causalité entre la production nationale et les
investissements en infrastructures, montre que celle-ci est bidirectionnelle. Cela veut dire que les
investissements en infrastructures pourraient favoriser la production nationale et vice-versa, une
forte croissance économique augmenterait les initiatives d‘investissement en infrastructures.
Au regard de ces résultats, les infrastructures constituent un domaine dans lequel des efforts
méritent encore d'être faits pour donner une impulsion à la croissance économique au Maroc.
Ce travail recommande des mesures pratiques et appropriées pour une meilleure productivité des
investissements en infrastructures. Il ne s‘arrête pas à ce niveau puisqu‘il vise, en sujet de thèse, à
analyser le rôle des investissements publics en infrastructures sur la croissance des régions du
Maroc en répondant à deux questions principales:
1/ Les investissements en infrastructures ont-ils un effet sur la productivité régionale ?
2/ Peuvent-ils participer à la réduction des disparités interrégionales ?
En guise de conclusion, on peut dire qu‘il est central pour toute économie ayant pour objectif final
une croissance soutenue, de prendre en considération tous les éléments déterminants pour une
meilleure efficacité de ses dépenses en termes de productivité et de croissance économique.
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Cahiers de la Recherche
Annexes:
Tableau 1 : Estimations des élasticités de l'output par rapport au stock d’infrastructures
Etude Pays Niveau d’analyse Infrastructures Elasticité de l’output
considérées par rapport à
l’infrastructure (γ)
Aschauer (1989) USA National Capital public 0.39 à 0.56
Hulten et Schwab USA National Capital public 0.02 à 0.42
(1991)
Khanam (1996) Canada National Capital routier 0.24 à 0.46
Munnell (1990) USA National Capital public 0.33 à 0.41
Munnell (1990) USA Etats Capital public 0.15
Garcia-Mila et USA Etats Capital routier 0.13
Mc Guire (1992)
Khanam (1996) Canada Province Capital routier 0.08 à 0.12
Tatom (1991) USA Etats Capital public 0.15*
*Coefficient statistiquement non significatif
Figure 1 : Phases de soutien à la transformation agricole
Agriculture extensive
Phase 1: Routes / Systèmes Productivité agricole faible
Etablissement des d‘irrigation /
fondamentaux Recherche /
Extension / (réforme Rentabilité technologique intense.
de la terre) Contraintes d‘assimilation induites
Phase 2: Financement saisonnier par insuffisance financière,
Soutien face aux Systèmes d‘offre d‘intrants et de marchés de
prix du marché d‘intrants produits finaux.
Marchés locaux de Demande effective des intrants et
produits surplus de production des
agriculteurs
Phase 3: Retrait Marchés et effectifs
privés
Source : Dorward et al. 2004 a et b Volume important des ressources
financières, de la demande
d‘intrants et de l‘offre de produits.
Canaux de la croissance non-
agricole.
72
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