Cahiers de la Recherche
Investissements directs étrangers
et croissance économique au Maroc :
La diversité des impacts selon le pays d’origine
1982 à 2010
Mohamed AZEROUAL
Université Mohammed V- Agdal, Faculté des Sciences Juridiques,
Economiques et Sociales Rabat
E-mail : azeroualmoh@gmail.com
Résumé
Ce travail consiste à étudier l’impact des investissements directs étrangers (IDE) sur la
productivité totale des facteurs (PTF) au Maroc durant la période 1982-2010, selon la source de
l’IDE. Il ressort des résultats obtenus, en utilisant le modèle à correction d’erreur, que les IDE
n’expliquent pas de la même manière la productivité totale des facteurs. Seuls les IDE émanant de
la France, des USA, de l’Italie, de l’Allemagne et de la Grande Bretagne sont statistiquement
significatifs et ont un effet positif sur la PTF. Cela est dû, selon notre premier constat, à la
concentration de ces investissements dans le secteur industriel qui est l’un des secteurs catalyseurs
de transfert de savoir, de technologie et de croissance économique.
Mots-clés : investissement direct étranger (IDE), source de l’IDE, capital humain, productivité
totale des facteurs, ouverture économique, transfert technologique, secteur industriel, croissance
économique, Maroc.
Abstract
The goal of this paper is to study the foreign direct investments impacts on total factor productivity
(TFP) in Morocco between 1982 and 2010 according to the origin of FDI. Using Error Correction
Model, the FDI’s originating from different countries did not have the same impact on Morocco’s
TFP. Only the FDI coming from France, the USA, Italy, Germany and Great Britain were
statistically significant and had a positive effect on total factor productivity. This is explained in
part by the concentration of these investments in the industrial sector, catalyst for knowledge
transfer, technological change and economic growth
Key-words : Foreign direct investments (FDI), Origin of FDI’s, trade openness, human capital,
total factor productivity, technology transfer, industrial sector, economic growth, Morocco.
Classification JEL C, C3, 32
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INTRODUCTION
L‘attractivité des investissements directs étrangers (IDE) est aujourd‘hui au centre des stratégies de
développement de tous les pays. L‘IDE est recherché, surtout, parce qu‘il peut améliorer les normes
technologiques, l‘efficacité et la compétitivité de l‘industrie nationale.
La documentation relative à l‘impact direct de l‘IDE sur la croissance économique a stipulé qu‘il est
prévu de fournir un ensemble des actifs corporels et incorporels qui seront directement disponibles
pour utilisation dans des activités productives par les pays d‘accueil et qui seront amplifiés par des
externalités et des retombées qui renforcent la base des ressources et des capacités de production
dans les économies notamment en développement. La présence de l‘IDE dans l‘industrie est
également prévue d‘améliorer la productivité moyenne et les niveaux de compétence de l‘industrie
par l‘intermédiaire des multinationales (Caves 1974b, Dunning, 1973). Les filiales étrangères
permettent aux entreprises locales l‘accès à la technologie en particulier par le biais d‘importations
de biens d‘équipement et de transmission du savoir-faire.
Les IDE restent donc l‘une des issues qui permettent aux pays en développements d‘accroître leur
productivité et leur compétitivité en introduisant de nouvelles technologies dans la production et de
nouvelles structures d‘organisation et méthodes de gestion de leurs entreprises. C‘est ainsi qu‘un
nombre croissant de ces pays met en œuvre des politiques qui visent à encourager et à
subventionner les investissements des firmes multinationales.
Dans ce sens, il faut rappeler que, les théories néoclassiques sont les premières à considérer les IDE
comme catalyseur de croissance. Ils constituent une forme indirecte d‘augmentation des emprunts
étrangers. Cet apport de capitaux peut favoriser l‘augmentation de la production des pays hôtes
notamment les pays en développement où le taux de chômage est élevé et l‘épargne locale est
insuffisante1.
A cet égard, nombreux sont des études empiriques qui ont tenté de vérifier cet effet positif.
Cependant, les résultats de ces études ne sont pas généralement concluants (Agenor 2003). Caves
(1996), Globerman (1979), Blomstrom et Wolf (1994) 2, et Djankov and Hoekman (2000) trouvent
que l‘IDE a un effet positif ou faible sur les niveaux de la productivité. De ce fait, les effets concrets
de l‘impact positif des IDE sur la croissance manquent : « …il est également vrai qu’aucun pays ne
s’est développé grâce à une simple ouverture aux échanges commerciaux et aux investissements
étrangers. La recette, pour ceux qui ont réussi, a été de combiner les chances offertes par les
marchés mondiaux avec une stratégie d’investissement national et de renforcement institutionnel,
afin de stimuler l’ardeur des entrepreneurs locaux » (D. Rodrik 2001)3.
C‘est ainsi qu‘un certain nombre d‘auteurs, comme Kokko (1994), Kokko et al. (1996), Haddad et
Harrison (1993) et Aitken et Harrison (1999), montrent que les entreprises étrangères ont des effets
1
Cité par LAHIMER N., « La contribution des investissements directs étrangers à la réduction de la pauvreté en
Afrique subsaharienne », Université Paris- Dauphine, laboratoire d’économie de Dauphine, (05 mars 2009), p.56.
2
Ils ont essayé de déterminer si les retombées des IDE sur le secteur manufacturier mexicain ont été assez grandes
pour aider les entreprises du Mexique à se converger vers les niveaux de la productivité américaine au cours de la
période 1965-1982. Leurs résultats prouvent que la présence étrangère semble avoir un impact positif et significatif sur
les taux de la croissance de la productivité locale. Voir Blomström M. (2002), «The Economics of International
Investment Incentives», p.11.
3
Dani Rodrik, « Les mirages de l’ouverture extérieure», Alternatives économiques, L’Economie Politique, 2001/2 -
n°10, p.51.
8
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négatifs sur la performance de la productivité de l‘entreprise au niveau national. Ainsi, Levchenko
et al. (2008) trouvent que la libéralisation du compte des capitaux n‘a aucun effet sur la PTF.
En revanche, d‘autres auteurs, stipulent que l‘investissement direct étranger est censé agir d‘une
façon positive sur la croissance économique du pays hôte en améliorant la PTF, via la diffusion de
connaissances et de technologies avancées (Romer, 1986 et Lucas 1988 et al.). En réduisant l‘écart
technologique entre les pays en développement et les pays avancés, l‘IDE constitue l‘un des
facteurs de convergence économique (Romer 1993).
De leur part, Hoffman et Tan (1980)4 ont conclu que les sociétés contrôlées par les étrangers en
Malaisie, dans les années 60, ont contribué de 23% à l‘investissement brut et de 17,7% à la
croissance du PIB, de même que Chuang et Lin (1999), Dimelis (2002), et Lipsey et Sjöholm
(2001) dans leurs études respectivement sur Taiwan, la Grèce et l‘Indonésie. Dans le cas de la
Tunisie, (Sami et Bouoiyour, 2009), ont démontré que l‘effet direct de l‘investissement étranger sur
la productivité globale des entreprises tunisiennes de l‘industrie manufacturière est positif et
statistiquement significatif. Par contre, l‘effet indirect de ces investissements, qui est censé rendre
compte de l‘intensité de la présence étrangère dans un secteur donné, est négatif.
Li et Liu (2005) étudient la relation entre les IDE et la croissance sur un panel de 84 pays (21
développés et 63 en développement). Les résultats de cette étude montrent que les IDE favorisent la
croissance économique à travers des effets directs mais aussi à travers leurs interactions avec le
capital humain. Les auteurs trouvent aussi que le décalage technologique entre les pays en
développement et les pays développés est de nature à limiter les effets positifs des IDE.
En étudiant l‘impact des IDE Japonais et Américains sur la PTF des firmes Indiennes, Rashmi
Banga (2003) a montré que les IDE en provenance du Japon contribuent d‘une manière plus
importante à la croissance de la PTF des entreprises Indiennes que ceux émanant des firmes
Américaines5. Cela signifie que la source de l‘IDE joue aussi un rôle déterminant en matière de
l‘impact sur la croissance.
Il est souvent admis que, les FMN disposent d‘un avantage, en terme de technologies sophistiquées,
par rapport aux entreprises des pays en développement (Blomström et Kokko, 1996, 1997, 1999 6).
Le transfert de cette technologie et des connaissances qu‘elle incarne peut prendre plusieurs formes.
D‘abord, les FMN jouent le rôle de «démonstrateur stimulant » pour les entreprises locales. Elles
constituent ainsi un nouveau canal vers l‘exportation où l‘apprentissage se fait par l‘observation
(Blomström et al., 2000)7, notamment, via l‘investissement dans la formation des travailleurs locaux
afin de satisfaire leur besoin en main d‘œuvre qualifiée (effet de contagion) (Arrow 1971, Findlay
1978). Certains auteurs ont mis l‘accent sur le transfert du savoir à travers le mouvement des
travailleurs entre les firmes étrangères et les firmes locales (Jenkins et Thomas, 2002).
4
Cité par Linda Y. C. et Pang E. F. dans « L’investissement direct étranger et l’industrialisation en Malaisie, en
Singapour, à Taiwan et en Thaïlande », OCDE, Paris, 1991, p. 100.
5
Les entreprises américaines sont caractérisées par un grand écart technologique par rapport aux entreprises
Indiennes, chose qui a compliqué le transfert de cette technologie.
6
Magnus Blomström, Steven Globerman & Ari Kokko, « The determinants of host country spillovers from Foreign
direct investment: review and synthesis of The literature», Working Paper N°. 76, (September 1999).
7
Cité par LAHIMER N. « La contribution des investissements directs étrangers à la réduction de la pauvreté en Afrique
subsaharienne », Université Paris- Dauphine, laboratoire d’économie de Dauphine, (05 mars 2009), p.57.
9
Cahiers de la Recherche
De même, Baldwin, Braconier et Forslid (2005) découvrent que les multinationales affectent
directement le taux de croissance endogène des pays d‘accueil via des spillovers technologiques8.
Par ailleurs, la transmission des connaissances peut aussi s‘effectuer à travers l‘imitation et la
copie des technologies et des méthodes de gestion susceptibles de moderniser et d‘améliorer le
processus de la production nationale. D‘après Rodrik (1999) et Görg et Greenaway (2003), les IDE
manufacturiers favorisent principalement ce type de transfert. Toutefois, la complexité des procédés
d‘origine et la protection de la propriété intellectuelle risquent de réduire la possibilité des
entreprises locales en matière d‘imitation de leurs homologues étrangères.
L‘IDE peut aussi contribuer indirectement à la croissance de la productivité, à travers les retombées
de la productivité des entreprises étrangères. Ces retombées se forgent via la pression
concurrentielle, qui se produit à la suite de l‘entrée des étrangers, en particulier s‘ils obligent les
entreprises locales à introduire de nouvelles technologies et les effets de démonstration qui
permettent aux entreprises nationales d‘apprendre les techniques de production à travers des
relations sans lien de dépendance avec les multinationales (Gorg et Strobl 2001).
Toutefois, et selon plusieurs études théoriques et empiriques, l‘effet des IDE sur la croissance de la
productivité, dépend de l‘entreprise, de l‘industrie du pays d‘accueil et du pays d‘origine. Il s‘agit
notamment des niveaux technologiques qui prévalent dans l‘industrie, de la capacité
d‘apprentissage des entreprises et la capacité d‘absorption de l‘économie du pays hôte, qui
déterminent le taux de diffusion de la technologie 9. Cela veut dire que les entreprises locales
doivent avoir la capacité d‘intérioriser les connaissances créées par les firmes multinationales et
avoir l‘aptitude de modifier et d‘adapter leur utilisation dans le processus de production (Narula et
Marin, 2003), étant donné que la disponibilité d‘un stock de connaissances et d‘informations n‘a pas
un effet direct sur la diffusion de la technologie. De plus, l‘ampleur des retombées de l‘IDE
augmente avec l‘écart technologique, entre entreprises locales et étrangères, du fait qu‘il permet aux
firmes nationales d‘amplifier les opportunités d‘obtenir des niveaux élevés d‘efficacité (Findlay,
1978; Wang et Blomström10, 1992). Cependant, cet écart technologique ne doit pas être très élevé
afin de faciliter son apprentissage ainsi que son assimilation par les firmes nationales.
Il faut signaler aussi que le niveau de développement d‘un pays exprime sa capacité d‘absorption
(Borensztein, 1998; Xu, 2000 et al.), ce niveau est déterminé par le stock de capital humain qualifié
dont il dispose. Blomström et al. (1994) et Kokko et Blomström (1995) ont montré que les
multinationales utilisent la technologie avancée de plus dans les pays et secteurs qui disposent d‘une
main-d‘œuvre qualifiée.
Dans le cas du Maroc, les travaux empiriques effectués sur l‘interaction entre l‘IDE et la croissance
économique ne sont pas concluants. Ainsi, Haddad et Harison (1993) constatent l‘impact négatif
des IDE sur la croissance de la productivité des firmes et industries marocaines. Les auteurs ont
démontré aussi que les retombées n‘ont pas le même effet sur les différents secteurs industriels.
De même, (Marouane Alaya, 2006), dans une étude empirique qui couvrent 7 pays de la rive sud de
la méditerranée sur une période allant de 1975-2002, a constaté que, la présence de l‘IDE semble
8
Baldwin, Braconier et Forslid, « Multinationals, Endogenous Growth, and Technological Spillovers: Theory and
Evidence », Review of International Economics, vol.13, No. 5, (Novembre 2005), pp. 945-963.
9
Aitken et Harrison 1999, Kokko et al. 1996.
10
Les auteurs suggèrent que si les pays d’accueil désirent maximiser le taux de transfert des nouvelles technologies, ils
doivent assister les entreprises locales dans leur effort d'apprentissage. Autrement dit, le processus de transfert de
technologie dépend en bonne partie de la performance des firmes domestiques en matière de capacité d'absorption.
10
Cahiers de la Recherche
agir négativement sur la croissance économique au Maroc, en Tunisie et en Turquie. Ce résultat
pourrait être justifié par plusieurs éléments. Tout d‘abord, les investisseurs étrangers ont tendance à
évincer les autochtones, ce qui, par conséquent, limiterait d‘une façon importante sa contribution à
la croissance économique. Ensuite, les flux d‘IDE dirigés vers ces pays sont relativement instables.
Cependant, Bouoiyour et Toufik (2003, 2004, 2006 et 2007), ont montré que les externalités
positives induites par la présence des IDE au Maroc existent, mais elles sont faibles et dépendent
d‘un certain nombre de conditions. Parmi ces dernières, il y a l‘écart technologique qui persiste
entre les firmes nationales et étrangères. C‘est dans les secteurs à basse technologie (textile, en
particulier) que les externalités positives se produisent. Par contre la présence des entreprises
étrangères dans les secteurs de haute technologie peut s‘avérer nuisible à leurs concurrentes
marocaines.
Dans une étude effectuée par (Mansouri B., 2009), sur les effets des IDE et de l‘ouverture
commerciale sur la croissance économique au Maroc, l‘auteur a constaté que ni les IDE ni
l‘ouverture commerciale, en tant que variables prises séparément, ne se sont avérées statistiquement
significatives dans le modèle estimé. Par contre, l‘effet combiné des IDE et de la libéralisation
commerciale s‘est avéré positif et statistiquement très significatif. D‘après ces résultats empiriques,
l‘auteur stipule que les IDE peuvent avoir un effet positif sur la croissance économique au Maroc
s‘ils sont accompagnés de l‘ouverture commerciale. Dans un contexte de limitations des échanges,
il apparaît que les flux d‘IDE ne pourraient aider à relancer le processus de croissance économique
à long terme.
Ainsi, le rapport FEMISE 200811, consacré à l‘évaluation de l‘impact de la présence étrangère sur
les productivités des entreprises tunisiennes (productivité globale des facteurs) et marocaines
(productivité du travail) montrent que, dans le cas marocain, le travail qualifié, la capacité
d‘exportation et la présence étrangère exercent un impact positif et significatif sur la productivité
apparente du travail des firmes locales. Toutefois, l‘impact de la présence étrangère est faible. Cela
signifie, que le rapport entre la présence étrangère et la productivité dépend de la capacité
d‘absorption des firmes marocaines (Jellal et Bouzahzah ; 201212) et de l‘écart technologique entre
les firmes étrangères et nationales.
Dans son rapport « World Investment Report » 2012, la CNUCED a placé le Maroc en 21 ème
position selon l‘indice de contribution de l‘IDE 13. D‘après cette institution, les IDE drainés par le
Maroc contribuent au développement général de l‘économie nationale 14.
S‘il existe une littérature abondante en ce qui concerne l‘impact des IDE sur la croissance dans les
pays d‘accueils, très peu d‘études ont tenu compte de son effet sur la croissance d‘une économie
11
Rapport FEMISE, « Dynamique des investissements, mutations sectorielles et convertibilité du compte de capital :
impacts des mesures de libéralisation et expériences comparées Tunisie -Maroc », 2008, p.63.
12
En utilisant un modèle de croissance endogène avec externalités technologiques émises par les IDE, (Jellal et
Bouzahzah ; 2012) ont démontré que ces investissements ne peuvent avoir un impact positif sur la croissance
économique au Maroc, que si ce dernier dispose d’un niveau de capital humain capable d’absorber et d’assimiler des
technologies avancées.
13
L’indice de contribution de l’IDE − présenté pour la première fois dans le World Investment Report 2012 − classe
les pays en fonction de l’importance de l’IDE et des filiales étrangères dans leur économie du point de vue de la valeur
ajoutée, de l’emploi, des salaires, des recettes fiscales, des exportations, des dépenses de recherche-développement et
de la formation de capital. Voir CNUCED, « World Investment Report », 2012, p.35.
14
Le Maroc se situe dans le 2ème quartile des pays, sauf en ce qui concerne la contribution aux dépenses de recherche
et développement, le Maroc fait partie du 4ème quartile des pays.
11
Cahiers de la Recherche
selon la source de ce dernier. C‘est ainsi que les investissements directs étrangers proviennent de
différentes sources. Ces sources sont susceptibles de fonctionner à différents niveaux de
technologie, de suivre les différents modes de transfert de technologie, opèrent à différents niveaux
d‘efficacité et ont différentes capacités de gestion de l‘entreprise. Il est donc possible qu‘ils aient un
impact différent sur la croissance du tissu économique du pays d‘accueil.
L‘étude de l‘impact des IDE sur la croissance économique au Maroc selon l‘origine ou la
provenance de ces derniers peut enrichir les recherches déjà effectuées dans ce sens et apporter une
réponse aux différents impacts de la source et de la nature de l‘IDE sur l‘économie marocaine. Cela
est de plus justifié par les changements ayant marqué l‘économie marocaine ces dix dernières
années notamment en matière de la mise en place d‘une série de politiques sectorielles touchant
presque tous les secteurs économiques et associant différents investisseurs étrangers.
L‘objectif donc de notre travail est d‘étudier l‘impact de l‘IDE sur la croissance économique selon
l‘origine de l‘IDE en estimant son impact sur la productivité totale des facteurs sur la période allant
de 1982 à 2010.
Pour répondre à cette problématique, nous allons essayer, dans un premier lieu, de présenter une
étude descriptive sur l‘évolution et la nature des entrées des IDE au Maroc (I). Ensuite, nous allons
procéder à une estimation empirique de la diversité des impacts de ces investissements, selon le
pays d‘origine, sur la croissance économique locale en utilisant le modèle à correction d‘erreur (II).
Le panel des pays qui fera l‘objet de cette estimation est constitué de la France, l‘Espagne, l‘Italie,
la G. Bretagne, la Suisse, les Pays Bas, l‘Allemagne, les Etats-Unis, l‘Arabie Saoudite, le Koweït et
les Emirats Arabes Unies. Ce choix est justifié notamment par :
1- la diversité des pays qui englobe:
les pays de l‘Union Européenne avec lesquels le Maroc est lié par un accord d‘association
et constituent les principaux partenaires économiques ;
les pays Arabes qui sont au centre des préoccupations des décideurs publics ces dernières
années. Il s‘agit des initiatives en matière de l‘amélioration des relations économiques
bilatérales et multilatérales qui auront certainement un impact sur l‘attractivité des
investissements originaires de ces pays notamment dans le contexte de crise et de
diversification des risques, étant donné que ces pays disposent d‘une manne financière
importante ;
les USA, qui ont signées un accord de libre-échange avec le Maroc en janvier 2006 et qui
a pour objectif, entre autres, l‘attractivité des IDE américains.
2- la diversité de la nature des IDE émanant de ces pays : les IDE arabes sont destinés
notamment aux secteurs de l‘immobilier et des infrastructures au moment où ceux émanant
des pays européens et des USA ont dominé d‘autres secteurs comme l‘industrie, les
télécoms et la finance.
3- le poids des investissements provenant de ces pays dans le total des IDE drainés par le
Maroc sur la période étudiée (1982-2010). L‘investissement des onze (11) pays de
l‘échantillon représente 90% de l‘ensemble des IDE.
12
Cahiers de la Recherche
I- EVOLUTION ET NATURE DES ENTREES ET SORTIES DES IDE AU MAROC
L‘entrée des IDE au Maroc a connu un essor important dû en grande partie au démarrage en 1993
du processus de privatisation et à la conversion de la dette extérieure en investissement d‘une part,
et à l‘amélioration du climat d‘investissement, depuis la fin des années 1990, d‘autre part.
L‘investissement direct étranger est devenu, à partir de cette période, l‘une des sources de
financement de l‘économie nationale et de développement des secteurs prometteurs en termes de
création de richesse et d‘emploi. Cependant, et malgré l‘amélioration de l‘afflux des IDE durant ces
deux dernières décennies, on remarque une certaine irrégularité dans ces entrées dans le temps et
une répartition inégalitaire entre les différents secteurs d‘activités. En parallèle, des sorties
importantes en devise, sous forme de dividendes, ont été enregistrées affectant les comptes
extérieurs du pays, en particulier, après certaines opérations de privatisation (le cas de Maroc
Telecom).
Nous allons présenter, dans cette partie, l‘évolution des entrées des IDE au Maroc, leur répartition
sectorielle, l‘évolution des dividendes et bénéfices réinvestis et le poids de ces IDE dans le PIB et la
FBCF.
1- Evolution des entrées des IDE au Maroc
Le graphique ci-après illustre l‘évolution des entrées des IDE, avec et hors privatisations, sur la
période allant de 1993 à 2011.
Graphique n° 1 :
Source : Office des changes et DEPP15.
D‘après ce graphique, on constate que l‘afflux des IDE au Maroc, même si leur évolution se
caractérise par une certaine irrégularité, n‘a commencé qu‘à partir des années 1990. Cette période
marque l‘achèvement du programme d‘ajustement structurel (PAS), le lancement de l‘opération des
privatisations et l‘ouverture de plus en plus accrue de l‘économie marocaine sur l‘extérieur.
15
Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation, Ministère de l’Economie et des Finances.
13
Cahiers de la Recherche
Entre 2000 et 2006, l‘évolution des IDE se poursuit en dents de scie et ce, en rapport avec le poids
des opérations des privatisations. C‘est ainsi que les pics de 2001, 2003 et 2005 sont expliqués
principalement par les privatisations qui ont atteint respectivement 72%, 61% et 52% dans les
recettes totales des IDE.
A partir de 2006, l‘afflux des IDE au Maroc est suivi d‘une modification de leurs structures avec
l‘apparition de deux faits majeurs à savoir :
- La baisse sensible des opérations de privatisation dans le volume total des IDE. A signaler que la
part de ces privatisations varie entre 16% et 18% en 2006 16 et en 2007 et atteint un niveau presque
nulle sur la période allant de 2008 à 2011 ;
- L‘attrait croissant du Maroc pour les investissements, originaires des pays du Golfe, notamment
des Emirat Arabes Unies, du Koweït et de l‘Arabie Saoudite.
A partir de 2008, les entrées d‘IDE ont été affectées par la crise financière et économique
internationale, ce qui explique leur régression de 21,5% en 2009 par rapport à 2008 et de 30,4% par
rapport à 2007. L‘année 2010, a été marquée par une évolution des IDE de 28% par rapport à 2009
sans, toutefois, atteindre les niveaux de 2007 et 2008.
Cependant, l‘afflux des IDE au Maroc ces dernières années semble être conjoncturelle et non le
résultat d‘une politique claire d‘encouragement des investissements directs étrangers 17. La stratégie
gouvernementale en la matière n‘a pas réussi à convaincre les investisseurs étrangers au moment où
le Maroc est invoqué comme un pays pouvant normalement attirer plus d‘IDE eu égard à son
potentiel18.
Il faut noter aussi que les IDE drainé par le Maroc sur cette période ont été destinés à différents
secteurs d‘activités.
2- Evolution des IDE par secteur d’activité
La ventilation sectorielle des investissements directs étrangers s‘est caractérisée, au titre de la
période 1994-2011, par la prédominance de cinq principaux secteurs à savoir : les
télécommunications, l‘industrie, l‘immobilier, le tourisme et les banques. Leur ordre de classement
n‘est pas régulier dans le temps et varie d‘une année à une autre, selon l‘ouverture du capital des
entreprises nationales aux investisseurs étrangers.
16
Au moment où certains pays ont connus une envolée d’IDE en 2006 dans le cadre des privatisations (Tunisie,
Jordanie, Egypte, Turquie, etc.).
17
CNUCED, « Examen de la politique de l’investissement : Maroc », Nations Unies, New York et Genève, 2008, p.3.
18
Selon certains experts intervenant dans le cadre de la 4ème édition du colloque international sur : « Le commerce
international, croissance et devenir de l’intégration en méditerranée », Maroc, organisé par l’OMC, CEA, CAPC,
Université Lumière Lyon 2 et Université Med V Suissi, 11 et 12 novembre 2010.
14
Cahiers de la Recherche
Graphique n° 2 :
45000 Répartition des IDE par secteur d'activité de 1994 à 2011
40000
35000
En millions de DH
30000
25000
20000
15000
10000
5000
0
1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011
Industrie Tourisme Immobilier Banque Assurances
Commerce Holding Energie et Mines Transports Grands Travaux
Source : Base de données de l‘Office des Changes.
On remarque à partir de ce graphique que l‘IDE dans les télécommunications a connu un essor
notable sur les périodes 2001et 2005, du fait de la cession des parts du capital de Maroc Télécom à
Vivendi Universal, respectivement de 35% et 16%.
Ainsi, et avec la mise en œuvre de la vision « dix millions de touristes » pour 2010 et le lancement
des projets hôteliers et résidentiels, l‘investissement dans le tourisme et l‘immobilier a dominé sur
la période 2006-2008, avant de connaître un repli en 2009 du fait de la crise financière et
économique mondiale. La reprise du secteur de l‘immobilier a commencé à partir de 2010 mais
reste en deçà de son niveau de 2008.
En ce qui concerne le secteur des banques, il a beaucoup intéressé les investisseurs étrangers en
2008 et 2009 après avoir reculé de 42% en 2010 et de 80% en 2011 par rapport à 2009. Sur la
période allant de 1994 à 2007, l‘attrait du secteur pour les investisseurs étrangers a connu une
évolution presque stable.
En 2011, les secteurs des télécommunications, de la banque et du tourisme ont connu un repli
important par rapport à 2010 du fait notamment de l‘absence des opportunités de privatisations pour
les télécoms et l‘impact de la crise financière pour les deux autres secteurs.
L‘évolution des investissements par activité fait ressortir aussi l‘intérêt croissant des investisseurs
vers de nouveaux secteurs, moins présents par le passé, tels que l‘industrie, ce qui dénote d‘un
certain changement du profil du pays.
15
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Graphique n° 3 :
Part de l'industrie dans le total des IDE sur la période 1994-2011
90 81
80
70
60
50
En %
38 40
40 34
30
30 22 23 24
21 20 19
20 14
9 10 9 10
7 6
10
-
1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011
Source : données de l‘Office des Changes.
A l‘exception de 2003, où la part du secteur industriel a atteint 81% du total des IDE drainés par le
Maroc, on constate, sur le graphique ci-dessus, une fluctuation des investissements dans ce secteur
sur la période 1994-2011. A partir de 2009, les IDE industriels ont connu une reprise et
commencent a occupé une place importante puisqu‘ils ont arrivé en 2 ème position, en 2011, avec
24% de l‘ensemble des investissements.
Cependant, sur l‘ensemble de la période 1994-2011, les cinq secteurs, suscités, restent les plus
dominants en matière d‘attractivité des IDE avec une part de 82% du total. Les télécommunications
ont drainé une part de 23%, l‘industrie (20%), l‘immobilier (16%), le tourisme (13%) et la banque
(10%).
3- Evolution des dividendes et bénéfices réinvestis
Les IDE, génèrent des revenus qui, lorsqu‘ils ne sont pas réinvestis, sont transférés sous forme de
dividendes vers les pays d‘origine. L‘analyse des données disponibles, dans le cas du Maroc,
montre que ces transferts tendent à augmenter ces cinq dernières années.
16
Cahiers de la Recherche
Graphique n° 4 :
12 000,00 Evolution des dividendes et bébéfices réinvestis des IDE au Maroc de 2000 à 2011
10 000,00
En Millions de DH
8 000,00
6 000,00
4 000,00
2 000,00
0,00
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011
Dividendes Bénéfices réinvestis
Source : Base de données de l‘Office des Changes.
Il apparaît clairement, d‘après le graphique ci-dessus, que les bénéfices réinvestis sont presque nuls
sur la période 2000-2004 au moment où les dividendes réalisés ont connu une évolution importante
sur la même période. Entre 2004 et 2007 et malgré la tendance baissière des dividendes, on
remarque un intérêt de réinvestissement d‘une partie de ces bénéfices. Toutefois, ce manifestement
d‘intérêt est inversé à partir de 2007 suite à l‘inquiétude des investisseurs étrangers des
répercussions de la crise financière et économique internationale.
Durant les années 2009 et 2010, on constate un regain en matière de réinvestissement des bénéfices
issus des IDE et qui ont représenté respectivement 52% et 62%. Quand à l‘année 2011, et malgré un
accroissement des dividendes réalisés (presque 10 milliards de Dhs), la part réinvestie n‘est que de
45%, soit une diminution de 17 points par rapport à 2010.
Il y a lieu aussi de noter, que la part des dividendes réinvestis par les opérateurs étrangers, de 2000 à
2011, est de seulement 26% de l‘ensemble des bénéfices réalisés sur la même période. Cela signifie
que 74% de ces bénéfices quittent le territoire national sous forme de devises.
Graphique n° 5 :
Part des bénifices réinvestis et des transferts dans le total des dividendes
réalisés par les investisseurs étrangers sur la période 2000 -2011
Bénifices
réinvestis; 26%
Sorties de devises
(dividendes);
74%
Source : Base de données de l‘Office des Changes.
17
Cahiers de la Recherche
D‘après la CNUCED (2007) 19, l‘un des critères pertinents qui permet de juger la pérennité des IDE
est le réinvestissement des revenus issus d‘un premier investissement. Entre 1996 et 2003, le
pourcentage du revenu réinvesti, suite à un premier investissement, n‘était que de 0,72%. Chose qui
pourrait être justifiée par les obstacles liés à la durabilité de l‘investissement au Maroc.
A signaler que le phénomène de sortie de devises a été accentué après certaines privatisations. Le
cas de Maroc Telecom est édifiant à cet égard, étant donné que le total des dividendes perçus par
l‘acquéreur « Vivendi » a atteint un montant cumulé de près de 33 milliards de Dhs sur la période
2002- 2011, soit 37% de l‘ensemble des recettes des privatisations réalisées depuis 1993 à
aujourd‘hui (88,9 milliards de Dhs)20.
Cette situation a des répercussions néfastes sur les comptes extérieurs, plus particulièrement sur la
balance des paiements. Ce qui nous interroge sur l‘opportunité des choix effectués en matière de la
privatisation des secteurs vitaux et leur impact sur la croissance économique en tant
qu‘investissement direct étranger.
En plus de l‘évasion d‘une part des bénéfices des IDE sous formes de dividendes, les dépenses au
titre de l‘assistance technique se sont, aussi, accélérées ces dernières années et reflètent surtout le
rythme de l‘ouverture de l‘économie marocaine et son attractivité. Il faut signaler que les charges de
l‘assistance technique sont étroitement liées à l‘investissement direct étranger. C‘est ainsi que plus
le stock des IDE est important, plus les charges engendrées par l‘assistance technique sous forme de
prestations de maisons-mères vers leurs filiales au Maroc- sont élevées.
4- Poids de l’IDE dans le PIB et dans la FBCF
Le rôle des IDE se concrétise dans leur apport à la modernisation et au financement de l‘économie
nationale en plus de leur contribution à la croissance économique du pays. C‘est ainsi que les IDE
affectent d‘une manière ou d‘une autre le PIB et la FBCF.
19
Rapport FEMISE, « Dynamique des investissements, mutations sectorielles et convertibilité du compte de capital :
impacts des mesures de libéralisation et expériences comparées Tunisie -Maroc », (Août 2008), p. 20.
20
Le produit total réalisé à fin 2012 est de 111,1 MMDH dont 88,9 MMDH au titre des opérations de cession des
participations (loi n° 39-89) et 22,2 MMDH (Licences + vente de la part de l’Etat dans la Banque Centrale Populaire).
18
Cahiers de la Recherche
Graphique n°6 :
35,00
Evolution de la part des IDE dans le PIB et la FBCF sur la période 1982-2011
30,00
25,00
20,00
15,00
10,00
5,00
0,00
82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
Part IDE/PIB Part IDE/FBCF
Source : données de l‘office des changes et du HCP.
Avec l‘accroissement des entrées d‘IDE au Maroc, notamment à partir des années 1990, on
remarque une évolution en matière de leur participation au PIB et à la FBCF du pays. Durant les
années 1990, le taux de croissance annuel moyen (TCAM) de la part des IDE dans le PIB est de
15% et au cours de la première décennie du 21 ème siècle, ce taux est de 4,09%. Concernant le
TCAM de la contribution des IDE à la FBCF, il a atteint 14,8% durant la décennie 1990 et 2,51%
sur la période 2000-2011; avec des pics en 2001 (31%), 2003 (19%), 2005 (18%) et 2007 (21%). La
volatilité de ces deux indicateurs est liée, entre autres, au montant des recettes des privatisations
citées précédemment.
Toutefois, il faut signaler que l‘impact positif et durable des IDE sur la croissance de l‘économie
marocaine, ne pourra avoir lieu sans la mise en place d‘une politique d‘investissement orientée
notamment vers les secteurs productifs à l‘instar du secteur industriel et des nouvelles technologies
de l‘information et de la communication.
5- Evolution des entrées des IDE selon le pays d’origine
La source de l‘IDE revêt une importance particulière du fait qu‘elle nous renseigne sur l‘évolution
et la part de l‘IDE selon chaque pays dans le temps et surtout sur la nature de cet investissement. Il
faut noter que la nature de l‘IDE est différente d‘un pays à un autre, c‘est la raison pour laquelle son
origine peut avoir des différents impacts sur la croissance économique du pays d‘accueil selon qu‘il
soit drainé vers les secteurs créateurs de la valeur ajoutée et ayant un effet direct sur la croissance
comme l‘investissement dans l‘industrie et dans les nouvelles technologies de l‘information et de la
communication, ou vers les secteurs à faible contenu technologique comme l‘immobilier et les
infrastructures de base21.
21
A noter toutefois que, l’amélioration des infrastructures de base à un effet crucial sur l’attractivité des IDE.
19
Cahiers de la Recherche
Graphique n°7 :
Source : données Office des changes.
L‘examen de l‘origine des IDE fait ressortir une prédominance de ceux qui viennent des pays de
l‘Union européenne. Sur l‘ensemble de la période 1993-2010, et parmi les principaux pays
pourvoyeurs d‘IDE au Maroc, la France est toujours en première position. Elle a fourni 51% des
investissements loin devant l‘Espagne (17%), les E.A.U, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne (5%
chacune), l‘Allemagne et la Suisse (4% chacune). Quant aux deux autres pays du golf à savoir le
Koweït et l‘Arabie saoudite leur part est respectivement de 3% et de 2%.
A signaler que, le Maroc constitue la première destination des investissements français, avec 750
implantations en 2009, dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient (MENA) et sur le continent
africain. Il partage aussi la 2ème position avec l‘Inde au niveau des pays émergents en ce qui
concerne le nombre d‘implantation devancé par la Chine (2195 implantations françaises). Avec 8,1
milliards d‘euros en 2008 contre 6,9 milliards pour la Chine et 1,9 milliards pour l‘Inde, le Maroc
apparaît au 1er rang en termes de valeur des investissements cumulés sur la durée (stock d‘IDE)22.
Toutefois, il est important de signaler que la prédominance de la France est due aux opérations des
privatisations qui ont drainé plus de 48 milliards de Dhs d‘investissements français sur la période
1993 - 2010, soit 69% de l‘ensemble des recettes émanant des privatisations, suivi par l‘Espagne
(14%) et l‘Arabie Saoudite (6%).
En excluant les recettes des privatisations, nous remarquons que le poids des IDE Français sur la
période 1993-2010 a baissé de 7 points, passant de 51% à 44%, ce qui justifie que les privatisations
constituent une composante importante des IDE Français au Maroc. La part de ces privatisations
dans l‘investissement global drainé sur la période susmentionnée 23 est de 35% dans le cas de la
France, 21% pour l‘Espagne, 83% pour l‘Arabie Saoudite, 8% pour la Grande Bretagne, 5% pour
la Suisse et 3% pour les Pays Bas.
22
Les résultats de l’enquête sur les investissements directs français dans le monde : « Essor des IDE au Maroc, près de
750 filiales et participations françaises désormais », communication de l’Ambassade de France au Maroc, 10-0339 /
Rabat, le 28 juin 2010.
23
A l’exception des années 2008, 2009 et 2010 qui n’ont connu aucune opération de privatisation.
20
Cahiers de la Recherche
Graphique n°8:
Répartition des IDE hors privatisations par principaux pays d'origine
sur l'ensemble de la période 1993-2010
Koweit E.A.U
USA 3% 7%
7%
Allemagne
5% France
44%
Pays Bas
3%
Suisse
5%
G.Bretagne
5%
Italie
2% Espagne
19%
Source : données DEPP et Office des changes.
Cependant, il faut rappeler que la corrélation entre IDE et privatisations s‘est estompée depuis 2006
et on remarque même une évolution importante des entrées d‘IDE à partir de cette date malgré le
recul des recettes de la privatisation.
Après avoir examiné l‘évolution des IDE, leur répartition sectorielle et leur nature, nous allons
étudier leur impact sur la croissance économique au Maroc selon le pays d‘origine.
II- LA DIVERSITE DES IMPACTS DES IDE, SELON LE PAYS D’ORIGINE, SUR LA
CROISSANCE ECONOMIQUE AU MAROC
Très peu d‘études empiriques ont tenu compte de l‘effet des IDE sur la croissance d‘une économie
selon la source de ce dernier. Toutefois, la nature des IDE émanant de chaque pays peuvent agir
différemment sur la croissance économique notamment s‘ils sont destinés aux secteurs créateurs de
valeur ajoutée et ayant un impact positif sur le transfert de la technologie comme l‘industrie et les
nouvelles technologies de l‘information et de la communication.
L‘étude de l‘impact des IDE sur la croissance économique au Maroc selon la provenance de ces
derniers a pour but d‘apporter des réponses aux décideurs en matière de politiques d‘incitations à
mettre en place pour l‘encouragement des investissements catalyseurs de la croissance économique.
1- Etude empirique : le cadre conceptuel et méthodologique
Pour étudier empiriquement les déterminants de la croissance économique dans un pays déterminé,
le point de départ est le fameux modèle standard de la croissance.
21
Cahiers de la Recherche
Dans un premier temps, nous allons estimer la Productivité Totale des Facteurs (PTF) en nous
basant sur l'hypothèse d'une fonction de production de type Cobb-Douglas à deux facteurs de
production :
Y= F (A, K, L) = A (t) F (L, K) = AK (1-α) Lα où :
Y est le PIB réel ;
A est la productivité totale des facteurs de production24 ;
L et K désignent le volume du travail25 et le stock du capital26 respectivement ;
α : la part du capital dans la rémunération des facteurs dans le revenu total.
Notre modèle s‘inspire des travaux empiriques récents consacrés à l‘endogéneisation des spillovers
technologiques, qui repose d‘une part, sur l‘importance de l‘accumulation du capital humain comme
facteur stimulant des investissements étrangers, et d‘autre part, sur la contribution de l‘entrée de ces
capitaux à l‘accroissement de la productivité des pays d‘accueil (Baumol (1986); Dowrick and
Nguyen (1989) ; Abramovitz, Wang, Lucas (1990) ; Haddad et Harrison (1993), Mansouri (2009)
dans le cas du Maroc).
Pour calculer la PTF il est nécessaire de calculer le paramètre α de la fonction de production qui
varie selon les pays. Coe et Alii (1995) fixent ce coefficient à 0,4 dans le cas des pays en
développement, Makdissi et autres (1999) l‘ont considéré à plus de 0,5 dans les études réalisées sur
la région MENA, Senhadgi (2002) l‘a évalué entre 0,36 et 0,43. Pour le Maroc, Zaimi (2002) l‘a
estimé à 0,22. Dans notre cas, nous allons nous baser sur la valeur obtenue par le HCP en 2005 27,
qui est de l‘ordre de 0,35.
En utilisant la log-linearisation, nous avons pu calculer la PTF :
LnYt Ln( PTFt ) Ln( Kt ) (1 ) Ln( Lt )
(1)
Ln( PTFt ) LnY Ln( Kt ) (1 ) Ln( Lt )
Après avoir déterminé la PTF, l‘étape suivante consiste à estimer empiriquement l‘impact des IDE
par pays d‘origine, du capital humain et de l‘ouverture commerciale sur cette productivité. La forme
finalement retenue de notre modèle se présente comme suit :
(2) LnPTFt c 1LnIDEt 2 LnKHt 3 LnOUVt t
Avec :
LnPTF : Le logarithme de la productivité totale des facteurs qui représente la variable à
expliquer. La PTF est utile pour l‘analyse de la compétitivité du fait qu‘elle constitue le
paramètre synthétique de la compétitivité coût, reflétant l‘efficacité de la mise en œuvre du
travail et du capital. Ainsi, son analyse s‘avère indispensable pour évaluer les performances
d‘une économie en matière de technologie ;
24
En utilisant la méthode de la comptabilité de la croissance, A est le terme résiduel indiquant le niveau technologique
appelé PTF.
25
On prend ici le niveau de la population active : utilisé par le HCP, 2005 (Les sources de la croissance économique
au Maroc) et Mansouri dans le cas du Maroc, 2009.
26
K a été approximé par la valeur de la formation brute du capital fixe en pourcentage du PIB. Cette proxy a été utilisée
dans plusieurs travaux : Balasubramanyam et al., 1996; Barro, 1999 ; Kahpaiboon, 2004 ; Mansouri, 2009.
27
HCP, « Les sources de la croissance économique au Maroc », 2005.
22
Cahiers de la Recherche
LnIDE : Le logarithme des investissements directs étrangers en pourcentage du PIB émanant
de chaque pays. L‘IDE est considéré comme l‘un des canaux de transmission de technologie
et de savoir des firmes étrangère aux entreprises locales et peut donc influer positivement la
PTF ;
LnKH : Le logarithme de stock de capital humain, mesuré par le ratio d‘inscription à
l‘enseignement secondaire ou supérieur. Il est admet que plus le niveau de l‘éducation est
élevé, plus la croissance est affectée positivement. Ainsi le progrès technologique est
souvent étroitement lié à l‘éducation, surtout dans le cas de l‘enseignement supérieur. La
disponibilité d‘une main d‘œuvre qualifiée constitue un facteur d‘assimilation de la
technologie étrangère et de la croissance économique. D‘ailleurs, Barro, en 1997, a soutenu
que l‘investissement dans la scolarisation supérieure et secondaire, est d‘un effet très positif
sur la croissance ;
LnOUV : Comme Berthélemy et Varoudakis (1998) et autres, on utilise le logarithme du
coefficient d‘ouverture commerciale, pour chaque pays, calculé par le ratio (exportation
(X°) + importation (M°)/PIB). Sur la base de l‘hypothèse de Bhagwati, il paraît que
l‘impact des IDE sur la PTF est lié au régime de politique commerciale mis en place par un
pays donné ;
it : Le terme d‘erreur aléatoire.
Les données utilisées dans notre estimation sont surtout issues de la base de données de :
La Banque Mondiale pour la variable capital humain ;
Le Ministère de l'Industrie, du Commerce et des Nouvelles Technologies, pour la variable
taux d‘ouverture ;
L‘Office des Changes pour les données relatives aux IDE ;
Le HCP pour la variable FBCF, PIB et population active.
Notre étude porte sur les 11 premiers pays pourvoyeurs d‘IDE au Maroc durant la période 1982-
2010 pour laquelle nous disposons de données (notamment pour les IDE par pays d‘origine). Les
estimations et les tests reposent sur l‘analyse moderne des séries temporelles (tests de stationnarité,
tests de cointégration et modèle à correction d‘erreur).
2 : Résultats empiriques
Etape 1 : test de stationnarité des variables (ADF)
Le point de départ de notre analyse empirique est le test « Augmented Dickey-Fuller (ADF) »
appliqué aux variables introduites dans l‘équation(2) ci-dessus.
23
Cahiers de la Recherche
Tableau 1
Variables T statistc Probabilité Observations
PTF -2,83 0,07 Non stationnaire
(-2,98) I(1)
USAIDE -2,66 0,09 //
(-2,97)
EAUIDE -1,30 0,62 //
(-2,97)
KWIDE -2,59 0,11 //
(-2,98)
ASIDE -1,84 0,36 //
(-2,98)
ITIDE -2,17 0,22 //
(-2,98)
GBIDE -2,48 0,13 //
(-2,98)
ALLIDE -1,88 0,34 //
(-2,98)
FRAIDE -1,15 0,68 //
(-2,98)
PBIDE -2,48 0,13 //
(-2,98)
SUIIDE -3,45 0,02 //
(-2,98)
ESIDE -2,65 0,1 //
(-2,98)
OUV -1,04 0,72 //
(-2,98)
SEC 0,37 0,98 //
(-2,98)
D‘après la comparaison entre le t-calculé et le t lu sur la table de DF, nous avons constaté que toutes
les variables ont un même ordre d‘intégration I(1). C‘est-à-dire qu‘elles ne sont pas stationnaires en
niveau I(0). Cette condition préliminaire nous permet d‘investir les autres conditions de
cointégration entre la PTF et les différentes variables explicatives.
Etape 2 : test de Johansen
Pour effectuer le test de la trace, il est nécessaire de préciser d‘abord les spéfications à retenir. Dans
notre cas, nous allons prendre en compte la constante dans le modèle à correction d‘erreur.
24
Cahiers de la Recherche
Tableau 2
Nombre de relations de
Pays Trace Statistic Critical Value 0.05
cointégration
USA 50.03* 47.86* Conitégration
26.22** 29.80** 1
France 51.24* 47.85* Cointégration
25.27** 29.79** 1
Allemagne 68.92* 47.86* Cointégration
35.69*** 29.80*** 2
Italie 49.97* 47.86* Cointégration
25.54** 29.80** 1
Espagne 57.41* 47.86* Cointégration
31.55*** 29.80*** 2
G.Bretagne 55.64* 47.86* Cointégration
25.06** 29.80** 1
P.Bas 84.74* 47.86* Cointégration
40.00*** 29.80*** 2
Suisse 43.21**** 47.86**** Pas de cointégration
19.50 29.80
A.Saoudite 46.19**** 47.86**** Pas de cointégration
23.15 29.80
EAU 48.26* 47.86* Cointégration
22.82** 29.80** 1
Koweït 63.34* 47.86* Cointégration
34.92*** 29.80*** 2
*il y a cointégration car l‘hypothèse nulle d‘absence de cointégrationa été rejetée au seuil de 5% (la trace est
supérieure à la valeur critique).
**l‘hypothèse nulle selon laquelle il y a au plus une relation de cointégration a été acceptée car la trace est inférieure à
la valeur critique.
***l‘hypothèse selon laquelle il y a au plus une relation de cointégration a été rejetée.
****il n‘y a pas de cointégration car l‘hypothèse nulle d‘absence de cointégration a été acceptée au seuil de 5% (la
trace est inférieure à la valeur critique).
Etape 3 : estimation du Modèle à Correction d’Erreur (VECM)
Lorsque des séries sont non stationnaires et cointégrées, il convient d‘estimer leurs relations au
travers d‘un modèle à correction d‘erreur (Error Correction Model). Engle et Granger (1987) ont
démontré que toutes les séries cointégrées peuvent être représentées par un ECM. Dans notre
modèle, l‘étape de cointégration n‘est pas respectée pour le cas de la Suisse et de l‘Arabie Saoudite.
Il est alors impossible d‘estimer un ECM pour ces deux pays.
Le MCE permet de modéliser conjointement les dynamiques de court terme (représentées par les
variables en différence première) et de long terme (représentées par les variables en niveau).
25
Cahiers de la Recherche
Tableau 3 : variables en différence première
Terme à
Pays C D(PTF(-1)) D(IDE(-1)) D(OUV(-1) D(KH(-1)) correction
d‘erreur
USA 0.042698 -0.383762 -0.014981 -0.099436 0.094258 -0.392904**
[3.71866]* [-2.26319] [-2.52638] [-1.25653] [0.43668] [-4.22420]
France 0.037082 -0.307743 -0.020092 -0.006274 0.169359 -0.345757**
[2.91935] [-1.65309] [-2.16906] [-0.07825] [0.69494] [-3.16891]
Allemagne 0.047040 -0.574586 0.013903 -0.089783 0.089336 -0.134757**
[3.74955] [-3.06919] [1.51104] [-1.15382] [0.37471] [-3.66625]
Italie 0.038149 -0.613801 -0.031781 -0.100078 0.139426 -0.300335**
[2.20873] [-2.47028] [-2.22677] [-1.00311] [0.51512] [-3.42905]
Espagne 0.025445 -0.466839 0.013342 0.036746 0.641008 0.085126***
[1.97736] [-2.02555] [1.62036] [0.42767] [2.72169] [2.58356]
G.Bretagne 0.042440 -0.456934 -0.011219 -0.069098 0.169390 -0.346478**
[3.99843] [-2.80118] [-1.75992] [-0.97960] [0.87742] [-4.89314]
P.Bas 0.017777 -0.125376 0.004444 0.098082 0.523467 0.015740***
[1.22981] [-0.53903] [0.58971] [1.08970] [1.91683] [0.19517]
EAU 0.038153 -0.335601 0.007160 -0.058967 0.129087 -0.212202**
[3.02846] [-1.73491] [1.49524] [-0.71584] [0.55092] [-3.33810]
Koweït 0.017396 -0.150196 -0.006156 0.121642 0.551320 0.017010***
[1.27151] [-0.67822] [-0.63056] [1.20878] [2.12920] [0.29786]
*t de Student
**le terme à correction d‘erreur est négatif et significativement différent de 0. Dans le cas contraire, il convient de
rejeter une spécification de type ECM.
***d‘après les résultats obtenus, la spécification du modèle ECM n‘est pas vérifiée dans les cas de l‘Espagne, des
Pays Bas et du Koweït. En effet, le mécanisme de correction d‘erreur (rattrapage qui permet de tendre vers la
relation de long terme) irait alors en sens contraire et s‘éloignerait de la cible de long terme.
26
Cahiers de la Recherche
Tableau 4 : variables en niveau
Pays C IDE OUV KH
USA -3.736259 -0.048151 -0.222769 -0.416299
[-3.07934]* [-1.84532] [-2.96900]
France -3.641728 -0.100558 0.009902 -0.324252
[-4.85114] [0.08523] [-2.52370]
Allemagne -2.162999 0.327685 -1.767455 -0.379158
[5.23862] [-5.64291] [-1.53802]
Italie -0.092677 -0.365830 0.243694
-3.706981 [-1.40622] [-1.51689] [0.83542]
Espagne -4.627183 -0.365253 0.683104 0.083162
[-6.98661] [1.74186] [0.18228]
G.Bretagne -3.605603 -0.043961 -0.235860 -0.292152
[-2.64857] [-1.93507] [-1.82432]
P.Bas -4.220647 -0.141881 0.209877 -0.431594
[-11.0892] [1.76845] [-3.75940]
EAU -3.334542 0.019287 -0.514040 -0.249029
[1.00562] [-2.65222] [-1.03393]
Koweït -2.574087 0.221594 -0.975610 -0.935444
[7.65686] [-3.71843] [-3.78679]
*t de Student
3- Analyse des résultats
Nous constatons d‘après les résultats des estimations effectuées que les IDE, selon le pays
d‘origine, n‘expliquent pas de la même manière la croissance économique au Maroc. Seuls les IDE
émanant de la France, des USA, de l‘Italie, de l‘Allemagne et de la Grande Bretagne sont
statistiquement significatifs et ont un effet positif sur la productivité totale des facteurs (PTF). A
signaler que, d‘après les résultats empiriques obtenus, les IDE émanant de l‘Allemagne et de la
Grande Bretagne n‘affectent la PTF qu‘à long terme alors que les IDE en provenance de la France
et des USA l‘affectent aussi bien à court qu‘à long terme. Dans le cas de l‘Italie, il s‘avère que les
flux des capitaux drainés de ce pays stimulent la PTF à court terme.
Par contre, les IDE en provenance des Emirats Arabes Unies (EAU) semblent non significatifs et
ont peu d‘impact sur la croissance au Maroc28.
Ces résultats contredisent en partie les études empiriques effectuées sur l‘impact des IDE sur la
croissance économique au Maroc. Ces études ont été élaborées sur la base de l‘ensemble des flux
28
La spécification du modèle ECM n’est pas vérifiée dans les cas de l’Espagne, des Pays Bas et du Koweït. En effet, le
mécanisme de correction d’erreur (rattrapage qui permet de tendre vers la relation de long terme) irait alors en sens
contraire et s’éloignerait de la cible de long terme.
27
Cahiers de la Recherche
d‘IDE entrés au Maroc sans distinction entre leur origine, alors que la nature de l‘investissement
étranger diffère d‘un pays à un autre. Certains pays investissent dans le secteur de l‘industrie et des
nouvelles technologies de l‘information et de la communication (NTIC) qui constituent des
catalyseurs de transfert technologique et de croissance économique. D‘ailleurs, les études de
Colecchia et Schreyer (2001) et de Van Ark et autres (2002) montrent que l‘investissement dans les
TIC a un large impact sur la croissance29.
Il faut signaler, que dans le cas de la France, la plupart des IDE sont destinés au secteur de
l‘industrie, notamment, les industries électriques et électroniques et métalliques et mécaniques, en
plus d‘une concentration accrue dans les secteurs des télécommunications et de la finance. Selon les
résultats de l‘enquête élaborée par le Service économique de l‘Ambassade de France à Rabat et
touchant près de 750 implantations au Maroc en 2009, on constate une dominance des secteurs
ayant un impact positif sur le transfert de la technologie tels que : les services, l‘ingénierie et les
concessions qui représentent 23,3% de l‘ensemble des IDE français, suivis de l‘industrie
mécanique, sidérurgie, défense avec un taux de 14%, électroniques et TIC (12,4%), énergie, chimie,
matériaux (7%), services financiers (5,5%) et transport et logistique (5,3%). Au total, presque
68%de l‘ensemble des investissements émanant de la France ont un contenu technologue important,
ce qui témoigne de l‘impact positif des IDE français sur la PTF.
De même, les USA participent à hauteur de 4% du total des IDE dans le secteur de l‘industrie
électrique et électronique depuis 1999. Les capitaux émanant de ces Etats sont destinés aux secteurs
de haute technologie (aéronautique, électrique et électronique…).
Pour l‘Allemagne et la Grande Bretagne, l‘effet des investissements drainés sur la PTF est de long
terme, surtout que ces pays se caractérisent par une industrie avancée et de haute technologie, ce qui
pourra affecter la PTF à long terme via le transfert de technologie et de savoir.
D‘un autre côté, l‘effet non significatif des IDE en provenance des Emirats Arabes Unies peut être
expliqué par la nature des investissements émanant de ce pays et qui sont généralement destinés
aux secteurs à faible valeur ajoutée technologique comme l‘immobilier et le tourisme. Ce constat
est valable aussi pour les IDE émanant de l‘Arabie Saoudite, du Koweït et de l‘Espagne.
Il faut noter que l‘importance des IDE en volume n‘est pas toujours synonyme d‘un impact positif
sur la PTF. Le cas de l‘Espagne 30 est illustrant en la matière, bien qu‘elle constitue le deuxième
pourvoyeur d‘IDE au Maroc, juste après la France, on constate, d‘après les résultats obtenus, que le
29
OCDE, « Comprendre la croissance économique », Analyse au niveau macroéconomique, sectoriel et de l’entreprise,
2004, p. 52.
30
Les IDE espagnols ont certes des effets positifs notamment sur l’emploi mais pas sur le transfert technologique. Il
faut signaler que, les IDE en provenance de l’Espagne sont concentrés généralement dans les industries à basse
technologie comme l’immobilier, le tourisme et le textile-habillement ou dans les industries de monopole qui ne
permettent pas un transfert de savoir et de technique comme l’industrie du tabac.
28
Cahiers de la Recherche
rattrapage qui permet de tendre vers la relation de long terme entre les investissements espagnols et
la PTF irait alors en sens contraire et s‘éloignerait de la cible de long terme.
En revanche, la variable capital humain s‘est confirmée, statistiquement, significative et à un
impact positif sur la PTF au Maroc dans le modèle estimé pour la France et les USA. On peut
avancer que l‘effet positif du capital humain est dû à la capacité d‘apprentissage de la main
d‘œuvre marocaine employée dans les secteurs investis par ces deux pays, surtout qu‘il s‘avère,
d‘après les résultats obtenus, que les IDE de ces pays affectent la PTF à court et à long terme.
CONCLUSION
Dans le cas du Maroc, les IDE drainés sont souvent subis plus que pilotés. Ils dépendent souvent
des stratégies des entreprises européennes, notamment, françaises et espagnoles. Les cessions
d‘actifs privés, les privatisations et les participations Etatique jouent un rôle essentiel dans cette
dynamique, la croissance de nouveaux investissements productifs est relativement moindre.
Malgré le fait que ces projets ont créé de l‘activité, leurs retombées locales sont insuffisantes, au
regard des capacités qu‘offre le pays. Les IDE qui doivent être, normalement, un catalyseur de
transformation de l‘économie marocaine, sont concentrés en grande partie dans les secteurs à
rentabilité rapide (télécoms, tourisme, immobilier, cimenterie, banques) et surtout sensibles aux
aléas du marché et à faible valeur ajoutée et ce, faute de politiques industrielles nationales
suffisamment dynamiques.
Même les investissements orientés industrie n‘ont pas permis l‘intégration industrielle locale. De ce
fait, peu de filières domestiques sont créées et l‘essentiel des intrants sont importés, ce qui aggrave,
de plus, le déficit de la balance des transactions courante du pays. Ainsi, certains secteurs choisis
dans le pacte émergence comme l‘aéronautique, même s‘il s‘agit d‘une industrie de pointe mettant
en œuvre la haute technologie, le transfert de celle-ci demeure incertain en raison des restrictions
qui la sous-tendent, en particulier dans le domaine militaire et ce, pour empêcher la diffusion de
certaines technologies sensibles.
Les IDE participent, par leur choix de localisation, aux déséquilibres régionaux et ce, malgré les
différentes incitations accordées pour encourager une diffusion territoriale des nouvelles
localisations d‘entreprises, à signaler dans ce sens que, dans le cas du Maroc, ces investissements
sont spatialement concentrés sur le littoral et les zones franches (Tanger), les grandes métropoles
(Casablanca) avec peu d‘impact sur les banlieues et le reste du pays.
L‘enjeu serait non seulement d‘accroître et de faciliter l‘entrée des investissements mais aussi de
viser les secteurs créateurs de valeurs ajoutée et de rassurer les investisseurs des opportunités
offertes par le Maroc et ce, afin d‘atténuer le rapatriement massif des dividendes qui porte atteinte
aux réserves de change.
D‘un autre côté, les décideurs doivent avoir le courage d‘abandonner les secteurs traditionnels en
difficulté en retirant leur soutien avant qu‘il ne soit trop difficile ou trop coûteux. A titre d‘exemple
29
Cahiers de la Recherche
le secteur textile-habillement est révélé décevant dans le climat d‘incertitude économique qui
domine aujourd‘hui alors qu‘il continu à obtenir des subventions et des exonérations importantes,
rien que pour protéger l‘emploi31.
De façon générale, le Maroc est appelé a élaboré des lignes directrices nationales spécifiques en
matière d‘investissement, en ciblant des catégories précises d‘investissements ou d‘investisseurs
étrangers à des fins de développement industriel et ce, pour garantir une croissance importante et
durable et surtout assurer des emplois stables à la population. Il serait même utile de recourir à des
restrictions32 sélectives en matière d‘IDE à des fins de politique industrielle, liées à la
protection d‘industries naissantes, de champions nationaux, d‘entreprises stratégiques ou
d‘entreprises nationales en difficulté en période de crise.
La stratégie d‘investissement doit cibler à la fois le développement purement intérieur et les
investissements directs étrangers. Cela signifie qu‘il faut favoriser simultanément le développement
des entreprises locales et les transferts de technologie 33.
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31
Ces subventions peuvent être accordées directement aux chômeurs victimes de la fermeture de ces usines en
attendant leur insertion dans les activités alternatives.
32
Le Maroc peut introduire un certain nombre de mécanismes de flexibilité dans les accords internationaux
d’investissement (AII) signés avec ces partenaires, par exemple des exclusions ou des réserves pour certaines
branches d’activité, des exceptions générales ou des exceptions au titre de la sécurité nationale…,etc.
33
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