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4 La réaction de la politique budgétaire au cycle économique au Maroc BADDI Hicham Docteur en sciences économiques Faculté des Sciences Juridiques Economique et Sociales, Rabat Agdal. Résumé  Le présent travail se fixe comme objectif d’étudier la réaction de la politique budgétaire au cycle économique pour le cas du Maroc. Il s’intéresse également d’une part, à examiner la symétrie de cette politique et d’autre part, à analyser sa réaction aux chocs d’offre et de demande. Pour ce faire, nous proposons d’étudier le comportement cyclique de la politique budgétaire à travers l’estimation d’une fonction de réaction budgétaire sur la période allant de 1970 à 2012 en s’appuyant sur la méthode GMM. Les résultats obtenus montrent que la politique budgétaire au Maroc est en moyenne procyclique. Autrement dit, les autorités budgétaires marocaines optent pour une politique budgétaire restrictive en période de récession et une politique expansive en période d’expansion. Ils indiquent aussi que cette réaction est plus marquée dans les phases d’expansion que dans les périodes de récession. De surcroit, ils soulignent que cette politique réagit d’une manière acyclique face aux chocs d’offre et de demande. Mots clés : Politique budgétaire - Cycle économique - GMM Classification-JEL: E32 - E62-C30 82 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Introduction L’ampleur des conséquences de la crise économique internationale et le regain d’intérêt pour l’évaluation de l’orientation de la politique budgétaire ouvre de nouveau les débats sur la cyclicité budgétaire. De nombreuses études théoriques et empiriques se sont intéressées ces dernières années à étudier la réaction de la politique budgétaire au cycle économique. Sur le plan théorique, une politique budgétaire est jugée contracyclique quand elle est destinée à stabiliser les fluctuations économiques conjoncturelles (kyenes, 1936). En d’autres termes, si elle est restrictive en période d’expansion et expansive en période de ralentissement de l’activité économique. Elle est procyclique dans le cas où elle est expansive en conjoncture favorable et restrictive en période de ralentissement (Talvi et Végh (2005)36. Ainsi, les gouvernements qui ont du mal à emprunter pour financer le déficit budgétaire pourraient être amenés à réduire les dépenses publiques dans les périodes de récession pour éviter l’aggravation des déséquilibres budgétaires. Ce comportement procyclique pourrait amplifier et exacerber les incidences négatives des chocs sur la production. Elle est acyclique ou neutre quand les dépenses publiques et les taux d’imposition sont maintenus stables quel que soit la conjoncture économique (Barro, 1979). Sur le plan empirique, les études indiquent que la politique budgétaire est en moyenne contracyclique ou acyclique dans les pays développés, alors qu’elle est en moyenne procyclique dans les pays en développement (Kaminsky, Reinhart, et Végh, 2004; Talvi et Végh, 2005 ; Ilzetzki et Végh, 2008). Elles montrent également qu’une réaction contracyclique face aux chocs de demande pourrait lisser le cycle économique et n’aurait pas des implications à long terme sur la contrainte budgétaire de l’Etat. Par contre, une réaction contracyclique suite à un choc défavorable d’offre pourrait engendrer des déséquilibres budgétaires et même conduire à une crise. Les travaux empiriques portant sur les finances publiques au Maroc tentent d’une part, d’analyser l’évolution des principaux indicateurs budgétaires et d’autre part, d’évaluer l’effet des décisions budgétaires sur la croissance économique. Toutefois, rares sont les travaux dédiés à l’étude des propriétés cycliques de la politique budgétaire. En effet, un examen plus approfondi de cette question permet de mieux évaluer l’orientation de la politique budgétaire. L’objectif de ce travail est donc d’étudier la réaction de la politique budgétaire marocaine au cycle économique. Pour ce faire, une analyse empirique sur la période 1970-2012 sera menée. Cette analyse tentera de vérifier trois principales hypothèses. La première concerne le caractère procyclique de la politique budgétaire au Maroc (36). Talvi, Ernesto et Carlos Vegh (2005).“Tax Base Variability and Procyclicality of Fiscal Policy”, Journal of Development Economics, p:17. 83 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance ou dans quelle mesure les autorités budgétaires peuvent recourir à l’augmentation des dépenses publiques pendant les périodes d’expansion et à leur baisse pendant les phases de récession. La deuxième est celle de l’asymétrie de cette politique. La dernière hypothèse repose sur la distinction entre la réaction de la politique budgétaire face aux chocs d’offre et celle face aux chocs de demande. Une politique budgétaire a un comportement contracyclique face aux chocs de demande et un caractère procyclique face aux chocs d’offre. Ainsi, ce travail sera organisé en quatre sections. La première section sera consacrée à l’exposé des principaux résultats des études empiriques traitant du sujet. La deuxième présentera le cadre d’analyse de la cyclicité de la politique budgétaire. La troisième fera le point sur la méthodologie empirique adoptée. Quant à la dernière, elle synthétisera les principaux résultats concernant l’étude empirique portant sur la cyclicité de la politique budgétaire au Maroc. 84 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance 4.1. Cyclicité de la politique budgétaire : Revue de littérature empirique L’examen de la littérature empirique traitant de la question de la cyclicité de la politique budgétaire permet de distinguer deux types de recherches. La première catégorie porte sur l’étude du caractère cyclique de la politique budgétaire, alors que la deuxième s’intéresse à examiner les déterminants de la cyclicité budgétaire. Parmi les travaux du premier courant l’étude de Gavin et Perotti (1997). Cette étude est la première qui soulève le caractère procyclique de la politique budgétaire dans les pays en développement. Elle indique que la politique budgétaire est procyclique dans les pays d’Amérique latine au moment où la conjoncture économique est favorable et contracyclique durant les phases de récession. Ce résultat diffère de celui de Galí (1994), de Fiorito et Kollintzas (1994), et de Fiorito (1997) qui soulignent que les dépenses publiques réagissent d’une manière contracyclique ou acyclique dans les pays développés. Par ailleurs, Talvi et Végh (2000) révèlent que la politique budgétaire tend à être procyclique dans un grand nombre de pays en développement et non seulement dans les pays de l’Amérique latine37. De même, Braun (2001) montre que cette politique est procyclique dans les pays en développement, alors qu’elle est contracyclique dans les pays de l’OCDE. D’autres contributions vont tenter par la suite d’approfondir les recherches sur cette question dans le cas des pays développés et en développement. Lane (2003) souligne que le caractère cyclique de la politique budgétaire dans les pays de l’OCDE varie d’un pays à l’autre38. Ainsi, il conclut que la politique budgétaire est contracyclique dans les pays avancés, alors qu’elle est susceptible d’être procyclique dans les pays dont la production est plus volatile et où le pouvoir politique est plus dispersé. Sur un niveau désagrégé des dépenses publiques, il indique que le comportement des transferts et des intérêts de la dette est contracyclique, alors que celui des dépenses courantes et de l’investissement public est procyclique. Cependant, les dépenses salariales sont plus procycliques que celles non salariales. Lee et Sung (2007) démontrent une forte contracyclicité des recettes publiques et une légère procyclicité des dépenses dans les pays de l’OCDE. En effet, ils indiquent que les dépenses en capital, les transferts et les subventions sont acycliques, tandis que l’impôt sur le revenu est contracyclique. D’autres travaux empiriques examinent le comportement des politiques budgétaires en Europe après l’adoption du traité de Maastricht et du pacte de stabilité et de croissance. Gali et Peroti (2003) révèlent que la politique budgétaire est devenue (37). Talvi et Végh (2000) travaillent sur un échantillon composé de six pays du G7, 14 pays industrialisés et 36 pays en développement. (38.) Lane (2003) montre que le caractère contracyclique des dépenses publiques dans les pays de l’OCDE est dû aux comportements des transferts « stabilisateurs automatiques » et/ ou aux intérêts de la dette. 85 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance plus contracyclique dans certains pays après l’adoption du traité de Maastricht. Ce résultat est expliqué principalement par la réduction de la dette dans ces pays (Gali, 2005). En adoptant une nouvelle approche qui se base sur les dépenses et les composantes des recettes corrigées des variations cycliques, Giorno et al (1995) ; Girouard et André (2005) montrent que la politique budgétaire est devenue plus contracyclique après 1990 dans les pays de l’OCDE et plus particulièrement dans les 15 pays de l’union européen après l’introduction de l’Euro39. En suivant une démarche qui se base sur les prévisions, Cimadomo (2007) souligne que les intentions des politiques budgétaires dans les pays de l’OCDE sont contracycliques en période d’expansion. Par ailleurs, Beetsma et Giuliodori (2008) indiquent que la politique budgétaire prévue est contracyclique dans les pays non membre de l’union européen, alors qu’elle est acyclique dans les pays de l’UE. Cependant, Bernoth et al. (2008) montrent que la politique budgétaire discrétionnaire prévue réagit d’une manière contracyclique, mais sa réalisation prend une forme procyclique. En s’appuyant sur la méthode des variables instrumentales, Fatas et Mihov (2009) montrent que la politique budgétaire dans les pays de la zone euro est procyclique avant 1999, mais elle est acyclique après cette date. Cependant, elle est procyclique en Espagne et fortement contracyclique aux Etats-Unis. Auerbach (2009) confirme ce résultat en montrant que les dépenses et les recettes publiques réagissent d›une manière fortement contracyclique entre 1984 et 2009 et que la réaction des dépenses est plus forte que celle des recettes40. En adoptant une approche d’étude de cas, Leigh et Stehn (2009) examinent la réaction de la politique monétaire et budgétaire en période de ralentissement économique dans les pays G7. Ils soulignent à travers leur étude que les pays du G7 adoptent des politiques budgétaires discrétionnaires souples et que la réaction de leurs politiques face au ralentissement est plus rapide au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni qu’en Italie, en Allemagne, en France et au Japon. Ils montrent également que la politique budgétaire est procyclique dans l’Europe continentale et au Japon alors qu’elle est contracyclique dans les pays anglo-saxons. Quant à Strawczynski et Zeira (2009), ils analysent la réaction de la politique budgétaire face aux chocs temporaires et permanents sur la production. En effet, ils montrent que les déficits budgétaires et les dépenses publiques réagissent d’une manière contracyclique suite à un choc temporaire, alors que leur réaction face à (39). Plusieurs travaux concluent que la mise en œuvre des règles budgétaires européennes n’a pas créé un biais procyclique dans l’orientation des politiques budgétaires des pays de la zone euro (Gali et Perotti, 2003; OCDE, 2003; EC, 2004; Annett, 2006; Golinelli et Momigliano, 2006; Wyplosz, 2006; Turrini, 2008; Leigh et Stehn, 2009). (40). Auerbach (2002, 2008) et Taylor (2000, 2009) adoptent la méthode des MCO pour étudier la relation entre le solde budgétaire structurel et le niveau de l’écart de production. Ils montrent que la politique budgétaire est devenue de plus en plus contracyclique aux Etats-Unis depuis le début de 1990. 86 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance un choc permanent est acyclique. Par ailleurs, la réaction de l’investissement public suite à ce choc est procyclique. Si les études ci-dessus examinent le caractère cyclique de la politique budgétaire dans les pays développés, d’autres mettent davantage l’accent sur la cyclicité de cette politique dans les pays en développement. Parmi ces études, celle menée par Kaminsky, Reinhart, et Vegh (2004). Sur la base d’un échantillon de 104 pays développés et en développement, ils démontrent que la corrélation entre les dépenses publiques et le cycle économique dans ces pays varie de -1 (signe de forte contracyclicité) à 1 (signe de forte procyclicité)41. Les résultats de leur étude indiquent que la politique budgétaire est procyclique dans la majorité des pays en développement, alors qu’elle est contracyclique dans les pays avancés. Ces résultats sont confirmés par Talvi et Vegh (2005). Sur la base d’un échantillon de 56 pays, ils concluent que la politique budgétaire est acyclique dans les pays du G7, alors qu’elle est procyclique dans les pays en développement. De même, Akitoby et al (2004) montrent que les principales composantes des dépenses publiques sont procycliques dans la moitié de l’échantillon des pays en développement et que l’investissement public est jugé fortement procyclique dans les pays où la production est plus volatile et où le risque financier est élevé. Alesina, Campante et Tabellini (2008) confirment ce résultat pour les pays en développement. Ils montrent que la politique budgétaire est procyclique dans ces pays. Pour expliquer ce constat, ils soulignent que les gouvernements de ces pays sont soumis aux pressions des électeurs. Ces derniers ne font pas confiance à leurs gouvernements corrompus, et par conséquent, ils revendiquent des avantages fiscaux et une augmentation des dépenses productives et des transferts en phases d’expansion. Cependant, d’autres études empiriques indiquent que les pays riches en ressources naturelles adoptent souvent des politiques budgétaires procycliques. Les gouvernements de ces pays recourent à l’augmentation des dépenses en période de flambé des prix. Cette augmentation touche souvent deux composantes principales des dépenses publiques à savoir les dépenses d’investissement dans l’infrastructure et la masse salariale. Les recettes exceptionnelles provenant du pétrole seront affectées à l’augmentation des salaires et à la création de nouveaux emplois dans la fonction publique (Medas et Zakharova, 2009). D’autres contributions examinent le caractère cyclique de la politique budgétaire dans certains pays de l’Afrique. Du Plessis et Boshoff (2007); Du Plessis, Smit, et Sturzenegger (2007) montrent que la politique budgétaire en Afrique du sud est devenue plus procyclique depuis 1994. Sur la base d’un échantillon de 37 pays à (41). La corrélation entre les dépenses publiques et le cycle économique pour le cas de la Filande est au niveau de -1, ce qui veut dire que la politique budgétaire dans ce pays est fortement contracyclique. Par ailleurs, elle est à l’ordre de 1 pour le cas d’Oman, ce qui signifie que la politique budgétaire est fortement procyclique. 87 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance faible revenu de l’Afrique, Thornton (2008)42 souligne que la consommation publique est en moyenne fortement procyclique dans ces pays. Ce résultat va être confirmé par la suite par Diallo (2009). En utilisant la méthode GMM en panel dynamique sur un échantillon de 47 pays, il montre que la politique budgétaire est en moyenne procyclique entre 1989 et 2002. Sur un échantillon plus large de pays, 174 pays dont 44 pays de l’Afrique subsaharienne, Lledó, Yackovlev, et Gadenne (2009) montrent que la politique budgétaire est procyclique dans l’ensemble des pays en développement et plus particulièrement dans les pays de l’Afrique subsaharienne. Ils soulignent également que le niveau de la procyclicité va diminuer au fil du temps et surtout après 1990. Quant à Carmignani (2010), il analyse les coefficients de corrélation entre les dépenses publiques corrigées des variations cycliques et l’écart de production dans 37 pays africains. Ainsi, il montre que ces coefficients sont positifs et significatifs dans l’ensemble de ces pays. Pour le cas du Maroc, les recherches empiriques ne sont pas très abondantes, surtout celles qui examinent le comportement cyclique de la politique budgétaire. Kaminsky, Reinhart, et Vegh (2004) révèlent dans une étude empirique portant sur un échantillon de pays développés et en développement que la corrélation entre les dépenses publiques et le PIB au Maroc est positive. Ce résultat confirme le caractère procyclique de la politique budgétaire marocaine. Dans une autre étude sur le degré d’activisme budgétaire au Maroc, Samari S. (2004) montre que le niveau de la réaction de la politique budgétaire marocaine à la conjoncture économique est faible sur la période allant de 1980 à 2003. Ce résultat peut être dû selon l’auteur au poids relativement élevé du secteur informel dans le PIB, à la faiblesse des marges de manœuvres en matière de la réduction des dépenses et à l’importance des exonérations. L’étude indique également que le degré de la sensibilité de la politique budgétaire à la conjoncture au Maroc a évolué d’une période à l’autre. Sur la période 1990-2003, le niveau de la sensibilité est à l’ordre de 0.2 contre 0.1 entre 1980 et 1990. Ce degré atteint 0.4 sur la période 1996 -2004. Il ressort des résultats de cette étude également que la réaction de la politique budgétaire au Maroc à la conjoncture a été plus forte dans les périodes de récession par rapport à celle dans les phases d’expansion. (42). En utilisant la méthode des moindres carrés ordinaires (MCO), Thornton (2008) montre que la procyclicité est jugée significative et faible dans le cas du Tchad et du Gabon, alors qu’elle est forte pour le cas du Congo et de la Guinée équatoriale. 88 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance 4.2. Le cadre d’analyse de la cyclicité de la politique budgétaire Les études empiriques se sont davantage intéressées à certains aspects importants de la méthodologie à adopter lors de l’examen de la réaction de la politique budgétaire face aux variations de l’activité économique. Le premier point méthodologique souligné par ces études porte sur la distinction entre la réaction des stabilisateurs automatiques et celle de la politique budgétaire discrétionnaire. Le deuxième est celui de la mesure de la cyclicité de la politique budgétaire. 4.2.1. Les stabilisateurs automatiques La littérature empirique s’attache davantage à trouver un bon indicateur qui représente mieux la composante non discrétionnaire de la politique budgétaire qu’à étudier son caractère cyclique. Cette composante est associée aux propriétés cycliques des taxes, des dépenses publiques et des transferts. A un taux d’imposition donné, les fluctuations de la production et de la consommation entrainent celles des recettes fiscales, qui diminuent en phase de récession et augmentent en phase d’expansion. En effet, la réaction des stabilisateurs automatiques est souvent de nature contracyclique. Parmi les travaux empiriques qui ont essayé d’identifier une mesure proxy des stabilisateurs automatiques, celui de Fatas et Mihov (1999). En utilisant la taille du gouvernement par rapport aux PIB comme une variable qui représente la composante cyclique de la politique budgétaire43, ils révèlent qu’il y a une forte corrélation entre la taille du gouvernement et la volatilité de la production dans les pays de l’OCDE. Ils tentent par la suite de trouver une mesure alternative aux stabilisateurs automatiques à travers la décomposition des dépenses et des recettes. En les désagrégeant en dépenses non salariales, dépenses salariales, transferts et recettes liées aux impôts directs et indirects, ils montrent que le ratio des dépenses publiques à la production ainsi que toutes les composantes des recettes fiscales, à l’exception des impôts indirects, constituent des mesures qui peuvent représenter les stabilisateurs automatiques. Dans une autre étude empirique qui a pour objectif principal d’examiner l’effet de la composante cyclique de la politique budgétaire sur l’économie. Fatas et Mihov (2003) identifient plusieurs mesures qui peuvent capturer la force des stabilisateurs automatiques. Parmi ces mesures, ils utilisent les transferts et les impôts. Ce choix est justifié par deux raisons  : d’une part, la réponse des transferts et des impôts aux chocs économiques est importante d’un point de vue théorique, d’autre part cette réponse est étroitement liée à celle de la taille du gouvernement sur le plan empirique. Par la suite, ils identifient le taux (43). La taille du gouvernement est définie par Fatas et Mihov (1999) comme le niveau des dépenses publiques. 89 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance marginal d’imposition sur le travail comme une mesure directe des stabilisateurs automatiques. En effet, Ils soulignent que de telle mesure permet d’éviter toute capture de la composante discrétionnaire de la politique budgétaire. Cependant, dans une étude examinant le caractère cyclique de la politique budgétaire dans les pays de la zone euro et dans vingt-deux pays de l’OCDE, Fatas et Mihov (2009) adoptent la différence entre le déficit budgétaire réalisé et celui structurel comme étant une variable qui représente la composante cyclique de la politique budgétaire. Les conclusions de leur étude révèlent que cette composante réagit d’une façon contracyclique et que sa réaction est plus forte dans la zone euro que dans les Etats-Unis. En utilisant certaines mesures proposées par Fatas et Mihov (2003) à savoir l’impôt sur le revenu, les profits et les gains en capital et le ratio des dépenses publiques par rapport au PIB, Bogdan (2010) analysent le caractère cyclique des stabilisateurs automatiques et examinent la relation entre cette composante et la volatilité du PIB par habitant dans un échantillon de pays développés et en développement. Les résultats de son travail confirment d’une part, l’hypothèse selon laquelle la réaction des stabilisateurs automatiques est contracyclique et d’autre part, montrent l’existence d’une relation négative entre la composante cyclique de la politique budgétaire et la volatilité du PIB par habitant dans les pays développés et en développement. 4.2.2. La composante discrétionnaire La composante discrétionnaire est le résultat d’une action politique délibérée et non due au jeu des stabilisateurs automatiques. Les autorités budgétaires peuvent réagir à la conjoncture économique effective ou anticipée en variant les dépenses et les recettes. Cette réaction est qualifiée contracyclique quand le gouvernement décide d’augmenter (de baisser) la consommation publique et de baisser (d’augmenter) les taux d’imposition dans la phase de récession (d’expansion). L’identification d’une mesure crédible de cette composante a fait l’objet de plusieurs travaux empiriques. Ces derniers s’intéressent davantage à proposer des indicateurs qui mesurent mieux cette partie discrétionnaire. Parmi ces indicateurs, le solde budgétaire corrigé des variations cycliques. Le choix de cet indicateur est justifié par le fait que son utilisation permet d’une part, de déterminer l’orientation de la politique budgétaire et d’autre part, d’examiner la réaction de la politique budgétaire face aux variations de l’activité économique. A cet effet, plusieurs méthodes sont proposées pour distinguer la partie conjoncturelle de celle structurelle dans le solde budgétaire. Parmi ces méthodes, celle adoptée par l’OCDE, le FMI et l’UE. Cette méthode est en deux étapes. La première étape porte sur l’estimation de l’écart de la production. La deuxième consiste à supprimer l’influence du cycle dans les variations du solde budgétaire observé. Néanmoins, cette méthode 90 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance présente certaines limites. D’une part, elle est liée sensiblement à la mesure de la position de l’économie dans le cycle, qui dépend à son tour de l’estimation de la production potentielle. D’autre part, elle prend en considération l’impact de l’écart de production ou de la tendance de la production sur le solde budgétaire et néglige l’influence de la politique budgétaire sur l’écart de la production. Les limites de cette approche classique vont conduire certains économistes à proposer des méthodes alternatives telles que l’utilisation des modèles SVAR. En effet, cette méthode permet d’identifier deux types de chocs qui sont à l’origine des fluctuations du solde budgétaire. Les premiers sont liés à l’activité économique, alors que les deuxièmes sont liés à la politique budgétaire. En utilisant cette méthode, Carine et Sophie (2000) estiment le solde budgétaire structurel pour la France et pour la zone euro. Leurs résultats indiquent que le redressement du déficit structurel est à l’origine de l’amélioration des soldes budgétaires dans ces pays. Par ailleurs, d’autres mesures de la composante discrétionnaire sont développées dans la littérature empirique. Parmi ces mesures, l’indicateur d’impulsion budgétaire proposé par Hagemann et Sartor (1990). Il est définit comme étant la différence entre le déficit courant primaire et le déficit primaire qui serait réalisé si les dépenses de l’année précédente et les recettes avaient augmenté respectivement avec le PIB potentiel et le PIB réel. L’autre mesure qui est souvent utilisée dans la littérature empirique est celle de Blanchand (1993). Ce dernier propose un indicateur des changements discrétionnaires défini comme étant la valeur du solde primaire qui prévaut si le taux de chômage est constant d’une année à l’autre moins la valeur du solde primaire de l’année précédente. Cependant, cet indicateur va être développé par la suite par Alesina et Perotti (1996). Ces derniers vont proposer une nouvelle mesure qui tente de calculer la position budgétaire de l’Etat si le taux de chômage se maintient constant depuis l’année précédente. Le troisième indicateur est celui de Fatas et Mihov (2003). Ces derniers montrent que la volatilité du résidu issue de l’estimation de la fonction de réaction budgétaire peut être considérée comme une mesure proxy de la composante discrétionnaire. Il convient de signaler que les différents indicateurs cités ci-dessus comme des mesures proxy à la composante cyclique ou à la composante discrétionnaire de la politique budgétaire ne font pas l’unanimité chez les économistes. Certains économistes critiquent les méthodes de calcul de certains indicateurs, alors que d’autres soulignent que l’examen de la cyclicité de la politique budgétaire nécessitent l’étude du comportement cyclique des instruments budgétaires et non celui de l’équilibre budgétaire (Reinhart, Kaminsky et Végh, 2004). 91 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance 4.2.3. La mesure de la cyclicité de la politique budgétaire L’examen de la littérature empirique révèle qu’il existe deux approches pour étudier le caractère cyclique de la politique budgétaire. La première met l’accent sur la corrélation entre le déficit budgétaire ou le solde budgétaire corrigé des variations cycliques et l’écart de production44. Alors que la deuxième, analyse la relation entre les instruments de la politique budgétaire et le cycle économique45. S’agissant de la première approche, certains économistes soulignent que le choix du déficit budgétaire présente certaines limites. D’une part, cet indicateur est étroitement lié à la cyclicité des recettes fiscales et des dépenses liées au paiement des intérêts de la dette. D’autre part, il peut conduire à des résultats erronés concernant le comportement cyclique de la politique budgétaire. En effet, même si la politique budgétaire est acyclique, le solde budgétaire est excédentaire dans les phases d’expansion et déficitaire durant les phases de récession. Ce résultat peut conduire l’économiste à conclure que la politique budgétaire est contracyclique, alors qu’en réalité, elle est acyclique. Certaines critiques sont formulées à l’encontre de l’utilisation du solde budgétaire lors de l’examen de la cyclicité de la politique budgétaire d’un groupe de pays. La plupart des travaux empiriques soulignent que la politique budgétaire est contracyclique dans les pays développés et procyclique dans les pays en développement. Ce résultat ne peut être justifié que si les taux d’imposition et la consommation publique ont un comportement similaire dans les deux cas. Alors que ce n’est pas le cas, les recettes fiscales sont plus procycliques dans les pays industriels que dans les pays en développement. Devant les insuffisances de l’utilisation des soldes budgétaires, une deuxième approche se développe ces dernières années. Elle consiste à analyser la cyclicité budgétaire en termes d’instruments budgétaires et non en termes de résultats. A ce sujet, Reinhart, Kaminsky et Végh (2004) proposent une méthode qui se base sur l’étude de la corrélation entre les dépenses publiques ou les taux d’imposition et le cycle économique. En outre, ils présentent un cadre théorique des corrélations entre les différents indicateurs budgétaires et le cycle économique (voir Tableau I). (44). Parmi les travaux qui adoptent cette approche ceux d’Alesina, Campante, et Tabellini (2008), de Gavin et Perotti (1997), d’Alesina, Campante et Tabellini (2008) et de Florence Huart (2011) (45). La plupart des travaux récents recourent à cette deuxième approche à cause de certaines limites de la première approche (Reinhart, Kaminsky et Végh, 2004; Talvi et Vegh, 2005; Ilzetzki et Végh, 2008). 92 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Tableau I : La corrélation théorique entre les indicateurs budgétaires et le cycle économique. Solde Dépens- Taux Solde Recettes Dépens- Recettes pri- es pub- d’impo- pri- fiscales es / PIB fiscales maire/ liques sition maire PIB Contra- - + + + - -/0/+ -/0/+ cyclique Pro- + - -/0/+ -/0/+ -/0/+ -/0/+ -/0/+ cyclique Acy- 0 0 + + - -/0/+ -/0/+ clique Source : Graciela L. Kaminsky, Carmen M. Reinhart, et Carlos A. Vegh (2004). Ce cadre théorique permet de définir le comportement cyclique de la politique budgétaire comme suit : • Une politique budgétaire est contracyclique, si les autorités budgétaires recourent à la baisse (l’augmentation) des dépenses publiques et à l’augmentation (la baisse) des taux d’imposition dans la phase d’expansion (de récession). Cette politique permet de stabiliser le cycle économique. • Une politique budgétaire est jugée procyclique, si les autorités budgétaires augmentent (baissent) les dépenses publiques et baissent (augmentent) les taux d’imposition dans la phase d’expansion (de récession). Cette politique vise à renforcer le cycle économique. • Une politique budgétaire est acyclique, si les autorités budgétaires maintiennent les dépenses et les taux d’imposition constants au cours du cycle économique. 4.3. Méthodologie empirique Trois approches sont communément adoptées par les études empiriques pour examiner les propriétés cycliques de la politique budgétaire. La première consiste à étudier la corrélation entre la composante cyclique des dépenses publiques réelles et celle du PIB réel. La deuxième se base sur l’examen de l’écart entre la croissance des dépenses publiques réelles en période de prospérité et leur croissance en période de marasme (Amplitude budgétaire). Alors que la dernière est empirique et consiste à estimer une fonction de réaction budgétaire. 93 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance 4.3.1. Spécification du modèle 4.3.1.1. Cyclicité de la politique budgétaire Pour analyser le caractère cyclique de la politique budgétaire au Maroc sur la période allant de 1970 à 2012, deux modèles empiriques seront élaborés. Dans le premier, la question de la cyclicité sera étudiée à travers une spécification simple qui prend la forme de l’équation (1). Dans le deuxième modèle, notre intérêt portera sur l’estimation d’une fonction de réaction budgétaire qui aura la forme de l’équation (2) 46. En effet, le choix de l’estimation de ces deux équations permet de vérifier si le comportement cyclique de la politique budgétaire varie d’une spécification à l’autre. Pour y parvenir, dans un premier temps l’équation (1) sera estimée : α 0 α1CYCLEt + α 2 Ft −1 + ε t (1) Ft =+ Dans un second temps, une fonction de réaction budgétaire sera estimée et aura la forme suivante : α 0 α1CYCLEt + α 2 Ft −1 + α 3 DETTEt −1 + ε t (2) Ft =+ Ft représente la variable budgétaire. En se référant aux études empiriques et au cadre théorique de la cyclicité budgétaire, les dépenses publiques seront retenues comme une variable qui permet de mieux capter le caractère cyclique de la politique budgétaire. CYCLEt est la composante cyclique du PIB exprimé à prix constant. Cette variable est définit comme étant l’écart relatif du produit intérieur brut observé par rapport à son niveau tendanciel. Ft-1 est le niveau antérieur de la variable budgétaire. Il reflète le degré d’inertie de la variable budgétaire dû aux délais de mise en place d’une nouvelle politique budgétaire. La DETTEt-1 est la dette publique rapportée au PIB. Elle représente la contrainte de soutenabilité de la dette publique à laquelle la politique budgétaire est soumise. Cette variable est proposée dans certains travaux tels que celui de Wyplosz (2002), de Gali et Perotti (2003), de Cimadomo (2005) et d’Adedeji et Williams (2007). La cyclicité de la politique budgétaire est déterminée à travers le signe et la taille du coefficient α1. Une valeur positive de ce coefficient reflète le caractère procyclique de la politique budgétaire, alors qu’une valeur négative signifie un comportement contracyclique. Dans le cas où il est égal à 0, la politique budgétaire est jugée neutre. Pour le coefficient α2, on s’attend qu’il soit positif et inférieur à l’unité. Quant au coefficient α3, son signe positif reflète un motif de stabilisation de la dette dans la conduite de la politique budgétaire. (46). Parmi les travaux qui adoptent ce type de fonction de réaction ceux de Florence Huart (2011), de S. Guillaumont Jeanneney et S. J-A. Tapsoba (2009), d’Ethan Ilzetzki et Carlos A. VÈgh(2008), de Gaston K. Mpatswe, et de Sampawende J.-A. Tapsoba, et Robert C. York (2011). 94 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Outre l’étude du comportement cyclique de la politique budgétaire au Maroc, une analyse de l’asymétrie de cette politique sera menée à travers l’estimation de l’équation (3) : α 0 + α1 EPEt + α 2 EPRt + α 3 Ft −1 + α 4 X t + ε t (3) Ft = Ainsi, la variable représentant la phase d’expansion (EPE) est obtenue en multipliant la variable décrivant le cycle économique par une muette prenant la valeur 1 les années où l’écart de production est positif ou nul et prenant la valeur 0 les années où cet écart est négatif. Quant à la variable de la phase de récession, elle est obtenue en multipliant la variable cycle par une muette prenant la valeur 1 les années où cet écart est strictement négatif. L’examen du comportement cyclique de la politique budgétaire dans les phases d’expansion et de récession est déterminé à travers le signe et la taille du coefficient α1 et α2. 4.3.1.2. La réaction de la politique budgétaire aux chocs d’offre et de demande La réaction de la politique budgétaire face aux chocs d’offre et de demande sera étudiée sur la base des modèles théoriques de Strawczynski et Zeira (2009), et de Luiss G. Carli (2009). Pour ce faire, la méthodologie de Blanchard et Quah (1989) sera adoptée pour extraire dans un premier temps les chocs d’offre et de demande. Un modèle SVAR de deux variables à savoir le taux de chômage et le PIB réel sera estimé47. Les restrictions imposées sont ceux issues de la théorie économique. Elles indiquent que les premiers chocs affectent la production à long terme, alors que les deuxièmes ne l’impactent pas. Après cette première étape, la réaction des dépenses publiques au Maroc face à ces deux types de chocs sera vérifiée à travers l’estimation du modèle suivant : ∆ log Dept = α 0 + α1CDt + α 2CDt −1 + α 3COt + α 4 DEFt −1 + α 5 ∆ log POPt −1 + α 6 ∆ log POP15t + ε t (4) Dans ce modèle, les dépenses totales en termes réels (Dept) seront régressées sur les variables  : chocs de demande (CDt), chocs d’offre (COt), déficit budgétaire (DEFt-1), population totale (POPt-1) et population de moins de 15 ans (POP15t). (47). Le taux de chômage utilisé ici est le taux de chômage urbain. 95 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance 4.4. Méthode d’estimation L’examen de la littérature empirique révèle que des problèmes liés au biais de simultanéité ou d’endogénéité peuvent subvenir lors de l’examen de la cyclicité budgétaire. De ce fait, l’utilisation de la méthode des moindres carrés ordinaires s’avère inappropriée. En effet, cette méthode ne peut être appliquée dans ce type d’estimation pour trois raisons. Premièrement, il existe une causalité inverse entre la politique budgétaire et le cycle économique. Ensuite, certaines variables explicatives sont sujettes à des erreurs de mesure et sont susceptibles de créer une simultanéité artificielle entre la variable budgétaire et le cycle économique. Enfin, il est possible de détecter un problème d’endogénéité lié à l’existence d’une ou des variables explicatives importantes omises agissant simultanément sur la variable budgétaire et le cycle économique. Dans notre spécification, la présence de la variable budgétaire retardée en tant que variable explicative conduit à faire l’hypothèse d’endogénéité d’au moins une des variables explicatives. Pour pallier à ce problème d’endogénéité, nous faisons recours à la méthode des moments généralisés (GMM)48. Cette méthode permet de remédier à certaines insuffisances de la méthode des MCO et de définir un vecteur de variables instrumentales observables qui est fortement corrélé avec le vecteur des variables explicatives, mais qui est indépendant du terme d’erreur. 4.4.1. Le choix des variables Pour examiner le caractère cyclique de la politique au Maroc, nous utilisons des données annuelles extraites de deux de bases annuelles  : la base du ministère de l’économie et des finances et la base du haut-commissariat au plan. La première variable retenue dans les estimations est la variable budgétaire, qui est représentée par les dépenses publiques totales, les dépenses primaires, les dépenses ordinaires désagrégées et les dépenses d’investissement. Ces variables sont exprimées en termes réels. Quant à la variable représentant le cycle économique, elle est exprimée par la déviation du produit intérieur brut constant par rapport à sa tendance. Pour le taux d’endettement, il est définit comme la dette publique totale rapportée au PIB. Elle représente la contrainte de soutenabilité de la dette publique à laquelle la politique budgétaire est soumise. 4.4.2. Le caractère cyclique de la politique budgétaire au Maroc Afin de vérifier l’hypothèse selon laquelle la politique budgétaire pourrait avoir un comportement procyclique, une analyse de la corrélation, de l’amplitude budgétaire ainsi qu’une estimation empirique à l’aide de la méthode GMM seront effectuées. (48). D’autres modèles économétriques ont été utilisés dans certains travaux empiriques, à savoir les modèles SVAR et les équations simultanées. 96 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance La corrélation entre la composante cyclique des dépenses publiques réelles et celle du PIB réel au Maroc Les résultats de l’analyse de la corrélation entre la composante cyclique des dépenses publiques réelles et celle du PIB réel sur la période 1970-2012 indiquent que les dépenses publiques totales réelles réagissent en moyenne d’une manière procyclique comme l’indique leur coefficient de corrélation qui est positif et significatif au seuil de 10%. Ce même résultat est obtenu lorsque nous utilisons les dépenses primaires (voir tableau II). Sur un niveau plus désagrégé des dépenses publiques, il apparaît que les dépenses ordinaires ont un comportement acyclique. Ce résultat peut être expliqué plus particulièrement par le caractère acyclique des dépenses liées aux intérêts de la dette et par celui des dépenses de compensation. Quant aux dépenses en biens et services et ceux d’investissement, ils ont un caractère procyclique. En subdivisant la période d’étude en trois sous périodes 1970-1982, 1983-1992 et 1993-2012, il devient alors possible d’analyser la cyclicité de la politique budgétaire selon les caractéristiques économiques de chaque période. En effet, durant la première période (1970-1982) qui se caractérise par l’adoption d’une politique d’expansion budgétaire et par l’apparition de déséquilibres budgétaires importants, les dépenses publiques totales comme les dépenses primaires réagissent d’une manière procyclique. Ce résultat peut être expliqué par le caractère plus procyclique des dépenses en biens et services et des dépenses d’investissement. Ceci est dû à l’exécution d’important programme d’investissement entre 1973-1977 et ce, suite à une conjoncture économique nationale et internationale favorables. Durant la deuxième période 1983-1992 qui correspond à la période d’ajustement structurel, les dépenses publiques totales ainsi que leurs principales composantes gardent le même comportement cyclique que celui de la période précédente, à l’exception des dépenses en biens et services qui réagissent d’une manière acyclique. En effet, le redressement des finances publiques appliqué au cours de cette période peut expliquer le comportement de chaque composante des dépenses publiques. Ainsi, le caractère acyclique des dépenses en biens et services est dû à certaines mesures budgétaires discrétionnaires prises par le Maroc telles que le gel des salaires des fonctionnaires et la réduction des emplois dans la fonction publique. De plus, la procyclicité des dépenses d’investissement est le résultat du repli des investissements publics durant cette période. Quant à la dernière période (1993-2012) où le Maroc a pu maîtriser en moyenne son déficit budgétaire, les dépenses publiques ainsi que leurs différentes composantes ont eu un comportement acyclique. Ce comportement peut être imputable aux efforts déployés par le Maroc durant cette période en matière de la rationalisation des dépenses publiques, de la privatisation de certains secteurs publics et de l’amélioration de l’efficience du système fiscal. 97 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Tableau II : La corrélation entre la composante cyclique des dépenses publiques réelles et celle du PIB au Maroc (1970-2012). 1970-2012 1970-1982 1983-1992 1993-2012 Dépenses totales 0,44* 0,63* 0,72* 0,08 Dépenses primaires 0,42* 0,61* 0,65* 0,10 Dépenses ordinaires 0,13 0,15 0,17 0,13 Dépenses B&S 0,28* 0,52* 0,17 0,16 Intérêts de la dette 0,02 0,10 -0,30 0,02 Dépenses de compensation -0,01 -0,09 -0,11 0,20 Dépenses d’investissement 0,47* 0,72* 0,74* -0.04 *Coefficient significatif au seuil de 10% Source : Calcul de l’auteur Concernant l’asymétrie de la cyclicité de la politique budgétaire marocaine, il s’est avéré que les dépenses totales, les dépenses primaires et les dépenses d’investissement ont le même comportement procyclique dans les phases d’expansion et de récession. Tandis que les dépenses ordinaires gardent le même comportement acyclique quel que soit l’état de l’économie (voir tableau III). Tableau III : La corrélation entre la composante cyclique des dépenses publiques réelles et celle du PIB selon les périodes d’expansion et de récession (1970-2012). Dépenses Dépenses Dépenses Dépenses d’in- totales primaires ordinaires vestissement Expansion 0,45* 0,42* 0,12 0,48* Récession 0,32* 0,30* 0,11 0,34* *Coefficient significatif au seuil de 10% Source : Calcul de l’auteur A travers ces résultats, il apparaît que le Maroc adopte en moyenne une politique budgétaire procyclique. Ainsi, les autorités budgétaires recourent à l’augmentation des dépenses en biens et services ainsi que les dépenses d’investissement pendant les périodes d’expansion et vice versa. Tandis qu’elles varient les dépenses ordinaires indépendamment de la conjoncture économique. 98 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance 4.4.3. L’amplitude budgétaire au Maroc Comme dans l’analyse de la corrélation, les résultats des amplitudes budgétaires montrent que les dépenses publiques totales ainsi que les dépenses primaires réagissent d’une manière procyclique durant la période 1970-2012, comme l’indique l’écart entre la croissance de ces dépenses en période de prospérité et leur croissance en période de marasme qui sont respectivement de 9.63% et 11.27% (voir tableau IV). En analysant la cyclicité des différentes composantes des dépenses totales, il apparait que les dépenses ordinaires réagissent d’une manière très faiblement procyclique (avec un écart de 3.71%). Ce résultat peut être expliqué par le comportement faiblement procyclique des dépenses en biens et services et par la faible contracyclicité des dépenses liées aux intérêts de la dette. Quant aux dépenses d’investissement, leur comportement est plus procyclique. Par ailleurs, les résultats concernant les trois périodes ne différent pas beaucoup de ceux obtenus à travers l’analyse de la corrélation. Ainsi, les dépenses publiques totales et les dépenses primaires réagissent d’une manière procyclique durant les deux premières périodes, tandis que leur comportement est très faiblement procyclique durant la troisième période. De même, la réaction des dépenses d’investissement est plus procyclique durant les deux premières périodes que durant la troisième période. Quant aux dépenses ordinaires, elles réagissent d’une manière faiblement procyclique durant les trois périodes. Ce résultat recouvre une réaction procyclique faible des dépenses en biens et services, une procyclicité apparente des dépenses de compensation et un comportement faiblement contracyclique des dépenses liées aux intérêts de la dette49. (49). Pour plus de détails sur l’amplitude budgétaire des différentes composantes des dépenses pu- bliques voir tableau AI 99 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Tableau IV : L’amplitude budgétaire au Maroc (1970-2012). 1970-2012 1970-1982 1983-1992 1993-2012 Dépenses totales 9,63% 21,36% 6,83% 2,55% Dépenses Hors intérêts de 11,27% 27,16% 8,11% 3,31% la dette Dépenses ordinaires 3,71% 5,96% 2,91% 1,88% Dépenses B&S 2,58% 3,42% 3,90% 0,79% Intérêts de la dette -3,25% -7,74% -4,01% -0,75% Dépenses de compensa- tion 55,75% 98,09% 25,57% 37,38% Dépenses d’investisse- 23.95% 51.72% 15.27% 8.52% ment Source : Calcul de l’auteur En confrontant ces résultats avec ceux de la corrélation, il apparait que le comportement budgétaire au Maroc est en moyenne procyclique durant la période 1970-2012 ainsi que durant les deux sous périodes 1970-1982 et 1983-1992. Toutefois, ce comportement devient moins prononcé durant la période 1993- 2012. Ceci est expliqué par le comportement moins procyclique ou acyclique des différentes composantes des dépenses publiques. A partir de ces résultats, la question principale qui se pose est celle de déterminer les facteurs qui ont permis au Maroc d’adopter une politique budgétaire moins procyclique ou acyclique durant la période 1993-2012. 4.4.4. Résultats de l’estimation de la fonction de réaction budgétaire au Maroc Les résultats obtenus à travers l’estimation du premier modèle qui met en relation la variable budgétaire avec la variable représentant le cycle économique ainsi que la variable budgétaire retardée révèlent que le coefficient lié au cycle économique est positif et significatif au seuil de 5% (voir colonne 1 tableau V)50. En effet, ce résultat indique que les dépenses totales ont un comportement procyclique. Quant au coefficient lié à la variable budgétaire retardée, il est positif, significatif et inférieur à l’unité ce qui exprime l’existence de la contrainte budgétaire d’équilibre à long terme. (50). Pour chaque variable budgétaire, nous utilisons l’écart de cette variable par rapport à sa tendance de long terme. De même pour la variable Cycle, nous utilisons l’écart du PIB réel par rapport à sa tendance de long terme. De plus, la vérification de la stationnarité des variables est une étape qui doit précéder toute estimation à l’aide de la méthode GMM. En effet, les résultats concernant l’étude de la stationnarité sont rapportés dans l’annexe (voir tableau AII dans l’annexe) 100 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Tableau V : La cyclicité de la politique budgétaire au Maroc sur la période1970 – 2012 (Modèle 1). Dépenses Dépenses Dépenses Dépenses publiques primaires ordi- d’investisse- totales naires ment Cycle économique 1.082** 0.981*** 0.178 3.721** Variable budgétaire retardée 0.355** 0.393* 0.374** 0.289*** Constante 0.0002 0.0006 0.0003 0.0004 R² 0.301 0.354 0.126 0.297 J-Statistique 4.788 5.0571 6.151 2.977 P. J-Statistique 0.571 0.536 0.406 0.703 Note: * ; ** et *** indiquent que les coefficients sont significatifs respectivement au seuil de 1%, 5% et10%. - Les instruments utilisés dans les différents estimations sont les variables explicatives retardées jusqu’à quatre retards. Source : Calcul de l’auteur Les résultats concernant les dépenses primaires (voir colonne 2) montrent que ces dépenses réagissent également d’une manière procyclique, comme l’indique le coefficient lié au cycle économique qui est positif et significatif au seuil de 10%. De même, le coefficient associé à la variable budgétaire retardée est positif, significatif et inférieur à l’unité. Quant aux dépenses ordinaires (voir colonne 3), elles ont un comportement acyclique. En effet, le coefficient associé au cycle économique est positif mais non significatif. Tandis que celui lié à la variable budgétaire retardée est toujours positif, significatif et inférieur à l’unité. De plus, les dépenses d’investissement réagissent d’une façon procyclique (voir colonne 4). Les coefficients liés respectivement au cycle économique et à la variable budgétaire retardée sont positifs et significatifs au seuil de 5% et 10%. Par ailleurs, les résultats de l’estimation du deuxième modèle qui intègre le taux d’endettement retardé comme variable explicative indiquent que les dépenses publiques totales ainsi que leurs composantes principales réagissent d’une manière procyclique face aux variations de l’activité économique (voir tableau VI). En effet ces résultats corroborent ceux obtenus dans la première estimation à l’exception de ceux concernant le comportement cyclique des dépenses ordinaires. Ils montrent également que le coefficient lié au taux d’endettement retardé n’est pas significatif 101 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance dans les quatre spécifications, ce qui signifie que la dette n’a pas d’effet sur la variation des dépenses publiques au Maroc. Tableau VI : La cyclicité de la politique budgétaire au Maroc sur la période 1970 – 2012 (Modèle 2). Dépenses Dépenses Dépenses Dépenses publiques primaires ordinaires d’inves- totales tissement Cycle économique 0.828*** 1.471** 0.373*** 3.860*** Variable budgétaire retardée 0.417* 0.321** 0.435* 0.321** Taux d’endettement retardé 0.011 -0.016 0.016 -0.093 Constante 0.0001 0.0002 0.0002 0.0002 R² 0.314 0.290 0.116 0.259 J-Statistique 4.610 3.895 6.335 3.667 P. J-Statistique 0.707 0.690 0.501 0.598 Note: * ; ** et *** indiquent que les coefficients sont significatifs respectivement au seuil de 1%, 5% et10%. - Les instruments utilisés dans les différents estimations sont les variables explicatives retardées jusqu’au quatre retards. Source : Calcul de l’auteur Comme dans l’analyse de la corrélation et de l’amplitude budgétaire, il apparaît que l’orientation de la politique budgétaire au Maroc est en moyenne procyclique. Ainsi, les autorités budgétaires au Maroc optent pour l’augmentation des dépens- es publiques et plus particulièrement les dépenses d’investissement au moment où la conjoncture économique est favorable et pour leur baisse pendant les phases de récession. Toutefois, les dépenses ordinaires réagissent indépendamment de la con- joncture économique et ce, à cause du caractère incompressible de certaines com- posantes de ces dépenses. S’agissant de la cyclicité de la politique budgétaire selon les phases de la conjoncture, il apparaît que les dépenses publiques totales ainsi que les dépenses d’investisse- ment ont un caractère procyclique durant les phases d’expansion, comme l’indique leurs coefficients liés à la variable expansion qui sont positifs et significatifs au seuil de 5%. Tandis que les dépenses primaires et les dépenses ordinaires ont un car- actère acyclique. Pendant les phases de récession, les dépenses d’investissement ont un comportement contracyclique. Alors que les dépenses totales, les dépenses primaires et les dépenses ordinaires réagissent d’une manière neutre (voir tableau VII). 102 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Par ailleurs, l’utilisation des variables retardées comme instruments est valide dans les différentes estimations, comme l’indique leurs probabilités liée au J-Statistique qui sont supérieures au seuil de 5%. A travers ces résultats, il apparait que la réaction des autorités budgétaires est plus marquée dans les phases d’expansion que dans les périodes de récession. Autrement dit, elles recourent à l’augmentation des dépenses publiques et plus particulière- ment les dépenses d’investissement au moment où la conjoncture économique est favorable et à la baisse de l’investissement public pendant les périodes de récession. Tableau VII : La cyclicité de la politique budgétaire au Maroc selon les phases de la conjoncture (1970-2012). Dépenses Dépenses Dépenses Dépenses d’in- publiques primaires ordinaires vestissement totales Expansion1 3.597** 1.550 -0.368 10.208** Récession -1.283 0.754 0.640 -4.199*** Variable budgétaire 0.019 0.383** 0.501* 0.145 retardée Constante -0.003 -0.0001 0.001 -0.013 R² 0.16 0.35 0.10 0.22 J-Statistique 5.78 5.47 8.35 6.00 P. J-Statistique 0.56 0.79 0.68 0.64 Note: * ; ** et *** indiquent que les coefficients sont significatifs respectivement au seuil de 1%, 5% et10%. - Les instruments utilisés dans les différents estimations sont les variables explicatives retardées jusqu’au quatre retards. Source : Calcul de l’auteur En effet, ces résultats sont conformes à la réalité économique. Ainsi, une analyse de la situation des finances publiques montre que les décisions budgétaires discrétionnaires prises depuis 1970 tendent dans leur globalité à favoriser l’investissement public pendant les phases d’expansion et à le baisser pendant les périodes de récession. Alors que les décisions concernant les dépenses ordinaires ne dépendent pas souvent des phases de la conjoncture économique mais plutôt de certains facteurs internes et externes. Ainsi, les autorités budgétaire n’arrivent pas à baisser les dépenses en biens et services en périodes de récession et ce, à cause d’une part, de leur caractère incompressible et d’autre part, du besoin croissant en matière des dépenses à caractère social. De même, leur marge de manœuvre concernant les dépenses de compensation reste restreinte. Ces dépenses dépendent 103 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance dans une large mesure du prix du pétrole et des matières premières. Quant à la réaction des dépenses liées aux intérêts de la dette, elle est non seulement liée à la conjoncture économique, mais également aux fluctuations des taux d’intérêt et aux échéances de la dette. 4.4.5. Réaction de la politique budgétaire face aux chocs d’offre et de demande Après avoir extrait les chocs d’offre et de demande sur la période 1980-2012 en adoptant la méthodologie de Blanchard et Quah (1989) (voir figure I)51. Une estimation empirique est effectuée à l’aide de la méthode MCO et GMM pour examiner la réaction de la politique budgétaire face à ces chocs. La variable budgétaire utilisée dans les deux premières estimations est les dépenses publiques totales en termes réelles. Cette variable sera remplacée par les dépenses primaires réelles dans la troisième et la quatrième estimation. Ce choix est justifié par le fait que le changement de la variable à expliquer peut affecter les résultats. Figure I : Les chocs d’offre et de demande, 1980-2012. 3 2 1 0 -1 -2 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 choc de demande choc d'offre Les résultats de la première estimation à l’aide de la méthode MCO (Voir colonne 1 tableau VIII) indiquent que les coefficients liés aux chocs d’offre et de demande ne sont pas significatifs et que leurs signes ne correspondent pas à ceux des modèles théoriques de Strawczynski et Zeira (2009), et de Luiss G. Carli (2009). Ces résultats révèlent alors que les dépenses publiques réagissent d’une manière acyclique face aux chocs d’offre et de demande. (51). Avant d’estimer le modèle SVAR ainsi que les deux autres modèles (MCO, GMM), la stationnarité des variables est étudiée (voir tableau AII en annexe). 104 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Concernant les variables de contrôle, il apparaît que le déficit budgétaire retardé affecte négativement la variation des dépenses publiques. En effet, une aggravation du déficit budgétaire incite les autorités à prendre des mesures budgétaires visant la baisse des dépenses publiques. Tandis que les variables population totale et population de moins de 15 ans n’ont aucun effet sur la variation des dépenses. En estimant la même équation à l’aide de la méthode GMM (voir colonne 2), les résultats ne varient pas beaucoup par rapport à ceux de la première estimation. Ainsi, la politique budgétaire réagit toujours indépendamment des chocs d’offre et de demande. Tandis que la variation de la population totale affecte positivement les dépenses publiques, comme l’indique son coefficient qui est positif et significatif au seuil de 1%. Ainsi, l’accroissement de la population va conduire les autorités budgétaires à augmenter certaines composantes des dépenses publiques telles que les dépenses affectées au secteur de l’éducation et de la santé. 105 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Tableau VIII : La réaction de la politique budgétaire face aux chocs d’of- fre et de demande. Dépenses publiques Dépenses primaires totales Méthode d’estimation MCO GMM MCO GMM Choc de demande 0.005 -0.006 0.003 -0.006 Choc de demande retardé -0.001 0.009 -0.005 0.007 Choc d’offre -0.002 -0.014 -0.005 -0.028** Déficit budgétaire (retardé) -0.749** -1.034* -1.026** -1.446* Population (retardée, en 1.618 2.379* 2.401 2.823* log différence) Population de moins de -0.176 -0.257 -0.368 -0.776*** 15 ans (en log différence) Constante 0.041 0.035** 0.041 0.047* R² 0.171 0.131 0.277 0.282 D.W 2.17 2.33 2.19 2.47 J-Statistique - 4.233 - 5.144 P. J-Statistique - 0.645 - 0.525 Note: * ; ** et *** indiquent que les coefficients sont significatifs respectivement au seuil de 1%, 5% et10%. - Les instruments utilisés dans les estimations à l’aide de la méthode GMM sont : le choc de demandé, d’offre et le déficit budgétaire sont retardés par deux retards, les variables représentant la population sont retardées jusqu’au troisième retard. Source : Calcul de l’auteur Quant aux résultats de la troisième et la quatrième estimation effectuée en utilisant les dépenses primaires, ils révèlent que la politique budgétaire a un comportement acyclique face au choc de demande et un caractère contracyclique face au choc d’offre (voir colonne 3 et 4). Ils montrent aussi que le déficit budgétaire retardé et la population de moins de 15 ans ont un effet négatif sur la variation des dépenses. En effet, ce dernier résultat n’est pas conforme avec la réalité économique. Un accroissement de cette population tend à augmenter les dépenses et non à les baisser. Il ressort des résultats de ces différentes estimations que la réaction de la politique budgétaire marocaine est acyclique face aux chocs d’offre et de demande. En effet, de telle réaction ne pourrait pas lisser le cycle économique et pourrait même aggraver les déséquilibres budgétaires. 106 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Conclusion Ce travail s’est fixé comme objectif d’étudier les propriétés cycliques de la politique budgétaire au Maroc. Pour ce faire, une étude empirique sur la période 1960-2012 est menée à l’aide de la méthode GMM. Mais avant cette étape, une analyse de la corrélation entre la composante cyclique des dépenses publiques réelles et celle du PIB réel et un examen de l’amplitude budgétaire sont effectués. Ainsi, les résultats des différentes estimations empiriques indiquent que la politique budgétaire s’avère en moyenne procyclique au Maroc. Autrement dit, les autorités budgétaires optent pour une politique budgétaire restrictive en période de récession et une politique expansive en période d’expansion. Concernant l’étude de la réaction de la politique budgétaire face aux chocs d’offre et de demande, elle montre que cette politique garde le même comportement face à ces deux chocs. En effet, elle réagit indépendamment de ces chocs. Cependant, ces résultats dépendent dans une large mesure des modèles choisis (GMM), des variables retenues dans les estimations et de la taille de l’échantillon. Ainsi, le choix d’une autre mesure de la variable budgétaire, l’utilisation d’un autre modèle économétrique pourraient être utile pour le développement de ces estimations empiriques. En effet, une utilisation alternative du taux d’imposition comme variable proxy de la politique budgétaire, ou bien l’étude du caractère cyclique des différentes composantes des dépenses publiques pourraient aider à bien approfondir l’analyse de la cyclicité budgétaire. De surcroit, le recours à de nouveaux modèles économétriques tels que le modèle Times Varying parameters SVAR (TVP SVAR) permettrait d’estimer un paramètre de cyclicité budgétaire variant dans le temps. Ce genre d’estimation pourrait servir à mieux évaluer l’orientation de la politique budgétaire d’une période à l’autre. Par ailleurs, l’examen des facteurs explicatifs de la cyclicité budgétaire serait d’une grande utilité, car il permettrait de déterminer les principales causes qui sont à l’origine de la procyclicité budgétaire au Maroc. Des facteurs qui peuvent être liés à la qualité des institutions et aux contraintes de financement internes et externes. 107 Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance Bibliographie • Adedeji, O. and O. H. Williams (2007). «Fiscal Reaction Functions in the CFA Zone: An Analytical Perspective», IMF Working Papers 07/232, International Monetary Fund. • Akitoby, B. and al. 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