Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
6
Les déficits jumeaux au Maroc du mythe
aux réalités : quelles implications pour
l’économie marocaine
Benlamine Mokhtar
Economiste et Responsable du Service des Etudes Macroéconomiques
Bank Al-Maghrib
Résumé
Cette étude propose une investigation autour de la véracité et la robustesse
de l’hypothèse des déficits jumeaux au Maroc. Celle-ci implique l’existence d’une
relation de cause à effet entre le déficit budgétaire et celui du compte courant. Pour
ce faire, ce travail présente le cadre analytique et théorique régissant cette hypothèse
et recourt à différentes approches analysant la causalité, au sens de Granger et celle
simultanée ou encore au sens de Toda et Phillips ou Toda et Yamamoto. Il en ressort
l’existence d’une relation de causalité au sens de Granger unilatérale du besoin de
financement budgétaire vers le déficit du compte courant. Aussi, l’existence d’une
relation de causalité instantanée est-elle rejetée par les tests opérés. De plus, ce
travail discute de la portée de la notion de secteur public qui semble être tout aussi
déterminante pour la validation ou la réfutation de l’hypothèse des déficits jumeaux.
Ainsi, outre l’analyse des corrélations contemporaines et dynamiques, l’analyse
en composantes principales permet d’identifier les facteurs clés regroupant la
dynamique d’évolution des secteurs institutionnels. Il en ressort notamment que
l’évolution du solde de financement des ménages et des sociétés non financières
s’avère plus corrélée et plus déterminante pour le déficit du compte courant. En
somme, les différents éléments présentés dans ce papier permettent notamment
de relativiser l’affirmation des déficits jumeaux et interpellent sur l’efficience et
l’efficacité des choix opérés jusque-là en matière de politique économique.
Mots clés : Déficits jumeaux ; Maroc ; déficit et besoin de financement budgétaire ;
Déficit du compte courant ; Secteur public ; Causalité au sens de Granger ; Causalité
instantanée ; VAR ; ACP ; Cointégration ; Corrélation
JEL Classifications : F40 ; F41 ; H62 ; H83 ;
134
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Introduction
Après une phase de consolidation macroéconomique, l’économie marocaine
a subi de plein fouet les effets directs et indirects de la crise économique interna-
tionale, ce qui s’est traduit par un creusement et retour assez rapide des déficits
budgétaires et courants. L’objet de cet article est de préciser la nature des relations
régissant ces déficits, à un moment où les niveaux de la dette intérieure et extérieure
limitent conséquemment les marges de manœuvre en matière de politique économ-
ique. En effet, alors que la croissance non agricole s’établit, désormais, à des niveaux
largement inférieurs à sa moyenne (2003-2007) d’avant crise, il est important de
savoir comment est-il possible d’emprunter une trajectoire plus soutenable pour les
équilibres macroéconomiques du pays sans nuire pour autant à la croissance.
Dans ce sens, cet article présente en premier lieu le cadre analytique de l’hypothèse
des déficits jumeaux, dérivé des identités définies par la comptabilité nationale en
économie ouverte, puis il s’intéresse à déceler qualitativement quelques faits stylisés
permettant entre autres d’évaluer l’importance des relations existantes entre les
déficits jumeaux au Maroc et dans un échantillon de pays. Une deuxième section
serait consacrée à une revue de la littérature théorique régissant ces deux comptes.
Une théorie marquée notamment par des développements assez divergents entre
une théorie de cause à effets, dans laquelle le sens de causalité n’est toujours pas
consensuelle, et une école classique qui prône plutôt la neutralité de la politique
budgétaire sur les données réelles de l’économie. Après une brève revue des prin-
cipales pensées en la matière, cet article s’intéresse à évaluer quantitativement la
nature des relations existantes pour le cas marocain. Certaines variantes de ces deux
comptes seraient utilisées afin d’évaluer la sensibilité des résultats obtenus et de
mesurer le poids de certaines externalités -positives ou négatives- conjuguées à des
décisions souveraines de politiques économiques.
Les approches quantitatives utilisées reposent notamment sur l’étude des corréla-
tions, des relations de causalité au sens de Granger, celle instantanée, l’analyse en
composantes principales, la cointégration et sur les techniques de modélisation de
types VAR. Les données utilisées s’étalent de 1980 à 2014, sous une fréquence an-
nuelle, soit un total de 35 observations63.
(63). Source des données : Ministère de l’Economie et des Finances, Bank Al-Maghrib et le Fonds
Monétaire International.
135
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
6.1. Cadre analytique des déficits jumeaux
Le cadre conceptuel des déficits jumeaux repose sur les identités du système de la
comptabilité nationale. Ce dernier identifie la relation comptable régissant le solde
du compte courant et le différentiel entre épargne et investissement ou besoin/ca-
pacité de financement de l’économie. Ce dernier peut être, à son tour, désagrégé en
soldes « privé » et « public ».
6.1.1. Développements comptables
Les développements sous-jacents à ces identités ont pour sous-bassement les équili-
bres comptables dans une économie ouverte.
Ainsi, l’équilibre ressources-emplois s’identifie : PIB+M=C+I+X
En présence des revenus et transferts en provenance de l’étranger, l’épargne
nationale s’écrit :
RNDB Revenu National Disponible Brut, à prix courants
PIB Produit Intérieur Brut, à prix courants
M Importations de biens et services, à prix courants
X Exportations de biens et services, à prix courants
C Consommation finale nationale, à prix courants
I Investissement, à prix courants
Ipublic Investissement des institutions publiques, à prix courants
Iprivé Investissement des institutions privées, à prix courants
X Exportations de biens et services à prix courants
Tf Transferts courants nets en provenance de l’étranger, à prix courants
Rf Revenus courants nets en provenance de l’étranger, à prix courants
CAB Solde du compte courant de la balance des paiements, à prix courants
SN Epargne nationale, à prix courants
Spublic Epargne des institutions publiques, à prix courants
Sprivé Epargne des institutions privées, à prix courants
136
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
6.1.2. Secteur public : des choix à opérer
La théorie des déficits jumeaux repose en partie sur l’enchainement comptable
proposé - ou en ajustant l’équilibre ressources-emplois à travers l’ajout des
dépenses (G) et des recettes publiques (T) – tout en intégrant une répartition de
l’économie totale en ses composantes publique et privée. Cette tâche constitue en
soi une difficulté de taille voire même une entrave pour la réussite, la comparabilité
et l’exhaustivité des travaux empiriques. En effet, le champ de définition du secteur
public s’avère complexe et déterminant. Il incorpore un amas de concepts partant
du marchand au non marchand et s’avère sujet à des changements de structure
importants, avec des entités entrantes (institutions nouvelles : CST, SEGMA,…) ou
sortantes (privatisations, gestion déléguée…). L’ensemble de ces éléments tend à
conférer à l’usage du terme « secteur public » un grain de simplicité souvent de trop.
Schéma 1 : Secteur public - une délimitation conceptuelle
Sources : Système de la comptabilité nationale et schéma auteur
Ainsi, le secteur public peut renvoyer aussi bien aux administrations centrales dont
l’activité principale est de caractère non marchand ou encore à un groupement
de cette première catégorie aux sociétés publiques à vocation marchande. Le
choix opéré n’est pas anodin et ses implications en matière de recommandations,
de conclusions et de résultats peuvent être très importants. A titre d’exemple, les
dépenses d’investissement du « secteur public » au titre de 2013 peuvent varier de
48,2 milliards de dirhams à 126,2 milliards selon que l’on prenne compte ou pas de
celles des entreprises publiques.
6.1.3. Revue de la littérature théorique
Sur le plan théorique, fondamentalement, deux thèses opposées essayent d’expliquer
la relation existante entre solde budgétaire et celui du compte courant. La première
affirme l’absence d’un lien de causalité alors que la deuxième prône l’existence d’une
relation de cause à effet.
137
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
De fondement classique, la première thèse repose sur la neutralité de la politique
budgétaire en stipulant que celle-ci reste sans effets sur les agrégats réels. Se
basant sur l’hypothèse du comportement altruiste des agents économiques et sur
« la neutralité et/ou l’inefficacité » de la politique budgétaire, pierre angulaire de
l’équivalence Ricardienne, ce courant affirme l’absence d’une relation entre solde
budgétaire et celui courant (Barro 1974).
L’approche conventionnelle qui affirme, pour sa part, l’existence des déficits jumeaux
regroupe les écoles de pensées monétaristes, l’école de Cambridge, les keynésiens
et la théorie néoclassique d’horizon fini. L’école de Chicago ou l’approche monétaire
de la balance des paiements précise que le déficit extérieur provient d’un excès
d’émission monétaire visant à financer le déficit budgétaire qui va servir à l’achat de
biens et/ou actifs de l’extérieur. La théorie comportementale, dite « behavioriste »,
de l’Ecole de Cambridge présentée par Godley et Cripps (1974), stipule, pour sa
part, l’existence d’un lien parfait, total et unilatéral du déficit budgétaire à celui
extérieur. Selon la théorie Keynésienne (Fleming, 1962 ; Mundell, 1963 ; Kearney et
Monadjemi, 1990 et Haug, 1996), la relation de cause à effet du déficit budgétaire au
déficit extérieur est expliquée par les canaux des taux d’intérêt et de change. Ainsi,
suivant le modèle IS-LM-BP pour une petite économie ouverte, une aggravation
du déficit budgétaire devrait générer une hausse des taux d’intérêt, induisant un
afflux des capitaux étrangers et par la même une augmentation de l’absorption puis
une appréciation de la monnaie ainsi qu’une détérioration du déficit du compte
courant, conséquence de l’accroissement des importations et du ralentissement des
exportations, qui pâtissent des effets de change. Par ailleurs, la théorie néoclassique
d’horizon fini (Diamond, 1965 ; Blanchard, 1985 ; Frenkel et Razin, 1992) stipule
qu’une réduction des taxes pour un niveau donné des dépenses publiques, génère une
baisse de l’épargne publique parallèlement à un accroissement moins proportionnel
de l’épargne privée. Ceci induit un repli de l’épargne nationale et en conséquence
soit un ajustement (parfait) de l’investissement (à travers les taux d’intérêts et
l’effet d’éviction) soit un creusement des déficits du compte courant. Constituant
un prolongement des explications behavioristes et keynésiennes, Bispham (1975)
indique aussi un sens opposé et positif de causalité, en arguant qu’une amélioration
des exportations, provenant d’une demande mondiale plus importante, serait à
l’origine d’une atténuation du déficit courant parallèlement à une progression des
recettes fiscales et par la même un allégement du déficit budgétaire.
En somme, même les approches validant l’hypothèse des déficits jumeaux ne
semblent pas être unanimes sur le sens de causalité, laissant ainsi un grand champ
d’investigation aux travaux empiriques qui tendent à présenter bien souvent des
résultats divergents, selon les pays étudiés, le choix des périodes, des méthodes et
des variables.
138
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
6.2. Evolutions historiques : des points d’ancrage
L’avènement de la crise financière internationale qui s’est développée en crise
économique a été à l’origine du renouveau des discussions portant sur les déficits
jumeaux, en remettant en avant l’intérêt des différents programmes économiques
préconisés pour répondre aux répercussions économiques de cette crise. Dans
ce sens, les évolutions les plus récentes sont très informatives, permettant de
stresser certains éléments des différentes pensées présentées précédemment. En
effet, clarifier l’origine des sources de pressions sur les deux déficits permet entre
autres d’adopter des mesures économiques à même d’y répondre d’une manière
« efficace », « efficiente » et moins « douloureuse ».
Tableau 1 : Solde budgétaire et du compte courant en pourcentage du
PIB
Solde budgétaire Solde courant
2000- 2007- 2015- 2000- 2007- 2015-
2006 2014 2020 2006 2014 2020
Algeria 7.5 -0.3 -7.0 15.5 7.8 -10.8
Brazil -3.7 -3.1 -3.9 -0.6 -2.1 -3.4
Chile 1.6 1.0 -1.2 0.6 -0.6 -2.1
Czech Republic -4.2 -2.8 -1.2 -3.9 -2.0 0.2
France -2.7 -4.7 -2.3 0.6 -1.1 -0.3
Germany -2.6 -0.9 0.5 2.3 6.4 7.5
Italy -3.2 -3.3 -0.9 -0.6 -1.3 1.7
Russia 4.3 0.1 -1.5 10.9 4.2 5.3
Senegal -2.1 -5.1 -3.7 -7.1 -9.6 -6.9
South Africa -0.9 -3.1 -3.2 -1.4 -4.2 -4.5
Spain 0.1 -6.9 -2.4 -5.5 -3.6 0.6
Switzerland 0.1 0.5 -0.1 11.9 8.5 5.4
Tunisia -2.6 -2.9 -2.7 -2.8 -5.8 -4.3
Turkey -6.2 -2.4 -1.1 -2.7 -6.1 -4.9
United States -3.4 -8.1 -3.7 -4.7 -3.2 -2.5
Sources : FMI et calculs auteur
Sur la base des données publiées par le FMI dans la mise à jour d’avril 2015 du
« World Economic Outlook », cette section propose une lecture des évolutions des
deux déficits avant et après crise. Au regard des diversités spatiales, structurelles,
historiques et conjoncturelles, il serait bien prétentieux de présenter des conclusions
139
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
consensuelles. A titre d’exemple, les conséquences de la crise sur les situations
budgétaire et courante pour les pays importateurs de pétrole ont été bien différentes
de celles ayant régi les économies exportatrices.
Ainsi, dans les pays exportateurs de pétrole, la symétrie et le parallélisme entre
les évolutions du compte courant et de la situation budgétaire aurait pour origine
notamment, un facteur clé, à savoir le cours international de pétrole. En effet, le
degré élevé de concentration des économies exportatrices de pétrole constitue une
source de pression considérable pour ces pays. Ceci est illustré notamment à travers
la faiblesse des prix de pétrole permettant d’équilibrer aussi bien le compte courant
que la situation budgétaire.
Graphique1 : Equilibres macroéconomiques au Moyen Orient et prix
du pétrole entre 2002 et 2014
Sources : FMI et calculs auteur
140
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Graphique 2 : Prix du pétrole au seuil de rentabilité, dollars EU/baril1
Source : FMI, MAJ Mai 2013 du REO Moyen Orient et Asie Centrale
Dans ce cas, les déficits jumeaux ont pour origine notamment une certaine
concentration de la structure économique autour des produits énergétiques en
plus d’un éventuel effet de causalité bidirectionnel entre ces deux composantes.
L’amélioration du compte courant qui traduit un afflux important des ressources
liées à l’exportation de pétrole se traduit par des rentrées fiscales considérables qui
permettent à ces pays de mener un certain train de vie. Avec le repli des prix de
pétrole, observée à partir de juin 2014, et tenant compte des projections de prix
de la Banque mondiale et du FMI, qui établissent un nouveau palier d’équilibre à
moyen terme, ces pays sont amenés à faire face à des défis conséquents en matière
de redressement des comptes budgétaire et courant. Toutefois, avec un degré de
concentration et des stocks en ressources (devises et richesses naturelles) bien
différenciés, les marges de manœuvres de ces pays s’avèrent très disparates.
141
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Graphique 3 : Recettes liées aux privatisations en milliards de dirhams
Source : Ministère de l’économie et des finances
Pour le cas du Maroc, il reste difficile d’étudier la période s’étalant de 1980 à 2014
sans prendre compte d’un ensemble de changements opérés en relation, entre
autres, avec le programme d’ajustement structurel, tels que la refonte du système
fiscal marocain, le processus de privatisation, l’ouverture de l’économie marocaine,…
En effet, le système fiscal marocain a été marqué notamment par l’introduction de la
taxe sur la valeur ajoutée en 1986, l’impôt sur les sociétés en 1988 et l’impôt général
sur les revenus –dit aujourd’hui impôt sur le revenu- en 1990. L’impact de ces
changements est alimenté aussi par l’importance des dépenses fiscales qui totalisent
plus de 34,664 milliards ou 3,9% du PIB en 2014 et 1565 milliards de dirhams ou
3% du PIB en 2004. Ne pouvant s’attarder sur l’ensemble des particularités de la
gestion budgétaire, il est procédé à une lecture plutôt générale qui essaie cependant
de prendre compte de certaines particularités jugées importantes.
(64). Sur un inventaire de 402 mesures fiscales dérogatoires recensées, l’évaluation a porté sur 300
mesures :2014.
(65). Sur un inventaire de 337 mesures fiscales dérogatoires recensées, l’évaluation a porté sur 102
mesures :2004.
142
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Tableau 2 : Corrélations dynamiques entre le solde budgétaire et celui
du compte courant exprimés en milliards de dirhams
Source : Calculs auteur
L’interrelation entre le solde budgétaire hors privatisation et le solde du compte
courant, exprimés en milliards de dirhams ou en pourcentage du PIB, paraît être
bien importante. En effet, entre 1980 et 2014, le coefficient de corrélation s’établi à
65,4% entre ces deux agrégats évalués en milliards de dirhams et à 49,3% exprimées
en pourcentage du PIB. De plus, le coefficient de corrélation entre le besoin de
financement du Trésor et le solde du compte courant ressort à 73,3% en niveau et à
56,5% en ratio du PIB, soit à des niveaux supérieurs.
Sachant que l’analyse des soldes budgétaire et courant en milliards de dirhams ne
permet pas de relativiser le poids des déficits ou excédents réalisés par rapport à la
richesse créée par l’économie, et dans le cadre d’une lecture rétrospective du passée,
les ratios au PIB ont été retenus afin de pouvoir comparer les différentes phases
ayant marquées l’évolution de ces agrégats.
143
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Graphique 4 : Soldes budgétaire et courant, en milliards de dirhams
Sources : HCP, Ministère de l’économie et des finances, Office de changes et calculs auteur
En effet, les soldes budgétaire et courant exprimés en milliards de dirhams ont
tendance a accentué la dégradation observée durant les cinq dernières années en
comparaison avec les évolutions historiques. Toutefois, les ratios au PIB de ces indi-
cateurs font ressortir des déficits bien plus importants au cours de cinq premières
années de la décennie quatre-vingt.
Tableau 3 : Moyennes historiques des équilibres budgétaires et
courants, en pourcentage du PIB
Moyennes histori- 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
ques, en % du PIB -1984 -1989 -1994 -1999 -2004 -2009 -2014
Besoin de finance- -9.5 -5.6 -2.8 -2.0 -3.4 -1.8 -5.4
ment du Trésor
Solde budgétaire -9.5 -5.9 -2.9 -2.8 -5.4 -1.8 -5.8
hors privatisation
Solde budgétaire -7.7 -5.0 -2.2 -1.9 -3.9 0.9 -0.9
hors privatisation et
compensation
Solde du compte -7.7 -1.1 -1.1 -0.8 2.4 -1.2 -7.1
courant
Solde des biens et -9.6 -4.8 -5.5 -3.9 -3.6 -8.9 -12.4
services
Sources : HCP, Ministère de l’économie et des finances, Office de changes et calculs auteur
144
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Sur les trente-cinq dernières années, le déficit budgétaire a atteint son maximum
en 1981, soit 12,1% du PIB, niveau largement supérieur à celui de 7,4% enregistré
en 2012 (maximum atteint depuis le début de la crise), alors que celui du compte
courant s’élève à 10,1% et 10,4% en 1981 et 1982 respectivement, soit des niveaux
proches voire supérieurs à celui de 2012, soit 9,7%. En outre, la situation du compte
courant semble se caractérisée notamment par des soldes de biens et services de
plus en plus importants alors que la situation budgétaire reste pénalisée durant ces
dernières années par le poids de la charge de compensation. Ces éléments incitent à
garnir cette analyse par l’utilisation des cours de pétrole ainsi que des subventions
unitaires accordées en la matière.
Graphique 5 : Soldes budgétaire et courant, en % du PIB
Sources : HCP, Ministère de l’économie et des finances, Office de changes et calculs auteur
En utilisant le filtre Hodrick-Prescott (HP) sur le besoin de financement du Trésor et
sur le solde du compte courant exprimés en pourcentage du PIB, il est constaté une
forte corrélation de 81,3% entre les tendances statistiques de ces deux agrégats, qui
constituent des approximations – largement utilisées en littérature économique- du
« besoin de financement structurel du Trésor » et du « solde structurel du compte
courant ». Ceci indique ainsi une certaine synchronisation entre les tendances des
deux agrégats.
145
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Graphique 6 : Cycles et Tendances du besoin de financement du Trésor
et du solde du compte courant en % du PIB
Coefficient de corrélation
: 4,9%
Coefficient de corrélation
: 81,3%
Sources : HCP, Ministère de l’économie et des finances, Office de changes et calculs auteur
6.3. Déficits jumeaux : investigation économétrique
Dans ce qui suit, une exploration des relations économétriques régissant principale-
ment les agrégats du besoin de financement du Trésor et du compte courant est
proposée. Pour se faire, il est recouru aux différents tests de causalité, la section
suivante propose un bref rappel des différents types de causalités traités en théorie.
6.3.1. Analyse de la causalité
L’analyse traditionnelle de la causalité repose sur les travaux de Clive Granger
(1969) qui suppose que la cause précède toujours l’effet. Ainsi, en exploitant des
tests de nullité de coefficients, la causalité au sens de Granger test si le passé de
variables, dites causales, et le passé de la variable ‘réponse’ influencent les valeurs
présentes de la variable réponse. Ce test s’effectue à travers les modèles à Vecteurs
AutoRégressifs (VAR) utilisés sur des données stationnaires. Il repose notamment sur
les tests d’exogénéité des variables explicatives proposés par Wald, qui permettent
entre autres de tester si les coefficients des variables explicatifs sont conjointement
nuls ou pas. L’analyse de la causalité au sens de Granger suppose la stationnarité
des séries étudiées, une hypothèse qui tend à être difficilement vérifiable pour
les échantillons à petite taille temporelle et à changements de régime. Les tests
de causalité au sens de Granger étant fortement sensibles à la stationnarité des
variables étudiées et aux spécifications retenues pour les modèles VAR (Sims), il
s’avère difficile de conclure définitivement de la robustesse des résultats obtenus.
146
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
La littérature propose également des tests de causalité instantanée qui reposent,
pour leur part, sur l’existence d’une certaine corrélation entre les résidus des
différents modèles estimés à travers l’approche VAR. Alors que la causalité au sens de
Granger est évaluée unilatéralement, celle instantanée est bilatérale par définition
puisqu’elle repose sur l’existence d’une corrélation contemporaine entre les résidus
des régressions. Cette causalité stipule que la prise en compte des observations
à l’instant ‘t’ des variables causales permettent d’augmenter la précision de la
prédiction de la variable réponse à l’instant ‘t’.
En particulier et lorsque les variables sont intégrées d’ordre 1 et cointégrées
(Engle-Granger 1987, Granger 1988, Johanson 1988) il faut recourir aux modèles
à correction d’erreurs (VECM) permettant de tester la causalité au sens de Toda
et Phillips (1991) sur les modèles à court et long terme. Celle de court terme étant
obtenue à partir des coefficients associés aux variables explicatives différenciées
tandis que la causalité de long terme provient des variables utilisées dans le vecteur
de cointégration. Cependant, au regard des limites et de la faiblesse des tests de
racine unitaire pour les échantillons de petite taille, les tests de cointégartion de
Johanson ont tendance à rejeter l’hypothèse d’absence de cointégration (Toda et
Yamamoto, 1995) en relation notamment avec une éventuelle sous-paramétrisation
des modèles VAR liée elle-même aux pertes de degré de liberté occasionnées par
l’ajout des retards. Ainsi, le test de causalité au sens de Granger, Toda et Yamamoto
(1995) utilise un test de Wald modifié pour tester la nullité des coefficients des
variables visées dans un modèle VAR d’ordre k. La procédure consiste à déterminer
dans une première étape l’ordre d’intégration des séries ‘d’ et dans une deuxième
étape à réestimer un modèle VAR d’ordre ‘k+d’ et à tester la causalité au sens de
Granger, Toda et Yamamoto à travers le test de Wald de nullité des k premiers
coefficients.
6.3.1.1. Stationnarité des variables
Outre les besoins66 de financement budgétaire et du compte courant, plusieurs
variables jugées pertinentes pour l’explication des deux phénomènes sont retenues,
tels que le PIB non agricole à prix constants, celui de l’Union européenne, l’indice
des prix à la consommation, la privatisation, le prix de pétrole et le rapport entre
les dépenses de compensation et le prix de pétrole afin d’approcher le poids de la
subvention unitaire.
Les tests de stationnarité n’étant pas toujours décisifs, il est retenu dans cette étude
principalement deux tests, à savoir le test de Dickey Fuller Augmenté (ADF) et celui
de Phillips et Perron (PP).
Le tableau ci-après présente les niveaux de significativités (p-value) des tests ADF
et PP :
(66). Il s’agit aussi bien des besoins (-) que des capacités (+) de financement.
147
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Tableau 4 : Stationnarité des variables étudiées
En niveau 1ère différence
Variable Modèle Conclusion
ADF PP ADF PP
Solde Constante 0.1980 0.5114 0.0015 0.0006
budgétaire hors Cst et trend 0.0736 0.5279 0.0079 0.0000 I(1)
privatisation Sans 0.5348 0.6284 0.0001 0.0000
Solde de Constante 0.7503 0.6826 0.0002 0.0002
financement du Cst et trend 0.6946 0.6149 0.0056 0.0001 I(1)
Trésor Sans 0.6561 0.6512 0.0000 0.0000
Constante 1.0000 1.0000 0.0127 0.0127 Non conclu-
PIB non agri- Cst et trend 0.9883 0.9903 0.0004 0.0004 ant Recours
cole Maroc au test KPSS
Sans 1.0000 1.0000 0.8166 0.1149 I(1)
Constante 0.0049 0.0199 0.0194 0.0206
I(1)
IPC Maroc Cst et trend 0.9310 0.9320 0.0082 0.0111
Seuil 10%
Sans 0.9641 0.9997 0.1505 0.0582
Constante 0.8778 0.8778 0.0013 0.0016
PIB de l’Union
Cst et trend 0.8036 0.6750 0.0071 0.0092 I(1)
Européenne
Sans 1.0000 1.0000 0.0108 0.0119
Constante 0.0000 0.0000 - -
Recettes des
Cst et trend 0.0001 0.0001 - - I(0)
privatisations
Sans 0.0000 0.0000 - -
Constante 0.9345 0.9530 0.0000 0.0000
Prix du pétrole Cst et trend 0.6680 0.7129 0.0000 0.0000 I(1)
Sans 0.8557 0.8557 0.0000 0.0000
Charge de com- Constante 0.4648 0.5457 0.0000 0.0000
pensation sur Cst et trend 0.0458 0.0456 0.0000 0.0000 I(1)
prix du pétrole Sans 0.5895 0.7490 0.0000 0.0000
Source : Calculs auteur
6.3.1.2. Spécification du modèle et résultats
Le modèle retenu suppose quatre variables endogènes en première différence, à sa-
voir :
• Le solde de financement du Trésor ;
• Le solde du compte courant ;
• Le PIB non agricole à prix constants ;
148
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
• L’IPC.
• Le modèle proposé intègre aussi, en plus d’une constante, les variables ex-
ogènes suivantes :
• Le PIB de l’Union européenne, en première différence ;
• Le prix du pétrole, en première différence ;
• Le ratio des dépenses de compensation sur le prix du pétrole, en première
différence ;
• Les recettes des privatisations, en niveau.
En se basant sur les tests de retards optimaux et en recourant aux modèles VAR,
plusieurs versions sont testées et seules celles qui répondent aux différents tests de
spécification et de robustesse sont retenues. Ainsi, le nombre de retards retenus qui
permet de satisfaire aux différents tests est unitaire. De plus, l’existence d’éventuelles
relations de cointégration entre le solde de financement du Trésor et celui du compte
courant est testée et les résultats obtenus ne semblent pas concluants. Ainsi et en
absence de relation de cointégration entre les variables étudiées, il est impossible
de distinguer selon la procédure de Toda et Phillips (1991) ou encore celle de Toda
et Yamamoto (1995) les causalités de court et long terme.
Tableau 5 : Cointégration entre les variables
Selected (0.05 level*) number of cointegrating relations by model
data trend: none none linear linear quadratic
test type No intercept Intercept Intercept Intercept Intercept
No trend No trend No trend No trend Trend
Trace 0 0 0 0 0
Max-eig 0 0 0 0 0
*critical values based on mackinnon-haug-michelis (1999)
Source : Calculs auteur
6.3.1.3. Causalité au sens de Granger
Il ressort des éléments d’analyse (modèles en annexe) et en particulier des tests
de Causalité au sens de Granger qu’il est possible de rejeter l’hypothèse nulle qui
stipule que le solde de financement du Trésor ne cause pas au sens de Granger le
solde du compte courant. Ainsi, il est relevé statistiquement que le solde budgétaire
cause au sens de Granger le solde du compte courant. En outre, il ressort de ces
mêmes résultats que le compte courant est causé aussi par la croissance du PIB non
agricole.
En parallèle, les tests de causalité au sens de Granger permettent de préciser que
le compte courant ne cause pas, pour sa part, le solde de financement du Trésor.
Ces différents éléments permettent ainsi de préciser l’existence d’une relation de
149
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
causalité au sens de Granger et unidirectionnelle entre le solde de financement du
Trésor et celui du compte courant.
Tableau 6 : Test de causalité au sens de Granger
VAR Granger Causality/Block Exogeneity Wald Tests
Date: 05/03/15 Time: 02:37
Sample: 1980 2014
Included observations: 33
Dependent variable: D(BF_BOP)
Excluded Chi-sq Df Prob.
D(BF_BUD) 6.904123 1 0.0086
D(IPC) 0.187453 1 0.6650
D(GDPRNA) 8.917729 1 0.0028
All 23.68273 3 0.0000
Dependent variable: D(BF_BUD)
Excluded Chi-sq df Prob.
D(BF_BOP) 1.769907 1 0.1834
D(IPC) 1.960965 1 0.1614
D(GDPRNA) 2.833722 1 0.0923
All 4.479087 3 0.2142
Source : Calculs auteur
Sur la base des tableaux de décomposition des variances, il s’avère que les
fluctuations du solde de financement budgétaire sont essentiellement expliquées par
les chocs sur cette même variable, ‘soit la gestion même de la politique budgétaire’.
Une proportion d’explication qui se réduit au bout de la deuxième année à 85,9%
avant de se stabiliser autour de 84,2%. Il ressort aussi du premier tableau que la
contribution à la volatilité de la série de la croissance non agricole est limitée à 7,4%
et celle du solde du compte courant à 4,4%.
150
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Tableau 7 : Décomposition de la variance
Variance Decomposition of D(BF_BUD):
Period S.E. D(BF_BUD) D(BF_BOP) D(IPC) D(GDPRNA)
1 6623.996 100.0000 0.000000 0.000000 0.000000
2 7167.429 85.94574 3.060484 3.595009 7.398769
3 7271.083 84.24561 4.419642 3.973122 7.361624
4 7280.388 84.27547 4.411690 3.965322 7.347523
5 7281.752 84.24405 4.417247 3.969946 7.368756
6 7281.972 84.24082 4.420642 3.970051 7.368483
7 7282.008 84.24065 4.420655 3.970133 7.368559
8 7282.014 84.24052 4.420673 3.970127 7.368683
9 7282.015 84.24051 4.420678 3.970130 7.368684
10 7282.015 84.24050 4.420678 3.970135 7.368687
Variance Decomposition of D(BF_BOP):
Period S.E. D(BF_BUD) D(BF_BOP) D(IPC) D(GDPRNA)
1 6750.286 5.125322 94.87468 0.000000 0.000000
2 8633.718 16.25323 63.15578 3.926512 16.66448
3 8842.947 16.00345 60.27730 3.999720 19.71953
4 8884.617 15.87901 59.74874 4.504864 19.86739
5 8912.620 15.79226 59.42641 4.735004 20.04632
6 8919.994 15.77262 59.33291 4.796833 20.09764
7 8922.366 15.76501 59.30206 4.825751 20.10719
8 8923.315 15.76170 59.29051 4.835999 20.11179
9 8923.616 15.76078 59.28674 4.839279 20.11320
10 8923.717 15.76046 59.28547 4.840476 20.11360
Variance Decomposition of D(IPC):
Period S.E. D(BF_BUD) D(BF_BOP) D(IPC) D(GDPRNA)
1 4.323891 17.85984 6.664164 75.47600 0.000000
2 4.702572 16.43111 6.543370 76.98447 0.041054
3 4.778069 16.08126 6.663507 77.03789 0.217340
4 4.794042 16.03510 6.656573 77.03039 0.277939
5 4.798163 16.01472 6.654058 77.02917 0.302050
6 4.799353 16.00820 6.653838 77.02475 0.313216
7 4.799694 16.00642 6.653512 77.02310 0.316967
8 4.799802 16.00580 6.653403 77.02252 0.318284
9 4.799837 16.00559 6.653370 77.02228 0.318760
151
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
10 4.799848 16.00553 6.653357 77.02220 0.318920
Variance Decomposition of D(GDPRNA):
Period S.E. D(BF_BUD) D(BF_BOP) D(IPC) D(GDPRNA)
1 5224.502 0.292010 5.415512 8.262582 86.02990
2 5723.602 0.975207 4.619657 12.86523 81.53991
3 5959.021 0.941047 4.515944 15.45720 79.08581
4 6040.134 0.936271 4.507645 16.18843 78.36765
5 6065.317 0.944366 4.484907 16.49925 78.07148
6 6074.756 0.942959 4.482495 16.61749 77.95706
7 6077.961 0.943353 4.481734 16.65634 77.91857
8 6079.024 0.943560 4.481257 16.67023 77.90495
9 6079.392 0.943584 4.481162 16.67504 77.90021
10 6079.516 0.943604 4.481129 16.67665 77.89862
Cholesky Ordering: D(BF_BUD) D(BF_BOP) D(IPC) D(GDPRNA)
Source : Calculs auteur
6.3.1.4. Décomposition de la variance
En parallèle, la décomposition de la variance du solde de financement du compte
courant est expliquée essentiellement par les chocs survenant sur son historique
ainsi que ceux sur le PIB non agricole et le solde de financement budgétaire. Durant
la première année, le déficit du compte courant contribue à hauteur de 94,9% dans
l’explication de son évolution. Toutefois, celle-ci baisse d’une manière significative
pour revenir à 63,2% durant la deuxième année, au profit du PIB non agricole
pour 16,7% et le besoin de financement du Trésor pour 16,3%, et se stabilise
graduellement autour de 59,3% à partir de quatrième année.
En somme, le solde de financement du Trésor s’avère une source importante
d’explication pour son propre compte mais aussi relativement importante pour le
solde du compte courant alors que ce dernier ne constitue pas une source importante
d’explication pour le besoin de financement du Trésor.
6.3.1.5. Causalité instantanée
Sur la base des éléments discutés précédemment, une analyse des coefficients de
corrélation entre les résidus des deux premiers vecteurs du modèle VAR estimé
précédemment est effectuée.
Il en ressort un coefficient de corrélation contemporain de 0,23 mais dont la
significativité est rejetée à hauteur de 21%. Ainsi, il est conclu l’absence de causalité
152
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
instantanée entre le besoin de financement du Trésor et le solde du compte courant.
Tableau 8 : Causalité instantanée : corrélation des résidus
Covariance Analysis: Ordinary
Date: 08/08/15 Time: 12:39
Sample (adjusted): 1982 2014
Included observations: 33 after adjustments
Balanced sample (listwise missing value deletion)
Correlation
Probability
Cases RESID29 RESID30
RESID29 1.000000
-----
33
RESID30 0.226392 1.000000
0.2052 -----
33 33
Source : Calculs auteur
153
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Tableau 9 : Corrélations dynamiques des résidus
Source : Calculs auteur
6.4. Besoin/capacité de financement du « secteur privé »
Sur la base des développements présentés précédemment, il est possible de réécrire :
Ainsi, le solde de financement du « secteur privé » n’est autre que la différence entre
le solde du compte courant et le besoin de financement du Trésor. Ce secteur englobe
notamment les ménages, les sociétés financières, celles non financières ainsi que les
collectivités locales ou encore les administrations de sécurité sociale.
L’adoption de cette définition bien qu’incorporant plusieurs constituant séparâtes
permet de ressortir certaines conclusions dont la portée peut s’avérer intéressante.
154
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Schéma 2 : Secteur privé par secteur institutionnel
Secteur privé
Administrations Sociétés non Sociétés
de sécurité Ménages
financières financières
sociale
Sources : Système de la comptabilité nationale et schéma auteur
Graphique 7 : Besoin de financement du secteur privé, % du PIB
Source : Calculs auteur
Ce graphique indique globalement l’ampleur des effets de la crise sur le « secteur
privé », dont le besoin de financement a atteint des proportions importantes et a
perduré sur l’ensemble de la période post-crise économique internationale. Ainsi,
alors que sur l’ensemble de la période 1980-2007, le besoin de financement du sec-
teur ne revêtait qu’un caractère conjoncturel, il est important de signaler un ren-
versement de tendance de taille, qui renvoie éventuellement sur une phase de beso-
in de financement structurel du secteur. Ces éléments devraient être pris en compte
par les décideurs publics afin d’asseoir des politiques de relances parallèlement à
une certaine vigueur en matière de gestion budgétaire.
Une décomposition en tendance et cycle à travers le filtre HP indique globalement
l’ampleur des effets de la crise sur le « secteur privé », dont le besoin de financement
a atteint des proportions importantes et a perduré sur l’ensemble de la période
post-crise économique internationale. Ainsi, alors que sur l’ensemble de la période
155
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
1980-2007, le secteur privé dégageait globalement un excédent de financement
et que le besoin ou déficit de financement du secteur ne revêtait qu’un caractère
conjoncturel, il est important de signaler un renversement de taille de cette tendance,
avec une phase de déficit longévité de huit années successives dont six années au
niveau du solde structurel. Ceci peut être interprété comme une phase de besoin de
financement structurel du secteur privé.
Tableau 10 : Besoin de financement du secteur privé, en % du PIB
Total Tendance Cycle
1980-1984 1.9 2.4 -0.6
1985-1989 4.5 3.2 1.4
1990-1994 1.7 2.4 -0.7
1995-1999 1.2 2.7 -1.5
2000-2005 6.1 3.7 2.4
2006 4.4 2.2 2.1
2007 -0.9 1.4 -2.3
2008-2014 -2.4 -1.3 -1.1
Source : Calculs auteur
6.5. Vers une redécouverte des déficits jumeaux
Dans ce qui suit, il est question d’examiner l’hypothèse des déficits jumeaux à
travers l’exploitation des données de la comptabilité nationale établies par secteurs
institutionnels. Ce découpage s’intéresse en particulier au regroupement des unités
institutionnelles en secteurs institutionnels à objet économique globalement proche.
Ainsi, il est distingué le secteur des administrations publiques, celui des ménages (y
compris les ISBLM), les sociétés financières et celles non financières.
Les données existantes à l’échelle nationale couvrent la période 1998-2013 en
fréquence annuelle, ce qui limite considérablement la robustesse des résultats
statistiques obtenus. Toutefois, cette approche permet de donner un regard croisé
à cette problématique à travers notamment un champ de couverture différent du
secteur public et une répartition du « secteur privé » en ménages, sociétés financières
et non financières.
156
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Graphique 8 : Besoin/capacité de financement par secteurs institution-
nels, en % du PIB
Sources : HCP, Ministère de l’économie et des finances et calculs auteur
La répartition par secteur institutionnel du besoin de financement de l’économie
s’avère très révélatrice. Elle fait ressortir, en effet :
• Un déficit structurel au niveau des sociétés non financières, qui atteint un
maximum de 11,2% du PIB en 2008 et 8,1% en moyenne depuis contre 2,7% du
PIB entre 1998 et 2007 ;
• Un effondrement des capacités de financement des ménages depuis 2007 pour
s’établir en moyenne à 1,1% du PIB (2007-2013), soit un niveau proche de celui
de 0,7% enregistré entre 1998 et 2000, contre 5,7% du PIB sur la période 2001-
2006 ;
• Un retour aux déficits de financement au niveau des administrations publiques,
soit 3,1% du PIB entre 2011 et 2013 après un excédent de 1,9% entre 2006 et
2010 et un besoin de 1,6% sur la période s’étalant de 1998 et 2005 ;
• Un excédent de financement stable de l’ordre de 1,4% du PIB sur la période
d’analyse.
Concernant en particulier le secteur public, il ressort des éléments discutés
jusqu’ici que l’administration centrale enregistre entre 1998 et 2013 un déficit de
financement bien plus important que celui des administrations publiques. En effet,
le solde de financement de la première atteint 3,3% du PIB contre 0,8% pour les
administrations publiques.
En absence d’un historique suffisant pour mener des analyses correctes de la Causalité
au sens de Granger, il est proposé une lecture des coefficients de corrélation entre les
capacités/besoins de financement de chaque secteur et le solde du compte courant. Il
en ressort notamment que le coefficient de corrélation entre le solde de financement
du compte courant et celui des sociétés non financières atteint 0,84, celui avec les
157
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
ménages 0,76 alors que la corrélation avec les administrations publiques est nulle.
Ce résultat interpelle notamment sur les corrélations dynamiques qui corroborent
globalement les éléments obtenus.
Tableau 10 : Matrice des coefficients de corrélation
BOP APU SNF SF MEN
BOP 1.000000
APU 0.001110 1.000000
SNF 0.839959 -0.395286 1.000000
SF -0.210735 -0.442759 0.124995 1.000000
MEN 0.755052 -0.403794 0.605761 -0.220025 1.000000
Source : Calculs auteur
En effet, le coefficient de corrélation dynamique atteint un maximum de 0,44
entre le solde du compte courant et celui des administrations publiques avec un
retard de 4 périodes alors qu’il enregistre des valeurs de 0,84 en instantané avec le
solde de financement des sociétés non financières, 0,76 avec celui des ménages en
instantané et 0,67 avec celui des sociétés de financement au 6ème retard. Ceci indique
une certaine faiblesse dans l’interrelation existante entre la dynamique du solde du
compte courant et celle du solde de financement des administrations publiques.
Tableau 11 : Corrélations dynamiques entre le solde du compte courant
et le solde de financement du secteur institutionnel des APU
Source : Calculs auteur
158
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Tableau 12 : Corrélations dynamiques entre le solde du compte courant
et le solde de financement du secteur institutionnel des SNF
Source : Calculs auteur
Tableau 13 : Corrélations dynamiques entre le solde du compte courant
et le solde de financement du secteur institutionnel des SF
Source : Calculs auteur
159
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Tableau 14 : Corrélations dynamiques entre le solde du compte courant
et le solde de financement du secteur institutionnel des Ménages
Source : Calculs auteur
Par ailleurs, il est important de signaler que les coefficients de corrélations entre la
situation des administrations publiques et celles des ménages (-0,40), des sociétés
financières (-0,44) et non financières (-0,395) ressort négative.
Tableau 15 : Corrélations dynamiques entre le solde de financement
des secteurs institutionnels des APU et des SNF
Source : Calculs auteur
160
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Tableau 16 : Corrélations dynamiques entre le solde de financement
des secteurs institutionnels des APU et des SF
Source : Calculs auteur
Tableau 17 : Corrélations dynamiques entre le solde de financement
des secteurs institutionnels des APU et des Ménages
Source : Calculs auteur
Ce résultat semble globalement se confirmer à travers les coefficients de corrélations
dynamiques qui corroborent l’existence de cette relation négative entre le solde de
financement des administrations publiques et celui, notamment, des sociétés non
161
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
financières et des ménages. Relativement aux sociétés financières, le coefficient de
corrélation semble changer de signe avec un retard unitaire. Toutefois ces résultats
restent limités par une longévité réduite des données traitées.
Dans ce qui suit nous essayons d’expliquer la contribution des soldes de financement
par secteurs institutionnels à l’inertie globale du solde du compte courant, exprimés
en pourcentage du PIB. Ceci devrait être effectué à travers l’utilisation de la méthode
ACP qui vise en général à réduire le nombre de dimensions des données, en
recherchant celles suivant lesquelles les classes se séparent le mieux.
La décomposition en composantes principales laisse envisager deux axes d’analyses
permettant d’expliquer 82,2% de l’inertie globale du solde du compte courant.
Le premier axe ressort fortement et positivement corrélé avec le solde du compte
courant, le solde de financement des ménages et celui des sociétés non financières
alors que le deuxième axe est positivement corrélé avec le solde de financement
des administrations publiques et négativement corrélé avec celui des sociétés
financières.
Ainsi, le solde du compte courant semble être plus lié à la situation des ménages
et celle des sociétés non financières qu’à celle des administrations publiques. Ne
disposant pas d’une longévité suffisante pour traiter aussi bien la stationnarité
que la causalité au sens de Granger, cet exercice permet de relativiser les résultats
obtenus dans les sections précédentes et indique ainsi le caractère systémique du
choix des variables pour pouvoir conclure sur la nature et le sens des relations de
causalités au sens de Granger.
Tableau 17 : Analyse en composantes principales
Eigenvalues: (Sum = 5, Average = 1)
Cumulative Cumulative
Number Value Difference Proportion Value Proportion
1 2.601630 1.089892 0.5203 2.601630 0.5203
2 1.511738 0.861242 0.3023 4.113368 0.8227
3 0.650496 0.414386 0.1301 4.763864 0.9528
4 0.236110 0.236084 0.0472 4.999974 1.0000
5 2.62E-05 --- 0.0000 5.000000 1.0000
Variable PC 1 PC 2 PC 3 PC 4 PC 5
BOP 0.557179 0.270933 0.343572 0.138991 -0.691944
MEN 0.547420 0.095029 -0.433963 0.597220 0.382499
APU -0.268178 0.625479 0.552150 0.313085 0.366011
SNF 0.563061 -0.101415 0.371955 -0.543068 0.489289
SF -0.030435 -0.718370 0.500414 0.480692 0.039240
Source : Calculs auteur
162
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Schéma 3 : Résultats ACP
Source : Calculs auteur
163
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Conclusion
L’objet de cet article a été de vérifier l’hypothèse des déficits jumeaux au Maroc à
travers une exploration des données statistiques s’étalant de 1980 à 2014. Ce travail
a permis de préciser l’existence d’une relation de cause à effet unilatérale et retardée
au sens de Granger du besoin de financement du Trésor au solde du compte courant.
Il a permis aussi de ‘rejeter’ l’existence d’une causalité instantanée entre ces deux
déficits. Aussi l’analyse de la cointégration ne semble-t–elle pas concluante ce qui
exclut l’analyse de la causalité au sens de Toda et Phillps ou encore celle au sens de
Toda et Yamamoto.
Toutefois, cette première conclusion a été légèrement relativisée dans la dernière
section du papier qui démontre que les résultats obtenus restent largement
tributaire de la définition même du « secteur public », du choix des données et que les
évolutions constatées au sein du « secteur privé » peuvent contenir des tendances bien
disparates. En effet, il est observé notamment un déficit de financement persistant
au niveau des sociétés non financières, qui atteint un maximum de 11,2% du PIB
en 2008 et 8,1% en moyenne depuis le début de la crise économique internationale
contre 2,7% du PIB entre 1998 et 2007. En outre, la capacité de financement des
ménages est revenue de 5,7% du PIB entre 2001 et 2006 à seulement 1,1% du PIB
entre 2007 et 2013.
En parallèle, il a été observé une certaine corrélation négative entre le solde
de financement des administrations publiques et celui des autres secteurs
institutionnels, ce qui interpelle sur la nature des relations économiques régissant
notamment l’investissement public avec celui des sociétés non financières et
l’épargne des ménages.
Ainsi, au-delà des limites purement statistiques liées en partie à la longévité de
l’échantillon traité, l’existence ou pas des déficits jumeaux au Maroc nécessite
davantage d’investigation à travers des traitements plus détaillés par composante
des deux soldes mais aussi une lecture plus rétrospective qui s’intéresserait à
une longévité plus importante des données. Ceci s’avère d’une grande importance
pour les décideurs politiques. En effet, l’une des conclusions à tirer de ce travail
consiste à l’intérêt de repenser la nature de la relation régissant ces deux agrégats
et à relativiser l’ampleur des pressions émanant de la politique budgétaire sur le
compte courant afin de pouvoir asseoir des politiques de relance à même de garantir
aussi bien la viabilité des équilibres macroéconomiques qu’une pérennisation de
la croissance économique. Cette dernière, et plus particulièrement sa composante
non agricole, a enregistré durant les dernières années un net essoufflement de son
dynamisme dont la croissance est revenue de 4,4% en moyenne entre 2003 et 2012
à 1,9% entre 2013 et 2014, avec notamment des secteurs économiques stratégiques
laissés à l’abandon. Enfin, il est important de prendre compte des canaux directs et
indirects régissant la relation entre ‘secteur public’ dans ses différentes dimensions
et les autres secteurs économiques.
164
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Bibliographie
• DIARRA M. (2014). «L’hypothèse des déficits jumeaux : une évaluation empirique
appliquée aux pays de l’UEMOA», Revue Economique et Monétaire, N°15 ;
• Mossadak A., (2013), «Twin deficits in Morocco: An empirical investigation»,
International Jounrnal of Business and Social Research;
• Artatrana R. (2011). «Twin Deficits or Distant Cousins? Evidence from India»,
Economics Faculty Working Papers;
• Bluedorn J. C., and Leigh D. (2011). «Revisiting the twin deficits hypothesis: the
effect of fiscal consolidation on the current account». IMF Economic Review, 59
(4), 582-602;
• Abbas S.M., Bouhga-Hagb A., Fatás J., Mauro P. and Velloso R.C. (2010), «Fiscal
Policy and the Current Account», CEPR Discussion Paper 7859;
• Kumhof M. and Laxton D., (2009), «Fiscal Deficits and Current Account Deficits,»
IMF Working Paper WP/09/237.
• Acaravci A. and Ozturk I. (2008). «Twin Deficits Phenomenon: Empirical
Evidence from the ARDL Bound Test Approach for Turkey», Bulletin of Statistics
and Economics, 2.
• Lettre Trésor Eco, France, N°20 (2007). «Faut-il s’inquiéter des déséquilibres de
balances courantes en union monétaire ? «
• Jobert T. and Zeyneloglu I. (2006) «Peut-on parler de déficits jumeaux pour
la Turquie ? Une étude empirique sur la période 1988-2000», Economie
Internationale.
• Bartolini L. and Labiri A. (2006). «Twin deficits, twenty years latter». Current
Issues in Economics and Finance, 12 (7), pp. 1-7.
• Chinn, Menzie D. (2005). «Getting Serious about the Twin Deficits.» Council on
Foreign Relations, Council Special Report no. 10, September.
• Kim, Soyoung, and Nouriel Roubini. (2004). «Twin Deficits or Twin Divergence?
Fiscal Policy, Current Account and Real Exchange Rate in the U.S.» Mimeo, Korea
University and New York University.
• Toda H.Y. and Yamamoto T. (1995). «Statistical inferences in vector
autoregressions with possibly integrated processes» Journal of Econometrics.
• Dufour J.M., Renault E. (1992) : «Causalités à court et à long terme dans les
modèles VAR et ARIMA multivariés», Document de travail CRDE – Université de
Montréal.
• Toda, H.Y. and P.C.B. Phillips (1991): «Vector Auto regression and Causality: A
Theoretical Overview and Simulation Study», Cowles Foundation Discussion
Paper n°. 1001, Yale University.
• Abell, J. D. (1990). : «Twin deficits during the 1980s: an empirical investigation»
Journal of Macroeconomics , 12 (1), 81-96.
165
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Annexes
Causalité au sens de Granger
VAR Granger Causality/Block Exogeneity Wald Tests
Date: 05/03/15 Time: 02:37
Sample: 1980 2014
Included observations: 33
Dependent variable: D(BF_BUD)
Excluded Chi-sq Df Prob.
D(BF_BOP) 1.769907 1 0.1834
D(IPC) 1.960965 1 0.1614
D(GDPRNA) 2.833722 1 0.0923
All 4.479087 3 0.2142
Dependent variable: D(BF_BOP)
Excluded Chi-sq df Prob.
D(BF_BUD) 6.904123 1 0.0086
D(IPC) 0.187453 1 0.6650
D(GDPRNA) 8.917729 1 0.0028
All 23.68273 3 0.0000
Dependent variable: D(IPC)
Excluded Chi-sq df Prob.
D(BF_BUD) 0.150193 1 0.6984
D(BF_BOP) 0.012485 1 0.9110
D(GDPRNA) 0.015885 1 0.8997
All 0.231639 3 0.9723
Dependent variable: D(GDPRNA)
Excluded Chi-sq df Prob.
D(BF_BUD) 0.000625 1 0.9800
D(BF_BOP) 1.237121 1 0.2660
D(IPC) 0.580937 1 0.4459
All 2.157779 3 0.5403
166
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Vector Autoregression Estimates
Date: 05/03/15 Time: 02:11
Sample (adjusted): 1982 2014
Included observations: 33 after adjustments
Standard errors in ( ) & t-statistics in [ ]
D(BF_BUD) D(BF_BOP) D(IPC) D(GDPRNA)
D(BF_BUD(-1)) -0.129487 -0.455203 -4.30E-05 0.003353
(0.17000) (0.17324) (0.00011) (0.13408)
[-0.76169] [-2.62757] [-0.38755] [ 0.02501]
D(BF_BOP(-1)) 0.205032 -0.135827 1.12E-05 -0.135200
(0.15412) (0.15705) (0.00010) (0.12155)
[ 1.33038] [-0.86484] [ 0.11174] [-1.11226]
D(IPC(-1)) 522.6125 164.6618 0.446526 -224.3543
(373.203) (380.318) (0.24361) (294.354)
[ 1.40034] [ 0.43296] [ 1.83294] [-0.76219]
D(GDPRNA(-1)) 0.402322 -0.727318 -1.97E-05 0.370875
(0.23900) (0.24355) (0.00016) (0.18850)
[ 1.68337] [-2.98626] [-0.12604] [ 1.96747]
C -15774.71 739.9033 4.812115 6928.820
(6817.55) (6947.53) (4.45024) (5377.16)
[-2.31384] [ 0.10650] [ 1.08132] [ 1.28856]
D(GDPUE) 2566.371 1689.720 0.102059 847.5838
(849.668) (865.868) (0.55463) (670.153)
[ 3.02044] [ 1.95148] [ 0.18401] [ 1.26476]
D(PETROLE) -310.5176 -355.3630 0.016114 80.15683
(172.303) (175.588) (0.11247) (135.899)
[-1.80216] [-2.02385] [ 0.14327] [ 0.58982]
D(COMP/PE- 3.498816 -73.28980 0.008358 30.06751
TROLE)
(21.7320) (22.1463) (0.01419) (17.1406)
[ 0.16100] [-3.30934] [ 0.58921] [ 1.75417]
PRIVAT -0.448178 0.969911 -0.000357 0.290134
(0.28355) (0.28896) (0.00019) (0.22365)
[-1.58057] [ 3.35655] [-1.92638] [ 1.29729]
R-squared 0.517917 0.731265 0.338561 0.606067
Adj. R-squared 0.357223 0.641686 0.118082 0.474757
167
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Sum sq. resids 1.05E+09 1.09E+09 448.7049 6.55E+08
S.E. equation 6623.996 6750.286 4.323891 5224.502
F-statistic 3.222995 8.163400 1.535567 4.615516
Log likelihood -331.9195 -332.5427 -89.88762 -324.0873
Akaike AIC 20.66179 20.69956 5.993189 20.18711
Schwarz SC 21.06992 21.10770 6.401328 20.59525
Mean depend- -1075.227 -1313.370 7.815723 13559.79
ent
S.D. dependent 8262.087 11276.92 4.604268 7208.827
Determinant resid covariance (dof adj.) 6.29E+23
6.29E+23
Determinant resid covariance 1.76E+23
1.76E+23
Log likelihood -1070.444
-1070.444
Akaike information criterion 67.05720
67.05720
Schwarz criterion 68.68975
68.68975
168
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
Tests de spécification et de validation
VAR Residual Serial Correlation LM Tests
Null Hypothesis: no serial correlation at lag order h
Date: 05/03/15 Time: 02:19
Sample: 1980 2014
Included observations: 33
Lags LM-Stat Prob
1 15.48952 0.4891
2 12.03036 0.7419
3 11.77034 0.7596
4 21.35517 0.1653
5 15.03066 0.5224
6 12.96387 0.6754
7 14.23589 0.5811
8 11.24539 0.7941
Probs from chi-square with 16 df.
Date: 05/03/15 Time: 02:26
Sample: 1980 2014
Included observations: 33
Series: BF_BOP BF_BUD
Lagsinterval: 1 to 1
Selected (0.05 level*) Number of Cointegrating Relations by Model
Data Trend: None None Linear Linear Quadratic
Test Type No Intercept Intercept Intercept Intercept
Intercept
No Trend No Trend No Trend Trend Trend
Trace 0 0 0 0 0
Max-Eig 0 0 0 0 0
*Critical values based on MacKinnon-Haug-Michelis (1999)
169
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
VAR Residual Portmanteau Tests for Autocorrelations
Null Hypothesis: no residual autocorrelations up to lag h
Date: 05/03/15 Time: 02:31
Sample: 1980 2014
Included observations: 33
Lags Q-Stat Prob. Adj Q-Stat Prob. df
1 8.097822 NA* 8.350879 NA* NA*
2 19.48654 0.8825 20.47435 0.8466 28
3 31.30834 0.9247 33.47834 0.8756 44
4 49.49308 0.8314 54.17131 0.6876 60
5 59.87715 0.9129 66.40968 0.7759 76
6 69.96380 0.9578 78.73780 0.8363 92
7 80.59292 0.9775 92.22861 0.8609 108
8 89.23394 0.9921 103.6348 0.9080 124
9 101.7200 0.9937 120.8031 0.8778 140
10 113.9728 0.9953 138.3832 0.8412 156
11 127.3288 0.9956 158.4172 0.7631 172
12 143.7418 0.9930 184.2090 0.5645 188
*The test is valid only for lags larger than the VAR lag order.
df is degrees of freedom for (approximate) chi-square distribution
*df and Prob. may not be valid for models with exogenous variables
170
Orientation de la politique budgétaire et cycle de croissance
171