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DES MONNAIES GRECQUES EN THÉBAIDE : TROUVAILLES MONÉTAIRES DANS KARNAK PTOLÉMAIQUE THOMAS FAUCHER Les trouvailles monétaires faites ces dernières de percevoir ces échanges par l'intermédiaire des années et la redécouverte d'un certain nombre de diférents trésors appelés communément « hacksil­ trésors conservés dans les dépôts de ouilles ofrent ber » et trouvés un peu partout en Égypte (Kroll, des informations capitales quant à l'utilisation et 2001). Il s'agit d'ensembles métalliques, en argent, la circulation dans l'Égypte hellénistique 1• Jusqu'à majoritairement composés de métal brut mais aussi présent les publications s'étaient plutôt concentrées de monnaies. Près d'une vingtaine d'entre eux sont sur la Basse Égypte et le Fayoum où les recherches conservés au Musée égyptien du Caire. Mais leurs étaient plus directement liées à l'étude des niveaux chronologies sont diiciles à établir puisque leurs hellénistiques. Dans le sud de l'Égypte, où l'étude contextes archéologiques demeurent le plus souvent des temples et des niveaux pharaoniques reste la prio­ inconnus. Ces arrivages de monnaies sont souvent rité des fouilleurs, les monnaies n'ont été que peu mis en relation avec les guerres médiques et la étudiées. On peut le comprendre, le temps nécessaire présence de plus en plus régulière de mercenaires à la restauration des pièces, l'obligation de recourir à dans le pays (Picard, 2012b). Nous avons la preuve un spécialiste et laspect souvent fruste des monnaies de cette activité prémonétaire en hébaïde avec la n'ayant pas encouragé les directeurs de mission à aire découverte, dans la fouille des quartiers des prêtres à des monnaies un objectif prioritaire2. Pourtant, Karnak, d'un ensemble en argent. Ce trésor est étudié nombre d'entre eux ont enregistré ces pièces dans plus avant dans cet ouvrage par Aurélia Masson, je l'espoir d'une étude future qui n'a souvent jamais renvoie donc à son analyse. vu le jour. Lorsqu'il peur être exhumé, ce matériel, Dans ces groupements de métal précieux, les le plus souvent inédit, apporte un éclairage nouveau monnaies sont toujours mélangées avec des lingots sur les pratiques monétaires de la Haute Égypte qu'il de plus ou moins grande taille et, souvent, d'autres faut confronter aux trouvailles de Basse Égypte. objets comme des bijoux. Dans ces cas-là, le métal est pesé dans chaque transaction et c'est bien le poids qui constirue sa valeur; le dessin imprimé sur la LA THÉBAÏDE PR:MONÉTAl.RE monnaie n'a alors pas d'importance, ce que conirme F la présence récurrente de pièces découpées et cisail­ lées. D'ailleurs, la thésaurisation de ces ensembles Dans l'Égypte tardive, bien avant l'apparition prémonétaires ne s'arrête pas lors de la période hellé­ de la monnaie, une économie prémonétaire s'était nistique et romaine. Un certain nombre de ces trésors déjà développée. Outre les échanges en monnaie de continuent à être enfouis plus tard (Noeske, 1993, compte (en pain, en métal ou autres), il est possible p. 204-205; Vargyas, 2002, p. 1183-1194), prouvant l4l F� T H O M A S F A U C H E R ainsi la coexistence et la survivance de cette écono­ évidemment avec les cirés du nord de l'Égypte, au mie prémonétaire, quand bien même des espèces premier rang desquelles Naucratis, on pouvait s'en monnayées circulent dans le royaume. Leur impor­ douter, ainsi qu'Alexandrie et Héracleion, mais égale­ tance diminue tout de même dès le ye s. avec l'appa­ ment Saqqarah, où un nombre assez important de rition des chouettes athéniennes, ces monnaies qui petites monnaies de bronze d'Asie Mineure ou de circulaient dans l'ensemble de la Méditerranée. Les Grèce a été trouvé. nouveaux trésors monéraires, constitués, eux, unique­ Pour l'époque hellénistique, peu nombreux sont ment de monnaies, deviennent alors la norme. Des les sires desquels les monnaies ont été publiées. Il en textes font référence à l'utilisation de ces pièces. Par résulte que l'information que!'on peut entrevoir est exemple, un groupe d'ostraca de la in du yc s., prove­ assez parcellaire, ne tenant compte que d'un nombre nant d'Ayn Manawir, près de Douch, mentionne une limité de cas. Ici treize sires au total, souvent des pénalité de «cinq statères équivalent à 1 deben ». Il publications partielles, ont permis d'établir ces cartes ne ait pas de doute alors que la monnaie est utili­ de distribution (Faucher, 2011). Les découvertes sée en tant que telle et donc comptée et non plus de trésors monétaires sont rares et correspondent pesée. Sa présence dans un endroit aussi reculé que souvent à des épisodes économiques précis, sans qu'il Kharga laisse peu de doute sur la circulation de ces soit toujours possible d'en tirer des informations sur pièces. Il est évidemment tentant de penser qu'il en la circulation à l'intérieur du pays. Autrement dit, était de même en hébaïde, où ces monnaies circu­ la situation n'est pas idéale. Mais il est quand même laient vraisemblablement 3. possible de tirer quelques conclusions de ces infor­ mations éparses. LES PREMIERS TEMPS DE LA MONÉTARISATION TROUVAILLES DE MONNAIES - DE BRONZE - Dans les premiers temps, il est difficile de s'étendre sur cette monétarisation. Il ne audrait À partir de la deuxième série des monnaies de pas vouloir trop faire parler ces maigres documents. bronze lagide, c'est-à-dire à la charnière entre le rve .économie est restée jusqu'à une période très tardive, et le lW s., Ptolémée I impose un système moné­ essentiellement non monétaire. Les cartes dressées taire fermé (Picard, Faucher, 2012). Les monnaies par . Duyrat à propos du trésor de Damanhur, dans étrangères ne sont alors plus autorisées et doivent le cadre d'un article qui aisait le point sur la circula­ être changées aux frontières du royaume contre des tion de la monnaie d'argent à la in de l'époque perse espèces locales. Cette fermeture a été très bien respec­ et au début de l'époque lagide, montrent bien que tée, si bien que l'on n'a jamais trouvé en hébaïde de la Thébaïde est moins touchée par la circulation des monnaies non ptolémaïques dans les fouilles après monnaies en argent que la Basse Égypte (Duyrat, cette date. Dans le cas de la monnaie de bronze, les 2005). Concernant les trésors de monnaies d'argent aires de circulation étaient de toute façon locales, découverts en Égypte datant d'avant la conquête voire régionales, mais les monnaies circulaient moins macédonienne, la limite est relativement claire : que celles en argent ou en or. D'ailleurs, sur l'en­ aucune trouvaille en dessous d'Assiout. Bien sûr, il semble des monnaies ptolémaïques trouvées en faut être prudent, la découverte des trésors ne relé­ Thébaïde, seulement quarre proviennent d'ateliers tant pas toujours exactement la circulation moné­ autres qu'Alexandrie. Il s'agir principalement de taire, même si dans le cas présent la césure est nette. monnaies de la série 03, après la grande réforme de D'ailleurs, l'arrivée des Ptolémées et l'installation des Ptolémée II, à une époque où les monnaies circu­ clérouques sur le territoire égyptien élargissent peu laient davantage. l'aire de circulation de la monnaie d'argent. Mis à Les découvertes de monnaies antérieures à la part un trésor d'environ 300 monnaies trouvé à Qufr série 03, c'est-à-dire frappées avant 261, sont rares à la in du XIXe s., on ne retrouve pas de monnaies en Thébaïde. Les ouilles de quatre sites diférents d'argent au sud de l'Égypte. en ont tout de même livré: El Kab4, Éléphantine Le constat s'avère être le même pour le (Noeske, 1993), Ermenr (Mond, Myers, 1934, monnayage de bronze. À ma connaissance, aucune p. 115-120) et Kanak. Un trésor de monnaies de la monnaie antérieure à Ptolémée I n'a été découverte série 02 a quant à lui été trouvé à Mirgissa, plus au dans le sud de l'Égypte. Ces données contrastent sud (Le Rider, 1969). D ES M O N N AIES G R E C Q U ES E N T HÉB AlD E À cette époque encore l'économie monétaire n'a Fig. 1 : Trésor de monnaies de bronze trouvé pas réellement pris place. Il y a tout lieu de penser près de lenceinte que l'économie d'échanges reste largement majo­ de Nectanébo à Karnak [. A. Bellod, CFET]. ritaire. Même si dès le Nouvel Empire, des poids de cuivre, d'argent ou de grain étaient reconnus comme des étalons de valeur, ceux-ci se retrouvaient la plupart du temps dans des échanges d'objets ayant la même valeur. Quoi qu'il en soit, les papyrus et les ostraca montrent bien que les taxes prélevées sous Ptolémée I et jusqu'à la réforme iscale de Ptolémée II vers 264 le sont essentiellement en nature, en blé en l'occurrence. À partir de 261, les trouvailles sont plus nombreuses. Lapparition de la troisième série marque un changement important dans le monnayage de bronze lagide oü des grands modules apparaissent avec des monnaies pesant jusqu'à 100 g. Léventail des dénominations est aussi plus important, pouvant Après le court intermède de la série 08 en 115 aller jusqu'à six modules. Les séries 03, 04 et 05 et 114 (des monnaies portant la date du règne de représentent une période monétaire assez homo­ Ptolémée IX dont il n'a pas été trouvé d'exemplaire gène. Mais la in de la série 05 et l'introduction de la dans la région), les monnaies de la série 09 (113- série 06, que nous situons maintenant au tout début 37) circulent encore en hébaïde, peut-être moins du Il" s. 5, marque un épisode d'enfouissement de massivement que dans le reste de l'Égypte mais trésors, ce qui inluence l'idée que l'on peut se faire de apparemment de manière continue, en tout cas à ces trois séries. Une étude très récente, à partir d'un Karnak. trésor retrouvé en Moyenne Égypte, montre notam­ Les monnaies de Cléopâtre sont peu présentes, ment que la majorité des monnaies de la série 03 même si on voit la réapparition de monnaies en ont di être écartées de la circulation à l'introduc­ argent par l'intermédiaire d'un trésor trouvé à tion de la série 05 vers 220, lors d'un épisode qu'il Karnak. Cette trouvaille est à mettre en relation est encore diicile d'analyser6. Ce phénomène de avec l'augmentation importante du volume de la thésaurisation reste lié au décri d'une grande partie production de monnaies d'argent. À partir de 52, des monnaies. Un trésor illustre cette phase de tran­ l'atelier d'Alexandrie frappe des monnaies largement sition. Trouvé en 1968-1969 lors de fouilles à!'ouest dévaluées puisqu'elles ne contiennent plus d'un tiers du temple d'Opet, près de l'enceinte de Nectanébo, d'argent pour deux tiers de cuivre (Hazzard, Brown, cet ensemble de près de 700 pièces en bronze a clai­ 1984, p. 231-239; Hazzard, 1990, p. 89-99). La rement été enfoui avant le changement monétaire transition monétaire à !'époque romaine se fait de puisqu'aucune des monnaies ne porte de trace de manière assez douce puisque les monnaies en bronze contremarque (ig. 1) 7. Outre les trésors, les décou­ de Cléopâtre continuent à circuler avec les premières vertes de monnaies ci et là sur les sites laissent peu de monnaies d'Auguste dont il reprend le rype du revers. doute : il existe bel et bien un développement impor­ C'est en tout cas ce que montre un trésor trouvé tant de l'utilisation de la monnaie de bronze à partir à Abydos oü les deux numéraires sont mélangés de 261 et jusqu'à la in du siècle. Si les découvertes de (Kirkman, 1940, p. 148-149). Le cas est le même monnaies de bronze sont plus nombreuses, aucune pour les monnaies d'argent qui continuent à circuler, monnaie en argent daté du I< s. n'a été trouvée dans illustrant une fois de plus le pragmatisme des autori­ le sud de l'Égypte. tés en matière monétaire. Les monnaies de bronze de Les trouvailles de monnaies d'argent ne sont Cléopâtre représentent le ondement de l'étude de la pas plus fréquentes à la période suivante. Mais les valeur faciale des monnaies après la grande mutation monnaies de bronze continuent à circuler, ce qu'in­ monétaire de 197. Alors qu'au rues., les monnaies diquent à la fois les trouvailles isolées, mais aussi les se comptent en chalque, obole et drachme, à la suite trésors, dont deux exemples ont été mis au jour lors du système grec et macédonien, un nouveau système de fouilles à Karnak datant respectivement du début décimal s'impose avec l'arrivée de la réforme au débur du II° s. et de la seconde moitié du e s. du J le s. Ici, deux lettres présentes au revers des deux 143 =� f H O \I \ S F A U : H l R diférents modules indiquent chacune la valeur des de répondre avec les simples trouvailles monétaires monnaies : 40 drachmes pour la dénomination la puisque les monnaies peuvent être utilisées pendant plus aible, le double, 80 drachmes, pour celle la plus un laps de temps a��e. long. Si l'on prend en compte lourde (ig. 2 et 3). la série 06 par exemple, routes ses différentes déno­ minations ont dù circuler de la réforme comptable en 197 jusqu'au milieu du li' s., ce qui ne permet pas LA THEBAIDE AU Il" SJECLE d'appréhender les usages monétaires sur des périodes courtes. Ici, ce sont bien les papyrus et les oscraca qui offrent les informacions les plus précises sur les Le propos se concentrera surtout sur le centre diférences opérations économiques. Il est clair que de la région, Thèbes, au cours du Il° s. grâce aux la sicuacion politique avaic des répercussions sur le découvertes efectuées à Kanak. Le site, après plus prélèvemenr des caxes comme entre 168 et 165 où d'un siècle et demi de fouilles, a livré un matériel aucun reçu n'esc conservé dans le dossier du nome numismatique imporrant même si peu de choses de Pathyris (Vandorpe, 2000a). ont été publiées. Tl offre toutefois la possibilité Mais les monnaies continuent à circuler au 11c s. d'avoir une image assez précise de la monérarisa­ Outre les trouvailles isolées, deux trésors illusrrent tion de la région. Les périodes d'instabilité poli­ cerre ucilisacion de la monnaie. Le premier est tique ont été nombreuses dont, à titre d'exemple, composé d'une douzaine de pièces. JI a écé décou­ l'épisode de sécession de la région lors du règne de vert sous le dallage de la porte bubasride nord du Ptolémée V (Veïsse, 2004). Il est imporrant de savoir temple de Kanak lors de fouilles de sauvetage si la monnaie continue à être utilisée pendant ces en prévision de travaux pour le son ec lumières époques troublées. Malheureusement, il est malaisé entre 1970 ec 1972 8. Ces monnaies ont écé frap­ pées pendanc la série 05 mais elles portent routes une contremarque qui a permis à leur propriétaire de continuer à les utiliser lors de la série suivante. Ces concremarques ont-elles été apposées à Alexandrie ou à 111èbes? Il est impossible de le savoir; mais la découverte de ces monnaies, remises en circulation pendant la sécession de la hébaïde, esc parriculiè­ remenr inr.éressante. D'ordre plus anecdotique, le rrésor contienc une monnaie sur laquelle une contre­ marque arrisanale a été gravée. La cone d'abondance esc marquée de crois rraits, signe que les utilisa­ teurs avaient bien compris l'utilité er l'usage de ces contremarques (ig. 4). Un deuxième trésor trouvé en 2007 dans les niveaux d'occupation au-dessus des bains prolémaïques devant le premier pylône de Karnak, comprend un peu plus de 300 monnaies en bronze de la série 07 (avec quelques monnaies de la série 06) 9. Enfoui dans le troisième quart du 11c s., ce trésor ofre une image assez juste du numénire en circulation à cette époque. Deux modules prédo­ minent alors largement. D'un côté, un module de 30 mm arborant au droic la têre de Zeus Ammon et deux aigles sur un oudre au revers. De l'autre côcé, un module plus petit, de 27 mm, portant l a têce d'Isis a u droit e t u n aigle sur u n foudre, les ailes éployées, au revers. Aurre preuve de l'usage monétaire autour de Thèbes, la découverre surprenanre, il y a trois ans, d'un atelier monétaire dans l'enceinte même du Fig. 2: Mo1111aie /11 portmit cemple de Kanak, plus précisément aux abords de Oéopitre mam 80 dr1t·hmes. de la chapelle d'Osiris Ounnefer Neb-djefaou D f S \1 0 0 N \ 1 l � .. R 1 < W U l i E J T l f H A 1 ) 1 (Faucher et al., 2012). Il ne fait pas de doute que Fig. 3 : 1011nie nu portrait de Clopdtre vnl11u l'utilisation de ces imitations a dû rester localisée, 40dmchmes. mais une monnaie, appartenant vraisemblable­ ment au même groupe et retrouvée dans les fouilles d'Erment, montre cout de même que ces monnaies ont circulé, même si c'est dans un périmètre restreint. L'élément le plus étrange dans cette découverte réside dans sa localisation, à l'intérieur même du temple. Les aurorirés ne pouvaient pas ignorer cette activité et ont obligaroirement laissé faire. Évidemment, on ne peur pas éliminer rotalement l'idée que l'appât du gain constituait une raison de mener cette activité, mais la raison première semble bien être la pénurie monétaire et le besoin pressant, pour une carégorie de personnes, de disposer de numéraire. Doit-on mettre en relation l'émission de ces monnaies et la percep­ tion des taxes? C'est probable. Au final, les monnaies continuent à circuler, même si l'on peut noter quelques dysfonctionne­ ments qui prouvent une ois de plus, mais est-il encore urile de le rappeler, que l'économie du pays est constamment en pénurie monétaire. MONN\JE ET PRESENCE GRECQUE ' Qu'en est-il finalement de la corrélation entre la présence des Grecs et l'utilisation de la monnaie? Le matériel est bien maigre et la numismatique Fig. 4: Mo11111ie du trésor de ln porte bubnsride aura besoin de l'appui de la papyrologie pour faire i Karnak, zvec contrenurque parler tous les textes, inscrits sur papyrus et ostraca, «1ris1111nle à n corne t qui recèlent des informations sur les paiements à dttbo11d111re. l'époque hellénistique. Dans l'état actuel des connais­ sances, il semblerait que l'apparition et la difusion de la monnaie dans la région soient intimement liées au développement de la taxation. Dans un système où il est plus avantageux de payer en numéraire qu'en nature, l'utilisation de la monnaie s'est natu­ rellement développée dans un laps de temps plutôt courr de quelques dizaines d'années. Dans ce cadre, la difusion plus large des monnaies de la série 03 est à mecrre en corrélation avec la réforme de la taxacion par Prolémée II en 264 et l'apparition de l'apomoira, par exemple. Mais les éléments de cerre difusion sont-ils directement dus à la présence des Grecs, en rant groupe social, ou bien à des pratiques liées à leur présence, et notamment la perception des raxes? Il existe peu d'informations sur la présence des Grecs en Thébaïde, en tour cas peu de données chifrées. L'étude des noms grecs a prouvé que ce point de vue était insuffisant pour définir l'importance de la présence des diférents groupes sociaux puisque les T H O M AS F A U C H E R ostraca montrent bien que deux personnes ayant un En conclusion, il est certes possible de mettre en nom égyptien peuvent signer des contrats en grec, avant le caractère particulier de la monnaie grecque l'inverse étant également le cas (Clarysse, 1995). Il en Thébaïde. :éloignement de l'atelier unique du serait intéressant de voir par exemple, à une époque pays situé dans la capitale, lexandrie, et les troubles où les Grecs semblent disparaître de Thébaïde, lors politiques qu'a connus le sud de l'Égypte ont orgé les des règnes d'Harronophris et Chaonophris, si l'utili­ caractéristiques d'une circulation monétaire propre à sation des monnaies dont nous avons la trace, corres­ la Thébaïde. Mais son développement est lié, comme pondent bien aux paiements des textes, maintenant ailleurs en Égypte, à l'évolution du système iscal. que le classement des monnaies du ue s. est un peu Bien que la monnaie s'impose dans les campagnes plus assuré. Bien sûr, le métissage des Grecs avec les égyptiennes sous les Ptolémées, ce n'est qu'à l'époque élites locales rend les groupes ethniques plus dii­ romaine qu'une véritable monétarisation de la société ciles à déinir encore avec le temps, et cette ques­ va s'opérer, ce qu'il est possible d'observer en compa­ tion devient peut-être d'ailleurs obsolète à la in de rant le volume des trouvailles dans les chantiers de la période lagide. fouille. NOTES 1. FAUCHER, 2011. Voir la publication prochaine nécessaire de le faire, la présence d'ateliers de 7. CH X, 452 et 453. La séparation en deux groupes d'un volume consacré aux trésors ptolé1naïques, frappe d'imitations de chouettes athéniennes (le premier restauré et l'autre non) dans le dépôt de FAUCHER et al., à paraître. sur le territoire égyptien, voir MEADOWS, 2011, fouilles d'Abou Joud, à Louqsor, m'avait d'abord p. 95-116. fait croire à l'existence de deux trésors, avant la 2. PILLT, 1923, p. 107-109, évoquant le dégage­ découverte d'archives au CFEETK. ment de la façade sud du Vlll' pylône de Karnak: 4. Registre du Musée égyptien du Caire. 8. CH X, 454. "Il n'a pas founi d'autres découvertes que celle de 5. En 197, C. Lorber date, quant à elle, la in de la deux vases en terre, remplis de nombreuses pièces série 05 et l'épisode de contremarque qui a suivi 9. CH X, 459. de bronze à l'eigie de divers Ptolémées. »Aucune des années 206-205 (LORlER, 2000) mais sans trace n'existe plus de ce trésor. li est impossible ici remettre en cause la date de 197 pour l'introduc­ de faire un compte rendu exhaustif de ce type de tion de la série 06. mentions et de l'importance des vestiges perdus. 6. Trésor de Touna el-Gebel. Conservé au Musée 3. La découverte récente d'un coin monétaire dans égyptien du Caire, ce trésor de 137 monnaies en les fouilles d'Héracleion a prouvé, s'il était encore bronze sera publié dans FAUCHER et al., à paraître. 146 -:i