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■ Chapitre 8 ■
Bibliothèques et banques de données
Pensée retenue, pensée distribuée
Bruno Latour
La bibliothèque de Thanjavur
S Dominik Wujastyk
E
C
T La bibliothèque multimédia contemporaine
I
O Michel Melot
N
4 Les collections dans « l’âge de l’accès» :
le consortium Couperin et la documentation électronique
François Cavalier
Collectionner ou expérimenter?
Les bases de données bio-informatiques
dans les sciences du vivant
Bruno J. Strasser
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La bibliothèque de Thanjavur
Dominik Wujastyk
La ville de Thanjavur, dans le sud de l’Inde, offre aujourd’hui au visi-
teur l’aspect d’une capitale de province nantie de deux grands monu-
ments culturels. Le premier est le temple de Bùhadîåvara (le grand
seigneur), l’un des temples les plus beaux de toute l’Inde, qui fut
fondé il y a presque mille ans par le roi Râjarâjeåvara, de la dynastie
Coöa (fl. 985-1016). Le second est une bibliothèque. Il s’agit de la
bibliothèque Sarasvatî Mahal du Maharaja Serfoji de Thanjavur
(Thanjavur Maharaja Serfoji’s Sarasvatî Mahal Library – TMSSML).
S’il soupçonne que la longueur de ce nom cache une histoire com-
plexe, le visiteur ne se trompe nullement. La bibliothèque existe
depuis quatre cent cinquante ans. Elle abrite les livres, les œuvres
musicales et picturales de nombreuses générations de savants et d’ar-
tistes du sud de l’Inde. Elle fut aussi comme le foyer du monde socio-
intellectuel qui l’entourait, dont elle rendait possibles toutes les acti-
vités. Le temple de Bùhadîåvara – qui est avant tout un espace
religieux, bien entendu – formait avec la bibliothèque une sorte de
scène où l’on pouvait entendre de nouvelles pièces de musique dévo-
tionnelle ou assister à la représentation de nouvelles compositions
théâtrales. C’est ainsi que lorsqu’il fit jouer son drame Jîvânandanam
[La Joie de la vie], vers 1700, Ânandarâya Makhin fit observer que la
représentation avait lieu lors du festival annuel du temple:
Ici, à Thanjavur, les citadins, mais aussi les habitants des environs et
de plus loin encore sont venus en foule assister à la procession de
Bùhadîåvara. […] Mon cœur est impatient d’honorer tous ceux qui sont
présents en leur offrant un spectacle 1.
À Ânandarâya, le festival fournissait un public nombreux pour la
pièce didactique et allégorique qu’il avait composée. Nous avons la
preuve que cette utilisation du temple remonte presque à son origine:
■ 1. DURAISWAMI AIYANGAR, 1947, p. 6-7. Traduction du titre par Anthony Cerulli.
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Les fabriques du savoir SECTION 4
une inscription du XIe siècle donne des instructions relatives à la
représentation annuelle d’une pièce sur la vie du fondateur 1.
Le temple était aussi porteur de récits historiques – ce qu’il faut
entendre d’une manière parfaitement littérale: d’amples pans de mur
y sont couverts d’inscriptions relatives à l’histoire de la ville 2. Ces
inscriptions comportent notamment la liste millénaire des bergers
auxquels il incombe de fournir, chaque jour, le beurre clarifié qui ali-
mente les lampes du temple (et ce, bien que le temple possède son
propre bétail). On peut y lire une liste de quarante-huit chantres res-
ponsables des hymnes au dieu Åiva, pour lesquels ils étaient accom-
pagnés par deux tambours, et la liste des émoluments à verser aux
quatre cents danseuses (dont peut-être la sœur aînée du roi) venues
des villages et des temples situés hors de Thanjavur. On y trouve les
listes des serviteurs du temple, parmi lesquels des maîtres de danse,
des musiciens, soixante tambours supplémentaires, des chanteurs,
des comptables, des porteurs de parasol, des allumeurs de lampe, des
porteurs d’eau, des potiers, des laveurs, des barbiers, des astrologues,
des tailleurs, des charpentiers et un orfèvre. Dans la plupart des cas,
des instructions formelles précisent que ces fonctions doivent par la
suite être exercées indéfiniment par les descendants des titulaires
désignés. Un roi alloua une portion quotidienne de riz aux acteurs de
la troupe chargée de représenter la vie du roi fondateur. Des centaines
de communautés villageoises de la région environnante sont mention-
nées: il leur faut envoyer des étudiants brahmaniques qui rempliront
les offices de serviteurs du temple et de veilleurs; nombreux étaient
aussi les villages qui payaient des impôts au temple, en or ou en
nature – certains fort éloignés, comme le prouve la mention de cinq
villages situés au Sri Lanka. Le temple était donc une église, un
théâtre, un lieu de réunion, une salle de danse, une blanchisserie et
un restaurant, ainsi qu’un livre. Les rois de Thanjavur écrivaient sur
les murs du temple le récit de leurs exploits guerriers et le détail de
leur histoire dynastique; ce fut le cas jusqu’au XIXe siècle, puisque
■ 1. Cette pièce est le Râjarâjeåvaranâöaka (HULTZSCH et al., 1895-1913, nº 67).
■ 2.Un grand nombre de ces inscriptions de temple a été publié in HULTZSCH et al.,
1895-1913. Voir aussi SEWELL, 1932. HEITZMAN, 1997, analyse ces inscriptions,
ainsi que d’autres du delta de la Kaveri, dans sa minutieuse reconstruction de la pro-
duction agricole, du commerce et des dons dans la culture coöa.
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PARTIE 2 LIEUX DU TRAVAIL SAVANT
l’on sait que le roi Serfoji II de la famille de Bhonsle fut le comman-
ditaire du Bhoäsala Vaäåa Caritra [Chronique de la famille de
Bhonsle], gravé en 1803 sur les parois de l’un des sanctuaires secon-
daires inclus dans le complexe du temple 1.
Outre Thanjavur, son grand temple et sa bibliothèque, le delta du
fleuve Kaveri contenait dans ses villes et villages des centaines de
communautés de fermiers, qui entretenaient un réseau de savants
brahmanes. Aujourd’hui, il suffit d’une vue aérienne de la région pour
s’apercevoir de la richesse de cette zone agricole, dont les cultures
sont baignées par d’innombrables cours d’eau et leurs affluents: elle
est un immense jardin de rizières, de cocotiers et de plantations de
canne à sucre ou de bananiers. En 1599, un jésuite décrivait la région
qu’il visitait comme «une contrée agréable, ornée de plantations et de
ruisseaux, riche d’un sol fertile et dotée d’un air des plus sains 2 ». Ce
surplus agricole de la zone du delta permit à ses maîtres successifs de
lever pendant des siècles leurs impôts, qui produisirent une prodi-
gieuse floraison culturelle et intellectuelle.
■ La naissance d’une culture littéraire régionale
Les souverains de la dynastie Coöa commencèrent la construction
du grand temple et firent de Thanjavur un centre religieux et culturel.
Mais ce furent les rois et les ministres de leurs successeurs, les
Nâyaka, qui orientèrent la région vers les pratiques savantes, en
encourageant l’étude du sanskrit et en collectionnant les manuscrits
qui devaient constituer le noyau de la grande bibliothèque.
Le roi Åevappa Nâyaka (fl. 1532-1580 env.) fonda la dynastie des
Nâyaka de Thanjavur vers 1532 3. Son père, Timmappa Nâyaka, gou-
vernait déjà un territoire situé dans le nord de l’Arcot, près de l’ac-
tuelle Chennai. La famille se considérait comme investie de la
régence du royaume de Vijayanagar, à l’extrême nord de ce qui est
devenu le Karnataka. Ses membres utilisaient par exemple dans leurs
■ 1.Édité par GOPALAN, 19802. ■ 2. PURCHAS, 1625, IIe partie, 1745. ■ 3. Ce récit
s’appuie principalement sur VRIDDHAGIRISAN, 1942 ; KRISHNASWAMI AIYANGAR, 1986 ;
NARAYANA RAO et al., 1992 et 2001, et CHAMPAKALAKSHMY et al., 2002. Voir aussi
KARASHIMA, 2001, 2002, et HEITZMAN, 1997.
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Les fabriques du savoir SECTION 4
inscriptions royales le système de datation fondé sur les années du
règne du monarque vijayanagara. Selon une chronique, l’épouse de
Åevappa, Mûrtimâmba, qui était la belle-sœur du roi Acyutadeva de
Vijayanagar, lui apporta la principauté de Thanjavur dans sa dot 1.
Åevappa eut un règne long, prospère et presque entièrement pai-
sible. On souligne sa générosité; il fit construire des temples et des
citernes, qu’il entretint ensuite, de même qu’il offrit à des communau-
tés de brahmanes des terres exemptes d’impôts. De confession vish-
nouite, il fit profiter de ses bienfaits les bouddhistes autant que les
musulmans. Il semble même avoir toléré, voire permis ou suscité,
l’activité commerciale et religieuse des Portugais, dans le port en
pleine expansion de Nagapattinam, sur la côte est de Thanjavur. Dans
la dernière partie de son règne, ou peut-être après qu’il eut quitté le
trône, Åevappa s’assura les services d’un érudit brahmane, Govinda
Dîkæita, qui remplit auprès de lui les fonctions de prêtre et de
conseiller (purohita). Les deux hommes travaillèrent à un ambitieux
programme de régénération culturelle 2.
Acyutappa, le fils de Åevappa, accéda au pouvoir en 1580. Il
entreprit plusieurs expéditions militaires à la fin du XVIe siècle, afin
de défendre Thanjavur contre les Nâyaka du sud de l’Inde – en parti-
culier contre ceux de Madurai – et afin de prêter main-forte à l’empe-
reur du Vijayanagar, comme il le devait. Quelques nouvelles de ses
exploits atteignirent même l’Europe vers 1600: ils étaient rapportés
par les jésuites dont les lettres furent reproduites dans le recueil de
récits de voyage que publia Samuel Purchas à Londres en 1625 3. Tout
comme son père, Acyutappa favorisa le développement du savoir et
consacra des fonds substantiels à la réparation ainsi qu’à l’expansion
■ 1. C’est ce que rapporte le Tanjâvûri Ândhra Râjula Caritra, une chronique telugu
de la dynastie des Nâyaka de Thanjavur (éditée par PRABHÂKARAÅÂSTRI, 1914, et
citée par KRISHNASWAMI AIYANGAR, 1986, § 98; voir NARAYANA RAO et al., 2001,
p. 129-136). Une autre chronique telugu, le Tânjâvûri Vâri Caritam, donne les mêmes
informations. Par ailleurs, Yajñanârâyaa Dîkita, qui dans son enfance a probable-
ment rencontré Åevappa, déclare dans son Sâhityaratnâkara [Océan de la poésie] que
Åevappa conquit Thanjavur par les armes (KRISHNASWAMI AIYANGAR, 1986, § 90;
VRIDDHAGIRISAN, 1942, p. 24.) ■ 2. VRIDDHAGIRISAN, 1942, p. 116 et suiv., défend
l’idée que Govinda ne s’est rendu à la cour de Åevappa qu’assez tard dans le règne de
celui-ci, et fut alors nommé purohita. Il ne devint ministre que lorsque Acyutappa
monta sur le trône. ■ 3. PURCHAS, 1625, livre X, chap. 7, p. 1749 et suiv.
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PARTIE 2 LIEUX DU TRAVAIL SAVANT
de nombreux temples dans le delta du fleuve Kaveri. À Årîrañògam, il
prodigua sans compter l’or et les pierreries pour orner le sanctuaire et
fit édifier un jardin à côté du temple. Il finança également la construc-
tion d’églises chrétiennes à Thanjavur et à Tranquebar 1. Chaque
année, il avait coutume de donner son poids en or à des œuvres de
bienfaisance. Sous le règne d’Acyutappa, Govinda Dîkæita continua
lui aussi à faire de somptueuses offrandes aux temples. Deux inscrip-
tions qui nous sont parvenues enregistrent les dons en argent faits par
Acyutappa à Govinda en reconnaissance de ses mérites, en 1588
et 1596 2. Acyutappa déclarait qu’il nourrissait quotidiennement un
millier de brahmanes 3. Nous voyons qu’à cette époque des richesses
importantes circulaient au sein de la Cour, parfois destinées aux
temples ou allouées à des prêtres et à des savants.
Acyutappa nomma son fils Raghunâtha régent assez peu de temps
après le début de son propre règne. Le jeune prince était à la Cour un
favori, choyé par son père et par son grand-père Åevappa, autant qu’ap-
plaudi pour ses remarquables aptitudes intellectuelles. Une large part
des renseignements que nous possédons sur la vie de Raghunâtha nous
vient des écrits des membres de son cercle: ceux de Govinda Dîkæita,
de Râmabhadrâmba, une poétesse de la Cour, d’Yajñanârâyaña, l’un des
fils de Govinda Dîkæita, et du propre fils du roi, Vijayarâghava, qui fut
aussi son successeur sur le trône 4. Raghunâtha eut notamment pour
précepteur Govinda Dîkæita et montra un talent prometteur dans les
lettres sanskrites et les arts martiaux. Il aurait écrit des pièces de
théâtre et des poèmes en sanskrit et en telugu 5 ; on rapporte qu’il était
aussi bon musicien. Par la suite, il lui arriva même d’enseigner les dif-
férentes disciplines sanskrites, puisque Yajñanârâyaña dit avoir été
dirigé par Raghunâtha dans son étude de la littérature et de la poésie
(sâhitya). Le roi distribuait encore divers prix et gratifications aux éru-
dits et faisait venir à sa cour de savants professeurs. À une autre échelle
■ 1. On trouve cette information dans une lettre du jésuite Nicholas Pimenta datée
de décembre 1599 (PURCHAS, 1625, livre X, chap. 7, p. 1745. Voir aussi CHARNEY
et al., 2004). ■ 2. VRIDDHAGIRISAN, 1942, p. 54. ■ 3. VRIDDHAGIRISAN, 1942, p. 55.
■ 4. On trouve des détails sur la vie de Raghunâtha dans leurs œuvres respectives:
Sâhityasudhâ [L’Ambroisie de la poésie], Raghunâthâbhyudaya [L’Avènement de
Raghunâtha], Sâhityaratnâkara [Océan de la poésie] et Raghunâthâbhyudayanâøaka
[L’Avènement de Raghunâtha (drame)] (KRISHNASWAMI AIYANGAR, 1986, § 88, § 91,
§ 90, § 85-87). ■ 5. Liste partielle dans VRIDDHAGIRISAN, 1942, p. 108.
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Les fabriques du savoir SECTION 4
que tous les Nyâka ayant gou-
verné Thanjavur avant lui,
Raghunâtha fut un écrivain et un
musicien original en même
temps qu’un mécène.
Comme nous l’avons vu, les
liens de Govinda avec la cour
de Thanjavur durèrent de 1575
à 1634 environ. En l’espace
de quelque soixante ans, il
fut au service des trois Nâyaka
que nous avons évoqués :
Åevappa, son fils Acyutappa
(fl. 1560-1614) et son petit-
fils Raghunâtha, roi de 1600
à 1633. Tout au long de cette Statues du temple de Thanjavur.
période, son influence sur cette
cour du sud de l’Inde dans les matières intellectuelles et administratives,
mais aussi sur la culture dans tout le delta, fut on ne peut plus grande.
Toutes les sources s’accordent pour dire que Govinda était issu
d’une famille pauvre du Karnataka, peut-être de Mysore, et qu’il donna
très jeune des preuves de sa vivacité d’esprit. L’un de ses huit fils,
Yajñanârâyaña Dîkæita, écrivit plus tard que Govinda était un grand
connaisseur de la philosophie advaita vedânta et qu’il maîtrisait aussi
les six systèmes classiques de la philosophie indienne 1. Un autre de
ses fils, Veòkaøeåvara Dîkæita, dit que son père avait rétabli la philoso-
phie advaita de Åaòkara. Ce lien familial avec la philosophie advaita
vedânta se manifeste encore dans le fait que l’un des descendants de
Veòkaøeåvara fut Candraåekharendra Sarasvatî VI, supérieur du
monastère de Åaòkara à Kañcîpuram de 1814 à 1851 2. Govinda était
un brillant astrologue autant qu’un musicien doué: parmi les rares pro-
ductions de sa plume à avoir survécu, il y a un traité de théorie musi-
cale 3. C’était également un maître respecté dans le domaine du
■ 1. Sâhityaratnâkara, chap. I (KRISHNASWAMI AIYANGAR, 1986, § 90).
■ 2. VRIDDHAGIRISAN, 1942, p. 115, n. 4, et sources conservées au Kâñcî Maøha.
■ 3. La Saògîtasudhâ, ou « Nectar de musique», que Govinda attribuait au roi
Raghunâtha, mais qu’a composée Govinda lui-même, comme le confirme son fils
Veòkaøeåvara (VRIDDHAGIRISAN, 1942, p. 122, n. 26).
La bibliothèque de Thanjavur ■ 621
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PARTIE 2 LIEUX DU TRAVAIL SAVANT
Vue du temple de Bùhadîåvara, à Thanjavur.
dharma. Nous avons des témoignages sur son rôle judiciaire dans une
dispute mettant aux prises des fileurs et des marchands, à Paøøîåvaram
en 1634 1. De même, nous a été conservé un compte rendu de ses dis-
cussions privées avec le roi Acyutappa et le prince Raghunâtha
lorsque le cabinet projetait la campagne militaire qui repoussa de
Jaffna les forces portugaises 2.
D’étonnantes statues de Govinda et de son épouse Nâgâmba se trou-
vent toujours dans le temple de Paøøîåvaram; on peut voir un portrait de
lui dans le temple de Mannarguèi 3. Govinda Dîkæita jouit encore
aujourd’hui d’un grand renom dans la région de Thanjavur en tant que
mécène, bienfaiteur et éducateur. Des rues portent son nom dans la
ville de Thanjavur elle-même, comme les villages de Govindakuèi et
d’Ayyampettai, près de Paøøîåvaram. À Kumbakonam, on lui attribue la
réparation et l’agrandissement du réservoir d’eau de Mahâmagham, qui
■ 1. VRIDDHAGIRISAN, 1942, p. 123. ■ 2. Veòkaøeåvara, Sâhityaratnâkara, chap. X (in
KRISHNASWAMI AIYANGAR, 1986, § 90). ■ 3. Récit fondé sur VRIDDHAGIRISAN, 1942,
chap. 7 ; VENKATESAM, 1927, et les sources indiquées par KRISHNASWAMI AIYANGAR,
1986, passim. Voir aussi NILAKANTA SASTRI, 19877, p. 351, et RAGHAVAN et al., 1949-,
t. 6, p. 198.
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Les fabriques du savoir SECTION 4
couvre cinq hectares, ainsi que l’édification des seize temples qui l’en-
tourent. Govinda Dîkæita fonda dans cette même ville une école sans-
krite (pâøhaåâlâ) encore en activité de nos jours, où une centaine
d’élèves apprennent à réciter les quatre Veda.
■ L’émergence d’un réseau
Govinda Dîkæita était une figure centrale dans le champ intellec-
tuel de la région de Thanjavur vers 1600. Nous avons vu que ses
mécènes, les rois de Thanjavur, avaient eux-mêmes une culture musi-
cale et littéraire, et qu’ils composaient des œuvres en sanskrit et en
telugu. Deux des fils de Govinda, Yajñanârâyaña et Veòkaøeåvara,
furent de remarquables érudits. Le premier, formé par Govinda et par
le roi Raghunâtha, outre un ouvrage de rhétorique et de poétique, rédi-
gea deux opuscules biographiques sur la Cour, principalement consa-
crés à la figure du roi 1. Le second écrivit un ensemble de travaux théo-
riques concernant l’herméneutique liturgique (mîmâäsâ), le rituel, la
trigonométrie et la musique 2. Les descendants de Govinda semblent
avoir poursuivi cette tradition lettrée pendant plusieurs siècles: l’éru-
dit Vañceåvara Yajvan (également connu sous le nom de Kuøøikavi),
lorsqu’il rédigea vers 1830 son traité d’herméneutique liturgique, rap-
pela que Govinda était son ancêtre par sa lignée maternelle 3.
Govinda Dîkæita, bien que plus âgé, était le contemporain du fameux
écrivain et philosophe Appaya Dîkæita (vers 1520-1592) 4, auquel on
doit plus d’une centaine de livres de critique littéraire, de poétique, de
rhétorique et des travaux variés sur des sujets religieux et philoso-
phiques. Ils eurent une influence l’un sur l’autre dans le domaine de
■ 1. Sâhityaratnâkara, Raghunâthavilâsanâøaka et Alaòkâraratnâkara. ■ 2. Le
Vârttikâbharaña [L’Ornement du commentaire] sur la Øupøîkâ de Kumârila, le
Mîmâäsâstavaka [Éloge à l’herméneutique], le Karmântavârttika [Le Commentaire de la
fin du rite] (commentaire du Bodhâyanaårautasûtra), la Åulbamîmâäsâ [Herméneutique
du sacrifice], le Saògîtasâmrâjya [La Souveraineté du chant] et la Caturdañèiprakâåikâ
[Illustation de la musique en quatre mouvements]. ■ 3 Kuøøikavi a écrit le Cintâmañi [Le
Joyau des commentaires] sur la Bhaøøadîpikâ de Khañèadeva (1640 env.) et le
Mahiæâåataka [Les Cents Vers sur le buffle Mahisha] (RAGHAVAN et al., 1949-, t. 6, p. 198;
GODE, 1954; POTTER, 2005). ■ 4. Les controverses relatives aux dates de vie et de mort
d’Appaya sont résumées in FILLIOZAT, 1967, p. 8 et suiv.
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PARTIE 2 LIEUX DU TRAVAIL SAVANT
l’herméneutique liturgique. Ces liens savants entre les familles passè-
rent aux générations suivantes, car le petit-neveu d’Appaya Dîkæita,
Nîlakañøha Dîkæita (1580-1644 env.), qui fut un poète renommé et l’ad-
ministrateur de la cour de Madurai, fut formé par Veòkaøeåvara, le fils
de Govinda. Les élèves et descendants de Nîlakañøha constituèrent jus-
qu’au XXe siècle une lignée d’intellectuels en vue; on peut citer le nom
de T. Gañapati Åâstrî, éditeur réputé de manuscrits sanskrits installé à
Trivandrum, au Kerala, et dont les éditions critiques sont encore
aujourd’hui réimprimées et utilisées par les savants 1.
Ce ne sont là que quelques-uns des érudits qui firent la gloire de
Thanjavur au début du XVIIe siècle, mais leur vie montre bien cet
entrelacement des liens intellectuels, politiques et familiaux qui
caractérise si nettement l’époque.
Bien que peu d’écrits survivent de la production de Govinda
Dîkæita, sa réputation de savant et de mécène apparaît avec évidence
dans le corpus des inscriptions et dans les références occasionnelles
que contiennent les ouvrages de ses fils, de ses contemporains et de
ses successeurs. Le soutien qu’il a apporté à la culture sanskrite et le
réseau de savants qui s’est développé autour de lui, et plus largement
à la cour de Thanjavur, furent le levain de la grande bibliothèque.
La première allusion à la bibliothèque Sarasvatî de Thanjavur sous
sa forme originelle se trouve dans l’une des biographies de
Raghunâtha. Le fils du roi, Vijayarâghava, décrit en telugu le palais
de son père: on peut y voir, dit-il, «une vaste salle où les employés
(samprati) et les comptables (karañam) du palais se livrent aux
tâches qui leur sont dévolues 2 ». Cette description correspond
presque parfaitement à la bibliothèque que l’on observe aujourd’hui,
au point que l’on se demande si l’emplacement de l’édifice n’est pas
le même. Le mot telugu samprati désigne un comptable ou un
employé chargé de contrôler et de comparer des registres. Comme on
l’a suggéré, les karañam étaient bien plus que cela 3. Leur rôle était
de tenir les archives dynastiques et de rédiger les chroniques et les
■ 1. Nîlakañøha Dîkæita était le fils de Nârâyaña Dîkæita et le petit-fils d’Âccân
Dîkæita, le frère d’Appayya Dîkæita (KUPPUSWAMY SASTRI, 1904, p. 131 et passim ;
RAGHAVAN et al., 1949-; NILAKANTA SASTRI, 19877, p. 351). Sur Nîlakañøha, voir
FILLIOZAT, 1967; UNNI, 1995, et VASUDEVA, 2005. ■ 2. KRISHNASWAMI AIYANGAR,
1986, p. 264. ■ 3. NARAYANA RAO et al., 2001, chap. 3.
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Les fabriques du savoir SECTION 4
histoires de la Cour. Ainsi Vijayarâghava nous livre-t-il peut-être un
croquis de l’endroit de la bibliothèque où l’on rassemblait, composait
et collationnait les manuscrits. Assurément, l’activité de création et
de recherche était telle à la Cour qu’il fallait fournir de nombreuses
copies des travaux savants qui y étaient diffusés et échangés.
C’est ainsi qu’un réseau fort actif de spécialistes de sanskrit et de
telugu, mais aussi une bibliothèque propre à nourrir leur production se
mirent en place à Thanjavur dès le début du XVIIe siècle. Ils se déve-
loppèrent jusque dans les années 1670 sous le règne de Vijayarâghava
Nâyaka. Mais la dynastie connaissait alors ses derniers moments. Une
série de désastres allait mettre fin au pouvoir des Nâyaka de Thanjavur
– ce qui ouvrirait en même temps de toutes nouvelles perspectives cul-
turelles à la région.
L’installation d’une nouvelle dynastie à Thanjavur
Une sœur de Raghunâtha avait été unie, selon la coutume, à un
héritier de la maison royale de Madurai 1. Lorsqu’elle entra dans la
ville, la mariée déclara à son époux Tirumala que le palais était certes
joli, mais n’avait pas le faste de celui de son père à Thanjavur. Ce com-
mentaire malheureux lui valut d’être aussitôt poignardée. On conçoit
que cela ait entraîné une brouille entre les deux familles. Cependant,
quelques décennies plus tard, dans les années 1670, le roi de Madurai
Cokkanâtha Nâyaka envoya une ambassade auprès de Vijayarâghava,
afin de demander que la tradition reprenne et qu’une princesse lui soit
proposée pour épouse. Vijayarâghava, furieux que l’on puisse imaginer
qu’il pardonnerait l’ancien outrage, renvoya l’ambassade. Cokkanâtha,
se considérant à son tour insulté, marcha sur Thanjavur avec son
armée. À la nouvelle que Vijayarâghava et son fils étaient morts dans
la bataille, toutes les femmes du harem royal se tuèrent, suivant les
ordres donnés au préalable, pour que la victoire de l’adversaire soit
vaine. La seule personne qu’une lavandière parvint à faire échapper
du harem fut un enfant de quatre ans nommé Ceògalmaladâs.
Cokkanâtha installa son propre frère de lait, Aöagiri, sur le trône de
■ 1. Ce qui suit se fonde sur le Tanjâvûri Ândhra Râjula Caritra (voir n. 1, p. 619);
les faits sont examinés par VRIDDHAGIRISAN, 1942, p. 149-154.
La bibliothèque de Thanjavur ■ 625
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PARTIE 2 LIEUX DU TRAVAIL SAVANT
Thanjavur 1. Après plusieurs années de confusion et de disputes, le sul-
tan de Bijapur finit par dépêcher l’un de ses généraux, le marathe Ekoji,
qui eut pour mission de rétablir l’ordre en rendant le pouvoir à l’enfant
réchappé du massacre. Mais, devant les difficultés qu’on lui opposait,
l’envoyé prit en personne possession du royaume. Ce fut le commence-
ment d’une période de paix et de grand épanouissement culturel.
Sous le règne d’Ekoji et de la très instruite et très écoutée
Dîpâmba, sa femme, Thanjavur redevint un foyer vivace des cultures
sanskrite, tamoule, telugu et désormais aussi marathe. La danse, la
musique et la peinture retrouvèrent leur effervescence, et des spécia-
listes venus de toute l’Inde du Sud affluèrent afin de participer aux
activités de la nouvelle cour.
C’est à la fin du XVIIe siècle, sous le règne du fils aîné d’Ekoji,
qu’il se produisit un événement qui transforma la modeste collection
royale qu’était encore la bibliothèque du palais en un centre culturel
de première importance.
La fondation d’une communauté savante
En 1693, ou peu avant, le roi de Thanjavur Åâhaji (régnant de 1684
au 28 septembre 1711 2) établit près de la ville une communauté
savante, dans le village de Tiruviåainallûr 3, sur les rives de la Kaveri 4.
Plus précisément, il fit en sorte que les maisons et les terres du village
soient concédées à perpétuité et avec une totale exemption d’impôts
à un groupe de quarante-six savants et à leurs descendants 5. Certains
s’y installèrent eux-mêmes, d’autres vinrent habiter à Thanjavur.
Mais ils formaient bien une communauté intellectuelle, constituée en
un réseau non seulement par leurs travaux de recherche, mais égale-
ment dans de nombreux cas grâce à leurs liens familiaux et géogra-
phiques. Au cours des années qui suivirent, ce groupe allait donner
une production surabondante d’ouvrages sur tous les aspects des arts
■ 1. Ceògalmaladâs descendait de Vijayarâghava, même si les sources en font tantôt
le fils, tantôt le petit-fils (VRIDDHAGIRISAN, 1942, chap. 9). ■ 2. SUBRAHMANYAM,
2001, p. 150. ■ 3. Les noms de Thiruvishaloor et de Tiruvisalur sont aussi employés
par les habitants actuels et dans les inscriptions (ainsi, on trouve «Tiruviåalûr» in
HULTZSCH et al., 1895-1913, passim). ■ 4. Le récit qui suit s’appuie pour l’essentiel
sur l’article fondateur de KUPPUSWAMY SASTRI, 1904. ■ 5. KUPPUSWAMY SASTRI, 1904,
p. 128, 179, 130 et 134. Une telle concession de terrain était appelée sarvamânyam.
626 ■ Bibliothèques et banques de données
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Les fabriques du savoir SECTION 4
et de la science, notamment sur la linguistique, la théologie, la philo-
sophie, le droit et la morale, le théâtre et la médecine. Les manuscrits
en sont maintenant conservés dans la bibliothèque de Thanjavur. Un
grand nombre de ces œuvres ont été imprimées, mais elles demeurent
majoritairement sous une forme manuscrite et attendent encore de
prendre place dans l’édifice de nos connaissances.
Tiruviåainallûr est un charmant hameau, situé non loin du grand
centre religieux qu’est la ville de Kumbakonam. Il se trouve à une
soixantaine de kilomètres de Thanjavur, mais une telle distance
ne représentait pas un obstacle pour les rois. Vijayarâghava Nâyaka,
par exemple,
avait pour habitude d’aller chaque jour de Thanjavur au temple de Årîran-
gam, à 3 âmaèa [50 km] de la cité. En route, il changeait cinquante fois
de boyees [porteurs de palanquin]. Il partait à l’aurore, se livrait au culte
du Dieu et ne revenait qu’après 16 ghaèi [12h24] 1.
L’un des premiers arrivés à Tiruviåainallûr, en 1693, fut le grand
Râmabhadra Dîkæita (actif à partir de 1638), qui vint s’installer dans
ce nouveau centre depuis son village natal de Kañèaramâñikyam, lieu
unique qui donna à l’Inde du Sud ses intellectuels les plus éminents
des XVIIe et XVIIIe siècles 2. Le document en marathi qui accorde la pro-
priété des terres à cette sorte de College stipule que Râmabhadra
devait recevoir quatre parts de la donation, soit un lot supérieur à celui
des autres érudits, sans doute en reconnaissance de la réputation non
négligeable qu’il possédait déjà 3. Sa seule présence constituait pour
l’institution nouvelle une garantie de sérieux et de probité telle qu’elle
était assurée d’attirer savants et étudiants.
Râmabhadra était en effet une figure centrale de l’époque. Son
éducation avait fait de lui l’héritier de certains des plus grands
maîtres. Son enseignement et sa production savante amplifièrent et
transmirent cet héritage. Ses professeurs furent principalement
Cokkanâtha Dîkæita, Nîlakañøha Dîkæita (1580-1644 env.), et Bâlakëæna
■ 1. Extrait du Tanjâvûri Ândhra Râjula Caritra, KRISHNASWAMI AIYANGAR, 1986,
p. 324; voir n. 1, p. 619. ■ 2. KUPPUSWAMY SASTRI, 1904, p. 126-127, nomme les
œuvres de huit autres érudits qui y sont nés. Il note qu’en 1904 l’endroit était
« presque en ruine». ■ 3. KUPPUSWAMY SASTRI, 1904, p. 128. L’auteur ne fournit pas
de référence précise; il n’est plus possible de retrouver cet acte.
La bibliothèque de Thanjavur ■ 627
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PARTIE 2 LIEUX DU TRAVAIL SAVANT
Bhagavatpâda. Cokkanâtha vivait dans le village natal de
Râmabhadra et joua un rôle de père pour l’enfant, dont la famille était
pauvre. Le temps venu, ce dernier épousa la fille de son maître.
Cokkanâtha écrivit lui-même plusieurs ouvrages de linguistique sans-
krite (vyâkaraña) 1 et enseigna cette discipline à Râmabhadra. La lin-
guistique demeura au cœur de sa vie intellectuelle et fut le socle de
sa brillante réputation. Mais il composa également de la poésie et du
théâtre; sa pièce Jânakîpariñaya était encore un classique étudié
dans les écoles du sud de l’Inde au début du XXe siècle. Ses talents
littéraires s’épanouirent sous la férule de Nîlakañøha Dîkæita, auteur
de seize ouvrages poétiques, satiriques ou dramatiques, sans compter
deux traités sur la pratique religieuse du åâkta (le culte de la déesse)
et sur la linguistique sanskrite 2. Puisque Nîlakañøha résidait à
Madurai, il est probable que Râmabhadra s’y rendait pour étudier
sous sa direction. Comme nous l’avons vu, Nîlakañøha avait pour aïeul
le célèbre Appaya Dîkæita, c’est-à-dire l’intellectuel le plus important
de l’Inde du Sud au début du XVIIe siècle. Nîlakañøha connaissait per-
sonnellement Appaya. Sa carrière d’enseignant débuta par des cours
fondés sur un manuscrit du Devîmâhâtmya dont le grand homme lui
avait fait présent lorsqu’il avait douze ans 3. Ainsi, par l’intermédiaire
de Nîlakañøha, Râmabhadra était en contact avec la lignée savante la
plus respectée de son époque, et il put en apporter l’autorité à l’insti-
tution qui voyait le jour. Son troisième maître, Bâlakëæna
Bhagavatpâda, lui enseigna le vedânta. Râmabhadra composa pour sa
part au moins treize ouvrages, traités de linguistique théorique,
recueils de poésie et pièces de théâtre 4.
Un autre membre remarquable de la communauté de
Tiruviåainallûr fut Årîdharaveòkaøeåa, également connu sous le nom
de Ayyâ Avâö et fort célèbre pour sa piété. Il rédigea une importante
biographie du roi Åâhaji, le Åâhendravilâsakâvya 5, qui nous fournit
■ 1. Åabdakaumudî et Bhâæyaratnâvalî. ■ 2. UNNI, 1995. ■ 3. Le récit de la façon dont
Appaya, sur son lit de mort, transmit au jeune Nîlakañøha son legs culturel et spirituel,
se trouve dans les biographies de Nîlakañøha (Årî Nîlakañøhâdhvaricaritam) et
d’Appaya (Årî Appayadîkæitendravijaya). Toutes deux ont été composées au XIXe siècle
par Åivânanda Yogîndra, un descendant d’Appaya. Le premier de ces textes est traduit
et republié in FILLIOZAT, 1967, 7, p. 349, qui fournit aussi des renseignements sur le
second document et sur d’autres sources encore (ibid., 4). ■ 4. KUPPUSWAMY SASTRI,
1904, p. 132 et 137. ■ 5. Éd. Raghavan, 1952.
628 ■ Bibliothèques et banques de données
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Les fabriques du savoir SECTION 4
d’amples renseignements sur les personnalités de la cour de
Thanjavur. Mais ce sont ses chants et ses hymnes religieux qui lui
valurent la plus longue postérité. On chante encore ses hymnes
aujourd’hui à Tiruviåainallûr, dans ce qui fut sa maison ; cette der-
nière est devenue un lieu de pèlerinage, et un grand festival de
musique s’y tient chaque année. Ses œuvres religieuses ont récem-
ment fait l’objet d’une nouvelle impression, partiellement fondée sur
les manuscrits de la bibliothèque Sarasvatî Mahal de Thanjavur 1.
Il y eut donc, grâce au mécénat du roi Åâhaji, que sa mère Dîpâmbâ
encourageait dans cette voie 2, un renouveau des pratiques savantes.
Une nouvelle collection de manuscrits vint alors enrichir les fonds de
la bibliothèque de Thanjavur.
Le roi Åâhaji fut lui-même un écrivain prolifique, auteur de plus de
vingt-cinq ouvrages en langue telugu 3, et, tout comme lui, les rois de
la dynastie marathe de Thanjavur déposèrent une grande partie de
leur production dans la bibliothèque, où nous la trouvons à présent.
Citons l’exemple de Tulajî (r. 1730-1735), frère cadet de Åâhaji et
auteur de plusieurs traités originaux sur des questions de médecine,
d’astrologie et de musique 4.
Il est cependant hors de doute que Serfoji II (r. 1798-1833) donna à
la bibliothèque une tout autre ampleur. Ce nouvel épisode de l’histoire
du lieu est d’une nature sensiblement différente des précédents.
■ L’apport de Serfoji
Comme nous l’avons dit, la cour de Thanjavur joua jusqu’à la fin du
XVIIIesiècle le rôle d’un foyer et d’un aiguillon pour le réseau savant
très dense qui se développa dans la région du delta de la Kaveri.
Serfoji II, par ailleurs, semble avoir tenu à sa cour un grand nombre de
spécialistes fortement influencés par ses propres intérêts scientifiques.
■ 1. SSST, 2003. ■ 2. Comme on le lit dans le Dîpâmbâ Mâhâtmyam [La Grandeur
de Dîpâmbâ] (SRINIVASAN, 1984, vol. 38). J’exprime ma reconnaissance au
Dr Smt. S. Rajalakshmi de la TMSSML, qui a attiré mon attention sur ce lien.
■ 3. Les œuvres en telugu de Åâhaji sont énumérées in SASTRI, 1933, entrées 501
à 672. ■ 4. Ses œuvres médicales, toutes inédites, sont les suivantes: Âyur-Veda
(TMSSML, ms. 11037), Dhanvantarisâranidhi (TMSSML, ms. 11069), et
Dhanvantarivilâsa (TMSSML, ms. 11066).
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PARTIE 2 LIEUX DU TRAVAIL SAVANT
Cette différence de méthode s’explique par le milieu d’origine et l’édu-
cation de Serfoji, qui étaient tout à fait exceptionnels.
Avant de mourir, en 1787, son père adoptif Tulajaji confia son fils
de onze ans à un ami allemand, un missionnaire protestant, le révérend
Christian Friedrich Schwartz (1726-1798) 1. Par ailleurs, étant donné
les circonstances politiques complexes de son accession au trône
en 1798, Serfoji dut céder presque toutes ses prérogatives royales à
l’administration de la Compagnie britannique des Indes orientales. Il
lui restait une pension plus que confortable, le droit de circuler libre-
ment dans son palais et sur les terres alentour, mais il n’avait plus
guère à se soucier de l’administration de son royaume, de la conduite
des guerres et des occupations royales traditionnelles de ce genre.
Schwartz communiqua à Serfoji une grande curiosité à l’égard de la
nature et un appétit de découverte et de collection, qu’il s’agisse de
livres, d’antiquités ou d’objets de toutes sortes. Chez lui, l’étude tradi-
tionnelle des philosophies déductives, la maîtrise de l’autorité des
textes et le maniement savant des valeurs symboliques devinrent une
fascination, empirique et inductive, pour la nature et la science. Si
Serfoji était à bien des égards tout aussi pieux et orthodoxe que ses
contemporains, ses intérêts étaient souvent ceux d’un intellectuel euro-
péen des débuts de l’époque moderne. Lui-même issu de cet étrange
mélange d’influences et de curiosités, il présida au grand épanouisse-
ment culturel de Thanjavur. Il rassembla à sa cour plus de vingt-cinq
savants et poètes marathes et au moins une demi-douzaine de spécia-
listes pour le sanskrit et autant pour le telugu 2. Il créa un centre médi-
cal nommé le Dhanvantari Mahal, où des praticiens appartenant à dif-
férentes traditions travaillèrent ensemble à guérir les patients, mais
aussi à composer et traduire des ouvrages de médecine. Il favorisa les
initiatives dans les domaines de la musique, du théâtre didactique, de
la cuisine, de la peinture, de la fauconnerie, de la course de chars à
bœufs, de la lutte et autres arts ou sports; parfois, il y prenait part en
personne. Il est intéressant de noter que Serfoji fut le commanditaire de
nombreuses traductions et compilations, notamment de médecine, de
science vétérinaire et d’astrologie. Les originaux étaient habituellement
en sanskrit, et ils étaient traduits en tamoul et en marathi. C’est là le
■ 1. BHOSALE, 1999, p. 46-47; SUBRAMANIAN, 1988, p. 66 et suiv.; PETERSON, 1999b,
p. 177 et suiv. ; PETERSON, 1999a et 2003. ■ 2. BHOSALE, 1999, chap. 17.
630 ■ Bibliothèques et banques de données
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Les fabriques du savoir SECTION 4
reflet d’un changement d’attitude à l’égard du sanskrit. Cette langue
était auparavant le vecteur d’une création philosophique vigoureuse;
elle était maintenant une langue de référence, celle de l’autorité, dépo-
sitaire des connaissances accumulées. En ce sens, l’intérêt de Serfoji
pour le sanskrit était semblable à celui d’un historien moderne. Il étu-
diait et rassemblait des matériaux dans des sources autorisées, mais ses
propres recherches ne passaient plus par le sanskrit: elles étaient
menées en marathi, en tamoul et, dans une certaine mesure, en anglais.
Conformément à cette position vis-à-vis des systèmes de savoir
sanskrits, Serfoji recherchait avec zèle les manuscrits et fut à l’origine
de la métamorphose de la Sarasvatî Mahal Library, qui passa de l’état
de petite collection de cour à celui de monumentale bibliothèque inter-
régionale. Les archives témoignent de beaucoup de ses acquisitions.
En 1805, par exemple, Serfoji paya au chef d’une communauté monas-
tique de Varanasi 1000 roupies pour qu’il rapporte de cette ville des
manuscrits sanskrits 1. Au mois d’octobre 1820, il entreprit personnel-
lement un pèlerinage de dix-huit mois qui le mena de Thanjavur à
Varanasi, avec une suite de 3000 hommes 2. Si les motifs en étaient
complexes, l’un des principaux buts était à n’en pas douter de trouver
des manuscrits pour la bibliothèque de Thanjavur. Les journaux du
voyage contiennent d’ailleurs bien des notations relatives à l’achat de
manuscrits ou à la copie d’ouvrages rédigés en sanskrit et dans d’autres
langues indiennes. La bibliothèque actuelle possède une longue liste
de manuscrits rapportés de Varanasi par Serfoji 3. C’était le plus riche
ajout au catalogue que l’on ait jamais fait en une seule fois.
Après la mort de Serfoji, son fils Shivaji (r. 1832-1855), le dernier
des souverains de Thanjavur, continua d’enrichir massivement la col-
lection de manuscrits et de livres imprimés, parmi lesquels se trou-
vaient des œuvres sanskrites, mais aussi des publications en anglais
importées d’Angleterre même.
En 1880, le brillant orientaliste Arthur Coke Burnell publia à
Londres le premier catalogue moderne de la bibliothèque 4. Par là,
■ 1. SUBRAMANIAN et VENKATARAMAIYA, 1989, vol. 1, p. 164 (liasse 137 c), cités
par PETERSON [à paraître]. ■ 2. PETERSON [à paraître] évoque et analyse finement
l’événement, qui fut à l’époque dépeint par le texte marathi Åarabhendra Tîrthâvalî
[Le Pèlerinage du roi Serfoji] (MAHADICK RAO SAHIB, 1951). ■ 3. BHOSALE, 1999,
p. 133. ■ 4. BURNELL, 1880.
La bibliothèque de Thanjavur ■ 631
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PARTIE 2 LIEUX DU TRAVAIL SAVANT
l’institution faisait son entrée officielle dans la modernité, et ses col-
lections furent désormais connues des chercheurs du monde entier.
Burnell estimait à 22 000 le nombre des manuscrits conservés dans
la bibliothèque, principalement écrits en sanskrit.
Dans les années 1980, le nombre total de manuscrits avait atteint
44 000, dont 37 000 en sanskrit 1. Cette forte augmentation s’explique
en partie par le fait que Burnell n’avait pas tout vu, et en partie éga-
lement par la poursuite d’une politique d’acquisition. Au XXe siècle,
la bibliothèque a décidé de recevoir les collections que lui lèguent les
familles de pandits. D’après les chiffres écrits à la craie qui figuraient
sur un tableau noir dans le bureau du directeur en 2005, on peut pen-
ser que le nombre des ouvrages est encore en augmentation.
Composition du fonds de la bibliothèque en 2005
Support Manuscrit Manuscrit Livre
sur feuille sur papier imprimé
de palmier
Sanskrit 18 877 21068 14186
Tamoul 5968 14390
Marathi 3080 2497
Telugu 778 44 1852
Anglais 12144
Persan/ourdou 22 6938
Collection de Serfoji 4503
Hindi 22 3369
Total 25623 24236 59879
En l’espace de vingt générations à peu près, l’entrelacs des
lignées que dessinent les relations familiales, mais aussi les rela-
tions entre maîtres, élèves et patrons, a créé des réseaux savants
incroyablement complexes dans le delta de la Kaveri. Dans bien
des cas, on distingue encore ces lignées au XXe siècle, et parfois de
nos jours. Le cœur politique de la région est la ville-temple de
Thanjavur, avec sa grande bibliothèque. Celle-ci renferme des mil-
■ 1. PANCHANATHAN, 19974, p. 4-5.
632 ■ Bibliothèques et banques de données
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Les fabriques du savoir SECTION 4
liers de manuscrits qui conservent silencieusement la pensée des
érudits de Thanjavur, des villages brahmanes voisins, de l’Inde du
Sud et même de tout le sous-continent indien. Aujourd’hui, la biblio-
thèque est plongée dans une pénombre fraîche ; elle se présente
comme une série d’alcôves et de couloirs ouverts entre de vieilles
armoires de bois. L’odeur des livres anciens imprègne l’atmosphère,
tandis qu’un homme assis passe patiemment de l’huile sur des
feuilles de palmier afin de les protéger encore un siècle.
Conservateurs et savants discutent par petits groupes de l’adminis-
tration de la bibliothèque, débattent des points d’histoire, se deman-
dent comment faire fonctionner le courrier électronique. Le spécia-
liste européen de passage, s’il y en a un, est perché sur un bureau
qu’il partage avec quelqu’un d’autre ; il se consacre à la lecture des
manuscrits, avec l’intense concentration que mérite une bourse de
séjour arrachée de haute lutte. D’une manière peut-être étonnante, la
bibliothèque parvient à toucher un large public. Elle possède sa
propre revue et un site Internet très complet, muni d’une librairie
virtuelle 1; elle publie en outre une collection qui comporte déjà plus
de quatre cents titres, dont un bon nombre plusieurs fois réimprimés.
Cette collection s’oriente à présent vers la publication quasi exclu-
sive d’ouvrages et de traductions en tamoul, alors que les premiers
livres parus étaient souvent en marathi ou en sanskrit, avec une tra-
duction anglaise. Si l’on compare cette réorientation avec les don-
nées du tableau (voir page précédente), on s’aperçoit que la biblio-
thèque ne joue pas nécessairement ses meilleures cartes – mais elle
se plie aux lois de la demande et du marché.
Tiruviåainallûr est maintenant à une heure et demie de Thanjavur
en voiture; pour se rendre dans ce village, juste à côté de la vieille
ville de Kumbakonam, l’ancien centre spirituel, les routes sont
bonnes. Dans les familles brahmanes, on se souvient encore du don
qu’avait fait le roi Åâhaji aux quarante-six érudits de premier plan
venus sur place en 1693. Les habitants peuvent encore identifier les
maisons de certains savants de l’époque. Les villageois racontent avec
enthousiasme que ces grands maîtres se retrouvaient pour débattre de
sujets abstrus avant de chanter des hymnes dévotionnels. L’un des
■ 1. Voir http://www.sarasvatimahallibrary.tn.nic.in/
La bibliothèque de Thanjavur ■ 633
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PARTIE 2 LIEUX DU TRAVAIL SAVANT
derniers intellectuels du village à faire œuvre de création en sanskrit
fut Râmasubrahmañya Åâstrin, qui publia plusieurs traités à l’époque
de la Grande Guerre. Dans l’un de ses ouvrages polémiques, il nom-
mait cinq générations de ses ancêtres, tous versés dans les différentes
branches des systèmes de savoir sanskrits. Ses descendants possè-
dent encore une petite collection de ses livres et quelques manuscrits
sur feuilles de palmier.
Le théoricien des nombres Paul Erdös dit un jour en plaisantant que
le mathématicien est une machine à transformer le café en théorèmes.
Lorsque l’on observe les terres fécondes du delta de la Kaveri, et toute
la région que domine Thanjavur, avec ses innombrables hameaux et
maisonnées hantés par ce passé de profonde érudition, lorsque l’on sait
que cet endroit a connu une production intellectuelle aussi extraordi-
naire au cours des cinq derniers siècles, on peut être tenté de définir le
pandit comme une machine à transformer le riz en sanskrit.
(Traduction d’Aurélien Berra)
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634 ■ Bibliothèques et banques de données
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Les fabriques du savoir SECTION 4
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