La péninsule Ibérique et l’entomologie européenne au XIXe siècle
La péninsule Ibérique et l’entomologie européenne au XIXe siècle
La péninsule Ibérique et l’entomologie européenne au XIXe siècle
LA PENINSULE IBERIQUE ET L'ENTOMOLOGIE
EUROPEENNE AU XIXe SIECLE
Pierre Mo ret
UMR 5608 TRACES, CNRS - Universite de Toulouse
En suivant le cours du Xenil au-dessus de Huejar jusqu'a
une distance presque aussi considerable que celle qui
separe ce village de Grenade, on atteint une mine de cuivre
en exploitation. Quelques maisons ont ete baties en cet
endroit et [...] le chef des ouvriers mineurs voulut bien
nous y donner l'hospitalite. [... ] La Sierra Nevada recele
en maint endroit des mines fort riches de divers metaux,
et chaque annee on commence a en exploiter de nou-
velles. Aupres de ces mines, situees parfois a une grande
hauteur, il est toujours possible de trouver un gite. Vous
done qui avez une etincelle de feu sacre, bonnes jambes et
bon estomac, allez voir la Sierra Nevada; peu de contrees
sont aussi riches en insectes ; je n'en connais pas de plus
admirable sous le rapport des beautes naturelles, et ses
habitants sont aussi honnetes qu'affables et hospitaliers .
Le recit de cette surprenante rencontre qui eut lieu dans un recoin mon-
tagneux de la Sierra Nevada, en mai 1865, entre un groupe d'entomologistes
allemands, francais et anglais et les mineurs de Giiejar-Sierra, m'a incite a offrir
a Gerard Chastagnaret quelques reflexions sur l'histoire des sciences naturelles
dans l'Espagne du xixe siecle.
Temoins du dynamisme d'une industrie miniere en plein essor, les jeunes
savants qui parcourent l'Espagne cette annee-la sous les auspices de la Societe
entomologique de France2 donnent en meme temps l'exemple de la mainmise
des chercheurs venus d'autres pays europeens sur l'inventaire scientifique des
richesses mineralogiques, botaniques et zoologiques de la peninsule Iberique.
Quand on sait que la faiblesse des moyens de prospection geologique a long-
temps entrave le developpement des entreprises minieres espagnoles ou reduit
leur efficacite3, on jugera aisement, a plus forte raison, du retard de la recherche
dans des domaines des sciences naturelles qui n'avaient pas, comme la geologie,
des implications economiques immediates.
Le cadre historique general et les causes structurelles de ce retard sont trop
connues pour qu'il soit necessaire d'y revenir4 : resistances sociales et intellec-
1 C. Piochard de La Brulerie, « Rapport sur l'excursion faite en Espagne ». Sur 1'exploitation
des filons de cuivre argentiftre de Giiejar-Sierra, qui commence au milieu du siecle dans un climat
de fievre speculative, voir G. Chastagnaret, L'Espagne, puissance miniere, p. 311, n. 18.
2 Nous reviendrons plus loin sur cet episode emblematique.
3G. Chastagnaret, L'Espagne, puissance miniere, pp. 130 et 313.
4 Voir entre autres M. Hormigon Blanquez (ed.), Adas del II Congreso de la Sociedad Espanola
de Historia de las Ciencias ; J. M. Sanchez Ron (ed.), Ciencia y sociedad en Espana.
Xavier Huetz de Lemps et Jean-Philippe Luis (ed.), Sortir du labyrinthe,
Collection de la Casa de Velazquez (131), Madrid, 2012, pp. 479-502.
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tuelles, retard de la revolution industrielle, consequences desastreuses de la guerre
d'independance... J'essaierai plutot de montrer, en me limitant a une discipline
scientifique particuliere — l'entomologie —, comment les pratiques scientifiques
propres a la premiere moitie du xixe siecle s'exercent dans un pays qui est percu
comme une terre vierge en matiere de sciences naturelles, et comment ces pra-
tiques ont retarde 1'entree des chercheurs nationaux dans le concert europeen.
Je m'interesserai done au fonctionnement d'un groupe d'individus unis
par des interets scientifiques communs, mais aussi par des enjeux de carriere
et, dans certains cas, par des mobiles economiques, et non pas au progres des
connaissances dans la discipline concernee. Pour le dire en deux mots, ce n'est
pas de l'histoire de l'entomologie qu'il sera question, mais de celle des entomo-
logistes, du point de vue des pratiques sociales liees a la production du savoir.
Pour asseoir ce travail encore preliminaire sur des donnees quantitatives
fermes, il ne pouvait etre question de prendre en compte l'immense territoire de
l'entomologie et ses bataillons de centaines de savants, illustres ou obscurs, qui
ont fait passer le nombre d'especes decrites de Coleopteres (pour ne citer que
cet ordre) de 4 766 en 18015 a 77 000 en 18766 et sans doute a plus de 150 000 a la
veille de la premiere guerre mondiale. J'ai choisi de limiter cette etude a la famille
des Carabidae, qui est une subdivision de l'ordre des Coleopteres. Un catalogue
recent des 1158 especes iberiques actuellement validees permet de retracer
avec une certaine precision l'histoire des recherches menees sur ce groupe et,
plus particulierement, de suivre le rythme des descriptions d'especes nouvelles
decouvertes dans la peninsule Iberique7. Sur du materiel collecte en Espagne ou
au Portugal, 305 especes ont ete decrites8 entre 1801 et 1914 (tableau 1 et fig. 1
[pp. 481 et 482]).
Ces descriptions sont l'oeuvre de 60 entomologistes : 24 Francais, 22 Alle-
mands, 6 Espagnols, 3 Russes, 2 Britanniques, 1 Beige, 1 Danois et 1 Portugais.
La moitie des especes ont ete decrites par des Francais, 28 % par des Allemands,
8 % par un savant beige, 7 % par des Espagnols et de Portugais, les 6 % res-
tants se partageant entre Russes, Britanniques et Danois. La part qui revient aux
savants de la peninsule Iberique s'avere done tres modeste ; elle le restera meme
jusqu'en 1939, si Ton poursuit le decompte jusqu'a cette date (fig. 1, p. 482).
Ce n'est qu'apres la seconde guerre mondiale que l'entomologie espagnole et
5 j. C. Fabricius, Systema Eleutheratorum.
6 M. Gemminger et E. von Harold, Catalogus Cohopterorum.
7 j. Serrano, Catdlogo de los Carabidae.
8 Un certain nombre de ces descriptions ont ete invalidees par la suite, soit parce qu'un statut
specifique avait ete indument donne a de simples variations individuelles, soit parce que l'espece
avait deja ete decrite anterieurement par un autre auteur, ce qui entraine la « mise en synonymie »
du nom le plus recent, pour reprendre le terme technique des taxinomistes. Compte tenu de mes
objectifs, il n'etait pas necessaire de faire une distinction entre les noms d'especes que les genera-
tions suivantes ont consacres et ceux qui sont tombes en synonymie. Pour cette raison, les chiffres
que je fournis sont differents de ceux d'une etude recente qui ne tient compte que des especes
valides : A. Jimenez Valverde et V. M. Ortuno, « The history of endemic Iberian ground beetle
description ».
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Tableau 1. — Nombre de descriptions de Carabidae provenant
d'Espagne et du Portugal entre 1800 et 1914
(par tranches de cinq ans et par pays d'origine des descripteurs)
Annees Allemagne France espagne et Portugal Russie Angleterre Belgique Danemark Total
1800-1804 1 1
1805-1809
1810-1814 1 1
1815-1819
1820-1824 3 8 11
1825-1829 31 31
1830-1834 2 8 10
1835-1839 2 39 41
1840-1844 6 6
1845-1849 4 2 2 8
1850-1854 3 2 3 8
1855-1859 7 5 1 13
1860-1864 19 3 2 24
1865-1869 3 24 3 6 2 10 48
1870-1874 6 5 4 2 1 13 31
1875-1879 1 1 3 2 7
1880-1884 9 1 2 12
1885-1889 7 2
1890-1894 3 3 6
1895-1899 5 4 9
1900-1904 2 1 2 1 6
1905-1909 9 2 11
1910-1914 5 4 3 12
1800-1914 86 154 21 14 4 25 1 305
28,2 % 50,5 % 6,9 % 4,6 % 1,3 % 8,2 % 0,33 %
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60
- Descripteurs allemands ~B Descripteurs iberiques Total des descriptions
i
1800 1810 1820 1830 1840 1850 1860 1870 1880 1890 1900 1910 1920 1930
Fig. 1. — Rythme quinquennal des descriptions de Carabidae
provenant d'Espagne et du Portugal, entre 1800 et 1939
portugaise prendra veritablement son essor. Mis a part ce constat qui ne fait
que confirmer une tendance generale bien etablie dans 1'ensemble des sciences
naturelles, on est surpris par la faiblesse de la contribution anglaise (seulement
quatre especes decrites en l'espace d'un siecle), alors qu'on sait que l'entomo-
logie britannique, sur cette periode, ne fut pas moins productive en termes
generaux que celle de ses voisins continentaux. II faudrait etendre l'enquete a
d'autres families d'insectes pour savoir s'il s'agit d'une situation conjoncturelle
due aux aleas de la recherche et des specialisations, ou d'une tendance generale
de la zoologie britannique qui aurait neglige les faunes europeennes autres que
celle des lies Britanniques, au profit des faunes exotiques et notamment de celles
de l'Empire colonial. Quoi qu'il en soit, ce sont les Francais et les Allemands qui
se taillent la part du lion dans l'entreprise taxinomique du xixe siecle en penin-
sule Iberique, puisque les trois quarts des descripteurs (pour 79 % des especes
decrites) appartiennent a ces deux nations. Pour comprendre cette domination,
et pour mieux prendre la mesure des obstacles qui retarderent si longtemps
l'essor d'une entomologie nationale en Espagne et au Portugal, il convient de
rappeler brievement quels sont les objectifs, les structures et les modes de fonc-
tionnement de l'entomologie europeenne de la premiere moitie du xixe siecle.
A cette epoque, la discipline entomologique est presque tout entiere consa-
cree a la tache gigantesque de l'inventaire et de la classification rationnelle du
vivant, dans le sillage de Linne. La physiologie et le mode de vie des insectes
sont encore peu etudies, sauf pour un petit nombre d'especes ayant un inte-
ret economique comme l'abeille, le ver a soie ou les ravageurs des cultures. Les
entomologistes sont pour la plupart des taxinomistes, des systematiciens, des
descripteurs. Meme tres specialises, leurs travaux n'exigent pas une formation
LA PENINSULE IBERIQUE ET l'eNTOMOLOGIE EUROPEENNE
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scientifique approfondie ; ils demandent en revanche du temps et des moyens,
arm de constituer une collection de reference sans laquelle l'examen comparatif
que necessite toute entreprise taxinomique ne peut etre mene a bien. Comme
on le verra plus loin, cet aspect explique pour une bonne part le profil social des
premieres generations d'entomologistes.
La faible technicite de l'entomologie telle qu'elle se pratique dans les premieres
decennies du xixe siecle n'en fait pas pour autant une science au rabais. Depuis
Reaumur et Buffon, l'histoire naturelle est jugee digne d'occuper les meilleurs
esprits et fait partie des savoirs qu'un honnete homme peut se prevaloir de culti-
ver. Heritiere des cabinets de curiosites du xvne et du xviii6 siecle, la collection
d'insectes, de coquillages ou de mineraux, au meme titre que l'herbier, est au
debut du xixe siecle une occupation recommandee par les moralistes : non seule-
ment elle premunit l'individu contre des distractions funestes et entretient la sante
grace a de frequentes excursions dans la nature, mais elle peut aussi contribuer au
progres de la science. L'entomologie fait done partie, a l'instar de la botanique ou
de la mineralogie, des activites auxquelles des personnes fortunees disposant de
loisirs peuvent se consacrer sans deroger (tout au plus risquent-ils de passer pour
des originaux ou des farfelus si leur passion devient par trop devorante). De la
chasse aux papillons du Rouge et le Noir (1830) au savant distrait d'Un capitaine
de quinze ans de Jules Verne (1878), des souvenirs de Charles Nodier9 a ceux de
Vladimir Nabokov10 et d'Ernst lunger11 — ultime representant de cette lignee —,
la litterature est emaillee de figures d'entomologistes et de collectionneurs d'in-
sectes qui temoignent de ce statut particulier, qu'on ne saurait sans anachronisme
confondre avec la notion actuelle de hobby ou d'activite de loisir.
Dans ce contexte, la distinction entre « amateurs » et « professionnels », cru-
ciale dans le developpement des sciences naturelles depuis le milieu du xxe siecle,
est depourvue de sens. Au xixe siecle, dans le domaine des sciences naturelles,
etre reconnu comme un savant a part entiere resulte d'un jugement entre pairs
qui ne repose que sur la valeur attribute aux travaux scientifiques. La profession
exercee (ou l'absence de profession) n'apparait jamais comme un critere discri-
minant, et le fait d'etre ce qu'on appellerait aujourd'hui, anachroniquement, un
entomologiste professionnel — il s'agit a l'epoque des professeurs d'universite,
des conservateurs et preparateurs de quelques musees d'histoire naturelle — ne
confere aucune superiorite, aucun gain de legitimite du point de vue scientifique.
Cela est particulierement vrai en France ou, jusqu'au debut de la Troisieme Repu-
blique, les professeurs des universites et du Museum ne contribuent que pour
une part minime aux progres de l'entomologie systematique12. C'est du reste a
des initiatives privees (voyages d'exploration, constitution de grandes collections,
travaux systematiques de longue haleine) que Ton doit l'essentiel des progres de la
9 C. Nodier, Souvenirs dejeunesse - Seraphim.
10 V. Nabokov, Speak, Memory: An Autobiography Revisited.
11 E. Junger, Subtile Jagden.
12 Les professeurs d'universite entomologistes sont plus nombreux en Allemagne au xixe siecle,
et leur contribution scientifique est egalement plus importante qu'en France.
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PIERRE MORET
connaissance de la faune entomologique de l'Europe, puis des autres continents.
Correlativement, il faudra attendre de longues annees avant que ne se ferment,
dans les musees ou les universites, des collections publiques de reference. C'est
ainsi que l'un des meilleurs entomologistes francais pouvait ecrire en 1868 que
la premiere place appartient aux collections privees [...]. Elles constituent
la vraie source de la science et lui fournissent ses meilleurs elements. II est
loin d'en etre ainsi des collections publiques [...] ; elles sont en general
sans valeur comme collections nationales ou locales13.
Le collectif des entomologistes europeens — quelques centaines de per-
sonnes — est done majoritairement compose d'individus aises qui vivent de leurs
rentes ou disposent d'importants loisirs en marge de leur activite professionnelle.
La noblesse et la bourgeoisie s'y cotoient. A cote de patronymes celebres, comme
celui d'Amedee Lepeletier de Saint-Fargeau (1770-1845), specialiste des hyme-
nopteres et frere de deux conventionnels, ou du prince d'Essling, fils du marechal
Massena14, on trouve sur les tablettes de la Societe entomologique de France un
marquis de La Ferte-Senectere, un vicomte Achard de Bonvouloir, un comte de
Kiesenwetter (allemand), un baron de Chaudoir (russe), un comte Mniszech15
(polonais), etc. Certains, qu'une fortune insuffisante ou des contraintes familiales
ont obliges a exercer une profession, l'abandonnent des qu'ils le peuvent. Pour
prendre quelques exemples dans notre petit corpus de descripteurs d'especes
iberiques, Hermann Rudolph Schaum (1819-1865) exerca la medecine pendant
quelques annees a Stettin, mais « des qu'il eut rassemble une fortune convenable,
il abandonna entierement la medecine pour se livrer exclusivement a l'etude des
sciences naturelles16». Charles Brisout de Barneville (1822-1893), fils d'un conseil-
ler a la cour d'appel de Paris, sorti de l'Ecole Centrale en 1844, renonca a sa carriere
d'ingenieur en 1848 pour se consacrer entierement a l'entomologie17. Charles Pio-
chard de la Brulerie (1845-1876) se destinait a la medecine, mais il abandonna ses
etudes a 19 ans pour se consacrer, lui aussi, a l'etude des Coleopteres18. A cote de
ces rentiers, plusieurs professions sont bien representees parmi les entomologistes
actifs au milieu du xixe siecle, selon des proportions qui varient quelque peu d'un
pays a l'autre : medecins19 et pharmaciens, officiers, fonctionnaires20, plus rare-
13A. Fauvel, Faune Gallo-Rhenane, p. 111.
14 C. Dejean, Species general des Coleopteres, p. xxi.
15 Gendre de Mme Hanska, Mniszech asans doute inspire a Balzac les quelques comparaisons ento-
mologiques qui emaillent son oeuvre. Sur ce personnage singulier, voir S. de Korwin-Piotrowska,
Balzac et le monde slave, pp. 282-287.
16 H. von Kiesenwetter, « Notice sur la vie et les travaux entomologiques du Dr Schaum »,
pp. 643 sq.
17 H. Achard de Bonvouloir, « Notice necrologique sur Charles Brisout de Barneville ».
18 E. Simon, « Notice necrologique sur Charles Piochard de la Brulerie ».
19 C'est le cas de Leon Dufour et de Jules Rambur dont nous reparlerons plus loin.
20 Parmi les entomologistes de notre corpus, Auguste Chevrolat est employe a l'octroi de Paris,
Leon Fairmaire est fonctionnaire de [Assistance publique et Jules Putzeys est chef de bureau au
ministere de la Justice a Bruxelles.
LA PENINSULE IBERIQUE ET l'eNTOMOLOGIE EUROPEENNE
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ment negotiants et industriels. On compte aussi quelques ecclesiastiques, mais ces
derniers semblent moins souvent attires par l'entomologie que par la botanique. II
faut attendre le dernier tiers du siecle pour assister a une democratisation progres-
sive du milieu entomologique. La part des « proprietaries » vivant de rentes, issus
de l'aristocratie terrienne ou de la bourgeoisie la plus fortunee, devient marginale,
laissant la place aux classes moyennes et a des individus exercant les metiers les
plus divers21.
Reste a evoquer une categorie qui joue dans ce collectif un role tres impor-
tant : les voyageurs naturalistes et les marchands naturalistes. Car la course a la
description des especes et des genres nouveaux, qui est le moteur principal de
l'entomologie a cette epoque, ne tarde pas a creer un marche : qui dit collections,
dit commerce d'articles d'histoire naturelle. Cet aspect de la pratique entomolo-
gique est celui sur lequel nous sommes le plus mal renseignes, car la litterature
scientifique tend a le dissimuler22. Quelques allusions en revelent neanmoins
l'importance, comme cette declaration d'Etienne Mulsant:
... il faut aujourd'hui se trouver dans des circonstances toutes parti-
culieres, ou posseder une fortune exceptionnelle, pour avoir un nombre
respectable de ces petits Coleopteres exotiques, dont l'or seul peut gene-
ralement procurer la possession23.
Plusieurs marchands naturalistes specialises en entomologie avaient pignon
sur rue, et creerent de veritables dynasties : les Staudinger en Allemagne, les
Deyrolle24 en France. Les insectes exotiques etaient les plus recherches, mais
ceux des regions les moins frequentees de l'Europe mediterraneenne attiraient
aussi la convoitise. Des voyageurs naturalistes, veritables mercenaires de l'ento-
mologie, etaient envoyes dans ces pays pour des sejours d'exploration plus ou
moins longs, finances soit par des marchands, soit par des pools de collection-
neurs qui se partageaient leurs chasses25.
L'histoire sociale de l'entomologie (comme des autres sciences naturelles) reste a faire. Les
materiaux sont abondants mais disperses ; en ce qui concerne les entomologistes francais, on
pourra se reporter aux fiches prosopographiques, plus ou moins detaillees, de J. Gouillard, His-
toire des entomologistes francais, et de R. Constantin, Memorial des coleopteristes francais.
22 Dans les publications scientifiques de l'epoque, des expressions comme « exemplaire recu
en communication de ... », ou « ma collection s'est enrichie de cette espece grace a l'obligeance
de ... », etc., sont parfois des euphemismes sous lesquels il faut entendre des achats.
23 E. Mulsant, Souvenirs d'un voyage en Allemagne, pp. 24-25. La collection du comte Dejean,
la plus riche alors de toute l'Europe, fut proposee a l'Etat francais en 1840 pour 50000 francs
(P. de Peyerimhoff, « LaSociete entomologique de France [1832-1931] », p. 70). La collection de
Georges Mniszech fut vendue a Deyrolle vers 1880, bien en dessous de sa valeur, pour 60 000 francs
(S. de Korwin-Piotrowska, Balzac etle monde slave, n. 14, p. 287).
24 Affaire fondee a Paris en 1831 par Jean-Baptiste Deyrolle. Son fils Achille Deyrolle (1813-
1865) fit un voyage au Bresil pour le compte du musee de Bruxelles avant de prendre la succession
de son pere. Ses freres Henri et Narcisse voyagerent au Gabon et en Espagne pour des collection-
neurs parisiens ; son fils Emile Deyrolle (1838-1917) lui succeda.
25 Sur cette pratique, voir P. Moret, « Entomologistes et chasseurs d'insectes en Amerique du
Sud au xixe siecle ».
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PIERRE MORET
En ce qui concerne la peninsule Iberique, plusieurs pratiques sont observees :
— Des voyages entrepris par les marchands naturalistes eux-memes.
Otto Staudinger (1830-1900), fondateur a Dresde d'une maison de com-
merce d'articles d'histoire naturelle qui deviendra a la fin du siecle la plus
importante d'Europe, se rend en Andalousie en 1857-1858, puis en Castille
en 186226. Ludwig Wilhelm Schaufuss (1833-1890), lui aussi marchand
d'histoire naturelle a Dresde, voyage dans le nord de l'Espagne en 1860,
dans Test de l'Espagne et aux Baleares en 1866, au Portugal en 186727.
— L'envoi d'un voyageur naturaliste par un marchand ou par des collec-
tionneurs associes. C'est le cas de l'ltalien Victor Ghiliani, qualifie d'« habile
chasseur » par le marquis de La Ferte28, d'« habile voyageur » par le mar-
chand Achille Deyrolle29, qui sillonne l'Espagne en 1841-1842. C'est aussi
le cas, en 1840, du propre frere d'Achille Deyrolle30. Ce Narcisse Deyrolle
manqua d'y laisser la vie : « M. Reiche annonce a la Societe que M. Deyrolle
fils a failli etre tue aux environs de Faro, dans les Algarves. Ce malheureux
voyageur a recu trois coups de poignard qui l'ont mis dans le plus grand
danger31 ». Pour rentabiliser au maximum ces missions d'exploration, les
recoltes etaient divisees en lots qui etaient vendus separement a plusieurs
collectionneurs. Plusieurs entomologistes pouvaient ainsi etre destinataires
des exemplaires d'une seule et meme espece ; lorsque celle-ci etait nouvelle
pour la science, il est arrive qu'elle fut decrite a plusieurs reprises, sous des
noms differents, par des entomologistes qui ignoraient qu'ils recevaient de
leur fournisseur les memes insectes que leurs collegues et rivaux32, ajoutant
ainsi a la confusion d'une nomenclature qui mit longtemps a se stabiliser.
— La mise en place d'un reseau de correspondants locaux qui font
regulierement des envois d'insectes. Egesippe Duval, medecin residant a
26 W. Horn etalii, Collectiones entomologicae, t. II, p. 377.
27 Ibid., p. 345.
28 T. de La Ferte-Senectere, « Description de quelques Carabes nouveaux de l'Espagne et du Por-
tugal », pp. 445 et 452. Ghiliani obtiendra ensuite un emploi d'attache naturaliste au Musee de Turin.
29 A. Deyrolle, « Note pour servir a l'histoire des Carabes d'Espagne et du Portugal », p. 239.
30 Ibid., p. 240. Auguste Chevrolat et Hippolyte Gory furent ses principaux clients : H. L. Gory,
« Note sur quelques Coleopteres recueillis en Galice » ; A. Chevrolat, « Description de quelques
Coleopteres de Gallice et du Portugal ».
31 Annates de la Societe entomologique de France, 9, 1840, p. xxiv.
32 On sait par exemple, d'apres des allusions eparses dans les articles qui publient ses trou-
vailles (T. de La Ferte-Senectere, « Description de quelques Carabes nouveaux de l'Espagne
et du Portugal », p. 449, et A. Deyrolle, « Note pour servir a l'histoire des Carabes d'Espagne et
du Portugal », p. 244), que les chasses espagnoles de Ghiliani avaient ete reparties entre plusieurs
clients, parmi lesquels le marquis de Breme, le marquis de La Ferte et Louis Reiche, peut-etre par
l'intermediaire d'Achille Deyrolle, qui fait la remarque suivante : « M. Reiche a eu la bonte de me
communiquer un insecte de sa collection qu'il rapporte a cette espece, recueilli aux environs de
Badajoz par M. Ghiliani. M. de la Ferte a omis de la citer parmi celles rapportees par cet habile
voyageur, ignorant sans doute qu'un exemplaire etait echu en partage a notre savant collegue ».
LA PENINSULE IBERIQUE ET l'eNTOMOLOGIE EUROPEENNE
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Porto, envoie des especes rares a plusieurs entomologistes parisiens dans
les annees 184033. Mais ce sont surtout des Espagnols et des Portugais que
les entomologistes allemands et francais s'efforcent d'attirer dans leurs
reseaux, nous en reparlerons.
— Le voyage d'un entomologiste (seul ou en groupe) qui se propose
d'explorer lui-meme, a ses frais, une region ou un pays. Ce cas de figure
apparait avec le Dr Rambur en 1834, mais ne deviendra frequent qu'apres
le milieu du siecle, notamment avec les « excursions » de la Societe ento-
mologique de France. Nous reviendrons plus loin sur ces episodes qui
mettent en scene des naturalistes complets, souvent fortunes, qui avaient
une conception « totale » de leur science : entretien et enrichissement
d'une vaste collection, excursions ou expeditions a l'etranger, publications
scientifiques nombreuses.
On voit que dans cette entomologie des premieres decennies du xixe siecle,
la frontiere entre la pratique scientifique et le loisir n'existait pas, et, ce qui est
plus surprenant encore pour un observateur actuel, que la limite entre echanges
scientifiques et relations commerciales etait singulierement poreuse. Le fait
qu'Achille et Henri Deyrolle fussent des marchands d'insectes n'etait pas un
obstacle a leur admission dans la Societe entomologique de France, et Ton voit
Achille publier un article visant a debrouiller la synonymie d'especes de Cara-
bidae iberiques qu'il avait lui-meme vendus a des collectionneurs parisiens34. Le
Dr Joseph Waltl publie en 1834, en francais, un « Catalogue des Lepidopteres
de Hongrie et prix auquel on peut se les procurer »35, ce qui laisse a penser
que les chasses qu'il fit en Espagne donnerent egalement lieu a des transactions
commerciales. Ludwig Wilhelm Schaufuss, qui avait decouvert en 1860, dans
les monts Cantabriques, les premiers exemples iberiques d'insectes caverni-
coles aveugles, procede lui-meme a la publication scientifique de ces especes
remarquables36, avant de les inclure dans sa « dix-huitieme liste de prix »37 : la
description scientifique augmentait la valeur des « types » mis en vente...
Derniere caracteristique digne d'etre mentionnee : la societe des entomo-
logistes formait un reseau international dont les membres se connaissaient,
entretenaient des relations epistolaires intenses et n'hesitaient pas a entre-
T. de La Ferte-Senectere, « Description de quelques Carabes nouveaux de l'Espagne et du
Portugal », pp. 446 sq. ; A. Deyrolle, « Note pour servir a l'histoire des Carabes d'Espagne et du
Portugal », pp. 241 et 244.
34 Bid
35 Dans la Revue Entomologique de Gustave Silbermann, 2, 1834, pp. 131 -136.
36 L. W. Schaufuss, « Zwei neue Silphiden Gattungen ». Sur les circonstances de la decouverte,
voir J. M. Salgado Costas et alii, « Nota sobre los tipos de Quaestus (Quaestus) arcanus y Quaestus
(Quaesticulus) adnexus ».
37 L. W. Schaufuss, « Quaesticulus adnexus und arcanus, augenlose Silphiden aus Spanien. Notiz
iiber einige in seiner Preissliste XVIII ausgefuhrte Kafer », Sitzungsberichte und Abhandlungen der
Naturwissenschaftlichen Gesellschaft his in Dresden, 1862 (sans pagination, cite par H. A. Hagen,
Bibliotheca Entomologica, sub nom.).
488
PIERRE MORET
prendre des voyages lointains qui leur permettaient a la fois de rencontrer leurs
correspondants etrangers et d'examiner les raretes des collections privees les
plus celebres38. Sans etre absent, le nationalisme perce rarement dans le com-
portement des savants europeens des trois premiers quarts du siecle ; on verra
plus loin qu'en 1865, une excursion de la Societe entomologique de France a
conduit en Espagne une troupe heteroclite d'entomologistes allemands, fran-
cais et anglais. Les societes savantes jouent un role important dans ce reseau de
sociabilite. La Societe entomologique de France est fondee la premiere en 1832,
suivie par celles de Londres (1833), de Stettin (1840), de Belgique (1857), de
Suisse (1858), de Philadelphie (1859), etc. Les entomologistes les plus actifs sont
frequemment membres de plusieurs de ces societes.
On mesure aisement les difficultes qu'ont rencontrees les naturalistes espa-
gnols pour s'inserer dans ce reseau europeen. Le premier obstacle etait d'ordre
social: dans les classes hautes et moyennes de la societe espagnole du debut du
xixe siecle, l'entomologie pouvait difficilement passer pour une activite ou une
profession « aimable » — nous dirions aujourd'hui : socialement valorisante.
Mais les entraves etaient surtout d'ordre structurel et scientifique. Malgre la
creation precoce d'une chaire de zoologie des invertebres a Madrid (1837), l'en-
seignement etait d'un niveau mediocre et n'attirait de toute facon qu'un nombre
extremement reduit d'etudiants39. Faute d'une formation de qualite, faute de
collections de reference dignes de ce nom dans les musees d'histoire naturelle40,
le retard pris au debut du siecle demandera plusieurs generations pour etre com-
ble. Les naturalistes etrangers avaient precede les Espagnols et les Portugais dans
l'exploration de leur propre faune, et des centaines d'especes d'insectes ont ete
decrites dans la premiere moitie du xixe siecle dans des publications allemandes,
francaises, anglaises, danoises, beiges ou russes. Ces descriptions etaient basees
sur des exemplaires « types » qui etaient conserves dans des collections le plus
souvent privees, a Paris, a Bruxelles, a Londres, a Vienne, a Dresde ou a Berlin. A
une epoque ou la nomenclature n'etait pas stabilisee et ou, a defaut de revisions
systematiques dignes de ce nom, l'examen des types ou d'exemplaires dument
compares aux types etait une necessite, comment un naturaliste espagnol se
trouvant dans l'incapacite materielle de faire le tour des collections d'Europe
pouvait-il entrer dans la carriere ? La seule solution qui s'offrait a lui consistait
a entrer en correspondance avec des specialistes etrangers, a leur envoyer les
insectes qu'il etait incapable d'identifier en esperant qu'on lui en renverrait une
partie nommee, ou qu'en echange d'especes iberiques rares on lui ferait parvenir
des insectes provenant d'autres pays. II pouvait ainsi envisager de constituer peu
a peu une collection pouvant servir de reference au niveau regional ou national.
38 Particulierement instructifs, de ce point de vue, sont les Souvenirs d'un voyage en Mlemagne
d'E. Mulsant.
39 On ne compte que 127 etudiants dans les facultes de sciences, toutes disciplines confondues,
en 1857-1858 (G. Rueda, « Cultura, saber y diversiones »).
40 C'est sous la direction de Mariano de la Paz Graells, entre 1851 et 1867, que le Musee d'his-
toire naturelle de Madrid commence a etre reorganise et que ses collections sont enrichies de facon
significative (S. Aragon Albillos, El zoologico del Museo de Ciencias Naturales).
LA PENINSULE IBERIQUE ET l'eNTOMOLOGIE EUROPEENNE
489
C'est ce que sut faire avec intelligence et tenacite Mariano de la Paz Graells
y de la Agiiera (1809-1898), qui fut titulaire de la chaire de zoologie du Musee
de sciences naturelles (1837) puis directeur du musee et du Jardin botanique
(1851-1867), avant de terminer sa carriere a la chaire d'anatomie et de physio-
logie comparee de l'universite centrale41. Forme a Barcelone, lie par sa famille
aux milieux liberaux et notamment au botaniste Mariano La Gasca (1776-
1839) qui avait ete exile en Angleterre pendant le regne de Ferdinand VII et
qui l'aida dans sa carriere, il eut tres tot conscience de la necessite de s'integrer
lui-meme et d'integrer la science espagnole dans des reseaux europeens. Fait
remarquable, il est recu des novembre 1833 membre de la Societe entomo-
logique de France, alors que celle-ci n'avait ete fondee qu'un an plus tot. Ses
correspondants sont nombreux, surtout en France, et des allusions temoignent
de l'importance de l'activite d'echanges qu'il maintient avec eux42. II recueille les
fruits de cette entreprise de longue haleine en commencant a publier, a partir
de 1842 — d'abord en francais dans les Annates de la Societe entomologique de
France — des especes nouvelles capturees par lui dans les environs de Madrid et
dans la Sierra de Guadarrama, marquant ainsi la date de naissance de l'entomo-
logie espagnole43. II connaitra bientot son heure de gloire en decouvrant et en
publiant un rare papillon endemique, l'un des plus grands et des plus beaux de
la faune europeenne, qu'il dedie en 1849 a la reine d'Espagne, en habile courti-
san, sous le nom de Saturnia isabellae44.
L'entomologie espagnole est desormais reconnue, mais elle peine a suivre
le rythme de la production scientifique internationale. Graells, apres le coup
d'eclat scientifique qui a definitivement assure sa situation, se detache peu a
peu, les honneurs venant, de la recherche scientifique active ; ses successeurs,
Laureano Perez Areas puis Ignacio Bolivar y Urrutia45, sont trop isoles, malgre
la qualite de leurs travaux, pour combler le retard. Dans une lettre recemment
publiee, un naturaliste espagnol d'origine Suisse, Juan Mieg, decrit ainsi la situa-
tion de dependance de l'entomologie espagnole a l'epoque de la decouverte de
Saturnia isabellae:
Gratis y Perez46, con todos los naturalistas de este pais, nos equivoca-
mos a veces, necesitando consultar los corresponsales de Francia, y estos al
41 C. Bach et A. Compte, « La Entomologia moderna en Espana », pp. 373 sq. ; S. Aragon
Albillos, El zoologico del Museo de Ciencias Naturales; on trouvera egalement des renseignements
tres interessants dans la correspondance publiee par A. Reig Ferrer, « El profesor y naturalista
Don Juan Mieg (1780-1859) ».
42 Entre autres exemples, Achille Deyrolle signale que l'espece Carabus guadarramus lui « a ete
envoyee, ainsi qu'a plusieurs de nos collegues, par le savant professeur, directeur du Musee de
Madrid, M. M. P. Graells » (A. Deyrolle, « Note pour servir a l'histoire des Carabes d'Espagne et
du Portugal », p. 239).
43 C. Bach et A. Compte, « La Entomologia moderna en Espana », p. 373.
44 Par suite d'un changement taxinomique, le papillon fut rebaptise en 1896, en son honneur,
Graellsia isabellae.
45 C. Bach et A. Compte, « La Entomologia moderna en Espana », pp. 376 et 377.
46 II s'agit de Mariano de la Paz Graells et de Laureano Perez Areas.
490
pierre moret
describir los insectos nuevos en sus obras anaden comunmente el nombre
del que se lo habia regalado. Asi lo hacen regularmente MM. Dufour y
Fairmaire, respecto a los muchos insectos nuevos que yo les habia enviado,
ya sea in natura 6 bien retratados: M. Dufour me hizo conocer la mayor
parte de los Hymenopteros y de los Dipteros dificiles, y hace poco tiempo
queyo habia proporcionado a Perez el conocimiento literario de este celebre
naturalista casi universal, asi como el de M. Fairmaire que no se ocupa sino
de Coleopterosi?.
Juan Mieg met ici le doigt sur un aspect fondamental du fonctionnement
des reseaux entomologiques : le don du nom, moteur principal d'une veritable
economie des biens symboliques. Concretement, le naturaliste qui a decouvert
une espece jusqu'alors inconnue cede son exemplaire (ou ses exemplaires) a
un specialiste qui, en echange, nomme l'espece nouvelle, selon les regies lin-
neennes, d'apres le patronyme latinise du decouvreur. D'ou la quantite de
graellsi, perezi, miegi, ariasi, martinezi, qui parsement les publications des
entomologistes francais et allemands de l'epoque et temoignent de leur dette a
l'egard des naturalistes espagnols.
II me reste, dans la deuxieme partie de cette contribution, a tracer a grands
traits les principales etapes de l'exploration entomologique de l'Espagne et du
Portugal jusqu'au deuxieme tiers du xixe siecle, en m'attachant plus particuliere-
ment aux chercheurs francais et allemands, etant donne que les entomologistes
espagnols ont deja recu toute l'attention qu'ils meritaient de la part de Carmen
Bach et d'Arturo Compte48.
C'est autour de la personnalite du Danois Johann Christian Fabricius
(1745-1808), pere fondateur de l'entomologie moderne, que s'ebauche a la fin
du xviii6 siecle un veritable projet d'exploration des faunes de la peripheric
europeenne et des autres continents. Fabricius forma un reseau de corres-
pondants a l'etranger et de voyageurs naturalistes49 qui drainerent vers lui un
abondant materiel dont il enrichit les editions successives de son essai de clas-
sification systematique des insectes, jusqu'aux premieres annees du xixe siecle.
Or, la peninsule Iberique est peu presente dans cette premiere somme de
l'entomologie moderne. II est frappant de constater que Fabricius decrivit,
entre 1790 et 1810, plus d'especes d'insectes provenant d'Afrique du Nord que
d'Espagne. Un bon nombre d'especes presentes dans le sud de l'Espagne et au
Maroc furent d'abord decrites sur du materiel etiquete « Tanger ». Et Ton ne
tarda pas a se rendre compte que l'un des rares insectes que Fabricius ait bap-
tises d'un nom qui renvoie a une origine espagnole, Carabus hispanus, etait
originaire en realite des Cevennes et du sud du Massif central ! Dans notre
47 Lettre de Juan Mieg a son fils Fernando, 20 mars 1850 (A. Reig Ferrer, « El profesor y natu-
ralista Don Juan Mieg [1780-1859] », p. 5). L'orthographe de l'original est respectee.
48 C. Bach et A. Compte, « La Entomologia moderna en Espana ».
49 « Amicorum discipulorumque dilectissimorum itinera mihi saepius proficua » (J. C. Fabricius,
Entomologia systematica emendata et aucta, 1.1, p. iv).
LA PENINSULE IBERIQUE ET l'eNTOMOLOGIE EUROPEENNE
491
petit corpus, la seule espece authentiquement iberique decrite par Fabricius
est Carabus lusitanicus50.
II apparait done qu'a la difference de la botanique ou de la mineralogie, l'en-
tomologie ne fit pas partie des sciences qui profiterent des reformes portees par
le mouvement intellectuel et pedagogique des Lumieres et par la mise en place,
sous les regnes de Ferdinand VI et de Charles III, d'un cadre d'institutions scien-
tifiques remarquablement concu, parmi lesquelles le Real Gabinete de Historia
Natural (1771) tint une place de choix. Quoi qu'il en soit, la guerre d'lnde-
pendance plongea ces institutions, pour longtemps, dans un etat de presque
complete desherence.
Cette guerre qui eut des consequences si nefastes sur le developpement des
sciences en Espagne, fut paradoxalement la cause indirecte de la toute premiere
publication d'une etude scientifique consacree a un representant iberique de
la famille des Carabidae. En 1808, Leon Dufour (1780-1865), jeune medecin
de Saint-Sever dans les Landes, passionne d'histoire naturelle, est affecte en
tant que medecin ordinaire a l'etat-major du troisieme corps de l'armee d'Es-
pagne51. II y restera jusqu'en 1814, successivement a Madrid, en Aragon, en
Navarre, a Valence et en Catalogne, profitant de chacun de ses cantonnements
pour explorer la faune des environs, plus d'une fois au peril de sa vie, et offrant
des recompenses aux soldats qui lui ramenaient araignees, sauterelles et sca-
rabees. En 1810, il prend la precaution d'envoyer a Paris les 4 000 specimens
qu'il avait collectes jusque-la. En 1811, il publie une note sur l'anatomie d'un
coleoptere, Brachinus displosor, decouvert pendant ses campagnes « dans les
terrains sees et eleves de la Navarre, de l'Aragon et de la Catalogne », coleop-
tere qui presente la particularite d'emettre par les voies anales un gaz detonant
destine a faire fuir d'eventuels predateurs52. On ne peut laisser de s'interroger
sur le choix de cet objet d'etude : il n'etait en tout cas pas anodin de jeter son
devolu, en temps de guerre, sur un coleoptere d'un genre qu'on appelait vul-
gairement « bombardier », et dont d'autres especes portaient en latin le nom
d'explodens ou de bellicosus...
Cette premiere publication donnait le signal de depart d'une longue car-
riere de naturaliste tout-terrain. Outre 287 publications entomologiques,
Leon Dufour est l'auteur de nombreux travaux relatifs a la botanique, a la geo-
logie, a la meteorologie, a l'agriculture et a la medecine. II est reconnu comme
l'un des fondateurs de l'anatomie comparee et de la physiologie des arthro-
podes, et comme un precurseur de l'ethologie et de l'ecologie des insectes. II
50 J. C. Fabricius, Systema Eleutheratorum, pp. 171 sq. : « Habitat in Lusitania. Dom. Schnei-
der ». Sans doute s'agit-il de David Hinrich Schneider (1755-1826), avocat aupres du tribunal
de Stralsund en Suede et amateur de papillons. On ne sait de qui il avait pu recevoir cet insecte ;
sans doute pas, compte tenu des dates, de Johann Centurius Hoffmann Graf von Hoffmannsegg
(1766-1849), celebre naturaliste allemand qui visita l'ltalie en 1795-1796 et le Portugal de 1797
a 1801.
51 P. Duris et E. Diaz, Petite histoire naturelle. Leon Dufour (1780-1865), en particulier
pp. 85-111 ; C. Boone, Leon Dufour (1780-1865), savant naturaliste et medecin.
52 L. Dufour, « Memoire anatomique sur une nouvelle espece d'Insecte du genre Brachine ».
492
PIERRE MORET
noua en 1808 de solides amities avec des botanistes madrilenes, notamment
Lagasca, Ruiz et Pavon, puis apres la guerre avec Juan Mieg53 et avec Mariano
de la Paz Graells qu'il recut a Saint-Sever avant de lui rendre visite a Madrid,
en 1854, a l'age de 74 ans, un demi-siecle apres son premier sejour dans la
capitale espagnole54.
Avec le general comte Dejean55, plus encore qu'avec Leon Dufour, on
peut parler d'une entomologie des champs de bataille56. Sa collection de
Coleopteres etait vers 1840 la plus grande du monde et la plus riche en especes
rares ; on venait la consulter de toute l'Europe. Dejean decrivit, entre 1826 et
1831, 37 especes de Carabidae qu'il avait trouvees en Espagne et au Portugal
en 1809-1811, pendant ses campagnes comme colonel du lle regiment de
dragons, dans l'armee de Massena. Sa contribution a la connaissance des
Carabidae de la Peninsule est done l'une des plus importantes du siecle
(fig. 1, p. 482). Certaines de ces especes, decouvertes dans des parages retires
des Asturies ou du nord du Portugal, ne seront capturees a nouveau que
cinquante ans plus tard. On doit a Jean-Baptiste Dechauffour de Boisduval,
qui fut son collaborateur, une description pittoresque de sa methode de chasse
en Espagne, adaptee aux circonstances militaires, et une anecdote hero'ico-
scientifique qui est devenue celebre :
M. Dejean aimait a raconter par quel moyen il etait parvenu a conci-
lier des choses aussi opposees, et ce moyen est assez original ; il avait
imagine de doubler en liege son casque de dragon, arme dans laquelle
il servait alors. Apercevait-il un insecte pendant une marche, il mettait
pied a terre, piquait sa capture dans cette bofte de nouvelle espece et
remontant a cheval il continuait sa route57. A la bataille d'Alcanizas que
M. Dejean gagna apres un combat des plus opiniatres et ou il fit un
grand nombre de prisonniers, il apercoit pres d'une petite riviere, au
moment ou l'armee ennemie etait en presence et ou il allait donner
le signal, un Cebrio ustulatus pose sur une fleur ; aussitot il met pied a
terre, pique l'insecte dans son casque et immediatement apres l'affaire
s'engage. Apres la bataille le casque de M. Dejean est horriblement mal-
traite par la mitraille ; mais il a le bonheur de retrouver intact sur un
morceau de liege son precieux Cebrio5S.
53 A. Acha Martin et X. A. Fraga Vazquez, « La historia Natural en Espana en la "etapa inter-
media" del siglo xix ».
54 Dufour a laisse de cette visite un recit pittoresque emaille de souvenirs de la guerre d'lnde-
pendance : « Madrid en 1808 et Madrid en 1854. Excursion dans les Castilles et les montagnes de
Guadarrama ».
55 Pierre Francois Marie Auguste, comte Dejean (1780-1845), fils du ministre de l'administra-
tion de la Guerre de Napoleon, officier de cavalerie, general de brigade en 1811, aide-de-camp de
Napoleon en 1813 et 1815, pair de France en 1824.
56 Ou d'autres lieux rendus celebres par les guerres : le premier individu connu de Pteros-
tichus multipunctatus fut capture par Dejean lors du passage du col du Grand-Saint-Bernard,
en 1800.
57 J.-B. A. Dechauffour de Boisduval, « Notice sur M. le Comte Dejean », p. 502.
ssIbid.,p. 503, n. 1.
LA PENINSULE IBERIQUE ET l'eNTOMOLOGIE EUROPEENNE
493
Cette anecdote, cent fois repetee, jamais serieusement controlee a ma connais-
sance, a ete beaucoup deformee. En voici, a titre d'exemple, l'un des derniers et
des plus affligeants avatars :
At the height of the Battle ofAlcaniz on May 23 1809, as he was about to
give the order for a desperate charge by French troops into the center of the Spa-
nish line, Col. REM. A. Dejean happened to glance down. The air around him
was thick with gunpowder and blood, but on a flower beside a stream, he saw
something unusual. A beetle. Species unknown. He immediately dismounted,
collected it, and pinned the specimen to the cork glued inside his helmet59.
On se croirait a Waterloo, et l'auteur se trompe de bataille60: celle d'Alcaniz
rut une defaite, la cavalerie n'y chargea pas et l'armee concernee etait celle de
Suchet... Mais l'erreur n'est pas surprenante : le combat d'Alcanizas est rare-
ment cite, et ce qu'on en sait ne cadre qu'en partie avec le bref recit de Boisduval.
Le 7 juin 1810, le general Descorches de Sainte-Croix, a la tete de trois regiments
provisoires de dragons61 formant partie de la cavalerie du 8e corps (Junot) de
l'armee du Portugal, attaqua a Alcanizas — aujourd'hui Alcanices, petite ville
frontaliere de la province de Zamora — des troupes espagnoles commandees
par le general Echevarria, au nombre d'environ 3 000 hommes et 500 chevaux,
qui s'etaient regroupees et barricadees dans cette bourgade. Sainte-Croix com-
manda lui-meme une mouvement audacieux des dragons qui durent progresser
d'abord a pied pour traverser un ravin, mirent l'ennemi en fuite et permirent la
capture d'un colonel, 15 officiers et 400 hommes, outre des armes et des equipe-
ments militaires abandonnes sur place en nombre. Dejean n'est pas cite dans les
deux recits, relativement detailles, que j'ai pu consulter62. Or, Boisduval le place
a la tete des troupes francaises engagees dans le combat. De plus, a ce moment
de la guerre son regiment n'appartenait pas a la brigade de Sainte-Croix, mais a
la reserve de cavalerie de l'armee de Massena (general Montbrun)63. II y a la une
serieuse difficulte, car pour admettre que Dejean ait ete present a Alcanizas le
7 juin, il faudrait supposer qu'il avait abandonne temporairement le comman-
dement de son regiment pour accompagner Sainte-Croix64. L'histoire est-elle
trop belle pour etre vraie ? L'enquete devra etre poursuivie65.
59 R. Conniff, <http://strangebehaviors.wordpress.com/2010/12/16/a-coleopterist-goes-to-
war/> (extrait de Richard Conniff, The Species Seekers. Heroes, Fools, and the Mad Pursuit of Life
on Earth, New York, W. W. Norton & Co., 2010).
60 II n'est d'ailleurs pas le premier : voir J. d'AcuiLAR, Histoire de Ventomologie, p. 84.
61 Formes avec des escadrons preleves sur les lel, 2e, 4e, 9e, 14e et 26e dragons (C. Thoumas,
Les grands cavaliers du Premier Empire, p. 360). Le IP dragons, celui de Dejean, n'est pas concerne.
62 Dictionnaire historique des batailles, sieges, et combats de terre et de mer, pp. 41-42 ; J.-B. F. Koch,
Memoires de Massena rediges, t. VII, pp. 61 sq.
63 Ibid., p. 565.
64 le passe sur le detail, tres probablement invente par Boisduval, de la mitraille qui « maltraite
horriblement » le casque de Dejean...
65 Le dossier personnel d'Auguste Dejean aux Archives historiques de la defense (Vincennes),
consulte par nos soins, est muet sur cet episode de sa carriere.
494
PIERRE MORET
Apres l'epoque troublee des guerres du debut du siecle, l'exploration ento-
mologique de l'Espagne, longtemps en sommeil, ne reprend que dans les annees
1830. Dans un premier temps, les routes des naturalistes sont celles que suivaient
les touristes de l'epoque romantique, et dont Theophile Gautier a laisse le recit le
plus colore, sinon le plus exact. Apres Madrid et eventuellement Tolede, c'est l'An-
dalousie qui est le but principal du voyage. On y retrouve plusieurs Allemands :
Waltl66, Rosenhauer67, Handschuch68, et un Francais, Pierre Jules Rambur (1801-
1870). Ce medecin fit un long sejour en Andalousie en 1834-1835 avec un ami,
Adolphe de Graslin. Son voyage ne fut pas de tout repos, meme si les rencontres
avec des « bandits de grand chemin » qu'on lui prete dans quelques notices biogra-
phiques relevent de l'amplification romantique69. II revela le premier l'importance
de la faune endemique des strates superieures de la Sierra Nevada70.
Le rythme des voyages s'accelere dans les annees 1840 et 1850, et ce sont
desormais les regions du centre, de l'ouest et du nord de la Peninsule qui attirent
les naturalistes allemands et francais : Charles Coquerel a Lisbonne71, Egesippe
Duval a Porto72, Narcisse Deyrolle, Jean Gougelet et Ludwig Wilhelm Schaufuss
en Galice et dans les monts Cantabriques73, Hellmuth von Kiesenwetter en
Catalogne74, Victor Ghiliani et Otto Staudinger en Castille75. Ces voyageurs sont
en majorite des naturalistes a gages ou des commercants (Ghiliani, Deyrolle,
Schaufuss, Staudinger). Duval n'est qu'un collecteur occasionnel ; Coque-
rel, chirurgien de la marine, a probablement fait ses observations lors d'une
breve escale a Lisbonne76; Gougelet n'a rien publie lui-meme ; dans cette liste,
66 J. Waltl, Reise durch Tyrol, Oberitalien und Piemont nach dem sudlichen Spanien ; J. Gistel,
« Verzeichniss von Kafern welche um Cadix, Porto Reale ».
67 W. G. Rosenhauer, Die Thieve Andalusiens nach dem Resultate einer Reise.
68 V. von Motschulsky, « Coleopteres recus d'un voyage de M. Handschuch dans le midi de
l'Espagne ».
69 « On a lieu de craindre que M. le Dr Rambur n'ait ete depouille par des brigands dans le
Royaume de Valence oil il s'etait rendu pour commencer ses explorations entomologiques. Les
nouvelles indirectes qui viennent de cette partie de la peninsule disent, du reste, qu'il s'est heu-
reusement echappe sain et sauf de leurs mains » (Annates de la Societe entomologique de France, 3,
1834, p. xxxn). Ce que le meme redacteur anonyme corrige dans le compte rendu d'une seance
ulterieure de la Societe entomologique de France : le Dr Rambur « n'a pas ete attaque par des bri-
gands, comme on l'avait rapporte, mais seulement vole », dans une auberge (Annales de la Societe
entomologique de France, 3,1834, p. lxx).
70 R J. Rambur, Faune entomologique de VAndalousie.
71 C. Coquerel, « Note sur quelques Insectes (Coleopt.) recueillis a Lisbonne », p. 44.
72 Voir supra, n. 32.
73 Voir supra, n. 26 et 29 pour Deyrolle et Schaufuss. Jean Scipion Gougelet (1898-1870) voya-
gea en Espagne apres avoir pris sa retraite d'employe a 1'Administration de l'Octroi de Paris. Voir
L. Fairmaire, « Description de quelques especes nouvelles de Coleopteres », et J. Lhoste, Les ento-
mologistes francais, p. 70.
74 H. von Kiesenwetter, « Enumeration des Coleopteres trouves dans le midi de la France et
en Catalogne ».
75 Voir supra, n. 25 et 27.
76 Sur cet entomologiste, surtout connu pour ses etudes sur la faune de la Reunion et de Mada-
gascar, voir J. Gouillard, Histoire des entomologistes francais, p. 42.
LA PENINSULE IBERIQUE ET l'eNTOMOLOGIE EUROPEENNE
495
Hellmuth von Kiesenwetter77 (1820-1880) est done le seul qui soit un entomo-
logiste au sens le plus complet du terme : collectionneur, voyageur et savant.
Mais les temps vont bientot changer. Passe le milieu du siecle, l'Espagne et le
Portugal ont cesse d'etre aux yeux des entomologistes du nord de l'Europe des
pays exotiques ou Ton peut rencontrer des perils ; on s'y rend commodement
en chemin de fer ; on y trouve — a Madrid tout du moins — des collegues
competents et hospitaliers, qui s'occupent eux-memes de publier les richesses
de leur faune nationale78. Les voyageurs naturalistes ne sont plus a leur place
dans un tel pays ; les collectionneurs et les savants s'y rendront desormais eux-
memes, attires par une faune endemique singuliere et encore mal connue qui
excite les imaginations :
L'Espagne ! Est-il un nom qui fasse briller a l'imagination de plus
seduisantes promesses ? [...] Pour un entomologiste, est-il dans l'Europe
occidentale une contree plus riche en raretes enviables ? Ces fameux
Carabes, rapportes en si petit nombre par Dejean, ces Dorcadions au
pelage bigarre, confines au fond de Sierras presque vierges de l'ceil du
naturaliste, ce mysterieuxAttacusIsabellae, representant d'une forme exo-
tique egaree dans la faune europeenne, en voila plus qu'il n'en faut pour
exciter a l'envi le zele des amateurs de Coleopteres et de Lepidopteres79.
Et e'est ainsi qu'un bataillon nourri d'entomologistes francais, allemands et
anglais fait en 1865 le voyage d'Espagne, sous les auspices de la Societe entomo-
logique de France. Cette societe avait pour tradition d'organiser chaque annee
une excursion de quelques jours, au debut de la belle saison, dans une province
de France. Or voici qu'en 1865, « sur la demande de M. Ktinckel80, appuyee par
plusieurs de nos membres, la Societe decide que l'excursion entomologique de
cette annee aura lieu du ler avril au 15 juin : 1° pour ceux qui le desireront dans
les Pyrenees seulement, et 2° pour d'autres, dans le nord de l'Espagne de Madrid
a la frontiere francaise81». Ce compte rendu n'est pas tout a fait exact: il exprime
la prudence, pour ne pas dire la reticence de la vieille garde de la Societe face a
de jeunes membres qui ne revaient qu'expeditions lointaines. Le recit du chro-
niqueur du voyage, Charles Piochard de La Brulerie, alors age de vingt ans, dit
tout autre chose:
Plusieurs de nos collegues allemands avaient pour cette annee orga-
nise un voyage en Espagne, et en meme temps quelques entomologistes
77 Zoologischer Anzeiger, 3,1880, p. 216 (notice necrologique anonyme).
78 Comme on Pa vu plus haut, les premieres descriptions scientifiques de Graells datent de 1842,
celles de Perez Areas de 1853.
79 C. Piochard de Pa Brulerie, « Rapport sur l'excursion faite en Espagne », p. 502.
80 Jules Ktinckel d'Herculais (1843-1918), alors age de 22 ans, deviendra professeur au Museum
et specialiste de la lutte contre le criquet migrateur. On ignore pourquoi il n'a finalement pas pris
part au voyage en Espagne.
81 Annates de la Societe entomologique de France, IV6 Serie, 5,1865, Bulletin, p. vu (compte rendu
de la seance du 22 fevrier 1865).
496
PIERRE MORET
parisiens formaient un semblable projet. lis eurent la bonne pensee de
demander pour leur expedition le patronage de la Societe, en lui propo-
sant de choisir l'Espagne pour but de leur excursion. La decision fut prise
seance tenante, a la presque unanimite des membres presents82.
Eugene Simon racontera plus tard qu'en realite, la proposition avait du
vaincre de fortes resistances chez le president et plusieurs membres influents
de la Societe83.
A l'aube de l'ere des transports en commun modernes, un tarif de groupe est
victorieusement negocie:
M. de Vuillefroy, charge de faire les demarches necessaires pres des
compagnies des chemins de fer d'Orleans, du midi de la France et du
nord de l'Espagne, obtint pour nous de la courtoisie de MM. les admi-
nistrateurs des billets d'aller et retour a prix reduit de moitie de Paris
a Madrid et vice versa, avec faculte de s'arreter au retour aux stations
principales de l'Escorial, Las Navas, Avila, Medina, Valladolid, Burgos,
Pancorbo, Miranda, Vittoria, Olazago'itia, Zumarraga et Saint-Sebastien.
Ces billets devaient etre valables du ler avril au 15 juin84.
Les seize inscrits se repartissent en trois groupes. Les cinq Allemands — tous
membres de la Societe entomologique de France — se rendent directement en
Andalousie qu'ils parcourent du 21 avril au 12 juin entre Cordoue, Seville, Cadix,
Grenade et la Sierra Nevada85. Mene par Kiesenwetter qui avait deja voyage en
Espagne, ce groupe comprend aussi Gustav Kraatz, Clemens Miiller, le comte
Conradin Centurius von Hoffmansegg86 et Georg von Seidlitz. Apres le retour
en France des quatre premiers,« M. Seidlitz, l'intrepide chasseur, explore seul les
Sierras d'Avila, de Bejar, de Gredos, de Francia et au milieu de ces montagnes la
celebre vallee des Batuecas qui a la reputation d'etre la contree la plus sauvage,
la plus deserte et la plus pauvre de toute l'Espagne87 ».
Le deuxieme groupe, plus nombreux, compte neuf Francais et un Anglais.
Henri Marmottan88 (1832-1914) et Auguste Puton (1834-1913) sont medecins ;
George Robert Crotch (1842-1874) est assistant-bibliothecaire a l'universite de
Cambridge ; Felix de Vuillefroy-Cassini (1841-1918) est artiste peintre ; Charles
Brisout de Barneville (1822-1893), Lucien Lethierry (1830-1894), Fernand Ogier
de Baulny (1839-1870), Charles Piochard de la Brulerie (1845-1876) et Eugene
82 C. Piochard de La Brulerie, « Rapport sur 1'excursion faite en Espagne », p. 501.
83 E. Simon, « Notice necrologique sur Charles Piochard de la Brulerie », p. 680.
84 C. Piochard de La Brulerie, « Rapport sur 1'excursion faite en Espagne », p. 502.
85 Annales de la Societe entomologique de France, IVs Serie, 5,1865, Bulletin, p. xxix (bref compte
rendu de Kiesenwetter).
86 Fils du comte de Hoffmansegg evoque plus haut, n. 49.
87 C. Piochard de La Brulerie, « Rapport sur 1'excursion faite en Espagne », p. 504.
88 Issu d'une riche famille d'industriels du Nord, medecin et ingenieur des Mines, entomologiste
et geologue, Marmottan fut depute de Paris et maire du xvie arrondissement.
LA PENINSULE IBERIQUE ET l'eNTOMOLOGIE EUROPEENNE
497
Simon89 (1848-1924) sont rentiers ou etudiants. Du ler avril a la mi-juin 1865,
ils explorent la Manche, la region de Carthagene et du Mar Menor, Malaga, Gre-
nade, la Sierra Nevada, les environs de Madrid, L'Escorial et La Granja, et enfin
les Asturies autour de Reinosa90. Pour les plus jeunes d'entre eux, cette excursion
est un avant-gout d'autres expeditions qui les meneront beaucoup plus loin, en
Afrique du Nord, au Proche-Orient ou en Amerique. Trois d'entre eux, Ogier de
Baulny, Crotch et Piochard de la Brulerie, allaient mourir a moins de 32 ans, des
suites des fatigues et des maladies contractees lors de ces voyages91.
Un troisieme groupe est forme par Auguste Chevrolat (1799-1884), employe
a l'octroi de Paris, et Jean-Baptiste Bellier de la Chavignerie (1819-1888), ancien
fonctionnaire au ministere de la Justice. Ils se cantonnent dans la region de
Madrid et en Vieille-Castille. Des allusions voilees laissent entrevoir une mesen-
tente entre eux et le groupe principal que pilotaient Brisout de Barneville et
Vuillefroy-Cassini92. L'age et le milieu social ont-ils joue un role, a quelque
degre, dans cette brouille ? On constate en tout cas que les deux entomologistes
qui font bande a part sont les plus ages, et que ce sont les seuls « ronds-de-cuir »
de l'equipee, tous deux etant retraites de la fonction publique, face a une forte
majorite de « fils de famille » avec lesquels ils avaient sans doute peu d'affmites.
Quoi qu'il en soit, le succes est tel que trois ans plus tard, en 1868, une deu-
xieme excursion en Espagne est organisee par la Societe entomologique de
France, avec le meme noyau de participants, mais de facon tout aussi desunie.
Pendant que Vuillefroy-Cassini parcourt seul le nord de l'Espagne93, un groupe
forme par Simon, Ogier de Baulny et deux nouveau-venus, Lucas von Heyden
(1838-1915) et Achille Raffray (1844-1923), refait du 15 avril au 31 juillet 1868
une partie de l'itineraire de 1865. Von Heyden, rejoint par Charles Piochard de
la Brulerie, poursuivra le voyage dans la Sierra Nevada, la Sierra de Ronda, le
89 Fils d'un medecin qui lui-meme n'exercait pas, sa fortune lui permit de se consacrer sa
vie durant a l'arachnologie dont il devint le plus eminent specialiste europeen. II a 17 ans au
moment du voyage et vient de publier, l'annee precedente, le premier volume de son Histoire
naturelle des araignees.
90 C. Piochard de La Brulerie, « Rapport sur l'excursion faite en Espagne », pp. 505-544.
Outre la chronique du voyage, pas moins de huit articles contenant des descriptions d'especes
nouvelles pour la science furent publies dans l'annee qui suivit, et d'autres etaient annonces (ibid.,
p. 503).
91 E. Simon, « Notice necrologique sur Charles Piochard de la Brulerie », p. 680. Piochard semble
ne pas s'etre remis des epreuves d'un voyage en Palestine, Syrie et Chypre (1869) ; la sante d'Ogier
fut ebranlee par des fievres contractees au Maroc, dans la region de Fes, en 1868 (E. Simon, « Notice
necrologique sur Ogier de Baulny ») ; Crotch mourut de tuberculose en Californie en 1874.
92 Voici par exemple comment Piochard de La Brulerie evoque avec un laconisme lourd de sous-
entendus l'excursion de ses deux collegues : « Je ne vous citerai que pour memoire le voyage de
MM. Chevrolat et Bellier de la Chavignerie. Ils explorerent, dit-on, les environs de Valladolid, et
vinrent meme, eux aussi, passer quelques jours a Madrid et a l'Escorial » (« Rapport sur l'excursion
faite en Espagne », p. 504). II est notamment reproche a Chevrolat d'avoir publie les resultats de ses
chasses en Espagne dans une revue concurrente des Annates de la Societe entomologique de France
(ibid., p. 503).
93 Annales de la Societe entomologique de France, IVe Serie, 8,1868, Bulletin, p. lxvi (bref rapport
de Vuillefroy sur son excursion).
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pierre moret
Portugal, la Galice et les Asturies94, tandis qu'Eugene Simon et Ogier de Baulny
pousseront jusqu'a Gibraltar, Tanger et Fes95.
Cette intense activite de recherches sur le terrain se traduit par un bond spec-
taculaire des descriptions d'especes dans la decennie 1865-1874 : il s'en publie
79 dans ce laps de temps pour la seule famille des Carabidae, soit 29 % du total
des descriptions parues entre 1800 et 1899 (tableau 1 et figure 1, pp. 481 et 482).
Presque toutes ces descriptions (sauf sept qui sont dues aux Espagnols Laureano
Perez Areas et Francisco de Paula Martinez y Saez) sont basees sur du materiel
ramene par les « excursionnistes » de 1865 et de 1868.
Les voyages d'entomologistes etrangers continueront ensuite, a un rythme
soutenu, dans une Espagne de plus en plus ouverte sur l'Europe, mais ils se
feront desormais a titre individuel. Surtout, le dernier tiers du siecle verra la
consolidation progressive d'un petit groupe actif d'entomologistes espagnols.
Meme si leur activite ne se traduit pas encore par un nombre important de
descriptions d'especes, de revisions taxinomiques ou d'etudes faunistiques
regionales, il ne sera desormais plus possible d'envisager l'etude d'un groupe
d'insectes propre a la Peninsule sans consulter les collections nationales et sans
compter sur la collaboration de chercheurs espagnols ou portugais. C'est une
autre histoire qui commence.
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94 Annates de la Societe entomologique de France, IVe Serie, 8, 1868, Bulletin, p. lxxiv (bref rap-
port de Piochard de la Brulerie).
95 E. Simon, « Notice necrologique sur Ogier de Baulny », p. 123.
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