ANTIQUITÉ TARDIVE MOYEN ÂGE MODERNE CONTEMPORAINE
Cahiers LandArc 2015 - N°11
MOYEN ÂGE
Les émaux religieux de Limoges
découverts en Angleterre
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ANTIQUITÉ TARDIVE MOYEN ÂGE MODERNE CONTEMPORAINE
Les émaux religieux de Limoges
découverts en Angleterre et inventoriés par
le Portable Antiquities Scheme
Michael Lewis(1)
Mots-clés :
Émail, figure, Limoges, monture métallique, croix processionnelle, religion, reliquaire.
Keywords:
Enamel, figurine, Limoges, mount, processional-cross, religion, reliquary.
Résumé :
Le mouvement iconoclaste en Angleterre au milieu du XVIe siècle a vu les églises dépouillées de leur « imagerie idolâtre », les
objets incriminés étant vendus et exportés vers le continent ou délibérément endommagés ou détruits : l’injonction émise par
Edward VI en 1547 (article 28) ordonne que les prêtres «retirent, éliminent et détruisent complétement tous les sanctuaires, le
revêtement des sanctuaires, tous les autels, chandeliers ou rouleaux de cire, images, peintures, et tous autres faux miracles,
pèlerinages, idolâtrie et superstition, en sorte qu’il ne reste aucune trace de leur existence sur les murs, vitraux et autres, aussi
bien dans les églises que dans les maisons...» (fig. 1). Les traces matérielles de la mise en pratique de cette injonction sont bien
visibles dans les églises médiévales en Angleterre à travers les sculptures sur pierre endommagées et les objets en bois défigurés,
ainsi que dans le recouvrement de scènes pour les peintures murales et sur les jubés. Les réformistes ont surtout pris pour
cibles les images anthropomorphes, notamment les représentations de Dieu, de
la Sainte Famille, des prophètes et des saints, leur visage et en particulier leurs
membres faisant l’objet de mutilation. Cette période de changements religieux
peut aussi être étudiée sur la base d’autres témoins de la culture matérielle qui
sont souvent négligés dans ce contexte : les objets liturgiques découverts à travers
la campagne anglaise par les utilisateurs privés de détecteurs de métaux à
la recherche de mobilier archéologique. Parmi ceux-ci, les émaux de Limoges
(France) sont particulièrement fréquents, et offrent une image des couleurs et des
formes qui ornaient les églises anglaises avant la Réforme.
Abstract:
The iconoclasm of the mid-16th-century saw religious buildings in England
cleared of ‘idolatrous imagery’, with offending items being sold-off and exported
to the continent, or purposefully damaged or destroyed: Edward VIs Injunction
of 1547 (article 28) ordered that priests ‘shall take away, utterly extinct and Fig. 1 – Statue endommagée de Sainte Margaret,
Église St Andrew, Fingringhoe, Essex.
destroy all shrines, covering of shrines, all tables, candlesticks, trindles or rolls of
wax, pictures, paintings, and all other feigned miracles, pilgrimages, idolatry and superstition so that there remain no memory
of the same in walls, glass windows or elsewhere within their churches or houses...’ (fig. 1). Extant evidence of these activities
in English medieval churches includes spoiled stone sculpture and defaced woodwork, as well as the painting-over of imagery
on church walls and rood-screens. Typical targets for the reformists were anthropomorphic images, including representations of
God, the holy family, prophets and saints, with their faces and limbs (in particular) attracting attention. Another source of material
evidence for this period of religious change, but largely overlooked in this context, are the discovery church items recovered by
metal-detector users searching the countryside for archaeological material. Of these finds, enamels made in Limoges (in modern-
day France) are relatively common, and highlight the colour and craftsmanship that once adorned the pre-reform Church in
England.
.............................................................
(1) British Museum, responsable du département Portable Antiquities and Treasure concernant les petits objets archéologiques.
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LES ÉMAUX DE LIMOGES mobilier enregistré par le PAS, il n’est pas toujours évident
de déterminer à quels objets les fragments appartenaient à
Au 1er Juillet 2015, pas moins de 270 objets émaillés, l’origine. De plus, il apparaît clairement qu’un grand nombre
fabriqués à Limoges ou inspirés par ceux-ci, étaient enregistrés d’objets fréquemment trouvés, en particulier les montures,
dans la base de données du Portable Antiquities Scheme pouvait décorer différents éléments du mobilier liturgique.
(PAS), un projet visant à rassembler les objets archéologiques
découverts par des détectoristes en Angleterre et au Pays
de Galles. Ces découvertes montrent l’importance des QUELQUES DÉCOUVERTES REMARQUABLES
échanges commerciaux entre Aquitaine et Angleterre, Parmi l’inventaire du PAS, un nombre d’objets manufacturés
qui ont pris un essor grandissant après le mariage du roi à Limoges attire l’attention, bien que ceux-ci soient bien
Henry II d’Angleterre (régnant 1154-89) à Aliénor d’Aquitaine moins spectaculaires que les objets complets conservés à
en 1152, et le patronage des ouvrages limousins (Opus ce jour. Un élément de mobilier ecclésiastique de fonction
Lemovicense) par les Plantagenet qui s’en suivit. indéterminée, découvert à Shalfleet, île de Wight (IOW-
Les objets manufacturés à Limoges ont une apparence 680721) (fig. 2), présente un intérêt particulier. Il pourrait
particulière qui les rend relativement reconnaissables. Les en effet s’agir d’un élément appartenant à un retable ou de
objets intacts consistent en un « squelette » en bois sur lequel l’extrémité supérieure d’un bâton pastoral. SReprésentant une
sont montées avec des rivets en métal, plaques, montures pièce architecturale à sommet cruciforme. L’objet est décoré
et autres attaches décorées en alliage cuivreux. Le matériel d’une figure ailée et nimbée représentant probablement
archéologique comprend, de manière générale, les éléments Saint-Matthieu l’Évangéliste. Des traces de dorure sont
métalliques, l’objet parent en bois n’ayant pas résisté aux préservées sur une grande partie de l’objet, ainsi que celles
conditions d’enfouissement – si l’on admet que les objets d’un émaillage rouge, bleu clair et blanc, indiquant que la
ont été perdus ou déposés entiers. Bien que les objets de pièce en question était sans doute à l’origine d’une taille
Limoges enregistrés par le PAS présentent une certaine impressionnante.
diversité de diversité de formes et de styles, un nombre de
types bien définis se rencontre plus couramment.
La plupart des décors émaillés sont exécutés selon la
technique du champlevé. Les champs sont évidés ou coulés
sur la surface métallique puis sont remplis de verre à l’état
poudreux. À la cuisson, la poudre fond et remplit les
champs ; l’émail se forme donc lorsque la matière durcit lors
du refroidissement. L’objet est ensuite poli, de sorte que les
parties saillantes de la surface métallique (qui sont parfois
dorées) brillent (autour des champs émaillés). Cette technique
est particulièrement adaptée au travail des alliages cuivreux,
comme en témoignent les découvertes enregistrées par le
PAS.
Reliquaires, châsses, et croix processionnelles produits
à Limoges sont conservés dans leur intégralité dans les
collections de nombreux musées et églises sur le continent,
en particulier dans les régions où le Catholicisme a été
pratiqué de façon continue. Ont survécu en nombre important
d’autres objets liturgiques, tels que des crosserons... pyxides,
et chandeliers. En contexte archéologique, ces objets sont
généralement dans un état fragmentaire, le plus souvent sous Fig. 2 - Elément de retable découvert à Shalfleet, île de Wight
la forme de bandes métalliques, montures décoratives (parfois (PAS: IOW-680721).
figuratives), et d’images du Christ. Dû à la nature composite
des ouvrages limousins, et le caractère fragmentaire du
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Appartenant très certainement à l’origine à un reliquaire, Un certain nombre d’éléments de reliquaires, ou coffrets,
une figure d’ange dorée, découverte à Long Newnton, retient également l’attention. Un objet en forme de bande,
Gloucestershire (GLO-296B71) (fig. 3), rappelle les montures découvert à Albrighton, Shropshire (WMID-247E87), a pu
émaillées représentant des anges sur la Chasse de la vie appartenir à un objet religieux, bien qu’un usage domestique
du Christ, aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum ne soit pas à exclure. Il est décoré d’une feuille végétale
of Art de New York (MMA : 1974.228.1)(2). Ses globes richement colorée, utilisant des émaux rouges, jaunes,
oculaires sont sertis de pierres bleues (peut-être des pierres blancs et bleu clair sur un champ bleu foncé, ces couleurs
de turquoise), qui se distinguent de façon frappante de la estompées étant caractéristiques des productions limousines.
dorure, aujourd’hui passée, couvrant le reste de l’objet. Sur Dans la même catégorie, une bande rectangulaire en
la même note, on peut mentionner une aile émaillée (BERK- alliage cuivreux, découverte à Hemington, Somerset (HESH-
1E67A6), qui appartenait sans doute à l’origine à une figure ABC735), a pu à l’origine orner le pied d’une châsse.
d’ange ou de Saint-Matthieu. L’artisan s’est particulièrement Elle se compose de deux parties. Les deux-tiers supérieurs
appliqué à obtenir un rendu « naturaliste » de l’aile et de ses présentent un motif de vague formé en S, en relief par rapport
plumes, utilisant des émaux rouges, bleus, blancs, verts et au support, dont les bordures sont également soulignées par
jaunes. Le mode de production retient également l’attention. un léger renflement. Ce support, légèrement en creux, était
Le dos de l’objet est équipé d’un rivet en alliage cuivreux à l’origine émaillé, sans doute avec des émaux de couleur
servant à maintenir l’aile en place sur le dos de l’ange, qui rouge, bleue, blanche, et verte. Le tiers inférieur est doré
porte en outre des traces de dorure, sans autre ornement. et décoré d’un motif de hachures croisées ; ce type de
Cela indique que l’envers de l’objet était conçu pour être vu, hachures est fréquent sur les reliquaires, tels que la Châsse
et qu’il était placé de façon proéminente sur l’élément parent – de Sainte-Ursule, aujourd’hui dans une collection privée(3).
peut-être un reliquaire. La bande découverte à Hemington est équipée de trois trous
de rivet, qui respectent le motif de vague en forme de S.
Une monture décorative rectangulaire, ornant peut-être à
l’origine un reliquaire, un coffret ou même la reliure d’un
manuscrit, a été trouvée à Lyminge, Kent (KENT-DFBFBC)
(4)
. Son décor consiste en deux renflements concentriques
soulignant ses bords ; la bordure externe est dorée, tandis
que la bordure interne est émaillée dans une couleur bleue
clair. À l’intérieur d’un champ émaillé bleu foncé sont insérés
trois disques en émaillage plus sombre, qui sont chacun orné
d’une fleur à six pétales en leur centre, elle-même formée
d’émaux rouges, bleus clairs et blancs. Ce type de disques
se rencontre également sur une châsse représentant la
Crucifixion conservée au Musée du Louvre (OA 6183)(5) et
sur la plaque de couverture d’un volume relié conservé au
Metropolitan Museum of Art(6).
Les éléments de reliure de manuscrits médiévaux présentent
toujours un intérêt particulier. Élégamment décorée d’émaux
Fig. 3 – Figure d’ange découverte à Long Newnton, Gloucestershire rouges, blancs et bleus, une plaque quadrangulaire,
(GLO-296B71). appartenant peut-être à une attache de livre ou agrafe, a été
trouvée près de York (SWYOR-D9A074). Son décor consiste
en une fleur émaillée sur une plaque en forme de losange,
............................................................. qui ne présente aucun ornement (elle était peut-être dorée).
(2) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, 334-5, No. 115.
Les montures métalliques entrent fréquemment dans la reliure
(3) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 332-333, No. 114. et couverture de manuscrits mais diffèrent habituellement
(4) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 329-331, No. 113. peu, en matière de forme et de décor, de celles utilisées pour
(5) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 172-173, No. 44. d’autres types d’objets. Une découverte moins courante est
(6) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 182-183, No. 48 celle d’une ferrule légèrement cannelée (dans le cas présent,
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une sorte de bouchon), peut-être à l’origine une partie d’un
pointeur de manuscrit(7) provenant de Corpusty, Norfolk
(NMS-CFA3A4). L’objet est décoré d’un quadrupède ailé,
lui-même doré, sur fond d’émail bleu. Les côtés de l’objet
sont ornés de motifs variés assez sophistiqués, y compris
d’émaux rouges en forme de C (alternant festons et trilobes)
et d’émaux verts en forme de rinceaux.
Les objets de manufacture limousine utilisés pour la
célébration de la messe (Eucharistie) sont extrêmement rares
dans le mobilier archéologique. Découvert près de Arncliffe,
North Yorkshire (YORYM-58EB27), un couvercle de pyxide
(ou coffret à hostie) fait figure d’exception. Le couvercle,
doré, est orné de disques émaillés contenant chacun un
motif étoilé ou floral, ainsi que de motifs végétaux également
dorés. L’objet est presque entièrement couvert d’un émaillage
bleu foncé, le sommet du couvercle étant lui-même doré. Des
émaux bleu clair/blanc et vert clair colorent le contour et le
Fig. 4 – Monture présentant la figure d’un saint, placée sur le crucifix
motif central. La fabrication de cet objet de forme conique
en forme de T d’une croix processionnelle découvert Newton Regis,
est remarquable étant donné qu’aucune jointure n’est visible. Warwickshire (WMID-2661B5).
Des pyxides conservées dans leur intégralité, présentant un
décor végétal et géométrique similaire, sont déposées au La forme des figures de saints est généralement assez simple
British Museum (BM: 1944,1001.41 & OA.225 etc.). avec un corps quasi rectangulaire, à face postérieure en
creux, aux épaules arrondies et une tête ronde et massive
(bien que des exemples de têtes en creux soient également
FIGURES DE SAINTS connus) (cf. SWYOR-120916). Dans certains cas la tête était
L’inventaire du PAS est riche en montures métalliques fabriquée séparément, puis rivetée sur la plaque formant le
anthropomorphes, dont les figures sont le plus souvent reste du corps. Une figure découverte à Marham, Norfolk
interprétées comme celles de saints ou d’apôtres. Ces (NMS-C045F8), a été assemblée de cette manière, la partie
montures étaient en général appliquées sur du mobilier supérieure de la plaque formant le nimbe du saint. Un autre
religieux, en particulier les reliquaires, mais aussi sur d’autres exemple est celui d’une tête en léger relief équipée d’éléments
objets, tels que croix processionnelles et reliures de manuscrits. de fixation provenant de Waltham, Leicestershire (LEIC-
Quelques exemples conservés sur des objets parent complets F1FE03). Ces points de fixation se rencontrent également
montrent leur usage : les montures représentant des saints sur des montures sans nimbe (tels que IOW-B137B5 et LEIC-
sur la Châsse de Saint-Hippolyte au Louvre(8) et une croix 72C158) ; ils ne sont donc pas caractéristiques de ce type
processionnelle au Colchester Museum (L.1921-55.84), de de figures. Quelques objets complets, tels que la Châsse
provenance inconnue. Une monture similaire a été identifiée de Saint-Stéphane dans l’Église de Saint-Pardoux, Gimel-les-
sur le crucifix en T d’une croix processionnelle, découverte Cascades, et plusieurs châsses conservées au Metropolitan
à Newton Regis, Warwickshire (WMID-2661B5) (fig. 4). Museum of Art (17.190.514 & 41.100.155), sont décorés
L’omniprésence de ces figures de saints rend quasiment de ce type de montures en forme de tête en léger relief(9).
impossible l’identification de l’objet parent sur lequel elles Ces éléments sont en revanche rares dans le registre du PAS
étaient fixées à l’origine. On peut supposer que ces figures (à l’exception de SF9169).
étaient produites en grande quantité, sans qu’elles soient Un petit nombre de montures figurant l’image d’un saint
destinées à orner un objet en particulier. sont plus atypiques. L’objet découvert à Aldbrough, East
............................................................. Yorkshire (SWYOR-C3F537), présente une forme allongée,
(7) Il s’agit d’instrument utilisé pour guider l’œil le long des lignes de texte, les bras croisés, les pieds dépassant au bas d’une longue
par exemple, dans un contexte d’enseignement.
tunique ; des représentations similaires se rencontrent sur la
(8) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 327-328, No.112.
(9) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 106-108, No. 16 ; p.128-
Châsse de Saint-Calmin, conservée à l’Église Saint-Pierre à
129, No.24 ; p. 136-137, No.28. Mozacf(10). On peut également noter la monture métallique
(10) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 174-177, No. 45. anthropomorphe de Wakefield, West Yorkshire (SWYOR-
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5E4FD4) (fig. 5), dont la à partir du rivet supérieur. Le positionnement des champs
tête, mains et vêtements inférieurs parait moins organisé, mais s’applique à suivre la
sont rendus de façon forme de l’habit. Parfois la partie centrale du corps est ornée
particulièrement soignée de motifs divers ou géométriques. C’est par exemple le cas
et réaliste. de la monture métallique découverte à Nether Wallop,
Hampshire (WILT-637273), dont la partie centrale est ornée
Les traits du visage, tels de deux champs placés diagonalement. Bien qu’en mauvais
que les globes oculaires, état de préservation, l’exemple découvert à Pontefract,
le nez et la bouche, West Yorkshire (LVPL-D02C10), présente une partie centrale
sont généralement bien décorée d’un motif de losange, lui-même subdivisé. Ce motif
définis. Les globes s’étendait sans doute vers la partie inférieure du corps, mais
oculaires sont le plus l’important degré d’usure et la présence de trous de fixation
souvent vides lorsque rendent cette interprétation incertaine.
l’objet est sorti de
terre, mais sont parfois
remplis de verre sombre
Fig. 5 – Monture anthropomorphe (par exemple LEIC-
représentant l’image d’un saint 641130, SWYOR-
provenant de Wakefield, West
D44ED7, BERK-2BA546
Yorkshire (SWYOR-5E4FD4).
& WILT-635914), ou
d’émail (par exemple CAM-146D95 & SUSS-52D708).
La ligne marquant la naissance des cheveux sur le front,
parfois interprétée comme un couvre-chef, se rencontre
occasionnellement. Des trous de fixation, en général au
nombre de deux, ont clairement été percés à travers le
corps, en position centrale et l’un au-dessus de l’autre. Les
rivets eux-mêmes sont rarement conservés (à l’exception de
LVPL-D00327, SF-DD35E3 & HAMP3200).
Le corps de ces figures est habituellement décoré de champs Fig. 6 – Monture métallique représentant un saint découvert à Wrelton,
colorés dont certains contiennent encore leur émaillage, les North Yorkshire (DUR-B54092).
traces de dorure sur le reste de l’objet étant généralement
assez éparses. Les champs émaillés sont placés de façon Dans certains cas les membres supérieurs de la figure du saint
à imiter le plissé d’une robe de style antiquisant. Dans la sont représentés. Parmi les exemples décrits précédemment,
plupart des cas plusieurs couleurs sont ainsi employées, Marham (NMS-C045F8), West Tanfield (DUR-11FEB4),
comme pour la monture métallique découverte à Bardney, et Treswell, Nottinghamshire (LIN-5555C4), montrent les
Lincolnshire (LIN-D566D0), qui est ornée d’émaux bleu membres supérieurs joints dans un geste de prière. D’autres
foncé, turquoises et rouges. Un autre exemple de ce type objets, tels qu’une monture métallique trouvée dans le
a été trouvé à Malmesbury, Wiltshire (WILT-635914), Yorkshire (SWYOR-551697), présentent les membres
pour lequel le plissé du costume est réalisé par six champs supérieurs relâchés le long du corps. Sur l’objet découvert
longitudinaux de couleur bleu foncé et turquoise. On peut à Darlington, Northumbria (NCL-7C4C35), les bras, qui se
également mentionner la figure d’un saint découverte à Tugby rejoignent, donnent l’impression de vouloir saisir un livre, sans
and Keythorpe, Leicestershire (LEIC-3E2F66), sur lequel doute les Évangiles. Un autre, trouvé à Arthuret, Cumbria
l’émaillage blanc, bleu clair et rouge est bien conservé. Les (LANCUM-10A482), ainsi que l’exemple de Wrelton déjà
champs qui contiennent les émaux sont parfois divisés en cité (DUR-B54092), montre le personnage tenant un livre
deux parties, comme on peut le voir sur la monture métallique dans la main gauche. Un parallèle pour ces deux objets est
de Wrelton, North Yorkshire (DUR-B54092) (fig. 6). De plus, conservé à Salisbury Museum (Cherry 2001, 42, fig. 8).
ils sont parfois disposés de façon à former un motif abstrait, Sur une monture découverte à Swaffham, Norfolk (NMS-
comme c’est le cas de la figure découverte à West Tanfield, F3AAA1), le bras droit donne l’impression d’être plaqué
North Yorkshire (DUR-11FEB4). Cette dernière présente des en diagonale sur la poitrine, tandis que le bras gauche
champs triangulaires positionnés sur la poitrine, rayonnant tient un livre. La même position se retrouve sur une monture
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découverte à Wood Enderby, Lincolnshire (NCL-AA5735). de saint découverte à Newton, Nottinghamshire (DENO-
La pièce découverte à Chelmondiston, Suffolk (SF6282), F5B653), a été pliée, froissée, et légèrement tordue dans sa
est mieux conservée, et montre clairement la main droite partie inférieure. Une monture tordue, pliée et déchirée, sans
tenant un livre sur la poitrine, tandis que la main gauche doute lorsqu’elle a été arrachée de son objet parent et dégradée
soutient celui-ci par en-dessus. Son émaillage coloré, en vert, intentionnellement, a été découverte à Pinchbeck, Lincolnshire
bleu et rouge, aide à interpréter la composition du motif. (LIN-3943D1). La monture retrouvée à South Kilvington, North
Un exemple comparable a été trouvé à Dereham, Norfolk Yorkshire (YORYM-EB5247), a également été déchirée sur un
(NMS-021F11) (fig. 7). Malheureusement fragmentaire, une côté.
monture provenant de Benington, Hampshire (BH-65DA08),
représente de façon détaillée la main droite du saint, moulée,
pointant du doigt avec son index. Ce geste se retrouve
également sur l’Éffigie de Guillaume de Treignac, aujourd’hui
au Uméleckoprùmyslové Museum de Prague (Réf : 3959),
qui montre le prieur la main droite sur la poitrine pointant vers
le haut, et tenant un livre dans son autre main(11).
Fig. 8 – Monture métallique représentant la figure d’un saint
découverte à Monks Eleigh, Suffolk (SF-5EF445).
Le degré d’intentionnalité de ces dégradations est souvent
difficile à évaluer. Par exemple, la tête d’une figure trouvée à
Carhampton, Somerset (SOM-B34797), est très légèrement
pliée vers l’avant. Plus explicites sont les dommages portés à
une monture métallique découverte à Wrelton (DUR-B54092),
où la tête du saint est repliée sur le côté et une entaille a
été faite sur la poitrine. Un autre exemple, provenant de
Fig. 7 – Monture métallique représentant la figure d’un saint découvert Brockley, Suffolk (SF-DD35E3), est plié vers l’avant, et porte
à Dereham, Norfolk (NMS-021F11). aussi une petite entaille sur l’un des côtés de la poitrine. Une
monture métallique découverte à Hellingly, East Sussex (SUSS-
Ces figures métalliques portent généralement d’importantes
1BDE96), présente un profil en forme de S, sans doute créé
traces d’usure, leur émaillage étant souvent partiellement ou
lorsqu’elle fut arrachée de son objet parent. C’est également le
totalement manquant. Les exemples de ce type sont nombreux (y
cas d’une monture trouvée à Thakeham, West Sussex (SUSS-
compris LEIC-E0C021, WAW-D0DB62 & BH-A05BD8). Une
3BBE52), qui a dû être pliée vers l’avant en tirant sur la partie
monture anthropomorphe découverte dans le Berkshire (BERK-
supérieure de l’objet. La dégradation d’une monture trouvée
7FC197) porte encore, bien qu’usée, des traces d’un émaillage
à Wiggenhall St Germans, Norfolk (NMS-419A57) paraît
bleu et rouge, témoignant que l’objet était à l’origine richement
particulièrement dramatique, la pièce étant à la fois tordue sur
coloré. Ce type d’attaches semble avoir fréquemment été l’objet
elle-même et repliée vers l’arrière. Les trous de fixation traversant
de dégradation avant d’être jeté, comme on peut le voir pour
la figure de part en part s’avèrent, sans grande surprise,
les découvertes de Sedgeford, Norfolk (NMS-41B875), Firsby,
être une faiblesse pour ces montures anthropomorphes. Un
Lincolnshire (LIN-983876) et Monks Eleigh, Suffolk (SF-5EF445)
exemple découvert à Chinnor, Oxfordshire (BERK-2BA546),
(fig. 8), qui ont toutes été pliées ; celles du Lincolnshire et du
est replié vers l’arrière au niveau du trou de rivet supérieur.
Suffolk vers l’arrière, celles du Norfolk vers l’avant, suggérant
Dans d’autres cas, comme celui de Stainforth, South Yorkshire
que ces montures ont été arrachées de leur objet parent et
(SWYOR-76EF20) et de Stevenage, Hertfordshire (CAM-
endommagées volontairement. Dans le même esprit, une figure
146D95), la monture est pliée en deux entre les deux trous
............................................................. de fixation. Il est important de souligner, en revanche, que ces
(11) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 226-227, No. 60. deux montures sont pliées dans des directions opposées.
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Il arrive également que la monture soit brisée. Une figure, en des plaques d’apparence assez générique, dont l’association à
état fragmentaire, découverte à Frolesworth, Leicestershire ce type d’objet est généralement difficile à prouver.
(LEIC-CF6E30), est brisée au niveau du nombril, juste en-
dessous du trou de fixation. La monture de Benington (BH- LES FIGURES ANTHROPOMORPHES
65DA08), déjà mentionnée, est brisée au niveau du trou REPRÉSENTANT LE CHRIST
de fixation supérieur, comme c’est le cas d’une découverte
similaire faite près de Pulborough, West Sussex (SUSS- Les figures de Jésus Christ fabriquées à Limoges sont
52D708) (fig. 9). D’autres exemples, trouvés sur l’île de Wight relativement rares ; dans l’inventaire du PAS, seulement
(IOW-B137B5) et à Otterton, Devon (DEV-14A415), sont 19 objets sont enregistrés, et tous sont incomplets ou
brisés au niveau du trou de fixation inférieur. Pour le second fragmentaires. De plus, l’origine limousine de SUSS-
objet, les deux parties brisées ont été retrouvées. La tête du A0AA27, SUSS-5910D5 & SF-D4CCD0 est incertaine. Ces
saint est en revanche manquante pour plusieurs montures de figures représentent toutes le Christ en croix et appartiennent
ce type, comme celle de Cookhill, Worcestershire (WMID- probablement à des croix processionnelles, bien que des
4EEE47), Hevingham, Norfolk (NMS-971DF4) et Colemore figures similaires apparaissent occasionnellement comme
and Priors Dean, Hampshire (HAMP-774550) ; des têtes, ornements rivetés à des châsses, par exemple une châsse
séparées du corps, ont également été retrouvées (voir SUSS- conservée au Louvre (OA 6183) et la Châsse de Saint-
0EA1D8 & SF9169). Calmin à l’Église Saint-Pierre de Mozac(12). Dans ces deux
derniers cas, le Christ est représenté sans sa couronne, ce
qui n’est sans doute pas anodin.
Fig. 10 – Figure de Christ découverte à Mayfield, East Sussex (SUSS-
Fig. 9 – Monture représentant la figure d’un saint découverte près de 383C61).
Pulborough, West Sussex (SUSS-52D708).
Ce type de figures, généralement creuses, était appliqué
CROIX PROCESSIONNELLES sur l’objet parent et était donc conçu pour être vu de face.
À l’origine, la grande majorité était sans doute dorée ; en
Les croix processionnelles fabriquées à Limoges sont, lorsqu’elles plus de la dorure, elles pouvaient également être émaillées
sont conservées dans leur intégralité, des objets imposants, et incrustées, dans certains cas comme au Musée du Louvre
démontrant non seulement la diversité des éléments entrant (OA 8102 & 9956)(13) ou au Musée de Cluny(14), de
dans leur élaboration mais aussi la gamme impressionnante des pierres précieuses et de perles émaillées. Dans l’inventaire
talents possédés par les artisans médiévaux, l’émaillage étant du PAS, une découverte faite à Mayfield, East Sussex
l’un des plus remarquables. En contexte archéologique, c’est-à- (SUSS-383C61) est particulièrement remarquable (fig. 10).
dire lorsqu’elles sont retrouvées en terres labourées, ces croix
sont documentées uniquement sous la forme d’éléments séparés .............................................................
de leur objet parent, le plus souvent des figures du Christ ou des (12) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 172-177, Nos 44-5.
crucifix qui sont normalement placés à leur extrémité supérieure. (13) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 184-7, Nos 49-50.
Entrent dans la composition des croix processionnelles limousines (14) Thoby 1953, p. 108-9, No. 31.
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La figure, quasi complète, présente un Christ dont la tête longs ; ces détails sont délicatement soulignés par des lignes
couronnée penche légèrement sur le côté (sur sa droite) ; et des points. Tandis que la dorure est bien conservée,
ses bras sont étirés, et ses jambes pointent nettement vers les incrustations qui représentaient les yeux sont à présent
le bas. Ses membres sont considérablement endommagés, perdues. Il est souvent difficile de déterminer la nature de ces
mais son pagne préserve encore une bonne partie de son incrustations constituées de pierres, d’émaux ou de verre.
émaillage bleu foncé. Les traits de son visage, tels que la Leur couleur varie également, de bleu foncé à turquoise.
moustache et la barde, sont moulés, tandis que les formes Parfois, les « yeux » sont incrustés dans des cavités percées
de son torse sont marquées par des lignes incisées. Cette dans toute l’épaisseur de l’objet (par ex. DUR-2717A1 &
manière d’effectuer le rendu du torse se retrouve sur une NMS-BA1D54) ; ce n’est cependant pas toujours le cas
figure découverte à Walsoken, Norfolk (NMS-82E707), (par ex. BH-5F4DE6). La tête découverte à Herne and
dont la tête et la majeure partie des membres est par ailleurs Broomfield, Kent (KENT-D0DC3A), est similaire à celle de
manquante. Tout aussi remarquable, une figure représentant Sutton Waldron. L’objet présente des traces de dorure, mais
le Christ trouvée dans le Dorset (DOR-BC3228) (fig. 11), a la couronne est gravement endommagée.
été tordue sur elle-même sans ménagement, montrant donc
des signes de destruction volontaire avant d’être jetée - un
acte qui, comme on l’a vu plus haut, est couramment attesté
pour les objets de manufacture limousine découverts en
Angleterre. Dans le même esprit, le corps et les membres
inférieurs d’une figure de Christ, découverts en deux parties
en 2008 à Horningtoft, Norfolk (NMS-361643), ont pu
être associés à la tête (NMS-BA1D54, voir description ci-
dessous) retrouvée sur le même site deux ans plus tard.
Fig. 12 - Tête de Christ découverte à Sutton Waldron, Dorset (DOR-
A08BD8).
Les membres inférieurs et les pieds sont rarement conservés,
même pour les figures de Christ qui sont par ailleurs
relativement complètes. De plus, ils se retrouvent souvent
sous la forme de pièces distinctes, indépendamment du reste
du corps. Bien que son origine limousine soit incertaine, la
moitié inférieure d’une figure de Christ, incluant son pagne,
constitue une découverte remarquable (Brampton Abbots,
Herefordshire, PUBLIC-AA3105). Ses jambes sont placées
parallèlement l’une par rapport à l’autre ; sur ses pieds
croisés est visible le seul trou de fixation présent sur l’objet.
L’emploi de rivets, insérés dans ces trous de fixation, évoque
les clous transperçant le Christ en croix ; cette caractéristique
est d’autant plus remarquable que les autres objets de
Fig. 11 – Figure de Christ découverte dans le Dorset (DOR-BC3228). manufacture limousine équipés de trous de rivet ne semblent
pas avoir été intégrés au reste de la composition. Il existe
Des têtes couronnées appartenant à des figures de Christ aussi d’autres exemples où chaque pied est percé d’un
ont également été retrouvées, soit attachées à un fragment trou de fixation, tel que la figure découverte à Kettleburgh,
du torse, soit seules. Dans la plupart des cas, la tête penche Suffolk (SF546), dont les jambes se croisent au niveau des
vers la droite. Sur la figure découverte à Sutton Waldron, chevilles, ainsi que le pied, seul, retrouvé à Hoe, Norfolk
Dorset (DOR-A08BD8), le Christ porte une couronne à (NMS-F6E334). Une figure de Christ provenant de Westley,
trois pointes dont le bandeau est marqué par des points et Suffolk (SF-96334C), est préservée du nombril jusqu’aux
des zigzags (fig. 12). Le visage est nettement structuré par genoux. Cet état fragmentaire ne permet pas de déterminer
une moustache et une barbe, et est encadré de cheveux si ses pieds étaient croisés, mais le fait que les jambes soient
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parallèles suggère que ce n’était sans doute pas le cas. Les Les éléments de crucifix fabriqués à Limoges destinés à être
découvertes de Little Dunham (NMS-99BBC4) et Barnham placés sur des croix processionnelles sont en règle générale
Broom (NMS-49CDD7), tous deux dans le Norfolk, consistent équipés de quatre trous de fixation qui leur permettent d’être
en des plaques de forme trapézoïdale sur lesquelles est montés sur leur objet parent. Quelques exemples, tels que
gravée une paire de pieds. Leurs contours étaient sans doute celui de Bradenham, Norfolk (NMS-0241D8), ont seulement
à l’origine soulignés de dorure. Des traces d’émaillage bleu trois trous, l’un d’eux étant encore occupé par un rivet, tandis
sont visibles sur la pièce provenant de Barnham Broom, que l’élément de crucifix de Much Marcle, Herefordshire
indiquant que les pieds étaient probablement émaillés. Ces (GLO-B28210), était percé de six trous, dont seulement
deux découvertes appartenaient très certainement à des quatre ont dû fonctionner comme trous de fixation. Tous les
crucifix fabriqués à Limoges. éléments de crucifix sont décorés sur leur face visible de
motifs gravés destinés à être émaillés, bien que peu de traces
Éléments de crucifix d’émaillage aient été conservées. Les exemples découverts
à Kirk Smeathon, North Yorkshire (SWYOR-5948EB) (fig.
L’extrémité supérieure des croix processionnelles était
14), décoré d’émaux blancs et bleu clair et de quelques
surmontée d’un crucifix. 17 exemples de ce type d’objets de
traces de dorure, et à Frampton, Dorset (DOR-C06CB4),
manufacture limousine ont été enregistrés dans l’inventaire
dont l’émaillage bleu et turquoise est encore pratiquement
du PAS. Tous sont en forme de T, à une exception près : une
intact, font figures d’exception.
découverte faite sur l’île de Wight (IOW-541F71), qui est
de forme trilobée (fig. 13). Le crucifix de Knapton, Norfolk
(NMS-94BDD2), se distingue du type en T par l’addition à
son sommet d’une protrusion de forme semi-circulaire destinée
à recevoir le nimbe d’une figure de saint. L’élément de crucifix
en forme de T de Newton Regis, Warwickshire (WMID-
2661B5), discuté
plus haut, retient
une fois de plus
l’attention. Il consiste
en une figure de saint,
sans doute la Vierge
Marie, fixée sur le
bras supérieur du
crucifix. Cet élément
se retrouve sur une
Fig. 14 – Élément de crucifix en forme de T provenant de Kirk
croix processionnelle
Smeathon, North Yorkshire (SWYOR-5948EB).
originaire de
Nävelsjö, conservée Le dos de ces crucifix est en règle générale orné des symboles
au Nationalmuseum d’un des quatre évangélistes (Saint-Mathhieu, Saint-Marc,
de Stockholm(15), et Saint-Luc, et Saint-Jean), comme on le voit sur une pièce
sur plusieurs exemples conservée au Museo de León en Espagne(17) et à la Walters
similaires conservés Art Gallery de Baltimore aux Etats-Unis(18). Toutefois, Peter
au Nationalmuseet Shaffery(19) a suggéré que les crucifix limousins découverts en
à Copenhague Angleterre n’étaient décorés que d’un seul côté, les symboles
et au Victoria & des évangélistes étant transférés sur la face avant. Cependant,
Albert Museum de le matériel existant ne corrobore pas cette assertion. Un certain
Londres(16).
.............................................................
(15) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 185, fig. 49a.
(16) Thoby 1953, p. 122-3, Nos. 58-9.
(17) Luaces 2001, p. 166, Cat. 43.
Fig. 13 – Crucifix de forme trilobée
(18) Thoby 1953, p. 145-146, No. 90.
provenant de l’île de Wight (IOW-541F71).
(19) Shaffery, 1998, p. 14-15.
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nombre d’éléments de crucifix enregistrés dans l’inventaire du pointant vers le bas. Il n’est pas impossible que ces flèches
PAS, tels que celui de Knapton (NMS-94BDD2), qui montre de « direction » entraient dans le processus d’assemblage
Saint-Pierre tenant une clé dans sa main gauche, et celui de des croix processionnelles fabriquées à Limoges (et d’autres
Newton Regis, (WMID-2661B5), orné d’une figure mariale, objets). Le fait que ces flèches pointent à la fois vers le haut et
étaient très certainement fixés sur le dos du crucifix. Cette vers le bas suggèrent que ces marques n’étaient pas toujours
face pouvait, en revanche, être décorée de motifs variés, tels utilisées de la même manière, peut-être selon différents
qu’on peut le voir sur une pièce conservée au Metropolitan ateliers ou artisans.
Museum of Art, New York, USA(20), qui est ornée d’un soleil
et d’une lune (branche supérieure), d’une figure mariale
(à gauche), de Saint-Jean (à droite) et d’un saint (branche
inférieure), ainsi que sur une croix au Cleveland Museum of
Art(21), portant deux anges (branche supérieure), une figure
mariale (à gauche), Saint-Jean (à droite) et un saint (branche
inférieure). Les symboles placés sur les crucifix des croix
processionnelles présentent donc une grande diversité.
Lorsque les quatre évangélistes sont représentés par leurs
symboles, ceux-ci sont placés sur les branches du crucifix
dans un ordre bien déterminé (dans le sens des aiguilles
Fig. 15 – Élément de crucifix en forme de T découvert à Therfield,
d’une montre, commençant par la branche supérieure) :
Hertfordshire (BH-0D0F26).
Saint-Jean (l’aigle), Saint-Luc (le taureau), Saint-Matthieu
(l’ange) et Saint-Marc (le lion)(22). Ce positionnement se trouve Un élément de crucifix de fabrication limousine enregistré
sur le dos de la Croix de Bonneval(23), ainsi que sur une par le PAS en 2005 est particulièrement remarquable. Il
croix processionnelle déposée sous le chœur de l’église de s’agit d’une branche supérieure qui a pu être rassemblé à
Womersley, North Yorkshire, où elle a sans doute été cachée un fragment du même objet (la partie centrale ainsi que les
pendant la Réforme(24). Il est néanmoins caractéristique des branches horizontales) retrouvé sur le même site à Congham,
éléments de crucifix fabriqués à Limoges que les symboles Norfolk (NMS-0C83C2), deux ans auparavant. Ce
des évangélistes ne sont pas toujours représentés de façon fragment, de taille plus importante, offre une figure de Christ
évidente. Un choix stylistique peut être la cause de leur en croix, auréolé et aux bras étirés, gravée sur les bras du
absence, même si les conditions de préservation des objets crucifix. La figure, qui est dorée, est également ornée d’une
retrouvés grâce aux détecteurs de métaux, généralement croix en émail rouge sur fond d’émail bleu foncé placée
mauvaises, ne sont pas à exclure. Il arrive fréquemment que dans le champ de l’auréole. L’arrière-plan du motif est décoré
les traits distinctifs de ces symboles, tels que les cornes du de disques en émaux rouges, bleus et blancs. Le fragment
taureau de Saint-Luc ou le bec de l’aigle de Saint-Jean soient découvert en 2005 montre la Main de Dieu (descendant
impossibles à identifier. La direction dans laquelle le crucifix des cieux) surmontant deux bandes transversales. Ces
doit être tenu est donc particulièrement importante dans éléments sont dorés et se détachent sur un champ émaillé
ces cas-là, puisque les symboles des évangélistes étaient bleu foncé. Dans ces bandes sont incisés l’anagramme IHS
certainement positionnés suivant le même principe que sur (Iesus Hominum Salvator) et l’abbréviation XRS (Christos).
les exemples complets. Des exemples comparables sont conservés au Louvre et au
Musée de Cluny(26).
Sur leur face non-visible, ces crucifix présentent également
une caractéristique intéressant : un motif de petites flèches
incisées(25). En toute logique, on pourrait s’attendre à ce
.............................................................
que ces flèches pointent vers le haut, mais ce n’est le cas
(20) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 132-133, No. 26.
que pour un seul objet enregistré par le PAS – la monture
(21) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 235.
métallique de Knapton, déjà mentionnée (NMS-94BDD2).
(22) Shaffery, 1999, p. 64-65.
Deux autres exemples, découverts à Therfield, Hertfordshire (23) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 315-317, No. 104.
(BH-0D0F26) (fig. 15) et Kingston St Michael, Wiltshire (24) Comm. Perqs. Marian Campbell.
(WILT-45FC93), qui sont tous deux ornés des symboles de (25) Lewis 2012, p. 316.
Saint-Luc, présentent sur l’envers un motif de flèches incisées (26) Thoby 1953, 90-1, Nos. 3-4.
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MONTURES DIVERSES fabrication limousine, tels que l’autel portatif de Sainte-Foy,
conservé au Trésor de l’Abbaye Sainte Foy à Conques(27) et un
Le corpus de montures métalliques de fabrication limousine est triptyque composite déposé au Metropolitan Museum of Art(28).
constamment enrichi par de nouvelles découvertes faites grâce
aux détecteurs de métaux. Comme nous l’avons déjà souligné,
ces montures étaient utilisées pour décorer un grand nombre
d’objets, et il est bien souvent impossible d’identifier l’objet
parent avec certitude. Elles pouvaient être destinées à orner des
reliquaires ou d’autres objets religieux, tels que des manuscrits,
mais aussi des éléments de mobilier domestique, des harnais
pour chevaux, entre autres. La forme de ces montures présente
une grande diversité, tout comme les motifs qui les décorent.
Parmi les montures discoïdes (souvent appelés médaillons),
un exemple spectaculaire a été découvert sur l’île de Wight
(IOW-992805) (fig. 16). Sur celui-ci est représentée la figure
d’un personnage, debout ; non-identifié avec certitude, il s’agit Fig. 17 – Monture discoïde découverte près de Durham (DUR-
6A4CE7).
probablement du Christ. Le motif, grandement endommagé
par la corrosion, est difficile à distinguer. La figure semble On retrouve également des motifs géométriques sur certains
nimbée ; sa main droite est levée, sans doute dans un geste de exemples de montures discoïdes enregistrés par le PAS. Une
bénédiction. Un motif décoratif en forme de losange est placé monture métallique découverte à North Cave, East Yorkshire
de part et d’autre de la tête. Des traces importantes d’émaillage (SWYOR-515DF1), est décorée d’un motif trilobé au centre
montrent l’usage d’émaux bleus, verts, rouges, jaunes et duquel est placé un petit motif quadrilobé formé d’émaux
blancs. Une autre monture, dont la provenance limousine est bleu foncé, verts et rouges. Chaque lobe du trilobe est orné
plus discutable, a été retrouvée à Wakefield, West Yorkshire d’un élément de forme quasi-triangulaire et émaillé de bleu
(SWYOR-8185B3). Elle est ornée de trois figures féminines, en foncé, bleu clair et blanc. On peut observer un trou de rivet
cercle, se donnant la main. Leurs robes sont colorées d’émaux à la jonction entre chaque lobe. Une monture découverte
bleus, blancs et rouges. On peut remarquer que les cheveux de près de Durham (DUR-6A4CE7) (fig. 17) offre par sa forme
la figure centrale sont relevés, tandis que ceux des deux autres et son décor un parallèle remarquable à celle de North
sont relâchés, suggérant une scène représentant une mère et Cave, bien qu’elle se distingue de celle-ci par un motif floral
ses deux filles. Ces montures discoïdes peuvent également de couleur rouge, bleu foncé, verte et jaune, qui est placé en
être décorées de motifs zoomorphes. Un exemple, provenant son centre au lieu du motif quadrilobé. Toujours d’inspiration
de Marsham, Norfolk (BH-639C35), présente l’image d’un végétale, une monture provenant d’Aldbrough, East Yorkshire
quadrupède redressé, l’une de ses pattes avant levée, sa (FAKL-713547), est décorée d’une fleur (ou une étoile à six
tête tournée vers l’arrière de son corps. Des traces éparses branches) formée d’émaux rouges, verts, jaunes et bleus. De
d’émaillage rouge, bleu et jaune attestent que l’objet était à forme plus inhabituelle, une monture discoïde découverte à
l’origine vivement coloré. Les montures à décor anthropomorphe Bolton Percy, North Yorkshire (SWYOR-394ED7) présente
et zoomorphe se rencontrent fréquemment parmi les objets de quatre lobes de forme quadrangulaire, en saillie sur le contour
de l’objet (fig. 18). Ce type de lobes se rencontre également
sur les « médaillons » attachés au Coffret de l’Abbé Boniface
conservé au Trésor de l’Abbaye Sainte Foy à Conques(29). Le
contour de la monture de Bolton Percy est orné d’un motif de
vague, encerclant une perforation de forme quasi-rectangulaire
au centre de l’objet. Ce type de perforation est inhabituel pour
les objets de manufacture limousine. Un émaillage blanc et bleu
clair a en partie survécu, ainsi que des traces de dorure.
.............................................................
(27) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 68-70, No. 1.
Fig. 16 – Monture discoïde provenant de l’île de Wight (IOW- (28) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 364, fig. 124b.
992805). (29) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 78-82, No. 7.
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ses pattes arrière), très certainement un lion, qui est placé sur un
champ émaillé bleu bordé d’une dorure.
Fig. 18 – Monture discoïde provenant de Bolton Percy, North Yorkshire
(SWYOR-394ED7).
On compte également un nombre d’exemples de montures
quadrilobées, tels que celui de Stratford-upon-Avon, Fig. 20 – Monture de forme étoilée provenant de Suffield, Norfolk
Warwickshire (SUR-257CC4) (fig. 19). Cette monture métallique (NMS-4E71C2).
est de forme légèrement convexe ; le dos de l’objet est concave,
Le décor des montures rectangulaires et carrées présente une
et des anneaux de fixation sont placés aux écoinçons. Elle est
diversité remarquable. Une monture découverte à Bassetlaw,
décorée de cinq boutons en forme de spirale, dans lesquels
Nottinghamshire (NLM-EFBFB1), porte le motif d’un chasseur
avaient été coulés des émaux jaunes, verts, rouges, blancs et
à cheval accompagné d’un oiseau de proie et d’un chien de
bleu ciel sur un champ bleu foncé. La forme de cette monture
chasse. La personne qui a enregistré l’objet dans l’inventaire du
est plus ou moins comparable à celle que l’on retrouve sur la
PAS suggère un parallèle avec une scène représentée sur un
Châsse de Saint-Viance(30) dans l’église de Saint-Viance , ainsi
coffret conservé au British Museum, London (1859, 0110.1).
qu’à une découverte faite à Port Eynon, Swansea, Pays-de-
Malheureusement, l’émaillage de l’objet en question est à présent
Galles (NMGW-C16A97). Malgré un état de conservation
perdu, et seules quelques traces de dorure ont été préservées.
déplorable, le décor de cette dernière a été décrit comme
Le décor géométrique compliqué d’une monture rectangulaire
évoquant un oiseau « ressemblant à un pélican ».
ou plaque provenant de Skirlaugh, East Yorkshire (YORYM-
ED3247), est particulièrement riche (fig. 21). Il consiste en
trois bandes émaillées de couleur bleue et verte ainsi que d’un
motif pyramidal formé de six triangles à l’une de ses extrémités.
Les bandes sont elles-mêmes décorées de différents motifs
géométriques, cercles, disques, et losanges. L’objet est couvert
Fig. 19 – Monture quadrilobée provenant de Stratford-upon-Avon,
Warwickshire (SUR-257CC4).
Une monture de forme étoilée a été découverte à Suffield,
Norfolk (NMS-4E71C2) (fig. 20). Elle est équipée d’anneaux
de fixation à trois de ses écoinçons. Émaillée de rouge, vert,
jaune et bleu foncé, elle est également décorée d’un quadrilobe
placé dans un disque. Une découverte tout aussi remarquable a
été faite à Minehead, Somerset (DOR-EEC0A3). Cette monture Fig. 21 – Monture rectangulaire provenant de Skirlaugh, East Yorkshire
(YORYM-ED3247).
de forme quasi-rectangulaire (scutiforme) est ornée de quatre
lobes quadrangulaires qui sont chacun équipés d’un trou de .............................................................
fixation, et du motif doré d’une bête « rampante » (dressée sur (30) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 347-350, No. 118.
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d’émaux de couleurs vives sur toute sa surface. Curieusement, il Une monture en forme de losange découverte à Aby with
n’est équipé que de deux trous de rivets, qui sont placés dans les Greenfield, Lincolnshire (LIN-139EC7), est ornée d’un simple
angles d’un seul des côtés. Sans doute tout aussi spectaculaire motif quadrilobé qui est formé, du centre vers l’extérieur, d’émaux
lorsqu’elle était intacte, la monture rectangulaire découverte rouges, bleus et blancs. Une monture provenant de Wendover,
à Walton près Folkingham, Lincolnshire (LIN-7143C6), porte Buckinghamshire (HAMP-E62CC6), est équipée de trous de
dans son champ principal un motif de hachures formées par rivets dans deux de ses angles (fig. 23). En forme de croix
des bandes d’émail vert (fig. 22). Leur croisement est souligné dont les branches se terminent en pointe, elle est ornée d’un
d’un disque jaune, et les champs en forme de losange ainsi émaillage bleu clair souligné d’une bordure en émail blanc et
créés sont remplis d’un émail bleu et d’inclusions en émail incrusté de quatre
blanc en forme de petites croix. L’ensemble est bordé d’une points rouges placés
bande composée de demi-cercles jaunes sur fond vert. Les autour d’un disque
couleurs et le décor d’une monture carrée retrouvée à Lissington, central. Le tout est
Lincolnshire (LIN-D82805), ont été recouverts récemment par porté sur un champ
un traitement de surface, mais un motif floral placé dans un en émail bleu foncé,
disque est encore visible. Un motif floral plus simple évoquant les parties en relief
une feuille d’acanthe se retrouve sur une monture provenant de ayant sans doute été
Norwich, Norfolk (NMS-E024E0), qui est colorée d’émaux dorées à l’origine.
rouges, verts, jaunes, bleu clair et blancs sur un champ bleu L’objet est tout à fait
foncé. On peut remarquer le positionnement des quatre trous de comparable aux
rivets dont deux respectent le décor, tandis que les deux autres montures fixées sur la
ont été percés dans celui-ci. croix processionnelle
retrouvée dans
l’église de
Womersley, North
Yorkshire, et à
l’exemple mentionné
plus haut conservé
au Colchester
Museum (L.1921-
55.84) (fig. 24).
Fig. 22 – Monture rectangulaire provenant de Walton, Lincolnshire Fig. 24 – Croix processionnelle conservée
(LIN-7143C6). au Colchester Museum (L.1921-55.84).
Certaines montures métalliques portent un décor ajouré, telle la
pièce retrouvée dans la région de Selby, North Yorkshire (LVPL-
BC0D60) (fig. 25). La monture était à l’origine discoïde, mais
seul un quart de celle-ci a survécu. Sur ce fragment on peut voir
ce qu’il reste d’un motif cruciforme, c’est-à-dire deux branches
partiellement conservées, rendues en plein, tandis que le
champ entre celles-ci est décoré d’un motif animalier ajouré. Les
branches du crucifix se terminent par des disques qui, comme le
crucifix lui-même, sont remplis de champs triangulaires et quasi
triangulaires en émail bleu, caractéristiques du style limousin.
Cet objet est tout à fait comparable à une découverte faite dans
le Kent (KENT-C231F2) qui, bien qu’incomplète, est mieux
Fig. 23 – Monture en forme de losange provenant de Wendover, conservée. On peut voir sur celle-ci une bête placée dans un
Buckinghamshire (HAMP-E62CC6). disque au centre du crucifix. Les branches en plein du crucifix
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se terminent en forme de fleur-de-lys ; l’objet est orné d’émaux peu décoré. Des mouchetures incisées sur ses flancs pourraient
verts et bleus. Le décor dans les champs entre les branches évoquer sa fourrure. Le cou de l’animal, très étiré, part de la
du crucifix est ajouré et représente des oiseaux affrontés. Ces partie supérieure du corps et ondule verticalement avant de se
motifs, ainsi que la bordure de l’objet, sont ajourés. Comme terminer par une tête. Celle-ci tient dans sa gueule un anneau
c’est également le cas d’autres types de montures métalliques, qui était sans doute prévu pour fixer un rivet, même s’il est
ces montures à décor ajouré pouvaient tout aussi bien entrer difficile de juger de quelle façon. Cet anneau aurait également
dans la composition d’éléments de mobilier domestique que permis de fixer un autre élément, qui serait aujourd’hui perdu.
liturgique, tels que les coffrets et les reliquaires. Une longue queue, attachée à la partie inférieure du corps,
se redresse en direction de la tête de l’animal. À l’origine, la
créature devait avoir deux ailes (une sur chaque flanc), dont une
seule a été conservée.
Fig. 25 – Monture à décor ajouré retrouvé près de Selby, North
Yorkshire (LVPL-BC0D60).
Fig. 27 – Monture en forme de dragon provenant d’Alderford, Norfolk
(NMS-4B6B11).
CONTEXTE DES DÉCOUVERTES ET DISTRIBUTION
SPATIALE
Tous les éléments de mobilier fabriqués à Limoges ou inspirés
par ceux-ci enregistrés dans l’inventaire du PAS ont été
retrouvés grâce aux détecteurs de métaux sur des terrains
agraires cultivés, où ils ont été endommagés par les labours
et par différents processus de dégradation naturels ou induits
par l’activité humaine(32). Certains objets ont prétendument
été collectés à proximité d’églises médiévales, mais ces
Fig. 26 – Monture émaillée retrouvée dans les West Midlands (WMID- allégations n’ont pas été vérifiées de façon systématique.
928E37). En revanche, il serait surprenant que les lieux de découverte
soient considérablement éloignés des sites religieux (même
Délicatement exécutée, une monture métallique de provenance en zone rural), si l’on considère l’omniprésence de l’Église
indéterminée (WMID-928E37) est décorée d’une tête féminine sur les territoires au Moyen Âge. En dehors d’informations
représentant sans doute la Vierge Marie (fig. 26). Son émaillage assez vagues, ces découvertes ne sont généralement
bleu et blanc est assez bien conservé, et il semble probable accompagnées d’aucune ou peu de précisions regardant
que cet élément a du appartenir à une figure de taille plus leur contexte archéologique qui pourraient contribuer à
importante. Tout aussi remarquable, une monture dorée en trois mieux comprendre les circonstances de leur déposition.
dimensions en forme de dragon a été découverte à Alderford, Les signes de dégradation volontaires sur certains objets
Norfolk (NMS-4B6B11) (fig. 27). Celle-ci est comparable aux suggèrent que ceux-ci ont été « jetés » sans se préoccuper de
serpents ailés à la base de la figure d’un doyen découvert en leur valeur religieuse. Cette pratique se distingue nettement
l’Église de la Nativité de Saint-Jean Baptiste, Les Billanges(31). des découvertes d’autres éléments de mobilier liturgique,
Sa technique de manufacture peut également être assimilée à
la figure angélique dorée de Long Newnton (GLO-296B71), .............................................................
que nous avons déjà décrite. Hormis un unique rivet placé en (31) Boehm & Taburet-Delahaye 1996, p. 223-225, No. 59.
son centre, le corps du dragon d’Alderford est relativement 32) Lewis 2014, p. 4.
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tels que les albâtres médiévaux qui ont été cachés, sans CONCLUSION
doute volontairement (et peut-être rituellement), dans des
structures religieuses(32). Une étude plus poussée de la L’inventaire du PAS constitue une ressource inestimable qui
distribution spatiale des émaux de Limoges présentés ici et a déjà permis d’augmenter le corpus du mobilier émaillé
des liens possibles avec des événements, bien documentés, fabriqué à Limoges et d’approfondir nos connaissances sur
de violence iconoclaste envers le mobilier liturgique, en son exportation vers l’Angleterre au Moyen Âge central. Étant
particulier après la Réforme, serait à envisager. Les sources donné que les alliages cuivreux étaient privilégiés par les
existantes suggèrent que ces pratiques étaient fréquentes et artisans limousins travaillant le métal, on peut considérer que
quasi systématiques à partir de la fin des années 1540, les données enregistrées par le PAS sont représentatives des
bien que certaines régions aient été moins enclines à suivre manufactures limousines qui ont été mises au rebut lors de la
les injonctions royales qui ont vues les églises paroissiales Réforme. Dans cet article n’ont pas été inclus les objets limousins
anglaises dépouillées de leurs images idolâtres. à usage « quotidien », tels que les boucles et d’autre types de
montures – dans la mesure où il est possible de distinguer
En dépit de ces points de critique, on peut néanmoins le mobilier «séculier» du mobilier «religieux» pour le Moyen
souligner que les émaux limousins ont été découverts Âge est moins représenté dans les collections qui ont survécu
dans toute l’Angleterre. La distribution spatiale du mobilier jusqu’à ce jour, mais celui-ci devrait faire l’objet d’études plus
(fig. 28) montre leur présence dans les régions est et sud poussées. De nouvelles analyses des données enregistrées par
du pays, avec des concentrations plus marquées en East le PAS pourraient sans aucun doute nous permettre de mieux
Anglia. Ces régions sont également celles qui sont les plus comprendre la manière dont les objets produits à Limoges
proches du continent et donc de la source de production. étaient vendus et distribués à travers l’Europe. Cette industrie
Cette distribution pourrait donc attester leur exportation vers fonctionnait de toute évidence à une échelle considérable.
l’Angleterre au Moyen Âge. Cependant, il est important
de souligner que ces régions étaient les plus densément Les émaux de Limoges enregistrés par le PAS, qui ont tous
peuplées à la période médiévale, et sont aujourd’hui les plus étaient retrouvés par des détecteurs de métaux, comprennent
assidument prospectées avec des détecteurs de métaux. À en majorité des types déjà bien connus grâce aux objets
défaut d’une étude systématique des contextes de découverte complets conservés dans les collections de musées et dans les
archéologique, il est impossible de proposer une conclusion trésors d’églises à travers l’Europe. Tous attestent la richesse
définitive sur la question de leur distribution. de l’Église au Moyen Âge, non seulement économique mais
en matière de culture matérielle et de palette de couleurs. En
dehors de quelques exemples uniques ou rares, le matériel
de cette base de données offre la possibilité de s’intéresser
plus particulièrement aux pratiques iconoclastes pendant la
Réforme en Angleterre au milieu du XVIe siècle, lorsque les
églises paroissiales furent dépouillées de leurs ornements.
Parmi les objets religieux détruits, on peut compter châsses,
reliquaires, et éléments de petit mobilier liturgique, qui sont
tous représentés dans l’inventaire du PAS.
Les découvertes faites grâce aux détecteurs de métaux en
Angleterre représentent dans la plupart des cas des éléments et
fragments qui ont été arrachés d’objets de taille plus importante.
Tandis que ces objets parent ont sans doute été mis en pièces puis
refondus, ces pièces plus petites et apparemment insignifiantes
(telles que montures et attaches) ont tout simplement été jetées.
Une fois dans les sols, elles ont été soumises à un destin difficile,
affrontant intempéries et activités agricoles du Moyen Âge à
Fig. 28 – Distribution spatiale des objets manufacturés à Limoges
retrouvés sur le territoire anglais et enregistrés dans l’inventaire du PAS
aujourd’hui, mais ont malgré tout survécu. On peut voir une
(Eljas Oksanen) certaine ironie dans leur survie inattendue : en dépit de la
volonté destructrice des Réformateurs, ces objets sont parvenus
............................................................. jusqu’à nous, et ont été retrouvés par hasard avant d’être, enfin,
(33) de Beer, à paraître. enregistrés dans l’inventaire du PAS.
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Traduction Sarah Croix, Docteur en Archéologie du Moyen
Âge et de la Renaissance, Université d’Aarhus.
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of Art), 1996.
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De Beer à paraître :
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Information », Treasure Hunting, December 1999, p. 62-65.
Thoby 1953 :
P. Thoby, Les Croix Limousines, Paris (Editions A & J Picard
& Cle.).
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