Textes réunis et édités par
FAYZA HAIKAL
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Mélanges offerts à Ola el-Aguizy
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INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE
BIBLIOTHÈQUE D’ÉTUDE 164 – 2015
Dans la même collection :
Olivier Delouis, Maria Mossakowska-Gaubert, La vie quotidienne des moines en Orient et en Occident, 2015.
Frédéric Payraudeau, Administration, société et pouvoir à hèbes sous la XXIIe dynastie bubastite, 2014.
Cédric Meurice, Jean Clédat en Égypte et en Nubie (1900-1914), 2014.
Sibylle Emerit (éd.), Le statut du musicien dans la Méditerranée ancienne : Égypte, Mésopotamie, Grèce,
Rome, 2013.
Pascale Ballet (éd.), Grecs et Romains en Égypte. Territoires, espaces de la vie et de la mort, objets de prestige
et du quotidien, 2013.
Mercedes Volait (éd.), Émile Prisse d’Avennes (1807-1879). Un artiste-antiquaire en Égypte au xixe siècle, 2013.
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Pierre Tallet and El-Sayed Mahfouz (ed.), he Red Sea in Pharaonic Times. Recent Discoveries along
the Red Sea Coast, 2013.
Dominique Valbelle, Les stèles de l’an 3 d’Aspelta, 2013.
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Laurent Coulon (éd.), Le culte d’Osiris au Ier millénaire av. J.-C., 2011.
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© INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE, LE CAIRE, 2015
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ISBN 978-2-7247-0663-5 ISSN 0259-3823
Mise en page : Dina Alfred
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Couverture : Ismaïl Seddiq
DANGER Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés, réservés pour tous pays. Toute reproduction
ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages publiées dans le présent ouvrage, faite
sans l’autorisation de l’éditeur, est illicite et constitue une contrefaçon. Seules sont autorisées, d’une part, les reproductions
strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, les courtes citations
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PHOTOCOPILLAGE
justiiées par le caractère scientiique ou d’information de l’œuvre dans laquelle elles sont incorporées (art. L. 122-4, L. 122-5
TUE LE LIVRE et L. 335-2 du code de la propriété intellectuelle).
Sommaire
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Fayza Haikal
Avant-propos .................................................................................................................................... IX
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Magda A. Abdalla
Schwimmen und Ertrinken oder Leben und Töten im Alten Ägypten ..................... 1
Maha Akeel
au
Two Demotic Ostraca from (Τά Μεμνόνεα) .......................................................................... 27
Schaik Allam
en
Schifskapitän in der Wüste (zur Zeit des Alten Reiches) .............................................. 35
Laila M. Azzam
he False Door of Senet at Beni Hassan ................................................................................ 39
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Ladislav Bareš
Magical Bricks and Protective Amulets
from the Saite-Persian Shaft Tombs at Abusir .................................................................... 51
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Nathalie Beaux
Odeur, soule et vie ....................................................................................................................... 61
Sp
Edda Bresciani
Nouvelles demandes oraculaires en démotique de Tebtynis ........................................... 75
Willy Clarysse
A Demotic School Exercice in Two Copies ........................................................................... 81
Philippe Collombert
À propos de pȝ ḏd(-wnw.t), « heure », en égyptien tardif .................................................... 85
Leo Depuydt
he Morphology and Syntax of a Demotic Debt Construction ..................................... 101
V
Didier Devauchelle, Ghislaine Widmer
La rencontre d’un graite et d’un ostracon sur un quai de Karnak .............................. 113
Mahmoud Ebeid
Short Mixed Hieratic-Demotic Texts on Pottery Vessels
from the Memphite Necropolis ................................................................................................. 121
Claudio Gallazzi
I testi demotici della Collezione Milano Vogliano ............................................................. 133
Zakia Z. Gamaleldeen
he Reign of Amenhotep III. A Period of Internal Unrest ............................................. 149
ur
François Gaudard
A Demotic-Hieratic Mummy Label in the Museu de Montserrat ................................ 159
te
John Gee
Horos Son of Osoroeris ............................................................................................................... 169
Jean-Claude Goyon
au
Deux ex-votos osiriens de Coptos au musée des Beaux-Arts de Lyon .......................... 179
Zahi Hawass
he Discovery of the Mummy of Queen Hatshepsut ........................................................ 197
en
Friedhelm Hofmann
Noch einmal zu P. Brooklyn 35.1462 und seiner Bedeutung für
die Geschichte der spätägyptischen Medizin ....................................................................... 223
im
Jacqueline E. Jay
he Petition of Petiese Reconsidered .......................................................................................... 229
éc
Janet H. Johnson
he Range of Private Property Envisioned in Demotic Documents Pertaining
to Marriage and Inheritance ....................................................................................................... 249
Sp
Zeinab el-Kordy
Les Uræus prophylactiques et le roi à Dendara .................................................................... 267
El-Sayed Mahfouz
Sésostris III existait oiciellement au Ouadi Gaouasis .................................................... 269
Cary J. Martin
Another Legal Template from Tebtynis: P. BM EA 10643 .............................................. 277
Brian Muhs
Some Early Ptolemaic Tax Receipts from Cambridge University Library ................ 303
VI Mélange ofert à Ola el-Aguuzy
Franziska Naether
“he Mysterious Squares” O. Lips. ÄMUL dem. Inv. 1270 Reconsidered .................. 311
Heba Mostafa Nouh
A Religious Scene from the Tomb of the Royal Scribe Ḥwy-nfr at Saqqara .............. 325
Joachim Friedrich Quack
Fragmente demotischer Weisheitstexte .................................................................................. 331
Zeinab Sayed
Das Alte Ägypten aus der Sicht moderne einheimischer Schriftsteller
am Beispiel von Nagib Machfus’ Roman „al-aish i el-Haqiqa“
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„Echnaton: Der in der Wahrheit lebt“ ...................................................................................... 349
Foy Scalf
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Resurrecting an Ibis Cult. Demotic Votive Texts
from the Oriental Institute Museum of the University of Chicago ............................... 361
Cynthia May Sheikholeslami
au
Pomegranate, Persea or Sycomore Fig in the Love Song of P. Turin 1966/I? ............. 389
Heinz-Josef hissen †
Privatbrief, den Besitz einer Eselin betrefend (P. Berlin P. 3093) ................................. 407
en
Siân E. homas
A Pathyrite Bath-House, Egyptian Water Law and “Rights of Way” ......................... 419
Günter Vittmann
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Two Administrative Letters from Meidum
(P. Ashmolean 1984.87 and 1984.89) ......................................................................................... 433
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أبوالحسن محمود بكري
عواصم تجارية خال العصر البرونزي بين مصر الفرعونية وآسيا الوسطى
451 .............................................................................................. )دبه-(دراسة مقارنة لتل الضبعة وجونور
Sp
عائشة محمود عبد العال
465 .................................................... بعض جوانب من تأثير الحضارة المصرية القديمة على بني إسرائيل
زينب محروس
477 .................................................................................................... عمود جد من مقبرة حوي نفر بسقارة
Sommaure VII
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Ola el-Aguizy lors de la mise au jour d’une stèle Ramesside par les fouilles de l’université du Caire à Saqqara en 2012.
Didier Devauchelle, Ghislaine Widmer
UMR 8164 HALMA-IPEL (université Lille 3 – CNRS – MCC)
La rencontre d’un graite et d’un ostracon
sur un quai de Karnak
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ur la tribune du quai du temple de Karnak, là où les archéologues égyptiens ont dégagé,
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ces dernières années, le canal attenant à l’entrée du sanctuaire 1, un graite démotique a
été gravé à l’angle sud-est, sur le rebord extérieur 2 (ig. 1).
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Fig. 1. Plan-situation du graite sur la tribune, d’après Nelson 1965, pl. XIV ig.10.
Cette inscription, constituée du nom d’un homme suivi de son patronyme, ne mériterait pas
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une publication isolée si un recoupement prosopographique entre le signataire de ce graite
et l’un des personnages nommé sur un tesson démotique d’époque romaine (ostracon dém.
Zürich 28) ne lui conférait un intérêt tout particulier. Nous commencerons donc par traduire
Sp
1. Boraik 2010 et Boraik et al. 2010. Sur ce quai qui porte sur sa face ouest des inscriptions commémorant la
hauteur de crues du Nil et dont la date est comprise entre la XXIIe et la XXVIe dynastie, voir, pour mémoire,
Barguet 1962, p. 40-41 et pl. IVb, et PM II2, 21-22 ; concernant ces notations, on consultera, en dernier lieu,
Broekman 2002.
2. Nous voulons remercier ici, tout d’abord, Mansour Boraik, Directeur général des antiquités de Louxor, et
Christophe hiers, Directeur du Cfeetk, qui nous ont donné toutes les facilités pour cette étude et autorisés à
publier cette inscription hors de la série des Cahiers de Karnak, ainsi que les divers amis et collègues qui nous
ont aidés dans la recherche et l’identiication du graite, diicile d’accès, que nous ne connaissions que par une
ancienne photographie : Nadine Cherpion (Ifao), Anne Gout (UMR 8167), Jean-François Gout (Cfeetk), qui a
réalisé pour nous un nouveau cliché, et Sébastien Biston-Moulin (Cfeetk). Nous savons aussi gré à Jean-François
Carlotti (UMR 8164) et à Luc Gabolde (UMR 5140) des discussions que nous avons eues sur la crue du Nil à
Karnak à l’époque romaine.
113
les deux documents avant de tenter une explication de cette « rencontre » qui démontre, une
fois encore, que même les témoignages les plus modestes peuvent venir enrichir des dossiers
plus larges.
Nous souhaitons ofrir à notre amie et collègue Ola el-Aguizy cette brève contribution en
hommage à son inlassable activité dans la difusion de la bonne parole démotique !
GRAFFITE DU QUAI DE KARNAK
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Fig. 2. Graite démotique du quai de Karnak © J.-Fr. Gout – CFEETK Karnak
(Longueur de l’inscription : environ 67 cm).
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Pȝy⸗f-ṯȝw-ʿ.wy-Ḫnsw sȝ Pwrȝys
« Payeftjaouâouykhonsou ils de Purrias (/Purrios). »
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Pour le nom Pȝy⸗f-ṯȝw-ʿ.wy-Ḫnsw, cf. Lüddeckens et al. 1986, p. 447 : cette formation ono-
mastique, dont on ne connaît pas l’équivalent grec (voir aussi Lüddeckens et al. 2000, p. 171),
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est attestée depuis la Troisième Période Intermédiaire (Thirion 1995, p. 182, n. 73 ; voir égale-
ment les remarques anciennement formulées par Posener 1936, p. 10-11 et reprises par Clère
1938, p. 105, concernant la préposition composée (ḥr-)ʿ.wy). Cet anthroponyme, construit sur
le nom du dieu Khonsou, est connu à hèbes depuis la XXVIe dynastie jusqu’à l’époque de
Tibère (Lüddeckens 1969, p. 259 et note 4).
Pour Pwrȝys, cf. Lüddeckens et al. 1987, p. 455 avec comme seule référence l’ostracon
démotique de Zürich n° 28 présenté ci-dessous ; voir également les possibles variantes du nom :
Pwryȝ (Lüddeckens et al. 1987, p. 455), Pwrys (Lüddeckens et al. 1987, p. 456), et Prhyȝs
(Lüddeckens et al. 1987, p. 469), ainsi que Pwry (Lüddeckens et al. 2000, p. 172), Pwrhys et Pryȝ
(Lüddeckens et al. 2000, p. 173). Ces graphies restitueraient, en démotique, les anthroponymes
114 Didier Devauchelle, Ghislaine Widmer
grecs Πυρρίας ou Πύρριος pour lesquels on renverra à Preisigke 1922, col. 351 et à Foraboschi
1971, p. 273 ; sur le pap. Sorbonne inv. 567 (Fayoum ; 223 a.C.), le nom Pryȝ correspond au grec
Πυρρίου (génitif ), voir Clarysse 1992, p. 54-55, qui, dans sa traduction, le rend par Purrias.
OSTRACON DÉM. ZÜRICH 28 3
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Fig. 3. Ostracon démotique Zürich 28
© Archäologische Sammlung, Universität Zürich.
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(1) Ḥr-Wn-nfr sȝ Pȝ-dỉ-Nfr-ḥtp ỉrm Pȝy⸗f-ṯȝw-ʿ.wy-Ḫnsw
(2) sȝ Pwrȝys nȝ nty ḏd n Ỉw⸗f-ʿnḫ
(3) ỉrm Pȝ-4-sn.w ỉrm Pa-nȝy-ntr tw⸗n mḥ
(4) n pȝ …(?) mr.t(?) n byr wʿ(?) n lnḏpʿ
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(5) n ḥsp 3.t n (Tbrys ʿ.w.s. (Gysrs ʿ.w.s.
(6) nty ḫwy …
Sp
« (1) Horounnefer ils de Padineferhotep et Payeftjaouâouykhonsou (2) ils de Purrias
(/ Purrios) déclarent à Iouefânkh (3) et à Pafedousenou et à Panayneter : nous sommes payés
(4) de la (taxe ?) … une(?) barge-byr de/pour la poix (5) de l’an 3 de Tibère César (6) Auguste … »
3. Cet ostracon a été publié par Wångstedt 1965, p. 35-36 et pl. V n° 28. Nous remercions Martin Bürge,
Conservateur de l’Archäologische Sammlung de l’université de Zürich, de nous avoir fourni une photographie de
cet objet (Inv. Nr. 1867) et la permission de la publier, ainsi que les informations muséographiques le concernant :
argile brun foncé avec noyau gris-beige, inscription à l’encre noire ; hauteur à gauche : 6,9 cm ; largeur en haut :
8,9 cm ; diagonale de gauche en bas jusqu’à droite en haut : 10,7 cm ; épaisseur : 0,7-0,8 cm.
La rencontre d’un grafte et d’un o tracon ur un nuau de earnan 115
L. 1-3 : En dehors de Purrias/Purrios (voir supra), tous les autres anthroponymes de ce
document sont égyptiens et assez courants dans la région thébaine : Horounnefer (Aronnophris),
Padineferhotep (Petenephôtès), Payeftjaouâouykhonsou (équivalent grec inconnu), Iouefânkh
(Ephônuchos), Pafedousenou (Phthousneus) et Panayneter (= Pananeterou = Paninouthos ;
voir Lüddeckens et al. 1985, p. 381, et Lüddeckens et al. 2000, p. 167).
L. 4 : Cette ligne présente des singularités qui ont conduit les spécialistes à proposer difé-
rentes interprétations ; deux termes font l’unanimité, « barge, bateau » (br / byr / byre ; copte
ⲃⲁⲁⲣⲉ ; grec βαρῖς) et « poix » (lnḏpʿ / lnḏp / lmḏpt ; copte ⲗⲁⲙϫⲁⲡⲧ) ; le mot « port » (mr(.t)),
quant à lui, est accepté par la majorité d’entre eux. La diiculté principale réside dans la lecture
du groupe entre n pȝ et mr.t(?). On notera aussi que le scribe semble avoir hésité avant d’écrire
ur
byr, puisque la trace d’un signe antérieur se laisse deviner au début du mot. Pour notre part,
nous avons accompagné d’un point d’interrogation chacun des termes de la translittération qui
prêtaient à discussion. Sans entrer dans le détail, voici, rapidement évoquées, les solutions pro-
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posées par nos devanciers ; en in de note, nous indiquerons l’hypothèse que nous privilégions.
Il convient apparemment de lire, à la in de la ligne 3, tw⸗n mḥ, « nous sommes payés », formu-
lation courante sur les reçus de taxe en démotique, en particulier au début de l’époque romaine.
au
Cette expression est généralement suivie du groupe n pȝ ḥḏ, « pour l’argent (de) », ou ẖr ḥmt,
« concernant le bronze (de) » ou encore n pȝ tnỉ, « pour la taxe (de) », nécessaire pour introduire
l’objet imposé. C’est donc très logiquement que son premier éditeur, St.V. Wångsted, avait pro-
posé de lire, au début de la ligne 4, n ḥḏ 28(?), « mit 28(?) Silberlingen (als) ». Toutefois, cette
lecture ne paraît pas satisfaisante, le premier signe ne pouvant être autre chose que l’article pȝ,
en
suivi d’un terme qui ne se laisse toujours pas identiier. Pour la in de cette ligne, St.V. Wångsted
avait suggéré : ḥt(?) mr.t bjr(j)(?) wʿ n lnḏpʿ, « Silberlingen (als) Hafenabgabe für ein Schif(?)
mit Pech ».
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Plusieurs mots ou expressions de cette ligne ont été enregistrés dans les entrées du Chicago Demotic
Dictionary (abrégé CDD ; éd. J.H. Johnson), mais, parfois, avec des translittérations ou des traductions
diférentes, montrant ainsi la diiculté du passage et la fragilité des solutions proposées :
CDD B, 2002, p. 62 [br] : byr n lnḏpʿ, « boat caulked with pitch(?) », en interprétant le
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wʿ de St.V. Wångsted comme le signe du bois servant de déterminatif au mot « barge » ;
CDD L, 2001, p. 9 [lmḏpt / lnḏpʿ] : ḥḏ mr n byr n lnḏpʿ, « harbor dues for the boat, for pitch »,
mais CDD M, 2010, p. 151 [mr(.t)] : mr mr(.t), « harbor master » au lieu de ḥḏ mr ; voir aussi p. 152,
Sp
à propos de ḥḏ mr.t, « harbor tax », n byr wʿ n lnḏpʿ, « for (lit. of ) a ship(?) of pitch (i.e. caulked
with(?) pitch) ».
Dans son ouvrage sur les bateliers du Nil, St. Vinson 4 cite cet ostracon à deux reprises : une
première fois pour indiquer que l’on est en présence d’un reçu de taxe portuaire payé par trois
personnes qui semblent responsables de la barge et une seconde, dans un paragraphe consa-
cré aux taxes sur les bateaux, où il suggère de lire 28 ḥḏ pour la taxe portuaire de la barge-byr
4. Vinson 1998a, p. 31 et 69, n. 80.
116 Didier Devauchelle, Ghislaine Widmer
(ḥḏ-mr.t n byr). Il cite encore ce document dans une autre étude publiée la même année 5 où il
semble considérer que cette taxe concerne le calfatage de la barque avec de la poix (« harbor tax
for a byre-boat, for pitching »).
Enin, dans le hesaurus Linguae Aegyptiae, G. Vittmann a donné une transcription et une
traduction de ce texte : n pȝ(?) .?. n bjr wʿ n lnḏpʿ, « mit dem … für ein Schif(?) mit Pech ».
En résumé, nous considérons que la lecture des termes byr « barge » et lnḏpʿ « poix », est
assurée et que celle de mr.t « port », est très probable ; l’interprétation du signe entre byr et lnḏpʿ
(wʿ ou le déterminatif du bois) ne change pas fondamentalement le sens de la phrase. On peut
donc suggérer que l’ostracon est un reçu de taxe sans montant précisé, ce qui n’est pas sans
parallèle dans la documentation démotique ; il n’est en revanche pas possible de déterminer s’il
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s’agit d’une imposition occasionnelle ou régulière, ni si celle-ci porte sur le stationnement de la
barque au quai ou sur l’entretien de cette barque avec de la poix, voire les deux. On pourrait, en
efet, voir dans le groupe non identiié au début de la ligne (juste après n pȝ) une écriture non
te
étymologique du mot ʿ.wy « maison, place », dans l’expression ʿ.wy-(n)-mr.t « place d’amarrage,
port » (CDD M, 2010, p. 151), écrit avec deux ʿ suivis du déterminatif de la chair (comparer
avec CDD ʿ, 2003, p. 5). Nous proposons donc la traduction suivante, avec précaution (l. 3-4) :
la poix ».
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« Nous sommes payés pour l’emplacement d’accostage/amarrage de la/d’une barge (et) pour
Le paiement serait dû à la fois pour le stationnement d’une barque et pour la livraison de poix
destinée à l’entretien de celle-ci. Le terme byr / br, qui a sans doute évolué dans son acception,
désigne, à l’époque qui nous concerne, une barge de transport sur le Nil typiquement égyptienne,
en
si l’on en croit Hérodote 6 et que l’on admet le rapprochement avec le grec βαρῖς. D’assez grande
taille, vraisemblablement, à fond plat semble-t-il, mais sans qu’il soit possible d’être plus précis 7,
cette barque pouvait être de grande capacité. L’ostracon de Zürich pourrait témoigner de l’usage
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de la poix dans le colmatage des coques de navire en Égypte 8.
L. 5-6 : L’an 3 de Tibère correspond aux années 16-17 de notre ère ; la in de la ligne 6 a été efa-
cée, volontairement ou non : elle contenait peut-être le mois et le jour de rédaction de l’ostracon.
éc
Sp
5. Vinson 1998b, p. 252-253.
6. Voir plus particulièrement Hérodote II, § 96 et les commentaires de Lloyd 1994, p. 273, ainsi que Vinson
1998b, p. 251-260 et plus particulièrement p. 252-254 pour le sens de byr. Certains spécialistes admettent cependant
l’origine sémitique de ce terme qui ne semble attesté en égyptien que depuis la XVIIIe dynastie (cf. Vinson 1993,
p. 147, n. 70) ; il n’est toutefois pas enregistré par Hoch 1994.
7. Pour compléter les attestations de ce mot rassemblées par St. Vinson, dont celles étudiées par Darnell 1992,
p. 68-70, 72-73, 80 et 88, on renverra, par exemple, à Meeks 1980, n° 77.1265 et Meeks 1982, n° 79.0910, à Jones
1988, p. 136-137, ainsi qu’à Whitehead 1978, p. 137-138.
8. À ce sujet, voir les informations rassemblées par Fabre 2005, p. 96, 109-110 et 140, et plus généralement, sur
la maintenance des bateaux, Vinson 1998a, p. 3, n. 13 et p. 36-40.
La rencontre d’un grafte et d’un o tracon ur un nuau de earnan 117
EN GUISE DE CONCLUSION
La présence du nom Payeftjaouâouykhonsou ils de Purrias (/Purrios) incisé sur un quai, alors
que ce même personnage semble avoir reçu une taxe pour le stationnement d’une barque et/ou
son entretien, pourrait être une simple coïncidence, mais, au-delà des diicultés rencontrées dans
l’interprétation de l’ostracon de Zürich, il nous a semblé utile de verser ce document au dossier
du quai de Karnak. Les travaux récents menés par le CSA et divers spécialistes ont permis de
réinterpréter l’ensemble des constructions et aménagements « portuaires » devant le premier
pylône ; Payeftjaouâouykhonsou ils de Purrias (/Purrios) était peut-être l’un des agents chargés
de la collecte des taxes de bateliers, qui aurait gravé son nom sur le rebord de la tribune, près du
ur
lieu où il exerçait son activité 9. L’endroit était sans doute un lieu privilégié de halte, à proximité
de l’entrée du temple, puisque d’autres passants ont voulu y laisser leur marque 10.
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9. Pourrait-il être le scribe qui a rédigé le texte de l’ostracon, puisque le tracé des signes de son nom et de celui de
son père est très proche sur les deux documents ? Quoi qu’il en soit, l’emplacement du graite ne semble pas anodin ;
en efet, bien que la bordure sud de la tribune ne fût pas baignée par l’eau, sauf en cas de crue exceptionnelle (la rive
du Nil, à cette époque, se trouvait plus à l’ouest), elle était peut-être fréquentée par les bateliers. Nous remercions
J.-Fr. Carlotti et L. Gabolde d’avoir attiré notre attention sur les questions de niveau de la crue.
10. On trouve en efet, sur ce même bloc, plusieurs graites incomplets, en démotique (le signe pȝy seul ou suivi
d’un groupe) et en hiéroglyphes (l’expression dỉ ʿnḫ maladroitement tracée).
118 Didier Devauchelle, Ghislaine Widmer
BIBLIOGRAPHIE
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Papyrologicum, Testi e Documenti per lo Studio Whitehead J.D., 1978, « Some Distinctive Features
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dell’Antichità XVI, Serie papirologica 2, Milan. of the Language of the Aramaic Arsames
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