L’utopie antillaise et hawaïenne
L’utopie a la connotation d’un rêve impossible. D’ailleurs, il faut s’y habituer, l’utopie en général finit mal : soit... more
L’utopie a la connotation d’un rêve impossible. D’ailleurs, il faut s’y habituer, l’utopie en général finit mal : soit parce qu’elle est victime d’une société extérieure corrompue (Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre), soit parce qu’il s’agit d’une anti-utopie (Brave New World d’Aldous Huxley). Cependant, rien dans la définition du concept n’indique la fin malheureuse comme inhérente au projet utopique. Dans les littératures antillaises et hawaiiennes, la fin heureuse n’est d’ailleurs pas abandonnée, même si elle est loin d’être évidente.
En ce qui concerne les littératures européennes, il faut distinguer deux types d’utopie : les utopies “ naturelles ” chantant un mode de vie plus proche de la nature, inspiré d’un bonheur “ primitif ” antérieur au besoin de conquête et les utopies “ religieuses ”, sociétés organisées sur la base d’un enseignement, d’une parole révélée, inspiration de bon nombre d’anti-utopies.
Du point de vue insulaire, les catégories ne sont pas tout à fait les mêmes. En effet, l’utopie “ naturelle ” va de pair avec une sacralisation du passé, ce qui ne surprend pas dans des sociétés dans lesquelles le religieux garde son importance. A ce passé idéalisé privilégiant un milieu rural sacralisé, s’oppose une vision du futur, détachée de tout contexte religieux.
Ces deux façons de penser l’utopie sont celles d’une part de Gisèle Pineau, Xavier Orville, Lois-Ann Yamanaka, Lee A. Tonouchi et d’autre part de Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant, John Dominis Holt, Carlos Andrade et Joe Balaz.
Dans les deux cas, l’utopie se distingue par deux thèmes majeurs : le sacré et l’insularité ou la ville idéale ainsi que par la création d’un système qui englobe tous les aspects de la société afin de la rendre crédible, “ réelle ”.
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La production littéraire en créole est de plus en plus importante aux Antilles. Il semblerait que ces publications,... more
La production littéraire en créole est de plus en plus importante aux Antilles. Il semblerait que ces publications, même si elles sont encore souvent de caractère artisanal, jouissent d’un regain d’intérêt ces dernières années. Mais l’utilisation du créole est-elle comparable en Martinique et en Guadeloupe et quel est son rapport au français, langue d’écriture traditionnelle ? Le créole doit-il être perçu forcément comme opposé au français ? Lorsque Patrick Chamoiseau explique le créole, s’adressant ainsi aux Français, néglige-t-il pour autant le public antillais ?
On peut distinguer non pas une littérature créole et une littérature française, mais une littérature française créolisante et une littérature française et créole. Raphaël Confiant a publié de nombreux nouvelles et romans en créole. Il prend en charge
leur traduction ou la confie à des traducteurs proches de sa sensibilité linguistique : Jik dèyè do Bondyé (1975), Bitako-a (1985), Kôd Yanm (1986), Marisosé, (1987), Jik dèyè do Bondyé (2000).
On note d'ailleurs une réapparition récente des publications en créole : Raphaël Confiant, qui avait abandonné l'écriture en créole dans une volonté d’être lu par un plus grand nombre, renoue ainsi avec l'écriture en créole. La Martinique est-elle plus réceptive à présent à ce type de littérature ou s’agit-il d’un nouvel essai jugé prometteur dans le cadre du développement du GEREC ? Même s’il s’agit de textes écrits auparavant, leur publication actuelle est révélatrice d’un changement de climat culturel.
Les auteurs guadeloupéennes se distinguent de bon nombre de leurs homologues martiniquais par une approche moins exclusive de la langue d'écriture : Maryse Condé et
Gisèle Pineau ont choisi le français, Sylviane Telchid le français et le créole de façon simultanée (sa version française ne comporte que peu d’expressions créoles et ce de manière irrégulière ; on ne peut donc parler de français créolisé comme le pratiquent Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant).
De fait, si la logique des Martiniquais est celle d’une confrontation des langues, celle des Guadeloupéennes correspond plutôt à une coexistence. Des exceptions existent sans doute, mais elles sont étonnamment rares.
“L’errance d’exil et le recadrage mémoriel dans Pélagie-la-Charrette d’Antonine Maillet et Chronique des sept misères de Patrick Chamoiseau.” Romance studies 29.2 (April 2011): 93–107.
In the first volume of Les lieux de mémoire (1984), Pierre Nora describes memory and history as non-synchronized... more
In the first volume of Les lieux de mémoire (1984), Pierre Nora describes memory and history as non-synchronized oppositions in the modern world. In parallel to Nora’s discussions, Antonine Maillet in Pélagie-la-charrette (1979) and Patrick Chamoiseau in Chronique des sept misères (1986) reveal that the presupposition of synchronization is a dangerous delusion. Indeed, this delusional presupposition of memory and history has induced the loss of cultural legacy among displaced populations in the New World. A comparison of Maillet’s and Chamoiseau’s novels suggests that the quest for the return to the native land is central to Pélagie-la-Charette, while the polyphonic narrative voice in Chronique des sept misères underscores the foolishness of such an enterprise. This contrast illustrates how these authors use narrative voices to amplify the imaginary in order to construct positive myths about communal histories and memories. The mythical narrative, stemming out of the Americas, stands as a counter account that opposes histories deemed ‘official’ by Western nations. While Chamoiseau and Maillet manipulate social and historical frameworks, they are simultaneously rewriting local stories, promoting new visions of History. In so doing, they also bring forth a conflictual relationship to space and territorial organization. Their endeavour reminds readers not only of colonialism’s impact on the descendants of both slaves and colonists, but of the diversity among diasporic voices within the Americas.
Keywords: history, memory, storyteller, colonialization, exile, territory, myth

