Hollandois, Zélandois, Flessingois & Flamands. Jean-Baptiste du Tertre et les Néerlandais
by Carl Pruneau
in Cahiers d'histoire, vol. 29, no 2 (Automne 2010), p. 143-164
Résumé - Cet article s’intéresse aux différents rôles que tien- nent les Néerlandais dans les écrits du missionnaire... more
Résumé - Cet article s’intéresse aux différents rôles que tien- nent les Néerlandais dans les écrits du missionnaire dominicain Jean-Baptiste du Tertre. Cette source historique contribue indi- rectement à les dépeindre comme étant une nation de marchands, de navigateurs peu aptes à se défendre sur terre, mais habiles à la guerre sur mer ; une image des Néerlandais déjà bien ancrée en Europe à la même époque. Il y a cependant certaines nuances à expliquer et, dans le cas des derniers tomes parus en 1671, cer- tains propos semblent contradictoires avec l’opinion exprimée dans ses travaux précédents sur les mérites du commerce étran- ger dans le développement des colonies françaises des Antilles.
Abstract - This article addresses the different roles embo- died by the Dutch in the French missionary Jean-Baptiste du Tertre’s chronicles. The dominican, long accustomed with the Dutch alterity, depicts them as a seafaring nation of merchants poor at handling land combat but otherwise competent at waging naval warfare - a widely held representation of the Dutch in Eu- rope in the second half of the 17th Century. However, there are nuances in the manner in which they are perceived by the author. In the case of the last two tomes that were published in 1671, some remarks concerning foreign commerce contradict the opi- nion he held in earlier works.
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Seen by:Archipels de l’errance : la quête d’identité dans Heremakhonon et Desirada de Maryse Condé
Cet article s’intitule » Archipels de l’errance « , mais un seul de ces deux termes aurait sans doute suffi. En effet,... more
Cet article s’intitule » Archipels de l’errance « , mais un seul de ces deux termes aurait sans doute suffi. En effet, chez Maryse Condé, ils sont pratiquement synonymes. L’archipélité peut être comprise comme une errance entre des identités multiples, entre des visions divergentes des Antilles : la vision afrocentriste héritée de la négritude d’Aimé Césaire – attribuée à Veronica, héroïne du premier roman de Maryse Condé : Heremakhonon (1976), véritable annonce du thème de l’errance puisque ce titre signifie » à la recherche du bonheur » – , la vision française d’une certaine bourgeoisie antillaise à travers la famille de Veronica. Cette divergence de visions, pourtant toutes constitutives de l’identité antillaise, se traduit dans Desirada (1997) par des interprétations contraires d’un même événement sans pour autant qu’une interprétation ne s’impose à l’autre.
Perçues comme des rêves éveillés, ces versions renvoient à un thème récurrent des romans de Maryse Condé : la folie. Doute salutaire, la folie provoque l’éclatement de la prison insulaire et entraîne ou plutôt est une acceptation d’appartenances multiples.
Les deux romans choisis permettent d’étudier une évolution dans l’expression du trouble identitaire et dans le choix d’un mode culturel s’éloignant d’une insularité étouffante, en introduisant un exotisme perturbateur au sein d’univers perçus comme familiers. C’est en particulier à travers la » commodification culturelle » et le dédoublement des personnages que Maryse Condé illustre sa conception de l’auto-exotisme antillais, qui concilie familiarité et exotisme de la propre culture.
Une francophonie des îles à sucre ? : Antilles et Mascareignes
Dans les universités comme dans les médias la francophonie connaît un succès croissant fait de nouveaux cursus et de... more
Dans les universités comme dans les médias la francophonie connaît un succès croissant fait de nouveaux cursus et de collections littéraires diverses. Des espaces aussi variés que le Québec et Tahiti se découvrent parents francophones car locuteurs d’une même langue. A l’intérieur de la famille francophone, il faut pourtant bien distinguer des divergences nées de l’Histoire ; ne peut-on pas ainsi regrouper de façon plus précise et plus pertinente les îles à sucre de l’ancien empire français qui partagent l’héritage de sociétés créolophones et francophones de plantation ?
En effet, certains auteurs estiment que le cadre de la francophonie est parfois restrictif voire étranger à leurs aspirations culturelles car il négligerait les apports non francophones. Il paraît donc important d’étudier également les alternatives proposées dans les départements français de l’Océan Indien et des Antilles françaises.
Le statut du créole et du français et l’importance accordée à l’une comme à l’autre langue est à cet égard révélateur, la francophonie se définissant comme une famille culturelle née d’unrapport partagé à la langue française. Ce rapprochement semble d’autant plus fructueux que l’auteur réunionnais Axel Gauvin s’est joint à l’écrivain martiniquais Raphaël Confiant dans la défense de la langue créole face à la suprématie du français dans les îles. Doit-on en déduire un rapport identique à la francophonie ?
Les œuvres littéraires illustrent des approches différentes : les écrivains de l’Océan Indien, Axel Gauvin en particulier, approchent la question identitaire d’une façon plus individuelle, conciliant créolité et une certaine francophonie universelle, non parisienne, qui se traduit par une description psychologique plus importante des personnages, tandis que bon nombre d’écrivains martiniquais comme Raphael Confiant s’intéressent plus à la défense du créole comme langue authentique d’un milieu populaire en opposition au français : la politisation de l’œuvre littéraire entraîne dans ce cas un rapport conflictuel avec la métropole et ses institutions et la création d’une francophonie d’opposition, se plaçant sous le signe d’une régionalisation linguistique et culturelle.
Mythes et identités antillaises. L'auto-exotisme dans l'écriture martiniquaise et guadeloupéenne
Ouvrages représentatifs de deux types d'écriture de l'exotisme, l'un né en Guadeloupe, l'autre en Martinique, La... more
Ouvrages représentatifs de deux types d'écriture de l'exotisme, l'un né en Guadeloupe, l'autre en Martinique, La colonie du nouveau monde (1993) de Maryse Condé et Texaco (1992) de Patrick Chamoiseau illustrent un rapport divergent à la fois à l'Autre (la métropole) et à soi-même (la culture antillaise). Ainsi, l'interrogation de la notion d'identité caractéristique de l'écriture torturée de bon nombre d'écrivains guadeloupéens tels Maryse Condé, Gisèle Pineau et Daniel Maximin fait pendant à la certitude affichée des défenseurs d'une identité créole martiniquaise dont Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant et Edouard Glissant. Afin de comprendre l'ambiguité culturelle des départements d'outre-mer antillais, ceux-là introduisent le thème de la folie dans le développement de leurs personnages-individus, tandis que ceux-ci affirment des archétypes à travers la re-création du mythe fondateur.
En effet, dans La colonie du nouveau monde la critique des nouveaux mythes permet à Maryse Condé d’illustrer sa conception de ce que l'on pourrait nommer « l’auto-exotisme antillais », conciliant familiarité et exotisme de la propre culture. Le choix d'une identité clairement définie est de la sorte évité ; tous les héritages - Antillais, Américain, Français - se côtoient, se contredisent, s'unissent tour à tour dans des personnages d'une grande complexité. Celle-ci s'exprime de façon directe à travers le recours à la métaphore du dédoublement des personnages en proie à une folie souvent salvatrice.
L'exotisme de soi paraît sans doute moins évident chez Patrick Chamoiseau (ou Raphaël Confiant) qui tente de remplacer l'ambiguité identitaire par de nouvelles certitudes culturelles, définies indépendemment de la métropole, mais qui presque toujours s'opposent à elle et par ce lien même introduisent l'étrangeté dans l'univers de Texaco. Le thème de la folie est abordé dans Texaco pour distinguer un nouvel ordre créole (le quartier mythique de Texaco) du monde extérieur corrompu (L'En-ville et sa vanité soumise). Ce faisant, Patrick Chamoiseau met en avant une utilité sociale des mythes antillais intégrés dans une dichotomie à laquelle participent tous les personnages, exacerbant ainsi un clivage de la société en une collectivité dont les membres sont pratiquement identiques et en des groupes perçus comme extérieurs, totalement exotiques, contredisant en cela l’écriture auto-exotique, c'est-à-dire une écriture qui aborde ouvertement cette problématique.

