Le personnage bifrons dans le cinéma contemporain (Lynch, Cronenberg, Ruiz)
in La Fabrique du personnage, dir. Françoise Lavocat, Claude Murcia, Régis Salado, éd. Champion, 2007, pp. 521-533.
Fantastische Filmkörper
Published as: "Fantastische Filmkörper. Von Cyborgs, Superhelden und der vermeintlichen Verfügbarkeit über den Körper = Corps filmiques, corps fan-tastiques. Des cyborgs et autres super-héros ou de la prétendue faculté de disposer du corps”. In: Claudia Pantellini, Peter Stohler (eds): Body Extensions. Art, Photography, Film, Comic, Fashion. Stuttgart: Arnoldsche, 2004, pp. 110—123.
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The end of the old flesh: beastly bodily becomings as contemporary parable
by JD Taylor
Presented at "The End of..." Conference, University of Kent, 22 January 2012.
In 1981 Gilles Deleuze read in Francis Bacon's paintings a 'zone of the indiscernible' between man and animal. Bacon's... more
In 1981 Gilles Deleuze read in Francis Bacon's paintings a 'zone of the indiscernible' between man and animal. Bacon's figures spasm through their wounded architectures, screams erupting as destabilised bodies attempt to escape their figurations. This paper develops this zone of the indiscernible to explore how human flesh has become a medium for representations of the end. In David Cronenberg's Videodrome [1983], a dark psychological conspiracy places the flesh under suspicion of suggestible media-corruption, as Max Renn transcends to abstracted data by orgiastically abandoning the old flesh.
Against the knowing futurism of Videodrome, this paper compares Charles Burns' Black Hole comic-book series [1995-2005], which uses the grotesque contagious corruption of teenage flesh as a dark analogy for growing up and loss of innocence in the haunted spaces of late 20th century Americana. Overtly Freudian, the rich contrasts of Burns' work introduces the becoming-monstrous and the eruption of contagion which racks modern American anxieties about the ending of the human, most familiar in recent zombie narratives. Taking a parallel track, in both accounts beastly becomings are played out on the flesh to mark internal turmoil whilst offering two directions for a contemporary bestiary of our culture. Whilst Burns offers a pessimistic Quietism and submission to the mysterious disease, Cronenberg's narrative alternatively calls to end the old flesh and embrace the possibilities of cybertechnology. Baudrillardian pessimism is spliced with 'biopunk' subcultures alongside Eugene Thacker's theoretical forays into life as the 'unthinkable' (2010, 2011) to finally ascertain why anxieties over life, technology and the end continue to play on a corrupted flesh. Does power embody itself through a zombified life, or will the skin continue to subvert and revolt against human (and posthuman) machinations?
David Cronenberg : A Dangerous Method
Le film de David Cronenberg, A Dangerous Method, qui relate un épisode crucial de l’histoire de la psychanalyse à... more
Le film de David Cronenberg, A Dangerous Method, qui relate un épisode crucial de l’histoire de la psychanalyse à travers le destin de trois de ses acteurs majeurs : Freud, Jung, Sabina Spielrein. Le film est statique et intellectuel, figé comme dans un rêve et l’on ne peut s’empêcher de songer à Proust ou à Stefan Zweig. Fort bien servi par son scénariste, auteur d’une pièce de théâtre sur le sujet, Cronenberg rend un hommage vibrant à l’Europe d’autrefois, à ce monde d’hier, celui de la Belle époque - entre 1904 et 1913 -, où une aristocratie au déclin préférait la quête de soi au pouvoir politique. Moment unique de décadence et de beauté, de passion et de frustration qui se transformera en cauchemar sanglant avec la montée des nationalismes. Dirigés de main de maître, les trois principaux comédiens Michael Fassbender (Jung), Viggo Mortensen (Freud) et Keira Knightley (Sabina) jouent à contre emploi de ce qu’ils sont, comme si le cinéaste avait voulu les obliger à se tenir au plus près d’un conflit qui les mènera chacun à une rupture tragique. D’où un certain académisme dans la manière de présenter ce monde en errance dans lequel les hommes ressemblaient à leurs pères qu’ils détestaient, tandis que les femmes imitaient leurs mères déjà haïes pour les avoir frustrées. La présence trop fugitive d’Otto Gross (Vincent Cassel) rappelle combien folie, psychiatrie et psychanalyse se nourrissaient d’une même trame narrative, d’un même langage.
Cronenberg saisit donc ce moment particulier de l’histoire de la psychanalyse où se mêlaient, en une intimité commune, la cure et la relation charnelle sans que l’on sache encore comment manier les règles du transfert. En ce temps là, seuls des êtres aisés et issus d’une même classe sociale avaient les moyens d’interroger leurs peurs et de laisser parler leur inconscient. Qu’ils fussent anarchistes et toxicomanes comme Otto Gross, déguisé ici en démon tentateur de Jung, ou conservateurs ou encore progressistes ou puritains, ils appartenaient à la même élite intellectuelle et le film en est le reflet : vêtements somptueux, baises-main, élégance des corps vêtus ou dénudés, splendeur des palaces et des luxueuses cliniques, villes imprégnées d’une culture ancestrale, de Zurich à Berlin et de Vienne à Saint-Petersbourg. Au point que l’on a l’impression de naviguer en permanence sur un paquebot aux allures de Titanic où se croisent des êtres ravagés par leur mélancolie et leur névroses, inaptes à entrer dans une vie qui ne serait pas celle d’un rêve. Tel est bien l’univers filmé par Cronenberg qui aime d’autant plus la détresse de Jung qu’il se passionne pour le génie indomptable de Freud. Voilà donc un cinéaste freudien qui sait parler du jeune Jung, fougueux et désarmé par l’intransigeance du maître viennois, sûr de lui, convaincu de la justesse de sa doctrine tout autant que de la haine qu’elle suscite : une haine anti-juive.
Cronenberg reprend à son compte (sans le savoir?) le mythe lacanien de la «peste» en filmant Freud et Jung de dos, lors de leur arrivée à New York en 1909, face à la presqu’île de Manhattan qui semble sortir tout droit d’un film expressionniste. Spectre de l’Amérique ou fantôme d’une Europe dont on projette les fantasmes en espérant un bonheur à venir?
D’abord patiente, Sabina Spielrein, la jeune fille russe de bonne famille, battue dans son enfance, est écoutée par Jung avant de devenir elle-même psychiatre et l’une des fondatrices du mouvement freudien en Russie. Protestant et coupable du désir que suscite en lui Sabina, Jung ne parvient ni à devenir le dauphin non-Juif rêvé par Freud pour diriger le mouvement psychanalytique, ni à aimer vraiment Sabina qui lui échappera pour avoir été mieux comprise par Freud, non sans avoir tenté, en un geste ultime, de réconcilier les deux hommes : son amant qui l’a guérie et son maître qui a su l’accueillir comme disciple. Si Jung transgresse les règles de la cure, sous le regard lucide et désespérée de sa femme Emma, qui le voudrait plus freudien, et tout en considérant que la sexualité n’est pas la cause unique des névroses, Freud, obsédé par les causes sexuelles, et furieusement matérialiste, est aussi celui qui résiste au sexe pour en parler et le théoriser. Seule la science est à ses yeux une véritable terre promise capable d’éloigner la psychanalyse de la marée noire de l’obscurantisme.
Je suis très étonnée de la manière dont les critiques français ont reçu ce film sans le juger et au point de laisser au cinéaste le soin de le commenter. Dans le compte-rendu du Figaro, les places sont inversées : Freud devient l’amant de Sabina et Jung son sauveur tandis que dans le Monde Magazine, le film est annoncé comme une saga dont l’histoire se déploie à la veille de l’arrivée des nazis au pouvoir.
Tout a été dit, redisons-le mieux : l'exigence de répétition chez Cronenberg
revue Séquences (type d'article : flashback de "Dead Ringers")
The Return of the New Flesh: Body Memory in David Cronenberg and Merleau-Ponty
by Dylan Trigg
Published in Film-Philosophy, Volume 15: Issue 1, 2011. PP.82-99.
From the “psychoplasmic” offspring in The Brood (1979) to the tattooed encodings in Eastern Promises (2007), David... more
From the “psychoplasmic” offspring in The Brood (1979) to the tattooed encodings in Eastern Promises (2007), David Cronenberg presents a compelling vision of embodiment, which challenges traditional accounts of personal identity and obliges us to ask how human beings persist through different times, places, and bodily states while retaining their sameness. Traditionally, the response to this question has emphasised the importance of cognitive memory in securing the continuity of consciousness. But what has been underplayed in this debate is the question of how the body can both reinforce and disrupt the grounds for our personal identity. Accordingly, by turning the notoriously “body conscious” work of Cronenberg, especially his seminal The Fly (1986), I intend to pursue the relation between identity and embodiment in the following way.
First, by augmenting John Locke’s account of personal identity with a specific appeal to the body, I will explore how Cronenberg’s treatment of embodiment as a site of independent experience challenges the idea we have that cognitive memory is the guarantor of personal identity. Cronenberg’s treatment of the “New Flesh” posits an account of the body that undermines the Cartesian and Lockean account of personal identity as being centred on the mind. In its place, I will argue that Cronenberg shows us how the body establishes a personality independently of the mind.
Second, through focusing explicitly on body memory, I will explore how we, as embodied subjects, relate to our bodies in a Cronenbergian world. Approaching this relation between memory and embodiment via the phenomenology of Merleau-Ponty, I will argue that memory is at the heart of Cronenberg’s vision of body horror. I will conclude by suggesting that far from generating unity, Cronenberg’s vision of embodiment and identity is diseased (often literally) by a memory that cannot be assimilated by cognition. The result of this failure to assimilate body memory, is that memory itself occupies the role of the monster within.
Metaphorical Birth Sequences in Apocalypse Now and Eastern Promises
draft (2008)
In this paper I apply the archetypal criticism of Northrop Frye to a close reading of a sequence from David... more In this paper I apply the archetypal criticism of Northrop Frye to a close reading of a sequence from David Cronenberg's _Eastern Promises_ and Francis Ford Coppola's _Apocalypse Now_. I especially focus on the tension between the organic body and the virtual body as text inscribed by social forces.
