Un site d'occupation longue (190 000-150 000 ans) parfaite-ment fouille´,fouille´, analyseétanalyseét´analyseététudie´analyseététudie´,possè de une remarquable possi-bilite´dbilite´d'enfin apercevoir des traits anthropologiques essentiels...
moreUn site d'occupation longue (190 000-150 000 ans) parfaite-ment fouille´,fouille´, analyseétanalyseét´analyseététudie´analyseététudie´,possè de une remarquable possi-bilite´dbilite´d'enfin apercevoir des traits anthropologiques essentiels et trè s anciens. La recherche sur le comportement paleólithique ne peut n ´ egliger une telle occasion. Nous voyons ici les traces mate´riellesmate´rielles laisseés par des activite´sactivite´s symboliques riches et diver-sifieés. De toute e´videncee´vidence, les populations sauvages ne conce-vaient pas leurs rapportsàrapports`rapportsà la nature sous une forme aleátoire ni seulement mate´riellemate´rielle, ni de simple subsistance. Toutes lesétudesles´lesétudes ethnographiques prouvent au contraire que les activite´sactivite´s e´taiente´taient alors chargeés de sacralite´,sacralite´, dans le rapport au monde vivant, a` la consommation alimentaire, a` l'espace et au temps (Le´viLe´vi-Strauss, 1962). Au Lazaret, nous avons enfin l'occasion de tester cette situation sur des donneés a` la fois certaines, pre´cisespre´cises et bien documenteés. Quelques pistes sont indiqueés ici, fondeés sur la conviction qu'il nous faut donner une signification intellectuelle pertinente au moindre comportement du passe´humainpasse´humain, en relation avec ces grandes lois largement de´finiesde´finies par l'anthropologie sociale, mais cette fois conside´reéconside´reé dans leur de´roulementde´roulement chro-nologique. Prenons l'exemple des tropheés, repre´sente´srepre´sente´repre´sente´s ici par au moins deux encornures de bouquetins, solidariséessolidaris´solidarisées par l'os frontal, rigoureusement conserve´sconserve´s (fig. 449). Un ensemble de gestes apparaıˆtapparaıˆt clairement, en totale distinction des fonctions alimen-taires : ces vestiges nepossè dent aucune nourriture. Ils sont pourtant de´coupe´sde´coupe´de´coupe´s, isole´sisole´s et disposésdispos´disposés s ´ epare´mentepare´ment des autres restes osseux. L'intention d'incarner uneespè ce par seséle´mentsses´seséle´seséle´ments les plus remarquables et les plus redoutables est ici e´videntee´vidente. Il s'agit d'un symbole mate´rialise´,mate´rialise´mate´rialise´, telle une « image naturelle ». Le re´citévoquantre´citre´cit´re´citévoquant le roîe du bouquetin a pu porter sur sa valeur d'habilete´,habilete´, de vitesse, de de´fide´fi. Et sa maıˆtrisemaıˆtrise, via son tropheé, a joue´tellejoue´telle une appre´hensionappre´hension magique de toutes les qualite´squalite´s obser-veés sur cetteespè ce dans la nature. Comme son image mate´-mate´-rielle, son symbolé etait entre´dansentre´dans la mythologie selon sa vocation symbolique. Mais re´cupe´rerre´cupe´re´cupe´rer ses de´fensesde´fenses naturelles et les de´signerde´signer comme vestiges mobiliers de´montrede´montre l'intention de s'en rendre maıˆtremaıˆtre, ou complice. Dans les re´citsre´cits mythiques tra-ditionnels, le bouquetin est associeáu principe vital, en perpe´-perpe´-tuelle re´ge´ne´rationre´ge´re´ge´ne´re´ge´ne´ration. C'est un animal eíe´eíe´gant et fugace, une sorte de de´fide´fi par la force tranquille qu'il incarne. La fabrication inten-tionnelle de son tropheé a pu mate´rialisermate´rialiser cette vocation, la re´duirere´duire a` un signe tangible, a` une reálite´reálite´sur laquelle les rituels ont pu s'exercer, en substitution aux actions sur l'animal reél. L'emprise de la conscience,dè s 170 mille ans, proce´daitproce´dait donc par ce processus de transfert qui rassemblait une conception mythique, un comportement observe´dansobserve´dans la nature et un objet fac¸onne´,fac¸onne´fac¸onne´, a` l'intersection entre l'animal honoreét l'action humaine qui l'a extrait de son anatomie. Le cas est plus clair encore avec le craˆnecraˆne de loup, isoleét conserve´se´pare´mentconserve´se´conserve´se´pare´conserve´se´pare´ment avec sa mandibule en connexion (fig. 450). L'intention est ici e´videntee´vidente : la partie ce´phaliquece´phalique contient l'esprit et la force de l'eˆtreeˆtre ainsi exposeén un symbole mate´rielmate´riel. Tous les gestes sont ici codifie´scodifie´s : le choix de lespè ce (non consommeé), la se´parationse´paration de la seule teˆteteˆte, la pre´servationpre´servation de sa maˆchoiremaˆchoire com-plè te et son isolement spatial. Dans toutes les mythologies, le louppossè de un statut particulier, comme concurrent a` l'homme, ou au contraire comme auxiliaire a` la chasse, a` la battue, a` la mises a` mort : il est son ennemi, autant que son semblable redoute´.redoute´. Son traitement particulier manifeste comme une image mate´riellemate´rielle de cette placeparticuliè re occupeé par cetteespè ce dans le contexte social humain. Cet aspect ambigu, du loup redoutable et du loup partenaire, en fait un candidat ideál pour le re´ceptaclere´ceptacle reél de ses vestiges les plus caracte´ristiquescaracte´ristiques : son craˆnecraˆne, ses crocs, ses maˆchoiresmaˆchoires. L'image-symbole du loup contient toutes ces allusions en combinaison et sous une forme mate´riellemate´rielle, donc perpe´tuelleperpe´tuelle. Ce symbole combat le temps en passant d'une vocation mythique a` une reálite´reálite´suggestive, condenseé et manipulable. Ce te´moignagete´moignage restitue un me´canismeme´canisme spiritueleíaboreóù l'aspect dangereux d'une forme vivante devient une force mise au service de celui qui enpossè de l'image, sous une formule hyperreáliste car il s'agit ici des vestiges de l'animal lui-meˆmemeˆme. Comme ce carnivore n'a pas e´te´consomme´,e´te´e´te´consomme´e´te´consomme´, seule sa force symbolique a e´te´misee´te´e´te´mise au service de l'action humaine, et non son e´ventuellee´ventuelle capacite´nutricapacite´nutri-tionnelle comme pour les herbivores. Tout ce me´canismeme´canisme spirituel ne passait donc ici que par la valeur accordeé, par cette population , a` cette seuleespè ce. Avec le bouquetin, on voit se dessiner uncortè ge mythique, aux composantes diversifieés etparticuliè-res, assorties de traitements mate´rielsmate´riels approprie´sapproprie´s. Sur la surface de la couche 25 une nappe,où se trouvent accumuleés les mandibules de cerfs non bruleés, constitue un autre eíe´eíe´ment de cette relation entre l'homme et l'animal dans le meˆmemeˆme contexte (fig. 451). Le cerf est manifestement consomme´sur consomme´sur place mais les vestiges de cette concentration n'appartien-1. Professeur Marcel Otte, Service de Pre´histoirePre´histoire, Universite´deUniversite´deLiè ge, 7 place du XX aouˆtaouˆt, BaˆtimentBaˆtiment A1, 4000Liè ge, Belgique.